Échangeons sur l’impact du numérique dans l’évolution de l’enseignement supérieur français

Dans un mois, le 8 octobre, démarre un MOOC nord américain sur l’état et l’évolution de l’enseignement supérieur (déjà évoqué ici : Un cours ouvert, et à suivre, sur le futur de l’enseignement supérieur : CFHE12 sur ce blog) L’enjeu de ce cours est de cerner un certain nombre de facteurs (internationalisation, conditions économiques, "nouvelles" technologies, ressources éducatives libres) et d’étudier leur impact sur le système éducatif. La démarche, participative, s’annonce passionnante. La question est d’importance.

Mais on voit bien que la question ne se pose pas de la même manière pour le système nord-américain ou anglo-saxon que pour le système français. De nombreux éléments de contexte sont partagés, mais la différence entre l’approche très business des universités américaines et la mission de service public assurée par les universités françaises, permet d’explorer des réponses sans doute différentes.

La structure très souple de ce type de cours fait que chacun peut se donner ses propres objectifs d’apprentissage et mener ses propres réflexions. Ce choix peut également se construire par sous-groupes. Il serait me semble-t-il pertinent de fédérer un noyau qui suive ce cours avec une approche correspondant à cette culture de service public, et qui explore comment le numérique peut servir à l’évolution de l’enseignement supérieur.

C’est également une excellente occasion pour nous d’aller découvrir le mode de fonctionnement d’un tel cours, et les modes de raisonnement anglo-saxon.

Il me semble que cette réflexion, en marge des assises de l’enseignement supérieur et de la recherche qui a une structure de concertation très structurée et semble se préoccuper d’abord de gouvernance et d’organisation, pourrait contribuer néanmoins à alimenter le débat.

Vous qui travaillez dans ou avec l’enseignement supérieur, comptez vous participer à ce cours, que pensez vous de l’idée d’échanger sur le futur de notre enseignement supérieur ? On s’inscrit ?

 

Crédit photo : Présentation de quelques tendances intéressantes en matière de numérique pour la pédagogie par Centre de culture numérique – Unistra licence CC-by-nc-sa

 

Mettre la communauté éducative en réseau

Trois jours d’échanges autour de 3 thématiques : réseaux qu’est ce qui peut nous relier, ressources et pratiques pédagogiques, élargir la participation numérique en éducation. Les deux premières journées nous ont permis de clarifier ce qui pouvait faire lien entre des réseaux ancrés dans le local et des grands réseaux nationaux, les besoins de chacun. Nous nous sommes ainsi compris comme une communauté éducative plutôt qu’un ensemble d’acteurs aux besoins isolés. Ainsi, nous avons pu ébaucher ce que pourrait être un réseau de la communauté éducative.

La session éducation au forum des usages coopératifs à Brest
Trois matinées donc pour partager, pour donner son sentiment, autour de 3 thématiques : réseaux qu’est ce qui peut nous relier, ressources et pratiques pédagogiques, élargir la participation numérique en éducation.  Certains sont venus une des 3 matinées, d’autres ont participé sur les 3 jours, tout en participant aux nombreux autres ateliers qui permettaient de croiser les différents acteurs de la coopération.


Il nous aura fallu 2 matinées pour apprendre à nous connaître, reconnaître l’importance des liens entre le local et le global, la nécessité de l’abondance de rencontres différentes (moins formelles ou dans des tiers lieux), le déséquilibre et le changement induit par la culture numérique dans l’éducation. Il nous aura fallu passer par les ressources pédagogiques pour comprendre le lien entre ressources numérique en général, l’intention pédagogique qui se retrouve liée lorsque la ressource devient pédagogique, et les différentes approches autour du processus de construction suivant qu’on est médiateur, producteur de contenu, enseignant, animateur, parent…
Ce n’est effectivement que le troisième jour quand l’accent a été mis sur le besoin d’aller vers les autres localement que nous avons réellement commencé à construire, à préciser les conditions de la collaboration (transparence, production, pas de hiérarchie), à échanger sur les besoins de chacun, sur l’importance de  tiers lieux, sur les stratégies gagnants pour faire vivre réseaux, associations. Bref, c’est là que s’est forgée la conviction qu’un réseau de lien de la communauté éducative faisait sens.

Difficile de relayer tous les échanges de ces trois matinées, (j’ai eu d’ailleurs beaucoup de mal à construire ce résumé) voici néanmoins quelques éléments saillants.

Des besoins complémentaires autour du partage et de l’échange
Chacun des acteurs autour de l’éducation cherche à bien faire, et souvent s’investit pour essayer de nouvelles pratiques, proposer des nouvelles approches, tester des pratiques pédagogiques et/ou numériques qui lui paraissent pouvoir améliorer le travail de tous au travers de la collaboration.

Mais souvent reviennent les difficultés, l’isolement ressenti. Nombreux des participants se sentent englués dans leurs difficultés et sont confrontés à des murs, en recherche de moyens d’avancer. Localement, que l’on soit enseignant, parent, éducateur, accompagnateur, documentaliste, étudiant, il est courant de sentir un carcan quand on veut faire bouger les choses. Les proches sont campés dans leurs positions, résistent à tout changement.

Certains restent isolés, veulent changer localement leurs pratiques, en proposant par exemple l’utilisation raisonnée de ressources numériques dans leurs pratiques. Cela amène à devoir échanger d’autres localement qui ne prennent pas le temps de comprendre. Ces personnes ressentent un besoin urgent de rencontrer d’autres convaincus, d’échanger sur leurs approches, leurs difficultés, mais aussi leurs réussites. Les réseaux informels comme twitter peuvent être un premier moyen de se connecter, mais encore faut-il en être convaincu et donc sans doute avoir rencontré quelqu’un qui vous en aura convaincu.

D’autres sont organisés en associations qui se mettent au numérique et à la mise en réseau au gré des besoins (communiquer entre les rencontres, capitaliser sur les documents acquis, continuer le suivi dans le temps … ) La question est alors à la fois de permettre à des nouveaux adhérents de rejoindre l’association et de pouvoir profiter des expériences d’autres associations pour se développer de manière harmonieuse.

Les grands réseaux, comme Wikimédia/Wikipédia par exemple, si ils fonctionnent de manière globale, ressentent  pourtant le besoin de rester ancré dans le local en créant des réunions locales entre contributeurs, ou en participant à des événements comme le forum des usages et bien d’autres. Les acteurs de ces réseaux sont d’ailleurs souvent impliqués dans différentes actions. Ce sont bien les gens qui font lien entre les différents réseaux.

Pourquoi parler de communauté éducative ?
Lors des rencontres, nous avions la chance d’avoir un panel très large. Si les enseignants parlaient bien des difficultés de leur métier et de convaincre leurs collègues proches d’explorer de nouvelles pistes, nous avions également des représentants de collectivités locales, d’EPN, de parents, d’éducateurs, des documentalistes, de Wikipédia et autres grands réseaux (Tela Botanica par exemple)  … Nous connaissons également des associations d’étudiants qui semblent animés de la même volonté d’échanger.

Pendant nos échanges, nous étions tous d’accords qu’il est indispensable de pouvoir contourner les barrières que chacun rencontre, d’échanger sur les meilleures pratiques et de mieux comprendre les besoins et les apports de chacun pour pour mieux agir.

Dans le domaine éducatif aussi, on voit bien l’intérêt d’articuler des structures et des événements ancrés dans l’hyperlocal (lieux d’accueil, fablab, copy party au sein d’une bibliothèque …), des associations dédiées qui permettent de répondre à des besoins spécifiques (comme le GREF ou les médiablogs), et des réseaux nationaux comme Sésamath, Wikimédia ou Tela Botanica qui visent à produire et à partager des ressources. L’échange, le partage permettent de renforcer et d’irriguer les 3 niveaux. Il y a donc besoin d’organiser des rencontres au niveau local, et de s’accorder sur des valeurs qui font lien aux autres niveaux.

Permettre aux acteurs de tout bord de se rencontrer pour construire la collaboration
Le constat est donc bien de multiplier les rencontres, les échanges pour permettre à de nombreux projets d’émerger. Nous avons identifié un certain nombre d’éléments pour contribuer à construire un réseau de la communauté éducative :

  • Offrir, relayer des rencontres locales, des événements qui permettent à ceux qui veulent adopter le numérique de se rencontrer, d’échanger et de construire les noyaux qui permettront la diffusion en local. Les tiers lieux, les espaces multimédias,  les lieux de médiation sont des relais pour permette ces échanges. La neutralité permet la rencontre et l’échange ;

  • Proposer des échanges pour permettre l’appropriation de manière neutre des usages numériques, et ainsi proposer des pistes de solutions aux besoins de chacun ;

  • Identifier, partager des stratégies gagnantes pour permettre de convaincre son entourage par petits pas (sur le modèle des wikipatterns ….), les effets de seuil, de levier ;

  • Contribuer à diffuser les bonnes pratiques permettant la collaboration comme notamment l’ouverture, la lise en commun, la transparence dans la gouvernance.

Quel objectif ?
L’usage du numérique, de la collaboration et de ses “valeurs” sont bien les fondements qui permettront de faire tomber les barrières qui empêchent actuellement l’éducation de faire sa révolution pourtant ressentie comme indispensable.
Notre proposition est ainsi de toucher 30% de la communauté éducative  en montant des connexions, en privilégiant une logique de réseaux pour permettre enfin à la communauté éducative toute entière de pouvoir s’approprier globalement le numérique et de nouvelles pédagogies plus collaboratives en éducation.


Compléments :

Plaisir d’apprendre ! d’enseigner ? À discuter à Ludovia 2012

« Le plaisir est souvent associé à un qualificatif : plaisir sexuel, alimentaire, intellectuel, professionnel, parental, moral, civique (ou du devoir accompli), etc. » L’université d’été Ludovia de cette année nous propose d’associer plaisir avec éducation numérique.

Continuons de parcourir l’article de Wikipédia :

  • « Le plaisir, sensation agréable, liée à une expérience. Le plaisir a un grand nombre de termes plus ou moins synonymes (contentement, volupté, satisfaction, délices, régal, jubilation…) qui désignent des variétés plus ou moins subtiles de l’expérience. » La majorité des synonymes intègrent l’idée d’accomplissement, même fugace. Serait-on dans l’immédiateté ?
  • Les amateurs de définitions récursive aprécieront celle-ci liée à lépicurisme sur Wikipédia : Epicurisme : nous recherchons les plaisirs, mais simplement parce que nous nommons plaisir ce que nous recherchons

En lisant les nombreuses contributions préparatoires sur le site de Ludovia Magazine, j’en suis arrivé rapidement à me poser beaucoup de questions :

  • Quels liens entre plaisir, jeu et motivation ? Faut-il formaliser ou simplement analyser ?
  • Est ce que par plaisir, on parle de liberté, d’autonomie, de savoir apprécier l’imprévu ou au contraire de sécuriser, de baisser la sensation de risque ?
  • Vise-t-on le plaisir dans la situation d’apprendre, ou celle dans l’accomplissement de l’apprentissage ?
  • Il y a le plaisir de la contemplation, mais beaucoup d’articles insistent sur l’engagement, notamment au travers du jeu. Donner envie pour engager des participants, c’est donner un choix, et accepter qu’on ne le prenne pas….
  • Bref, le plaisir peine à être classé, systématisé. N’y-a-t-il pas un dimension personnelle, de choisir ce qui me convient dans le plaisir ?

En tout cas, et c’est la première réussite du thème de cette année de Ludovia, celle de proposer un terme résolument positif et personnel pour revisiter des notions comme engagement, motivation, jeu, et de l’associer à apprendre … et à enseigner.

 

La deuxième réussite, c’est d’avoir mobilisé de nombreux intervenants, qui se positionnent sur ce thème et revisitent ainsi leurs discours.

Une difficulté sera de confronter cette dimension de plaisir, à la nécessité, l’injonction d’évaluation. En effet si les concepteurs de jeu mettent en avant la dimension d’engagement (et de leur point de vue de plaisir), ils sont confrontés à la nécessité de rentabilité des investissements liés aux développements de tels jeux. De même, l’éducation dans son ensemble est soumise à évaluation, la variable plaisir est elle corrélée à la mesure de l’apprentissage ? Voilà qui justifie pleinement les questionnements d’André Tricot.

Il sera intéressant de profiter de ces rencontres pour essayer d’identifier les vecteurs de plaisir, de les corréler avec des éléments pouvant favoriser l’apprentissage (engagement, motivation, vécu …), et d’interroger les instances de gouvernance sur une politique permettant l’épanouissement et le plaisir dans les établissements.

Nos hôtes font un travail de préparation absolument formidable, en recueillant des avis, des analyses, des résumés des présentations scientifiques qui se feront à Ax-les-Thermes fin août.

Quels plaisirs avec le numérique ? Patrick Mpondo-dicka en propose plusieurs : le plaisir démiurgique de création, le plaisir du bricolage, le plaisir du la médiation, le plaisir sensible (au travers de nouvelles interfaces)

Comme le souligne Serge Soudoplatoff, il semble plus facile de parler de plaisir d’apprendre que de plaisir d’enseigner. Et cela pose question tant on sait que l’enseignant reconduit les schémas qu’il a vécu. Il devient naturel de dire qu’il faut souffrir pour apprendre.

Et pourtant… comment motiver, comment « donner » du plaisir si l’enseignant lui-même n’est pas dans cette posture. Caroline Jouneau-Sion et Stéphanie de Vanssay, dont on connaît l’engagement pour le numérique, nous interrogeront sur « En quoi utiliser les TICE et les réseaux sociaux participe au plaisir d’une pédagogie renouvelée ? »

Parmi les invités, il y aura aussi comme les années précédentes des blogueurs. À la fois, rapporteurs des échanges et poil à gratter, ils participent aussi au débat. C’est à ce titre que je participerai à cette édition.

 

Et si Ludovia 2012 permet de lier durablement plaisir, à enseigner, à apprendre et au numérique, alors cette édition aura vraiment contribué à changer l’école.

 

Crédit photo : Évaporation…!!! par Denis Collette…!!! licence CC-by-nc-nd

Pédagogie et innovation numérique, vers quoi allons-nous ?

Je suis invité à venir m’exprimer aux Terrasses du numérique organisées par la Direction des Usages du Numérique de l’université de Strasbourg (Unistra). Leur demande « Pédagogie et innovation numérique, vers quoi allons-nous ? » m’a amené à réfléchir à proposer quelques grands thèmes et à y intégrer quelques témoignages d’expérimentations. Le résultat s’articule donc autour de deux grands axes :

  1. l’entrelacement entre le réel et le virtuel, qui me permettra d’aborder : le mobile (learning), d’évoquer rapidement les interactions liées à la réalité augmentée, la simulation et le 3D, et de continuer sur les Fablabs (et nos codecamps) et l’internet des objets
  2. le collaboratif, pour lequel je repartirai de mes différentes expériences avec le web, puis je reprendrai quelques diapos sur l’idée que les ressources éducatives libres se développeront en réseau(x), et je compléterai avec les MOOCs et autres badges ouverts

L’idée d’ouvrir des degrés de libertés aux enseignants, aux élèves (via une démarche AVAN notamment) sera transverse. On parlera pour chaque thème d’exemple pédagogique, et d’opportunités. Seul problème, je n’ai qu’une heure …

Dans les éléments qui m’ont permis de construire cette présentation, je retiens comme lectures l’approche de nos amis américains qui sont largement impactés par ces évolutions. La création de nombreuses startups, l’impact recherché au niveau mondial de leurs universités, les amène à reconsidérer le système universitaire dans leur entier.

Pour ceux qui voudraient retrouver d’autres sources d’inspiration, les diaporamas que j’ai pris comme sources principales sont ceux de Mike Sharples, George Siemens et Steve Wheeler. Les plus attentifs y retrouveront des diapos empruntées.

ajout du 22/9/2012 : La conférence a été enregistrée, et peut donc être retrouvée ici sur la webTV d’Unistra.

Crédit photo : Les mots clés du centre par Centre de culture numérique – Unistra licence CC-by-nc

L’école, le numérique et la société qui vient

 

Ce titre est excellent, car il résume toute la problématique : quelle école pour former les citoyens de la société en formation, et la place du numérique au centre de ce questionnement. Mais il n’est pas de moi, c’est le titre d’un livre L’école, le numérique et la société qui vient que je recommande à tous ceux intéressés par le sujet. D’un niveau soutenu, mais sans verbiage inutile, je l’ai dévoré dans un train (Paris – Brest 4h30).

Bernard Stiegler, Philippe Meirieu, Denis Kambouchner échangent à un niveau philosophique sur la nécessité de réformer l’école, vers plus d’exigence sur la nature des apprentissages (en développant une approche critique et créative des apprentissages) et sur la formation des enseignants. Ils convergent également sur la nécessité d’aborder le numérique de manière totalement différente, opposée, à l’approche des marchés, pour passer d’une addiction de contenu à un appropriation d’outils de réelle réflexion organisée, structurée par le développement de l’individu. Ils détaillent également l’ambivalence de l’expression de « société de la connaissance » qui reflète l’ambivalence des outils numériques, pouvant être source d’autonomie d’indépendance s’il est intégré culturellement ou source de dépendance, d’addiction aux mains des marchés des mass medias.

On notera l’analyse de Philippe Meirieu sur le dévoiement de l’approche par compétences dans un système qui se déresponsabilise en proposant des indicateurs faussement neutres, et qui ramène les compétences à des savoirs procéduraux et morcelés, accompagné par un encadrement intermédiaire qui ne comprend pas les enjeux du numérique et qui défend un discours infantilisant sur le numérique (tout ira mieux avec l’ordinateur). Le passage sur l’importance de la maitrise collective des indicateurs est également très clair. (p70 et précédentes).

J’ai été également intéressé par les définitions de l’adaptation qui s’avère une négation de la dimension humaine.

On appréciera également, pour ceux qui ne connaissent pas les explications lumineuses de Bernard Stiegler sur la société de la connaissance.

J’ai souligné un paquet de phrases lumineuses, mais que je ne reproduirai par hors contexte. Retenons simplement la définition de l’école par les animateurs (Julien Gautier et Guillaume Vergne) du débat :

L’école peut et doit être envisagée dialectiquement comme le lieu de l’émancipation et de la formation individuelle à travers la transmission rigoureuse et l’étude exigeant des domaines fondamentaux de la connaissance et de la culture au sens large.

Pour le plaisir de la formule, Philippe Meirieu nous parle de la pédagogie de garçon de café, (p.170)  pour décrire la salle de classe où l’enseignant est vampirisé par l’injonction de chaque élève cherchant à obtenir une information factuelle immédiate, ou simplement un échange pulsionnel. Le problème de recentrage, de concentration n’est pas que numérique.

Je retiendrai principalement :

  • que l’utilisation des technologies numériques doit être revisitée pour pouvoir être un support à la pensée, à la réflexion, à la construction de symbolique. La nécessaire prise de recul impose donc de se dégager de l’exigence d’immédiateté, promue par notre société de consommation de savoirs ;
  •  que c’est bien le rôle de l’université d’être le creuset d’une rénovation de la pensée critique embrassant la dimension numérique.

A nous donc de relever le défi et de faire du numérique un support au développement d’un savoir rationnel.  Première étape, lire, comprendre, s’approprier ce petit fascicule.

Pour prolonger en ligne :

"Immédiateté et éducation"

Tendances et prédictions pour 2012 et après

Je découvre un excellent site californien appelé Mindshift / Comment allons-nous apprendre. Remplis d’excellents articles, on y retrouve actuellement une vidéo de Sir Ken Robinson qui continue à convaincre ses auditoires qu’il est plus que temps de changer l’éducation et de mettre la créativité au centre de l’éducation. Quand je pense que j’ai encore entendu cette semaine (d’un prof de cours de soutient) que le secret pour réussir au lycée, c’est de produire ce qu’attend l’enseignant (et indirectement l’institution).

Dans cet excellent site, on trouve notamment une série de 3 articles « les trois tendances qui définissent le futur :

La ligne adoptée dans ces articles est que les technologies modifient profondément l’apprentissage en rendant possible des formes d’apprentissage plus riches, qui modifient le temps, l’espace, les lieux d’apprentissage et les objectifs d’apprentissage. Les conclusions portent sur le changement des métiers d’enseignants et de d’élèves. Les idées forces sont clairement exprimées, même si on peut les trouver par ailleurs.

Plus technologique, on trouve également un article dynamique, sur 21 choses qui seront obsolètes en 2020. Non pas pour les regretter, mais bien pour montrer que ces choses seront remplacées par des éléments plus pertinents : le bureau, l’ordinateur et le laboratoire de langues seront remplacées par des espaces dynamiques et des équipements mobiles, personnels. L’idée de fond est de nous convaincre qu’il est possible d’apporter des réponses personnalisées à chaque élève, et ce avec les outils numériques modernes.

À coté de cela, les 12 prédictions sur l’avenir de l’éducation numérique en 2012 d’Actualitice me paraissent bien pauvres. D’une part parce qu’en se positionnant sur un an, on peut parier que l’éducation ne sera pas fondamentalement changée sur une si courte période. D’autre part, parce que ces « prédictions » sont d’abord technologiques, ou économiques (ce qui se recoupe de plus en plus) avant que d’être pédagogiques ou organisationnelles. Et finalement, parce que le terme « prédiction » conduit à bien des erreurs d’interprétation.

Et semble-t-il pleins d’autres choses à lire (par exemple coté mobile learning). A se demander ce qu’on peut encore écrire après cela :)

Et pourtant ces 12 technologies sont effectivement porteuses de changement :

  • le cloud (1), la mobilité (4), le virtuel et son pendant la réalité augmentée (6), la vidéo (7), la 3D et l’hologramme (11), la robotique (12) pour les aspects techniques et de présentation de l’information ;
  • les réseaux sociaux (5), la « gamification » (3), le développement de l’école en ligne (10) pour les dynamiques d’apprentissage
  • la reconfiguration du marché de l’édition scolaire (2), à rapprocher de l’Open Data (9) (dont la traduction pour l’éducation est bien ressources éducatives libres ou OER, l’impact des start-up et des hackers (8) pour tout ce qui est positionnement des acteurs.

Ces 12 éléments sont bien présents dans le paysage, mais la question est bien comment ceux-ci pourront s’intégrer dans les pratiques, dans le système qui aujourd’hui ne se voit pas comme institution en changement, avec une vision partagée de son évolution, intégrant le numérique dans ses objectifs, ses moyens et dans l’accompagnement d’une évolution du métier de l’enseignant.

Il semble que l’injonction soit de développer l’innovation (et donc la créativité). Mettons donc au centre des objectifs de formation le développement de l’esprit critique au travers la maîtrise des médias numérique. Encourageons la collaboration entre pairs, l’accompagnement par les enseignants, la personnalisation des parcours.

Développons des outils permettant de dynamiser et d’accompagner les acteurs de la formation dans la révolution du numérique.

Et regardons comment développer un écosystème qui permette de développer une offre en ligne francophone, des technologies adaptés à des objectifs de formation ambitieux.

Mais là ce ne sont pas des prédictions, ni des tendances, simplement des vœux.

Ou des objectifs de travail.

 

Crédit photo : Tendances 2011 par La Fabrique de Blogs licence CC-by-nc-sa

Vers une université davantage numérique

Encore un excellent document de l’IPM (Institut Pédagogique universitaire et des Multimédias) de l’UCL de Louvain La Neuve appelé « Vers une UCL davantage numérique ». Ce rapport prospectif fait d’abord une analyse des forces et faiblesses de l’IPM, montrant que même dans des structures reconnues les difficultés d’accompagnement et de diffusion des innovations pédagogiques persistent et que l’environnement international bouge très vite dans ces domaines.

Logiquement, ils se proposent 5 pistes d’actions qui nécessitent l’appui par les TICE :

  1. favoriser la réussite des étudiants avec les TIC
  2. l’accompagnement des étudiants en grand nombre (massification)
  3. l’organisation de l’enseignement dans une université répartie sur plusieurs sites
  4. la formation continue
  5. une université ouverte sur le monde et présente dans le monde

On y fait le constat que l’hybridation des enseignements doit permettre un meilleur accompagnement en se focalisant sur les difficultés particulières et en favorisant les approches actives, un travail sur un temps qui ne se résume plus au présentiel, en rendant les ressources accessibles à distance (avec l’exemple classique de l’université de médecine de Grenoble).

On rappelle également les injonctions venues des publics, et de la société civile enjoignant à l’adoption du numérique, mais aussi de la nécessité de permettre l’appropriation de ces TIC, mais surtout d’expliciter les processus pour acquérir les compétences nécessaires à la société de l’information : esprit critique, travail d’équipe, communication, créativité … Cela passe par former les étudiants et les enseignants au numérique.

Un élément clé à mon avis est bien de « repenser le présentiel » tirant parti de l’hybridation des dispositifs au travers de l’abondance des ressources, de l’apprentissage par les pairs, plaçant l’enseignant en accompagnateur …

Nondit dans ce rapport, mais qui se dégage assez directement de cette lecture : la formation des enseignants elle-même doit se penser sur ces modèles repensant le présentiel. Le barcamp organisé à Sèvres en est un bon exemple. La carte conceptuelle initiée par  François Bocquet montre bien que l’on retombe sur les mêmes questions.

Parmi les forces relevées à l’IPM, il est souvent fait mention de Claroline. Si celle-ci démontre un savoir faire particulier, on peut se demander si ce lien outil ne s’explique pas par des développements existants et ne risque pas à terme par être un risque de « fossilisation de contenus » pour reprendre l’expression du rapport (appliqué plus tard dans un autre contexte).

On note également l’importance de l’intégration de la dimension numérique dans la gouvernance et d’articuler et coordonner les services pour permettre de développer un espace fertile d’innovation.

L’ouverture sur le monde s’appuie beaucoup sur les capacités de communication comme les dispositifs de visio-conférence et autres dispositifs équivalents sur le web et fait le constat que « des conférences et colloques internationaux actuelles sont maintenant organisés afin de permettre à la fois une participation active (flux de discussion ) et virtuelle (sans présence physique). »

 

Crédit photo La Force de l’Art 02 / 2009 : Bruno Peinado " Sans titre, Silence is Sexy " par Vincent Desjardins – licence CC-by

Changer d’éducation ?

Cette semaine de rentrée, au delà des problèmes liés au manque d’enseignants, de moyens, se positionne par rapport à l’enjeu des présidentielles. Après une fin d’année qui a révélé les limites du système actuel, notamment au travers de l’affaire de la triche au bac. Au delà des premières annonces de campagne, les arguments pour des changements plus profonds, qui pourront alimenter un débat que l’on espère de fond, apparaissent ou réapparaissent de toute part. Chacun isolément fait réfléchir, leur accumulation donne une impression d’urgence dans un monde qui semble se déliter.

Sur le fait que nos élèves ont changé, on revisitera les idées de Michel Serres, et don concept de petit poucet ou petite poucette. Dans un autre débat Michel Serres défend également l’idée que les grandes découverte se font un peu « par hasard » (voir et s’il fallait repenser l’éducation en profondeur ?), ce qui conforte la notion de rupture qui bat en brèche les idées de mesure de qualité qui ne peuvent que mesurer des « améliorations » continues.

Sur l’idée que les savoirs informels sont aussi, voire plus importants que les savoirs disciplinaires, Denis Cristol donne un interview à Educpros. Ce qui amène à repenser le corps professoral comme porteur de valeurs, et non pas seulement de disciplines.

Plus fort, Sir Ken Robinson défend la pensée divergente comme vecteur de la créativité. Cette notion l’amène à dire que l’éducation dans son ensemble doit être repensée, pour en enlever son caractère industriel, et en détrôner son dogme de la pensée linéaire qui nous viennent de temps dépassés.(Ken Robinson : Changing education paradigms, et ici sa traduction en français, avec un peu moins de verve). On y notera en passant l’excellence du mode de présentation, porté par le RSA (à visiter).

Sur les modes de présentation, les choses bougent, on ne se plaint plus de la pauvreté des diaporamas, on invente des nouveaux modes de présentation, via Prezi, CommonCraft, Salman Khan, ou la pépite vue par Christophe Batier à Ludovia : «l’expression identitaire «mobile» des jeunes : vers une autre narration de soi» par Nayra Vacaflor. Décidément, la maitrise de l’animation devient une compétence clé.

Sur les méthodes actuelles pour essayer de camoufler les reculs en cours, on notera l’excellent papier de Claude Lelièvre dont le titre « des expressions détournées » en résume parfaitement l’esprit.

Coté numérique,  je trouve que le point de vue de Eli Pariser sur « les bulles de filtres »mérite qu’on y porte attention (vidéo ici, transcription en français ici), qui nous met en garde sur les moteurs de recherche qui choisissent ce qui pourrait nous intéresser à notre place, et qui incidemment appauvrissent nos recherches d’informations au delà de l’acceptable. Cela doit par ailleurs nous rappeler que les promesses des technologies numériques, notamment en permettant l’accès en tout heure et en tout lieu à l’information, sont susceptibles d’être remises en question. On passerait d’une société de l’information à une société de la diffusion personnalisée, dans laquelle on ne verrait que ce qu’un algorithme considérerait comme bon pour nous.

Vu également cette traduction (par @zecool)d’un tableau sur l’éducation 3.0 de pour avoir une idée de comment se positionnent les différentes modes d’éducation. Bonne base de discussion sur des modes complémentaires. Le site cité 21st century learning semble d’ailleurs être une compilation d’éléments en faveur d’un renouvellement de l’éducation.

Ou encore, « Le nomadisme numérique communautaire, nouvel art de vivre » sur le changement induit pas les mobiles.

Pour reprendre une image que j’ai donnée à Ludovia : Le mobile est a l’informatique ce que la voiture est au train. L’informatique (et le train) ont changé nos vies, le mobile (et la voiture) remodèle complètement notre environnement, revisitent les échanges, bouleversent à terme l’infrastructure. C’est le passage d’un moyen « industriel » à un moyen réellement individuel.

Pour finir, je ne résiste pas à inclure l’un des diaporamas de Steve Wheeler : Nouvelles technologies et futur de l’éducation.

En bref, les arguments pour le changement s’accumulent. Quand se décider-t-on à l’enclencher ? Et de quelle manière ?

Et vous quel est le document qui vous a le plus marqué?

Visualiser la complexité

à l’écoute ce matin de présentations des projets de notre programme First. Beaucoup de commentaires pertinents, d’associations qui se font avec d’autres projets existants.

On y parle évidemment de complexité, d’organisation de l’information, de réseaux sociaux, de visualisation.

Quelques liens intéressants :

Ingénieur : expert ? manager ? Ou plus ?

Mais qu’est ce donc qu’un ingénieur ? Par facile à définir, tant la multiplicité des métiers possibles est large. On pourrait même dire que c’est sans doute la formation la plus généraliste qui soit quand on regarde le panel des parcours des anciens élèves des écoles d’ingénieurs.

Si l’on suit les avis des entreprises, c’est une personne qui va au cours de sa carrière progresser soit sur un axe d’expert, soit sur un axe de manager, soit alternativement entre les deux. Bref un cadre technique et/ou d’encadrement.

Cette présentation selon 2 axes amène en général la remarque qu’un jeune ingénieur sortant de l’école n’est pas encore mûr pour être chef de projet ou manager. A cela, certains répondent qu’il n’est pas non plus encore un expert, ce qui n’est pas faux non plus. La suite de la discussion peut alors porter sur le fait qu’une formation complémentaire peut être souhaitable : une thèse pour devenir expert, ou un master de management pour l’autre axe. L’évolution dans les entreprises laisse penser que la fréquentation d’une entreprise est également source d’apprentissage. On est là dans la discussion du niveau nécessaire pour aborder les problèmes d’aujourd’hui et de la formation tout au long de la vie.

Claude Maury, lors du conseil de programmes de Télécom Bretagne, nous a proposé la définition circulaire suivante : « un ingénieur, c’est quelqu’un qui résout des problèmes (d’ingénieur) », et qu’il en choisit pas. Cette définition caractérise la dimension d’action qui est liée aux métiers d’ingénieurs. Mais elle peut avoir le défaut de minimiser la dimension d’initiative qui peut être souhaitable pour un cadre supérieur. Le point de vue de Claude Maury va heureusement beaucoup plus loin, puisqu’il intègre un discours culturaliste approfondi.

Thierry Gaudin, insiste plutôt sur l’idée que l’ingénieur doit également savoir poser les problèmes. En tant que designer, au sens anglophone, c’est à dire le Conceive du CDIO, comprenant les usages, les besoins et étant capable de les traduire en spécifications de système ou service. C’est une dimension que nous avons intégré dans notre définition il y a déjà quelques années.

Mais en abordant ces aspects, on s’approche des dimensions d’éthique et des valeurs. Dans cette époque ou le développement durable devient central dans les préoccupations citoyennes, on voit apparaître des dimensions qui ne sont pas incluses dans les demandes explicites des entreprises.

Dernière dimension, celle de l’innovation. Cette dernière est considérée comme un enjeu central par la société, et par les écoles d’ingénieurs. Son intégration dans la formation est entamée, et c’est une bonne opportunité pour faire bouger nos formations. Elle permettra à certains ingénieurs de devenir maîtres de leur destin, soit au sein des entreprises, soit en créant leurs propres structures. On voit ces deux dernières années nos jeunes faire le pas plus facilement , aidés par le statut d’auto-entrepreneur. Par ailleurs, quand on investit ces démarches d’innovation, et donc la nécessité de rencontrer un public, des utilisateurs, on se rapproche inévitablement des notions de design.

Ce qui est intéressant dans ces échanges, c’est le glissement vers les valeurs. Nous savons tous que le monde va subir de nombreux changements climatiques, économiques, sociétaux, et que les réponses seront en partie portées par les technologies. Les ingénieurs auront toute leur place dans les réponses à apporter, mais elles ne devront surtout pas n’être que techniques.

On le voit, l’ingénieur a en face de lui un large choix de carrière. À lui de faire ses choix, pour évoluer et pouvoir être fier de son parcours. Il lui faudra être adaptable (sans être malléable), et donc porter les valeurs auxquelles il croit.

Le chantier sur les valeurs devra donc être ouvert dans les écoles, et avec lui celui des cultures portées par nos établissements. Des réponses satisfaisantes devront y être apportées, ne serait-ce que pour réconcilier nos futurs élèves à nos formations.

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