L’amphi dont vous êtes le héros

Un cours démarre. Évidemment, quand vous êtes assis dans un amphi, vous le subissez. Et puis soudain, l’enseignant s’arrête, et une voix sur le coté vous demande : « et maintenant quelle suite choisissez-vous ? »

C’est l’idée de Anne-Céline Grolleau et de Céline Grousson, qu’elles nous ont fait vivre au cours du printemps d’Unit. Elles nous le présentent même sous forme de fiche :

Évidemment, c’est un amphi plein d’enseignants (ou proches) qui a subi cette expérience. Le cours proposé a été donné par Pol-Bernard Gossiaux des Mines de Nantes, à qui je tire mon chapeau d’avoir su jouer la mauvaise foi, digne des faux cours qui circulent en début d’année dans certains amphis. Tapant de la règle, usant de mauvaise foi, effectuant des raccourcis dans ses transparents, ignorant son public (blême ou amusé au bout de 1’30), il a été parfait et a frappé les esprits.

Placé de force en tant que participant, je n’ai pu m’empêcher d’observer la séquence.

  1. Après cette phase d’échauffement, on nous a proposé de réfléchir en groupes de 4 (émergence des idées) puis de 8 (confrontation et sélection) pour faire émerger des idées visant à améliorer, rendre interactif cet amphi. Plus que choisir la suite, on nous proposait de la construire, telle que nous la voulions.
    1. J’y ai vu des enseignants qui analysaient directement la situation vécue, ayant de réelles difficultés à prendre du recul , ce qui m’a étonné ;
    2. J’y ai entendu plusieurs propositions, dont celle qui m’a le plus amusé : proposer aux étudiants de bouger pour simuler un comportement physique correspondant au cours ;
    3. Clairement cette formule de concertation en groupe était inspirée du buzz amphi de démarrage de la conférence QPES. Son fonctionnement est basé sur la technique d’animation de buzz group dans lequel on nous dit que le nombre maximum par groupe est de 6. C’est déjà à mon sens une limite élevée, car dans un amphi, il est difficile de discuter à beaucoup pour des raisons physiques : la position des tables, et la difficulté de se faire en tendre. À mon sens 4 est un bon chiffre. On peut aussi se poser la question de la durée de chaque phase, une trop grande durée étant l’ennemie d’une bonne concentration ;

  2. Remontée des idées : c’était la première fois que je voyais un etherpad utilisé en amphi. Plaisante idée pour faire remonter les propositions de chacun vers le groupe organisateur et numéroter à la volée. Cela nous a tous fait découvrir une limite de l’outil : dans cet amphi seules 12 connexions simultanées sur l’éditeur étaient possibles. Il y a souvent ce type de limite avec les outils du web 2.0, et qui sont rarement écrites. À retenir pour ne pas se faire bloquer. Nos animatrices ont su gérer cela avec le sourire et permis à chacun de se connecter dès qu’un groupe avait fini ;
  3. Votes : on nous a proposé de voter avec des télévoteurs. Sympathique, mais difficile à suivre. En tout cas interactif dans un amphi bien échauffé:-)
  4. Improvisation de la suite : sur le modèle de l’amphi de restructuration, le professeur est venu regarder les propositions, en a retenu 3, s’est rapidement préparé et nous les a restituées :
    1. il a commencé par nous faire déplacer dans la salle en nous faisant jouer le rôle d’in électron : chacun s’éloigne de l’autre, cela bouge, finit pas se stabiliser et on constate qu’un certain nombre de participants sont scotchés aux murs : parfaite illustration d’un phénomène d’électrostatique : charge moyenne et charge de surface :
    2. il nous a également demandé d’illustrer et de retrouver les concepts principaux pour les réorganiser à la volée (il paraît qu’un tableau interactif aurait ici été le bienvenu)
    3. et finalement, il a réalisé sous nos yeux une expérimentation sur la relation résistance/épaisseur de conducteur/dégagement de chaleur (qu’il avait préparé bien avant, comme quoi quand on maîtrise sa matière…)
    4. Bref la grande classe. Encore bravo à Pol-Bernard Gossiaux. Même si un voisin m’a glissé qu’il présentait bien moins de choses de cette manière là ? :-( et qu’il était bien difficile de se passionner pour une présentation orientée matière après nos discussions. Un guidage pour le débriefing aurait peut être permis de se reconcentrer.

En tout cas une bien belle idée que cet amphi dont vous êtes le héros ! Dont nous avons eu la chance d’avoir la primeur (eh oui, c’était le printemps). Un grand merci à Anne-Céline et à Céline !

Crédit photo : Album souvenir du printemps d’Unit – droits non précisés (donc copyright vraisemblablement)

La révolution du Mooc a commencée

Du moins en Amérique ….

L’acronyme MOOC (Massive Open Online Course, qui pourrait se traduire par Cours massivement ouvert en ligne, mais l’acronyme serait moins joli) date de 2008. Il a été expérimenté sous des formes très ouvertes, au départ pour populariser la théorie du connectivisme par George Siemens, Stephen Downes et Davec Cormier. Un MOOC, c’est un cours en ligne, ouvert au sens où les contenus sont ouverts, mais aussi au sens où il est ouvert à tous. Cette seconde acception d’ouvert est importante car pour fonctionner, un MOOC doit être massivement suivi, à savoir qu’il fonctionne d’autant mieux que le nombre d’inscrits est important. En effet, un élément central est l’interaction entre pairs. On est dans une production collaborative.

D’autres formes expérimentales ont été proposées. Citons par exemple la P2PU qui propose des cours variés, définis par la communauté, ou la célèbre Khan Academy qui offre une méthode vraiment nouvelle d’apprendre les mathématiques. Derrière ces formes pédagogiques, on trouve des penseurs, comme Sugata Mitra, qui témoigne comment les enfants peuvent apprendre par eux-mêmes ou Ken Robinson qui dénonce la mise à mort de la créativité par l’école traditionnelle. Derrière ces expérimentations, il y a une volonté de rupture.

Mais depuis, les grandes universités américaines expérimentent, se positionnent, affichent leurs ambitions. Depuis longtemps le MIT propose son initiative Open Course Ware de mise en ligne de contenus ouverts. Mais ce printemps, il s’associe à Harvard pour franchir une étape : proposer des cours complets en ligne, ouverts à tous et en complément des cours du campus. Cela s’appelle edX, et s’accompagne d’une campagne de communication dans laquelle on parle de révolution. Révolution peut être, mais certains (Techcrunch) considèrent que celle-ci n’est pas encore complète. En effet, le mode pédagogique reste transmissif (vidéos d’amphi en ligne), avec des exercices standardisés (automatisables), et ces vénérables institutions ne semblent pas (encore) prêtes à délivrer des diplômes aux personnes qui auront suivi ce cours.

De son coté Stanford a fait un carton avec un cours d’introduction à l’intelligence artificielle, le CS221, avec plus de 20 000 inscrits. Et de ce coté de l’Amérique, on peut y gagner des crédits. Seule limitation, on reste encore dans des formes de travail dont la correction est automatisable. À la mode californienne, cela à conduit à deux créations de startups complémentaires :

  • Coursera, qui peut se définir comme un portail permettant à plusieurs universités de proposer des cours ouverts ;
  • Udacity, qui propose des cours originaux et se permet ainsi d’explorer d’autres manières d’aborder l’informatique et le futur de l’université. Les enseignants de CS221 ne se voient pas retourner en amphi.

Bref, cela bouge. Et de nombreuses idées vont fleurir et ouvrir de nouvelles voies. L’excellent billet « Massive Open Online Professor » en cite deux (dont une dans les commentaires) :

Face à cette révolution, voici quelques questions dont nous ne pourrons pas faire l’économie de ce coté de l’Atlantique :

  • Est ce que demain nos étudiants suivront des cours offerts outre-atlantique ? Est ce un risque, une opportunité ? Les universités françaises seront-elles productrices de cours, consommatrices de contenus, ou simplement dépassées ?
  • Dans la perspective d’intégrer les MOOCs dans l’enseignement supérieur, comment articuler les curriculums de formations avec ces MOOCs ? Est ce simplement ouvrir des cours à l’extérieur comme le fait le MIT ? Est ce de proposer les cours du MIT et faire l’évaluation en interne dans les universités ? Est ce de mutualiser des cours et les proposer sur plusieurs campus ? Est ce que l’on s’appuie sur les ressources en ligne pour développer l’esprit critique de nos étudiants ?
    Répondre à cela va nous obliger à revisiter nos objectifs de formation, et donc nos évaluations, et par rebond nos méthodes pédagogiques (avec au centre motivaion et alignement pédagogique). (Je note ici pour souvenir une petite liste de 10 capacités professionnelles pour 2020, relayée par Stephen Downes)
  • Quelles formes peuvent prendre des MOOCs francophone ? (à la française diraient certains, ou pour la communauté francophone ce qui est plus large) Notre culture n’est pas celle du monde anglo-saxon. Nos modèles d’université sont (heureusement) différents et moins sensibles aux notions de marché. Par contre, faut-il simplement mettre en ligne des cours classiques avec des captures vidéos (dans nos universités numériques) ou y-a-t-il une place pour des formules plus dynamiques (en phase avec le connectivisme, la créativité …) ?
  • Liée à cette question se pose celle des moyens. Il est amusant de se dire que la mise en line de cours standards semblent coûter plus cher (nécessité notamment de captation correcte, et aux plate-formes d’évaluation) que les formules plus ouvertes et participatives (Khan a juste eu besoin d’une tablette pour démarrer, les cours de Siemens et al. utilisent des outils standards du Web). Que faut-il automatiser ? Pour quelle dynamiques de cours ?
  • Pour quels publics ? Étudiants ? Enseignants ? Plus large (apprendre tout au long de la vie) ?
  • Au fait quelles sont les postures possibles des enseignants dans ces MOOCs ?
  • Pour quels objectifs ? Formation à la « science » informatique ? Formation au connectivisme ? Autres ?
  • Quelle stratégie ? Il y a une courbe d’apprentissage : il faut d’abord maîtriser les mécanismes de participation avant de pouvoir proposer un cours sur un sujet quelconque.
  • Quels points d’entrée ? Siemens, Downes, Cormier se sont fait connaître en tant que chercheurs et ont créé des cours pour diffuser et valider leurs approches. Le MIT, Harvard, Stanford jouent sur leur réputation planétaire (ce sont les 3 premiers du classement de Shangai). P2PU, Wikiversity sont pour leur part des acteurs du libre.

Suivant nos métiers, nos employeurs, nos expériences, nos valeurs, nous n’aurons pas tous les mêmes réponses. Mais pour comprendre l’esprit des MOOCs, il nous faudra apprendre à partager, à collaborer, et pour coller à l’esprit d’Internet chercher le consensus. Et créer un écosystème …

Crédit photo : MOOC Art #ds106 #manchester par heloukee (CC-by-nc-sa)

le BYOL – Bring Your Own Learning, conséquence du BYOD #AVAN

L’idée du BYOD ou Bring Your Own Device, permettant à chacun d’apporter ses propres équipements au travail, ou à l’école, est une grande tendance du moment. Il en a déjà été pas mal question dans ce blog, avec une traduction en français, AVAN pour Apportez Vos appareils Numériques.

Logiquement, cela donne de l’ autonomie aux personnes, puisque celles-ci deviennent maître de leur équipement personnel, mais aussi de travail et d’apprentissage (ou du moins d’une partie). De plus, cela met en avant l’apprentissage informel, notion qui reconnaît que l’apprentissage se fait également (surtout ? ) en dehors du temps du cours.

Autonomie, personnalisation, mais aussi développement de stratégies d’apprentissage personnelles. Il devient normal que chacun puisse redevenir son propre maître de ses apprentissages.

Jane Hart publie ainsi un article de blog (en anglais) « est-il temps pour une stratégie BYOL dans votre organisation ? », montrant que l’entreprise se doit d’accompagner ce mouvement pour compléter son offre de formation, mais ne peut le contrôler. Elle souligne la prise de distance des personnes par rapport à la formation professionnelle (et en ligne) en montrant que pour les employés celle-ci n’est plus la source unique d’évolution des compétences.

Cette approche est cohérente avec l’idée de Harold Jarche (qui travaille avec Jane Hart) que nous sommes à l’âge de l’apprentissage. L’apprendre à apprendre pourrait devenir réalité, mais ces deux articles constatent bien que les mentalités doivent encore évoluer, et que le plus vite sera le mieux.

Dans la même veine, Harold Jarche nous parle de PKM (Personal Knowledge Management ou gestion de connaissances personnalisées) en tant qu’environnement pour son développement personnel. Dans le domaine de l’apprentissage, on parle de PLE (Personal Learning Environment ou environnement d’apprentissage personnel), mais de fait on recouvre le même phénomène dans les deux cas. Notons que l’apprentissage est ici social et actif dans le sens où il se fait au travers de productions.

La formation tout au long de la vie peut trouver un environnement d’appui appréciable avec ces approches issues du numérique.

Quel impact sur l’enseignement supérieur formation initiale ? Difficile à dire tant pour l’instant ces dimensions de prise en main des apprentissages reste en dehors du focus :

  • Parce que nous délivrons des diplômes qui sont une construction cohérente des apprentissages ;
  • Parce que la structure des formations est basée sur l’offre et non la demande ;
  • Parce que nous craignons que les étudiants puissent faire des choix incohérents ;
  • Parce que nombre des étudiants n’ont qu’une vision très incomplète de leur futur professionnel ;

et pourtant :

  • Qui connaît les métiers de demain ?
  • Développer motivation, autonomie, responsabilité de nos étudiants ne passe-t-il pas par la délégation de leur avenir ?
  • Comment répondre à des demandes émergentes qui ne sont pas issues de la recherche ?

Sans doute la réponse sera dans une ouverture progressive, réconciliant une cohérence de l’offre (les diplômes) et de la demande (prise en compte de la construction de personnalités). On est bien dans la question de la formation d’adultes autonomes, capables de porter ses propres choix.

Au fait, depuis ce matin je me demande comment traduire BYOL (Bring Your Own Learning) en français. AVA pour Apportez Vos Apprentissages me paraît trop court :

  • CAVA pour Choisissez et Apportez Vos Apprentissages ?
  • SAVA pour Soyez Acteurs de Vos Apprentissages ?

Crédit photo : Relaxed Study, Learning Grid, University of Warwick par jisc_infonet licence CC-by-nc-nd

Du CIUEN 2012 et vers le CIUEN 2014

J’ai eu la chance de participer la semaine dernière au CIUEN à Lyon. J’en retiens une foule de rencontres enrichissantes avec des collègues de tous horizons. J’aimerai ici faire un point sur l’organisation des ces journées.

Il y a le petit coté introduction et conclusion par les officiels qui reste une figure imposée de ce genre de colloques, qui sont un peu des incitations à arriver en retard et à repartir en avance. Et pourtant en entrée je retiens le parlé vrai de Michel Lussault, Président de l’université de Lyon qui faisait plaisir à entendre. Et également un bel effort pour la dernière demi-journée avec des intervenants de haute volée :

  • Vijay Kumar, du MIT qui nous a parlé de OCW ;
  • Diana Oblinger, présidente d’Educause qui nous a présenté un panorama de l’enseignement supérieur américain qui paraît si loin de ce que nous vivons en France. Elle montre que tous les éléments de la « chaîne de valeur » de l’université sont remis en question. À voir dès qu’il sera en ligne ;
  • François Jourde, qui avec son point de vue d’enseignant nous a fait vivre la classe dont nous rêvons pour nos lycéens (à se rappeler : la page facebook de philosophes créée par les élèves, le détournement de vidéos bollywood, ou la prise de notes avec mobile …)

Était-ce par ce que c’était le dernier jour, parce que 2 orateurs s’exprimaient en anglais dans un colloque francophone, parce que le planning n’a absolument pas été respecté ? En tout cas l’amphi était clairsemé. Dommage … cela nuit au rythme de telles journées

Parmi les éléments dont on se souviendra dans ce colloque :

  • la qualité des intervenants des plénières. J’en ai déjà cité 3, j’aimerai associer Henri Verdier de Cap Digital et Dominique Cardon, qui ont élargi les débats mardi matin ;
  • le Off, avec des rencontres comme celle du lundi soir « prenons de la hauteur avec nos usages d’internet » dans laquelle on a refait l’histoire d’Internet de fort jolie manière ;
  • la cartographie de la recherche dans laquelle on a pu avoir un aperçu des domaines actuels. Bel effort de synthèse à saluer, qui élargit la vision . J’y ai pour ma part pris beaucoup de plaisir à préparer et présenter une vue sur le mobile learning, et à écouter celles de ma session et de la suivante. Un site de la cartographie de la recherche en e-éducation existe depuis la préparation de ces journées. Il reste à compléter et à faire vivre Espérons qu’il sera maintenu à jour ;
  • je n’ai pas eu le temps de profiter du track industrie, mais je pense que c’est également une bonne idée ;
  • le fait d’être couplé avec un événement comme WWW12 présente plusieurs intérêts : un partage de conférenciers (il était ainsi possible d’aller écouter Tim Berners-Lee ou de croiser Bernard Stiegler), des workshops sur des thématiques proches permettaient de profiter du déplacement pour multiplier les participations. J’ai ainsi pu présenter un papier à un workshop EWFE (Emerging Web Technologies, Facing the Future of Education) de www12 et un papier au CIUEN ;

Au point de vue du fond, je note que l’on a beaucoup parlé d’éducation ouverte, voire d’université ouverte à la française. Mais j’ai aussi parfois l’impression que nos préoccupations sont parfois bien timides par rapport aux méga changements que l’on perçoit de l’autre coté de l’océan atlantique. Mais bon l’herbe est toujours plus verte (quoique nombre des évolutions américaines font parfois frémir).

Notons également que les UNT (Universités Numériques Thématiques) semblent chercher à évoluer : Unisciel développe un partenariat avec Beebac pour coupler ressources et réseaux sociaux dédiés, deux projets Idefi (TIL et UTOP) visent à mieux les valoriser. Reste à voir si cela permettra de vraiment entraîner une dynamique autour de ces UNT.

Ceci est ce que j’ai pu ressentir. Je met ici un lien vers le blog d’Yves Moreau qui a commencé un travail de collecte sur les traces de l’événement. Merci à lui.

Lors de son allocution de clôture, Clara Danon nous a posé la question de comment faire évoluer ce colloque. Voici en vrac quelques suggestions :

  • Inviter les étudiants ! J’ai eu l’occasion d’échanger avec les acteurs d’associations comme les « nouveaux étudiants » ou les « nouveaux ingénieurs », ainsi qu’avec les étudiants vice-présidents d’universités. J’en ai retenu qu’ils avaient un avis tout à fait pertinent sur les sujets traités au CIUEN. Eric Sanchez et quelques autres ont également expérimenté avec eux une formule dynamique de brainstorming sous forme de « holdup ». On pourrait certainement leur laisser l’initiative à quelques moments clés du colloque.  Ce qui amène au point suivant ;
  • Des formes de débat plus participatives (plus web:-) ) qui permettent de lancer des idées et d’échanger. Brainstorming, barcamp, débat ouvert sur les implications de ce que nous présentent les « keynote speakers ». J’aurai bien aimé échanger sur l’impact potentiel de l’open éducation/ data/ ressources / software / hardware /governement dans les universités françaises – un peu chaud peut être ;
  • On pourrait imaginer des formes d‘explorcamps ou de sessions courtes de démonstration, comme cela se fait à Ludovia, permettant de valoriser les expérimentations des enseignants ;
  • Parmi les éléments de colloque rendant les participants actifs, je retiens du colloque « questions de pédagogie dans l’enseignement supérieur », deux éléments qui pourraient s’appliquer au CIUEN : le buzz amphi d’introduction où les participants identifient en petit groupe les questions qui les intéressent (avantage, un engagement plus rapide dans le colloque)  et la forme de réflexions et de cours inductif sur un sujet de base lié au thème du colloque (à Angers : l’alignement pédagogique et la motivation) ;
  • Et bien sûr des formes de retransmission en direct permettant des retours (via twitter par exemple) pour les personnes n’ayant pu faire le déplacement, mais je suppose que c’était le cas. On pourrait également intégrer le retours de twitter dans la conférence, via les animateurs comme cela se fait parfois pour une plus grande interaction :-)

En résumé, découvrant le CIUEN, j’y ai trouvé un espace d’échanges très riches, variés. Mais trop peu d’espaces de travail collaboratif pour dynamiser l’entrée du numérique à l’université.

Fac en poche – État des lieux du mobile-learning à l’université

C’était le thème des dernières journées numériques de l’université de Paris-Descartes. Qu’en retenir ? N’ayant pu assister qu’à la première journée, le point de vue sera sans doute partiel, mais j’espère éclairant.

Il faut d’abord rappeler que concernant les mobiles, c’est quelque part la première fois qu’une technologie numérique s’invite chez quasiment tous les étudiants avant que l’institution ne s’en préoccupe. Cet objet est d’abord privé pour communiquer dans ses réseaux, avant que d’être un vecteur d’apprentissage. Et de fait, ce sont les services informatiques et TICE qui semblent s’en préoccuper avant les enseignants. Avec une contrainte nouvelle pour eux : accepter un parc (pré)existant.

Et pourtant, François Guité nous a montré que ces équipements s’intégraient dans la révolution numérique qui change notre rapport au savoir, et qui permet d’encourager la diversité des approches au travers de modes pédagogiques différents. De plus, le mobile encourage les apprentissages informels.

Quelles sont les éléments apportés dans ces journées ?

  • La proposition de services étendant les services administratifs et d’accueil dans les universités : les bons plans, les menus des restaurants universitaires, les salles de cours … bref la mise à disposition dans les mobiles du système d’information administratif de l’université. Utile, créant du lien, mais qui ne peut être considéré comme un élément d’apprentissage ;
  • la mise en ligne de podcasts, i.e étendre l’accès aux supports de cours a mobilisé beaucoup de services universitaires tant cette option paraissait intéressante. La présentation « Vers un Moodle Mobile » en était un exemple. Nicolas Roland semble pourtant moins positif sur leur accès sur des équipements « vraiment » mobiles, constatant que leur accès reste majoritairement sur ordinateur (certes portables).

Dans ces 2 premiers cas, on est dans la remise en forme de données. Passons à une dimension plus usages pédagogiques :

  • l’iPad semble être l’archétype du terminal pour enseignant. Permettant d’assurer une projection confortable, un meilleur contact avec les étudiants et proposant tous les services nécessaires pour gérer son cours, ses ressources, ses copies … C’est ce que Jean Debaecker a cherché à nous convaincre. Ce qui correspond clairement aux retours de plusieurs collègues qui ont fait le pas ;
  • Le Cape des Mines de Nantes nous a présenté notamment « Parlez vous chinois ? » qui est une app sympathique pour découvrir le chinois. Initialement développée comme support de cours, elle est maintenant disponible sur l’App store d’Apple. À la fois prouesse technique et réussite pédagogique, elle pose la question du positionnement des universités vis à vis du marché, puisque ici nos collègues se placent dans les marché des applis pour tous. Notons également qu’il n’y a pas eu d’étude pour savoir si cette app permettait d’apprendre ou de compléter un apprentissage ;
  • Pour ma part, j’ai produit un témoignage portant sur l’usage de PC portables dans la salle de classe pour proposer des séquences d’apprentissage différentes.  Je me dois d’avouer que le mobile n’est chez moi qu’un objet d’étude, pas un équipement intégré dans ma pédagogie, sauf à considérer un PC portable comme mobile ;
  • Il semble que le lendemain, il y ait eu des sessions avec des exemples d’usages autour de serious games.

Bref, l’université se rend bien compte qu’il y a un enjeu à proposer une offre sur ces équipements, mais n’a pas les éléments de compréhension pour identifier les besoins, ni surtout les opportunités. Lors de la table ronde du premier soir, à la question des usages possibles des mobiles, certains semblaient avoir leur convictions sur les possibles, les souhaitables, la posture de François Guité était inverse affirmant que « la réponse reste à trouver : on n’a pas assez osé – on n’a pas assez expérimenté »

Un autre fait intéressant est que l’on ne cherche pas trop à définir le terme de mobile. Qu’est-ce que le mobile ? Si on fait référence au mobile-learning tel qu’il est envisagé dans la littérature, on se limite à quelque chose qui tient dans sa poche (le titre de ces journées était « fac en poche »). La première question est alors de savoir quelle information peut être mise à disposition pour être exploitable. Michel Diaz, lors de son intervention en table ronde ce mercredi soir, comprenait des vidéos et des évaluations. La seconde question peut être de savoir quelles sont les choses que l’on peut faire avec un tel outil que l’on ne peut pas faire ou difficilement avec un autre outil. Cela couvre la prise de son, de vidéos, de points géolocalisés en visite de sites, pour alimenter un portfolio, pour résoudre une énigme pendant une chasse au trésor ou autre jeu.

Le fait que l’on peut avoir une réponse à une question que l’on se pose au moment où on se la pose est un autre aspect intéressant des outils mobiles. Mais est-ce encore le problème de l’université, d’aborder cette demande informelle ? Cette dimension reste-t-elle fortuite ou se raccroche-t-elle à un processus d’apprentissage qui rentre dans le cadre de l’institution ? On touche là à des questions de la place que doit garder ou prendre l’institution dans la construction des personnes. Pas si facile. De toute façon, la personne n’ira sur les ressources de l’université que si elles sont plus faciles à accéder et plus pertinentes que d’autres sources. Rien ne peut l’obliger.

On touche là de nouveau aux problèmes généraux de la place des TICE et des connaissances disponibles sur Internet (en effet les mobiles sont beaucoup moins « web » que nos navigateurs). On aborde la problématique du mobile, sans avoir revu notre façon d’enseigner. Le mobile ne fait qu’apporter un nouveau coup de boutoir dans l’édifice. Tant que cette dimension n’est pas assumée, elle risque bien de perturber les autres questions.

Faut-il intégrer ou pas la tablette dans ces réflexions, et pourquoi pas le PC portable, avec ou sans écran tactile ? En fait peu importe. Première remarque, nombre d’aspects du mobile s’appliquent à la tablette : accès immédiat à l’information, disponibilité de nouveaux périphériques (photo, son, vidéo, GPS et donc réalité augmentée, nécessité de remise en forme de contenu …). Deuxième remarque, des fonctionnalités s’ajoutent : possibilité de dessiner, d’annoter, de parcourir des listes de contenus avec des lecteurs adaptés (Pulse ou même un google reader). Ce qu’il y a alors d’intéressant, c’est de positionner le mobile comme un élément qui s’intègre dans un système, comme l’ont parfaitement compris les concepteurs d’Evernote, une application de type cahier de texte multiplate-forme, qui tire parti des avantages de chacune d’elles et propose une vue agrégée de vos données. Tous ces équipements se complètent pour former notre espace d’apprentissage. Dernier point, nous sommes dans une phase d’évolution des terminaux. Le PC/clavier/souris tel que nous l’avons ces 25 dernières années semble appeler à voir ses usages se réduire. Pour moi, il reste essentiellement l’équipement pour coder les autres, et pour des usages de conception de même type. Et la variété permettant de s’adapter aux différentes habitudes, de permettre de  personnaliser les usages, il est essentiel de permettre à chaque usager (étudiants, enseignants, chercheurs) de choisir l’équipement qui lui convient.

Considérons pour finir, les différents usages à explorer dans une perspective mobile. Si la mise à disposition d’informations semble assez naturelle pour les universités, malgré les limites qui peuvent surgir, il y a deux pistes d’usages différents qui restent à tester et à valider.

Une première piste se positionne sur les opportunités que l’on peut mettre en place dans la classe pour modifier les pratiques d’apprentissage. Recherche d’information, interaction avec l’enseignant par des questions, des réponses à des sondages, à des problèmes, annotation de diapos, prise de notes, de son, de photo de tableau … les solutions sont nombreuses pour changer le rythme d’un cours et réveiller l’auditoire, surtout si on y intègre une dimension collaborative.

Une seconde piste est d’explorer des séquences en situation. Ce peut-être de :

  • proposer des contenus utilisables dans les temps libres (cas des vendeurs en entreprise dans le projet P-Learnet) ;
  • permettre des visites sur site pour certaines disciplines ;
  • prendre de l’information pendant l’action, ou juste après l’action pour l’exploiter après, seul ou en groupe ;
  • permettre des échanges avec autrui en situation ;
  • accéder à l’information au moment où l’on en a besoin, sous des formes adaptées (visualisations diverses comme la réalité augmentée par exemple) …

Dans tous les cas, il s’agit de lier l’expérience vécue et le savoir, en articulant de manière différente l’action. Beaucoup d’opportunités à permettre, à parcourir, à découvrir. On en est qu’aux balbutiements. Il y a un vaste travail de sensibilisation, de découverte, d’évaluation, de diffusion et de formation à faire.

Est-ce que cela se fera dans le cadre de l’université ? Ou est-on dans un cadre d’apprentissage tout au long de la vie ? Sans doute les deux. Beaucoup de réflexions se font autour de l’évolution de l’apprentissage, de la maîtrise des savoirs, de la construction de connaissance dans le travail, de l’avenir de l’éducation. Un chose est sure, cela va bouger et le mobile n’est qu’une petite variable de l’équation, et l’université devra s’ouvrir pour ne pas risquer de disparaître, et sans doute apprendre à collaborer.

Crédit photo : Mobile Learning Revolution par César Poyatos licence CC-by-nc-sa

Apprendre à programmer ? C’est en ligne

Impressionnant le nombre de cours en ligne pour apprendre à programmer :

  • la codeschool propose des formations courtes et amusantes : Rail for Zombies en est un titre particulièrement accrocheur et gratuit Mais ce n’est pas le cas pour les autres cours, qui eux sont payants ;
  • le site du zéro regorge de tutoriels en français et est bien connu des étudiants ;
  • il est courant de trouver des tutoriels en ligne pour un langage, un environnement de développement qui sont souvent aussi bien fait (voire mieux et en tout cas plus souvent mis à jour) que les livres que l’on trouve dans les librairies. Par exemple, les site de développeurs android est auto-suffisant pour quelqu’un qui maîtrise un langage de type Java (qui lui même peut s’apprendre en ligne …).

Mais si vous désirez aller plus loin, pourquoi ne pas s’inscrire dans un vrai cours, à l’université ?

Vous êtes difficile et souhaitez une véritable université, voire un certificat ou un diplôme ? Pas de problème :

  • Udacity vous propose des cours terriblement modernes : « construire son moteur de recherche », « programmer une voiture autonome » … proposé par des professeurs ou des professionnels renommés (David Evans en grand organisateur), avec examen et évaluation à l’américaine ; c’est libre et issu de la côte ouest (Google, Palo Alto, Stanford, Virginia U …), et cela attire des dizaines de milliers d’étudiants ;
  • Coursera propose plusieurs cours issus d’universités reconnues (Satnford, Berkeley, Michigan) mais ne propose pas de credits : Model thinking, design and analysis of Algorithms.  on est bien au delà de la programmation ;
  • le MIT nous annonce son initiative MITx pour très bientôt, mais pour le moment seul un cours d’électronique est proposé, à suivre.

Quatre petites remarques pour finir :

  • au début de cette année, il y a eu plusieurs échanges sur l’importance de savoir coder au XXIème siècle: je retiens par exemple Les codeurs sont la nouvelle élite politique sur Framablog. Beaucoup de voix s’élèvent pour dire que cela fait partie de notre culture, de notre citoyenneté ;
  • Pour le coup, il y a un cours d’informatique (au sens scientifique : représentation de l’information, architecture, programmation, algorithmique, …) qui se met en place en terminale. Insuffisant pour certains (cela ne concerne qu’une option pour l’instant) un renouveau pour d’autres, un pas dans le bon sens en tout cas. Ma question est de savoir comment ces cours s’articuleront avec toutes ces ressources en ligne. S’appuieront-ils dessus ou les ignoreront-ils comme l’ensemble de l’éducation nationale ignore encore wikipédia, première ressource des tous les élèves à la maison (avec raison) ;
  • Au niveau de l’université (de l’enseignement supérieur) quel impact ? Ici aussi on a tendance à ignorer ce qui se fait en ligne. Et pourtant, quel confort de s’appuyer sur de telles ressources pour amener les étudiants à de vrais problèmes. C’est une des raisons pour lesquelles un cours comme le CodeCamp est si dynamique. On s’appuie sur les ressources android et du coup on peut parler d’idées, d’organisation de code, de réutilisation, bref d’informatique et non pas de syntaxe ;
  • Un autre modèle possible (c’est en tout cas celui que voit presse-citron) serait une uniformisation des cours, au travers d’une industrialisation/standardisation liée à ces cours en ligne massifs qui pourraient délivrer des crédits. Cela ne peut donner que des cours de base. Quel modèle d’université en découlera : à 2 vitesses, au rabais, ou se concentrant sur des compétences de haut niveau, laissant les étudiants apprendre de manière autonome certains champs de connaissance ?

PS : ressources complémentaires bienvenues

Crédit photo : Northern Voice 2009 Program Committee par Cyprien licence CC-by-nc-sa

Numérique à l’école en 2012

Hasard, ou perspective présidentielle, 3 articles proches sont passés sous mes yeux :

Il semble qu’il y ait donc bien des déceptions qu’il sera difficile de gommer et des envies sans doute non exprimées qui mériteraient d’être débattues pour éviter de futures désillusions. Il y a donc bien besoin d’un accompagnement au changement pour ne pas voir perdurer des pratiques traditionnelles décalées.

Il y aurait bien besoin d’un débat public, d’un Grenelle sur l’école et le numérique. Nombre de collègues avaient annoncé que ce débat aurait lieu pendant la campagne présidentielle. Cela semble bien mal engagé. En tout cas, une réponse par l’évolution de la gouvernance semble insuffisante, ne serait ce parce qu’elle n’intègre pas tous les acteurs, et parce qu’elle impose comme une évidence certains modèles qui mériteraient d’être discutés :

  • une approche par les équipements, qui pourrait être allégée si on étudie une approche dans laquelle ces équipements appartiendraient aux élèves (AVAN) ;
  • l’existence de plate formes dédiées/ contrôlées / centralisées pour la gestion des ressources ;
  • la prééminence des éditeurs comme producteurs de ressources, n’intégrant pas explicitement des modèles plus participatifs qui font pourtant la richesse du web.

Le scénario grosse fatigue, à savoir un rejet du numérique, pourrait continuer à faire prendre du retard à l’intégration du numérique dans l’école.  (autre version de grosse fatigue : la grosse fatigue des réseaux sociaux) Pour permettre au numérique de décoller en classe, il faut :

  • mettre en confiance les différents acteurs. Alors que pour l’instant c’est plutôt la méfiance généralisée, et la peur de l’internet qui est mise en avant ;
  • rendre l’usage le plus simple possible. Les outils actuels le permettent. Les a prioris, la mise en place de blocages, l’usage de technologies complexes (les ENT) ;
  • baser cette mise en place sur les besoins des enseignants ; leur donner les moyens de travailler dans ce sens (par exemple en les aidant à s’équiper et en leur permettant d’utiliser leur matériel personnel/professionnel dans l’établissement) ;
  • bien sûr former les enseignants au numérique. Par exemple, si le constat que le tableau numérique interactif ne modifiait pas trop profondément la classe est clair, beaucoup d’autres usages changent le rôle de l’enseignant, l’organisation de la classe et les temps d’apprentissage ;
  • encourager les échanges et le travail collaboratif entre enseignants. C’est à la fois un moyen de s’engager, mais aussi d’expérimenter certains éléments qui font la richesse des environnements numériques ;
  • explorer, définir ensemble l’évolution de l’école pour intégrer le numérique, développer l’esprit critique et toutes les dimensions de la litéracie numérique

Pour compléter, j’avais répondu au questionnaire préalable d’Aurélie Julien pour l’article de Ludovia. Je le reproduis ci-dessous parce qu’il m’avait obligé à réfléchir sur plusieurs points.

Lire la suite »

Idefi, 37 projets retenus…

Il y a finalement 37 projets « emblématiques et innovants en matière d’enseignement supérieur à la hauteur des standards internationaux  ». C’est plus que ce qui était prévu, mais cela correspond exactement à l’enveloppe prévue (149 millions € pour 150 prévus). Le jury constitué était international, principalement constitué de professeurs et couvrait bien les différents aspects de tels projets. Je n’ai pas vu la liste complète publiée, mais on y retrouvait bien des personnalités reconnues dans le domaine pédagogique.

Si l’on parcourt les premiers descriptifs parus au delà des simples listes de titres, les dispositifs sont ciblés et quelques types de projets émergents :

  • le soutien à la réussite des étudiants, et pour la diversité ;

  • la simulation de santé ;

  • les aspects innovation/créativité/design ;

  • de nouvelles formations à l’ingénierie.

Les interactions avec les entreprises semblent être un facteur positif.

Au niveau des PRES gagnants, saluons l’Unam (Nantes-Angers-Le Mans), Grenoble et Toulouse qui ont chacun réussi la passe de 3. Paris-Sud, Lille, la Lorraine font partie des grands perdants puisqu’ils n’ont vu aucun projet retenu.

La Bretagne fait un score très moyen, avec un projet retenu (2LPG : Pré professionnalisation des Licences Générales) et une participation à REMIS. Au niveau de Brest, 2 projets étaient dans la course (i.e. présélectionnés):

  • Iroise qui visait principalement à fédérer les activités pédagogiques de l’enseignement supérieur brestois pour constituer une plate forme capable de porter des dispositifs d’envergure liés à l’apprentissage professionnel, et de conduire le changement. 3 dispositifs pilotes qui chacun auraient pu faire l’objet d’un Idefi étaient dans le dossier. Le message a peut-être été trop complexe ;
  • Clefs qui portait sur l’accompagnement d’élèves de bac -3 à bac+8 dans une formation d’ingénierie. L’élément différenciant se situait dans une approche d’alternance généralisée, entre lycée, enseignement supérieur et entreprise. Là aussi, le dispositif était accompagné d’une conduite du changement ambitieuse pour les différents partenaires.

On attend avec impatience les retours écrits des jurys pour identifier ce qui a pu faire douter le jury, et ce qu’il a apprécié.

Vu la nature des 37 dispositifs retenus, on peut se demander quel impact en termes de changement sur les universités. Est-ce que cela peut avoir un impact sur l’implication des enseignants/chercheurs (autre que ceux directement impliqués) pour innover dans leurs enseignements ? En tout cas, à la lecture des résumés de ces projets on ne voir pas apparaître clairement l’impact de ce coté. Il serait intéressant de publier les dossiers et de partager les analyses des reçus.

Quel est ainsi le levier de ces projets sur l’enseignement supérieur ? Sera-t-il notable ou est ce du saupoudrage comme certains le pensent ? Ou est-ce une manière de mettre les pratiques d’enseignement dans une démarche d’appels à projets généralisée comme c’est déjà le cas pour les pratiques de recherche ?

L’avenir nous le dira.

 

L’école, le numérique et la société qui vient

 

Ce titre est excellent, car il résume toute la problématique : quelle école pour former les citoyens de la société en formation, et la place du numérique au centre de ce questionnement. Mais il n’est pas de moi, c’est le titre d’un livre L’école, le numérique et la société qui vient que je recommande à tous ceux intéressés par le sujet. D’un niveau soutenu, mais sans verbiage inutile, je l’ai dévoré dans un train (Paris – Brest 4h30).

Bernard Stiegler, Philippe Meirieu, Denis Kambouchner échangent à un niveau philosophique sur la nécessité de réformer l’école, vers plus d’exigence sur la nature des apprentissages (en développant une approche critique et créative des apprentissages) et sur la formation des enseignants. Ils convergent également sur la nécessité d’aborder le numérique de manière totalement différente, opposée, à l’approche des marchés, pour passer d’une addiction de contenu à un appropriation d’outils de réelle réflexion organisée, structurée par le développement de l’individu. Ils détaillent également l’ambivalence de l’expression de « société de la connaissance » qui reflète l’ambivalence des outils numériques, pouvant être source d’autonomie d’indépendance s’il est intégré culturellement ou source de dépendance, d’addiction aux mains des marchés des mass medias.

On notera l’analyse de Philippe Meirieu sur le dévoiement de l’approche par compétences dans un système qui se déresponsabilise en proposant des indicateurs faussement neutres, et qui ramène les compétences à des savoirs procéduraux et morcelés, accompagné par un encadrement intermédiaire qui ne comprend pas les enjeux du numérique et qui défend un discours infantilisant sur le numérique (tout ira mieux avec l’ordinateur). Le passage sur l’importance de la maitrise collective des indicateurs est également très clair. (p70 et précédentes).

J’ai été également intéressé par les définitions de l’adaptation qui s’avère une négation de la dimension humaine.

On appréciera également, pour ceux qui ne connaissent pas les explications lumineuses de Bernard Stiegler sur la société de la connaissance.

J’ai souligné un paquet de phrases lumineuses, mais que je ne reproduirai par hors contexte. Retenons simplement la définition de l’école par les animateurs (Julien Gautier et Guillaume Vergne) du débat :

L’école peut et doit être envisagée dialectiquement comme le lieu de l’émancipation et de la formation individuelle à travers la transmission rigoureuse et l’étude exigeant des domaines fondamentaux de la connaissance et de la culture au sens large.

Pour le plaisir de la formule, Philippe Meirieu nous parle de la pédagogie de garçon de café, (p.170)  pour décrire la salle de classe où l’enseignant est vampirisé par l’injonction de chaque élève cherchant à obtenir une information factuelle immédiate, ou simplement un échange pulsionnel. Le problème de recentrage, de concentration n’est pas que numérique.

Je retiendrai principalement :

  • que l’utilisation des technologies numériques doit être revisitée pour pouvoir être un support à la pensée, à la réflexion, à la construction de symbolique. La nécessaire prise de recul impose donc de se dégager de l’exigence d’immédiateté, promue par notre société de consommation de savoirs ;
  •  que c’est bien le rôle de l’université d’être le creuset d’une rénovation de la pensée critique embrassant la dimension numérique.

A nous donc de relever le défi et de faire du numérique un support au développement d’un savoir rationnel.  Première étape, lire, comprendre, s’approprier ce petit fascicule.

Pour prolonger en ligne :

“Immédiateté et éducation”

Caractériser les apprentissages sur le web2.0

Steve Wheeler nous régale d’un nouveau diaporama « Researching Social Media in Education: What can we learn? », dans lequel on retrouve l’importance de l’engagement dans les apprentissages sur le web pour permettre des apprentissages en profondeur. Son triangle représentant la profondeur des apprentissages est parlant, ainsi que les écrans suivants (PP. 7 et 8 ) sur les niveaux d’apprentissage et les méthodes associées.

Lu par ailleurs « A framework fo Web2.0 Learning Design » de Matt Bower et al. Propose comme organisation la classique taxonomie de Bloom (revisité par Krathwohl et Anderson) pour classifier des usages pédagogiques de différents outils. Ils couvrent ainsi quasiment toute la taxonomie par des exemples d’usages de twitter, de blogs, de wikis, de vidéos dans des scénarios pédagogiques. L’intérêt selon eux d’une telle approche c’est que cela permet à un enseignant de trouver des exemples qui correspondent à ses intentions pédagogiques.

On peut alors regretter du nombre limité d’exemples, il y aurait sans doute un intérêt à développer un portail, une médiathèque de recueil d’expériences qui permette de paver une telle table. On pourrait l’imaginer de l’établir par discipline, par niveau.

Un autre aspect qui me paraîtrait important de creuser, c’est de voir les dimensions qui peuvent être couvertes par tel ou tel outil. Cela permettrait de voir les dimensions couvertes par les différents outils, de chercher à imaginer des usages pour élargir la surface couverte par un outil donné, de chercher à transférer d’un domaine à un autre… Et ainsi d’enrichir la base de connaissance.

Qu’en pensez vous?
Comme première table, si on reprend l’article en question, on arrive à quelque chose comme çà :

Dimension savoirs

Dimension processus cognitif

Retenir

Comprendre

Appliquer

Analyser

Évaluer

Créer

Factuel

T

P, S

I

W

B,S

I

Conceptuel

I,P, W

B,D,M, W

DS, V

P,W

B,W

E, M

Procédural

P,V

P,DS

B, V

V

B,V

I

Meta cognitif

M

M

B

B

B

M

avec B pour blog, D pour Diaporama et outil de présentation, DS pour Digital Storytelling, E pour éditeur collaboratif, I pour création d’Image, M pour MindMap, P pour Podcast, S pour signets sociaux, T pour Twitter, W pour wiki.

Sur ce genre de tableau, on aurait bien envie de chercher à élargir l’usage de certains outils. Il est ainsi étonnant de voir twitter réduit à un usage de très bas niveau, tout comme le wiki. Ou l’éditeur collaboratif à une seule case de très haut niveau.

On pourrait se demander quel biais y-t-il lié aux auteurs, qui privilégient clairement certains outils comme le blog.

Et vous quelles propositions d’activités sur le web pourriez vous proposer sur un tel tableau ? Comment se positionnent vos activités ? Lesquelles vous intéresseraient ?

Pet être voudrez vous répondre à un questionnaire qui pose la question de la construction d’un recueil et de partage d’expériences pédagogiques.

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