L’amphi dont vous êtes le héros

Un cours démarre. Évidemment, quand vous êtes assis dans un amphi, vous le subissez. Et puis soudain, l’enseignant s’arrête, et une voix sur le coté vous demande : « et maintenant quelle suite choisissez-vous ? »

C’est l’idée de Anne-Céline Grolleau et de Céline Grousson, qu’elles nous ont fait vivre au cours du printemps d’Unit. Elles nous le présentent même sous forme de fiche :

Évidemment, c’est un amphi plein d’enseignants (ou proches) qui a subi cette expérience. Le cours proposé a été donné par Pol-Bernard Gossiaux des Mines de Nantes, à qui je tire mon chapeau d’avoir su jouer la mauvaise foi, digne des faux cours qui circulent en début d’année dans certains amphis. Tapant de la règle, usant de mauvaise foi, effectuant des raccourcis dans ses transparents, ignorant son public (blême ou amusé au bout de 1’30), il a été parfait et a frappé les esprits.

Placé de force en tant que participant, je n’ai pu m’empêcher d’observer la séquence.

  1. Après cette phase d’échauffement, on nous a proposé de réfléchir en groupes de 4 (émergence des idées) puis de 8 (confrontation et sélection) pour faire émerger des idées visant à améliorer, rendre interactif cet amphi. Plus que choisir la suite, on nous proposait de la construire, telle que nous la voulions.
    1. J’y ai vu des enseignants qui analysaient directement la situation vécue, ayant de réelles difficultés à prendre du recul , ce qui m’a étonné ;
    2. J’y ai entendu plusieurs propositions, dont celle qui m’a le plus amusé : proposer aux étudiants de bouger pour simuler un comportement physique correspondant au cours ;
    3. Clairement cette formule de concertation en groupe était inspirée du buzz amphi de démarrage de la conférence QPES. Son fonctionnement est basé sur la technique d’animation de buzz group dans lequel on nous dit que le nombre maximum par groupe est de 6. C’est déjà à mon sens une limite élevée, car dans un amphi, il est difficile de discuter à beaucoup pour des raisons physiques : la position des tables, et la difficulté de se faire en tendre. À mon sens 4 est un bon chiffre. On peut aussi se poser la question de la durée de chaque phase, une trop grande durée étant l’ennemie d’une bonne concentration ;

  2. Remontée des idées : c’était la première fois que je voyais un etherpad utilisé en amphi. Plaisante idée pour faire remonter les propositions de chacun vers le groupe organisateur et numéroter à la volée. Cela nous a tous fait découvrir une limite de l’outil : dans cet amphi seules 12 connexions simultanées sur l’éditeur étaient possibles. Il y a souvent ce type de limite avec les outils du web 2.0, et qui sont rarement écrites. À retenir pour ne pas se faire bloquer. Nos animatrices ont su gérer cela avec le sourire et permis à chacun de se connecter dès qu’un groupe avait fini ;
  3. Votes : on nous a proposé de voter avec des télévoteurs. Sympathique, mais difficile à suivre. En tout cas interactif dans un amphi bien échauffé:-)
  4. Improvisation de la suite : sur le modèle de l’amphi de restructuration, le professeur est venu regarder les propositions, en a retenu 3, s’est rapidement préparé et nous les a restituées :
    1. il a commencé par nous faire déplacer dans la salle en nous faisant jouer le rôle d’in électron : chacun s’éloigne de l’autre, cela bouge, finit pas se stabiliser et on constate qu’un certain nombre de participants sont scotchés aux murs : parfaite illustration d’un phénomène d’électrostatique : charge moyenne et charge de surface :
    2. il nous a également demandé d’illustrer et de retrouver les concepts principaux pour les réorganiser à la volée (il paraît qu’un tableau interactif aurait ici été le bienvenu)
    3. et finalement, il a réalisé sous nos yeux une expérimentation sur la relation résistance/épaisseur de conducteur/dégagement de chaleur (qu’il avait préparé bien avant, comme quoi quand on maîtrise sa matière…)
    4. Bref la grande classe. Encore bravo à Pol-Bernard Gossiaux. Même si un voisin m’a glissé qu’il présentait bien moins de choses de cette manière là ? :-( et qu’il était bien difficile de se passionner pour une présentation orientée matière après nos discussions. Un guidage pour le débriefing aurait peut être permis de se reconcentrer.

En tout cas une bien belle idée que cet amphi dont vous êtes le héros ! Dont nous avons eu la chance d’avoir la primeur (eh oui, c’était le printemps). Un grand merci à Anne-Céline et à Céline !

Crédit photo : Album souvenir du printemps d’Unit – droits non précisés (donc copyright vraisemblablement)

La révolution du Mooc a commencée

Du moins en Amérique ….

L’acronyme MOOC (Massive Open Online Course, qui pourrait se traduire par Cours massivement ouvert en ligne, mais l’acronyme serait moins joli) date de 2008. Il a été expérimenté sous des formes très ouvertes, au départ pour populariser la théorie du connectivisme par George Siemens, Stephen Downes et Davec Cormier. Un MOOC, c’est un cours en ligne, ouvert au sens où les contenus sont ouverts, mais aussi au sens où il est ouvert à tous. Cette seconde acception d’ouvert est importante car pour fonctionner, un MOOC doit être massivement suivi, à savoir qu’il fonctionne d’autant mieux que le nombre d’inscrits est important. En effet, un élément central est l’interaction entre pairs. On est dans une production collaborative.

D’autres formes expérimentales ont été proposées. Citons par exemple la P2PU qui propose des cours variés, définis par la communauté, ou la célèbre Khan Academy qui offre une méthode vraiment nouvelle d’apprendre les mathématiques. Derrière ces formes pédagogiques, on trouve des penseurs, comme Sugata Mitra, qui témoigne comment les enfants peuvent apprendre par eux-mêmes ou Ken Robinson qui dénonce la mise à mort de la créativité par l’école traditionnelle. Derrière ces expérimentations, il y a une volonté de rupture.

Mais depuis, les grandes universités américaines expérimentent, se positionnent, affichent leurs ambitions. Depuis longtemps le MIT propose son initiative Open Course Ware de mise en ligne de contenus ouverts. Mais ce printemps, il s’associe à Harvard pour franchir une étape : proposer des cours complets en ligne, ouverts à tous et en complément des cours du campus. Cela s’appelle edX, et s’accompagne d’une campagne de communication dans laquelle on parle de révolution. Révolution peut être, mais certains (Techcrunch) considèrent que celle-ci n’est pas encore complète. En effet, le mode pédagogique reste transmissif (vidéos d’amphi en ligne), avec des exercices standardisés (automatisables), et ces vénérables institutions ne semblent pas (encore) prêtes à délivrer des diplômes aux personnes qui auront suivi ce cours.

De son coté Stanford a fait un carton avec un cours d’introduction à l’intelligence artificielle, le CS221, avec plus de 20 000 inscrits. Et de ce coté de l’Amérique, on peut y gagner des crédits. Seule limitation, on reste encore dans des formes de travail dont la correction est automatisable. À la mode californienne, cela à conduit à deux créations de startups complémentaires :

  • Coursera, qui peut se définir comme un portail permettant à plusieurs universités de proposer des cours ouverts ;
  • Udacity, qui propose des cours originaux et se permet ainsi d’explorer d’autres manières d’aborder l’informatique et le futur de l’université. Les enseignants de CS221 ne se voient pas retourner en amphi.

Bref, cela bouge. Et de nombreuses idées vont fleurir et ouvrir de nouvelles voies. L’excellent billet « Massive Open Online Professor » en cite deux (dont une dans les commentaires) :

Face à cette révolution, voici quelques questions dont nous ne pourrons pas faire l’économie de ce coté de l’Atlantique :

  • Est ce que demain nos étudiants suivront des cours offerts outre-atlantique ? Est ce un risque, une opportunité ? Les universités françaises seront-elles productrices de cours, consommatrices de contenus, ou simplement dépassées ?
  • Dans la perspective d’intégrer les MOOCs dans l’enseignement supérieur, comment articuler les curriculums de formations avec ces MOOCs ? Est ce simplement ouvrir des cours à l’extérieur comme le fait le MIT ? Est ce de proposer les cours du MIT et faire l’évaluation en interne dans les universités ? Est ce de mutualiser des cours et les proposer sur plusieurs campus ? Est ce que l’on s’appuie sur les ressources en ligne pour développer l’esprit critique de nos étudiants ?
    Répondre à cela va nous obliger à revisiter nos objectifs de formation, et donc nos évaluations, et par rebond nos méthodes pédagogiques (avec au centre motivaion et alignement pédagogique). (Je note ici pour souvenir une petite liste de 10 capacités professionnelles pour 2020, relayée par Stephen Downes)
  • Quelles formes peuvent prendre des MOOCs francophone ? (à la française diraient certains, ou pour la communauté francophone ce qui est plus large) Notre culture n’est pas celle du monde anglo-saxon. Nos modèles d’université sont (heureusement) différents et moins sensibles aux notions de marché. Par contre, faut-il simplement mettre en ligne des cours classiques avec des captures vidéos (dans nos universités numériques) ou y-a-t-il une place pour des formules plus dynamiques (en phase avec le connectivisme, la créativité …) ?
  • Liée à cette question se pose celle des moyens. Il est amusant de se dire que la mise en line de cours standards semblent coûter plus cher (nécessité notamment de captation correcte, et aux plate-formes d’évaluation) que les formules plus ouvertes et participatives (Khan a juste eu besoin d’une tablette pour démarrer, les cours de Siemens et al. utilisent des outils standards du Web). Que faut-il automatiser ? Pour quelle dynamiques de cours ?
  • Pour quels publics ? Étudiants ? Enseignants ? Plus large (apprendre tout au long de la vie) ?
  • Au fait quelles sont les postures possibles des enseignants dans ces MOOCs ?
  • Pour quels objectifs ? Formation à la « science » informatique ? Formation au connectivisme ? Autres ?
  • Quelle stratégie ? Il y a une courbe d’apprentissage : il faut d’abord maîtriser les mécanismes de participation avant de pouvoir proposer un cours sur un sujet quelconque.
  • Quels points d’entrée ? Siemens, Downes, Cormier se sont fait connaître en tant que chercheurs et ont créé des cours pour diffuser et valider leurs approches. Le MIT, Harvard, Stanford jouent sur leur réputation planétaire (ce sont les 3 premiers du classement de Shangai). P2PU, Wikiversity sont pour leur part des acteurs du libre.

Suivant nos métiers, nos employeurs, nos expériences, nos valeurs, nous n’aurons pas tous les mêmes réponses. Mais pour comprendre l’esprit des MOOCs, il nous faudra apprendre à partager, à collaborer, et pour coller à l’esprit d’Internet chercher le consensus. Et créer un écosystème …

Crédit photo : MOOC Art #ds106 #manchester par heloukee (CC-by-nc-sa)

écritures collaboratives

3 jours au Ciuen cette semaine. Beaucoup d’échanges riches.

Ma petite pierre à cette belle manifestation était une réflexion sur les écritures collaboratives et l’adéquation des outils aux différents types d’écriture. Un petit diaporama :

et l’article type “scientifique” que j’ai écrit en préparation. Plutôt que de le recopier dans ce blog, je préfère le laisser dans sa forme originale :

L’école, le numérique et la société qui vient

 

Ce titre est excellent, car il résume toute la problématique : quelle école pour former les citoyens de la société en formation, et la place du numérique au centre de ce questionnement. Mais il n’est pas de moi, c’est le titre d’un livre L’école, le numérique et la société qui vient que je recommande à tous ceux intéressés par le sujet. D’un niveau soutenu, mais sans verbiage inutile, je l’ai dévoré dans un train (Paris – Brest 4h30).

Bernard Stiegler, Philippe Meirieu, Denis Kambouchner échangent à un niveau philosophique sur la nécessité de réformer l’école, vers plus d’exigence sur la nature des apprentissages (en développant une approche critique et créative des apprentissages) et sur la formation des enseignants. Ils convergent également sur la nécessité d’aborder le numérique de manière totalement différente, opposée, à l’approche des marchés, pour passer d’une addiction de contenu à un appropriation d’outils de réelle réflexion organisée, structurée par le développement de l’individu. Ils détaillent également l’ambivalence de l’expression de « société de la connaissance » qui reflète l’ambivalence des outils numériques, pouvant être source d’autonomie d’indépendance s’il est intégré culturellement ou source de dépendance, d’addiction aux mains des marchés des mass medias.

On notera l’analyse de Philippe Meirieu sur le dévoiement de l’approche par compétences dans un système qui se déresponsabilise en proposant des indicateurs faussement neutres, et qui ramène les compétences à des savoirs procéduraux et morcelés, accompagné par un encadrement intermédiaire qui ne comprend pas les enjeux du numérique et qui défend un discours infantilisant sur le numérique (tout ira mieux avec l’ordinateur). Le passage sur l’importance de la maitrise collective des indicateurs est également très clair. (p70 et précédentes).

J’ai été également intéressé par les définitions de l’adaptation qui s’avère une négation de la dimension humaine.

On appréciera également, pour ceux qui ne connaissent pas les explications lumineuses de Bernard Stiegler sur la société de la connaissance.

J’ai souligné un paquet de phrases lumineuses, mais que je ne reproduirai par hors contexte. Retenons simplement la définition de l’école par les animateurs (Julien Gautier et Guillaume Vergne) du débat :

L’école peut et doit être envisagée dialectiquement comme le lieu de l’émancipation et de la formation individuelle à travers la transmission rigoureuse et l’étude exigeant des domaines fondamentaux de la connaissance et de la culture au sens large.

Pour le plaisir de la formule, Philippe Meirieu nous parle de la pédagogie de garçon de café, (p.170)  pour décrire la salle de classe où l’enseignant est vampirisé par l’injonction de chaque élève cherchant à obtenir une information factuelle immédiate, ou simplement un échange pulsionnel. Le problème de recentrage, de concentration n’est pas que numérique.

Je retiendrai principalement :

  • que l’utilisation des technologies numériques doit être revisitée pour pouvoir être un support à la pensée, à la réflexion, à la construction de symbolique. La nécessaire prise de recul impose donc de se dégager de l’exigence d’immédiateté, promue par notre société de consommation de savoirs ;
  •  que c’est bien le rôle de l’université d’être le creuset d’une rénovation de la pensée critique embrassant la dimension numérique.

A nous donc de relever le défi et de faire du numérique un support au développement d’un savoir rationnel.  Première étape, lire, comprendre, s’approprier ce petit fascicule.

Pour prolonger en ligne :

“Immédiateté et éducation”

Caractériser les apprentissages sur le web2.0

Steve Wheeler nous régale d’un nouveau diaporama « Researching Social Media in Education: What can we learn? », dans lequel on retrouve l’importance de l’engagement dans les apprentissages sur le web pour permettre des apprentissages en profondeur. Son triangle représentant la profondeur des apprentissages est parlant, ainsi que les écrans suivants (PP. 7 et 8 ) sur les niveaux d’apprentissage et les méthodes associées.

Lu par ailleurs « A framework fo Web2.0 Learning Design » de Matt Bower et al. Propose comme organisation la classique taxonomie de Bloom (revisité par Krathwohl et Anderson) pour classifier des usages pédagogiques de différents outils. Ils couvrent ainsi quasiment toute la taxonomie par des exemples d’usages de twitter, de blogs, de wikis, de vidéos dans des scénarios pédagogiques. L’intérêt selon eux d’une telle approche c’est que cela permet à un enseignant de trouver des exemples qui correspondent à ses intentions pédagogiques.

On peut alors regretter du nombre limité d’exemples, il y aurait sans doute un intérêt à développer un portail, une médiathèque de recueil d’expériences qui permette de paver une telle table. On pourrait l’imaginer de l’établir par discipline, par niveau.

Un autre aspect qui me paraîtrait important de creuser, c’est de voir les dimensions qui peuvent être couvertes par tel ou tel outil. Cela permettrait de voir les dimensions couvertes par les différents outils, de chercher à imaginer des usages pour élargir la surface couverte par un outil donné, de chercher à transférer d’un domaine à un autre… Et ainsi d’enrichir la base de connaissance.

Qu’en pensez vous?
Comme première table, si on reprend l’article en question, on arrive à quelque chose comme çà :

Dimension savoirs

Dimension processus cognitif

Retenir

Comprendre

Appliquer

Analyser

Évaluer

Créer

Factuel

T

P, S

I

W

B,S

I

Conceptuel

I,P, W

B,D,M, W

DS, V

P,W

B,W

E, M

Procédural

P,V

P,DS

B, V

V

B,V

I

Meta cognitif

M

M

B

B

B

M

avec B pour blog, D pour Diaporama et outil de présentation, DS pour Digital Storytelling, E pour éditeur collaboratif, I pour création d’Image, M pour MindMap, P pour Podcast, S pour signets sociaux, T pour Twitter, W pour wiki.

Sur ce genre de tableau, on aurait bien envie de chercher à élargir l’usage de certains outils. Il est ainsi étonnant de voir twitter réduit à un usage de très bas niveau, tout comme le wiki. Ou l’éditeur collaboratif à une seule case de très haut niveau.

On pourrait se demander quel biais y-t-il lié aux auteurs, qui privilégient clairement certains outils comme le blog.

Et vous quelles propositions d’activités sur le web pourriez vous proposer sur un tel tableau ? Comment se positionnent vos activités ? Lesquelles vous intéresseraient ?

Pet être voudrez vous répondre à un questionnaire qui pose la question de la construction d’un recueil et de partage d’expériences pédagogiques.

Frémissements autour d’une Université plus numérique, sociale, collaborative

En cette fin d’année 2011, on notera plusieurs événements qui montrent bien que le clan des convaincus de l’intérêt d’intégrer les médias sociaux progresse. Revenons-y.

Premier événement de taille, la MINES (Mission …) a permis l’organisation d’un barcamp sur l’Internet participatif. Bien différent des traditionnelles conférences, ou autres universités Vivaldi ou quelques uns présentent leurs résultats au plus grand nombre, un barcamp oblige chaque participant à être actif. Celui-ci a permis de mélanger les manières d’être actifs. Quelques grands témoins sont venus présenter leurs points de vue (et semble-t-il avec des différences suffisantes pour chauffer la salle). Chacun a pu soit présenter une expérimentation, soit partager ses outils préférés, soit même interagir à distance pour quelques uns. Et échanger, échanger, échanger.

J’ai d’ailleurs particulièrement apprécié de pouvoir apporter mon grain de sel via twitter, d’avoir été invité quelques instants derrière ma webcam, et d’avoir pu suivre les avancées des travaux via les cartes conceptuelles, sondages et autres documents partagés.

Mais le plus intéressant de ce barcamp à la sauce universitaire réside sans doute dans ces projets qui ont été initiés et qui vont se poursuivre jusqu’au printemps. La liste semble complète : on y couvre la capitalisation des expériences, la formation des enseignants, la valorisation, le donner à voir, la collecte… L’objectif du barcamp est que les projets soient aboutis en mars. Comme les objectifs sont ambitieux, on peut sans doute considérer que mars sera un point d’étape, espérons des preuves de concepts.

Ainsi, le projet de Tour de l’innovation universitaire, qui semble fusionner avec l’idée de roulotte 2.0 sera sans doute juste initié à cette date. Aller recueillir sur place les innovations des enseignants, recueillir leurs témoignages, et échanger sur d’autres pratiques … voilà un beau projet qui nécessitera sans doute des relais dans les universités, mais qui créerait du lien, et pourrait donner un éclairage intéressant sur les dessous de l’iceberg, sur ce qui se fait dans les facs en toute discrétion. On murmure dans les coulisses que ce Tour de l’innovation pourrait passer par le forum des usages en juillet 2012 à Brest, et donner lieu à des edu/explorcamps mémorables.

C’est un travail que nous avons entamé depuis longtemps à Télécom Bretagne. Nous avions par exemple organisé un explorcamp pédagogique il y a déjà 3 ans, où plusieurs collègues présentaient leurs expériences. Cela a permis de mieux valoriser des expériences connues, mais aussi de découvrir des choses tout à fait étonnantes, comme ce collègue qui faisait du tutorat à distance pour des élèves préparant leur rattrapage à l’étranger, en utilisant skype et en tournant sa webcam vers son tableau blanc. Du bricolage comme je les aime.

Autre frémissement dans les réseaux sociaux, cette expérimentation d’usage d’un réseau social pour favoriser l’apprentissage qui vise à créer du lien autour des ressources pédagogiques proposées par Unit. Il s’agit ici d’un axe visant à mixer de manière fine le lien social et les éléments d’apprentissage. Cela a l’immense mérite de tenter de donner une valeur ajoutée, j’ai envie de dire de la vie, aux portails de ressources qui sont aujourd’hui trop figés.

Mais le frémissement le plus important, même s’il n’est pas aujourd’hui visible est sans nul doute l’appel à projets Idefi. Il a obligé nombre d’institutions à se projeter à un horizon de 7 ans, d’identifier des changements systémiques, d’intégrer la pédagogie et l’innovation pédagogique dans leur politique. J’en ai vu passer plusieurs. Le numérique y apparaît, mais à sa place le plus souvent, c’est à dire comme un élément dans un changement plus global. On verra les résultats en mars.

Je parle de frémissements, car la route est encore longue :

  • Le barcamp n’a compté que 48 inscrits, avec des vieux habitués du circuit et beaucoup de conseillers ou ingénieurs pédagogiques. Il reste du chemin avant de voir de nombreux enseignants se déplacer. C’est un peu la même chose dans l’expérimentation d’usage, on y compte des participants avec double casquette ou déjà convaincus. D’où l’importance d’aller vers les enseignants qui n’ont pas encore fait le pas ;
  • L’appel à projets reste très léger par rapport aux besoins. Il met en avant la différence entre les besoins ressentis (on parle de 300 dossiers déposés) et les moyens proposés (20 projets seront retenus. Quelle sera la suite ? Comment cela-va-t-il se prolonger dans le temps ? Est-ce un investissement Était ce Si la démarche projets permet de se projeter dans l’avenir, la manière dont elle est gérée peut témoigner d’un projet politico-économique, déjà bien engagé au niveau de la recherche. Il semble indispensable que ce projet soit clairement affiché : on nous parle clairement de regroupements, d’autonomie. Quelles en sont les implications pour le paysage universitaire français ? Va-t-on se donner les moyens des enjeux ? Qui travaillera sur la motivation des enseignants, et comment en tirer parti ?

Crédit photo : Turquoise par Claudine Booth licence CC-by-nc-sa

Vers une université davantage numérique

Encore un excellent document de l’IPM (Institut Pédagogique universitaire et des Multimédias) de l’UCL de Louvain La Neuve appelé « Vers une UCL davantage numérique ». Ce rapport prospectif fait d’abord une analyse des forces et faiblesses de l’IPM, montrant que même dans des structures reconnues les difficultés d’accompagnement et de diffusion des innovations pédagogiques persistent et que l’environnement international bouge très vite dans ces domaines.

Logiquement, ils se proposent 5 pistes d’actions qui nécessitent l’appui par les TICE :

  1. favoriser la réussite des étudiants avec les TIC
  2. l’accompagnement des étudiants en grand nombre (massification)
  3. l’organisation de l’enseignement dans une université répartie sur plusieurs sites
  4. la formation continue
  5. une université ouverte sur le monde et présente dans le monde

On y fait le constat que l’hybridation des enseignements doit permettre un meilleur accompagnement en se focalisant sur les difficultés particulières et en favorisant les approches actives, un travail sur un temps qui ne se résume plus au présentiel, en rendant les ressources accessibles à distance (avec l’exemple classique de l’université de médecine de Grenoble).

On rappelle également les injonctions venues des publics, et de la société civile enjoignant à l’adoption du numérique, mais aussi de la nécessité de permettre l’appropriation de ces TIC, mais surtout d’expliciter les processus pour acquérir les compétences nécessaires à la société de l’information : esprit critique, travail d’équipe, communication, créativité … Cela passe par former les étudiants et les enseignants au numérique.

Un élément clé à mon avis est bien de « repenser le présentiel » tirant parti de l’hybridation des dispositifs au travers de l’abondance des ressources, de l’apprentissage par les pairs, plaçant l’enseignant en accompagnateur …

Nondit dans ce rapport, mais qui se dégage assez directement de cette lecture : la formation des enseignants elle-même doit se penser sur ces modèles repensant le présentiel. Le barcamp organisé à Sèvres en est un bon exemple. La carte conceptuelle initiée par  François Bocquet montre bien que l’on retombe sur les mêmes questions.

Parmi les forces relevées à l’IPM, il est souvent fait mention de Claroline. Si celle-ci démontre un savoir faire particulier, on peut se demander si ce lien outil ne s’explique pas par des développements existants et ne risque pas à terme par être un risque de « fossilisation de contenus » pour reprendre l’expression du rapport (appliqué plus tard dans un autre contexte).

On note également l’importance de l’intégration de la dimension numérique dans la gouvernance et d’articuler et coordonner les services pour permettre de développer un espace fertile d’innovation.

L’ouverture sur le monde s’appuie beaucoup sur les capacités de communication comme les dispositifs de visio-conférence et autres dispositifs équivalents sur le web et fait le constat que « des conférences et colloques internationaux actuelles sont maintenant organisés afin de permettre à la fois une participation active (flux de discussion ) et virtuelle (sans présence physique). »

 

Crédit photo La Force de l’Art 02 / 2009 : Bruno Peinado ” Sans titre, Silence is Sexy “ par Vincent Desjardins – licence CC-by

Médias sociaux : on y va ? participons !

Le débat autour d’Internet tourne souvent autour de la vacuité des échanges qui s’y déroulent et sur les dangers supposés. Discours de rejet, de crainte, d’attentisme. Mais est-il vraiment fondé ?

Slate nous montre que non dans son plaidoyer : Fuyez les livres, fuyez l’école, fuyez Facebook! En montrant que c’est la même dialectique qui a été utilisée lors de l’avènement de l’imprimerie, et qu’elle ne s’appuie sur aucun résultat tangible. (NdA : je suis preneur d’autres références dans la même veine).

Owni a proposé un blog « pedagogeek » qui regroupe quelques résultats intéressants montrant que finalement Internet est plutôt plus sûr que la rue, et que les jeunes y ont besoin d’accompagnement plutôt que de mises en garde édictées par la préfecture ou le diocèse.

Et ils y vont, car cela correspond à leur modernité. Voir : Comment les jeunes vivent-ils et apprennent-ils avec les nouveaux médias ? Qui nous permet de comprendre les mécanismes sociaux à l’œuvre.

Positivons donc, en ayant conscience des limites et des changements en cours, mais sans nous bloquer. Faisons nous plutôt avocat de l’ange en identifiant les possibles plutôt que les obstacles, comme le dit François Bocquet dans sa conférence sur la mobiquité. Convainquons nous qu’il est urgent de repenser notre rapport aux jeunes, en tant que parents, qu’enseignant. Et partageons, collaborons, entre adultes, avec les jeunes. Faisons le pari de l’intelligence collective. Apprenons à respecter les différences de rythmes, de style.

Et si comme moi,vous faites partie de l’enseignement supérieur, que vous soyez hésitants ou convaincus qu’il faut accompagner les nouveaux entrants, allez au barcamp à Sèvres « Pratiques de l’Internet Participatif et des médias sociaux dans l’Enseignement supérieur » (j’ai une majuscule de plus que sur le site, et j’y tiens;-)) du 6 au 9 décembre. Ou au moins ouvrez un compte twitter pour suivre les débats (hasthtag #ms_sevres11 et compte @ms_ens_sup).

Crédit photo :  Effets des médias sociaux sur la mémorisation par Relief2010, licence CC-by-nc-sa

 

Retour de l’ENVSN : des formateurs numériques

Accueil très chaleureux ce matin à Saint Pierre de Quiberon.

Les notes ont été prises sur un framapad par différents scribes, et j’ai beaucoup dérivé par rapport au fil original. Cela tenait plus du débat que de la présentation, des séances comme je les aime.

Quelques liens qui m’ont été proposés par l’assistance, lors des débats :

Bref, un public exigeant, affuté, fichtrement sympathique et une super matinée.

Crédit photo : l’étoile par Erminig Gwenn licence CC-by-nc-sa

Être un prof numérique

Mercredi, j’aurai la joie de participer à un séminaire à l’ENVSN, des e-formateurs du ministère des sports. Le titre officiel de mon intervention est «Concevoir et animer un environnement numérique d’apprentissage et/ou de formation», ce qui peut se résumer à  « être un prof numérique ».

Voici un aperçu du diaporama que je présenterai :

Il paraît même que ce sera retransmis en direct. Et qu’il sera possible de réagir sur twitter avec le hashtag #foadenvsn

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