MITx l’initiative e-learning du MIT

Le MIT a annoncé le 19 décembre le lancement d’une initiative sur le online learning (apprentissage en ligne, souvent appelé par chez nous e-learning) appelée MITx.

L’objectif de cette initiative est de proposer un ensemble de cours en ligne sur une plate forme interactive :

  • permettant d’organiser et présenter des cours permettant aux étudiants d’apprendre à leur rythme ;
  • mettant en avant interactivité, expérimentations en lignes et communications entre étudiants ;
  • permettant l’évaluation individuelle du travail de l’étudiant et la délivrance de certificats délivrés par MITx ;
  • basée sur une infrastructure open-source, passant à l’échelle, qui soit extensible et utilisable par d’autres institutions.

Cette initiative va bien plus loin que l’Open Course Ware bien connue, puisqu’il s’agit :

  1. de proposer des certificats d’aptitude en ligne ;
  2. de proposer une plate-forme, un LMS, qui intégrera les derniers résultats de la recherche en éducation : tuteur en ligne, apprentissage automatique…

Elle semble largement basée sur l’automatisation des apprentissages, avec une dimension d’apprentissage entre pairs.

On s’achemine vers un modèle à la Open University où le contenu est disponible gratuitement en ligne (sous forme de ressources éducatives libres, puisque l’initiative OCW se poursuit) , mais (c’est une hypothèse car non spécifiquement écrit, mais réaliste vu les modèles économiques américains) dont l’obtention de crédits serait payante. Les universités en ligne se développent largement dans les pays anglo-saxons. Il n’y a pas grand monde dans le paysage français qui se positionne franchement à ce niveau pour l’instant. Nos amis québécois ont au moins la TELUQ. Nos universités thématiques, en ne se posant qu’en portail de contenu, ne s’associant ni équipes d’enseignement, ni équipes de recherche ne peuvent prétendre à prendre ce créneau.

En tout cas le MIT passe la vitesse supérieure et cherche à former des millions d’étudiants à travers le monde.

La plate forme devrait être lancée au printemps 2012.

 

PS : merci à Nicolas Jullien pour le lien

Crédit photo : MIT par Live, Love, Cupcakes, licence CC-by-nc-sa

Le numérique en classe : moins cher que le stylo !

On annonçait cette semaine un PC à moins de 20 euros, c’est à dire moins cher que la moindre calculette de nos enfants, que chaque famille est pourtant obligée de payer. Certes sans écran, mais quand même…

Bon considérons qu’il faille un vrai portable, une tablette ou un équipement de ce type, en y intégrant une assurance. Comme il doit être facile de faire des commandes groupées, on va tomber dans les 250- 300 euros. Il n’y a certainement pas besoin d’une machine extraordinaire au collège ou au lycée, il y a peut être moyen de descendre en dessous. Ça c’est pour les coûts.

Coté économies, le premier poste auquel on pense, ce sont les livres papiers qui peuvent devenir naturellement numériques et donc moins chers pour pleins de raisons : d’abord l’édition peut faire de nombreuses économies qui devraient logiquement se retrouver dans le prix final. Par ailleurs, ce passage au numérique peut encourager le développement de ressources éducatives libres qui peuvent permettre d’autres réductions (sans parler du reste). Ces coûts sont aujourd’hui supportés par la collectivité, mais peuvent en tout cas équilibrer une partie du prix (voire entièrement).

Second poste d’économies potentielles : le prix des fournitures scolaires supporté par les familles. On parle de 150 € chaque année. Parmi cela une soixantaine d’euros va dans l’équipement pour le sport. Disons qu’il y a encore une vingtaine d’euros pour des équipements comme les arts plastiques. Reste 70 € pour les cahiers, classeurs, crayons, gommes …. Sur 3 ans : 210 €, presque la valeur du PC précédemment cité.

Tout cela pour dire qu’en couplant un effort public et une participation des familles équivalente ou moindre qu’actuellement, on doit largement pouvoir financer des équipements numériques pour tous.

Bon, je force un peu le trait, c’est vendredi soir. Et je sens que le chiffrage exact me prendrait trop de temps (et est-il indispensable?) Cette réflexion me vient en fait d’une lecture d’un article de Steve Wheeler sur les technologies pour 2020 (en anglais) dans lequel il considérait que les technologies numériques deviendraient aussi naturelles que le crayon et le stylo le jour où elles seraient aussi abordables. Sauf que … un ordinateur ne remplace pas que le stylo, mais aussi la feuille sur laquelle on écrit, le livre que l’on consulte, la calculette pour le cours de maths, et j’en oublie.

D’où ce petit calcul, pour arriver à la conclusion, que si on le voulait, il serait possible d’équiper tous nos enfants dès la rentrée. L’obstacle n’est pas financier.

Vous n’y croyez toujours pas ? Quel est le taux d’équipement de téléphones mobiles ? 89 % au niveau du lycée en 2010! Or un mobile aujourd’hui c’est la puissance du PC d’il y a disons 5 ans. Et à cette date, on pouvait déjà faire tenir toutes les applications nécessaires pour une formation de ce niveau dans n’importe quel PC du commerce.

Si en plus, on se pose la question en termes de rééquilibrages des sommes engagées entre l’équipement à la maison, le cartable, et l’équipement dans les établissements, il doit y avoir moyen de dégager des économies et de réduire l’empreinte carbone.

Non décidément, l’argument de ne pas passer au numérique pour des raisons de prix ne tient pas.

La question est ailleurs :

  • Définissons ce que pourrait être un cartable numérique (j’entends un équipement qui prenne la place du contenu du cartable), entre parents, pédagogues, éditeurs. Il sera sans doute plus solide, à l’image de la calculette sur laquelle plus personne ne se pose de questions et qu’il remplacera élégamment ;
  • Formons les enseignants, permettons leur de s’approprier cet outil ;
  • Ne laissons pas les politiques décider d’investir au coup par coup tel ou tel établissement en fonction de la mode du moment. Équipement qui est alors imposé aux enseignants et qui ne savent alors pas quoi en faire. Mais demandons leur d’être volontariste et de définir un plan ambitieux qui revisite les modes de financement de toutes les fournitures et autres livres à l’école, et qui surtout accompagne les premiers intéressés à savoir les enseignants ;
  • et finalement abordons la dimension de l’équipement numérique dans sa globalité. Pas d’un coté l’école, de l’autre la maison, et du troisième la réduction de la fracture numérique.

Bref, définissons ensemble le remplaçant de la calculette, et des autres fournitures.

Cet équipement serait solide comme une calculette, communicant et mobile comme un smartphone, grand et tactile comme une tablette. Peut être l’écran de lecture serait « fixe » pour un confort de lecture. De manière amusante le projet OLPC (One Laptop Per Child ou un portable par enfant) a été défini pour les pays émergent, pourquoi ne peut on penser un OLPC pour nos contrées ?

Au fait l’ordre de prix d’un OLPC c’est entre 75 et 130$…

Crédit photographique : OLPC flat Par dnwallace licence CC by nc SA

NB : Cet article a été rédigé comme contribution au débat pour le colloque Le numérique pour changer l’École du 18 mai 2011. Publié initialement sous licence CC-by, il a été repris sur le site du colloque, sur la plate forme citoyenne Educavox, et sur @-brest.

Tous les ingrédients pédagogiques d’un startup weekend

Olivier Ezratti, conseiller pour entreprises high-tech, nous livre tous les ingrédients d’un Start Up week end réussi : l’intérêt de s’adosser à une « marque », l’importance du mixage de cultures, de la présence de mentors … l’article ? La force pédagogique des startup weekends !

On y trouve des vidéos prises sur le vif d’intervenants (vidéo ici faite par Simon Robic sur le financement des startups), la référence à droite sur le Guide de l’Accompagnement des Star­tups High­tech en France, qui m’a l’air tout à fait passionnant au premier survol (et en Creative Commons, ce qui ne gâte rien). Bref, plein de matière pour ceux qui sont intéressés par le sujet. Des ressources éducatives si je reprend ma casquette d’enseignant.

Il insiste donc sur la dimension pédagogique des ces événements, ce que je soulevai ici. Le point qui me paraît particulièrement intéressant, c’est qu’il montre la complémentarité des apprentissages de chacun dans son rôle propre. Du partage, de la confrontation, du coté théâtral (unité de lieu, de temps et d’action) nait une situation particulièrement riche. Et c’est en augmentant la diversité que l’on augmente la richesse de l’expérience.

Un dernier point particulièrement sympathique dans cette communauté, c’est son caractère positif et fonceur. Il s’agit juste d’y aller, d’y croire et de s’accrocher. Belle leçon de vie. J’espère qu’elle se retrouvera dans l’Innovation Camp de cet été dans lequel 2 équipes d’élèves de l’école ont été sélectionnées.

Quel curriculum pour l’innovation ?

« Qu’est-ce qui doit être enseigné ? Comment en décide-t-on ? Quelles formes cela peut-il prendre ? De nombreux pays accordent de plus en plus d’importance à ces questions, au sein de leurs politiques éducatives. » Cette introduction du dernier numéro de la Revue Internationale d’éducation de Sèvres paraît être une évidence. Sauf que l’on apprend juste après que c’est un outil absent en France. Et que ce qui doit être enseigné ne va pas de soi.

Et effectivement, deux autres articles vus cette semaine montrent bien que même le positionnement ne va pas de soi. D’une part le Monde Diplomatique annonce que « En Europe, (ce sont) les compétences contre le savoir », c’est à dire que le socle minimal doit permettre une employabilité de tous en garantissant « dynamisme et flexibilité ». La réussite de tous est en fait une maitrise minimum, la « surqualification » actuelle est alors une perte d’argent puisque tous n’auront pas besoin d’être qualifiés (ni donc trop payés). L’article cite Claude Thélot, président de la commission du débat national sur l’avenir de l’école, reprit la même thèse dans le rapport remis en 2004 au ministre de l’éducation François Fillon : « La notion de réussite pour tous ne doit pas prêter à malentendu. Elle ne veut certainement pas dire que l’école doit se proposer de faire que tous les élèves atteignent les qualifications scolaires les plus élevées. Ce serait à la fois une illusion pour les individus et une absurdité sociale, puisque les qualifications scolaires ne seraient plus associées, même vaguement, à la structure des emplois (6). »

La « société de la connaissance » ou la « nouvelle économie » resteront réservées à une élite. L’université pourra utilement se poser la question de quelle est la dimension de cette élite. L’école pourrait se poser de la pertinence de développer des enseignements différenciés pour permettre au plus tôt de différencier le bon grain de l’ivraie. Sauf que cela pourrait reposer de manière aigüe le problème de l’équité de l’éducation.

Et en effet, on peut poser le problème du socle commun de manière très, très différente. Emmanuelle Erny-Newton a trouvé un excellent argumentaire dans sa trilogie « la Fabrique de Citoyens : LibertéÉgalitéFraternité » Sa série démarre sur une réflexion de Joel Westheimer [vidéo, en], professeur à l’Université d’Ottawa :

« Imaginez que l’on vous bande les yeux et qu’on vous expédie dans un tout autre point du monde. Pour les besoins de la démonstration, imaginons que rien, dans l’apparence ni le langage des gens, ne vous permette de deviner où vous pourriez être.
On vous emmène dans une classe ; on retire le bandeau de vos yeux, et vous observez le déroulement de la leçon.
À partir de cette observation, seriez-vous en mesure de deviner si vous vous trouvez dans un pays démocratique, ou dans un pays totalitaire ? »

Je vous laisse découvrir la suite, c’est à ne pas manquer.

En fait la question se pose également au niveau de l’enseignement supérieur. Prenons l’innovation, qui est dans tous les rapports. Prenons les exemples donnés à nos élèves ingénieurs. Voulons nous des spécialistes du transfert des découvertes des laboratoires de recherche comme on nous le dit dans un certain nombre de publications récentes (voir par exemple Adapter la formation de nos ingénieurs à la mondialisation) ? Cherche-t-on à développer des as du business qui développeront le prochain Facebook ? Veut-on des citoyens qui puissent répondre aux besoins sociaux, comme le propose l’initiative Imagination for People qui cherche à valoriser ces innovations « disruptives » ?

Ou cherchera-t-on simplement à présenter des possibles pour permettre à chacun de trouver la place qui lui convient et à s ’épanouir dans une société qui ne l’oublions pas devra être durable ?

crédit photo : Innovation par Seth1492 licence CC-by

Ernest, raconte moi une histoire

Ou comment construire son business innovant à l’heure d’Internet

Petite discussion aujourd’hui avec un bon ami, sur les moteurs de l’innovation, sur les changements liés à Internet, et sur les méthodes pour convaincre. A la clé, un petit ensemble de références accessibles pour qui voudrait comprendre quelque clés concernant l’impact d’Internet sur le montage d’un nouveau business.

On a parlé du livre de Lawrence Lessig, Free Culture ou Culture libre en français, de celui de Chris Anderson, Free, pour les idées globales racontées au travers  d’histoires, d’anecdotes, sur le mode de la conversation, et finalement généralisées. Indispensables pour aborder les nouveaux modèles économiques et les droits liés. On y trouve les concepts principaux : le problème des droits d’auteurs et les équilibres liés,l’économie de l’attention, le modèle du gratuit

Le livre collaboratif “Business Model Generation” a été évoqué pour sa vue globale pour définir la structure d’une entreprise, et définir son modèle éconmique. Un Must, semble-t-il.

Autre étape importante pour développer son entreprise : convaincre. Que ce soient des futurs partenaires, des futurs clients ou des décideurs, le challenge est d’accrocher son auditoire, et de lui laisser une “image” pour la suite.  On a donc parlé du livre “Convaincre en 2 coups de crayons” qui propose une méthode basée sur la production de petits schémas simples et clairs. Le livre de Lessig est convaincant notamment au travers de ses schémas simples et synthétiques. L’heure est au schéma marquant, explicite, synthétique, ciblé pour construire et expliquer son argumentaire. A l’heure de l’économie de l’attention, il faut aller à l’essentiel.

Et cela se traduit au niveau des modes de communication. Les vidéos aux chiffres et idées clés fleurissent pour la prise de conscience, mais pour expliquer un élément un peu complexe la démarche de CommonCraft, qui privilégie les explications au travers de schémas dynamiques en 3 minutes reste inégalée.

Quoique, pour les grandes idées, le format de TED : une personne présente une idée révolutionnaire en 18 minutes, et sa vidéo est retransmise sur le web fait des émules. l’ENS d’ULM propose ainsi ses Ernest, pour diffuser la connaissance. Puisque l’on est dans l’innovation, la compréhension des modèles économiques et les changements dus à Internet, deux vidéos “introductives” peuvent retenir l’intérêt.

A noter à titre d’exemple de l’importance de l’image la démarche de ces 2 orateurs. Pierre Bellanger construit son support sur des croquis simples et des idées clés, qui résument son discours. Serge Soudoplatoff lui se contente d’un  tableau dynamique de compteurs ( de Gary Hayes) qui résume l’impact d’Internet au travers de l’évolution les chiffres clés le temps de son discours, et qui reste derrière lui le temps de son intervention.

Voilà donc un début de petite bibliothèque pour mieux apprendre à construire dans le monde du début du XXIème siècle. En tout cas un contexte indispensable à comprendre pour le domaine de l’innovation.

Fish in water by Mc Beth - licence CC sur flickr

Concernant l’enseignement, les impacts sont :

  • les éléments à comprendre pour le futur ingénieur ;
  • l’impact du problème des droits d’auteurs sur la diffusion des ressources éducatives (libres notamment).
  • l’approche d’outils plus pertinents pour faire passer des concepts auprès des élèves.

Mais les deux derniers points feront l’objet de billets ultérieurs :-)

Les inscriptions à la P2PU sont ouvertes

Les inscriptions à la P2PU sont ouvertes aujourd’hui – venez choisir vos nouveaux cours

Traduction de l’article « P2PU Sign-up opens today – come and get your new courses! », par rebeccakahn du 26 août 2010.

La Peer 2 Peer University (P2PU : Université Pair à Pair) vient d’annoncer aujourd’hui l’ouverture de son troisième cycle de cours libres en ligne. Un nombre croissant de cours spécialisés dans des domaines allant de la gestion de cours collaboratifs jusqu’au trafic des êtres humains.

La P2PU est également heureuse d’annoncer le lancement de la P2PU School of Webcraft (école P2PU des métiers du web), mené en collaboration avec la Fondation Mozilla. L’école des métiers du Web est une nouvelle manière d’apprendre le développement sur les standards ouverts du web dans un environnement collaboratif. Les cours de cette école incluent « Débuter avec les services web Python » ou HTML5.

Toutes les classes sont universellement accessibles, gratuites et alimentées entièrement par les apprenants, les mentors et les contributeurs. L’objectif est de créer un système dynamique, guidé par les pairs, donnant un accès facile mondial permettant de bâtir sa carrière sur les technologies web ouvertes.

La communauté P2PU est en croissance et heureuse d’accueillir ces nouveaux cours leurs organisateurs en son sein.

Depuis la dernière série de cours, quelques changements ont eu lieu à P2PU, notamment sur le site P2PU sur lequel a été apporté une révision majeure, le rendant plus simple et plus facile à utiliser que jamais. La communauté P2PU conserve ses principes, de contenus générés par la communauté ouverts et partageables sous licence CC BY-SA.

La communauté P2PU se compose d’un groupe diversifié de personnes. Ils sont écrivains, enseignants, concepteurs, doctorants et autres étudiants diplômés, artistes, spécialistes du droit d’auteur, des scientifiques et des musiciens de blues de la guitare. Surtout, ils sont des apprenants travaillant ensemble pour apprendre les uns des autres.

Inscrivez-vous en ligne en parcourant la liste : http://p2pu.org/course/list. La date limite d’inscription est le 8 septembre 2010. Les cours ouvriront d’ici le 27 Octobre. L’inscription à un cours peut nécessiter des informations supplémentaires.

L’initiative P2PU est très intéressante, proposant une vraie communauté d’apprentissage, basée sur des productions ouvertes à tous. Cela dit pour l’instant la P2PU est uniquement anglophone. Faut-il envisager une déclinaison francophone ?

L’université du XXIème siècle par les auteurs de Wikinomics

Don Tapscott et Anthony D. Williams proposent un modèle innovant pour les universités du XXIème siècle. L’innovation vient sans doute dans l’organisation claire de cette université revisitée plutôt que dans les idées prises individuellement. Mais cette structuration est plutôt riche.

Comme cet article est malheureusement copyrighté, nous nous contenterons d’en résumer les points essentiels, plutôt que d’en faire une traduction.

L'université, un vieux modèle en silos ?

Première idée : tout comme les encyclopédies, les journaux, les musiques, les cours vont devenir des objets sans valeur intrinsèque. Les universités qui font payer cher pour autoriser à suivre un amphi bondé ne pourront pas le faire longtemps.

La valeur ajoutée d’une institution est donc dans sa pédagogie, ce qui pour une université passe par un apprentissage collaboratif et par une production de connaissance collaborative. La personnalisation, l’accompagnement, le travail en groupe basé sur des problèmes, projets … dans des institutions à taille humaine sont donc des institutions qui peuvent survivre, mais cette dimension s’inscrira dans une dimension réseau qui permettra aux élèves de pouvoir s’inscrire aux meilleurs enseignements dans les établissements partenaires.

Pour nos auteurs, l’apprentissage collaboratif est social, englobe la découverte, est orienté apprenant et permet d’avancer à son rythme. Ils reprennent l’idée de la construction d’une séance de cours basée sur les questions des élèves, et donc un enseignement juste à temps.

Là où cela devient intéressant,c’est quand ils parlent de l’ouverture de l’université, qui basée sur le mouvement de liberté d’accès aux contenus, permettra l’avènement d’une meta-université globale sur les connaissances, ou ce qu’ils appellent un réseau global pour le supérieur. Ils proposent 5 niveaux pour ce réseau :

  1. échange de contenus. Il s’agit simplement de mettre à disposition des contenus. Cela représente néanmoins un changement important dans le supérieur, où chaque professeur est encouragé à l’originalité dans son cours, ce qui limite clairement l’accès à des ressources numériques. L’idée de ce niveau est donc de casser l’isolement des différents enseignants en leur permettant de réutiliser, de diffuser des contenus. Le projet emblématique à ce niveau est l’OpenCourseWare lancé par le MIT.
  2. collaboration sur les contenus. L’idée est qu’au delà de la mise à disposition, il sera possible de comparer les mises en œuvre, d’échanger sur les pratiques … Pour cela, il faudra développer un réseau social des enseignants du supérieur.
  3. co-innovation sur les contenus. Au delà du partage et de la collaboration, au niveau suivant s’envisage la co-création de contenu. Celle-ci peut s’envisager entre enseignants ou mieux avec les étudiants, un cours pouvant se dérouler sur une co-création, par exemple autour d’un wiki. La wikiversité, au niveau construction d’enseignement et les wikibooks, au niveau de la cocréation de contenus constituent des plate-formes permettant ce type de coopérations.
  4. co-création de connaissances. Dans un réseau universitaire global la collaboration dans la recherche, la création, la communication et l’exploitation de nouvelles connaissances peut adopter un processus plus dynamique qu’actuellement, permettant d’assurer les revues par les pairs de manière différente de celle prônée par les journaux scientifiques. Curieusement nos auteurs ne semblent pas connaître le mouvement de « science 2.0 ».
  5. Apprentissage collaboratif global. Dans un réseau ouvert, il n’y a pas de raison qu’un étudiant ne puisse s’inscrire au cours de son choix de n’importe quelle institution. La notion d’inscription à une institution, en tant que telle, n’aurait plus vraiment de sens. Il est possible de se construire ainsi son parcours dans le sillabus mondial. L’apprentissage se faisant ensuite dans des environnements en ligne pour découvrir, apprendre et produire de la connaissance en tant qu’individus connectés et résaux collectifs. Ainsi l’université du XXIème siècle serait un réseau et un écosystème et non plus des tours isolées.

Les auteurs remettent ensuite en question la valeur des crédits et diplômes dans un tel contexte, ainsi que l’intérêt du campus s’il ne s’accompagne pas d’une réelle expérience humaine.

Pour permettre à l’université de réinventer les auteurs proposent les étapes suivantes :

  • Adopter l’apprentissage collaboratif comme modèle pédagogique central ;
  • Lancer ce réseau global pour l’apprentissage dans le supérieur en vue de produire collaborativement des contenus et des connaissances ;
  • Définir des modèles de collaboration et de revenus entre universités pour casser l’effet silo, par exemple en se construisant autour de l’idée d’une institution première et de réseaux d’échanges ;
  • Changer les systèmes d’incitation pour récompenser l’enseignement et non pas seulement la recherche ;
  • Construire l’infrastructure correspondante

A prendre en compte dans cet article : ce ne sont pas des barbus du logiciel libre qui tiennent ce discours, mais bien des hérauts d’une nouvelle économie, ce qui peut donner une force nouvelle à ces idées.

Joli programme en tout cas. Y’a plus qu’à !

Se tromper d’abord, se tromper vite, se tromper pour avancer

Mon ami Gwendal visitait récemment le centre de design de Stanford dans le cadre d’un voyage d’études. Il nous a permis de suivre ses visites au travers de twitter. Qu’il en soit ici remercié.

Gwendal, donc, positive sympathiquement en affirmant que nos élèves ne sont pas particulièrement étonnés par la pédagogie proposée dans ce laboratoire en affirmant que leur pédagogie par projet était  équivalente à la nôtre. N’étant pas sur place, je ne me permettrai pas d’en juger. Comme je lui demandai ce qu’il retenait de cette visite, il m’a retourné un tweet pointant vers ce billet de blog : Fail First, Fail Fast, Fail Forward de Thomas E. Anderson, II.

De fait, ici encore, rien de nouveau sur le fond, nous parlons entre nous de “pédagogie par l’erreur”. Ce qu’il y a de différent entre les 2 cotés de l’Atlantique, c’est que de notre coté nous osons à peine le verbaliser entre nous, alors que nos amis américains positivent ce droit à l’erreur au point de donner envie de se tromper ! L’avantage de cette approche est de pouvoir en parler de manière décomplexée et donc de gérer ces moments de doute pour pouvoir en tirer bénéfice.

Classique, sans doute. Proposé chez nous, certes. Intégré ? par trop peu d’entre nous. En tout cas très très juste.

Internet du Futur

Dans le cadre d’une réflexion sur l’Internet du futur proposée par le gouvernement, mon laboratoire se penchera sur le sujet au cours de son prochain séminaire. Cette réflexion semble déjà bien engagée si l’on consulte un peu le questionnaire et son document d’accompagnement. On peut d’ailleurs légitimement se demander à qui s’adresse la consultation publique vu le genre de questions posées (Présentez les équipes et moyens que vous dédiez (ou pensez dédier à court et moyen terme) à chacun des thèmes liés à l’Internet du Futur et compléter autant que de besoin le tableau présent à l’Annexe 1. Quels sont, pour votre entité, les thèmes prioritaires ? ou Quelle part consacrez-vous à la recherche incrémentale et à la recherche disruptive sur ce sujet ?). Il serait sympathique de le préciser …. en tout cas ce ne semble pas être dédié au citoyen de base, ni même au chercheur de base.

Bon, malgré tout je peux répondre à la question 1. La suite se fera à un niveau plus haut que le mien. Allons-y en vue de ce prochain séminaire :

A l’horizon 2015-2020, quels sont les principaux nouveaux services, usages et applications qui viendront redéfinir le fonctionnement et l’utilisation de l’Internet dans vos domaines d’activité ?

Une intégration de la dimension numérique (données actuelles et du cycle de vie) dans les objets du quotidien (internet des objets) couplée avec une généralisation de la gestion des liens entre entités et information (web sémantique) introduit une version intégralement distribué des l’information (pair à pair). Une généralisation de l’accès et de la production d’information

Cette extension va amplifier la possibilité de mieux comprendre notre environnement et comment développer de nouveaux systèmes, de collaborer et d’apprendre !

en tant qu’enseignant en école d’ingénieurs, cela va changer notre manière d’aborder le monde et la formation.

Quel peut-être l’impact économique de ces évolutions ?

Comme le souligne le site de préparation d’Autrans 2010, entre autres : il va être nécessaire de redéfinir totalement les modèles économiques. Cela est par ailleurs indispensable pour pouvoir repenser notre rapport au monde et donc pouvoir répondre aux défis du développement durable.

Quelles opportunités et quels risques anticipez-vous dans le cadre de vos activités ?

Opportunités : pouvoir permettre une meilleure appropriation de notre environnement qui permette une revalorisation intellectuelle du métier d’ingénieur. Permettre un engagement de nos élèves dans leur formation et dans leur compréhension des problèmes.

Risques : un éclatement des institutions d’enseignement et du rôle de l’enseignant, diluant et réduisant l’accompagnement à la maturité intellectuelle des jeunes. Ce risque est d’autant plus important que l’éducation nationale (dont je ne fais pas partie) ne s’approprie que trop peu Internet et qu’au contraire elle se sanctuarise.

Dans ce contexte, quels facteurs auront le plus d’impact dans la redéfinition de l’Internet et de son architecture ?

L’important est de permettre un accès le plus libre et le plus transparent possible aux données pour permettre la formation, l’appropriation et l’amélioration de tous les champs de connaissance.

Quelles éventuelles nouvelles formes celle-ci peut-elle prendre ? Quels sont les verrous à lever ?

Celle-ci se rapporte à quoi : architecture ? Les 2 extrèmes sont Pair à pair ou centralisée.  Le risque est de tendre vers le pôle centralisé, l’opportunité est de tendre vers la plus grande répartition possible

Verrous à lever :

  • la confusion entre pirate (usage) et technique (partage et lien entre ordinateurs) : cela au niveau juridique et par ricochet au niveau opérateur
  • l’autonomie des équipements (adaptation dynamique, reconfiguration ,évolution …)
  • la rapidité d’accès à l’information
  • la gestion de la redondance et la synchronisation
  • l’interopérabilité


Internet des Objets

Daniel Kaplan en parle enfin dans son 3ème opus sur le sujet :

Repenser l’internet des objets (3/3) : Industrialiser l’internet ou internetiser l’industrie ?

Il s’agit bien des objets qui ont une vie numérique depuis l’idée jusqu’au démantèlement (même si ce n’est pas abordé dans l’article, le fait d’avoir à disposition toutes les infos nécessaires permet de l’envisager), avec une interrogation possible durant sa vie opérationnelle. Un objet  interopérable, ouvert, à vocation collaborative.

“Un bon spime est à la fois plus complexe que ce qu’exigerait son usage premier (”trop” riche en fonctions) et jamais fini. Il se présente comme “un projet technologique ouvert dont l’évolution est déléguée à ses utilisateurs finaux.”” Cela ressemble furieusement à tous ces services “web2.0″ que l’on s’approprie, que l’on détourne pour son usage personnel.

Autant l’ article précédent me faisait penser au web1.0 (le contenu statique, contrôlé par quelques uns), voire la tentative de l’industrie d’utiliser Internet comme un réseau fermé équivalent à ceux qu’elle a l’habitude de déployer, autant dans cet article on est bien dans la dimension participative dans les objets. Les deux modèles cohabiteront sans doute, et correspondent à des usages différents.

En termes d’innovation, ce qui est important c’est bien l’Internet des objets au sens ouverture, participation, collaboration, données exploitables et liens possibles. Ce que nous en ferons ? Nous verrons bien, de nouveaux usages verront le jour. En plus cela permet l’action locale dans un monde global. Et si cela conduit à améliorer la planète et le quotidien, tant mieux !

Y-a-t-il des clubs de spimeurs en France ?

Et décidément, comment vont évoluer les métiers de l’ingénierie et de l’informatique dans ces changements annoncés ?

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