Supports pédagogiques : s’ouvrir … pour exister

Jeudi dernier, j’ai passé une journée très agréable, et surtout très intéressante à Paris Descartes. Les Jnum de cette année s’attaquaient en effet au thème de l’Université Ouverte dans son sens le plus large. L’introduction de François Taddei a été lumineuse.

Hubert Javaux, m’a demandé de remplacer au pied levé Marcel Lebrun, malheureusement souffrant, qui devait proposer une conférence en début d’après midi sur les aspects pédagogiques. Sa gentillesse, sa mise en confiance m’ont poussé à accepter et j’ai essayé de monter un discours en très peu de temps. J’ai également préféré échanger l’injonction « s’ouvrir ou périr » par « s’ouvrir … pour exister » moins angoissante. Le résultat est repris ci-dessous, c’est beaucoup moins élégant que ce qu’il faudrait, mais je pense que le déroulé est correct, et a été entendu. Pour juger du résultat vous pouvez regardez l’enregistrement vidéo qui a été réalisé par l’équipe de la journée.

Une table ronde a beaucoup traité des MOOCs, avec Yves Epelboin et François Taddei et moi même. De manière générale, l’ensemble de la journée a été filmée et mise en ligne ici.

Notons également l’intervention de conclusion de Denis Berthiaume, qui nous rappelle la nécessité de disposer de moyens humains (accompagnement) et financiers pour avancer sur ces questions, même et surtout s’il y a urgence, pour espérer impacter durablement les universités.

Pour compléter, 3 présentations récentes qui auraient pu également en partie convenir pour un tel titre.

PS : pour la petite histoire, je viens de rédiger ce billet dans la bibliothèque de l’UBO, qui est vraiment un bel endroit, parfait pour travailler.

crédit photo : Bibliothèque Universitaire centrale – centre ville (Brest) Juillet 2010 par adeupa de Brest – licence by-nc-sa

Que nous apprend le xMOOC sur la gestion de projet ?

Quand Rémi Bachelet présente son projet de MOOC « ABC de la gestion de projet », il parle volontiers de xMOOC et de certification. C’est une manière de renvoyer à des définitions connues des MOOCs, mais en fait il y a encore plus.

D’abord, il a réussi grâce à son enthousiasme à regrouper une véritable équipe de bénévoles autour de son initiative. Les bonnes volontés existent dans ce domaine dès que le projet est clair.

Il démontre aussi qu’un contenu de cours évolue, se transforme dans le temps. Cela fait déjà plusieurs années que Rémi propose ses supports en tant que ressource éducative libre (ou OER en anglais). Il a ainsi mis à disposition des diaporamas, des références, puis des vidéos, et cette année un cours complet sous forme de MOOC. Cela rend son contenu plus vivant, plus attractif. De plus, ces évolutions vont bien dans un sens de ressources de plus en plus riches pour leur exploitation.

Sur la forme, s’il va bien nous proposer des vidéos courtes ponctuées d’instants d’assimilation, comme le veulent les premiers modèles de xMOOCs, le cours intégrera une partie projet. C’est naturel vu le sujet, mais cela va au-delà des premiers modèles et est en phase avec les évolutions des MOOCs.

Sur les attentes du public, ce cours met en évidence une attente des internautes pour des formations continues pour adultes. C’est bien un public de personnes en situation de travail et de gestion de projet qui s’inscrivent dans ce cours, et c’est un cours qui convient plutôt à ce public, même si nous sommes nombreux à essayer de convaincre nos élèves en formation première de l’importance des aspects organisationnels dans le travail d’un ingénieur. C’est de la formation continue.

Sur l’origine du public, il semble qu’il confirme que la demande pour ce genre de cours vient de la francophonie entière.

Nous verrons la forme que prendra la certification, mais gageons qu’elle intégrera une dimension d’évaluation entre pairs. En tout cas sur un tel sujet les critères d’évaluation restent à définir.

Bref, si certains semblent considérer qu’il est indispensable que l’offre des MOOCs doivent se fédérer, notons tout de même que les premières initiatives francophones démontrent une volonté d’innovation qui est possible dans ce temps de liberté durant lequel les institutions ne cherchent pas encore à rationaliser. Espérons que cet espace d’innovation continuera à exister dans le panorama francophone.

Mais si ces initiatives démontrent bien l’intérêt pour un public extérieur aux universités, pour le renouvellement de nombre de questions autour de la formation, il reste à démontrer que ces nouvelles formes de cours peuvent apporter un vrai plus aux étudiants en formation première. En effet, ce qui fait l’intérêt d’un MOOC ne correspond pas aux actuels modèles de cursus de formation diplômants tels que nous les proposons dans les structures de l’enseignement supérieur. Il y a un vrai travail de fond à faire pour permettre à nos étudiants de tirer parti des opportunités offertes.

Notons bien que ni ITyPA, ni MOOC GdP, n’ont particulièrement attiré les jeunes en formation. Il y a bien des explications à cela : l’information ne leur a pas été particulièrement été destinée, cela vient en plus de leur formation. N’empêche. Cela fait bien partie des éléments qu’il faut absolument démontrer.

Crédit photo : Le Jour ni l’Heure 0467 : Forth Rail Bridge par Renaud Camus licence CC-by

Vous avez dit (formations) ouvert(es) ?

Ouvert, ouverture, jolis mots. C’est engageant, cela donne envie d’y souscrire. Cela renvoie à une vision de partage. Mais en fait ces termes ont de bien différentes acceptions suivant le nom auquel il est accolé. Certaines sont plutôt décevantes, d’autres au contraire enthousiasmantes et offrent de belles opportunités qu’il s’agit de cerner. Le panorama est plus fourni que la simple notion parfois associée au logiciel libre. Ces dimensions nous sont en effet apparues pendant la mise en place du premier MOOC francophone ITyPA. Faisons un petit tour dans le domaine de la formation.

Accès Ouvert

Pour commencer, passons par la Formation ouverte à distance (ou FOAD).  La notion d’ouverture réside dans la capacité de personnaliser ses contenus et de ne pas être lié à des dates de début et de fin. Par extension, certains continuent à adjoindre ce O à la formation à distance, même quand cette ouverture de contenu et de durée disparait. Il faudra montrer patte blanche pour s’y inscrire. Allons plus loin.

Ressources ouvertes

Deuxième étape du coté des ressources. L’Unesco, les universités numériques, le gouvernement français encouragent la production de ressources ouvertes, souvent appelées ressources éducatives libres. L’idée est de permettre le libre accès à tous à la connaissance, ce qui est une vraie noble cause. L’idée est ici de proposer une licence d’utilisation – typiquement choisie parmi les licences Creative Commons – plus permissive que ce qu’autorise le droit d’auteur appliqué par défaut.

Mais si la licence la plus libre CC-by permet bien la réutilisation, l’amélioration, un travail ultérieur sur cette ressource (et donc aussi de permettre une appropriation par les utilisateurs, parfois élèves), les autres options restreignent ces libertés. Je renvoie à cet autre article pour cette discussion. Il y a donc différents niveaux d’ouverture dans le monde des ressources.

Ouverture aux publics

Continuons du coté des universités ouvertes. L’acception initiale est l’idée d’ouverture de cours dans les universités pour une formation culturelle désintéressée, et continue d’exister dans certaines villes (université de tous les savoirs …), qui renvoie à la mission de diffusion de connaissance des universités. La traduction dans le numérique, nous vient de l’anglais (Open University), et se propose donc de délivrer des diplômes en FOAD. L’idée est ici de proposer des diplômes universitaires à des publics adultes. Nullement désintéressée, l’université vise ici à équilibrer ses budgets, dans un contexte de formation continue qui s’avère concurrentiel. Un modèle finalement classique et déjà bien implanté dans différents pays européens.

Les modèles de ces universités s’appuient bien souvent sur des ressources ouvertes, ce qui renforce l’idée que ce n’est pas dans les ressources (la connaissance « brute »), mais bien dans le cursus que se situe la valeur ajoutée des universités.

Ouverture à tous les publics

Si au niveau des ressources, au delà des contenus on rend disponible le déroulement et les interactions, si on permet à tous de s’inscrire pour autant que l’on possède une adresse mail. Viennent alors les curieux, mais aussi ceux qui n’avaient pas accès, pas le temps, ceux qui souhaitent mettre à jour leurs connaissances … On rentre là dans une logique d’abondance, de grand groupe permise par le numérique. C’est bien la nouveauté première que proposent les MOOCS.

Ouvrir le dispositif

Dans une formation, les objectifs du cours, les ressources, les activités sont souvent définis. C’est le choix des MOOCs des grandes universités américaines. L’organisation du dispositif est donc préétablie, fermée. Si au contraire, on ouvre au participant la possibilité de définir ses propres objectifs, de proposer des ressources, d’échanger, de débattre, on permet à chacun d’adhérer et d’enrichir le dispositif. On s’ouvre ainsi à la notion d’apprenance chère à Philippe Carré. Cette flexibilité dans un contexte de mise en réseau des connaissances, des savoir-faire et des personnes est l’opportunité que nous offre l’approche connectiviste des cMOOCs, qui sont porteurs de construction de biens communs d’apprentissage. De manière incidente, on passe ainsi d’une transmission à une appropriation du savoir.

L’enseignant ouvert

Dans les contextes où l’on s’intéresse à l’apprenant, autour de notions telles que la motivation, le plaisir, l’apprenance, la posture de l’enseignant change nécessairement. L’enseignant n’est plus dans une posture transmissive, mais bien dans une posture d’accompagnement, ouvert aux aspirations et aux besoins des apprenants. C’est a priori ce que l’on met derrière la définition de tuteur. Son rôle est donc aussi de valoriser, de développer un climat de confiance, indispensable pour permettre l’ouverture à des idées nouvelles.

Ouverture entre les métiers, les disciplines

Nombre d’écrits soulignent que l’apprentissage auto-guidé, en réseau ne suit pas une ligne disciplinaire. Si les disciplines conservent leur valeur en termes de structuration de contenus, comme boite à outils pour comprendre un aspect d’un système. Si l’apprentissage est une mise en réseau, alors les disciplines doivent pouvoir accepter ces mises en réseau, ce qui est bien une forme d’interdisciplinarité.

D’autres métiers peuvent aussi à apporter leur pierre à l’édifice, notamment les documentalistes et les spécialistes de la communication, pour apprendre à mieux accéder à l’information, et à restituer ses réflexions. On peut aussi penser à des personnes ressources pour une approche stratégique de la construction des ses apprentissages, pour un accompagnement sur les méthodes … Sachant que chacun de ces métiers doit s’approprier les évolutions liées à la mise en réseau des apprentissages. Mais de par leur posture plus classique d’accompagnement je dirai qu’ils sont souvent en avance sur les enseignants disciplinaires. Collaborer au sein d’un enseignement entre ces différents métiers (par exemple au cours de projets) est une expérience passionnante.

Ouverture sur la nature des ressources

Je reste frappé par l’attachement de certains à un genre de document particulier. Certains ne jurent en effet que par les articles scientifiques, seuls porteurs de vérité car seuls validés par des pairs (voir par exemple à ce sujet réviser la révision par les pairs). On retrouve le même phénomène pour les ressources éducatives qui se devraient d’être validées par un spécialiste. Il me semble que ce type de documents sont effectivement indispensables à une construction organisée des savoirs. Mais qu’ils ne sont nullement suffisants pour l’appropriation par les apprenants, ni pour l’exploration de nouveaux axes.

D’autres médias, plus visuels, plus sonores, plus tactiles peuvent également permettre d’aborder différemment nos apprentissages de manière plus vairée, mais aussi plus sensible. Il nous faut donc aussi apprendre à nous ouvrir sur les différentes formes de ressources.

Il existe sans doute d’autres axes d’ouverture possibles. Pour le concepteur de dispositif de formation, il faut à apprendre à se positionner sur ces différentes dimensions. En effet, un dispositif de formation n’est pas et ne sera pas un système désorganisé. Il nous faut trouver des sujets pour nous rencontrer, des règles pour pouvoir échanger, des guides pour nous construire. On sait que la créativité et l’innovation sont fécondes lorsque l’on donne des (bonnes) contraintes.

Pour une vue schématique des axes d’ouverture possibles, le schéma sur la pédagogie ouverte de Jacques Dubois est très synthétique, et éclairant. Je le réinsère donc ici :

crédits photos :
 Open/ouvert par mag3737 – licence CC-by-nc-sa et Le plongeoir par 1D110  licence CC-by-nc-nd
Modifications :

  • le 14/11/12 pour intégrer les excellentes propositions de @cvaufrey et @cousin
  • le 19/11/12 pour intégrer le schéma de @jackdub

IP3S et la question de l’université ouverte en France

Jeudi prochain, le 8 novembre, je serai à Lille au congrès de l’université numérique IP3S pour une session dont le titre « quelle université ouverte en France ? ». J’y présenterai quelques questions que les MOOCs, de nouvelles formes de cours ouverts, permettent de poser.

Si j’ai bien compris l’idée d’université ouverte est ici le modèle des Open University, organisme qui propose des formations en ligne. La question au moment où des établissements pourraient proposer des cours ouverts serait celle de l’articulation entre différentes initiatives nationales.

On pourrait s’amuser à décliner les différentes acceptions du terme ouvert. Ceux qui ont répondu au questionnaire de l’espace recherche d’ITyPA auront déjà quelques éléments. Ceux qui suivent les travaux de Annie Jézégou également. Mais nous y reviendrons autour du bilan de ITyPA.

 

Voici mon diaporama, qui partira évidemment de ce qui se passe actuellement dans #ITyPA :

Peut-être avec vous des idées sur des arguments des questions, qui pourraient compléter l’échange. N’hésitez pas les commentaires sont là pour ça.

Évaluation et REL, une vue économique européenne

Christine Vaufrey (rédactrice en chef de Thot Cursus et animatrice d’ITyPA) m’a récemment indiqué cet article : Peut-on valider la démarche Open Learning par des certifications ? sur elearningeuropa.

Le teasing de l’article nous ramène à une des questions centrales levées par les MOOCs (qui sont d’après Stephen Downes un forme de REL), celui de la certification :

Les ressources éducatives libres (REL) peuvent s’analyser en lien avec la tension fondamentale apparente dans les systèmes éducatifs modernes, en contrastant fonction pédagogique et processus de sélection.

L’objectif de l’article (son auteur Bernd Remmele est un professeur de l’économie de l’éducation) est d’identifier des services commercialisables. Son premier constat est qu’il existe une tension dans la formation entre l’accès à la formation (d’égalité des chances) et la fonction de sélection pour l’accès à des meilleures carrières (réponse au marché). Son point d’entrée est de savoir pourquoi certains seraient prêts à payer. Sa vision est que l’accès à des diplômes ouvrant à des perspectives de carrière est monétisable, et que la sélection de ressources pertinentes et de qualité pour pouvoir se former sont des services à valeur ajoutée. Ce pont entre deux aspects certification et qualité des REL rend son discours plus difficile à lire.

Coté certification, on retiendra qu’elle peut être effectivement découplée de la partie apprentissage. D’une part la certification par apport de preuve de l’acquisition de compétences, par portfolio et par des dispositifs comme celui de la « valorisation des acquis de l’expérience » tel que pratiqué en France. Ces démarches sont lourdes mais seules possibles pour valider des compétences informelles. D’autre part des cadres de compétences par métiers existent, notamment en Angleterre (NVQ pour National Vocational Qualifications framework) qui peuvent permettre de servir de support pour la construction de portfolios.

On pourra noter également l’intérêt de proposer des tests de positionnement pour identifier les apprentissages à réaliser.

Coté ressources, il note pour la regretter le caractère distribué et non formel des ressources disponibles. Il considère donc qu’il y a une demande pour des ressources dont on connaît le contexte d’utilisation et que l’on peut raccrocher à un objectif de formation. Il est amusant de constater que pour lui une REL est une ressource utilisée en informel, tout en reconnaissant qu’elle peut provenir d’un contexte formel dont justement on perd la trace. Proposer la contextualisation et l’assurance qualité sur des ressources pourrait être un service intéressant. Il considère en effet que seul des services commerciaux (prenant en compte les besoins clients) sont susceptibles d’assurer cette qualité. Il ne croit pas que la communauté puisse s’emparer de l’amélioration qualitative d’elle même, mais semble considérer que la communauté pourrait évaluer la qualité de ressources dans le cadre de formations identifiées.

Ce qui fait écho aux questionnements des MOOCs, c’est d’une part l’approche par modèle économique, tout comme les américains. On pourrait poser la question différemment en se positionnant dans une vision élargie de service public, et aborder la question de l’ouverture selon :

  • l’amélioration de l’efficience (résultats versus coût de fonctionnement) ;
  • l’opportunité de délégation de certaines fonctions (peut-on / doit-on sous traiter le passage d’examen, son évaluation ? ) ;
  • le développement de leviers externes pour encourager l’amélioration. L’accréditation des formations est réalisée de manière indépendante, on pose ici la question de la qualité des ressources.

Dans cette perspective, ce qui est intéressant c’est que par cette approche d’ouverture et de formation tout au long de la vie, on se repose la question de services à différentes du processus complet de formation : ici, la réalisation, l’indexation, l’amélioration de ressources éducatives (libres), le positionnement et la certification des apprentissages d’autre part.

Poser ces questions uniquement dans un cadre d’opportunité de valorisation économique semble toutefois réducteur, tant la question citoyenne semble proche, et la puissance des communautés du web potentiellement porteuses. La question du processus d’apprentissage pourrait également aider à revisiter certaines hypothèses du discours.

Par exemple, si l’on vise dans les compétences à atteindre des capacités d’analyse, de choix, de synthèses de sources (ou dit autrement de littératie numérique on peut reposer la question de l’appropriation des ressources qui n’est plus alors service à valeur ajoutée, mais partie intégrante du processus d’apprentissage. Dans quel cas sera-t-on prêt à renoncer à l’un pour l’autre ?

Également, entre REL et acquisition de compétence, il y a forcément une dimension d’activité qui est absente de la discussion et qui est pourtant au cœur de la certification. Lesquelles peuvent se faire au travers de REL, quels autres supports sont nécessaires à ces acquisitions, c’est toute la place des organismes de formation qui se pose ici.

Crédit photo : Day #93 OER Par edtechie99 – licence CC-by-nc

Comprendre les MOOCs selon Sir John Daniel

Sir John Daniel a proposé récemment un article où il fait une revue des différents éléments caractéristiques des MOOCs. La démarche est intéressante car elle fait le pont entre les nombreux articles de blogs ou de journaux qui ont parlé des MOOCs et une rédaction plus académique sur le phénomène. Comme le relève cet article de blog, son plan est assez complet et le style plutôt engagé pour un article qui se veut scientifique. Il traite principalement des xMOOCs, considérant que c’est devenu le phénomène principal dans les MOOCs.

C’est néanmoins une bonne base pour faire le point sur le phénomène. Je pense reprendre plusieurs informations et points de vue dans la perspective de présentations futures sur les MOOCs. Je ne reprend ici que le plan. Je ferai des focus sur les différentes parties dans les prochaines semaines au fur et à mesure du temps libéré, et de l’avancement de mon travail d’analyse. La jolie histoire viendra plus tard.

On pourra reprendre les points principaux, et quelques approfondissements intéressants (ici en vrac)

  • en introduction : le fait que les universités en proposant des MOOC passent du modèle de pénurie dans le monde de la connaissance au monde de l’ouverture (et donc de l’abondance)
  • Qu’est ce que sont les MOOCs ? On retrouve la classification xMOOC contre cMOOCs, mais aussi d’autres types de cours en ligne comme le travail proposé par Academic Partnerships ;
  • Taux de participation et de réussite. Il note que le taux de réussite est de l’ordre de 7% dans les MOOCs des grandes universités. Ainsi le MITT 6.0002x Circuits and electronics a eu 155000 inscriptions venant de 160 pays (US, Inde et Angleterre en tête), 23 000 ont essayé le premier problème, 9000 ont passé la moitié, 7157 ont suivi le cours jusqu’au bout (ce qui est supérieur à l’ensemble de la participation de ce cours au MIT en 40 ans). Il revient sur ce point en fin d’article pour montrer que l’on peut obtenir de meilleurs taux, en améliorant la qualité et en n’étant pas impactés par des phénomènes de popularité qui font que des simples curieux peuvent s’inscrire pour voir ;
  • Tricherie ou travail entre pairs ? C’est une petite anecdote mais qui pose la question de l’alignement entre pédagogie et évaluation : peut-on faire des évaluations automatisées alors que les participants travaillent en commun ;
  • le modèle économique des MOOCs. Il élargit la question en notant que les plate-formes comme Coursera visent des modèles économiques de manière indépendante des universités. La question des partenariats est ouverte ;
  • les plate-formes : on peut retenir 3 sous questions à ce niveau, même si elles ne sont pas aussi claires que cela dans le texte
    • le logiciel. Il pointe le fait que le logiciel Coursera semble propriétaire, et que pour les LMS, l’open source a permis la diffusion de tels logiciels. Il cite également l’initiative de Google Open Course builder. Il semble qu’il n’ait pas identifié le fait que Stanford (avec Class2Go) et le MIT (avec edX) veulent proposer leurs plate formes en open source ;
    • l’hébergement. En soulignant, à la fois la plus grand simplicité par rapport à une plateforme d’université et la nécessité de tenir la charge venant du monde entier, amenant pour nombre d’universités à adopter une structure cloud ;
    • la visibilité. C’est sans doute un des intérêts de Coursera que de pouvoir partager la page d’accueil avec d’autres universités de renom ; je recite ici la piste Academic partnership qui bien que moins visible permet des retours sur investissement plus évidents pour les universités ;
  • MOOC en perspective. En montrant que les pseudo-révolutions ont été nombreuses en éducation, l’auteur relativise le phénomène MOOC. Il note néanmoins que ce phénomène a des chances de durer, d’abord parce qu’il s’appuie sur les « médias de la connaissance » qui permettent de manipuler les symboles mêmes de l’apprentissage (mots, nombres, formules, images …) et permettent la diffusion et le partage de ressources à moindre frais ;
  • la certification, ou non de l’atteinte des objectifs du cours, l’obtention de crédits pour sa réussite. Ce point fait l’objet de plusieurs développement, soulignant les contradictions actuelles d’un système qui se met en place ;
  • La qualité. Parmi les mythes qu’il remet en question, le premier est qu’une université renommée propose les meilleurs cours. Il montre qu’au contraire d’autres initiatives méritent qu’on s’y intéresse ;
  • La pédagogie. Il souligne la pauvreté des premières plate-formes de xMOOC, qui n’ont pas intégré l’expérience pédagogique existante, mais il onsidère qu’elles devraient rapidement s’améliorer du fait de l’ouverture qui permet de capitaliser sur les différentes offres ;
  • L’offre de cours pour permettre de développer l’enseignement supérieur dans les pays en développement sonne à ces oreilles comme une forme de néo-colonialisme. Il considère que les OER (Ressources éducatives libres) contribuent au développement de l’offre universitaire et constituent de vraies voies d’amélioration, mais il semble que cette notion de faire le bien ou d’alimenter les biens communs ne sont que des pseudo désirs louables, pas des raisons pragmatiques.
  • Les possibles. Il évoque l’idée qu’un classement pourrait apparaître obligeant chacun à s’améliorer pour rester dans le jeu. En le basant sur des critères de qualité et de rigueur intellectuelle, cela l’amène à dire que les universités vont devoir se préoccuper de pédagogie et des étudiants comme jamais. Il évoque également l’idée que cela devrait amener à valoriser la dimension enseignement à coté de la dimension recherche dans les carrières des professeurs.

Sur la dimension de développement des carrières d’enseignants, le premier obstacle en France sera sans doute le problème de traduire la participation à un MOOC en Heures Équivalent TD qui sont la base de discussion dans la charge d’un enseignant.

Bref une bonne base. Je rajouterai sans doute une notion de classement des différentes offres de MOOCs, et un élément sur le M (Massive) de MOOC qui me semble-t-il devrait montrer les limites de telles offres.

Crédit photo : The belgian political system par Lounge! licence CC-by-nc

Mooc francophone – y a plus qu’à

Christine Vaufrey nous a encore proposé un excellent article sur Thot dénommé Le MOOC, mode d’emploi. À lire.

Elle y distingue clairement deux formes de MOOC, le cours ouvert en ligne, proposant une forme standard de cours où un enseignant enseigne et des étudiants s’essayent au travers d’exercices standardisés, et le MOOC, vu par les canadiens Dave Cormier, Stephen Downes ou George Siemens, basé sur les principes du connectivisme, proposant une exploration partagée d’un sujet.

Par contre, elle cherche à nous interpeller, en regrettant qu’aucun acteur francophone ne se soit positionné.

Le centre de son article est un excellent résumé du guide en anglais édité par Inge De Waard, réalisé à l’occasion d’un MOOC sur le mobile learning (à suivre, en anglais en septembre 2012), en remarquant que la traduction en français manque encore. Il s’agit bien là de la vision la plus ouverte d"un MOOC .

Et bien, faisons le premier pas. Clarifions déjà ce qu’est un MOOC en traduisant ce guide en français, par exemple sur un wikilivre.

C’est parti ! Le Wikilivre est ouvert. Nous pouvons dès à présent contribuer à sa construction.

On y va ?

Crédit photo : récupéré sur le MoocGuide, publié sous licence CC-by-nc-sa

Le numérique en classe : moins cher que le stylo !

On annonçait cette semaine un PC à moins de 20 euros, c’est à dire moins cher que la moindre calculette de nos enfants, que chaque famille est pourtant obligée de payer. Certes sans écran, mais quand même…

Bon considérons qu’il faille un vrai portable, une tablette ou un équipement de ce type, en y intégrant une assurance. Comme il doit être facile de faire des commandes groupées, on va tomber dans les 250- 300 euros. Il n’y a certainement pas besoin d’une machine extraordinaire au collège ou au lycée, il y a peut être moyen de descendre en dessous. Ça c’est pour les coûts.

Coté économies, le premier poste auquel on pense, ce sont les livres papiers qui peuvent devenir naturellement numériques et donc moins chers pour pleins de raisons : d’abord l’édition peut faire de nombreuses économies qui devraient logiquement se retrouver dans le prix final. Par ailleurs, ce passage au numérique peut encourager le développement de ressources éducatives libres qui peuvent permettre d’autres réductions (sans parler du reste). Ces coûts sont aujourd’hui supportés par la collectivité, mais peuvent en tout cas équilibrer une partie du prix (voire entièrement).

Second poste d’économies potentielles : le prix des fournitures scolaires supporté par les familles. On parle de 150 € chaque année. Parmi cela une soixantaine d’euros va dans l’équipement pour le sport. Disons qu’il y a encore une vingtaine d’euros pour des équipements comme les arts plastiques. Reste 70 € pour les cahiers, classeurs, crayons, gommes …. Sur 3 ans : 210 €, presque la valeur du PC précédemment cité.

Tout cela pour dire qu’en couplant un effort public et une participation des familles équivalente ou moindre qu’actuellement, on doit largement pouvoir financer des équipements numériques pour tous.

Bon, je force un peu le trait, c’est vendredi soir. Et je sens que le chiffrage exact me prendrait trop de temps (et est-il indispensable?) Cette réflexion me vient en fait d’une lecture d’un article de Steve Wheeler sur les technologies pour 2020 (en anglais) dans lequel il considérait que les technologies numériques deviendraient aussi naturelles que le crayon et le stylo le jour où elles seraient aussi abordables. Sauf que … un ordinateur ne remplace pas que le stylo, mais aussi la feuille sur laquelle on écrit, le livre que l’on consulte, la calculette pour le cours de maths, et j’en oublie.

D’où ce petit calcul, pour arriver à la conclusion, que si on le voulait, il serait possible d’équiper tous nos enfants dès la rentrée. L’obstacle n’est pas financier.

Vous n’y croyez toujours pas ? Quel est le taux d’équipement de téléphones mobiles ? 89 % au niveau du lycée en 2010! Or un mobile aujourd’hui c’est la puissance du PC d’il y a disons 5 ans. Et à cette date, on pouvait déjà faire tenir toutes les applications nécessaires pour une formation de ce niveau dans n’importe quel PC du commerce.

Si en plus, on se pose la question en termes de rééquilibrages des sommes engagées entre l’équipement à la maison, le cartable, et l’équipement dans les établissements, il doit y avoir moyen de dégager des économies et de réduire l’empreinte carbone.

Non décidément, l’argument de ne pas passer au numérique pour des raisons de prix ne tient pas.

La question est ailleurs :

  • Définissons ce que pourrait être un cartable numérique (j’entends un équipement qui prenne la place du contenu du cartable), entre parents, pédagogues, éditeurs. Il sera sans doute plus solide, à l’image de la calculette sur laquelle plus personne ne se pose de questions et qu’il remplacera élégamment ;
  • Formons les enseignants, permettons leur de s’approprier cet outil ;
  • Ne laissons pas les politiques décider d’investir au coup par coup tel ou tel établissement en fonction de la mode du moment. Équipement qui est alors imposé aux enseignants et qui ne savent alors pas quoi en faire. Mais demandons leur d’être volontariste et de définir un plan ambitieux qui revisite les modes de financement de toutes les fournitures et autres livres à l’école, et qui surtout accompagne les premiers intéressés à savoir les enseignants ;
  • et finalement abordons la dimension de l’équipement numérique dans sa globalité. Pas d’un coté l’école, de l’autre la maison, et du troisième la réduction de la fracture numérique.

Bref, définissons ensemble le remplaçant de la calculette, et des autres fournitures.

Cet équipement serait solide comme une calculette, communicant et mobile comme un smartphone, grand et tactile comme une tablette. Peut être l’écran de lecture serait « fixe » pour un confort de lecture. De manière amusante le projet OLPC (One Laptop Per Child ou un portable par enfant) a été défini pour les pays émergent, pourquoi ne peut on penser un OLPC pour nos contrées ?

Au fait l’ordre de prix d’un OLPC c’est entre 75 et 130$…

Crédit photographique : OLPC flat Par dnwallace licence CC by nc SA

NB : Cet article a été rédigé comme contribution au débat pour le colloque Le numérique pour changer l’École du 18 mai 2011. Publié initialement sous licence CC-by, il a été repris sur le site du colloque, sur la plate forme citoyenne Educavox, et sur @-brest.

Sur les ressources vidéos

Quelques points pour compléter mon précédent billet Des vidéos pour réinventer l’éducation.

Pourquoi ce billet ? Parce que nos élèves nous interpellent cette semaine sur le sujet. Nous avions il y a deux ans fait une saisie vidéo d’un certain nombre de cours, mais semble-t-il rien n’a bougé. Un article dans le journal des élèves regrette le manque de vidéo en France en général et chez nous en particulier. Un tweet nous interpelle plus gentiment en mettant la vidéo de Salman Khan en lien. En tout cas, une fois de plus, ce sont nos élèves qui nous font bouger !

Sur la durée. On hésite sur beaucoup de vidéos à les démarrer parce que trop longues, et qu’il est en général impossible de faire un survol rapide pour voir ce qu’on pourrait y trouver. Deux solutions donc : soit des vidéos courtes sur un sujet précis avec un maximum d’impact.

Sur la qualité. J’ai entendu des hésitations à mettre des vidéos en ligne par peur de la qualité. C’est effectivement une contrainte forte pour des enregistrements de conférences que l’on veut diffuser. Il est clair qu’une vidéo comme celles de La minute du chercheur nécessitent un travail important. Par contre, pour un cours le besoin de qualité n’est pas forcément le plus important. Ce que demande l’élève qui veut réviser son cours, c’est un accès rapide (et un bon son).

Par ailleurs, autant Commoncraft que KhanAcademy montrent que l’on peut faire une prise simple, pour autant que l’on privilégie schémas et dynamique. Ces derniers mettent en ligne leurs conseils pour faire ce genre de vidéo. (et nous invitent à traduire leurs vidéos en ligne pour ceux que cela tente, ce sont des ressources éducatives libres et donc réutilisables !).

Sur la réutilisation. Une chose intéressante du discours « Des vidéos pour réinventer l’éducation », c’est qu’il montre que l’on peut retravailler, traduire, réexploiter les vidéos. C’est pourtant un aspect qui m’inquiète jusqu’ici. Une vidéo même publiée sous forme de Ressource Éducative Libre me semblait plus difficile à adapter qu’un texte. Tant mieux si je me trompe.

Sur la culture française. Notre culture reste très écrite, surtout dans les écoles et autres universités. Nous ne maitrisons que trop peu la vidéo, qui parfois nous inquiète (j’avoue que j’ai encore plus de mal à me réécouter qu’à me relire). Nous n’avons pas non plus de schéma pédagogique claire pour une utilisation efficace de cet outil.

Sur la pédagogie. Un couplage livre de cours, banque d’exercices partagée et rappels de notions sous forme de vidéo permettrait de mettre en place des pédagogies plus personnalisées. Et de consacrer le temps de classe à l’appropriation des connaissances, pas à leur présentation, ce qui est à la fois plus noble, plus difficile et sans doute plus troublant pour les enseignants. On passe du tribun à l’accompagnateur. Pour le pratiquer en projet, cela me semble pourtant plus valorisant et plus épanouissant.

Sur les vidéos francophones disponibles. J’ai téléchargé sur mon téléphone Open Vidéo Education, qui est une forme d’UNT vidéo des «cours des meilleurs établissements ». Il reste à peupler. Et à être outillé pour permettre d’y trouver un sujet ou une vidéo précise de manière efficace. Pour l’instant c’est une vitrine, pas un outil de travail. Le modèle Open courseware du MIT n’a pas encore inondé l’hexagone. Bientôt peut-être ?

Crédit photo : Par bre pettishandmade video group – licence CC By-NC

Des vidéos pour réinventer l’éducation

Joli titre. C’est celui du show de Salman Khan à TED. Ce monsieur a produit plus de 2000 vidéos déposées sur Youtube, qui sont des petits cours d’une dizaine de minutes sur une notion mathématique de l’addition jusqu’aux notions les plus avancées. Il propose également un site http://www.khanacademy.org/ permettant de faire des exercices pour apprendre à son rythme. Le tout en licence CC BY-NC-SA.

Dans son discours, il vante les qualités de la vidéo qui permet à chacun d’avancer à son rythme, de réécouter, de retourner vers une notion oubliée …., il montre que ces supports permettent à chacun de découvrir le contenu du cours et que cela peut se faire sans stress en dehors de l’enceinte de la classe. La classe peut devenir ainsi un lieu d’échange (avec l’enseignant et entre pairs ), de travail, de réflexion, d’approfondissement. Dit autrement, on inverse le travail de présentation qui se fait classiquement en classe, et le travail d’exercice qui est généralement pratiqué à la maison. Sa formule, que je trouve excellente, est alors que « la technologie est utilisée pour humaniser la classe » ! Un bien bel objectif.

La suite de son discours est ensuite orientée sur la possibilité de s’exercer aussi longtemps que nécessaire pour que chacun puisse acquérir les notions. Il montre que le rythme dans une classe n’est pas uniforme, et qu’un élève lent au début peut devenir le plus rapide en fin d’apprentissage. Inutile dans un schéma ou chacun peut apprendre à son rythme de synchroniser tous les apprenants. Par contre, on peut tirer parti de l ’échange entre pairs pour varier les approches.

Il conclut que son modèle est une ébauche de la classe globale. Mettre à disposition de tous des ressources, de manière abondante, et encourager les échanges localement, physiquement (et entre internautes), me paraît effectivement une bonne piste.

L’autre ressource enthousiasmante de la semaine, c’est évidemment le discours de Michel Serres sur "éduquer au XXIème siècle" qui nous montre la mutation des nouvelles générations qui n’est pas due qu’à Internet, mais également à beaucoup d’autres facteurs. Il me semble nénamoins que ces deux exemples vont dans le même sens.

Notons finalement qu’un nouvel espace de discussion et de réflexion sur l’éducation vient d’être ouvert par TED : TED-ED Brain Trust, et qui semble être pris d’assaut. De bonne augure ? En tout cas anglophone (on m’y a suggéré d’utiliser Google Translate si j’avais du mal à m’exprimer)

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