La révolution du Mooc a commencée

Du moins en Amérique ….

L’acronyme MOOC (Massive Open Online Course, qui pourrait se traduire par Cours massivement ouvert en ligne, mais l’acronyme serait moins joli) date de 2008. Il a été expérimenté sous des formes très ouvertes, au départ pour populariser la théorie du connectivisme par George Siemens, Stephen Downes et Davec Cormier. Un MOOC, c’est un cours en ligne, ouvert au sens où les contenus sont ouverts, mais aussi au sens où il est ouvert à tous. Cette seconde acception d’ouvert est importante car pour fonctionner, un MOOC doit être massivement suivi, à savoir qu’il fonctionne d’autant mieux que le nombre d’inscrits est important. En effet, un élément central est l’interaction entre pairs. On est dans une production collaborative.

D’autres formes expérimentales ont été proposées. Citons par exemple la P2PU qui propose des cours variés, définis par la communauté, ou la célèbre Khan Academy qui offre une méthode vraiment nouvelle d’apprendre les mathématiques. Derrière ces formes pédagogiques, on trouve des penseurs, comme Sugata Mitra, qui témoigne comment les enfants peuvent apprendre par eux-mêmes ou Ken Robinson qui dénonce la mise à mort de la créativité par l’école traditionnelle. Derrière ces expérimentations, il y a une volonté de rupture.

Mais depuis, les grandes universités américaines expérimentent, se positionnent, affichent leurs ambitions. Depuis longtemps le MIT propose son initiative Open Course Ware de mise en ligne de contenus ouverts. Mais ce printemps, il s’associe à Harvard pour franchir une étape : proposer des cours complets en ligne, ouverts à tous et en complément des cours du campus. Cela s’appelle edX, et s’accompagne d’une campagne de communication dans laquelle on parle de révolution. Révolution peut être, mais certains (Techcrunch) considèrent que celle-ci n’est pas encore complète. En effet, le mode pédagogique reste transmissif (vidéos d’amphi en ligne), avec des exercices standardisés (automatisables), et ces vénérables institutions ne semblent pas (encore) prêtes à délivrer des diplômes aux personnes qui auront suivi ce cours.

De son coté Stanford a fait un carton avec un cours d’introduction à l’intelligence artificielle, le CS221, avec plus de 20 000 inscrits. Et de ce coté de l’Amérique, on peut y gagner des crédits. Seule limitation, on reste encore dans des formes de travail dont la correction est automatisable. À la mode californienne, cela à conduit à deux créations de startups complémentaires :

  • Coursera, qui peut se définir comme un portail permettant à plusieurs universités de proposer des cours ouverts ;
  • Udacity, qui propose des cours originaux et se permet ainsi d’explorer d’autres manières d’aborder l’informatique et le futur de l’université. Les enseignants de CS221 ne se voient pas retourner en amphi.

Bref, cela bouge. Et de nombreuses idées vont fleurir et ouvrir de nouvelles voies. L’excellent billet « Massive Open Online Professor » en cite deux (dont une dans les commentaires) :

Face à cette révolution, voici quelques questions dont nous ne pourrons pas faire l’économie de ce coté de l’Atlantique :

  • Est ce que demain nos étudiants suivront des cours offerts outre-atlantique ? Est ce un risque, une opportunité ? Les universités françaises seront-elles productrices de cours, consommatrices de contenus, ou simplement dépassées ?
  • Dans la perspective d’intégrer les MOOCs dans l’enseignement supérieur, comment articuler les curriculums de formations avec ces MOOCs ? Est ce simplement ouvrir des cours à l’extérieur comme le fait le MIT ? Est ce de proposer les cours du MIT et faire l’évaluation en interne dans les universités ? Est ce de mutualiser des cours et les proposer sur plusieurs campus ? Est ce que l’on s’appuie sur les ressources en ligne pour développer l’esprit critique de nos étudiants ?
    Répondre à cela va nous obliger à revisiter nos objectifs de formation, et donc nos évaluations, et par rebond nos méthodes pédagogiques (avec au centre motivaion et alignement pédagogique). (Je note ici pour souvenir une petite liste de 10 capacités professionnelles pour 2020, relayée par Stephen Downes)
  • Quelles formes peuvent prendre des MOOCs francophone ? (à la française diraient certains, ou pour la communauté francophone ce qui est plus large) Notre culture n’est pas celle du monde anglo-saxon. Nos modèles d’université sont (heureusement) différents et moins sensibles aux notions de marché. Par contre, faut-il simplement mettre en ligne des cours classiques avec des captures vidéos (dans nos universités numériques) ou y-a-t-il une place pour des formules plus dynamiques (en phase avec le connectivisme, la créativité …) ?
  • Liée à cette question se pose celle des moyens. Il est amusant de se dire que la mise en line de cours standards semblent coûter plus cher (nécessité notamment de captation correcte, et aux plate-formes d’évaluation) que les formules plus ouvertes et participatives (Khan a juste eu besoin d’une tablette pour démarrer, les cours de Siemens et al. utilisent des outils standards du Web). Que faut-il automatiser ? Pour quelle dynamiques de cours ?
  • Pour quels publics ? Étudiants ? Enseignants ? Plus large (apprendre tout au long de la vie) ?
  • Au fait quelles sont les postures possibles des enseignants dans ces MOOCs ?
  • Pour quels objectifs ? Formation à la « science » informatique ? Formation au connectivisme ? Autres ?
  • Quelle stratégie ? Il y a une courbe d’apprentissage : il faut d’abord maîtriser les mécanismes de participation avant de pouvoir proposer un cours sur un sujet quelconque.
  • Quels points d’entrée ? Siemens, Downes, Cormier se sont fait connaître en tant que chercheurs et ont créé des cours pour diffuser et valider leurs approches. Le MIT, Harvard, Stanford jouent sur leur réputation planétaire (ce sont les 3 premiers du classement de Shangai). P2PU, Wikiversity sont pour leur part des acteurs du libre.

Suivant nos métiers, nos employeurs, nos expériences, nos valeurs, nous n’aurons pas tous les mêmes réponses. Mais pour comprendre l’esprit des MOOCs, il nous faudra apprendre à partager, à collaborer, et pour coller à l’esprit d’Internet chercher le consensus. Et créer un écosystème …

Crédit photo : MOOC Art #ds106 #manchester par heloukee (CC-by-nc-sa)

le BYOL – Bring Your Own Learning, conséquence du BYOD #AVAN

L’idée du BYOD ou Bring Your Own Device, permettant à chacun d’apporter ses propres équipements au travail, ou à l’école, est une grande tendance du moment. Il en a déjà été pas mal question dans ce blog, avec une traduction en français, AVAN pour Apportez Vos appareils Numériques.

Logiquement, cela donne de l’ autonomie aux personnes, puisque celles-ci deviennent maître de leur équipement personnel, mais aussi de travail et d’apprentissage (ou du moins d’une partie). De plus, cela met en avant l’apprentissage informel, notion qui reconnaît que l’apprentissage se fait également (surtout ? ) en dehors du temps du cours.

Autonomie, personnalisation, mais aussi développement de stratégies d’apprentissage personnelles. Il devient normal que chacun puisse redevenir son propre maître de ses apprentissages.

Jane Hart publie ainsi un article de blog (en anglais) « est-il temps pour une stratégie BYOL dans votre organisation ? », montrant que l’entreprise se doit d’accompagner ce mouvement pour compléter son offre de formation, mais ne peut le contrôler. Elle souligne la prise de distance des personnes par rapport à la formation professionnelle (et en ligne) en montrant que pour les employés celle-ci n’est plus la source unique d’évolution des compétences.

Cette approche est cohérente avec l’idée de Harold Jarche (qui travaille avec Jane Hart) que nous sommes à l’âge de l’apprentissage. L’apprendre à apprendre pourrait devenir réalité, mais ces deux articles constatent bien que les mentalités doivent encore évoluer, et que le plus vite sera le mieux.

Dans la même veine, Harold Jarche nous parle de PKM (Personal Knowledge Management ou gestion de connaissances personnalisées) en tant qu’environnement pour son développement personnel. Dans le domaine de l’apprentissage, on parle de PLE (Personal Learning Environment ou environnement d’apprentissage personnel), mais de fait on recouvre le même phénomène dans les deux cas. Notons que l’apprentissage est ici social et actif dans le sens où il se fait au travers de productions.

La formation tout au long de la vie peut trouver un environnement d’appui appréciable avec ces approches issues du numérique.

Quel impact sur l’enseignement supérieur formation initiale ? Difficile à dire tant pour l’instant ces dimensions de prise en main des apprentissages reste en dehors du focus :

  • Parce que nous délivrons des diplômes qui sont une construction cohérente des apprentissages ;
  • Parce que la structure des formations est basée sur l’offre et non la demande ;
  • Parce que nous craignons que les étudiants puissent faire des choix incohérents ;
  • Parce que nombre des étudiants n’ont qu’une vision très incomplète de leur futur professionnel ;

et pourtant :

  • Qui connaît les métiers de demain ?
  • Développer motivation, autonomie, responsabilité de nos étudiants ne passe-t-il pas par la délégation de leur avenir ?
  • Comment répondre à des demandes émergentes qui ne sont pas issues de la recherche ?

Sans doute la réponse sera dans une ouverture progressive, réconciliant une cohérence de l’offre (les diplômes) et de la demande (prise en compte de la construction de personnalités). On est bien dans la question de la formation d’adultes autonomes, capables de porter ses propres choix.

Au fait, depuis ce matin je me demande comment traduire BYOL (Bring Your Own Learning) en français. AVA pour Apportez Vos Apprentissages me paraît trop court :

  • CAVA pour Choisissez et Apportez Vos Apprentissages ?
  • SAVA pour Soyez Acteurs de Vos Apprentissages ?

Crédit photo : Relaxed Study, Learning Grid, University of Warwick par jisc_infonet licence CC-by-nc-nd

Fac en poche – État des lieux du mobile-learning à l’université

C’était le thème des dernières journées numériques de l’université de Paris-Descartes. Qu’en retenir ? N’ayant pu assister qu’à la première journée, le point de vue sera sans doute partiel, mais j’espère éclairant.

Il faut d’abord rappeler que concernant les mobiles, c’est quelque part la première fois qu’une technologie numérique s’invite chez quasiment tous les étudiants avant que l’institution ne s’en préoccupe. Cet objet est d’abord privé pour communiquer dans ses réseaux, avant que d’être un vecteur d’apprentissage. Et de fait, ce sont les services informatiques et TICE qui semblent s’en préoccuper avant les enseignants. Avec une contrainte nouvelle pour eux : accepter un parc (pré)existant.

Et pourtant, François Guité nous a montré que ces équipements s’intégraient dans la révolution numérique qui change notre rapport au savoir, et qui permet d’encourager la diversité des approches au travers de modes pédagogiques différents. De plus, le mobile encourage les apprentissages informels.

Quelles sont les éléments apportés dans ces journées ?

  • La proposition de services étendant les services administratifs et d’accueil dans les universités : les bons plans, les menus des restaurants universitaires, les salles de cours … bref la mise à disposition dans les mobiles du système d’information administratif de l’université. Utile, créant du lien, mais qui ne peut être considéré comme un élément d’apprentissage ;
  • la mise en ligne de podcasts, i.e étendre l’accès aux supports de cours a mobilisé beaucoup de services universitaires tant cette option paraissait intéressante. La présentation « Vers un Moodle Mobile » en était un exemple. Nicolas Roland semble pourtant moins positif sur leur accès sur des équipements « vraiment » mobiles, constatant que leur accès reste majoritairement sur ordinateur (certes portables).

Dans ces 2 premiers cas, on est dans la remise en forme de données. Passons à une dimension plus usages pédagogiques :

  • l’iPad semble être l’archétype du terminal pour enseignant. Permettant d’assurer une projection confortable, un meilleur contact avec les étudiants et proposant tous les services nécessaires pour gérer son cours, ses ressources, ses copies … C’est ce que Jean Debaecker a cherché à nous convaincre. Ce qui correspond clairement aux retours de plusieurs collègues qui ont fait le pas ;
  • Le Cape des Mines de Nantes nous a présenté notamment « Parlez vous chinois ? » qui est une app sympathique pour découvrir le chinois. Initialement développée comme support de cours, elle est maintenant disponible sur l’App store d’Apple. À la fois prouesse technique et réussite pédagogique, elle pose la question du positionnement des universités vis à vis du marché, puisque ici nos collègues se placent dans les marché des applis pour tous. Notons également qu’il n’y a pas eu d’étude pour savoir si cette app permettait d’apprendre ou de compléter un apprentissage ;
  • Pour ma part, j’ai produit un témoignage portant sur l’usage de PC portables dans la salle de classe pour proposer des séquences d’apprentissage différentes.  Je me dois d’avouer que le mobile n’est chez moi qu’un objet d’étude, pas un équipement intégré dans ma pédagogie, sauf à considérer un PC portable comme mobile ;
  • Il semble que le lendemain, il y ait eu des sessions avec des exemples d’usages autour de serious games.

Bref, l’université se rend bien compte qu’il y a un enjeu à proposer une offre sur ces équipements, mais n’a pas les éléments de compréhension pour identifier les besoins, ni surtout les opportunités. Lors de la table ronde du premier soir, à la question des usages possibles des mobiles, certains semblaient avoir leur convictions sur les possibles, les souhaitables, la posture de François Guité était inverse affirmant que « la réponse reste à trouver : on n’a pas assez osé – on n’a pas assez expérimenté »

Un autre fait intéressant est que l’on ne cherche pas trop à définir le terme de mobile. Qu’est-ce que le mobile ? Si on fait référence au mobile-learning tel qu’il est envisagé dans la littérature, on se limite à quelque chose qui tient dans sa poche (le titre de ces journées était « fac en poche »). La première question est alors de savoir quelle information peut être mise à disposition pour être exploitable. Michel Diaz, lors de son intervention en table ronde ce mercredi soir, comprenait des vidéos et des évaluations. La seconde question peut être de savoir quelles sont les choses que l’on peut faire avec un tel outil que l’on ne peut pas faire ou difficilement avec un autre outil. Cela couvre la prise de son, de vidéos, de points géolocalisés en visite de sites, pour alimenter un portfolio, pour résoudre une énigme pendant une chasse au trésor ou autre jeu.

Le fait que l’on peut avoir une réponse à une question que l’on se pose au moment où on se la pose est un autre aspect intéressant des outils mobiles. Mais est-ce encore le problème de l’université, d’aborder cette demande informelle ? Cette dimension reste-t-elle fortuite ou se raccroche-t-elle à un processus d’apprentissage qui rentre dans le cadre de l’institution ? On touche là à des questions de la place que doit garder ou prendre l’institution dans la construction des personnes. Pas si facile. De toute façon, la personne n’ira sur les ressources de l’université que si elles sont plus faciles à accéder et plus pertinentes que d’autres sources. Rien ne peut l’obliger.

On touche là de nouveau aux problèmes généraux de la place des TICE et des connaissances disponibles sur Internet (en effet les mobiles sont beaucoup moins « web » que nos navigateurs). On aborde la problématique du mobile, sans avoir revu notre façon d’enseigner. Le mobile ne fait qu’apporter un nouveau coup de boutoir dans l’édifice. Tant que cette dimension n’est pas assumée, elle risque bien de perturber les autres questions.

Faut-il intégrer ou pas la tablette dans ces réflexions, et pourquoi pas le PC portable, avec ou sans écran tactile ? En fait peu importe. Première remarque, nombre d’aspects du mobile s’appliquent à la tablette : accès immédiat à l’information, disponibilité de nouveaux périphériques (photo, son, vidéo, GPS et donc réalité augmentée, nécessité de remise en forme de contenu …). Deuxième remarque, des fonctionnalités s’ajoutent : possibilité de dessiner, d’annoter, de parcourir des listes de contenus avec des lecteurs adaptés (Pulse ou même un google reader). Ce qu’il y a alors d’intéressant, c’est de positionner le mobile comme un élément qui s’intègre dans un système, comme l’ont parfaitement compris les concepteurs d’Evernote, une application de type cahier de texte multiplate-forme, qui tire parti des avantages de chacune d’elles et propose une vue agrégée de vos données. Tous ces équipements se complètent pour former notre espace d’apprentissage. Dernier point, nous sommes dans une phase d’évolution des terminaux. Le PC/clavier/souris tel que nous l’avons ces 25 dernières années semble appeler à voir ses usages se réduire. Pour moi, il reste essentiellement l’équipement pour coder les autres, et pour des usages de conception de même type. Et la variété permettant de s’adapter aux différentes habitudes, de permettre de  personnaliser les usages, il est essentiel de permettre à chaque usager (étudiants, enseignants, chercheurs) de choisir l’équipement qui lui convient.

Considérons pour finir, les différents usages à explorer dans une perspective mobile. Si la mise à disposition d’informations semble assez naturelle pour les universités, malgré les limites qui peuvent surgir, il y a deux pistes d’usages différents qui restent à tester et à valider.

Une première piste se positionne sur les opportunités que l’on peut mettre en place dans la classe pour modifier les pratiques d’apprentissage. Recherche d’information, interaction avec l’enseignant par des questions, des réponses à des sondages, à des problèmes, annotation de diapos, prise de notes, de son, de photo de tableau … les solutions sont nombreuses pour changer le rythme d’un cours et réveiller l’auditoire, surtout si on y intègre une dimension collaborative.

Une seconde piste est d’explorer des séquences en situation. Ce peut-être de :

  • proposer des contenus utilisables dans les temps libres (cas des vendeurs en entreprise dans le projet P-Learnet) ;
  • permettre des visites sur site pour certaines disciplines ;
  • prendre de l’information pendant l’action, ou juste après l’action pour l’exploiter après, seul ou en groupe ;
  • permettre des échanges avec autrui en situation ;
  • accéder à l’information au moment où l’on en a besoin, sous des formes adaptées (visualisations diverses comme la réalité augmentée par exemple) …

Dans tous les cas, il s’agit de lier l’expérience vécue et le savoir, en articulant de manière différente l’action. Beaucoup d’opportunités à permettre, à parcourir, à découvrir. On en est qu’aux balbutiements. Il y a un vaste travail de sensibilisation, de découverte, d’évaluation, de diffusion et de formation à faire.

Est-ce que cela se fera dans le cadre de l’université ? Ou est-on dans un cadre d’apprentissage tout au long de la vie ? Sans doute les deux. Beaucoup de réflexions se font autour de l’évolution de l’apprentissage, de la maîtrise des savoirs, de la construction de connaissance dans le travail, de l’avenir de l’éducation. Un chose est sure, cela va bouger et le mobile n’est qu’une petite variable de l’équation, et l’université devra s’ouvrir pour ne pas risquer de disparaître, et sans doute apprendre à collaborer.

Crédit photo : Mobile Learning Revolution par César Poyatos licence CC-by-nc-sa

Idefi, 37 projets retenus…

Il y a finalement 37 projets « emblématiques et innovants en matière d’enseignement supérieur à la hauteur des standards internationaux  ». C’est plus que ce qui était prévu, mais cela correspond exactement à l’enveloppe prévue (149 millions € pour 150 prévus). Le jury constitué était international, principalement constitué de professeurs et couvrait bien les différents aspects de tels projets. Je n’ai pas vu la liste complète publiée, mais on y retrouvait bien des personnalités reconnues dans le domaine pédagogique.

Si l’on parcourt les premiers descriptifs parus au delà des simples listes de titres, les dispositifs sont ciblés et quelques types de projets émergents :

  • le soutien à la réussite des étudiants, et pour la diversité ;

  • la simulation de santé ;

  • les aspects innovation/créativité/design ;

  • de nouvelles formations à l’ingénierie.

Les interactions avec les entreprises semblent être un facteur positif.

Au niveau des PRES gagnants, saluons l’Unam (Nantes-Angers-Le Mans), Grenoble et Toulouse qui ont chacun réussi la passe de 3. Paris-Sud, Lille, la Lorraine font partie des grands perdants puisqu’ils n’ont vu aucun projet retenu.

La Bretagne fait un score très moyen, avec un projet retenu (2LPG : Pré professionnalisation des Licences Générales) et une participation à REMIS. Au niveau de Brest, 2 projets étaient dans la course (i.e. présélectionnés):

  • Iroise qui visait principalement à fédérer les activités pédagogiques de l’enseignement supérieur brestois pour constituer une plate forme capable de porter des dispositifs d’envergure liés à l’apprentissage professionnel, et de conduire le changement. 3 dispositifs pilotes qui chacun auraient pu faire l’objet d’un Idefi étaient dans le dossier. Le message a peut-être été trop complexe ;
  • Clefs qui portait sur l’accompagnement d’élèves de bac -3 à bac+8 dans une formation d’ingénierie. L’élément différenciant se situait dans une approche d’alternance généralisée, entre lycée, enseignement supérieur et entreprise. Là aussi, le dispositif était accompagné d’une conduite du changement ambitieuse pour les différents partenaires.

On attend avec impatience les retours écrits des jurys pour identifier ce qui a pu faire douter le jury, et ce qu’il a apprécié.

Vu la nature des 37 dispositifs retenus, on peut se demander quel impact en termes de changement sur les universités. Est-ce que cela peut avoir un impact sur l’implication des enseignants/chercheurs (autre que ceux directement impliqués) pour innover dans leurs enseignements ? En tout cas, à la lecture des résumés de ces projets on ne voir pas apparaître clairement l’impact de ce coté. Il serait intéressant de publier les dossiers et de partager les analyses des reçus.

Quel est ainsi le levier de ces projets sur l’enseignement supérieur ? Sera-t-il notable ou est ce du saupoudrage comme certains le pensent ? Ou est-ce une manière de mettre les pratiques d’enseignement dans une démarche d’appels à projets généralisée comme c’est déjà le cas pour les pratiques de recherche ?

L’avenir nous le dira.

 

L’école, le numérique et la société qui vient

 

Ce titre est excellent, car il résume toute la problématique : quelle école pour former les citoyens de la société en formation, et la place du numérique au centre de ce questionnement. Mais il n’est pas de moi, c’est le titre d’un livre L’école, le numérique et la société qui vient que je recommande à tous ceux intéressés par le sujet. D’un niveau soutenu, mais sans verbiage inutile, je l’ai dévoré dans un train (Paris – Brest 4h30).

Bernard Stiegler, Philippe Meirieu, Denis Kambouchner échangent à un niveau philosophique sur la nécessité de réformer l’école, vers plus d’exigence sur la nature des apprentissages (en développant une approche critique et créative des apprentissages) et sur la formation des enseignants. Ils convergent également sur la nécessité d’aborder le numérique de manière totalement différente, opposée, à l’approche des marchés, pour passer d’une addiction de contenu à un appropriation d’outils de réelle réflexion organisée, structurée par le développement de l’individu. Ils détaillent également l’ambivalence de l’expression de « société de la connaissance » qui reflète l’ambivalence des outils numériques, pouvant être source d’autonomie d’indépendance s’il est intégré culturellement ou source de dépendance, d’addiction aux mains des marchés des mass medias.

On notera l’analyse de Philippe Meirieu sur le dévoiement de l’approche par compétences dans un système qui se déresponsabilise en proposant des indicateurs faussement neutres, et qui ramène les compétences à des savoirs procéduraux et morcelés, accompagné par un encadrement intermédiaire qui ne comprend pas les enjeux du numérique et qui défend un discours infantilisant sur le numérique (tout ira mieux avec l’ordinateur). Le passage sur l’importance de la maitrise collective des indicateurs est également très clair. (p70 et précédentes).

J’ai été également intéressé par les définitions de l’adaptation qui s’avère une négation de la dimension humaine.

On appréciera également, pour ceux qui ne connaissent pas les explications lumineuses de Bernard Stiegler sur la société de la connaissance.

J’ai souligné un paquet de phrases lumineuses, mais que je ne reproduirai par hors contexte. Retenons simplement la définition de l’école par les animateurs (Julien Gautier et Guillaume Vergne) du débat :

L’école peut et doit être envisagée dialectiquement comme le lieu de l’émancipation et de la formation individuelle à travers la transmission rigoureuse et l’étude exigeant des domaines fondamentaux de la connaissance et de la culture au sens large.

Pour le plaisir de la formule, Philippe Meirieu nous parle de la pédagogie de garçon de café, (p.170)  pour décrire la salle de classe où l’enseignant est vampirisé par l’injonction de chaque élève cherchant à obtenir une information factuelle immédiate, ou simplement un échange pulsionnel. Le problème de recentrage, de concentration n’est pas que numérique.

Je retiendrai principalement :

  • que l’utilisation des technologies numériques doit être revisitée pour pouvoir être un support à la pensée, à la réflexion, à la construction de symbolique. La nécessaire prise de recul impose donc de se dégager de l’exigence d’immédiateté, promue par notre société de consommation de savoirs ;
  •  que c’est bien le rôle de l’université d’être le creuset d’une rénovation de la pensée critique embrassant la dimension numérique.

A nous donc de relever le défi et de faire du numérique un support au développement d’un savoir rationnel.  Première étape, lire, comprendre, s’approprier ce petit fascicule.

Pour prolonger en ligne :

“Immédiateté et éducation”

AVAN : une politique souhaitable pour les écoles d’ingénieurs et les universités

AVAN, c’est un slogan « Apportez Vos Appareils Numériques ! », qui entraîne des modifications des rôles (enseignant, élève,…) et de la relation au savoir. Deux lectures récentes me confortent dans l’importance d’adopter ce point de vue.

What I’ve Learned from Teaching with iPads analyse les plus et les moins de l’iPad, en les comparant avec les PC portables et autre smartphones, avec une approche assez technologique. Ce qu’on peut y lire en creux avec un point de vue « AVAN », c’est que :

  1. il n’y a pas d’équipement idéal, chacun ayant ses qualités et ses défauts ;

  2. et chaque étudiant a ses préférences en fonction de ses habitudes, de ses modes de travail.

On sent notre rédacteur un peu gêné par le fait qu’il ait imposé un équipement donné. Sa solution serait d’imposer le même outil à tout son département, élèves et enseignants. Ce qui paraît illusoire aujourd’hui sachant la diversité des besoins, des solutions, et l’évolution des outils. Par ailleurs, nombre de logiciels fonctionnent sur des plate-formes variées, et il est possible de retrouver à peu près les mêmes fonctionnalités, avec plus ou moins d’aisance. Si on inverse la logique, en annonçant ses besoins, le type de services/logiciels nécessaire (en restant raisonnable), il paraît possible d’offrir des équipements en salle permettant à tout à chacun de travailler, tout en acceptant que les élèves puissent utiliser leurs propres équipements. On y note néanmoins tout un paquet de bonnes raisons d’apporter des équipements en classe : prise de notes, lecture et annotation de cours, consultation de vidéos, recherche d’informations, échange d’informations, réponse à des exercices.

Si à un niveau donné, tel équipement (la tablette en 2011, le PC portable en 2006 …) est le plus pertinent, sa généralisation devrait aller de soi. Il me semble pour l’instant qu’en école d’ingénieurs la tablette ne soit pas l’équipement idéal. Si il est plus pratique en cours, il ne convient pas à tout ce qui est production de documents structurés, et à des développements liés aux domaines scientifiques abordés, qui se font de manière plus naturelle avec des PC portables.

 

Pascal Jughans nous pose la question de la pertinence de la présence d’équipements dans la salle de classe Ecole : faut-il interdire les ordinateurs en salle de cours ? En posant la question du coté déstabilisant de la prise d’informations en dehors de la classe, il adresse en fait la posture de l’enseignant, et son rapport au savoir. Il me semble que cela impose à l’enseignant d’avoir une bonne culture sur de ce qu’il enseigne (ce qui est un minimum) et de savoir dire qu’il ne connaît pas tel ou tel élément, mais qu’il est prêt à en discuter (ce qui semble obliger à passer à des niveaux de compréhension plus approfondis, ce qui est souhaitable et ce pour tous les étudiants).

Le deuxième questionnement de Pascal Jughens concerne l’argument de l’enseignant qui propose un point de vue plus approfondi que ce qui peut se trouver par ailleurs, et qu’il ne veut pas perdre du temps à se battre contre des idées préformatées. Et pourtant, les informations préformatées peuvent correspondre à des préconceptions des étudiants. Il est donc nécessaire d’un point de vue didactique de les déconstruire pour permettre un point de vue plus approfondi.

De plus, je me pose toujours la question de la pertinence d’enseigner un point de vue de spécialiste en cours. C’est sans doute recevable dans un cours de niveau Master recherche, mais pas dans des cours plus généraux. Et même, dans un cours de Master recherche, le questionnement, l’analyse, la réflexion sur l’existant devraient faire partie intégrante du cours. Cela rend la posture de l’enseignant qui ne veut pas être perturbé par des questions de compréhension tout aussi suspect. Bref, ce deuxième fonctionnement me paraît souvent une mauvaise défense plutôt qu’un point de vue volontariste.

Dans tous les cas, il reste possible de demander de mettre de coté les équipements de coté pour une raison donnée, tout comme on demandait dans le temps d’arrêter la prise de notes pour permettre de prendre le temps de réfléchir à un concept difficile.

En résumé, le premier article met en évidence l’important de permettre aux étudiants de choisir les outils qui lui conviennent pour travailler. Et le deuxième nous parle de l’évolution nécessaire des enseignants pour leur permettre de mieux comprendre les questionnements qui peuvent émerger de leurs élèves.

Crédit photos : How many non-Mac are there (collection from Internet) par Quang Minh (YILKA) licence by-nc

 

Tendances et prédictions pour 2012 et après

Je découvre un excellent site californien appelé Mindshift / Comment allons-nous apprendre. Remplis d’excellents articles, on y retrouve actuellement une vidéo de Sir Ken Robinson qui continue à convaincre ses auditoires qu’il est plus que temps de changer l’éducation et de mettre la créativité au centre de l’éducation. Quand je pense que j’ai encore entendu cette semaine (d’un prof de cours de soutient) que le secret pour réussir au lycée, c’est de produire ce qu’attend l’enseignant (et indirectement l’institution).

Dans cet excellent site, on trouve notamment une série de 3 articles « les trois tendances qui définissent le futur :

La ligne adoptée dans ces articles est que les technologies modifient profondément l’apprentissage en rendant possible des formes d’apprentissage plus riches, qui modifient le temps, l’espace, les lieux d’apprentissage et les objectifs d’apprentissage. Les conclusions portent sur le changement des métiers d’enseignants et de d’élèves. Les idées forces sont clairement exprimées, même si on peut les trouver par ailleurs.

Plus technologique, on trouve également un article dynamique, sur 21 choses qui seront obsolètes en 2020. Non pas pour les regretter, mais bien pour montrer que ces choses seront remplacées par des éléments plus pertinents : le bureau, l’ordinateur et le laboratoire de langues seront remplacées par des espaces dynamiques et des équipements mobiles, personnels. L’idée de fond est de nous convaincre qu’il est possible d’apporter des réponses personnalisées à chaque élève, et ce avec les outils numériques modernes.

À coté de cela, les 12 prédictions sur l’avenir de l’éducation numérique en 2012 d’Actualitice me paraissent bien pauvres. D’une part parce qu’en se positionnant sur un an, on peut parier que l’éducation ne sera pas fondamentalement changée sur une si courte période. D’autre part, parce que ces « prédictions » sont d’abord technologiques, ou économiques (ce qui se recoupe de plus en plus) avant que d’être pédagogiques ou organisationnelles. Et finalement, parce que le terme « prédiction » conduit à bien des erreurs d’interprétation.

Et semble-t-il pleins d’autres choses à lire (par exemple coté mobile learning). A se demander ce qu’on peut encore écrire après cela :)

Et pourtant ces 12 technologies sont effectivement porteuses de changement :

  • le cloud (1), la mobilité (4), le virtuel et son pendant la réalité augmentée (6), la vidéo (7), la 3D et l’hologramme (11), la robotique (12) pour les aspects techniques et de présentation de l’information ;
  • les réseaux sociaux (5), la « gamification » (3), le développement de l’école en ligne (10) pour les dynamiques d’apprentissage
  • la reconfiguration du marché de l’édition scolaire (2), à rapprocher de l’Open Data (9) (dont la traduction pour l’éducation est bien ressources éducatives libres ou OER, l’impact des start-up et des hackers (8) pour tout ce qui est positionnement des acteurs.

Ces 12 éléments sont bien présents dans le paysage, mais la question est bien comment ceux-ci pourront s’intégrer dans les pratiques, dans le système qui aujourd’hui ne se voit pas comme institution en changement, avec une vision partagée de son évolution, intégrant le numérique dans ses objectifs, ses moyens et dans l’accompagnement d’une évolution du métier de l’enseignant.

Il semble que l’injonction soit de développer l’innovation (et donc la créativité). Mettons donc au centre des objectifs de formation le développement de l’esprit critique au travers la maîtrise des médias numérique. Encourageons la collaboration entre pairs, l’accompagnement par les enseignants, la personnalisation des parcours.

Développons des outils permettant de dynamiser et d’accompagner les acteurs de la formation dans la révolution du numérique.

Et regardons comment développer un écosystème qui permette de développer une offre en ligne francophone, des technologies adaptés à des objectifs de formation ambitieux.

Mais là ce ne sont pas des prédictions, ni des tendances, simplement des vœux.

Ou des objectifs de travail.

 

Crédit photo : Tendances 2011 par La Fabrique de Blogs licence CC-by-nc-sa

Frémissements autour d’une Université plus numérique, sociale, collaborative

En cette fin d’année 2011, on notera plusieurs événements qui montrent bien que le clan des convaincus de l’intérêt d’intégrer les médias sociaux progresse. Revenons-y.

Premier événement de taille, la MINES (Mission …) a permis l’organisation d’un barcamp sur l’Internet participatif. Bien différent des traditionnelles conférences, ou autres universités Vivaldi ou quelques uns présentent leurs résultats au plus grand nombre, un barcamp oblige chaque participant à être actif. Celui-ci a permis de mélanger les manières d’être actifs. Quelques grands témoins sont venus présenter leurs points de vue (et semble-t-il avec des différences suffisantes pour chauffer la salle). Chacun a pu soit présenter une expérimentation, soit partager ses outils préférés, soit même interagir à distance pour quelques uns. Et échanger, échanger, échanger.

J’ai d’ailleurs particulièrement apprécié de pouvoir apporter mon grain de sel via twitter, d’avoir été invité quelques instants derrière ma webcam, et d’avoir pu suivre les avancées des travaux via les cartes conceptuelles, sondages et autres documents partagés.

Mais le plus intéressant de ce barcamp à la sauce universitaire réside sans doute dans ces projets qui ont été initiés et qui vont se poursuivre jusqu’au printemps. La liste semble complète : on y couvre la capitalisation des expériences, la formation des enseignants, la valorisation, le donner à voir, la collecte… L’objectif du barcamp est que les projets soient aboutis en mars. Comme les objectifs sont ambitieux, on peut sans doute considérer que mars sera un point d’étape, espérons des preuves de concepts.

Ainsi, le projet de Tour de l’innovation universitaire, qui semble fusionner avec l’idée de roulotte 2.0 sera sans doute juste initié à cette date. Aller recueillir sur place les innovations des enseignants, recueillir leurs témoignages, et échanger sur d’autres pratiques … voilà un beau projet qui nécessitera sans doute des relais dans les universités, mais qui créerait du lien, et pourrait donner un éclairage intéressant sur les dessous de l’iceberg, sur ce qui se fait dans les facs en toute discrétion. On murmure dans les coulisses que ce Tour de l’innovation pourrait passer par le forum des usages en juillet 2012 à Brest, et donner lieu à des edu/explorcamps mémorables.

C’est un travail que nous avons entamé depuis longtemps à Télécom Bretagne. Nous avions par exemple organisé un explorcamp pédagogique il y a déjà 3 ans, où plusieurs collègues présentaient leurs expériences. Cela a permis de mieux valoriser des expériences connues, mais aussi de découvrir des choses tout à fait étonnantes, comme ce collègue qui faisait du tutorat à distance pour des élèves préparant leur rattrapage à l’étranger, en utilisant skype et en tournant sa webcam vers son tableau blanc. Du bricolage comme je les aime.

Autre frémissement dans les réseaux sociaux, cette expérimentation d’usage d’un réseau social pour favoriser l’apprentissage qui vise à créer du lien autour des ressources pédagogiques proposées par Unit. Il s’agit ici d’un axe visant à mixer de manière fine le lien social et les éléments d’apprentissage. Cela a l’immense mérite de tenter de donner une valeur ajoutée, j’ai envie de dire de la vie, aux portails de ressources qui sont aujourd’hui trop figés.

Mais le frémissement le plus important, même s’il n’est pas aujourd’hui visible est sans nul doute l’appel à projets Idefi. Il a obligé nombre d’institutions à se projeter à un horizon de 7 ans, d’identifier des changements systémiques, d’intégrer la pédagogie et l’innovation pédagogique dans leur politique. J’en ai vu passer plusieurs. Le numérique y apparaît, mais à sa place le plus souvent, c’est à dire comme un élément dans un changement plus global. On verra les résultats en mars.

Je parle de frémissements, car la route est encore longue :

  • Le barcamp n’a compté que 48 inscrits, avec des vieux habitués du circuit et beaucoup de conseillers ou ingénieurs pédagogiques. Il reste du chemin avant de voir de nombreux enseignants se déplacer. C’est un peu la même chose dans l’expérimentation d’usage, on y compte des participants avec double casquette ou déjà convaincus. D’où l’importance d’aller vers les enseignants qui n’ont pas encore fait le pas ;
  • L’appel à projets reste très léger par rapport aux besoins. Il met en avant la différence entre les besoins ressentis (on parle de 300 dossiers déposés) et les moyens proposés (20 projets seront retenus. Quelle sera la suite ? Comment cela-va-t-il se prolonger dans le temps ? Est-ce un investissement Était ce Si la démarche projets permet de se projeter dans l’avenir, la manière dont elle est gérée peut témoigner d’un projet politico-économique, déjà bien engagé au niveau de la recherche. Il semble indispensable que ce projet soit clairement affiché : on nous parle clairement de regroupements, d’autonomie. Quelles en sont les implications pour le paysage universitaire français ? Va-t-on se donner les moyens des enjeux ? Qui travaillera sur la motivation des enseignants, et comment en tirer parti ?

Crédit photo : Turquoise par Claudine Booth licence CC-by-nc-sa

Vers une université davantage numérique

Encore un excellent document de l’IPM (Institut Pédagogique universitaire et des Multimédias) de l’UCL de Louvain La Neuve appelé « Vers une UCL davantage numérique ». Ce rapport prospectif fait d’abord une analyse des forces et faiblesses de l’IPM, montrant que même dans des structures reconnues les difficultés d’accompagnement et de diffusion des innovations pédagogiques persistent et que l’environnement international bouge très vite dans ces domaines.

Logiquement, ils se proposent 5 pistes d’actions qui nécessitent l’appui par les TICE :

  1. favoriser la réussite des étudiants avec les TIC
  2. l’accompagnement des étudiants en grand nombre (massification)
  3. l’organisation de l’enseignement dans une université répartie sur plusieurs sites
  4. la formation continue
  5. une université ouverte sur le monde et présente dans le monde

On y fait le constat que l’hybridation des enseignements doit permettre un meilleur accompagnement en se focalisant sur les difficultés particulières et en favorisant les approches actives, un travail sur un temps qui ne se résume plus au présentiel, en rendant les ressources accessibles à distance (avec l’exemple classique de l’université de médecine de Grenoble).

On rappelle également les injonctions venues des publics, et de la société civile enjoignant à l’adoption du numérique, mais aussi de la nécessité de permettre l’appropriation de ces TIC, mais surtout d’expliciter les processus pour acquérir les compétences nécessaires à la société de l’information : esprit critique, travail d’équipe, communication, créativité … Cela passe par former les étudiants et les enseignants au numérique.

Un élément clé à mon avis est bien de « repenser le présentiel » tirant parti de l’hybridation des dispositifs au travers de l’abondance des ressources, de l’apprentissage par les pairs, plaçant l’enseignant en accompagnateur …

Nondit dans ce rapport, mais qui se dégage assez directement de cette lecture : la formation des enseignants elle-même doit se penser sur ces modèles repensant le présentiel. Le barcamp organisé à Sèvres en est un bon exemple. La carte conceptuelle initiée par  François Bocquet montre bien que l’on retombe sur les mêmes questions.

Parmi les forces relevées à l’IPM, il est souvent fait mention de Claroline. Si celle-ci démontre un savoir faire particulier, on peut se demander si ce lien outil ne s’explique pas par des développements existants et ne risque pas à terme par être un risque de « fossilisation de contenus » pour reprendre l’expression du rapport (appliqué plus tard dans un autre contexte).

On note également l’importance de l’intégration de la dimension numérique dans la gouvernance et d’articuler et coordonner les services pour permettre de développer un espace fertile d’innovation.

L’ouverture sur le monde s’appuie beaucoup sur les capacités de communication comme les dispositifs de visio-conférence et autres dispositifs équivalents sur le web et fait le constat que « des conférences et colloques internationaux actuelles sont maintenant organisés afin de permettre à la fois une participation active (flux de discussion ) et virtuelle (sans présence physique). »

 

Crédit photo La Force de l’Art 02 / 2009 : Bruno Peinado ” Sans titre, Silence is Sexy “ par Vincent Desjardins – licence CC-by

Quelle éducation numérique pour l’Ingénieur Informatique et Télécom ?

J’avais botté en touche quelques sujets pendant les vacances (voir le billet Associer approche système, technologie, culture et économie numériques, pour la formation et l’innovation dans lequel je cite notamment le rapport de l’association Pascaline : économie numérique, innovation et enseignement : quelles conséquences ? )

En quoi l’accès numérique généralisé concerne les élèves ingénieurs, et donc leurs enseignants (également chercheurs …) ? En fait à trois niveaux, dont deux devraient être communs à tous les citoyens :

  1. La litéracie numérique en tant que compétence, j’entends ici à la fois la capacité à gérer, produire et partager de l’information et la capacité à le faire en groupe et dans un environnement social. Cela veut également dire comprendre l’écologie du numérique (les enjeux sociétaux, les modèles économiques …). C’est un élément fondamental pour permettre le débat social. Le niveau de compétence atteint par ces élèves doit être suffisant pour qu’il puissent être vecteurs d’innovation ;
  2. L’utilisation de l’environnement numérique pour apprendre et gérer la connaissance, et ce dans un contexte social (qui démarra au niveau de l’esprit de promo tel qu’on le connaissait au siècle dernier et qui s’étend aujourd’hui bien au delà dans les réseaux sociaux) ;
  3. L’action de l’ingénieur est d’abord technique. Il doit donc être capable d’imaginer, de concevoir et de développer les services numériques innovants. Ce domaine doit donc faire partie intégrante des enseignements qui lui seront proposés. À ce niveau, il est indispensable qu’il maitrise les fondements de l’informatique et des traitements numériques en général, et qu’ils soit capable de les intégrer dans le cadre d’une vision système.

Dans les projets d’innovation, nos élèves intègrent actuellement systématiquement les aspects sociaux dans les systèmes qu’ils proposent, ils doivent maintenant apprendre à y intégrer les aspects mobiles, d’agrégation des données, et d’accès systématique à l’information et au cloud.

Demain, ce sera par exemple l’interaction entre tous ces équipements et tous les objets (Internet des objets) pour des actions coordonnées. Peut être imaginera-t-on également de telles actions de groupes entre utilisateurs… Peut- être dans des cadres hybrides.

crédit photo :  Arduino controlled flash trigger par Enrique Jorreto, licence CC-by-nc-sa

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 957 followers