Mooc francophone – y a plus qu’à

Christine Vaufrey nous a encore proposé un excellent article sur Thot dénommé Le MOOC, mode d’emploi. À lire.

Elle y distingue clairement deux formes de MOOC, le cours ouvert en ligne, proposant une forme standard de cours où un enseignant enseigne et des étudiants s’essayent au travers d’exercices standardisés, et le MOOC, vu par les canadiens Dave Cormier, Stephen Downes ou George Siemens, basé sur les principes du connectivisme, proposant une exploration partagée d’un sujet.

Par contre, elle cherche à nous interpeller, en regrettant qu’aucun acteur francophone ne se soit positionné.

Le centre de son article est un excellent résumé du guide en anglais édité par Inge De Waard, réalisé à l’occasion d’un MOOC sur le mobile learning (à suivre, en anglais en septembre 2012), en remarquant que la traduction en français manque encore. Il s’agit bien là de la vision la plus ouverte d”un MOOC .

Et bien, faisons le premier pas. Clarifions déjà ce qu’est un MOOC en traduisant ce guide en français, par exemple sur un wikilivre.

C’est parti ! Le Wikilivre est ouvert. Nous pouvons dès à présent contribuer à sa construction.

On y va ?

Crédit photo : récupéré sur le MoocGuide, publié sous licence CC-by-nc-sa

échanges avec la communauté bretonne des chercheurs en éducation

L’ Institut des Sciences de l’Homme et de la Société (ISHS), structure fédérative des équipes SHS de l’UBO organise une journée «  Recherche en éducation et sur la formation des enseignants »

Je présenterai le matin nos activités recherche autour d’une présentation titrée : « Des modèles et des environnements pour apprendre.

Nous nous situons dans une démarche de développement d’outils permettant de tirer parti des convergences entre gestion de la connaissance, réseau social, communauté de pratiques et apprentissage d’une part et environnements d’apprentissage personnalisés (PLE pour Personal Learning Environment en anglais) ubiquitaires et web sémantique d’autre part. Pour cela nous nous appuyons sur l’exploration de scénarios emblématiques riches, comme des explorations de sites historiques dans une approche épistémologique pour mieux expliciter les fonctionnalités pertinentes.

L’après midi sera consacrée à des ateliers thématiques. Je reprendrai le discours développé l’année dernière pour les JNUM de Paris Descartes, pour mettre en avant la nécessité de développer la maitrise des outils numériques dans le cadre de la formation des enseignants pour permettre le développement de ressources de manière collaborative.

Je suis impatient de voir si ces points de vue nous permettront de mieux nous intégrer dans la communauté locale des chercheurs en éducation, sachant que nous développons déjà des liens assez solides.

Le numérique en classe : moins cher que le stylo !

On annonçait cette semaine un PC à moins de 20 euros, c’est à dire moins cher que la moindre calculette de nos enfants, que chaque famille est pourtant obligée de payer. Certes sans écran, mais quand même…

Bon considérons qu’il faille un vrai portable, une tablette ou un équipement de ce type, en y intégrant une assurance. Comme il doit être facile de faire des commandes groupées, on va tomber dans les 250- 300 euros. Il n’y a certainement pas besoin d’une machine extraordinaire au collège ou au lycée, il y a peut être moyen de descendre en dessous. Ça c’est pour les coûts.

Coté économies, le premier poste auquel on pense, ce sont les livres papiers qui peuvent devenir naturellement numériques et donc moins chers pour pleins de raisons : d’abord l’édition peut faire de nombreuses économies qui devraient logiquement se retrouver dans le prix final. Par ailleurs, ce passage au numérique peut encourager le développement de ressources éducatives libres qui peuvent permettre d’autres réductions (sans parler du reste). Ces coûts sont aujourd’hui supportés par la collectivité, mais peuvent en tout cas équilibrer une partie du prix (voire entièrement).

Second poste d’économies potentielles : le prix des fournitures scolaires supporté par les familles. On parle de 150 € chaque année. Parmi cela une soixantaine d’euros va dans l’équipement pour le sport. Disons qu’il y a encore une vingtaine d’euros pour des équipements comme les arts plastiques. Reste 70 € pour les cahiers, classeurs, crayons, gommes …. Sur 3 ans : 210 €, presque la valeur du PC précédemment cité.

Tout cela pour dire qu’en couplant un effort public et une participation des familles équivalente ou moindre qu’actuellement, on doit largement pouvoir financer des équipements numériques pour tous.

Bon, je force un peu le trait, c’est vendredi soir. Et je sens que le chiffrage exact me prendrait trop de temps (et est-il indispensable?) Cette réflexion me vient en fait d’une lecture d’un article de Steve Wheeler sur les technologies pour 2020 (en anglais) dans lequel il considérait que les technologies numériques deviendraient aussi naturelles que le crayon et le stylo le jour où elles seraient aussi abordables. Sauf que … un ordinateur ne remplace pas que le stylo, mais aussi la feuille sur laquelle on écrit, le livre que l’on consulte, la calculette pour le cours de maths, et j’en oublie.

D’où ce petit calcul, pour arriver à la conclusion, que si on le voulait, il serait possible d’équiper tous nos enfants dès la rentrée. L’obstacle n’est pas financier.

Vous n’y croyez toujours pas ? Quel est le taux d’équipement de téléphones mobiles ? 89 % au niveau du lycée en 2010! Or un mobile aujourd’hui c’est la puissance du PC d’il y a disons 5 ans. Et à cette date, on pouvait déjà faire tenir toutes les applications nécessaires pour une formation de ce niveau dans n’importe quel PC du commerce.

Si en plus, on se pose la question en termes de rééquilibrages des sommes engagées entre l’équipement à la maison, le cartable, et l’équipement dans les établissements, il doit y avoir moyen de dégager des économies et de réduire l’empreinte carbone.

Non décidément, l’argument de ne pas passer au numérique pour des raisons de prix ne tient pas.

La question est ailleurs :

  • Définissons ce que pourrait être un cartable numérique (j’entends un équipement qui prenne la place du contenu du cartable), entre parents, pédagogues, éditeurs. Il sera sans doute plus solide, à l’image de la calculette sur laquelle plus personne ne se pose de questions et qu’il remplacera élégamment ;
  • Formons les enseignants, permettons leur de s’approprier cet outil ;
  • Ne laissons pas les politiques décider d’investir au coup par coup tel ou tel établissement en fonction de la mode du moment. Équipement qui est alors imposé aux enseignants et qui ne savent alors pas quoi en faire. Mais demandons leur d’être volontariste et de définir un plan ambitieux qui revisite les modes de financement de toutes les fournitures et autres livres à l’école, et qui surtout accompagne les premiers intéressés à savoir les enseignants ;
  • et finalement abordons la dimension de l’équipement numérique dans sa globalité. Pas d’un coté l’école, de l’autre la maison, et du troisième la réduction de la fracture numérique.

Bref, définissons ensemble le remplaçant de la calculette, et des autres fournitures.

Cet équipement serait solide comme une calculette, communicant et mobile comme un smartphone, grand et tactile comme une tablette. Peut être l’écran de lecture serait « fixe » pour un confort de lecture. De manière amusante le projet OLPC (One Laptop Per Child ou un portable par enfant) a été défini pour les pays émergent, pourquoi ne peut on penser un OLPC pour nos contrées ?

Au fait l’ordre de prix d’un OLPC c’est entre 75 et 130$…

Crédit photographique : OLPC flat Par dnwallace licence CC by nc SA

NB : Cet article a été rédigé comme contribution au débat pour le colloque Le numérique pour changer l’École du 18 mai 2011. Publié initialement sous licence CC-by, il a été repris sur le site du colloque, sur la plate forme citoyenne Educavox, et sur @-brest.

Du bon usage de la vidéo de cours

Ou, le podcast comme support pédagogique

La vidéo de cours ou le podcast s’impose dans notre arsenal pédagogique. Mais l’intégration de cet outil technique ne s’improvise pas. Il fait même débat, chacun imaginant « le » bon usage.

Il semble plutôt qu’il y ait plusieurs usages, comme tout support pédagogique, suivant son intégration dans le processus pédagogique, et des contraintes de mise en œuvre. Pour mieux comprendre les choix possibles, passons en revue quelques options.

La durée tout d’abord :

  • Doit-on viser la durée d’un cours (entre 1h et 2h de rang) ? C’est une option que l’on trouve souvent, car elle permet de retransmettre directement un enregistrement d’une séance réelle. Cela peut être acceptable pour quelqu’un qui est réellement intéressé ou obligé de suivre l’exposé en question. Il est par contre plus difficile de prévoir un tel créneau à un emploi du temps, et de rester concentré sur une telle durée ;
  • Les personnes qui veulent rendre un amphi plus actif ou même interactif parlent tous d’une durée de 15′ suivie de 2′ de réflexion (sous forme d’échange ou d’exercice d’application) comme la meilleure durée pour l’apprentissage. Cela correspond à la durée d’une présentation lors de conférences, ou surtout à la durée d’une vidéo TED. Bref, suffisamment long pour développer une idée, suffisamment court pour que l’auditoire puisse suivre jusqu’au bout sans se lasser ;
  • Plus rapide, les vidéos de CommonCraft ou de Salman Khan présentent une notion en moins de 7′. L’attention est alors maximale ;
  • Évidemment, si on veut frapper fort, marquer les esprits, la durée d’une pub peut suffire. Par exemple, si vous n’êtes pas convaincu par les licences Creative Commons, allez voir ceci ;

À retenir, le passage à la vidéo repose le problème du rythme. Il est encore plus difficile d’être attentif devant un écran que dans un cours. Il est donc particulièrement important de changer de rythme, de proposer différents temps, par des exemples, des démonstrations, des pauses, pour conserver l’attention. On peut au contraire se permettre d’augmenter la dynamique grâce à la vidéo, en proposant une vidéo d’expérimentation non réalisable en salle, ou de jouer sur la dynamique de construction d’un schéma ou d’un scénario, comme on pourrait le faire avec un papier sur le coin d’une table (ou d’un tableau).

La place dans le cours

  • une vidéo peut être proposée avant le cours pour permettre aux étudiants de découvrir une notion, une thématique, l’aborder à son rythme. Le cours peut alors devenir un espace de questions réponses pour permettre d’éclairer les zones d’ombre, permettre l’appropriation, l’approfondissement.
  • Elle peut remplacer le cours, être le cours (ou une partie), ce qui permet d’économiser du temps enseignant, mais qui nécessite malgré tout des espaces de remédiation, soit au travers de TD, de forums, …
    • comme exemples de parties de cours, qui peuvent être diffusées de manière pertinente on notera : illustration phénomène, témoignage, écran d’ordinateurs …
  • Elle peut être proposée après le cours, notamment si elle est un enregistrement de celui-ci, pour permettre aux élèves de réécouter des passages mal compris, que ce soit pour des baisses d’attention (règle des 15′ d’attention) ou pour des problèmes de langues (nous avons plus de 40 nationalités sur notre campus). Elle peut également permettre de rattraper un cours. L’idée est ici, soit de tout se repasser, soit de retrouver le passage qui pose problème ;
  • Elle peut servir de également servir de support de présentation à un TP, à une manipulation donnée. C’est le tutorial tel qu’on le voit sur des nombreux sites de services innovants web.

Le Public visé :

  • Si le cours est considéré comme étant de qualité, il peut servir à la terre entière. Il y a en général alors un objectif de publicité de l’établissement. L’enregistrement sera repris, léché. La mise en scène sera importante ;
  • Il peut s’agir d’un enregistrement unique qui servira à chaque fois que le cours sera rejoué. Le public est donc l’ensemble des élèves qui suivront ce cours. C’est le choix qu’ont adopté nos collègues de Télécom Lille. Il est alors possible d’investir en ingénierie pédagogique pour que le cours soit le plus clair possible, pour compenser le manque de répétitions d’un cours traditionnel ;
  • L’enregistrement peut être considéré comme à durée de vie courte (la durée d’une session) pour les élèves suivant cette session. L’investissement à l’enregistrement doit être minimum, et le délai de mise en ligne doit être maitrisé, pour s’intégrer dans le déroulement de la session.

L’enregistrement doit-il se faire avec ou sans public ? C’est sans doute au choix de l’enseignant. Être face à un public permet de dérouler son argumentaire de manière plus naturelle, d’avoir une interaction qui permet de détecter à quel moment il y a un problème de compréhension. De plus, cela permet l’enregistrement d’un cours existant sans passer de temps additionnel.

Sans public, le coté vivant de l’exposé risque d’en pâtir (il est plus difficile de faire une blague à son écran), mais le déroulé de l’exposé peut être mieux maitrisé. La pression est potentiellement moindre pour l’orateur. Rappelons que l’objectif est que la vidéo soit vue, et que le contenu passe. À chacun de trouver son style.

Quel niveau d’équipement pour la prise vidéo ?

  • Le minimum correspond à un enregistrement sur son PC de son écran avec un casque microphone. Cela dit, au niveau technologique actuel, on peut faire des choses très correctes avec cet investissement nul.
    • On peut ajouter une webcam pour mettre une incrustation de l’orateur ;
    • On peut également adjoindre une tablette graphique pour permettre de saisir de manière dynamique schémas et autres équations ;
    • J’imagine, mais je n’ai pas vu faire qu’il doit également être possible d’enregistrer un tableau blanc interactif, puisqu’il s’agit finalement de l’écran du PC ;
  • Un studio d’enregistrement permet de mobiliser un équipement plus professionnel, d’assurer un meilleur éclairage, et éventuellement d’être assisté d’un technicien qui permettra des post traitements ;
  • En salle, on peut également envisager des caméras pour prendre le tableau et l’orateur en mouvement. Mais cela nécessite la présence de caméramans. Deux choix possibles : 1 professionnel, ce qui n’est dans les faits possible que pour des enregistrements de conférences plénières ou d’intervenants de renom, ou par les étudiants eux mêmes, ce qui oblige le caméraman à se concentrer sur le discours pour faire la meilleure saisie possible.

Le son est central dans la vidéo. Un mauvais son peut tout gâcher. Attention au micro, à son positionnement, son réglage. Si vous voulez quelques conseils, consultez nos amis de la pointe de Crozon et leurs guides des Baladocréateurs sonores (merci à @isa2886  pour cette suggestion)

Les usages visés et les écrans de consultation possibles. Là, on est dans un débat difficile. Quels usages imagine-t-on que vont faire les étudiants de ces vidéos. Vont-ils les consulter dans leur chambre, dans les transports en commun, sur un grand ou un petit écran ? À ce niveau, les enseignants et autres ingénieurs pédagogiques projettent et on n’a pas de retour fiable des étudiants.

Et suivant l’écran choisi, le chapitrage, la définition de tags des enregistrements, la capacité de prise de notes sont intéressants ou inutiles. Par exemple, si l’écran est petit et que la vidéo est une vidéo de révision, il faut sans doute privilégier simplement le diaporama, l’étudiant pouvant faire des avances rapides pour trouver le passage qui l’intéresse. Si la liaison est moyenne, la prise de notes synchronisée avec le serveur pourra poser problème …

Bref, si on imagine des usages, si on propose des choses, une co-élaboration des usages entre élèves, enseignants et techniciens reste à construire. Peut être sera-t-il nécessaire de proposer plusieurs sorties possibles pour coller à une certaine variété des usages.

Pour finir, quelques inconvénients à la vidéo :

  • Il est plus difficile de survoler une vidéo qu’un livre avant de rentrer dedans. Le nombre de niveaux de lecture est moindre, et donc on hésite plus à démarrer sa lecture. Pour baisser cette barrière, il y a des aides possibles qu’il faut développer : résumé, présentation critique, recommandations, nuages de tags, chapitrage, …
  • La prise de notes est plus difficile. Comment associer notes avec le passage, et les retrouver finalement ensuite ? Comment conserver ces notes accessibles ?

Et quelques avantages :

  • On peut s’arrêter, revoir, aller à son rythme ;
  • La dynamique possible est plus grande qu’avec un support statique type polycopié ou livre : les schémas peuvent être dynamiques, le ton de l’orateur peut aider à comprendre des subtilités … ;
  • Il est possible d’accéder à des présentations de gens connus, ou particulièrement clairs ! Et d’en discuter ensuite.

L’enjeu est donc bien d’intégrer un deuxième type de support de cours au classique polycopié ou livre de cours : la vidéo de cours. On passe donc d’un duo : cours – support statique à un triptyque : cours – support statique – vidéo. Ce qui permet en passant de varier les modes d’apprentissages.

Ce triptyque s’inscrit bien dans un schéma pédagogique défini par l’enseignant, et qui doit être rendu explicite aux élèves, au travers d’un contrat didactique clairement établi, pour qu’ils en tirent le bénéfice attendu.

Ce sont les éléments que je vois aujourd’hui. En avez vous d’autres à ajouter pour entamer le débat ?

Autres articles récent sur les vidéos sur ce site :

Crédit photographique : Podcast Studio B (Backyard) par Garrick, licence CC-by-nc-sa

Sur les ressources vidéos

Quelques points pour compléter mon précédent billet Des vidéos pour réinventer l’éducation.

Pourquoi ce billet ? Parce que nos élèves nous interpellent cette semaine sur le sujet. Nous avions il y a deux ans fait une saisie vidéo d’un certain nombre de cours, mais semble-t-il rien n’a bougé. Un article dans le journal des élèves regrette le manque de vidéo en France en général et chez nous en particulier. Un tweet nous interpelle plus gentiment en mettant la vidéo de Salman Khan en lien. En tout cas, une fois de plus, ce sont nos élèves qui nous font bouger !

Sur la durée. On hésite sur beaucoup de vidéos à les démarrer parce que trop longues, et qu’il est en général impossible de faire un survol rapide pour voir ce qu’on pourrait y trouver. Deux solutions donc : soit des vidéos courtes sur un sujet précis avec un maximum d’impact.

Sur la qualité. J’ai entendu des hésitations à mettre des vidéos en ligne par peur de la qualité. C’est effectivement une contrainte forte pour des enregistrements de conférences que l’on veut diffuser. Il est clair qu’une vidéo comme celles de La minute du chercheur nécessitent un travail important. Par contre, pour un cours le besoin de qualité n’est pas forcément le plus important. Ce que demande l’élève qui veut réviser son cours, c’est un accès rapide (et un bon son).

Par ailleurs, autant Commoncraft que KhanAcademy montrent que l’on peut faire une prise simple, pour autant que l’on privilégie schémas et dynamique. Ces derniers mettent en ligne leurs conseils pour faire ce genre de vidéo. (et nous invitent à traduire leurs vidéos en ligne pour ceux que cela tente, ce sont des ressources éducatives libres et donc réutilisables !).

Sur la réutilisation. Une chose intéressante du discours « Des vidéos pour réinventer l’éducation », c’est qu’il montre que l’on peut retravailler, traduire, réexploiter les vidéos. C’est pourtant un aspect qui m’inquiète jusqu’ici. Une vidéo même publiée sous forme de Ressource Éducative Libre me semblait plus difficile à adapter qu’un texte. Tant mieux si je me trompe.

Sur la culture française. Notre culture reste très écrite, surtout dans les écoles et autres universités. Nous ne maitrisons que trop peu la vidéo, qui parfois nous inquiète (j’avoue que j’ai encore plus de mal à me réécouter qu’à me relire). Nous n’avons pas non plus de schéma pédagogique claire pour une utilisation efficace de cet outil.

Sur la pédagogie. Un couplage livre de cours, banque d’exercices partagée et rappels de notions sous forme de vidéo permettrait de mettre en place des pédagogies plus personnalisées. Et de consacrer le temps de classe à l’appropriation des connaissances, pas à leur présentation, ce qui est à la fois plus noble, plus difficile et sans doute plus troublant pour les enseignants. On passe du tribun à l’accompagnateur. Pour le pratiquer en projet, cela me semble pourtant plus valorisant et plus épanouissant.

Sur les vidéos francophones disponibles. J’ai téléchargé sur mon téléphone Open Vidéo Education, qui est une forme d’UNT vidéo des «cours des meilleurs établissements ». Il reste à peupler. Et à être outillé pour permettre d’y trouver un sujet ou une vidéo précise de manière efficace. Pour l’instant c’est une vitrine, pas un outil de travail. Le modèle Open courseware du MIT n’a pas encore inondé l’hexagone. Bientôt peut-être ?

Crédit photo : Par bre pettishandmade video group – licence CC By-NC

Des vidéos pour réinventer l’éducation

Joli titre. C’est celui du show de Salman Khan à TED. Ce monsieur a produit plus de 2000 vidéos déposées sur Youtube, qui sont des petits cours d’une dizaine de minutes sur une notion mathématique de l’addition jusqu’aux notions les plus avancées. Il propose également un site http://www.khanacademy.org/ permettant de faire des exercices pour apprendre à son rythme. Le tout en licence CC BY-NC-SA.

Dans son discours, il vante les qualités de la vidéo qui permet à chacun d’avancer à son rythme, de réécouter, de retourner vers une notion oubliée …., il montre que ces supports permettent à chacun de découvrir le contenu du cours et que cela peut se faire sans stress en dehors de l’enceinte de la classe. La classe peut devenir ainsi un lieu d’échange (avec l’enseignant et entre pairs ), de travail, de réflexion, d’approfondissement. Dit autrement, on inverse le travail de présentation qui se fait classiquement en classe, et le travail d’exercice qui est généralement pratiqué à la maison. Sa formule, que je trouve excellente, est alors que « la technologie est utilisée pour humaniser la classe » ! Un bien bel objectif.

La suite de son discours est ensuite orientée sur la possibilité de s’exercer aussi longtemps que nécessaire pour que chacun puisse acquérir les notions. Il montre que le rythme dans une classe n’est pas uniforme, et qu’un élève lent au début peut devenir le plus rapide en fin d’apprentissage. Inutile dans un schéma ou chacun peut apprendre à son rythme de synchroniser tous les apprenants. Par contre, on peut tirer parti de l ’échange entre pairs pour varier les approches.

Il conclut que son modèle est une ébauche de la classe globale. Mettre à disposition de tous des ressources, de manière abondante, et encourager les échanges localement, physiquement (et entre internautes), me paraît effectivement une bonne piste.

L’autre ressource enthousiasmante de la semaine, c’est évidemment le discours de Michel Serres sur “éduquer au XXIème siècle” qui nous montre la mutation des nouvelles générations qui n’est pas due qu’à Internet, mais également à beaucoup d’autres facteurs. Il me semble nénamoins que ces deux exemples vont dans le même sens.

Notons finalement qu’un nouvel espace de discussion et de réflexion sur l’éducation vient d’être ouvert par TED : TED-ED Brain Trust, et qui semble être pris d’assaut. De bonne augure ? En tout cas anglophone (on m’y a suggéré d’utiliser Google Translate si j’avais du mal à m’exprimer)

Les UNT : des ressources sans étudiants

Les UNT, universités numériques thématiques,  sont des portails de documents pédagogiques, issus d’universités et grandes écoles françaises. Les licences des documents sont clairement indiquées et permettent en général la réutilisation, elles répondent donc stricto sensu à la notion de ressources éducatives libres.

Et pourtant, l’Université numérique ingénierie et technologie UNIT est classée 1 162 903ème site au niveau mondial (68 800 au niveau français,source alexa), coté sciences Unisciel qui intègre depuis peu un réseau social est 973 389 (FR 24 458). A titre de comparaison le site de culture scientifique de l’Inria et du Cnrs Interstices, accessible au travers d’Unisciel, est classée au rang 833 750 (FR 44 874 ?), mais un site dynamique comme Futura Sciences se hisse à la 4 681 place (FR 218).

Ces classements montrent que ces sites sont peu visités, ce qui peut pose question quand on sait que c’est une vitrine numérique de l’enseignement supérieur en France. Unisciel a ainsi organisé récemment des journées sur l’usage de sa communauté. Les vidéos sont en ligne, mais je me suis intéressé plus particulièrement au point de vue étudiant au travers de l’excellent rapport de Master de Cécile Pouliquen « Les documents numériques pédagogiques disponibles gratuitement sur Internet à destination des étudiants scientifiques. Enquête qualitative réalisée pour l’UNT Unisciel, l’Université des Sciences en Ligne »

Elle justifie parfaitement l’idée que nos étudiants « natifs du numérique », ne sont pas pour autant formés à la littératie numérique. Dans le domaine scientifique, ils utilisent principalement les ressources proposées par les enseignants, effectuent des recherche simples et font appel aux forums de discussion ou retournent par habitude sur les sites qu’il connaissent déjà. Ils ne sont pas forcément en demande de plus de numérique, ce qui conforte bien les discussions que j’ai pu avoir lors de journées au CEVPU. Ils ne sont d’ailleurs en général pas très en demande de plus d’informations, puisque la bibliothèque est pour eux une zone de calme, d’ambiance studieuse propice aux révisions, plutôt qu’un lieu d’accès à la connaissance. Accéder à un autre cours d’un autre enseignant n’est perçu que comme une charge de travail supplémentaire, ne permettant pas de mieux remplir leur objectif, à savoir réussir l’examen.

En informatique, ils fréquentent beaucoup le site du zéro (4 658 mondial, 202 français) qui semble plus correspondre à leurs besoins. Pourquoi ? Sans doute parce qu’ils couvrent des aspects techniques moins pris en charge par les enseignants, mais aussi sans doute par le caractère plus interactif du site. Cécile Pouliquen souligne la lecture sélective sur Internet des étudiants en science. Ils consultent les forums pour trouver leur question déjà posée et la réponse :

« Ce qui prime pour l’étudiant dans sa recherche d’information c’est la rapidité, l’accessibilité et la qualité de la réponse, et non pas la quantité »

Pour augmenter la fréquentation des UNT, il semble donc nécessaire qu’ils soient recommandés par les médiateurs que sont les enseignants, ou mieux intégrés à leurs cours, ce qui ne se fera pas naturellement.

Les UNT devraient plus se préoccuper des usages potentiels, par les étudiants, et par rebond par les enseignants, voire encourager des usages collaboratifs. La politique actuelle qui consiste à reverser des contenus en l’état ne sert même pas de vitrine regardée. Pour que cette vitrine soit visible, il faudrait qu’elle soit mieux référencée par les moteurs de recherche, ce qui nécessite qu’elle soit liée au reste d’Internet, par une exploitation qui fasse sens.

Quelques pistes pour améliorer tout cela :

  • proposer des lignes éditoriales : en mettant en avant des contenus, en organisant les différentes natures de contenu. Pour l’instant tout est en vrac, on ne sait même pas quel type de média on va retrouver.
  • assurer une activité par des forums, des réseaux sociaux qui soient animés par des enseignants ou des étudiants ;
  • créer une dynamique entre enseignants qui fassent que les ressources disponibles ne soient pas simplement des traces de cours qui ont déjà eu lieu, qui éventuellement n’existent plus, et qu’il est impossible de reprendre pour les améliorer ;
  • développer des activités de recherche documentaire, par une pédagogie par problèmes qui oblige les étudiants à aller chercher des documents au delà des ressources proposées par les enseignants. C’est à dire les former clairement à des usages de littératie au sens large.

Crédit photo : Le salon de lecture Jacques Kerchache (musée du Quai Branly), par Jean-Pierre Dalbéra, licence CC-by-2.0

Quelle Université Numérique ?

La semaine dernière, j’ai été contacté par la présidente de la CEVPU qui cherchait un intervenant sur l’enseignement en ligne. Demande tardive, mais que je trouve intéressante. C’est finalement assez rare d’être sollicité par des étudiants.

En y réfléchissant, et en préparant (en trop peu de temps je suis un peu débordé) quelques transparents (plutôt en regroupant des diaporamas existants), je suis retombé sur un fil conducteur assez classique mais qui me paraissait faire sens :

  • premier point : les compétences sur lesquelles on met l’accent aujourd’hui, que ce soit dans le contexte professionnel, citoyen ou étudiant, ce sont les compétences informationnelles ou littératie numérique, qui sont finalement un prérequis pour aborder l’innovation (idée que j’ai développée l’année dernière). Ces compétences n’étant malgré tout que peu naturelles pour nos jeunes de la génération Y, il est nécessaire de les intégrer dans nos cursus.
  • Partant de là, on peut regarder ce que fait l’université aujourd’hui. Et de fait, il s’y passe pas mal de choses et au final, le constat est finalement assez flatteur, même si on peut regretter que certains éléments ne vont pas assez loin. L’université donc :
    • A cherché à formaliser ces compétences au travers des divers C2i. Si ceux-ci sont perfectibles, ils ont déjà l’immense qualité de faire bouger les frontières ;
    • A généralisé les accès à des ressources au travers des ENT. Certes ils sont fermés, mais ils permettent de mettre le pied à l’étrier ;
    • multiplie les initiatives : plan Wifi, podcasts, simulations, animations en 3D à Lyon 1, e-portfolio à l’UVSQ, réseau social d’université (les carnets de Paris Descartes), pages d’universités sur Facebook, WebTV, UnivMobile
    • capitalise sur les ressources au travers des universités numériques ;
  • troisième point : les ressources sont en fait un élément stratégique pour les universités (qui sont avant tout des centres de savoirs). Lorsque l’on considère la manière d’aborder la gestion de ces ressources, on ouvre un ensemble de niveaux de coopération, qui permettent d’envisager les manières d’insérer les universités dans les réseaux numériques de la connaissance (pour reprendre la formule de H. Isaac). De pourvoyeur de connaissance, comme c’est envisagé dans les Universités Numériques Thématiques actuelles, on peut glisser vers des collaborations entre enseignants, avec les étudiants, ou vers de la co-innovation, voire de la co-création de contenus (pour plus de détails, j’ai présenté en détails l’idée aux JNUM10). L’étape ultime de ces niveaux de collaboration est sans doute l’avènement de quelque chose qui ressemblera à un campus global, dont les sites universitaires seront les empreintes physiques permettant aux étudiants d’apprendre dans un contexte global, tout en restant localisés dans un environnement propice aux échanges et à une vie sociale physique.

Comme idée pivot d’articulation, je démarre sur l’idée qu’Internet est actuellement polarisé entre deux visions : celle de la diffusion, dont Hadopi est l’instrument légal, et celle de la collaboration, dont le web2.0 est l’outil de diffusion. Cette polarisation se transfère bien à la manière dont on envisage les enseignements : cours magistral ou travail de groupe en projet. Et s’applique encore mieux à la manière dont on envisage l’insertion dans les « réseaux numériques de la connaissance », soit diffuseurs de contenus, soit participant à la construction collaborative de nouveaux savoirs. J’aime à penser que la culture profonde des universités tendrait plutôt vers le second pôle que vers la première vision qui peut être portée momentanément pour démarrer. La résistance la plus importante est peut être du coté des enseignants-chercheurs qui ont peu de raison de se préoccuper de pédagogie.

J’espère que cette ligne pourra faire démarrer le débat.

Par ailleurs, force est de constater que l’Université semble avoir fait le choix d’investir le numérique et d’avancer maintenant assez vite. Et c’est une très bonne nouvelle.

Autre point, cette présentation permet de faire le lien entre le point de vue « littératie numérique » et « ressources éducatives (libres) », ce qui me paraît une bonne chose, même si pour le coup l’Université ne semble pas en avoir pleinement conscience (peut être quelques personnes, mais ça ne se voit pas encore d’un point de vue stratégique).

Pour aller plus loin, quelques références :

Et si on cherchait à rendre le Tableau Blanc plus collaboratif ?

Quand on regarde le résumé du dossier « Les technologies de l’information et de la communication (TIC) en classe au collège et au lycée : éléments d’usages et enjeux », on ne peut qu’être frappé par la phrase :

Il en ressort que 80 % des enseignants déclarent utiliser parfois les TIC en présence des élèves, mais que la manipulation d’outils par les élèves reste peu fréquente.

Cela semble signifier que les élèves ne pratiquent que peu, et que si les TIC rentrent dans la classe, c’est d’abord dans le cadre de la préparation, et ensuite pour être utilisé par l’enseignant en classe.

Le Tableau Blanc Interactif, s’il constitue une réelle avancée en terme d’interactivité avec les contenus, peut renforcer cette tendance, en ne permettant cette interactivité qu’entre l’enseignant et le contenu. De fait, si l’on regarde les phases d’appropriation du TBI, telle que décrites par le site le récit du Québec, on ne parle d’interaction avec l’élèves que dans les 2 derniers items de la dernière phase d’appropriation « j’intègre ». Autant dire que c’est optionnel.

Et pourtant …

C’est aussi et surtout par l’action que l’on apprend. C’est par la conversation, la collaboration que l’on avance …

Et aussi …

Utiliser un affichage partagé, que chacun peut regarder est une première étape de partage, ou du moins un point de focalisation partagé.
La question devient alors : comment tirer parti de ce formidable outil pour permettre un travail collaboratif, i.e. travailler ensemble sur un sujet ?

Comme d’habitude, il y a deux niveaux de réponses pour avancer, qui peuvent se renforcer

  1. partager des usages qui marchent, que chacun peut réutiliser dans son contexte propre ;
  2. proposer des outils qui permettent une collaboration efficace, et qui permettent d’imaginer de nouveaux usages.

Coté usages, je pense au petit truc technopédagogique de François Jourde, qui passe un clavier sans fil aux élèves pour leur permettre de faire leur proposition. C’est simple, ça permet de donner la main à une personne, et cela évite de mettre l’élève seul face à la classe. Et ça marche.

Je serai très intéressé de partager d’autres exemples. Commentaires bienvenus en fin d’article :-)

Coté technologies facilitantes, il y a au moins des exemples qui existent, et qui peuvent alimenter la réflexion :

  • La possibilité de donner l’écran à n’importe quel PC des participants, comme c’est par exemple décrit dans la salle de classe de pédagogie active ;
  • Plus prospectif, on pourrait imaginer le tableau comme espace partagé sur le modèle des tables interactives, ou plusieurs personnes peuvent s’échanger des photos (donc des fichiers), construire des schémas à plusieurs… reste à voir quels sont les bons modes de travail à plusieurs sur un tableau : chacun son crayon ? Chacun sa tablette depuis sa place ? Au travers des claviers/souris de portables ? En utilisant son téléphone portable ? Avec des équipements équivalents aux systèmes d’interrogation en amphi ? Il va falloir imaginer, tester suivant les différents usages ;
  • on peut également imaginer passer par des outils collaboratifs comme Etherpad, ou chacun pourrait contribuer, une tableau de post-it à la wallwisher, ou une carte conceptuelle et où le rôle principal du scribe au tableau serait la restructuration ;

Il reste tout à faire :

  • imaginer des usages ;
  • combiner des technos existantes : web2.0 ou simples ;
  • voir comment les systèmes d’exploitation multi-touche et multi-utilisateurs peuvent servir de support ;
  • imaginer et développer l’environnement pervasif qui rendra l’usage d’une telle salle facile à utiliser ;
  • développer les éléments de logiciel qui permettent de combiner tout cela. Et là clairement, la suite Sankoré qui vient de passer libre peut constituer une bonne base.
Table interactive – licence CC Mesq sur Flickr

Dit autrement, Sankoré ouvre le logiciel pour les tableaux blancs, permet la coopération pour les ressources entre enseignants. Reste à développer le matériel de manière libre, à ouvrir encore les usages en imaginant une vision collaborative du tableau.

Et à trouver une bonne manière de partager les bonnes pratiques.

Jolis projets, à rajouter dans la liste des bonne résolutions de début d’année. Qui veut jouer ?

Utiliser le Web2.0 après la classe, pourquoi pas. L’ENT ? non merci.

Pendant la session « retour d’expérience » autour du web 2, un auditeur s’étonnait que des enseignants acceptent de communiquer avec leurs élèves en dehors des heures de cours, alors que les enseignants se retranchent derrière leur statut pour ne pas travailler sur les Environnements Numériques de Travail (ENT) en dehors de leurs obligations de services. Il interrogeait donc les orateurs pour savoir s’ils avaient des éléments de réponse, qui clairement ne savaient pas comment répondre.

Il y a pourtant plusieurs éléments qui se renforcent mutuellement, mais dont la synthèse peut avoir un caractère politique difficile à porter pour des membres de l’Éducation Nationale en représentation.

 

Web 2 Saint Nicolas ou ENT Prère Fouettard

Tout d’abord, il y a l’argumentaire technique classique entre les outils du web2 et les ENT. Cela peut se résumer en listant les degrés d’ouverture des outils du web :

  • ouverture d’accès : Il est en général plus facile de s’identifier et d’accéder à la page souhaitée sur le web que dans un ENT ;

  • visibilité des productions : un document élève produit sur le web l’est pour tout le monde, alors que dans un ENT, le seul lecteur sera probablement l’enseignant ;

  • ouverture sur les activités : en comparaison à la multitude d’outils disponibles sur le web, les quelques activités prédéfinies font bien pauvres. De plus leur organisation est en général figée, ce qui limite les usages possibles dans la classe ;

On peut également noter que l’ergonomie des outils du web souligne la complexité des interfaces des ENT qui rebute bien souvent les enseignants d’abord, les élèves ensuite.

Conséquence de ces limites, l’élève n’ira pas sur l’ENT s’il n’est pas obligé et donc n’y retournera que pour les activités obligatoires. Ce n’est pas dans cet environnement qu’on peut imaginer y créer du lien social.

Par ailleurs, si il y a un intérêt dans les outils du web, c’est bien de se confronter à des usages qui permettront de développer la littératie numérique. Cette exploration de l’éthique et des médias numériques fait sens auprès des élèves, et les renvoie à leur quotidien, ce que ne fera jamais un ENT qui considère au contraire l’espace numérique d’apprentissage comme étant fermé et isolé du reste du monde. Conséquence, après le cours, un élève retournera facilement sur un outil comme Twitter ou même facebook pour échanger avec un enseignant, jamais sur un ENT, qui nécessitera une dizaine de clicks avant de pouvoir poser une question, qui de plus sera posée dans un contexte ressenti comme plus formel.

Avantage donc aux outils du web sur les ENT, en abaissant les barrières de passage à l’acte, en rendant ceux-ci plus faciles et intégrés dans le quotidien.

 

Derrière cela, il y a je pense des aspects plus humains, ou sociaux, qui sont moins identifiés dans les explications sur les ENT.

Premier élément, cité dans la conférence, les enseignants semblent prêts à communiquer avec leurs élèves en dehors du temps de classe, via les outils sociaux du web. Il me semble qu’un enseignant est souvent prêt à poursuivre la conversation dans un cadre moins formel, qu’il est disponible pour des échanges qu’il trouve intéressant, et qu’il trouve valorisant qu’on lui demande son avis. Il y a un coté plaisir dans les outils sociaux, tant que cela reste dans un cadre informel.

Deuxième élément, les enseignants qui utilisent ces outils, les utilisent souvent au delà de la classe, pour leur formation personnelle. Ils les utilisent pour préparer leurs cours, au travers de recherches d’information et de documentation, ou via des échanges avec d’autres collègues en se constituant leur réseau d’apprentissage personnel (Personal Learning Network ou PLN en anglais). C’est en effet une étape indispensable avant d’aborder ces outils en classe. Conclusion, si ces outils sont utilisés en classe, ils seront utilisé en dehors de la classe par les élèves ET les enseignants.

A contrario, un ENT n’est d’aucune utilité au delà d’une éventuelle organisation d’activités pour le cadre scolaire. Il sera donc aussi vide qu’une salle de classe en dehors des heures de cours.

Un troisième élément, qui est sans doute plus spécifique au primaire et au secondaire (quoique) est l’instrumentalisation de l’ENT. Notre auditeur qui s’étonnait de voir des enseignants communiquer en dehors des heures de classe, racontait que l’Education Nationale se voyait opposer à l’utilisation de l’ENT les statuts de l’enseignant, notamment les limites horaires.

On voit bien au travers d’une telle remarque que l’ENT n’est donc pas vécu comme un outil d’aide au métier de l’enseignement, mais bien comme une contrainte imposée. Il semblerait que c’est même pire que cela :

  1. On oblige les enseignants à saisir leur cahier de textes sous forme numérique. L’argument avancé est qu’ainsi le cahier est accessible aux élèves et au parents, ce qui est effectivement une avancée tout à fait intéressante. On oublie par contre de préciser, que cette saisie se fait au travers d’une interface cauchemardesque dans un certain nombre de cas, et que ce travail se fait forcément à la maison. C’est donc vécu par un bon nombre d’enseignants comme une nouvelle contrainte.

  2. De par l’ambiance paranoïaque à l’Éducation Nationale, certains pensent qu’il y a une volonté de contrôle du travail des enseignants. L’article « Le cahier de textes numérique, c’est Big Brother en classe » vient de le rappeler. Dans un contexte où il y a clairement une volonté de renfort du contrôle administratif, qu’il soit local ou académique, toute obligation nouvelle, assortie d’un outil non adapté, ne peut qu’être mal vécue;

  3. Il y a une autre difficulté qui est qu’un enseignant fait cette partie de travail chez lui. Il se retrouve donc à effectuer une obligation de service dans son espace privé. Espace privé ou jusqu’à présent il bénéficie de sa liberté pédagogique.

Dit autrement, l’élargissement de l’usage de l’ENT est vue comme une obligation qui empiète sur l’espace de liberté privé, l’usage des outils du web2.0 est ressenti comme une extension de la liberté pédagogique.

 

La question qui vient généralement est de se demander si les outils du web2.0 ne pourraient pas être intégrés dans les ENT. Reprenons donc :

  • d’un point de vue ergonomie et facilité des outils, c’est indéniablement une bonne idée ;
  • si c’est pour limiter à une série d’outils, il risque toujours de manquer le bon. Sauf à proposer des mécanismes d’extension ;
  • si c’est pour aborder les principes de la littératie ou de l’éthique numérique, l’accès à l’extérieur de l’ENT restera indispensable ;
  • si c’est pour amener à utiliser ces outils dans un contexte pédagogique, cela sera insuffisant. Il faut en effet en premier lieu convaincre les enseignants de l’intérêt de ces outils, et cela passe par une phase d’appropriation personnelle comme outil d’efficacité et d’échange ; Il faut donc passer d’un ENT à un réseau d’apprentissage.
  • si c’est pour imposer des pratiques, cela devra passer par une remise à plat des missions de l’enseignant, des lieux et des temps pour l’exercer. Ici aussi le passage aux outils du web2.0 brouille les frontières entre l’espace de la classe et l’espace privé. Mais pour l’enseignant, il impacte également son espace professionnel. L’ignorer empêche d’avancer.

 

Parmi les obstacles actuels que l’on peut noter, il y a :

  • le caractère profondément orthogonal entre la verticalité de la hiérarchie de l’Éducation Nationale et l’horizontalité du Web 2 ;
  • la nécessité de permettre l’appropriation de ces outils par les enseignants eux-mêmes sans volonté directe d’application dans la classe. Malheureusement la formation continue reste mal maitrisée pour les enseignants.

Une volonté de contrôle ou d’approche hiérarchique semble perdue d’avance. La seule solution pour l’Éducation Nationale serait sans doute de faciliter l’éclosion d’un écosystème permettant aux enseignants d’avancer de manière collaborative. Cet écosystème existe, comme on a pu le voir à Brest. Il est pour l’instant au mieux ignoré. Il faudrait au contraire l’encourager.

Au niveau du supérieur, cela passe par une redéfinition des Universités Numériques (UNT), pour passer d’un portail de diffusion de contenus, à des espaces d’échanges et de construction collaborative., et par une appropriation des outils par les enseignants sans forcément la contrainte du face à face avec les étudiants dans un premier temps, mais plutôt lorsqu’ils se sentiront prêt. Et volontaires.

Cet article est le troisième et dernier d’une courte série de réactions suite à la dernière matinée de la conférence Tice 2010 :

Par ailleurs, cet article ne serait pas complet si je ne citai pas cette traduction du site de Creative Commons : Des Ressources éducatives libres : pour être plus efficace ?

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