La révolution du Mooc a commencée

Du moins en Amérique ….

L’acronyme MOOC (Massive Open Online Course, qui pourrait se traduire par Cours massivement ouvert en ligne, mais l’acronyme serait moins joli) date de 2008. Il a été expérimenté sous des formes très ouvertes, au départ pour populariser la théorie du connectivisme par George Siemens, Stephen Downes et Davec Cormier. Un MOOC, c’est un cours en ligne, ouvert au sens où les contenus sont ouverts, mais aussi au sens où il est ouvert à tous. Cette seconde acception d’ouvert est importante car pour fonctionner, un MOOC doit être massivement suivi, à savoir qu’il fonctionne d’autant mieux que le nombre d’inscrits est important. En effet, un élément central est l’interaction entre pairs. On est dans une production collaborative.

D’autres formes expérimentales ont été proposées. Citons par exemple la P2PU qui propose des cours variés, définis par la communauté, ou la célèbre Khan Academy qui offre une méthode vraiment nouvelle d’apprendre les mathématiques. Derrière ces formes pédagogiques, on trouve des penseurs, comme Sugata Mitra, qui témoigne comment les enfants peuvent apprendre par eux-mêmes ou Ken Robinson qui dénonce la mise à mort de la créativité par l’école traditionnelle. Derrière ces expérimentations, il y a une volonté de rupture.

Mais depuis, les grandes universités américaines expérimentent, se positionnent, affichent leurs ambitions. Depuis longtemps le MIT propose son initiative Open Course Ware de mise en ligne de contenus ouverts. Mais ce printemps, il s’associe à Harvard pour franchir une étape : proposer des cours complets en ligne, ouverts à tous et en complément des cours du campus. Cela s’appelle edX, et s’accompagne d’une campagne de communication dans laquelle on parle de révolution. Révolution peut être, mais certains (Techcrunch) considèrent que celle-ci n’est pas encore complète. En effet, le mode pédagogique reste transmissif (vidéos d’amphi en ligne), avec des exercices standardisés (automatisables), et ces vénérables institutions ne semblent pas (encore) prêtes à délivrer des diplômes aux personnes qui auront suivi ce cours.

De son coté Stanford a fait un carton avec un cours d’introduction à l’intelligence artificielle, le CS221, avec plus de 20 000 inscrits. Et de ce coté de l’Amérique, on peut y gagner des crédits. Seule limitation, on reste encore dans des formes de travail dont la correction est automatisable. À la mode californienne, cela à conduit à deux créations de startups complémentaires :

  • Coursera, qui peut se définir comme un portail permettant à plusieurs universités de proposer des cours ouverts ;
  • Udacity, qui propose des cours originaux et se permet ainsi d’explorer d’autres manières d’aborder l’informatique et le futur de l’université. Les enseignants de CS221 ne se voient pas retourner en amphi.

Bref, cela bouge. Et de nombreuses idées vont fleurir et ouvrir de nouvelles voies. L’excellent billet « Massive Open Online Professor » en cite deux (dont une dans les commentaires) :

Face à cette révolution, voici quelques questions dont nous ne pourrons pas faire l’économie de ce coté de l’Atlantique :

  • Est ce que demain nos étudiants suivront des cours offerts outre-atlantique ? Est ce un risque, une opportunité ? Les universités françaises seront-elles productrices de cours, consommatrices de contenus, ou simplement dépassées ?
  • Dans la perspective d’intégrer les MOOCs dans l’enseignement supérieur, comment articuler les curriculums de formations avec ces MOOCs ? Est ce simplement ouvrir des cours à l’extérieur comme le fait le MIT ? Est ce de proposer les cours du MIT et faire l’évaluation en interne dans les universités ? Est ce de mutualiser des cours et les proposer sur plusieurs campus ? Est ce que l’on s’appuie sur les ressources en ligne pour développer l’esprit critique de nos étudiants ?
    Répondre à cela va nous obliger à revisiter nos objectifs de formation, et donc nos évaluations, et par rebond nos méthodes pédagogiques (avec au centre motivaion et alignement pédagogique). (Je note ici pour souvenir une petite liste de 10 capacités professionnelles pour 2020, relayée par Stephen Downes)
  • Quelles formes peuvent prendre des MOOCs francophone ? (à la française diraient certains, ou pour la communauté francophone ce qui est plus large) Notre culture n’est pas celle du monde anglo-saxon. Nos modèles d’université sont (heureusement) différents et moins sensibles aux notions de marché. Par contre, faut-il simplement mettre en ligne des cours classiques avec des captures vidéos (dans nos universités numériques) ou y-a-t-il une place pour des formules plus dynamiques (en phase avec le connectivisme, la créativité …) ?
  • Liée à cette question se pose celle des moyens. Il est amusant de se dire que la mise en line de cours standards semblent coûter plus cher (nécessité notamment de captation correcte, et aux plate-formes d’évaluation) que les formules plus ouvertes et participatives (Khan a juste eu besoin d’une tablette pour démarrer, les cours de Siemens et al. utilisent des outils standards du Web). Que faut-il automatiser ? Pour quelle dynamiques de cours ?
  • Pour quels publics ? Étudiants ? Enseignants ? Plus large (apprendre tout au long de la vie) ?
  • Au fait quelles sont les postures possibles des enseignants dans ces MOOCs ?
  • Pour quels objectifs ? Formation à la « science » informatique ? Formation au connectivisme ? Autres ?
  • Quelle stratégie ? Il y a une courbe d’apprentissage : il faut d’abord maîtriser les mécanismes de participation avant de pouvoir proposer un cours sur un sujet quelconque.
  • Quels points d’entrée ? Siemens, Downes, Cormier se sont fait connaître en tant que chercheurs et ont créé des cours pour diffuser et valider leurs approches. Le MIT, Harvard, Stanford jouent sur leur réputation planétaire (ce sont les 3 premiers du classement de Shangai). P2PU, Wikiversity sont pour leur part des acteurs du libre.

Suivant nos métiers, nos employeurs, nos expériences, nos valeurs, nous n’aurons pas tous les mêmes réponses. Mais pour comprendre l’esprit des MOOCs, il nous faudra apprendre à partager, à collaborer, et pour coller à l’esprit d’Internet chercher le consensus. Et créer un écosystème …

Crédit photo : MOOC Art #ds106 #manchester par heloukee (CC-by-nc-sa)

Mooc francophone – y a plus qu’à

Christine Vaufrey nous a encore proposé un excellent article sur Thot dénommé Le MOOC, mode d’emploi. À lire.

Elle y distingue clairement deux formes de MOOC, le cours ouvert en ligne, proposant une forme standard de cours où un enseignant enseigne et des étudiants s’essayent au travers d’exercices standardisés, et le MOOC, vu par les canadiens Dave Cormier, Stephen Downes ou George Siemens, basé sur les principes du connectivisme, proposant une exploration partagée d’un sujet.

Par contre, elle cherche à nous interpeller, en regrettant qu’aucun acteur francophone ne se soit positionné.

Le centre de son article est un excellent résumé du guide en anglais édité par Inge De Waard, réalisé à l’occasion d’un MOOC sur le mobile learning (à suivre, en anglais en septembre 2012), en remarquant que la traduction en français manque encore. Il s’agit bien là de la vision la plus ouverte d”un MOOC .

Et bien, faisons le premier pas. Clarifions déjà ce qu’est un MOOC en traduisant ce guide en français, par exemple sur un wikilivre.

C’est parti ! Le Wikilivre est ouvert. Nous pouvons dès à présent contribuer à sa construction.

On y va ?

Crédit photo : récupéré sur le MoocGuide, publié sous licence CC-by-nc-sa

Frémissements autour d’une Université plus numérique, sociale, collaborative

En cette fin d’année 2011, on notera plusieurs événements qui montrent bien que le clan des convaincus de l’intérêt d’intégrer les médias sociaux progresse. Revenons-y.

Premier événement de taille, la MINES (Mission …) a permis l’organisation d’un barcamp sur l’Internet participatif. Bien différent des traditionnelles conférences, ou autres universités Vivaldi ou quelques uns présentent leurs résultats au plus grand nombre, un barcamp oblige chaque participant à être actif. Celui-ci a permis de mélanger les manières d’être actifs. Quelques grands témoins sont venus présenter leurs points de vue (et semble-t-il avec des différences suffisantes pour chauffer la salle). Chacun a pu soit présenter une expérimentation, soit partager ses outils préférés, soit même interagir à distance pour quelques uns. Et échanger, échanger, échanger.

J’ai d’ailleurs particulièrement apprécié de pouvoir apporter mon grain de sel via twitter, d’avoir été invité quelques instants derrière ma webcam, et d’avoir pu suivre les avancées des travaux via les cartes conceptuelles, sondages et autres documents partagés.

Mais le plus intéressant de ce barcamp à la sauce universitaire réside sans doute dans ces projets qui ont été initiés et qui vont se poursuivre jusqu’au printemps. La liste semble complète : on y couvre la capitalisation des expériences, la formation des enseignants, la valorisation, le donner à voir, la collecte… L’objectif du barcamp est que les projets soient aboutis en mars. Comme les objectifs sont ambitieux, on peut sans doute considérer que mars sera un point d’étape, espérons des preuves de concepts.

Ainsi, le projet de Tour de l’innovation universitaire, qui semble fusionner avec l’idée de roulotte 2.0 sera sans doute juste initié à cette date. Aller recueillir sur place les innovations des enseignants, recueillir leurs témoignages, et échanger sur d’autres pratiques … voilà un beau projet qui nécessitera sans doute des relais dans les universités, mais qui créerait du lien, et pourrait donner un éclairage intéressant sur les dessous de l’iceberg, sur ce qui se fait dans les facs en toute discrétion. On murmure dans les coulisses que ce Tour de l’innovation pourrait passer par le forum des usages en juillet 2012 à Brest, et donner lieu à des edu/explorcamps mémorables.

C’est un travail que nous avons entamé depuis longtemps à Télécom Bretagne. Nous avions par exemple organisé un explorcamp pédagogique il y a déjà 3 ans, où plusieurs collègues présentaient leurs expériences. Cela a permis de mieux valoriser des expériences connues, mais aussi de découvrir des choses tout à fait étonnantes, comme ce collègue qui faisait du tutorat à distance pour des élèves préparant leur rattrapage à l’étranger, en utilisant skype et en tournant sa webcam vers son tableau blanc. Du bricolage comme je les aime.

Autre frémissement dans les réseaux sociaux, cette expérimentation d’usage d’un réseau social pour favoriser l’apprentissage qui vise à créer du lien autour des ressources pédagogiques proposées par Unit. Il s’agit ici d’un axe visant à mixer de manière fine le lien social et les éléments d’apprentissage. Cela a l’immense mérite de tenter de donner une valeur ajoutée, j’ai envie de dire de la vie, aux portails de ressources qui sont aujourd’hui trop figés.

Mais le frémissement le plus important, même s’il n’est pas aujourd’hui visible est sans nul doute l’appel à projets Idefi. Il a obligé nombre d’institutions à se projeter à un horizon de 7 ans, d’identifier des changements systémiques, d’intégrer la pédagogie et l’innovation pédagogique dans leur politique. J’en ai vu passer plusieurs. Le numérique y apparaît, mais à sa place le plus souvent, c’est à dire comme un élément dans un changement plus global. On verra les résultats en mars.

Je parle de frémissements, car la route est encore longue :

  • Le barcamp n’a compté que 48 inscrits, avec des vieux habitués du circuit et beaucoup de conseillers ou ingénieurs pédagogiques. Il reste du chemin avant de voir de nombreux enseignants se déplacer. C’est un peu la même chose dans l’expérimentation d’usage, on y compte des participants avec double casquette ou déjà convaincus. D’où l’importance d’aller vers les enseignants qui n’ont pas encore fait le pas ;
  • L’appel à projets reste très léger par rapport aux besoins. Il met en avant la différence entre les besoins ressentis (on parle de 300 dossiers déposés) et les moyens proposés (20 projets seront retenus. Quelle sera la suite ? Comment cela-va-t-il se prolonger dans le temps ? Est-ce un investissement Était ce Si la démarche projets permet de se projeter dans l’avenir, la manière dont elle est gérée peut témoigner d’un projet politico-économique, déjà bien engagé au niveau de la recherche. Il semble indispensable que ce projet soit clairement affiché : on nous parle clairement de regroupements, d’autonomie. Quelles en sont les implications pour le paysage universitaire français ? Va-t-on se donner les moyens des enjeux ? Qui travaillera sur la motivation des enseignants, et comment en tirer parti ?

Crédit photo : Turquoise par Claudine Booth licence CC-by-nc-sa

Museomix, une visite s’impose !

 

Du 11 au 13 novembre, nous serons une soixantaine à participer à une expérience de co-création visant à réinventer le musée à l’heure du numérique ! Ambiance Smartmob, les profils seront complémentaires, la réponse devra être concrète à la fin du week end. Prototypage garanti !

L’idée que je me fais de la vision du musée à l’heure du numérique, coté visiteur (pardon participant) me semble parfaitement résumée dans le diaporama de Loïc Haÿ Panorama d’usages d’outils numériques & de services du web social pour la médiation patrimoniale et culturelle. Une visite se prépare, se vit et se poursuit grâce aux outils numériques. La vision est que l’on passe d’une logique vitrine à une logique relationnelle.

Yves-Armel Martin dans son diaporama « transmettre le savoir à l’ère numérique » distingue les 3 centres sur lesquels on peut agir dans le cadre d’une visite augmentée (centre mental, centre relationnel, centre instinctif), et montre bien l’importance de ces trois dimensions.

Son introduction fait par ailleurs le parallèle entre visite de musée et modes d’apprentissages à l’école. On voit bien que nous sommes dans les mêmes problématiques. D’ailleurs les scénarios que nous avons étudié avec nos amis de PaHST pour l’apprentissage en mobilité en histoire des sciences montrent bien le lien entre espaces historiques à ciel ouvert, musée et information.

Puisque l’on passe à une logique relationnelle, on passe bien à la formalisation d’une expérience unique, personnalisée pour pouvoir être partagée.

Il y a donc une dimension de liberté dans la visite (d’où par exemple l’idée de musée-lego) ou de moyen d’identification de la personne pour pouvoir personnaliser le discours/l’expérience tout au long de sa visite (comme Visite+). L’une des questions de recherche est alors de comment proposer un discours vraiment adapté.

Parmi celles-ci on trouve la construction de scénarios de découverte riches, rejoignant l’approche de IBST (Inquiry Based Science Teaching : apprendre les sciences par démarche d’investigation) recommandée au niveau européen. On trouve également la possibilité de créer des parcours de lecture adaptables, comme l’explore Ioannis Kanellos (voir par exemple Les musées virtuels et la question de la lecture : pour une muséologie numérique centrée sur le visiteur). Les questions se situe donc à donner de la liberté à l’acteur/visiteur pour apprendre et s’émouvoir, mais également à pouvoir l’accompagner dans sa découverte. Quels équilibres doivent être trouvés entre liberté et accompagnement pour concevoir des services d’orchestration des ressources multimédias riches et variées, permettant d’embrasser différents points de vue et différents niveaux de détails.

Peut-on aller au delà de ce qui est disponible, préprogrammé ? C’est une autre question intéressante. J’aimais bien dans le livre Shaping Things de Bruce Serling l’idée que l’on pouvait interroger un objet sur différentes facettes. Ce qui pourrait se traduire par « et si un objet pouvait être source de visite ». Chaque objet pourrait devenir une opportunité de découverte. Chaque objet ne pouvant faire l’objet d’une programmation fermée a priori, il est nécessaire de coupler cette découverte avec une recherche sémantiquement enrichie par le contexte de découverte. J’avais proposé un sujet d’étude dans ce sens : « apprendre via les objets » qui est malheureusement resté au niveau de concept. D’après une étude récente relatée dans “les application mobiles des musées, juste des audioguides améliorés ?” on en est encore loin, l’interinterdisciplinarité du discours reste encore un vœu pieu.

Si l’objet peut devenir un médiateur intéressant, j’aime également bien l’idée que l’on peut expliquer quelque chose sur un coin de table, sur un bout de nappe en papier. L’idée m’est venue après avoir commencé à découvrir les vidéos de Salman Khan, de RSAnimate (Ken Robinson) où l’on revient au dessin simple pour expliquer une notion sans passer par des logiciels lourds pour dessiner. Le projet Kaleidoscope de muséolab l’a reformulé en « et si un bout de table devenait un outil de partage de connaissances ? », qui met en avant la dimension collaborative. Intéressant également. Sauf que dans la classe, l’espace de médiation est plutôt le tableau.

Qu’y a-t-il également d’intéressant à considérer dans cette visite de muéomix ?

Beaucoup de choses à vivre et à découvrir !

Pour le voyage vers Paris, quelques liens qui paraissent intéressants :

crédit photo : le Muséolab du Centre Erasme par dalbera licence CC-by

Ludovia – mobilité et ouverture – un lieu de rencontres

J’y serai ! J’ai libéré ma semaine et je viens de recevoir mes billets !

Et Impatient !

  • Retrouver des gens que j’apprécie, tous actifs et passionnés ;
  • Rencontrer des pointures que je suis avec intérêt depuis longtemps sur la toile ;
  • Profiter de l’ambiance conviviale si bien décrite par les bloggeurs de l’année dernière ;
  • Jouer moi-même ce rôle de bloggeur/observateur, en espérant contribuer à enrichir les débats et à prolonger la réflexion ;
  • Participer aux débats : sur la mobilité, sur les établissements du XXIème siècle qui sont 2 thèmes qui me tiennent à cœur ;

J’ai suivi l’année dernière sur Twitter et sur les blogs cet événement. J’ai donc eu envie de le vivre sur place. Les thèmes proposés ont achevé de me convaincre. J’en ai retenu plusieurs éléments qui me semble en faire un bon endroit de rencontres, et qui complètent ceux que certains ont déjà pu apprécier à QPES. Voici ce que nous laisse entrevoir le programme :

  • un cadre détendu, informel qui encourage les rencontres ;
  • le croisement de tenants du numériques, de chercheurs, d’entreprises et d’institutionnels. A noter que semble-t-il les institutionnels ne se contentent pas d’annoncer les réflexion du ministère et de disparaître juste après et que les entreprises viennent aussi pour écouter ;
  • l’organisation de « barcamps », ou du moins de réunions d’échanges sur un thème. D’après les retours de l’année dernière, au moins un temps d’échange très ouvert.
  • des tables rondes dites interactives, permettant des retours de la salle importants.
  • des ateliers de découverte et « explorcamps » (je croyais que le terme était une marque. Cela dit Mario Asselin est effectivement un « explorateur du web » membre de l’association), qui permettent à chacun de toucher du doigt des usages.

Sur les contenus, traiter de la mobilité me paraît de bon aloi, imaginer l’établissement du XXIème siècle, de la maternelle au supérieur, semble une ambition louable. Cela permettra sans doute d’évoquer les nécessaires évolutions tant sur les objectifs de formation que sur les méthodes pédagogiques.

J’ai un peu plus de mal avec l’item « tablette numérique » où l’on risque de se focaliser sur l’équipement à la mode, en décrivant ce qu’il permet. Après le portable, le livre numérique, et avant le smartphone, il me semble que l’on prend le problème à l’envers. Il serait plus intéressant de partir des besoins, des envies pédagogiques, même si il y a effectivement des allers-retours entre nouvelles opportunités et nouveaux usages. La tablette semble avoir bien des qualités, on la compare au cartable électronique. Est-ce également le cahier numérique, la calculette, l’outil de simulation, de collaboration … qui formera l’outil de travail de l’apprenant du XXIème siècle ? Nous aurons l’occasion d’en reparler. Mais je n’ai pas encore vu une description de l’outil « cartable » qui reste encore sans doute à définir par les enseignants, et aussi par les élèves…

L’autre item sur lequel j’ai des réticences, c’est L’ENT outil de structuration décrété par l’institution. L’enjeu devrait plutôt être l’appropriation par les enseignants, en s’appuyant sur leur liberté pédagogique dans le cadre d’une sensibilisation et d’une formation. Notons en passant que les enseignants mis en valeur ne sont pas en général des simples utilisateurs d’ENT, mais bien des innovateurs pédagogiques qui défrichent d’autres outils.

Je compte bien aborder ces points de questionnement. J’espère sincèrement que des réponses émergeront.

En tout cas, une bien belle fête du numérique en perspective, dont je compte bien pour reprendre la formule de Jean Jouquan revenir avec un nouvel ami, une nouvelle idée et un nouveau projet.

Impatient, vous dis-je !

Et pour ceux qui voudraient découvrir quelques articles de ce blog en lien avec les thématiques de Ludovia de cette année, vous pouvez éventuellement consulter :

Retrouvons nous à Ludovia :

Une vue du web 2.0 pour les collègues : self-marketing

Cet après midi, dans le cadre d’une formation au outils du web2.0 dans mon école, je co-anime une présentation sur le « self-marketing ».

On va voir comment cela se déroule, dans un esprit interactif avec la salle, je reprendrai peut être plus tard ce billet pour faire une synthèse de ce débat (mais cela risque d’attendre un peu, je préfère prévenir).

Les liens principaux que je compte utiliser sont regroupés dans le groupe Diigo de l’école.

Quelques points :

Investir progressivement : savoir ce que l’on veut montrer, comment le faire

Idée globale : mettre en valeur sa production : pour être lu, pour être (re)connu, pour valoriser

    • point de vue professionnel : chercheur mais aussi enseignant ou tout autre
    • point de vue personnel : employabilité

crédits photos :

Manifestes sur le média

En butinant sur le web, je suis tombé sur deux manifestes anglophones, qui me paraissent très complémentaires.

Premier manifeste, qui est d’importance «A Manifesto for Social Media Education », proposé par le The Centre for Excellence in Media Practice (CEMP). Il vise à recueillir les avis des différents enseignants anglophones sur l’éducation aux médias, ouverte donc aux divergences et à la critique. Leur objectif est de faire émerger une synthèse. Pas mal de points de vue ont été recueillis, je n’ai pas tout lu mais il y a des pointures comme Steve Wheeler qui ont contribué. L’idée que l’éducation aux médias passe par la production de médias, par l’interaction sociale, par le collaboratif, me parait bien représentée.

En tous cas, une initiative pertinente et qui sera intéressante à suivre. Peut être une idée à reprendre … quand on sait que ce débat ne peut pas aujourd’hui se tenir au sein de l’institution. La communauté de l’éducation francophone pourrait par contre envisager de la prendre en charge.

Georges Siemens, par sa définition du connectivisme montre bien que l’écosystème social d’information est la base de l’apprentissage, la maitrise du média est donc plus qu’indispensable, c’est un prérequis pour le citoyen d’aujourd’hui.

Le deuxième manifeste est plus technologique, « Pervasive Information Architecture », plus rapide à lire qui nous rappelle qu’aujourd’hui l’architecture d’information devient un écosystème à part entière, dans lequel les utilisateurs sont des intermédiaires, où tout devient dynamique au sens de l’architecture, hybride au sens où les mondes physique et digitaux se rejoignent, où les échanges de verticaux sont devenus horizontaux, et où la conception des produits devient la conception d’expérience/d’usage.

En devenant pervasif, le média va s’inviter dans notre environnement quotidien au delà des fenêtres dédiés que sont les différents écrans (le livre est un écran, ou une fenêtre vers les idées si on préfère). En se transformant à nouveau, il va aussi continuer à nous faire évoluer. L’étape d’aujourd’hui, c’est le mobile, acceptons le, apprivoisons le, pour en tirer parti.

Des formidables opportunités d’apprendre à tout instant s’ouvre à nous, c’est ce qui commence à s’appeler l’apprentissage informel. Mais pour cela, il faudra insuffler une envie d’apprendre à tous : Apprendre est un état d’esprit nous rappelle Emmanuelle Erny-Newton dans Owni. Cela renvoie à l’excellent article de Warschauer (dont j’ai fait un résumé ici) qui montre que cette envie passe par une éducation aux médias qui permette aux jeunes de tirer parti de ces outils. La fracture numérique ne sera pas simplement l’accès à Internet, elle est surtout dans le niveau d’appropriation. Veux-t-on des citoyens ou des consommateurs comme dans Interface de M.T. Anderson ?

L’éducation aux médias est de tous les enseignements. Elle doit surtout donner la clé : l’envie d’apprendre. Et pour cela il faut sans doute intégrer l’idée que « ce n’est plus ce que vous savez qui compte aujourd’hui, c’est ce que vous pouvez apprendre » (Don Tapscott).

Un Innovation Camp sur les Smart Cities

Passer une semaine à imaginer la ville de demain avec des élèves ingénieurs du monde entier à Copenhague en juin. Ça vous dit ? C’est ce que vous propose la CDIO Academy à tous les élèves ingénieurs.

Ce concours se passe en deux temps :

  • dès aujourd’hui chacun peut déposer ses idées sur le site de la CDIO Academy. Il est également possible d’acheter des parts sur les meilleures idées. Deux classements en résulteront : les idées les plus retenues, et les meilleurs investisseurs ;
  • en mars les élèves ingénieurs porteurs des meilleures idées seront sélectionnés pour créer des groupes, préparer et aller participer à l’Innovation Camp du 20 au 24 juin à Copenhague en conjonction avec la Conférence du CDIO. Une belle occasion de concrétiser ses idées et de rencontrer des experts venus du monde entier.

En abordant le thème de la ville de demain, ce concours se positionne clairement dans une perspective de développement durable et pluridisciplinaire !

OpenSpimes et CO2 cap - flickr CC Leeander

Pour se démarrer une petite culture francophone orientée numérique, un petit tour coté Fing, peut être en commençant via cet article :Villes 2.0 : la ville complexe… et familière

Le CDIO est une association mondiale qui cherche à développer une nouvelle vision de la formation des ingénieurs. Parmi les institutions partenaires du CDIO, on trouve le MIT, la Beijing Jiaotong University, l’École Polytechnique de Montréal, QUT Brisbane, toutes les écoles de Suède et de Finlande, Télécom Bretagne (la seule école française) et bien d’autres.

En savoir plus : http://cdio-academy-2011.dk/. Inscrivez-vous. En tout cas, nous le conseillons à nos élèves. Si d’autres francophones s’inscrivent. N’hésitez pas à faire un petit coucou.

Dernier point, les idées déposées seront considérées comme faisant partie du domaine public.

CodeCamp : un non-cours pour apprendre à programmer sur un mobile

Durant la formation d’ingénieurs à Télécom Bretagne, sont organisés les cours d’intersemestres, qui correspond à un espace de liberté aussi bien thématique que pédagogique, apprécié des enseignants et des élèves. Après plusieurs sessions d’un cours sur le web2.0, (j’en ai parlé ici) son impact, ses évolutions, Cécile Bothorel qui fait partie des enseignants qui portent ces thématiques nous a poussé à ce que nos élèves deviennent « acteurs du web 2.0 mobile » au travers d’une semaine de développement sur mobile.

Pour arriver à relever ce défi, nous avons donc monté un codecamp, sur le principe des barcamps. Le barcamp étant une non-conférence, le codecamp est un non-cours. C’est à dire que les sujets traités sont proposés par les participants, où il est question de développement et de réalisation de prototype sur un temps très court en mêlant les motivations et les compétences.

Autrement dit, les caractéristiques principales :

  • préparation collaborative : quelques cafés, un wiki partagé par les intervenants,(et le reste du monde :-) ), moissonage de liens sur le wiki et sur diigo, échange d’idées, brainstorming sur des thèmes et des applications ;
  • minimum de blabla, maximum d’actions : sur la première journée, et pour lancer la semaine, nous avons présenté :
    • nos idées sur les mobiles Pourquoi le mobile est il différent ?, pour susciter la réflexion. En bilan, le retour est que cette présentation doit rester, mais en plus court ;
    • un panorama sur comment démarrer sur Android ;
  • laisser le temps à la créativité de s’exprimer. En trois temps : avant le cours en invitant les participants à réfléchir et en proposant des sujets, au début du cours en présentant des applications et en invitant ceux qui avaient déjà une idée à en dire quelques mots, et au deuxième jour en demandant à tous de présenter les applications qu’ils proposaient puis retenaient. Un détail d’importance : chaque présentation se fait en quelques phrases, avec pour objectif de convaincre. Les groupes se sont auto-construits, suivant les affinités, mais aussi selon les idées ;
  • créer un climat d’échanges. Nous avons réuni comme intervenants/experts : un ancien entrepreneur/développeur, deux élèves en dernière année, développeurs confirmés sur Android, un ingénieur de laboratoire impliqué dans des projets sur Android. Nous avons également invité toute personne voulant bien échanger. Des élèves-ingénieurs en apprentissage sont venus présenter quelques applications qu’ils ont d’ores et déjà publié sur les Markets Android ou iPhone ;
  • faciliter le développement : nous avons donc choisi Android, qui est plus facile de prise en main, plus libre, plus documenté … que d’autres, et nous avons incité les participants à préparer leurs environnements avant d’arriver le lundi matin ;
  • inciter à chercher les informations, à se débrouiller, à réutiliser du code existant. La présentation de prise en main a été basée essentiellement sur une visite de liens intéressants, prolongée sur le wiki ;
  • essayer de répondre aux défis posés. Un groupe voulait accéder à des données réelles : quelques courriels et autres coups de fil ont permis d’obtenir un premier jeu. Le prochain objectif est de les rendre ouvertes, ce qui semble possible, surtout à Brest. Un autre avait besoin d’un serveur Bluetooth sur PC, qui a été repris d’un ancien projet élève, etc. ;
  • valoriser les productions : par une présentation festive le dernier jour, relayée sur twitter, et qui a donné lieu à une forme de vote ou plutôt de définition par les élèves ;
  • prolonger l’expérience, en proposant aux élèves de continuer, de déposer leurs résultats sur des plate-formes de code comme la forge google (puisqu’on développe sur Android).

Conclusion de la première expérience :

  • toutes les applications proposées ont maintenant un prototype qui tourne ;
  • une envie d’utiliser plusieurs d’entre elles ;
  • des élèves contents, qui ont continué à coder le soir pour nombre d’entre eux, et qui regrettent que l’expérience ne dure qu’une semaine ;
  • et non, ce ne sont pas tous des geeks. Plusieurs sont venus pour voir, pour découvrir et ont envie d’aller plus loin ;
  • des liens resserrés entre les intervenants ;
  • des échanges à augmenter au cours de la semaine, entre les élèves, peut être au travers d’échanges rapides sur des sujets/problèmes identifiés au fil de l’eau ;
  • des idées étonnantes.

En résumé, une semaine qui motive tout le monde !

Et pour finir la liste classée de manière aléatoire des applications présentées par les élèves (en attendant la publication des codes et des exécutables) :

  • iBiture : une série de jeux pour tester son état en fin de soirée
  • ReselDroid : retrouver les coordonnées des autres élèves depuis son mobile ;
  • MeteoSociale : partagez le temps qu’il fait vraiment avec vos amis ;
  • BlueBird : télécommande de diaporama par bluetooth ;
  • RabbitShooter : jeu de shoot de lapins avec des carottes pour protéger le stock de carottes ;
  • PuzzleYourPhoto : un petit jeu parfaitement résumé dans son nom ;
  • PetsTalk : traduisez le langage des animaux ;
  • ReadDream : analysez vos rêves sur votre mobile. La présentation a été complétée par une vidéo qu’on espère bientôt sur Youtube ;
  • NumberChallenge : apprenez les nombres d’une langue étrangère ;
  • RevEDT : le réveil de smartphone qui se synchronise sur l’emploi du temps de l’école (la seule idée reprise dans celles que nous avions proposé au démarrage) ;
  • WhosWho Profs : retrouver les coordonnées et situer ses profs depuis son mobile ;
  • BibusMobile : une application pour connaître les horaires et les trajets des bus de Brest/BMO ;
  • MaVoile : s’inscrire aux sorties organisées par son club (de voile…)
  • BipboxCam : qui joue de la musique en fonction de la couleur et de la luminosité. Nous avons eu le droit à une lettre d’Élise jouée avec un post-it et un téléphone. Bluffant…

Et toutes se concentrent bien sur l’essence du mobile : l’expérience utilisateur.

Et si on cherchait à rendre le Tableau Blanc plus collaboratif ?

Quand on regarde le résumé du dossier « Les technologies de l’information et de la communication (TIC) en classe au collège et au lycée : éléments d’usages et enjeux », on ne peut qu’être frappé par la phrase :

Il en ressort que 80 % des enseignants déclarent utiliser parfois les TIC en présence des élèves, mais que la manipulation d’outils par les élèves reste peu fréquente.

Cela semble signifier que les élèves ne pratiquent que peu, et que si les TIC rentrent dans la classe, c’est d’abord dans le cadre de la préparation, et ensuite pour être utilisé par l’enseignant en classe.

Le Tableau Blanc Interactif, s’il constitue une réelle avancée en terme d’interactivité avec les contenus, peut renforcer cette tendance, en ne permettant cette interactivité qu’entre l’enseignant et le contenu. De fait, si l’on regarde les phases d’appropriation du TBI, telle que décrites par le site le récit du Québec, on ne parle d’interaction avec l’élèves que dans les 2 derniers items de la dernière phase d’appropriation « j’intègre ». Autant dire que c’est optionnel.

Et pourtant …

C’est aussi et surtout par l’action que l’on apprend. C’est par la conversation, la collaboration que l’on avance …

Et aussi …

Utiliser un affichage partagé, que chacun peut regarder est une première étape de partage, ou du moins un point de focalisation partagé.
La question devient alors : comment tirer parti de ce formidable outil pour permettre un travail collaboratif, i.e. travailler ensemble sur un sujet ?

Comme d’habitude, il y a deux niveaux de réponses pour avancer, qui peuvent se renforcer

  1. partager des usages qui marchent, que chacun peut réutiliser dans son contexte propre ;
  2. proposer des outils qui permettent une collaboration efficace, et qui permettent d’imaginer de nouveaux usages.

Coté usages, je pense au petit truc technopédagogique de François Jourde, qui passe un clavier sans fil aux élèves pour leur permettre de faire leur proposition. C’est simple, ça permet de donner la main à une personne, et cela évite de mettre l’élève seul face à la classe. Et ça marche.

Je serai très intéressé de partager d’autres exemples. Commentaires bienvenus en fin d’article :-)

Coté technologies facilitantes, il y a au moins des exemples qui existent, et qui peuvent alimenter la réflexion :

  • La possibilité de donner l’écran à n’importe quel PC des participants, comme c’est par exemple décrit dans la salle de classe de pédagogie active ;
  • Plus prospectif, on pourrait imaginer le tableau comme espace partagé sur le modèle des tables interactives, ou plusieurs personnes peuvent s’échanger des photos (donc des fichiers), construire des schémas à plusieurs… reste à voir quels sont les bons modes de travail à plusieurs sur un tableau : chacun son crayon ? Chacun sa tablette depuis sa place ? Au travers des claviers/souris de portables ? En utilisant son téléphone portable ? Avec des équipements équivalents aux systèmes d’interrogation en amphi ? Il va falloir imaginer, tester suivant les différents usages ;
  • on peut également imaginer passer par des outils collaboratifs comme Etherpad, ou chacun pourrait contribuer, une tableau de post-it à la wallwisher, ou une carte conceptuelle et où le rôle principal du scribe au tableau serait la restructuration ;

Il reste tout à faire :

  • imaginer des usages ;
  • combiner des technos existantes : web2.0 ou simples ;
  • voir comment les systèmes d’exploitation multi-touche et multi-utilisateurs peuvent servir de support ;
  • imaginer et développer l’environnement pervasif qui rendra l’usage d’une telle salle facile à utiliser ;
  • développer les éléments de logiciel qui permettent de combiner tout cela. Et là clairement, la suite Sankoré qui vient de passer libre peut constituer une bonne base.
Table interactive – licence CC Mesq sur Flickr

Dit autrement, Sankoré ouvre le logiciel pour les tableaux blancs, permet la coopération pour les ressources entre enseignants. Reste à développer le matériel de manière libre, à ouvrir encore les usages en imaginant une vision collaborative du tableau.

Et à trouver une bonne manière de partager les bonnes pratiques.

Jolis projets, à rajouter dans la liste des bonne résolutions de début d’année. Qui veut jouer ?

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