Le soleil se couche sur Becta

Suivant différents fils d’informations, j’ai vu passer l’information de la fermeture de Becta il y a quelques jours. Cette agence est régulièrement citée dans les rapports qui s’intéressent (en général à titre d’exemple à suivre) à ce qui se passe outre-manche. Par exemple, le rapport, dit BETT 2009 de Cap-Digital considère le rôle de Becta comme stratégique. Sa production est de qualité, et servent de source dans les travaux sur les évolutions dans les TICE. La communauté de recherche autour du mobile learning a également souligné l’apport de Becta dans ce domaine.

D’un autre coté, il s’agit d’une agence gouvernementale, avec tous les risques de lourdeur qui y sont liés, et l’on sait la difficulté de lier instance gouvernementale et innovation pédagogique.

Dernier point, cette capacité de fermer brutalement ce genre d’agence est emblématique de la difficulté de pérenniser dans le domaine du e-learning. La volonté politique créé et supprime ce type de structure sans se poser de question sur la continuité nécessaire aux actions pour qu’elles aient de l’effet. Habitude qui a été fatale à de nombreux services TICE en France, et qui posent question pour l’investissement dans de nouvelles initiatives.

En tout cas, j’ai été très étonné de ne voir aucun relais concernant cet événement en France. Ignorons-nous ce qui se passe autour de l’éducation à l’étranger ? Sommes-nous nous même tellement sur la défensive que nous ne regardions que nos plate-bandes ?

J’ai donc décidé de traduire (merci à google pour le premier jet) cet article de Steve Wheeler, The sun sets on Becta, qui rend bien la diversité des réactions suite à cette nouvelle. Steve Wheeler se définit lui-même comme Edupunk et adopte parfois des avis tranchés, mais toujours intéressants. Des parallèles pourront se faire avec l’évolution des organisations en France, et recevoir une leçon de pragmatisme de nos amis anglais.

Ainsi, l’Agence Anglaise des Technologies et de la Communication pour l’Éducation (British Educational Communication and Technology Agency ou Becta) n’est plus, euthanasiée par le premier cycle de réductions budgétaire du nouveau gouvernement de coalition anglais. Environ 240 emplois seront supprimés pour une économie d’environ 65 millions de livres par an. Nous savions que ça allait arriver, et nos craintes ont été confirmées ce matin. Depuis sa création, Becta a été chargée de conseiller les écoles à travers le Royaume-Uni sur la meilleure façon de maximiser le potentiel des TIC – technologies de l’information et de communication – dans l’enseignement et l’apprentissage. Mais Becta a été un pion politique dès le départ. Sur son site Internet aujourd’hui, il y a une déclaration en exergue : «Un nouveau gouvernement britannique a pris ses fonctions le 11 mai. En conséquence, le contenu de ce site peut ne pas refléter la politique du gouvernement actuel ». On peut donc se poser légitimement la question de l’indépendance de Becta. Et aussi jusqu’à quel point ont-ils été efficaces compte tenu des contraintes imposées par leurs maîtres politiques ?

La twittosphère et la blogosphère ont été partagées. Il y a ceux qui disent bon débarras, que Becta n’a guère fait plus que d’imposer un ensemble de solutions technocratiques aux écoles qui ont compté aveuglément sur ses conseils. Il y avait les reproches de certains enseignants qui constatent que « les écoles se retrouvent souvent avec des technologies dépassées et coûteuses » et n’avaient pas « la liberté de choisir ce qu’elles voulaient,mais obtenaient plutôt que ce que certains bureaucrates pensaient qu’elles avaient besoin. » Ce commentaire provient de Rory Cellan-Jones sur le BBC Technology blog. D’autres pleurent la perte, comme s’il s’agissait d’un membre de leur famille – et si l’on considère tous ceux qui perdent leur gagne-pain, on peut comprendre un sentiment si fort. Entre autres, Ian Usher au travers de son billet se fait farouche défenseur des productions de Becta, et souligne plusieurs fausses informations qui circulent et qui ruinent la réputation de l’Agence. Il y a également ceux qui adoptent une position médiane. Un bref billet John McLear donne une perspective que mérite qu’on s’y arrête. Il suggère que la disparition de Becta pourra entrainer un manque auprès des des enseignants en recherche d’expertise, qui pourrait déboucher sur l’adoption de solutions créatives et que finalement les écoles pourraient ainsi bénéficier d’un processus de décision légèrement plus fragmenté entre les autorités du pays.

Il y a quelques années, dans sa célèbre vidéo YouTube  » The Machine is Us / ing-nous « , Mike Wesch a fait valoir que le Web était nous, et que nous serions ceux qui organiserions le contenu du Web, par le marquage, en reliant et par toute autre forme qui donnerait du de ce chaos – en Enseignant à la machine. Je pense qu’il en sera de même pour le soutien futur des TIC dans les écoles. Je peux me tromper, mais je pense qu’il y a assez de spécialistes des technologies d’apprentissage suffisamment connectés pour unir leurs forces et fournir des conseils aux écoles quand elles en ont besoin. Voici mon avis, pour ce qu’il vaut : je sais qu’il y a un danger, comme Neil Adam l’a fait remarquer, « il y a un risque d’avoir des îlots d’excellence dans une mer de médiocrité », mais n’est ce pas ainsi que les enseignants les plus compétents travaillent, que ce soit dans leur établissement d’origine ou à travers leurs réseaux d’écoles en essaimant et en laissant diffuser leurs compétences ? N’est-ce pas aussi la manière dont les « collèges et lycées spécialisés » travaillent au travers de leur réseau d’écoles primaires? Je vois ici l’occasion de créer une version réactualisée d’Illich sous forme de Webs apprenants où nous nous aiderions les uns les autres, plus que nous recevons, et en utilisant des réseaux sociaux, c’est parfaitement réalisable. Peter Ford voit un danger que nos voix se « perdent dans la chambre à écho » que peuvent devenir les réseaux sociaux, mais se pose la question : est-ce que la perte de Becta permet un nouvel âge dans lequel l’OFSTED (Office for Standards in Education, Children’s Services and Skills, c’est à dire une agence d’inspection) dépasse « la reconnaissance de pure forme pour l’utilisation des nouvelles technologies dans les écoles ». Ce sont nullement des voix isolées – il est sûr qu’il y aura encore beaucoup de commentaires dans ce sens dans les prochains jours. Je voudrai dire la chose suivante : bien que la perte de Becta soit une très mauvaise nouvelle et je suis tout à fait désolé pour ceux qui ont perdu leur emploi, mais nous pouvons regarder hors de nos cages et choisir de voir la boue ou les étoiles. Pour ma part je serais très heureux d’apporter mes conseils et d’aider les écoles qui en auront besoin, et je le fais déjà.

Merci à Becta pour tout ce qui a été fait. Arrive le temps où les enseignants devront mieux s’entraider.

Quelques billets connexes

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Dan Roberts Bye Bye Becta

Miles Berry On Becta’s Closure

Electric Chalk Becta Closure: Blog Round Up

Glyn Moody Goodby Becta and Good Riddance

Stephen Downes Government to close Becta

Tony Sheppard Becta: Opportunities lost and opportunities gained

NAACE Press release NAACE Communiqué de presse

Doug Woods ICT: An uncertain future?

Gareth Davies Dead and Buried: How could Becta survive?

Seb Schmoller The way forward after Becta

Merlin John Becta closure stokes fears

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