Session éducation : un 360° autour de l’innovation et l’entreprendre ensemble en formation

Au cœur du forum des usages coopératifs s’est déroulée une session sur l’innovation et l’entreprendre ensemble dans l’éducation. 3 matinées qui ont chacune abordé un aspect différent de la collaboration dans le domaine de la formation : les communautés d’enseignants, la co-production avec les étudiants, la place du collaboratif dans la formation des enseignants. Des échanges nourris, parfois passionnés, toujours riches ont animé ces 3 séances, dont on ne retiendra ici que les éléments principaux.

Des communautés collaboratives existent et prospèrent

C’est le premier point à retenir. Il existe aujourd’hui en France (avec des extensions dans le monde francophone) des communautés de pratiques qui comptent des milliers, voire des dizaines de milliers de participants. Les formes, les outils supports, les objectifs varient, mais on voit que dans tous les cas, ces communautés vivantes évoluent, se reconfigurent, explorent de nouveaux espaces, se cherchent parfois …

Au travers des échanges, en regardant les activités des participants, on peut trouver plusieurs formes :

  • Des communautés d’enseignants disciplinaires et associatives. Sésamath, les Clionautes, le Manège étaient présents, mais d’autres existent : Weblettres, OpenWebEnglish. Un objectif commun est de proposer des outils aux service de pédagogies dans les disciplines. Cette proximité du terrain leur donne une légitimité et une efficacité indéniable.
  • Transversaux, comme Apprendre2.0 qui permet des échanges de différentes natures autour de l’apprendre à apprendre ; ou l’association « Outils-Réseaux » qui propose des formations autour des pratiques coopératives ;
  • Informels, autour d’outils comme Twitter. Beaucoup d’intervenants se connaissent d’abord via cet outil ;
  • institutionnels, permettant de mettre en ligne des contenus validés et d’engager des échanges, ou de proposer des formations collaboratives pour les enseignants au travers du réseau pairform@nce
  • avec les étudiants, comme le réseau Foreigners in Lille ou les Carnets de Paris Descartes, qui mettent enseignants, chercheurs, étudiants sur un pied d’égalité, ou comme le Réseau de e-Porfolios de l’UVSQ qui permet de se construire une identité professionnelle.

Chacune de ces communautés a sa propre histoire, mais on peut constater, au moins pour les associations disciplinaires, voire pour la plupart d’entre elles des préoccupations communes comme :

  • d’assurer leur pérennité.
    • La récolte de fonds, la promotion au travers de produits dérivés pour dégager des moyens a ainsi amené Sésamath a créer des manuels scolaires.
    • L’investissement des bénévoles, et leur remplacement est toujours une difficulté dans les associations.
    • Les changements de politique financière d’outils comme Ning peuvent parfois poser des problèmes de financement.
  • de gérer la cohérence en même temps que de permettre l’évolution se retrouve sous différentes formes dans les différentes associations. Le Manège s’est créé pour permettre une mutualisation des ressources dans le domaine de la gestion. Les Clionautes se préoccupent de maintenir du lien entre différentes formes et outils de collaboration. Sésamath propose un mécanisme de projets associés. Il est clair que ces mouvements évoluent au cours du temps, l’essentiel étant de maintenir une dynamique qui permette l’évolution.
  • de mieux se connaître pour évoluer. Cela passe par des moments forts d’échanges, comme ces matinées au forum des usages coopératifs, mais aussi certains des animateurs de ces communautés sont en thèse pour mener un vrai travail de réflexion sur les mécanismes et les dynamiques sous-jacents.

ou des volontés comme :

  • essaimer les pratiques, qui passe par la proposition de formations, la participation à des conférences, l’édition de documents
  • permettre la réutilisation des documents, des ressources.

En regardant les différentes communautés de pratique, on s’aperçoit qu’il y a des liens entre elles. Il est courant que des personnes soient membres de plusieurs communautés complémentaires. Un regret qui ressort néanmoins de ces matinées, c’est justement que monde institutionnel et autres communautés s’ignorent. L’approche est fondamentalement opposée, dans un cas on part d’une vision hiérarchique et dans l’autre d’une demande de la base, voire sans doute d’un blocage ressenti par la base. Le regret est partagé, mais les différences fondamentales de gouvernance, font qu’il est peu probable de pouvoir envisager un rapprochement sans une remise en question de l’institution.

Si l’on regarde simplement le processus de validation des contenus, on voit la distance qui sépare ces deux mondes. Dans le cadre des associations se met en place un processus basé sur l’échange entre pairs, l’amélioration progressive des contenus ,.. bref un processus tel qu’on en trouve beaucoup sur Internet. Au niveau institutionnel, le processus est guidé par une validation extérieure, qui peut être très long (on a cité 2 ans pour valider une formation dans le cadre de pairform@nce, sans échange constructif) et qui ne permet pas une amélioration progressive, bref un processus hiérarchique qui ne passe pas à l’échelle.

Pour revenir au croisement des réseaux, nous avons noté que des liens existaient mais il n’y a pas de croisement réel de ces réseaux. La faute sans doute au fait que ceux-ci sont encore jeunes. Si la Ligue de l’enseignement est citée comme un exemple, il est noté qu’elle n’est pas très présente dans le monde numérique.

Des métiers qui évoluent …

Nous avons déjà relevé que les personnes qui s’investissent dans l’animation de telles communautés sont en recherche de repères (c’est pour répondre à ces demandes et partager les réponses que l’association outils-réseaux est née), voire rentrent dans une pratique réflexive lourde en démarrant des travaux de recherche.

Mais même si un enseignant participe simplement à ces communautés de pratique, il découvre d’autres types de pratiques : pour préparer ses cours, pour évoluer dans sa compréhension de sa discipline, de la pédagogie qui y est liée, il apprend à maitriser les outils et les usages du numérique, qu’il pourra peut être ensuite envisager d’investir directement auprès des élèves. L’innovation est ici d’investir ces réseaux pour se co-former.

Une constante pour ceux qui s’investissent dans les communautés de pratique est qu’ils développent des capacités à écouter, à respecter l’avis de l’autre, à critiquer et être critiqué. Cela est nécessaire pour créer une culture de coopération, qui consiste également à être opportuniste, discret, bref tout ce que l’on n’apprend pas à l’école, a fortiori si on se destine à être enseignant.

La réflexion pédagogique s’engageant en terrain neutre, on peut alors envisager d’autres pratiques, comme des échanges entre classes, la construction de la réflexion dans la classe, le travail sur d’autres sources de connaissances que celles apportées par l’enseignant…

… et des nouveaux métiers

Pour faire fonctionner une plate-forme qui intègre des productions d’étudiants, la posture a adopté est celle de l’animation : accueillir, susciter, valoriser, organiser … Pour passer à cette nouvelle dimension, il faut permettre l’erreur, ouvrir le champ des possibles, tout en édictant quelques règles simples pour permettre la cohabitation, puis la coopération. L’enjeu est de créer les conditions permettant l’échange pour une co-construction sociale des connaissances.

Cette animation peut être intégrée dans une formation, auquel cas, on voit bien que le rôle de l’enseignant change fondamentalement. Le témoignage de David Cordina sur la manière dont il conçoit l’accompagnement le montre bien.

Mais elle peut aussi être portée/ soutenue/ accompagnée par des animateurs de réseaux, de communautés, métier qui a été identifié par bien des entreprises, mais dont la place n’est pas encore nette dans les communautés éducatives. Le travail de personnes comme Sophie Mahéo, Florence Meichel, Romain Trillard prouve bien l’intérêt de telles postures pour faire fonctionner des communautés au niveau d’un établissement ou d’un réseau transverse.

Quelles formations ?

À ce niveau, l’opposition entre institution et associations semble plus prégnante.

La bonne volonté de personnes appartenant à l’institution est évidente, cherchant à faire avancer les choses. Des expériences de travail en groupe dans les IUFM existent, le réseau pairform@nce vise à développer les pratiques pédagogiques collaboratives. Des ressources sont à disposition (EDUCNET). Mais la lourdeur de l’institution est mal vécue par les participants de la base. L’augmentation de la charge des enseignants, la concurrence entre enseignants qui se profile au travers des réformes sont vécues comme des freins à la collaboration.

Les communautés de pratique non institutionnelles visent à proposer des formations légères, permettant de s’intégrer dans les communautés, elles privilégient la simplification des technologies pour mieux se concentrer sur les usages. La volonté d’essaimer les amène à se concentrer sur le métier d’animateur de réseaux.

En conclusion

Les innovations qui se développent dans la formation sont basées sur le développement de la confiance, la reconnaissance par les pairs, une démarche progressive.

Et si le collaboratif ne permet pas toujours un meilleur résultat dès le début, il semble que sur le long terme cela porte ses fruits. Pour finir avec une idée de Sébastien Hache, la construction de manuels numériques de qualité est le Cheval de Troie pour le collaboratif. En licence libre bien sûr.

Retrouvez également des vidéos de certains intervenants.

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