Le futur paradoxal de l’apprentissage numérique

Où l’on parle de formation au numérique et des conditions indispensables pour que celle-ci puisse être acquise par les jeunes (ceux dits natifs du numérique ou « digital natives »), en revenant sur 3 questions de base : Quoi, comment et les gens apprennent, et en analysant le paradoxe de chacune de ces dimensions.

Connaissez-vous Mendeley ? C’est un réseau social de gestion de bibliographies qui permet de gérer ses articles dans les nuages, de partager celles-ci au travers de groupes, de récupérer les citations … Son seul éventuel défaut est d’être uniquement en anglais, mais est-ce vraiment encore une limitation ? Puisque c’est un réseau social, il y a information sociale. En regardant les articles les plus lus en éducation, j’ai eu envie de faire une analyse de :

Warschauer, M. (2007). The paradoxical future of digital learning, 1(1), 41-49. Springer. Retrieved from http://www.springerlink.com/index/10.1007/s11519-007-0001-5

Que nous dit Mark Warschauer ?

Il s’insurge contre l’idée que l’apprentissage numérique nie les apprentissages classiques. Il cherche à montrer qu’au contraire, ils est nécessaire de développer une synergie entre les deux formes d’apprentissage.

Sur le Quoi : Littératie traditionnelle vs littératie numérique

Le quoi est bien entendu un apprentissage d’une littératie (litéracie ?) numérique, mais il fait remarquer que cette littératie s’appuie sur une culture sous-jacente qui est celle de la littératie classique, qu’il est inutile de maitriser des outils ou des formes nouvelles d’expression (comme la vidéo) si les capacités de compréhension, d’analyse, d’interprétation, d’écriture ne sont pas maitrisées. Les littératies traditionnelles sont renforcées par ces nouveaux outils, sont un point d’entrée pour en tirer parti. Une non-maitrise de la compréhension, de la capacité de créer du contenu peut transformer des jeunes en consommateurs passifs d’information pré digérée. M. Warschauer nous donne deux exemples de populations différentes qui exposés à des outils numériqus ont développé des pratiques différentes : des jeunes déjà mûrs ont effectivement développé leur sens critique, alors que des jeunes moins mûrs ont cherché à utilisé l’image pour éviter la lecture.

Autre exemple donné : l’incapacité de certains jeunes d’effectuer une recherche efficace par manque de connaissances de faits de base permettant de construire la recherche. Savoir trouver, c’est bien, savoir quoi chercher, c’est mieux !

La maitrise de la littératie, fût-elle numérique est bien d’acquérir un niveau d’analyse critique et non pas d’acquérir une capacité technique de créer un diaporama (un « PowerPoint ») superficiel.

Sur le Comment : apprentissage autonome vs. apprentissage guidé

L’objectif de la formation, que l’on soit dans le cadre numérique ou traditionnel, est bien de rendre les apprenants autonomes. Et pourtant, cette autonomie ne saurait s’acquérir de manière autonome !

M. Warschauer remet donc en question l’idée que l’apprenant doive passer sur statut de sage sur l’estrade (sage on the stage) à celui de guide à coté (guide on the side). L’idée est que pour acquérir la capacité de s’organiser, d’analyser, d’interpréter … il est nécessaire de montrer comment faire. La place de l’enseignant est donc d’être un tuteur guidant dans la classe. Les instructions doivent être claires pour ne pas décourager les élèves et l’environnement doit être suffisamment structuré pour ne pas surcharger les capacités cognitives des apprenants. L’accompagnement engagé et présentiel est indispensable, la découverte au travers de l’ordinateur n’est en effet pas possible pour démarrer.

L’apprentissage de l’autonomie doit donc être guidé !

Sur le : apprendre dans vs. en dehors de la classe

Ce paradoxe est lié au précédent. On peut effectivement reconnaître que les personnes autonomes peuvent tirer parti des outils numériques pour un apprentissage informel. Mais là aussi, il est nécessaire d’avoir acquis un niveau suffisant pour en tirer parti. L’idée qui est véhiculée par certains dans les a priori numériques, c’est que puisque ces outils existent ils condamnent l’école, surtout si l’école reste incapable d’incorporer ces outils.

M. Warschauer cite au contraire des exemples de populations incapables de tirer parti de ces outils, car ces accès n’y sont pas perçus comme des avantages pour améliorer leurs conditions, mais comme au contraire des pertes de temps (on va sur des ordinateurs pour jouer)

Il est donc indispensable d’offrir une formation qui permette de guider (au sens donc d’un accompagnement actif) vers ces usages toutes les franges de la population.

M. Warschauer nous offre un point de vue sociologique sur la nécessité d’intégrer une pédagogie (au sens conduire à) aux littératies numériques, au sens littératie et numérique, pour éviter de renforcer les différences sociales par une fracture numérique. L’apprentissage informel suit donc un apprentissage formel, qui peut être réalisé dans la classe, ou à la maison. Mais dans ce dernier cas, il n’est pas partagé par tous.

L’apprentissage du numérique doit donc se faire dans un environnement classique.

Reste à s’approprier ces outils dans les pratiques, et montrer ce qu’on peut en faire, ce qu’on peut en retirer et comment faire. Cela afin de former des citoyens émancipées et autonomes.

Accompagner entre la salle de classe et le web, c’est également ce que je crois comprendre dans le diaporama qu’a présenté Olivier Ertzscheid la semaine dernière, sur ce que le média Internet pouvait changer dans les pratiques des enseignants.

Excellent, comme toujours, avec quelques messages subliminaux et donc sans doute plusieurs niveaux de lecture possibles. Tout un programme (de cinéma) : La salle, la classe, le web

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Une Réponse to “Le futur paradoxal de l’apprentissage numérique”

  1. Et si l’ENT, les réseaux sociaux et les tablettes étaient 3 facettes d’un même système d’apprentissage ? « Techniques innovantes pour l'enseignement supérieur Says:

    […] C’est là un des éléments de réponse. Beaucoup d’études convergent sur l’importance de maitriser la diversité des sources d’informations dans notre société, sur le fait qu’il faut amener nos élèves à apprendre autrement, que l’enseignant […]


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