Du bon usage de la vidéo de cours

Ou, le podcast comme support pédagogique

La vidéo de cours ou le podcast s’impose dans notre arsenal pédagogique. Mais l’intégration de cet outil technique ne s’improvise pas. Il fait même débat, chacun imaginant « le » bon usage.

Il semble plutôt qu’il y ait plusieurs usages, comme tout support pédagogique, suivant son intégration dans le processus pédagogique, et des contraintes de mise en œuvre. Pour mieux comprendre les choix possibles, passons en revue quelques options.

La durée tout d’abord :

  • Doit-on viser la durée d’un cours (entre 1h et 2h de rang) ? C’est une option que l’on trouve souvent, car elle permet de retransmettre directement un enregistrement d’une séance réelle. Cela peut être acceptable pour quelqu’un qui est réellement intéressé ou obligé de suivre l’exposé en question. Il est par contre plus difficile de prévoir un tel créneau à un emploi du temps, et de rester concentré sur une telle durée ;
  • Les personnes qui veulent rendre un amphi plus actif ou même interactif parlent tous d’une durée de 15′ suivie de 2′ de réflexion (sous forme d’échange ou d’exercice d’application) comme la meilleure durée pour l’apprentissage. Cela correspond à la durée d’une présentation lors de conférences, ou surtout à la durée d’une vidéo TED. Bref, suffisamment long pour développer une idée, suffisamment court pour que l’auditoire puisse suivre jusqu’au bout sans se lasser ;
  • Plus rapide, les vidéos de CommonCraft ou de Salman Khan présentent une notion en moins de 7′. L’attention est alors maximale ;
  • Évidemment, si on veut frapper fort, marquer les esprits, la durée d’une pub peut suffire. Par exemple, si vous n’êtes pas convaincu par les licences Creative Commons, allez voir ceci ;

À retenir, le passage à la vidéo repose le problème du rythme. Il est encore plus difficile d’être attentif devant un écran que dans un cours. Il est donc particulièrement important de changer de rythme, de proposer différents temps, par des exemples, des démonstrations, des pauses, pour conserver l’attention. On peut au contraire se permettre d’augmenter la dynamique grâce à la vidéo, en proposant une vidéo d’expérimentation non réalisable en salle, ou de jouer sur la dynamique de construction d’un schéma ou d’un scénario, comme on pourrait le faire avec un papier sur le coin d’une table (ou d’un tableau).

La place dans le cours

  • une vidéo peut être proposée avant le cours pour permettre aux étudiants de découvrir une notion, une thématique, l’aborder à son rythme. Le cours peut alors devenir un espace de questions réponses pour permettre d’éclairer les zones d’ombre, permettre l’appropriation, l’approfondissement.
  • Elle peut remplacer le cours, être le cours (ou une partie), ce qui permet d’économiser du temps enseignant, mais qui nécessite malgré tout des espaces de remédiation, soit au travers de TD, de forums, …
    • comme exemples de parties de cours, qui peuvent être diffusées de manière pertinente on notera : illustration phénomène, témoignage, écran d’ordinateurs …
  • Elle peut être proposée après le cours, notamment si elle est un enregistrement de celui-ci, pour permettre aux élèves de réécouter des passages mal compris, que ce soit pour des baisses d’attention (règle des 15′ d’attention) ou pour des problèmes de langues (nous avons plus de 40 nationalités sur notre campus). Elle peut également permettre de rattraper un cours. L’idée est ici, soit de tout se repasser, soit de retrouver le passage qui pose problème ;
  • Elle peut servir de également servir de support de présentation à un TP, à une manipulation donnée. C’est le tutorial tel qu’on le voit sur des nombreux sites de services innovants web.

Le Public visé :

  • Si le cours est considéré comme étant de qualité, il peut servir à la terre entière. Il y a en général alors un objectif de publicité de l’établissement. L’enregistrement sera repris, léché. La mise en scène sera importante ;
  • Il peut s’agir d’un enregistrement unique qui servira à chaque fois que le cours sera rejoué. Le public est donc l’ensemble des élèves qui suivront ce cours. C’est le choix qu’ont adopté nos collègues de Télécom Lille. Il est alors possible d’investir en ingénierie pédagogique pour que le cours soit le plus clair possible, pour compenser le manque de répétitions d’un cours traditionnel ;
  • L’enregistrement peut être considéré comme à durée de vie courte (la durée d’une session) pour les élèves suivant cette session. L’investissement à l’enregistrement doit être minimum, et le délai de mise en ligne doit être maitrisé, pour s’intégrer dans le déroulement de la session.

L’enregistrement doit-il se faire avec ou sans public ? C’est sans doute au choix de l’enseignant. Être face à un public permet de dérouler son argumentaire de manière plus naturelle, d’avoir une interaction qui permet de détecter à quel moment il y a un problème de compréhension. De plus, cela permet l’enregistrement d’un cours existant sans passer de temps additionnel.

Sans public, le coté vivant de l’exposé risque d’en pâtir (il est plus difficile de faire une blague à son écran), mais le déroulé de l’exposé peut être mieux maitrisé. La pression est potentiellement moindre pour l’orateur. Rappelons que l’objectif est que la vidéo soit vue, et que le contenu passe. À chacun de trouver son style.

Quel niveau d’équipement pour la prise vidéo ?

  • Le minimum correspond à un enregistrement sur son PC de son écran avec un casque microphone. Cela dit, au niveau technologique actuel, on peut faire des choses très correctes avec cet investissement nul.
    • On peut ajouter une webcam pour mettre une incrustation de l’orateur ;
    • On peut également adjoindre une tablette graphique pour permettre de saisir de manière dynamique schémas et autres équations ;
    • J’imagine, mais je n’ai pas vu faire qu’il doit également être possible d’enregistrer un tableau blanc interactif, puisqu’il s’agit finalement de l’écran du PC ;
  • Un studio d’enregistrement permet de mobiliser un équipement plus professionnel, d’assurer un meilleur éclairage, et éventuellement d’être assisté d’un technicien qui permettra des post traitements ;
  • En salle, on peut également envisager des caméras pour prendre le tableau et l’orateur en mouvement. Mais cela nécessite la présence de caméramans. Deux choix possibles : 1 professionnel, ce qui n’est dans les faits possible que pour des enregistrements de conférences plénières ou d’intervenants de renom, ou par les étudiants eux mêmes, ce qui oblige le caméraman à se concentrer sur le discours pour faire la meilleure saisie possible.

Le son est central dans la vidéo. Un mauvais son peut tout gâcher. Attention au micro, à son positionnement, son réglage. Si vous voulez quelques conseils, consultez nos amis de la pointe de Crozon et leurs guides des Baladocréateurs sonores (merci à @isa2886  pour cette suggestion)

Les usages visés et les écrans de consultation possibles. Là, on est dans un débat difficile. Quels usages imagine-t-on que vont faire les étudiants de ces vidéos. Vont-ils les consulter dans leur chambre, dans les transports en commun, sur un grand ou un petit écran ? À ce niveau, les enseignants et autres ingénieurs pédagogiques projettent et on n’a pas de retour fiable des étudiants.

Et suivant l’écran choisi, le chapitrage, la définition de tags des enregistrements, la capacité de prise de notes sont intéressants ou inutiles. Par exemple, si l’écran est petit et que la vidéo est une vidéo de révision, il faut sans doute privilégier simplement le diaporama, l’étudiant pouvant faire des avances rapides pour trouver le passage qui l’intéresse. Si la liaison est moyenne, la prise de notes synchronisée avec le serveur pourra poser problème …

Bref, si on imagine des usages, si on propose des choses, une co-élaboration des usages entre élèves, enseignants et techniciens reste à construire. Peut être sera-t-il nécessaire de proposer plusieurs sorties possibles pour coller à une certaine variété des usages.

Pour finir, quelques inconvénients à la vidéo :

  • Il est plus difficile de survoler une vidéo qu’un livre avant de rentrer dedans. Le nombre de niveaux de lecture est moindre, et donc on hésite plus à démarrer sa lecture. Pour baisser cette barrière, il y a des aides possibles qu’il faut développer : résumé, présentation critique, recommandations, nuages de tags, chapitrage, …
  • La prise de notes est plus difficile. Comment associer notes avec le passage, et les retrouver finalement ensuite ? Comment conserver ces notes accessibles ?

Et quelques avantages :

  • On peut s’arrêter, revoir, aller à son rythme ;
  • La dynamique possible est plus grande qu’avec un support statique type polycopié ou livre : les schémas peuvent être dynamiques, le ton de l’orateur peut aider à comprendre des subtilités … ;
  • Il est possible d’accéder à des présentations de gens connus, ou particulièrement clairs ! Et d’en discuter ensuite.

L’enjeu est donc bien d’intégrer un deuxième type de support de cours au classique polycopié ou livre de cours : la vidéo de cours. On passe donc d’un duo : cours – support statique à un triptyque : cours – support statique – vidéo. Ce qui permet en passant de varier les modes d’apprentissages.

Ce triptyque s’inscrit bien dans un schéma pédagogique défini par l’enseignant, et qui doit être rendu explicite aux élèves, au travers d’un contrat didactique clairement établi, pour qu’ils en tirent le bénéfice attendu.

Ce sont les éléments que je vois aujourd’hui. En avez vous d’autres à ajouter pour entamer le débat ?

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Crédit photographique : Podcast Studio B (Backyard) par Garrick, licence CC-by-nc-sa

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