Le numérique en classe : moins cher que le stylo !

On annonçait cette semaine un PC à moins de 20 euros, c’est à dire moins cher que la moindre calculette de nos enfants, que chaque famille est pourtant obligée de payer. Certes sans écran, mais quand même…

Bon considérons qu’il faille un vrai portable, une tablette ou un équipement de ce type, en y intégrant une assurance. Comme il doit être facile de faire des commandes groupées, on va tomber dans les 250- 300 euros. Il n’y a certainement pas besoin d’une machine extraordinaire au collège ou au lycée, il y a peut être moyen de descendre en dessous. Ça c’est pour les coûts.

Coté économies, le premier poste auquel on pense, ce sont les livres papiers qui peuvent devenir naturellement numériques et donc moins chers pour pleins de raisons : d’abord l’édition peut faire de nombreuses économies qui devraient logiquement se retrouver dans le prix final. Par ailleurs, ce passage au numérique peut encourager le développement de ressources éducatives libres qui peuvent permettre d’autres réductions (sans parler du reste). Ces coûts sont aujourd’hui supportés par la collectivité, mais peuvent en tout cas équilibrer une partie du prix (voire entièrement).

Second poste d’économies potentielles : le prix des fournitures scolaires supporté par les familles. On parle de 150 € chaque année. Parmi cela une soixantaine d’euros va dans l’équipement pour le sport. Disons qu’il y a encore une vingtaine d’euros pour des équipements comme les arts plastiques. Reste 70 € pour les cahiers, classeurs, crayons, gommes …. Sur 3 ans : 210 €, presque la valeur du PC précédemment cité.

Tout cela pour dire qu’en couplant un effort public et une participation des familles équivalente ou moindre qu’actuellement, on doit largement pouvoir financer des équipements numériques pour tous.

Bon, je force un peu le trait, c’est vendredi soir. Et je sens que le chiffrage exact me prendrait trop de temps (et est-il indispensable?) Cette réflexion me vient en fait d’une lecture d’un article de Steve Wheeler sur les technologies pour 2020 (en anglais) dans lequel il considérait que les technologies numériques deviendraient aussi naturelles que le crayon et le stylo le jour où elles seraient aussi abordables. Sauf que … un ordinateur ne remplace pas que le stylo, mais aussi la feuille sur laquelle on écrit, le livre que l’on consulte, la calculette pour le cours de maths, et j’en oublie.

D’où ce petit calcul, pour arriver à la conclusion, que si on le voulait, il serait possible d’équiper tous nos enfants dès la rentrée. L’obstacle n’est pas financier.

Vous n’y croyez toujours pas ? Quel est le taux d’équipement de téléphones mobiles ? 89 % au niveau du lycée en 2010! Or un mobile aujourd’hui c’est la puissance du PC d’il y a disons 5 ans. Et à cette date, on pouvait déjà faire tenir toutes les applications nécessaires pour une formation de ce niveau dans n’importe quel PC du commerce.

Si en plus, on se pose la question en termes de rééquilibrages des sommes engagées entre l’équipement à la maison, le cartable, et l’équipement dans les établissements, il doit y avoir moyen de dégager des économies et de réduire l’empreinte carbone.

Non décidément, l’argument de ne pas passer au numérique pour des raisons de prix ne tient pas.

La question est ailleurs :

  • Définissons ce que pourrait être un cartable numérique (j’entends un équipement qui prenne la place du contenu du cartable), entre parents, pédagogues, éditeurs. Il sera sans doute plus solide, à l’image de la calculette sur laquelle plus personne ne se pose de questions et qu’il remplacera élégamment ;
  • Formons les enseignants, permettons leur de s’approprier cet outil ;
  • Ne laissons pas les politiques décider d’investir au coup par coup tel ou tel établissement en fonction de la mode du moment. Équipement qui est alors imposé aux enseignants et qui ne savent alors pas quoi en faire. Mais demandons leur d’être volontariste et de définir un plan ambitieux qui revisite les modes de financement de toutes les fournitures et autres livres à l’école, et qui surtout accompagne les premiers intéressés à savoir les enseignants ;
  • et finalement abordons la dimension de l’équipement numérique dans sa globalité. Pas d’un coté l’école, de l’autre la maison, et du troisième la réduction de la fracture numérique.

Bref, définissons ensemble le remplaçant de la calculette, et des autres fournitures.

Cet équipement serait solide comme une calculette, communicant et mobile comme un smartphone, grand et tactile comme une tablette. Peut être l’écran de lecture serait « fixe » pour un confort de lecture. De manière amusante le projet OLPC (One Laptop Per Child ou un portable par enfant) a été défini pour les pays émergent, pourquoi ne peut on penser un OLPC pour nos contrées ?

Au fait l’ordre de prix d’un OLPC c’est entre 75 et 130$…

Crédit photographique : OLPC flat Par dnwallace licence CC by nc SA

NB : Cet article a été rédigé comme contribution au débat pour le colloque Le numérique pour changer l’École du 18 mai 2011. Publié initialement sous licence CC-by, il a été repris sur le site du colloque, sur la plate forme citoyenne Educavox, et sur @-brest.

7 Réponses to “Le numérique en classe : moins cher que le stylo !”

  1. ericb Says:

    Bonjour,

    J’ai amené deux machines avec processeur ARM au Salon des Ressources Educatives de Besançon, mercredi :
    – Beagleboard xM à $149
    – Smartbook EFIKA à 204 euros (clavier français et livré !)

    Ces deux machines, sur lesquelles j’a présenté OOo4Kids, ont fait sensation, et pourraient déjà faire l’affaire.

    • Jean-Marie Gilliot Says:

      @ericb : Merci pour ces exemples, ils confirment l’idée. J’ai pris une fourchette moyenne, pour placer l’idée.
      A mon avis, on est effectivement mieux placé que cela :
      – parce que le matériel, si on ne raisonne pas en dernier prix, mais en besoin, va encore baisser (l’exemple de la calculette est là, et est significatif pour ma génération : avant 1980, elle était interdite au bac, à cette date il y avait plusieurs options plutôt chères, puis avec les affichages de courbes tels qu’aujourd’hui il n’y a plus eu de débat, elle s’est démocratisée, et ne coûte plus rien aujuourd’hui). A mon avis, on doit pouvoir choisir un ou quelques équipements qui soient utilisables en classe, et qui soient pertinents pédagogiquement.

  2. cousciouness Says:

    non vous vous trompez un peu ( car le monde va très vite )

    l’avenir est le « smartphone » il n’y aura plus de pc

    avec la réalité augmenté on peut tout savoir, et tout savoir faire en continue et apprendre en continue ( votre éducation du XX eme siecle c’est finit totalement oubliez tout )

    https://singularite.wordpress.com/2011/05/11/les-17-champs-de-la-realite-augmentee/

    Donc je vous conseil : de penser PLUS A L’augmentation de la conscience des enfants, de la RATIONNALITE des enfants pour prendre des bonnes décisions (M eliezer yudkowsky va sortir un livre dessus c’est très important), l’augmentation de leur spiritualité, connaissance de soi : savoir comprendre ses propre processus psychique : c’est le minimum requis dans l’éducation du XXI eme siecle

    on y viendra , vous verrez

    • Jean-Marie Gilliot Says:

      @cousciouness : Oui, et non.
      Oui, le monde va très vite
      Oui, le mobile a sa place, j’aimerai bien qu’on y réfléchisse ensemble avec une vue globale (voir Apprendre avec le téléphone mobile, y réfléchir ensemble ?
      Oui, la réalité augmentée va changer notre rapport au monde et nous permettre d’apprendre avec l’environnement (voir Visualiser les informations d’un objet)

      Non, le mobile tel qu’il est ne remplacera pas le PC. J’ai fait attention à n’utiliser le mot PC ou portable qu’à titre d’exemple (numérique dans le titre, objet hybride dans la conclusion), car si l’on peut apprendre beaucoup de choses par le mobile, c’est pour moi une modalité parmi d’autres. Il faut varier les points d’entrée pour permettre à tous d’apprendre, et d’apprendre des choses variées. L’écrit reste une modalité efficace. Si voir de près est démonstratif et impacte l’affect, il faut également pouvoir prendre du recul, pour réfléchir, pour abstraire.
      Non, le XXIème siècle n’est pas spécifiquement spirituel, même si une connaissance de soi revient bien dans le focus en encourageant des pratiques réflexives.
      Non, il n’est pas nécessaire de disposer de coller à la vitesse du monde. Il est par contre nécessaire de ne pas s’en déconnecter à l’école.

      et bravo pour la galerie d’usages dans votre article.

      Jean-Marie Gilliot

  3. ericb Says:

    En effet, je me concentre sur le possible, pas le pensable🙂

    OOo4Kids sur Linux ARM, c’est déjà être en avance sur le matériel qui va sortir dans le grand public.

    Ensuite, il est important de comprendre ce qui se passe réellement dans les écoles. La réalité, c’est :

    * 95% des enseignants n’ont pas les compétences ou ne croient pas au numérique (à raison très souvent)
    * un réseau qui ne fonctionne pas. Et je ne parle pas de certais pays avec qui organiser une vidéo-conférence n’est même pas réaliste.

    Donc la réalitée augmentée, on n’et pas prêt, et pour longtemps😉
    (le cloud computing est un délire de marketeux) : je

    • Jean-Marie Gilliot Says:

      @ericb Pour ma part, j’essaye de faire des allers retours en possible et pensable.

      Tout à fait d’accord pour dire qu’il y a manque de compétences, et que les essais précédents ont amené à une méfiance, voire à un renforcement de l’idée que « ça ne marche pas » et de la manière dont c’est déployé, c’est souvent vrai.
      Pourtant, et le actions que vous menez autour de OO4kids et bien d’autres montrent que quand les enseignants (et j’élargissais aux parents dans cet article) sont associés on peut faire des choses qui marchent.
      Pourquoi demande-t-on aux enseignants de choisir leurs livres de cours, et pas leur environnement numérique ?

      Quant au cloud, ce n’est pas un délire de marketeux, cela fonctionne dans nombre d’enterprises. Par contre, c’est vrai que le terme a été repris et connoté par les marketeux pour le réduire à ce qu’ils savent vendre (ce n’est pas la première fois). Pour moi Web2 et cloud, c’est pareil. Et on peut mettre en place un web2 ou un cloud basé sur des outils libres, qui ne soit pas ancré dans le monde marchand.


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