Triche numérique au bac

Où la répression est encore une fausse bonne idée.

Tombé ce matin sur 2 journaux gratuits dans le RER/métro qui titraient tous deux sur les « nouveaux tricheurs au bac » ou la « triche au piquet ». La réaction principale dans ces articles, malheureusement trop révélatrice de l’état de notre société est d’augmenter la répression. L’autre élément de ces articles est évidemment de décrire les modes de triche possible. Mais aucun ne se pose la question de comment éviter ces tentations de triche. Voyons un peu ce qui serait possible.

Entre ces 2 journaux, la double page de Métro proposait plus d’informations :

  • un lien vers une page antisèches dédiée. On notera le truc de la bouteille d’eau antisèche ;
  • la proposition de mettre en place des brouillages, en soulevant les difficultés techniques et légales (et sans doute financières) ;
  • une description complète des outils high-tech recensés : calculatrice programmable (bon, celui la cela fait plus de 20 ans qu’il est dans les cartables), baladeurs numériques (pour leurs dictionnaires et autres Bescherelle), smartphone (le couteau suisse de l’étudiant) et la « montre du futur » (futur semble-t-il déjà disponible qui ressemble à un organiseur au poignet). ;
  • et surtout une petite interview d’un historien, Philippe Marchand. Celui-ci rappelle qu’il y a deux techniques principales : le remplacement du candidat par un individu plus compétent et l’antisèche.

Examinons donc ces deux techniques :

  • Le remplacement du candidat. Celle-ci peut être physique ou virtuelle.
    • Pour le coté physique, j’ai toujours eu cette peur quand j’ai joué le rôle de l’examinateur. Le candidat présente sa carte d’identité sur lequel il a souvent entre 10 et 13 ans. Il est à mon avis facile à un grand frère (sœur) ou à un cousin(e) de prendre sa place. Sauf si au travers des réseaux sociaux, de la mise à disposition de photos de classe on récupère des photos plus récentes, numériquement disponibles pour l’examinateur !
    • Pour le coté virtuel, le candidat pourrait se mettre en connexion avec un complice extérieur, ou ses voisins. Dans ce cas, le brouillage peut se révéler efficace, sauf pour les moyens classiques : murmures et petits papiers. Par contre, si l’utilisation des outils numériques était autorisé, il serait plus simple de tracer les accès à Internet. Mais, en fait on est également sur un autre problème. On valide par ces examens qu’un élève est capable de résoudre un problème seul. Mais est ce encore ce que l’on veut à l’heure où l’on vante les valeurs de collaboration et l’on regrette les tendances à l’isolement individuel. Est ce que les modes de travail prônés, évalués par notre système scolaire sont en phase avec notre système de valeurs ?
  • L’antisèche. L’existence de cette pratique repose sur quelques idées : d’une part, il faut que l’élève apprenne par cœur un certain nombre de notions pour maitriser son cours, d’autre part la construction d’antisèches est un bon mode de révision. Dans l’école où j’ai fait mes études d’ingénieur, on autorisait ce genre de fiches (avec un format normé). Et dans celle où j’exerce actuellement, l’enseignant a la liberté d’autoriser les documents. …. En fait, on est bien dans un problème de modèle d’évaluation qui est basé sur le par cœur. Changer de modèle de copie (pour reprendre l’idée de Michelle Laurissergues dans le smartphone et la triche) est plus exigeant pour l’enseignant qui doit revoir ses modalités d’évaluation, mais aussi pour l’élèves qui du coup ne peut plus espérer faire quelques points en récitant sa leçon. En fait c’est bien du système d’évaluation tout entier et donc du diplôme dont il est question. Les danois l’ont fait en autorisant l’ordinateur à l’examen. Du coup les jeu du chat et de la souris n’a plus le même sens. Du coup, le statut de l’équipement numérique passe du statut d’ennemi combattu au statut d’outil support d’une forme de littératie numérique considérée comme intégrée à la formation ;

Plutôt que d’envisager d’augmenter la répression et de mettre en place des systèmes techniques imparfaits, parce que n’ayant pas identifié le problème, ne serait-il pas temps de se reposer la question de ce que l’on souhaite évaluer et des modalités cohérentes avec ces objectifs ?

La démarche par compétences a commencé à être mise en place et devrait viser à répondre à la question des objectifs de formation. Le système d’évaluation correspondant n’a pas encore été envisagé. Imaginer que des évaluations sur feuille sans ressource de travail permettent de les valider serait la négation d’une telle démarche.

Il est bien temps de revoir la copie !

 

Crédit photo Poor Marc Has No Idea She CHEATS! Par Mr_Stein licence CC-by-nc-sa-2.0

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2 Réponses to “Triche numérique au bac”

  1. Emiliebouv Says:

    Le lien le couteau suisse de l’étudiant ne fonctionne pas 😉
    Merci pour votre article très intéressant comme d’habitude.
    Emilie


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