Numérique à l’école en 2012

Hasard, ou perspective présidentielle, 3 articles proches sont passés sous mes yeux :

Il semble qu’il y ait donc bien des déceptions qu’il sera difficile de gommer et des envies sans doute non exprimées qui mériteraient d’être débattues pour éviter de futures désillusions. Il y a donc bien besoin d’un accompagnement au changement pour ne pas voir perdurer des pratiques traditionnelles décalées.

Il y aurait bien besoin d’un débat public, d’un Grenelle sur l’école et le numérique. Nombre de collègues avaient annoncé que ce débat aurait lieu pendant la campagne présidentielle. Cela semble bien mal engagé. En tout cas, une réponse par l’évolution de la gouvernance semble insuffisante, ne serait ce parce qu’elle n’intègre pas tous les acteurs, et parce qu’elle impose comme une évidence certains modèles qui mériteraient d’être discutés :

  • une approche par les équipements, qui pourrait être allégée si on étudie une approche dans laquelle ces équipements appartiendraient aux élèves (AVAN) ;
  • l’existence de plate formes dédiées/ contrôlées / centralisées pour la gestion des ressources ;
  • la prééminence des éditeurs comme producteurs de ressources, n’intégrant pas explicitement des modèles plus participatifs qui font pourtant la richesse du web.

Le scénario grosse fatigue, à savoir un rejet du numérique, pourrait continuer à faire prendre du retard à l’intégration du numérique dans l’école.  (autre version de grosse fatigue : la grosse fatigue des réseaux sociaux) Pour permettre au numérique de décoller en classe, il faut :

  • mettre en confiance les différents acteurs. Alors que pour l’instant c’est plutôt la méfiance généralisée, et la peur de l’internet qui est mise en avant ;
  • rendre l’usage le plus simple possible. Les outils actuels le permettent. Les a prioris, la mise en place de blocages, l’usage de technologies complexes (les ENT) ;
  • baser cette mise en place sur les besoins des enseignants ; leur donner les moyens de travailler dans ce sens (par exemple en les aidant à s’équiper et en leur permettant d’utiliser leur matériel personnel/professionnel dans l’établissement) ;
  • bien sûr former les enseignants au numérique. Par exemple, si le constat que le tableau numérique interactif ne modifiait pas trop profondément la classe est clair, beaucoup d’autres usages changent le rôle de l’enseignant, l’organisation de la classe et les temps d’apprentissage ;
  • encourager les échanges et le travail collaboratif entre enseignants. C’est à la fois un moyen de s’engager, mais aussi d’expérimenter certains éléments qui font la richesse des environnements numériques ;
  • explorer, définir ensemble l’évolution de l’école pour intégrer le numérique, développer l’esprit critique et toutes les dimensions de la litéracie numérique

Pour compléter, j’avais répondu au questionnaire préalable d’Aurélie Julien pour l’article de Ludovia. Je le reproduis ci-dessous parce qu’il m’avait obligé à réfléchir sur plusieurs points.

Question N°1

A l’aube des présidentielles, en tant qu’enseignant dans quel état d’esprit vous sentez-vous, en ce qui concerne vos missions quotidiennes ?

Pointez les difficultés auxquelles vous êtes tous les jours confrontés pour exercer votre métier.

Dans mon établissement, nous avons été peu impactés par les réformes et les réductions de postes. Le seul élément qui nous concerne directement est cette course à l’évaluation et au dépôt systématique de projets pour obtenir des financements. Si tout le monde s’accorde qu’il peut être intéressant de structurer la réflexion, le degré de concurrence fait qu’il y a parfois du découragement et en tout cas une énergie trop importante qui est détournée des métiers de fond (enseigner et chercher) au profit d’ activités (évaluation et rédaction de rapports divers) qui ne devraient pas atteindre ce niveau.

Cela se traduit par un niveau de travail qui n’aide pas à prendre du recul. Et pourtant, il faudra se donner du temps pour faire évoluer nos pratiques.

La proximité de la présidentielle n’a pour l’instant que peu de résonance avec l’activité du quotidien.

Question N°2

Les apparitions du numérique dans l’éducation dans les propositions des différents candidats aux présidentielles sont brèves pour ne pas dire inexistantes. 

Pourtant, le numérique déjà présent dans notre quotidien, va certainement devenir celui de l’enseignant, de l’établissement, bref le quotidien de toute la communauté éducative.

Qu’en pensez-vous ?

L’élément fondamental qui se joue actuellement autour du numérique n’est pas au niveau de l’éducation, mais autour des discussions portant sur ACTA. L’adoption d’un tel accord risque de briser la dynamique de partage, de production de contenu par les utilisateurs, de construction collaborative. Bref, tout ce qui fonde les améliorations mises en avant autour des approches pédagogiques basées sur le numérique. Le vrai débat est à ce niveau.

Au niveau politique éducative, nous avons eu de nombreux rapports (voir par exemple la page de la seconde mission Fourgous : http://www.missionfourgous-tice.fr/Rapports-et-etudes-anterieurs). Tout est dit, mais rien n’est retranscrit dans les propositions des candidats. Pourtant si le numérique doit devenir le quotidien de tous, il faut que tous s’engagent. Et le rôle du politique serait bien de donner un signal fort pour entrainer l’adhésion de tous.

Question N°3

Pensez-vous que le numérique soit un des grands changements pour l’éducation de demain ? Est ce, d’après vous, une priorité ?

Nous savons que l’innovation est essentielle aujourd’hui, et que l’humanité, ou du moins la démocratie est face à la question de sa survie par rapport aux dérèglements qu’elle opère sur la nature. Nous savons que nos élèves changent. Nous savons que le numérique change la société de l’information, de la connaissance, du travail. Nous savons que la France prend du retard sur ces grands enjeux. Changer d’éducation ? Oui, c’est une priorité absolue. Mais le numérique n’est qu’un élément du système, bien que présent  à plusieurs niveaux.

Par numérique, il faudra être clair sur ce que cela  recouvre.  En termes d’objectifs pour les élèves cela regroupe :

  • La capacité à jongler avec les connaissances numériques, ce que l’on appelle la littératie numérique, qui englobe notamment des dimensions d’esprit critique et de culture des médias ;
  • La compréhension de l’informatique, du numérique en tant que science pour pouvoir comprendre les grands choix techniques, économiques et législatifs influent sur l’évolution de notre société.

Ce n’est pas l’un ou l’autre, mais bien l’un ET l’autre qu’il faut maitriser. Et cela nécessite d’aborder les problèmes avec une vue globale, systémique.

C’est également un ensemble de moyens et d’outils pour l’enseignant pour renouveler sa pédagogie, son rapport avec ses élèves, et pour casser son isolement dans sa classe, qu’il doit apprendre à apprivoiser.

Mais cela nécessitera une démarche volontaire, une redéfinition de l’école, et donc de faire évoluer le corps enseignant, pour permettre des pédagogies qui soient basées sur des objectifs encourageant analyse et créativité. Nous connaissons tous les modèles basés sur de telles ambitions, nous savons qu’ils fonctionnent, mais l’institution les a toujours rejetés.

Il y a donc bien besoin d’une vision portée par les décideurs. Il faut passer d’une politique qui suit avec retard les évolutions de l’informatique à une ambition de changement de l’école.

Question N°4

Dans votre métier et au poste qui est le vôtre au quotidien, quels freins au développement du numérique pouvez-vous constater et quelles solutions à mettre en place proposeriez-vous au prochain Ministre de l’éducation nationale ?

Le frein principal vient d’une volonté de contrôle par l’institution. Le web social est profondément horizontal, la tradition républicaine française profondément verticale. Si l’on veut pouvoir avancer, il faut privilégier la souplesse dans le système plutôt que de tout planifier. Plutôt que d’imposer des outils, il faut privilégier l’expérimentation, rendre la liberté pédagogique aux enseignants.

Pour que cette liberté pédagogique devienne un vecteur de changement, il faut encourager le développement d’échanges entre enseignants. Internet permet aujourd’hui de construire des communautés de pratiques Il en existe déjà de nombreuses, qu’elles soient disciplinaires, ou généralistes, qui se croisent et échangent entre elles.  Bien sûr ces échanges doivent être prolongés au niveau des établissements et de académies.

Vu l’évolution rapide des technologies, plutôt que d’essayer de suivre les évolutions, il faut les accueillir dans l’établissement en essayant de réfléchir à une solution qui permette aux élèves et aux enseignants de venir avec leurs propres équipements numériques. Cela ne reviendrait sans doute pas si cher. D’ailleurs, n’oblige t’on pas déjà nos élèves de collèges et de lycées à apporter un équipement numérique qui date des années 80, à savoir la calculette.

Question N°5

En quelques mots seulement, décrivez nous comment vous vous imaginez l’éducation numérique de demain ?

Le numérique demain liera l’information, le virtuel au réel. De même l’éducation doit faire le lien entre l’expérience réelle, humaine et l’information, la réflexion.

Le numérique doit permettre de privilégier l’accompagnement de l’élève.

Crédit photo : Driver Fatigue crash zone par tm-tm – licence CC-by-sa

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