Évaluation et REL, une vue économique européenne

Christine Vaufrey (rédactrice en chef de Thot Cursus et animatrice d’ITyPA) m’a récemment indiqué cet article : Peut-on valider la démarche Open Learning par des certifications ? sur elearningeuropa.

Le teasing de l’article nous ramène à une des questions centrales levées par les MOOCs (qui sont d’après Stephen Downes un forme de REL), celui de la certification :

Les ressources éducatives libres (REL) peuvent s’analyser en lien avec la tension fondamentale apparente dans les systèmes éducatifs modernes, en contrastant fonction pédagogique et processus de sélection.

L’objectif de l’article (son auteur Bernd Remmele est un professeur de l’économie de l’éducation) est d’identifier des services commercialisables. Son premier constat est qu’il existe une tension dans la formation entre l’accès à la formation (d’égalité des chances) et la fonction de sélection pour l’accès à des meilleures carrières (réponse au marché). Son point d’entrée est de savoir pourquoi certains seraient prêts à payer. Sa vision est que l’accès à des diplômes ouvrant à des perspectives de carrière est monétisable, et que la sélection de ressources pertinentes et de qualité pour pouvoir se former sont des services à valeur ajoutée. Ce pont entre deux aspects certification et qualité des REL rend son discours plus difficile à lire.

Coté certification, on retiendra qu’elle peut être effectivement découplée de la partie apprentissage. D’une part la certification par apport de preuve de l’acquisition de compétences, par portfolio et par des dispositifs comme celui de la « valorisation des acquis de l’expérience » tel que pratiqué en France. Ces démarches sont lourdes mais seules possibles pour valider des compétences informelles. D’autre part des cadres de compétences par métiers existent, notamment en Angleterre (NVQ pour National Vocational Qualifications framework) qui peuvent permettre de servir de support pour la construction de portfolios.

On pourra noter également l’intérêt de proposer des tests de positionnement pour identifier les apprentissages à réaliser.

Coté ressources, il note pour la regretter le caractère distribué et non formel des ressources disponibles. Il considère donc qu’il y a une demande pour des ressources dont on connaît le contexte d’utilisation et que l’on peut raccrocher à un objectif de formation. Il est amusant de constater que pour lui une REL est une ressource utilisée en informel, tout en reconnaissant qu’elle peut provenir d’un contexte formel dont justement on perd la trace. Proposer la contextualisation et l’assurance qualité sur des ressources pourrait être un service intéressant. Il considère en effet que seul des services commerciaux (prenant en compte les besoins clients) sont susceptibles d’assurer cette qualité. Il ne croit pas que la communauté puisse s’emparer de l’amélioration qualitative d’elle même, mais semble considérer que la communauté pourrait évaluer la qualité de ressources dans le cadre de formations identifiées.

Ce qui fait écho aux questionnements des MOOCs, c’est d’une part l’approche par modèle économique, tout comme les américains. On pourrait poser la question différemment en se positionnant dans une vision élargie de service public, et aborder la question de l’ouverture selon :

  • l’amélioration de l’efficience (résultats versus coût de fonctionnement) ;
  • l’opportunité de délégation de certaines fonctions (peut-on / doit-on sous traiter le passage d’examen, son évaluation ? ) ;
  • le développement de leviers externes pour encourager l’amélioration. L’accréditation des formations est réalisée de manière indépendante, on pose ici la question de la qualité des ressources.

Dans cette perspective, ce qui est intéressant c’est que par cette approche d’ouverture et de formation tout au long de la vie, on se repose la question de services à différentes du processus complet de formation : ici, la réalisation, l’indexation, l’amélioration de ressources éducatives (libres), le positionnement et la certification des apprentissages d’autre part.

Poser ces questions uniquement dans un cadre d’opportunité de valorisation économique semble toutefois réducteur, tant la question citoyenne semble proche, et la puissance des communautés du web potentiellement porteuses. La question du processus d’apprentissage pourrait également aider à revisiter certaines hypothèses du discours.

Par exemple, si l’on vise dans les compétences à atteindre des capacités d’analyse, de choix, de synthèses de sources (ou dit autrement de littératie numérique on peut reposer la question de l’appropriation des ressources qui n’est plus alors service à valeur ajoutée, mais partie intégrante du processus d’apprentissage. Dans quel cas sera-t-on prêt à renoncer à l’un pour l’autre ?

Également, entre REL et acquisition de compétence, il y a forcément une dimension d’activité qui est absente de la discussion et qui est pourtant au cœur de la certification. Lesquelles peuvent se faire au travers de REL, quels autres supports sont nécessaires à ces acquisitions, c’est toute la place des organismes de formation qui se pose ici.

Crédit photo : Day #93 OER Par edtechie99 – licence CC-by-nc

Une Réponse to “Évaluation et REL, une vue économique européenne”

  1. Évaluation « Mooc ITyPA : blog de Bruno Parmentier Says:

    […] Évaluation et REL, une vue économique européenne. […]


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