Gérer la nouvelle d’un attentat dans un MOOC

Un MOOC est un espace public, géré par une équipe d’enseignants, et à ce titre un enseignant peut se trouver à devoir réagir publiquement à des événements aussi extrêmes qu’un attentat. Nous en avons eu un malheureux exemple cette semaine dans le cadre du MOOC sur l’écotourisme coorganisé par des collègues de l’Université de Sousse. Si je suis sensible à cet aspect, c’est que j’avais rencontré Samiha KHELIFA lors d’une session de formation que j’animai pour l’AUF sur l’animation d’un MOOC.

Je pense donc avec émotion à mes collègues, mes amis tunisiens qui se retrouvent embarqués dans des événements qui attaquent et remettent en question leur pays et ses valeurs. Au delà de l’émotion, j’ai appris l’existence de l’attentat de Sousse au travers de leur message suite à l’annulation du webinaire qui était prévu en soirée. J’étais en effet en déplacement et le courriel était ma seule liaison d’information :

« Chers apprenants

Comme Vous avez pu le constater, il nous a été impossible d’établir la connexion pour le 3ème webinaire compte tenue des évènements (attentats) en France et en Tunisie

Nous nous excusons auprès de Vous et nous vous donnons rendez-Vous pour la semaine prochaine à la même heure avec nos invités

Merci pour votre compréhension

Samiha KHELIFA »

Sobriété et transparence étaient de rigueur. On est ici dans la gestion de la crise, et la réponse rapide pour maintenir informée la communauté est bien ce qu’il y a à faire directement.

Par la suite, plusieurs scénarios étaient possibles :

  • la communauté des apprenants interpellait les enseignants, par des messages de sympathie, ou par des questionnements sur l’effondrement du tourisme suite à un tel attentat, et forçait à aborder le sujet ;
  • l’équipe enseignante se saisissait de cet événement pour susciter le débat par rapport au sujet du cours, l’écotourisme, et l’étudier suivant les dimensions abordées dans le cours ;
  • le cours continuait comme s’il ne s’était rien passé, pour ne pas perturber son déroulement, dans un souci de la continuité de l’enseignement.

C’est ce dernier scénario qui a été choisi. Les réactions restant absentes, il était effectivement possible. Il a sans doute fait l’objet de discussions au sein de l’équipe pédagogique. Il serait d’ailleurs intéressant de voir si on constate une évolution des participants suite à cet événement.

Il me semble qu’il élude une question de fond, qui est sans doute à aborder dans une enceinte différente de celle d’un cours, mais qui est aussi un véritable enjeu de société. Reste donc à trouver comment l’aborder pour envisager le développement d’un écotourisme dans une société confrontée au terrorisme. Ce pourrait être une suite d’un tel cours dans un environnement plus adapté au débat.

J’espère que je ne vais pas trop loin ici, mais l’exemple d’Irène Frachon nous pousse à nous poser la question du rôle citoyen de l’enseignant dans l’exercice de son métier. Des sujets comme l’écotourisme ou la gestion des risques amènent les enseignants à être confrontés avec l’actualité. Il est de leur rôle de garder une certaine distance pour permettre l’analyse, mais ils sont nécessairement interpellés par la société civile qui attend justement des éléments d’analyse pour pouvoir surmonter les simples faits.

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