Sur la reconnaissance ouverte des ressources d’apprentissage 

Il n’est pas facile de trouver une bonne ressource pour répondre à un besoin d’apprentissage. Certains considèrent que c’est le rôle des institutions, des enseignants, des parents que de choisir les meilleures ressources, mais pourtant, dans tous les autres domaines de l’information, le web et les démarches collaboratives ont proposé des alternatives viables. Pourquoi rien de tel en éducation ?

Les moteurs de recherche permettent de trouver une information sur n’importe quel sujet, mais ne permettent pas de différencier les ressources qui vont être adaptées à un apprentissage. La raison est d’ailleurs sans doute que la notion d’apprentissage est elle-même plurielle et dépend du contexte qui suscite le besoin, difficile donc de donner une réponse toute faite qui convienne à tous. Mais si une approche collaborative ouverte pouvait apporter de meilleures réponses ?

Petit tour de l’existant

Même si on restreint notre recherche, par exemple sur des MOOC, comment savoir si le cours était intéressant, bien fait, inspirant, ou pas. En général, autant pour choisir un smartphone ou un PC, il est facile de trouver des avis, et de consulter les retours des utilisateurs qui sont systématiquement récoltés notamment par les sites marchands, autant il est difficile de trouver des avis sur des ressources pédagogiques. La notion de recommandation semble s’arrêter à l’entrée des sites de formation, que ce soit les plateformes de MOOC, les sites de dépôt de ressources comme les universités numériques thématiques, les sites privés, ou même les sites contributifs.

En effet, et ce sera notre premier point, les sites, institutionnels ou non, ne permettent pas aux inscrits de publier leur avis sur les cours proposés. Tout au plus, nos participants pourront remplir un questionnaire de satisfaction au terme de la formation à destination exclusive de l’équipe pédagogique, comme cela se fait classiquement dans les établissements de l’enseignement supérieur. Cela ne permet ne permet pas par exemple de comprendre pourquoi certains ont abandonné, alors que la est question fondamentale, au moins dans le cadre des MOOC. Et par ailleurs, ces données ne sont pas publiées, aucune information n’est proposée aux futurs inscrits autre que celles choisies par l’équipe pédagogique. C’est une différence de fond par rapport aux autres fournisseurs sur Internet.

Deuxième point, dans le monde de l’économie collaborative, il existe des sites comparateurs qui permettent de s’informer sur les meilleures offres. Une première analogie serait un LearningAdvisor sur le modèle de TripAdvisor (malheureusement le LearningAdvisor existant est plus une extension d’une université privée qu’un conseiller neutre) Dans le cadre de la formation, ceux-ci sont peu nombreux et limités en termes de types de ressources. Seuls les MOOC ont suscité une envie de « consommer » de la formation pour un large public, il est donc logique que les comparateurs pédagogiques se soient concentrés sur eux. Entre MOOC-list et Class-Central, seul ce dernier cherche à recueillir les avis des internautes. On a donc ici une possibilité de choix en fonction de recommandations. Par contre, quand on regarde les MOOC en français, deux aspects importants de ce genre de site apparaissent clairement.

D’une part, le nombre de MOOC recensé est très peu nombreux. Par exemple pour OpenClassrooms sur Class-Central, il n’y a que les cours proposés par Microsoft Academy qui apparaissent. Cela pose la question de comment est construite la liste des cours proposés. Cela pose pour le moins la question de choix éditorial de tels sites comparateurs. Nous ne sommes pas dans une démarche exhaustive, loin de là. En tout cas la construction de l’offre n’est pas faite selon la popularité, ni les propositions des internautes. Bref le choix initial, l’ajout n’est pas ouvert.

D’autre part, il n’y a quasiment aucun commentaire déposé. Est-ce que le monde francophone n’est pas prêt à évaluer et commenter un cours ? Ou est-ce que le site n’est pas consulté par les internautes francophones, tout simplement parce que ce site est en anglais ?

Troisième et dernière point sur l’existant, les sites existants continuent à penser que des experts sont les plus à même de proposer des bonnes ressources (Et pourtant l’histoire de Wikipedia tend à démontrer le contraire). Un premier site « J’enseigne » propose ainsi aux seuls enseignants de recommander des ressources à des collègues. Bref, l’internaute devra attendre que son professeur (s’il en a un) lui propose la « bonne » ressource. Sinon, dans une approche plus startup Kokoroe se concentre sur les « compétences de demain » des sujets nouveaux et propose des supports sélectionnées par des experts du domaine concerné. L’idée est alléchante, il y a tout de même deux limites. Le fait qu’un expert n’est pas forcément le meilleur vulgarisateur, et le fait que là encore l’internaute n’a pas son mot à dire. La production participative (crowdsourcing) ne serait donc pas possible pour la formation ?

Il est donc clair qu’il n’y a quasiment pas de retour sur les cours, ou les ressources pédagogiques en général, ni pour aider les internautes dans leurs recherches, ni pour les personnes qui ont déposé des ressources, ou alors de manière très contrôlée qui ne tire donc pas parti des dynamiques de partage liées au web. Non seulement cela limite le choix, ne permet pas d’accompagner le développement d’une auto-direction des apprenants, mais cela prive aussi les concepteurs de retours potentiels qui permettraient d’améliorer les ressources et leur organisation en dispositifs.

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Quelle solution ?

Puisque les institutions proposant des ressources d’apprentissage ne veulent pas gérer des retours ouverts des utilisateurs, puisque les sites de conseil connus ne sont pas impartials (LinkedIn nous propose déjà des cours, mais ce sont les siens…), il serait sans doute intéressant de réfléchir à d’autres alternatives. À quoi pourrait ressembler un tel service ?

Une option serait de proposer un service de partage de ressources en appui à une classer renversée. Les apprenants pourraient partager, publier les ressources qu’ils trouvent pertinentes et donner des avis sur celles des autres. En gros une bibliothèque contributive ouverte dans le cadre d’une classe.

Dans le même sens, un tel service pourrait être basé sur un système de gestion de signets (bookmarks) sur le modèle de diigo, ou de bibliographie (en recherche il existe des outils comme zotero ou bibsonomy) permettant le classement par tags. Mais ceux-ci ne semblent pas avoir gagné beaucoup de popularité. L’organisation de groupes, de communautés partageant les mêmes intérêts et promouvant des ressources externes pourrait être intéressante.

Une infrastructure intéressante de reconnaissance ouverte est celle des openbadges. Nous avons vu que la nouvelle spécification permettait une reconnaissance croisée. L’appréciation d’une ressource en la liant à un badge permettrait de compléter ce croisement, en qualifiant non seulement le porteur du badge, mais aussi les moyens qui lui ont permis de l’obtenir…

Bref, la question est posée. Comment reconnaître et partager des ressources pour apprendre ? Comment ouvrir cette opportunité, pour que chacun puisse plus facilement trouver une ressource ou un cours qui lui convienne ? Y voyez-vous un intérêt ? Avez vous des idées ?

Cela dit, j’ai sans doute raté quelque chose d’évident. Si c’est le cas, n’hésitez pas à m’en faire part.

Crédit photo : Crowdsourcing par Cambodia4kids.org licence CC-by

 

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Une Réponse to “Sur la reconnaissance ouverte des ressources d’apprentissage ”

  1. Sur la reconnaissance ouverte des ressources d’apprentissage - Les Communs d'Abord Says:

    […] un article du 7 janvier, Jean Marie Gilliot, animateur du blog TIPES, Techniques Innovantes pour […]


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