Badgeons dans les Fablabs

L’idée de reconnaître des savoirs, savoir-faire, compétences… au travers de badges n’est pas nouvelle, on peut penser même au mouvement scout. La notion des brevets développée dans le livre de Michel Authier et Pierre Lévy « les arbres de connaissances » qui permet à chacun de définir un savoir et de le partager pour construire un arbre de connaissances est particulièrement inspirante. En 2011, Mozilla a lancé une initiative, les Open-Badges qui ont permis de remettre ces idées au goût du jour numérique. Nous en avons parlé plusieurs fois dans ce blog, et plus particulièrement il y a deux ans à l’occasion du Forum des Usages Coopératifs, pour parler de la venue de plusieurs acteurs de ce mouvement. Depuis, le mouvement a prospéré.  L’éducation nationale regarde. Après Badgeons la Normandie, ce sont les Pays de la Loire qui s’y sont mis, pour dynamiser leurs territoires autour des secteurs de l’éducation et de la formation, de l’insertion sociale et de l’emploi au service de la construction d’un territoire apprenant.

En Bretagne, cela bouge aussi. La semaine prochaine une après midi pour parler de badges, suivie d’une conférence-débat sur le sujet est organisée à Brest.

Les Fablabs ont plusieurs enjeux autour de la question des badges. Le premier, en tant que tiers-lieux inscrit dans les territoires, est aussi la question de la dynamique d’un territoire apprenant. Le second, plus spécifique, est de reconnaître les savoirs spécifiques des fablabs, notamment pour permettre l’accès aux machines qui y sont hébergées, en reconnaissant ceux qui en ont la maîtrise. C’est ainsi une démarche de co-construction de la sécurité dans ces lieux, de diffusion des savoir-faire proposés et d’incitation à la rencontre. Les badges proposés par la Casemate à Grenoble rentrent dans cette tendance.

4203541703_8567628374_o_dAu delà de cette démarche propre se pose également la reconnaissance de la dimension éducative des fablabs. On peut imaginer que la communauté d’un fablab propose un ou plusieurs badges complémentaires qui lui semblent pertinents, et qui contribuent à la diffusions des savoirs de makers. Je me suis intéressé à un article dont on pourrait traduire le titre de la manière suivante : « principes fondateurs et pratiques pour évaluer l’éducation par le faire ». Tout d’abord ils citent un auteur, Alfie Kohn qui met en garde sur le fait qu’évaluer un sujet le rend moins engageant, pousse à choisir le chemin le plus facile pour réussir, et réduit la qualité de la réflexion de l’étudiant. C’est ce qu’on constate souvent dans l’enseignement, y compris dans les enseignements par projets. Malgré tout, il reste possible d’envisager une évaluation, que d’aucuns qualifieraient d’authentique, en laissant l’initiative autant que possible aux étudiants, en leur proposant un cadre suffisamment flexible pour qu’il puissent se l’approprier, le compléter, et ne pas se sentir contrôlés (éviter les checklists imposées), en permettant aux enseignants de se positionner aussi comme apprenant, en organisant l’espace pour porter les valeurs visées. L’évaluation, voulue ouverte en proposant des rubriques suffisamment larges, porte à la fois sur le produit proposé, les connaissances qui s’y rapportent, et le processus qui a permis sa réalisation. Il est souhaitable d’encourager les étudiants à documenter leur parcours (idée de portfolio de réalisation), de réfléchir à leurs pratiques (en se projetant, …). La mise en place de badges est ici aussi envisagée, pour donner les clés d’accès aux machines, mais aussi pour proposer des moyens de mettre en avant des savoirs-faire complémentaires. Bref, de la culture Maker ouverte à la pédagogie par projets, il n’y a qu’une différence de contexte, de valeurs portées. La question reste toujours de faire sens auprès de ceux qui s’engagent, les apprenants, et de ne pas dénaturer la nature de la pratique en l’institutionnalisant.

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En effet, un cadre privilégié des badges ouverts reste bien celui de la dynamique de communautés. C’est en tout cas ce qui retient l’attention des acteurs qui les mettent en oeuvre. La Normandie a ouvert la voie, avec entre autres le Dôme, qui cherche à diffuser les pratiques sur le territoire.  Dans quelle mesure, les différentes pratiques possibles des badges ouverts peuvent elles être combinées ?

En tout cas, les badges ouverts seront un des sujets centraux du forum des usages coopératifs 2020, du 7 au 10 juillet à Brest. 

Dans les commentaires reçus ce week end, @FABULISbox me rappelle sur Twitter que l’on parle de ce sujet sur @TiersLieuxEdu, un réseau au nom explicite, et que les fablabs avancent également sur le sujet (commentaire lié à ce billet).

 

Crédit photo : My Nerd Merit Badges arrived by doctyper licence CC-by-sa

Whats a badge really worth by Bryan Mathers licence CC-by-nd

Opportunité pour la motivation et pour la formation tout au long de la vie : les badges ouverts

Jusqu’à présent, on pouvait gagner des badges dans un jeu, sur un site précis, pour le fun ou pour la gagne. Et puis, si on voulait faire quelque chose d’équivalent ailleurs, il ne nous restait plus qu’à recommencer.

Moins facile à obtenir, un diplôme ou un certificat, donne droit à un document unique, dont il est difficile (voire impossible) d’obtenir une copie. Pour pouvoir démarrer, il est nécessaire de passer par une évaluation des diplômes précédents. Pour obtenir des crédits dans une autre université, il est nécessaire de faire valider son parcours par son université d’origine.

Ensuite, la validation des connaissances ultérieures s’avère compliquée, et la formation tout au long de la vie (FTLV) pourtant affirmée comme indispensable dans le cadre d’un rallongement des carrières, passe souvent par un processus complexe.

Aucun rapport entre tout cela ? Et pourtant, il s’agit bien de valider par un organisme extérieur l’acquisition de connaissances, voire de compétences et de pouvoir les valoriser auprès de tiers pour continuer Son parcours propre (et librement choisi).

Pour faciliter cette construction, pour permettre à chaque institution, à chaque site de proposer des badges (cela recouvre aussi bien un passage de niveau dans un jeu, qu’un niveau d’acquisition de connaissances sur un site didactique, qu’une UV ou un diplôme dans une université prestigieuse), la fondation Mozilla propose Open Badges, une infrastructure complète, ouverte et décentralisée permettant aux institutions et aux sites de délivrer des badges et de les valider, aux personnes de les accumuler, et de les afficher.

On voit bien l’intérêt pour permettre aux personnes de se construire des courses au trésor de badges, facteur de motivation reconnu auprès des jeunes. L’aspect ludique, validation d’acquisition avec des retours tangibles est une option intéressante pour outiller l’évaluation formative et la ludifier. En tout cas dans le domaine de l’apprentissage de la programmations cela marche, avec 500 000 inscrits en un mois à la Codacademy. C’est un facteur de motivation étonnant pour nos jeunes.

De manière plus professionnelle pour permettre de développer ses compétences tout au long de la vie, l’idée est également séduisante. Une telle infrastructure doit permettre à chacun de valoriser des parcours plus personnels, et de les justifier auprès d’employeurs potentiels. Cela devrait permettre à terme d’ouvrir les curriculums pour plus de flexibilité, de faciliter les équivalences internationales, et de permettre de valider simplement les acquis.

On peut également imaginer des sites de validation et de certification indépendants. Smarterer en est un prototype, en permettant des valider des connaissances d’outils du Web qui peuvent intéresser des entreprises (en tout cas, c’est leur discours: « show what you know »). La question de la reconnaissance sera centrale, dès les effets de mode et d’essai passés.

J’avoue que l’idée de mélanger médailles de jeu, et diplômes dans le même pot commun m’a fait tout drôle et en suivant les différents liens sur les OpenBadges, j’ai parfois eu l’impression de tomber sur des jeux (sérieux;-) ) pour gamins. Mais après tout pourquoi pas, le Web regorge de systèmes où l’on trouve de tout, les croisements permettant d’ouvrir de nouvelles opportunités.

Bien entendu, cela n’empêchera pas de construire des portfolios, pour valoriser des expériences plus personnelles, et professionnelles, tout en mettant de l’humain dans le système.

Si vous êtes tentés, il est d’ores et déjà possible de délivrer des badges (voir : Open Badges: Want to Make Your Own Badges by Hand? Here’s How). Les pin’s numériques vont ils devenir à la mode ? Quand on voit le succès des twibbons affichés pour toute sorte de cause, on peut le penser. Surtout si ces insignes font sens.

Un vraie opportunité pour soutenir la motivation, une solution ouverte pour la certification tout au long de la vie, un moyen pour les institutions de se faire reconnaître. Une bonne solution technologique qui peut devenir une cause à soutenir.

Crédits photos :

Techlaration badge par Lucius Kwok – licence CC-by-sa

Badges & pins par david roessli – licence CC-by-nc-sa

JIPES 2020, quelques réflexions sur « l’approche par compétences, un levier pour la transformation pédagogique »

J’étais invité aux Journées nationales de l’Innovation Pédagogique dans l’Enseignement Supérieur, pour animer un atelier sur l’évaluation des compétences, au travers de l’expérience acquise dans mon établissement. C’était ma première participation à ces journées organisées par le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. J’ai été très impressionné par cet événement qui regroupe lus de 800 personnes sur 2 journées, et qui visait à couvrir les différents aspects de l’approche par compétences, du point de vue institutionnel à la mise en œuvre, en passant par la recherche, les ressources humaines, et les questions liées à la professionnalisation. Pour compléter ces journées, deux temps étaient dédiés à la valorisation de réalisations ayant reçu des prix (PEPS) ou des financements (Idefi).

Immanquablement, cette couverture, pour informative qu’elle soit, a eu quelques impacts sur le message passé.

  • En préalable je m’étonne toujours de l’ampleur du mouvement quand le système complet se met en ordre de marche sur un tel sujet. Si ces journées ont fait largement appel à des retours d’expériences de structures plus agiles, il est clair que la généralisation est enclenchée.
  • Ensuite, il est clair que chaque élément de la structure a son propre niveau de compréhension, et son propre agenda, ce qui est source de difficultés pour la compréhension et la mobilisation des différents acteurs. Ainsi la définition affichée de la compétence est celle proposée par Jacques Tardif, qui est très intégrée aux situations, alors que les référentiels publiés développent des listes beaucoup plus éclatées.
    Autre exemple, lorsque l’on pose la question de la transformation pédagogique aux ressources humaines, les préoccupations présentées se reportent sur la vision officielle de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche, sur un processus d’embauche plus ambitieux et sur les fameux contrats de projet, loin de la nécessaire mobilisation d’énergies pour un tel chantier.
  • Le manque de débat contradictoire, impossible à mettre en place dans un tel événement institutionnel de cette dimension, provoque ainsi des frustrations chez les participants qui ne permettent sans doute pas de porter le message de manière efficace (je présente, mais apprennent-ils pour paraphraser Saint-Onge)
  • Les retours d’expérience présentés en plénière, eux-aussi brouillent le message. Les éclairages de situation de terrain présentés en début de jeudi après midi auraient eux aussi mérités d’être rediscutés pour une mise en perspective, tant les présupposés de chacun sont différents.
  • J’ai reçu aujourd’hui une attestation de participation au travers d’un OpenBadge. C’est sympathique. Cela me renvoie à la dynamique des Badges. Mais pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de ce concept, qu’en est-il ? Peut-être aurait-il été intéressant d’en parler, par exemple en prenant le temps d’évoquer les différents sujets des ateliers.
  • Durant ces ateliers, disciplinaires le jeudi (pour mieux cerner la mise en œuvre des compétences) et sur les pratiques en faveur de l’approche par compétences le vendredi, de nombreux sujets ont été évoqués, mais les participants n’en auront recueilli qu’un infime partie. Et ce d’autant que la nécessaire appropriation de l’approche a souvent pris le pas sur les objectifs des ateliers. Une synthèse devrait être produite, Il sera sans doute intéressant de la consulter, et peut être de prévoir un dispositif d’appropriation permettant de participer à plusieurs ateliers.
  • Par contre, les supports de plénière ont été mis en ligne. Sur la journée de jeudi, retenons que Philippe Lalle a pris le temps de nous faire un bref historique institutionnel du concept au niveau européen et français. François Georges a introduit les éléments conceptuels de l’évaluation des compétences en début d’après midi.

Bref, ces nombreux messages illustrent que l’institution est bien en mouvement, mais que ce mouvement s’accompagne d’une réflexion en cours, non finalisée, d’une appropriation progressive qui mettra du temps pour être mise en place dans toutes les structures avant de finalement s’harmoniser. La diversité des points de vue, la nécessaire contextualisation, l’évolution constante de la compréhension des objectifs sociétaux et économiques démontrent que l’approche par compétences est d’abord un processus évolutif, itératif et qui s’inscrit donc dans la durée. C’est en tout cas le message principal qui ressort des ateliers.

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Reconnaissance ouverte des apprentissages pour mieux coopérer

Coopérer autour de ses apprentissages, tout un programme pour les apprenants tout au long de la vie, élèves, étudiants, citoyens… Comment rendre visible ses connaissances, comment donner à voir ce que l’on a appris au détour d’une expérience, du chemin, comment permettre aux étudiants de s’épauler pour progresser ensemble ? Lors du forum des usages coopératifs de Brest, plusieurs acteurs, proposant des solutions complémentaires nous ont proposé un panorama d’approches et de solutions qui promettent de dynamiser ces coopérations, tout en gommant les frontières dans les apprentissages.

Pour ouvrir l’échange, Serge Ravet nous a présenté l’initiative MIRVA et les OpenBadges : rendre les apprentissages informel visibles et actionnables. Serge nous a démontré l’intérêt de pouvoir montrer ses talents cachés au travers d’open badges. L’idée est que chacun puisse proposer et définir des éléments de reconnaissance qui fassent sens, au niveau d’une communauté, d’un territoire. Cette reconnaissance ouverte est porteuse de confiance et de partage, en permettant une reconnaissance beaucoup plus ouverte que si elle est porté uniquement par des institutions délivrant des diplômes.

Eden Jean-Marie du CIBC Normandie, nous a ensuite présenté comment accompagner les parcours d’apprenants pour leur donner confiance et de leur permettre de se prendre en main. L’outil proposé en support à cet accompagnement est DayTripper, qui permet de capturer une expérience avec son mobile, de la décrire, de la caractériser et de la partager. Ainsi, chacun peut valoriser ses apprentissages, communiquer sur ses parcours, ses expériences, et donc de devenir acteur, porteur de preuves de son parcours. Le CIBC Normandie propose ainsi une démarche inclusive auprès de différents publics. DayTripper n’est pas qu’une application, c’est avant tout une démarche pour valoriser tous types d’expériences d’apprentissage. Une de leur cible principale est ainsi les étudiants en mobilité internationale. Complément évident aux badges, il est ainsi possible d’apporter ses preuves pour acquérir un badge.

Philippe Ruffieux apporte quant à lui une approche qui permet aux apprenants de travailler ensemble. Chacun peut devenir expert d’un apprentissage dès qu’il a réussi à le démontrer et ensuite accompagner ses pairs, voire proposer de nouvelles modalités pour démontrer ses capacités. On est bien dans une démarche d’enseignement mutuel. L’outil proposé, Sqily permet ainsi de définir des objectifs d’apprentissage, de décrire un parcours complet sous forme d’arbre, de gérer la validation mutuelle, et de supporter l’enseignement collaboratif avec une interface proche de Slack, outil collaboratif bien connu et reconnu.

Open Badges, DayTripper, Sqily sont des outils existant, permettant de rendre visible les talents, les apprentissages, les expériences et de soutenir la coopération. Les témoignages démontrent que ces outils prennent leur sens dans une démarche qui soutient et développe la capacité d’agir des acteurs. Si vous êtes intéressés par les conditions pour que numérique rime avec pouvoir d’agir, je vous encourage à aller consulter le travail du projet Capacity qui est en train de présenter ses conclusions sur ce sujet.

Une autre question est de se poser la question de comment permettre à chacun de conserver, valoriser, et croiser ses différents environnements. C’est l’enjeu d’un autre projet, Sedela, qui vise à proposer cet environnement technique, et évidemment les principes d’accompagnement.

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Crédit photo : Football par Rdikeman – licence CC-by-SA

Coopération ouverte et éducation au forum des usages coopératifs

Le forum des usages coopératifs de Brest aura lieu cette année du 4 au 6 juillet et le thème sera coopération ouverte. La formule est variée et réunit 400 acteurs d’horizons variés.

L’éducation est évidemment au centre de la question. Comment développer et valoriser cette coopération du partage sincère au sein des pratiques éducatives ? Comment augmenter le pouvoir d’agir de tous et développer les communs dans la formation ? Nous essayerons de répondre à ces questions au travers de plusieurs temps de débats tout au long des trois journées du forum.

  • Mercredi, nous nous intéresserons aux coopératives pédagogiques, aux transformations qui sont induites notamment au travers du projet « école apprenante » ;
  • Jeudi matin, Ange Ansour viendra nous parler en plénière des partenariats recherches-pratiques au travers de son projet « les Savanturiers » ;
  • Jeudi, c’est bien le pouvoir d’agir qui sera ensuite au cœur de nos débats. Nos invités viendront témoigner de leurs dernières initiatives autour de la reconnaissance des apprentissages, de la valorisation des apprentissages informels, de la validation mutuelle.
  • Vendredi, nous vous invitons à travailler ensemble pour proposer de nouvelles pistes pour développer la coopération et les communs dans la formation ;

Parmi les invités, nous aurons des personnes autour des coopératives pédagogiques (Jean-Michel Le Baut, Marc Le Gall, Gilles Cornillet, Fanny Egger et Yves Leblanc de l’académie de Dijon et leur projet école apprenante et Edmus avec Logann Vince), autour de Badgeons la Normandie (Muriel Moujeard et Jean-Marie EdenCIBC), Open Badge Recognition Alliance (Serge Ravet), validation mutuelle de compétences (Philippe Ruffieux – HEP Vaud), et bien d’autres.

Venez pour écouter, pour témoigner, pour échanger, pour proposer des pistes et des actions pour que la coopération sincère vienne irriguer l’éducation. Tous les matins de 10:30 à midi, jeudi matin en plénière à 9 heures et à tout moment au gré des rencontres.

Plus d’informations ? Vous pouvez lire et enrichir librement la page éducation de ces journées, et/ou proposer des contributions pour vous présenter et favoriser les rencontres. N’hésitez pas à consulter le programme complet du forum. Et n’oubliez pas de vous inscrire.

Crédit photo : File:Constitutional Reliability of Tamilnadu Council.jpg. (2018, May 19). Wikimedia Commons, the free media repository. Retrieved 09:53, June 14, 2018 Licence CC-by-SA 4.0

Road sign to  education and future

Sur la reconnaissance ouverte des ressources d’apprentissage 

Il n’est pas facile de trouver une bonne ressource pour répondre à un besoin d’apprentissage. Certains considèrent que c’est le rôle des institutions, des enseignants, des parents que de choisir les meilleures ressources, mais pourtant, dans tous les autres domaines de l’information, le web et les démarches collaboratives ont proposé des alternatives viables. Pourquoi rien de tel en éducation ?

Les moteurs de recherche permettent de trouver une information sur n’importe quel sujet, mais ne permettent pas de différencier les ressources qui vont être adaptées à un apprentissage. La raison est d’ailleurs sans doute que la notion d’apprentissage est elle-même plurielle et dépend du contexte qui suscite le besoin, difficile donc de donner une réponse toute faite qui convienne à tous. Mais si une approche collaborative ouverte pouvait apporter de meilleures réponses ?

Petit tour de l’existant

Même si on restreint notre recherche, par exemple sur des MOOC, comment savoir si le cours était intéressant, bien fait, inspirant, ou pas. En général, autant pour choisir un smartphone ou un PC, il est facile de trouver des avis, et de consulter les retours des utilisateurs qui sont systématiquement récoltés notamment par les sites marchands, autant il est difficile de trouver des avis sur des ressources pédagogiques. La notion de recommandation semble s’arrêter à l’entrée des sites de formation, que ce soit les plateformes de MOOC, les sites de dépôt de ressources comme les universités numériques thématiques, les sites privés, ou même les sites contributifs.

En effet, et ce sera notre premier point, les sites, institutionnels ou non, ne permettent pas aux inscrits de publier leur avis sur les cours proposés. Tout au plus, nos participants pourront remplir un questionnaire de satisfaction au terme de la formation à destination exclusive de l’équipe pédagogique, comme cela se fait classiquement dans les établissements de l’enseignement supérieur. Cela ne permet ne permet pas par exemple de comprendre pourquoi certains ont abandonné, alors que la est question fondamentale, au moins dans le cadre des MOOC. Et par ailleurs, ces données ne sont pas publiées, aucune information n’est proposée aux futurs inscrits autre que celles choisies par l’équipe pédagogique. C’est une différence de fond par rapport aux autres fournisseurs sur Internet.

Deuxième point, dans le monde de l’économie collaborative, il existe des sites comparateurs qui permettent de s’informer sur les meilleures offres. Une première analogie serait un LearningAdvisor sur le modèle de TripAdvisor (malheureusement le LearningAdvisor existant est plus une extension d’une université privée qu’un conseiller neutre) Dans le cadre de la formation, ceux-ci sont peu nombreux et limités en termes de types de ressources. Seuls les MOOC ont suscité une envie de « consommer » de la formation pour un large public, il est donc logique que les comparateurs pédagogiques se soient concentrés sur eux. Entre MOOC-list et Class-Central, seul ce dernier cherche à recueillir les avis des internautes. On a donc ici une possibilité de choix en fonction de recommandations. Par contre, quand on regarde les MOOC en français, deux aspects importants de ce genre de site apparaissent clairement.

D’une part, le nombre de MOOC recensé est très peu nombreux. Par exemple pour OpenClassrooms sur Class-Central, il n’y a que les cours proposés par Microsoft Academy qui apparaissent. Cela pose la question de comment est construite la liste des cours proposés. Cela pose pour le moins la question de choix éditorial de tels sites comparateurs. Nous ne sommes pas dans une démarche exhaustive, loin de là. En tout cas la construction de l’offre n’est pas faite selon la popularité, ni les propositions des internautes. Bref le choix initial, l’ajout n’est pas ouvert.

D’autre part, il n’y a quasiment aucun commentaire déposé. Est-ce que le monde francophone n’est pas prêt à évaluer et commenter un cours ? Ou est-ce que le site n’est pas consulté par les internautes francophones, tout simplement parce que ce site est en anglais ?

Troisième et dernière point sur l’existant, les sites existants continuent à penser que des experts sont les plus à même de proposer des bonnes ressources (Et pourtant l’histoire de Wikipedia tend à démontrer le contraire). Un premier site « J’enseigne » propose ainsi aux seuls enseignants de recommander des ressources à des collègues. Bref, l’internaute devra attendre que son professeur (s’il en a un) lui propose la « bonne » ressource. Sinon, dans une approche plus startup Kokoroe se concentre sur les « compétences de demain » des sujets nouveaux et propose des supports sélectionnées par des experts du domaine concerné. L’idée est alléchante, il y a tout de même deux limites. Le fait qu’un expert n’est pas forcément le meilleur vulgarisateur, et le fait que là encore l’internaute n’a pas son mot à dire. La production participative (crowdsourcing) ne serait donc pas possible pour la formation ?

Il est donc clair qu’il n’y a quasiment pas de retour sur les cours, ou les ressources pédagogiques en général, ni pour aider les internautes dans leurs recherches, ni pour les personnes qui ont déposé des ressources, ou alors de manière très contrôlée qui ne tire donc pas parti des dynamiques de partage liées au web. Non seulement cela limite le choix, ne permet pas d’accompagner le développement d’une auto-direction des apprenants, mais cela prive aussi les concepteurs de retours potentiels qui permettraient d’améliorer les ressources et leur organisation en dispositifs.

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Quelle solution ?

Puisque les institutions proposant des ressources d’apprentissage ne veulent pas gérer des retours ouverts des utilisateurs, puisque les sites de conseil connus ne sont pas impartials (LinkedIn nous propose déjà des cours, mais ce sont les siens…), il serait sans doute intéressant de réfléchir à d’autres alternatives. À quoi pourrait ressembler un tel service ?

Une option serait de proposer un service de partage de ressources en appui à une classer renversée. Les apprenants pourraient partager, publier les ressources qu’ils trouvent pertinentes et donner des avis sur celles des autres. En gros une bibliothèque contributive ouverte dans le cadre d’une classe.

Dans le même sens, un tel service pourrait être basé sur un système de gestion de signets (bookmarks) sur le modèle de diigo, ou de bibliographie (en recherche il existe des outils comme zotero ou bibsonomy) permettant le classement par tags. Mais ceux-ci ne semblent pas avoir gagné beaucoup de popularité. L’organisation de groupes, de communautés partageant les mêmes intérêts et promouvant des ressources externes pourrait être intéressante.

Une infrastructure intéressante de reconnaissance ouverte est celle des openbadges. Nous avons vu que la nouvelle spécification permettait une reconnaissance croisée. L’appréciation d’une ressource en la liant à un badge permettrait de compléter ce croisement, en qualifiant non seulement le porteur du badge, mais aussi les moyens qui lui ont permis de l’obtenir…

Bref, la question est posée. Comment reconnaître et partager des ressources pour apprendre ? Comment ouvrir cette opportunité, pour que chacun puisse plus facilement trouver une ressource ou un cours qui lui convienne ? Y voyez-vous un intérêt ? Avez vous des idées ?

Cela dit, j’ai sans doute raté quelque chose d’évident. Si c’est le cas, n’hésitez pas à m’en faire part.

Crédit photo : Crowdsourcing par Cambodia4kids.org licence CC-by

 

Vers une reconnaissance ouverte des acquis d’apprentissage

Le question de l’accès à l’éducation pour tous est un des enjeux fondamentaux de notre époque. L’approche d’éducation ouverte est un moteur puissant pour y répondre de manière à encourager le développement de chacun.

Ce mouvement a longtemps eu comme fer de lance le développement des ressources éducatives libres, qui a permis une mise à disposition et un meilleur partage des connaissances. Dans un second temps, le développement des MOOC a permis à des millions de personnes de s’inscrire à des cours complets sur tous les sujets imaginables. Cette étape a permis de populariser l’accès aux cours, et d’ancrer l’idée dans le grand public qu’il était possible de se former à tout âge. Même si les MOOC sont une réelle avancée pou construire une réponse pour l’accès à l’éducation pour tous, tous les commentateurs s’accordent pour dire que ce n’est pas LA réponse, ce qui est un peu normal puisque l’éducation est un (éco)système complexe, qui dépasse largement la question de l’accès aux cours (je ne vais pas rentrer dans le débat ici, mais on en rediscutera peut être sans doute).

Pour aller plus loin pour accompagner les développement personnel, il faut aller au delà de la simple question de mise à disposition de médias ou de cours, il faut renforcer le pouvoir d’agir des apprenants. Cela passe par une meilleure reconnaissance des apprentissages informels, non formels, c’est à dire ce qui se passe en dehors de la classe. Cette reconnaissance, pour être intéressante doit permettre d’expliciter ces apprentissages. Il doit donc être possible de leur donner une forme visible (une forme de badge par exemple).

Le Web nous a également habitué à des formes de recommandation. Dans une approche sociale, chacun devrait pouvoir recommander quelqu’un, ce qui est une forme particulière de valorisation d’ acquis. LinkedIn travaille depuis longtemps dans cette direction, mais ces recommandations délivrées dans LinkedIn restent dans LinkedIn et ne sont donc exploitables que de manière limitée. De même, dans une optique d’ouverture de la recommandation, il doit être possible de recommander les badges que l’on considère intéressant, les communautés ou les institutions dans lesquelles on se reconnaît. Bref une approche de reconnaissance ouverte doit être symétrique pour être sociale et donner du pouvoir d’agir aux apprenants.

Le projet Badgeons la Normandie est une première expérimentation dans le sens de la reconnaissance ouverte d’apprentissages informels basée sur les Open Badges. Le projet MIRVA (pour Making Informal Recognition Valuable and Actionable – Rendre la reconnaissance informelle visible et actionnable) doit permettre de mieux cerner le potentiel de cette nouvelle étape de l’ouverture en éducation. Bonne nouvelle, ces idées sont relayées de manière institutionnelle, et seront à l’honneur d’un prochain colloque à Caen les 6 et 7 décembre.

La reconnaissance ouverte des acquis a le potentiel d’aller plus loin dans l’ouverture de l’éducation en renforçant le pouvoir d’agir des apprenants. C’est pourquoi j’ai signé avec plaisir la déclaration de Bologne pour une reconnaissance ouverte.

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Crédit photo : Badge support de la déclaration de Bologne pour une reconnaissance ouverte

Quelques MOOC qui sortent du lot

Je vais assumer complètement un parti pris et une non exhaustivité de ce qui se passe dans le domaine. J’ai juste croisé quelques sujets qui ont attiré mon attention.

Sciences Tag : Les médiations culturelles et scientifiques à l’ère des réseaux sociaux” nous vient du monde de la médiation scientifique. Il parcourt les différentes dimensions de la littératie numérique du point de vue du médiateur. Le travail est  pro, et il sera parfait pour mes étudiants de l’UbO. En terme de bons goût, le teaser est remplacé par une simple animation très design. Un collaboration entre des pros de la médiation et l’équipe de Mooc et Compagnie, cela devrait être le must de la rentrée

Pour le titre, pour son sujet, j’ai coché “L’innovation pédagogique dont vous êtes le héros”. Ou comment aborder des sujets de fond en gardant une certaine distance. L’auteur principal, Bruno De Lièvre a tout compris à la pédagogie moderne. Le contenu du cours a l’air à la fois pratique et basé sur des références bien choisies. Sans nul doute un bon cours sur le sujet. En effet, même si on a l’impression qu’il y a déjà beaucoup de cours sur les sujets de la formation et de la pédagogie, celui-ci devrait pouvoir trouver sa place.

Comprendre l’économie collaborative” n’est pas le premier cours non plus sur la transition numérique et ses impacts. Celui-ci se dégage d’autres par la pluralité des points de vue, la place est en effet donnée à de nombreux acteurs et réels experts de ces questions. Les participants sont de premier ordre et d’horizons variés. Les clés du cours doivent permettre à chacun de faire la part des choses et de comprendre les différentes dimensions du débat.

D’autres sujets peuvent retenir votre attention : le MOOC de Tela botanica remet la botanique à l’honneur, et démontre l’intérêt de créer des communautés pour dynamiser ce genre de sujet. Dans la même veine, le mouvement Colibris va rejouer son MOOC “Concevoir une Oasis” en novembre. Ou comment concrétiser ses rêves 🙂 Si vous ne connaissez pas ces 2 associations, je vous invite à aller regarder de plus près.

 

Mais avant de vous inscrire, assurez vous de pouvoir y consacrer le temps qu’ils méritent.

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Crédit photo : Say MOC one more time par Audrey Watters licence CC-by-SA

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Examen numérique, quelles adaptations

 

La question de l’utilisation du numérique à l’examen est d’actualité. Le rapport de la stratégie nationale de l’enseignement supérieur l’a mis dans sa feuille de route. Les plates-formes de MOOC développent des systèmes de certification en ligne (voir celui de FUN), et des premières expérimentations (Protocole expérimental de télésurveillance d’épreuves à l’Université de Caen et celles autour du Système Informatisé Distribué d’Évaluation en Santé (SIDES) ). Comme toute nouvelle numérisation, nous naviguons entre la reproduction de l’existant et la transformation des pratiques. Quels sont les enjeux, les opportunités, les risques liés à l’examen numérique?

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Une fois de plus, c’est le mouvement des MOOC qui a fait bouger les choses. Permettre à tout participant de passer un examen à distance est à la fois un enjeu d’ouverture en permettant à de nouvelles personnes de valider leur savoir et un enjeu économique puisque la certification est vue comme un (voire le seul) modèle économique viable. Ce besoin s’élargit d’ailleurs à toute formation en ligne, et si les modèles de validation (certification, badges, …) peuvent être variés, les besoins de garantir que la personne évaluée respecte bien la consigne, et qu’elle est bien celle qui revendique la réussite et ne se fait pas aider, obligent à développer un protocole complexe. Cette complexité vient à la fois de la nécessité d’isoler et de surveiller à distance et d’isoler le candidat. On est dans la dimension de reproduction de l’existant, dans l’espace privé du candidat. Les seules solutions proposées actuellement sont de développer un contrôle d’un PC par un surveillant humain à distance.

La numérisation du processus d’examen est un second axe qui intéresse les structures organisationnelles. C’est l’axe d’étude des deux expérimentations citées ci-dessus. Les enjeux sont notablement différents. Pour l’Université de Caen, c’est un discours proche des MOOC (promotion des formations à distance et meilleures conditions de réussite des étudiants), et aussi économique (emplois possibles et limitation d’utilisation de centres d’examens). Dans le cadre de la santé, il y a une volonté d’améliorer le concours (ce n’est pas un examen, une meilleure discrimination des candidats et une meilleure égalité dans la préparation sont recherchées). La nécessité de déployer le concours à un niveau national en salle, tout en restant très proche des modalités existantes, rend le processus technique remarquablement complexe.

Un impact non négligeable de ce type de dispositif est de permettre une évaluation automatisée. L’évaluation est en effet un coût (notamment quand il s’agit de payer des correcteurs pour les concours), une source de discrimination (on sait la variabilité entre relecteurs dès que l’on sort des QCM), et une charge pour les enseignants (nombre d’entre eux considèrent que c’est la partie la plus ingrate de leur métier). Si un retour formatif est souhaitable pendant l’apprentissage, il n’existe pas au moment de l’examen.

Dans les exemples vu ici, nous avons vu principalement émergé une volonté de reproduire des examens, ou concours existants, en maintenant au maximum les conditions existantes, ce qui conduit à des dispositifs complexes et qui n’exploitent pas de nouvelles opportunités permises par le numérique. Dans le rapport de la Stranes, il s’agit pourtant d’”autoriser l’accès à Internet dans le cadre des examens”. Autrement dit de se poser la question de faire évoluer les modalités des examens.

Le passage de QCM en ligne est en effet une limitation forte des possibilités du numérique, une simple feuille à cocher. L’usage de l’ordinateur tout au long de l’apprentissage est pourtant beaucoup plus développé.

Le concours des médecins est ainsi basé sur l’obligation de savoir par coeur tout ce qui leur a été enseigné. Cela se comprend pour des raisons d’efficacité dans le diagnostic et la conduite des soins. Mais pour autant, il faut laisser la place à l’oubli, qui est humain y compris lors d’un concours, et surtout à la capacité de déclencher une recherche lorsque la pathologie dérive de ce qui était connu au moment du cours. J’avoue que j’ai apprécié lorsque lors d’une visite d’un pédiatre, un collègue est passé poser une question et qu’il lui a conseillé d’aller chercher sur les forums spécialisés. De toutes façons, un candidat qui ferait des recherches inutiles serait vite pénalisé dans un tel concours.

En informatique par exemple, nous demandons à nos étudiants de travailler en équipe, de collaborer et d’aider ses pairs, de réutiliser l’existant, de consulter les forums et autres aides en ligne, suivant le domaine applicatif de maîtriser des environnements de simulation d’être efficaces dans l’utilisation des outils de développement, … et nous devrions évaluer cela uniquement au travers d’une feuille de papier blanche ou de son équivalent numérisé ? L’enjeu est bien d’imaginer des nouvelles modalités qui prennent en compte ces dimensions. L’environnement technique à imaginer est sans doute différent. Il importe en tout cas de conserver le poste, voire l’environnement d’apprentissage, de travail dont a disposé l’étudiant pendant sa formation pour qu’objectifs, apprentissage  et évaluation soient alignés (Voir Biggs et l’alignement constructiviste), même si la réponse in fine est simplement de cocher une case.

Cela permettrait de développer des formes d’examens plus riches, et peut être de revenir vers des mises en situations comme peuvent l’être des examens en atelier, la réalisation de performance (sport, musique, théâtre,…), les jeux de rôle utilisés en recrutement ou lors de simulations en santé.

L’évaluation entre pairs est un des éléments qui permet de prendre en compte certaines dimensions, mais on perd alors la dimension d’examen. Notons en passant que cette forme d’évaluation est un manière élégante de retourner la problématique de l’évaluation et des retours formatifs en élément intégré dans le processus de formation et qui l’enrichit (en incitant les apprenants à aller plus loin qu’une simple réponse à une question, en développant de surcroît un processus d’analyse).

Différentes pistes s’offrent à nous.

Peut-on développer une solution qui permette d’évaluer une équipe, une classe … sur une durée d’examen en permettant à chacun de démontrer sa capacité à apporter au collectif et à répondre au problème posé ?

Plutôt que de développer une solution unique d’examen à distance qui oblige le candidat à disposer d’un lieu isolé pour une durée suffisante, à une heure imposée (est ce le cas pour une famille nombreuse vivant dans un petit appartement par exemple), ne pourrait-on pas imaginer d’équiper et aménager des tiers-lieux qui deviendraient centres banalisés d’examens numériques, avec des modalités enrichies. Ces tiers lieux (par exemple les bibliothèques) deviennent déjà des lieux d’accueil physiques pour les apprenants à distance, il ont donc vocation à les accompagner jusqu’à la phase ultime de l’apprentissage.

Ou est-ce que l’examen est une notion dépassée dans un contexte numérique ? Le principe de rompre l’unité de temps et d’action (sinon de lieu) est en effet un des fondements d’Internet. L’évaluation continue, la recommandation sont des alternatives à l’examen.

On y perdrait le rite de passage, l’objectif final qui mobilise nombre d’étudiants. Les deux approches sont donc sans doute amenées à cohabiter en tant que parcours différents. Pourquoi ne pas proposer les deux options ? C’est également une des richesses d’Internet que de proposer l’abondance.

 

NB : votre avis, ou vos exemples sont évidemment les bienvenus

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Crédits photos :

 

Des prototypes #Edtech alternatifs

Je voudrai partager avec mes lecteurs les 3 sujets de projets que j’ai proposé a nos étudiants de troisième année de Telecom Bretagne, et que certains m’ont fait la joie de prendre à bras le corps. Tous les trois tournent autour des données d’apprentissage.

On présente souvent la edtech comme un monde de startups qui visent à proposer des services “éducatifs”  et surtout en faisant des profits. Ce n’est a priori pas un modèle exclusif tant les modèles libres ou basés sur les communs devraient être des alternatives à considérer lorsque l’on pense éducation. D’autant que c’est une option particulièrement adaptée dans le contexte de déploiement dans le cadre du service public. Il y a évidemment des conditions pour permettre une diffusion suffisante mais ce n’est pas le sujet de ce billet.

Des sujets autour des données donc, mais sans modèle économique lié à l’exploitation des données. La récolte de données reste néanmoins utile, car il est ainsi possible d’envisager des aides à l’apprenant, en lui proposant un suivi, en lui faisant des retours sur ses apprentissages, voire de proposer une évaluation de son activité. Cela est classique et ouvre des perspectives, mais c’est un point de vue de développement au service du métier de l’enseignant. Il me semble encore plus intéressant de se positionner en considérant ce qui devient possible lorsque l’on permet à l’apprenant de disposer de ses propres données pour lui-même. C’est dans cette perspective de données d’apprentissages inversées que j’ai proposé ces sujets, dans la suite des réflexions déjà développée dans ce blog.

Premier sujet : la mise en place d’un portail de partages de mesures, photos, vidéos collectées par mobile pour résoudre ensemble une question dans une démarche d’investigation. Nous avons fait le choix de traduire nquire-it (si vous voulez contribuer, c’est ici mais d’abord un peu technique). L’accueil de l’équipe qui a développé ce portail en anglais a été très bon, et nous espérons pouvoir le mettre en ligne en français d’ici le printemps. Si vous avez une idée de nom de site, nous accueillons vos suggestions avec intérêt. L’idée est ici que l’apprenant est acteur de sa collecte et de son exploitation. Il y a d’ailleurs plusieurs possibilités d’extensions mais cela ferait l’objet d’un billet entier.

Le deuxième sujet est de proposer une alternative pour la récolte des données d’apprentissage. Le monde du e-learning est en train de proposer des nouveaux standards pour permettre de récolter des données d’apprentissage sur des outils variés et de les regrouper ensuite pour permettre un meilleur suivi. Parmi ceux-ci, le standard xAPI est ouvert et permet de regrouper ces données dans des entrepôts (repository) pour exploitation ultérieure. L’idée est de pouvoir regrouper les données pour un même cours (ou plus). nous inversons ici la logique en proposant de définir un entrepôt dans un espace de données d’apprentissage personnelles, l’apprenant pouvant alors croiser ses expériences venant de différents contextes d’apprentissage. Typiquement, nous regardons ce qu’il est possible de récolter lors de l’utilisation du portail La technologie utilisée en termes de données personnelles est celle proposée par Cozy.

Le troisième sujet s’inscrit logiquement dans l’organisation et l’exploitation des ses expériences pour construire son propre e-portfolio sur Cozy. Il s’agit ici d’un prototype pour démontrer qu’il est possible de regrouper différentes sources, de ses apprentissages (sujet 2), de port folios extérieurs, mais aussi de sources de certifications, comme les openbadges. Plutôt que de déposer ses données sur le site de son établissement de formation, de son université, l’idée est ici aussi de récupérer ses données de ses différents parcours d’apprentissage (et professionnels – travailler c’est aussi apprendre) et de les regrouper dans son espace propre pour en avoir la maîtrise dans une approche de self data. Ces regroupements peuvent alors faire l’objet d’un travail de portfolio et de sa publication.

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On le voit, remettre en question la logique du flot des données en apprentissage permet d’explorer des voies stimulantes. Ces trois projets d’étudiants permettent d’explorer les aspects techniques de certaines réflexions menées sur ce blog. Si ces projets vous interpellent, je peux vous mettre en contact avec mes étudiants. Et si vous êtes patients, ils se sont engagés à publier leurs résultats sous licences libres à la fin de leur projet en mars.

Si vous êtes étudiant ou développeur, n’hésitez pas à prendre contact.

La prochaine étape sera de tester tout ça. Et pourquoi pas dans un MOOC ? 

 

Crédit photo : Digilant: Above and beyond the data (2) par Charls Tsevis licence by-nc-nd

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