Engager et personnaliser

Dans mon article précédent « Un horizon à 5 ans pour l’enseignement supérieur », j’essayai d’organiser les tendances prévisibles en hiérarchisant par rapport à un système d’enseignement. Je reparcours aujourd’hui le dernier rapport « Innovating Pedagogy » de l’Open University qui représente un travail remarquable d’analyse de l’évolution de la formation. Contrairement à l’Horizon Report, il est cumulatif dans le sens où il remet en perspective les travaux de l’année par rapport aux éditions précédentes. Il propose une grille de lecture sur l’ensemble des éditions qui est totalement centrée sur les apprentissages. Une des grandes questions posées par l’auteur principal Mike Sharples ces dernières années, a été de savoir quelles sont les pédagogies qui deviennent plus pertinentes quand on augmente le nombre de participants (en informatique on parle de passage à l’échelle). Une autre question est de savoir ce qu’on apprend mieux dans d’autres contextes. Une dernière bonne question est de se poser la place du corps et des émotions dans les apprentissages. Leur grille thématique sur les innovations pédagogiques est ainsi :

  • Passage à l’échelle
  • Connectivité
  • Réflexivité
  • Extension
  • Concrétisation (Embodiment)
  • Personnalisation

La dimension pédagogique est ainsi centrale. Et dans cette grille, les propositions de l’année 2015 sont concentrée autour de l’extension et de la personnalisation. Les 5 premières catégories ont pour objectif d’engager l’étudiant dans ses apprentissages. La dernière également, mais se concentre sur l’étudiant en tant qu’individu.

Par rapport au rapport américain, on retrouve des points qui sont abordés de manière différente. Le premier est la reconnaissance des apprentissages informels ou en situation. Comment valider des compétences qui sont acquises. C’est à la fois une question organisationnelle et dans certains contexte une question qui interroge l’analyse de données d’apprentissage que l’on peut réaliser. Quels parcours d’apprentissage proposer à chacun, si chacun est reconnu comme étant à un stade différent ? Comment évaluer ?

Ensuite, dans les deux rapports l’exploitation des données récoltées lors des apprentissages devient central pour personnaliser les apprentissages, pour évaluer tout au long de l’action, pour proposer des retours.

En termes de nouveaux objectifs de formation, il faut noter que le traitement des données devient central dans notre environnement. C’est une tendance lourde de la transition numérique. Certains affirment que cela change la manière de faire science, voire de comprendre notre environnement. Il est donc important de proposer des dispositifs qui permettent aux étudiants de manipuler des données. On retrouve de manière très claire ces questions dans le rapport « Innovating Pedagogy ». Cette année, c’est l’idée de faire de la science au travers de laboratoires distants, par exemple une observation réelle au travers d’un télescope distant. En 2013, le focus était fait autour des investigations citoyennes, une déclinaison des sciences participatives. Une tendance qui se dégage, est donc la récolte et l’exploitation des données par les étudiants eux-mêmes.

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Crédit photo : Operation The Heat Is On 30 par Anonymous9000 licence CC-by

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Un horizon à 5 ans pour l’enseignement supérieur

à partir du Horizon Report 2015

Educause est une association américaine qui cherche à alimenter une vision prospective de l’enseignement supérieur. Elle produit notamment en association avec NMC une série d’“Horizon Reports” sur différentes facettes de l’enseignement au sens large (y sont inclus les bibliothèques et les musées ce qui en soi est une bonne chose). Je viens de lire avec intérêt mais difficulté le rapport sur l’enseignement supérieur.

Intérêt, car le dossier est très documenté et s’appuie sur une large base d’informations et sur un travail d’expertise semble-t-il très collaboratif, qui permet de faire émerger des éléments clés. Intérêt car il met en évidence une évolution réelle des questionnements dans ce type de document autour de l’innovation dans l’enseignement supérieur.

Difficulté par contre, car la manière de présenter enjeux, tendances et développements technologiques selon des axes temporels ou de niveau de compréhension, cachent de mon point de vue des axes structurants autour de l’évolution de l’enseignement supérieur. Par ailleurs, leurs éléments en voulant devenir trop large me paraissent mélanger différentes dimensions, mais cela est peut être nécessaire pour combiner des avis d’experts venant d’horizons différents.

Le rapport est ainsi structuré autour de challenges “solubles”, “difficiles” ou “mal compris”. En “soluble”, on trouve l’association de l’apprentissage formel et informel et l’amélioration de la littératie numérique. Considérés comme difficile les modèles d’éducation alternatifs et l’apprentissage personnalisé et finalement comme “mal compris” l’équilibre entre vie connectée et déconnectée d’une part et l’enjeu de maintenir la pertinence de l’éducation.

Six tendances sont à impact à long terme (5 ans ou plus) , moyen terme (3 à 5 ans) ou court terme (1 à 2 ans). A long terme, on voit aussi bien le développement d’une culture de l’innovation que la nécessité de repenser comment les institutions fonctionnent. À moyen terme, on retrouve les idées de repenser les espaces d’apprentissage et la bascule vers des approches qui encouragent l’approfondissement de l’apprentissage. À court terme, l’accent sur la mesure de l’apprentissage et le développement de l’apprentissage mixte (numérique et présentiel) sont mis en avant.

Et pour finir, six développements technologiques sont mis à l’honneur. A court terme le BYOD, et regroupés l’analyse des données d’apprentissage et l’apprentissage adaptatif (learning analytics and adaptive learning), à moyen terme Réalité augmentée et virtuelle, makerspaces, et à long terme informatique affective et robotique.

De fait, à mon avis on perd de vue une autre grille de lecture, que j’organise selon 4 axes. L’évolution de la demande aux institutions, les innovations pédagogiques, le développement d’une infrastructure numérique, et l’organisation des institutions. Cela peut se décliner de la manière suivante :

  1. L’évolution des objectifs globaux de la formation, tant il est vrai que la culture de l’innovation ou le développement robotique changent les équilibres des formations, en mettant en avant des démarches plus créatives et l’intégration de démarches interdisciplinaires pour résoudre les problèmes complexes ;
  2. La volonté de proposer des enseignements qui engagent les étudiants : pédagogies actives, par projet, par controverse … Les ressorts qui alimentent cette volonté sont nombreux et se traduisent aujourd’hui le développement de dispositifs d’apprentissage mixte (en intégrant des ressources numériques, en proposant des dispositifs de classe inversée, en intégrant les médias sociaux …) et questionnent une meilleure reconnaissance des apprentissages extérieurs à l’institution.le développement des données en éducation.
  3. Les learning analytics ou “analyse des données d’apprentissage” font le buzz, tant la promesse d’aider à la fois l’étudiant, l’enseignant et l’institution est large. Coté étudiant, un système permettant de personnaliser l’apprentissage en comprenant mieux les mécanismes d’apprentissage, et en proposant médiation et conseil semble à nouveau à portée de main. Je dis “à nouveau” car c’est une vieille promesse de l’intelligence artificielle, souvent remise en avant, mais dont les applications sont restées jusqu’à présent limitées à des contextes particuliers. Les dernières avancées de la recherche permettent d’espérer des percées significatives, mais leur développement ne se fera pas d’ici un an. En attendant, le développement d’indicateurs va certainement être source de nombreuses discussions.

Ces trois points se renforcent mutuellement dans la remise en question de ce qu’est un curriculum, qui doit s’ouvrir pour permettre le choix, l’adaptation, que ce soit pour encourager créativité et interdisciplinarité, pour maintenir la motivation, pour prendre en compte les apprentissages extérieurs, ou pour permettre une personnalisation de l’apprentissage en fonction de facteurs d’efficacité. Dans un contexte d’apprentissage plus ouvert et de ressources abondantes, la notion de curriculum risque fort d’éclater. C’est un point implicite, mais auquel il me paraît important de donner toute sa place.

Derrière ces évolutions, se posent plusieurs questions ou challenges, que ce soit l’évolution du personnel, corps professoral en tête, ou l’équilibre entre apprentissage formel et informel, connecté et déconnecté. Cette dernière préoccupation est renforcée par les questions autour de l’éthique des données d’apprentissage.

Changement dans les objectifs globaux, éclatement de la notion de curriculum, pilotage par les données renforcé, induisent le quatrième élément de ma grille de lecture :

  1. L’évolution de l’organisation des institutions d’enseignement. Le rapport met bien en avant le fait que des nouvelles offres de formation apparaissent, que ce soient des formations d’excellence comme Minerva, des formations dédiés aux métiers techniques (informatique en tête), ou le développement d’une offre en ligne. Notons que ces offres sont souvent portées par des nouveaux acteurs ou des outsiders de l’enseignement supérieur.
    Plus pragmatique dans les institutions, la tendance est effectivement à revisiter les espaces d’apprentissage, ce qui intègre au niveau technologique effectivement d’intégrer une démarche BYOD (tant pour des questions d’évolution des usages plus systématique de la technologie, que pour mieux entrelacer apprentissage formel et informel), et de développer des Makerspace, pour encourager une culture du Do-It-Yourself en phase avec la culture d’innovation actuelle.
    Au final, a minima se pose la question de l’évolution des modes de fonctionnement des institutions actuelles, a maxima la place de l’éducation dans notre société.

Ma difficulté vient également sans doute que la priorité des enjeux, ou la temporalité des tendances n’est sans doute pas la même dans une école d’ingénieurs comme Télécom Bretagne, sans doute globalement en France.

En bonus, une infogrkeyissues2016_finalaphie de Educause mettant en avant les points clés pour 2016. (licence CC-by-NC-ND)

Le numérique dans une école d’ingénieurs

Je suis invité ce 9 décembre à participer à une table ronde en ouverture d’une journée organisée par PrépaOuest dont le titre évocateur est « Le défi de numérique en CPGE : adopter les outils pédagogiques des grandes écoles. » Question intéressante tant la logique des classes prépas est une logique d’acquisition personnelle, alors que notre logique numérique est une logique d’ouverture et de collaboration.

Pour entamer la discussion, j’ai préparé un petit diaporama qui retrace les grands axes du numérique dans une école comme Télécom Bretagne. Néanmoins avec les autres invités : Nathalie Van de Wiele, Michèle Tillard, Eric Cobast, j’ai l’impression que nous allons encore nous focaliser sur une vue ressources, notamment au travers des MOOC.

Inventer l’éducation supérieure du XXIème siècle

Joli titre. C’est celui de l’axe 4 du récent rapport de la stratégie nationale du supérieur (StraNES) . Cette stratégie a pour ambition de définir des objectifs à 10 ans pour l’enseignement supérieur, et est la conclusion d’un processus sérieux et documenté. S’il touche tous les volets de l’enseignement supérieur, c’est bien ce quatrième axe qui se focalise sur l’éducation proprement dite et qui doit guider l’évolution des enseignements et des cursus. On y trouve sur ce sujet 5 propositions, qui se veulent à la fois ambitieuses et réalisables, parmi les 40 que compte le rapport.

La premier point (ou proposition 16 dans la numérotation du rapport) vise à développer les pédagogies actives, pour proposer 25% d’un cursus sous forme de pédagogie par projet, actives, ou d’apprentissage hors cursus. Dans un cursus de formation d’ingénieurs, c’est un taux largement dépassé, si on considère les différentes activités en pédagogie active et les périodes de stage. Notons néanmoins que pour qu’une telle pédagogie soit effectivement efficace pour les étudiants, il faut un accompagnement de qualité qui repose beaucoup de questions sur la reconnaissance des différentes activités de l’enseignant (et donc les moyens humains correspondants), la formation des enseignants à un autre type de posture (tuteur, accompagnateur, … les définitions sont bien connues mais différemment assimilées suivant les lieux), mais également sur la dynamique d’équipe qui doit être créée et entretenue. En même temps cela ne concerne pas tous les enseignants, il faut donc juste arriver à mobiliser, à motiver une frange du corps enseignant.

Pourquoi pas si on arrive à faire de l’enseignement une activité valorisée du métier de l’enseignant chercheur. Malheureusement, c’est un peu le serpent de mer dans l’enseignement supérieur, le dernier avatar étant le rapport de Claude Bertrand qui n’a pas eu d’impact visible.

La seconde proposition vise à prévoir l’usage systématique du numérique dans la formation et l’évaluation des étudiants. Si l’usage dans la formation est maintenant bien établi, il est intéressant de l’institutionnaliser. L’accès à Internet dans le cadre des examens semble par contre ambitieux, voire en rupture, tant cela oblige à repenser la manière dont on construit l’évaluation.

Là aussi, il y a un cadre à créer mais c’est un très bel objectif. Et pour le coup, j’ai l’impression que nous en sommes tous assez loin. Une question sous-jacente est sans doute la question des moyens de correction qu’il faudra mettre en regard. Autrement dit, pourra-t-on poser des questions qui nécessiteront une réflexion plus approfondie de la part des étudiants sans que l’effort de correction ne soit démultiplié ? Sinon, se posera encore une fois une question de moyens… Bref des beaux débats en perspective, sur la nature des activités d’évaluation, sur la gestion technique de la communication durant les examens (car Internet, ce n’est pas qu’une extraordinaire bibliothèque, c’est aussi un moyen de communication de de co-production), et sur les modes de correction des copies.

La troisième proposition développer les ressources numériques et l’éditorialisation des savoirs, me semble déjà engagée en soi. Elle soulève néanmoins un sous point qui est la question de développer un outil d’aide à la décision des différents acteurs (étudiants, enseignants-chercheurs, administrateurs), permettant de suivre les parcours des étudiants. Le regroupement peut sembler étonnant tant cet outil devrait être un support à la proposition suivante. Espérons qu’il ne s’agit pas de déléguer cette proposition à des services techniques, car il y a des débats citoyens à avoir pour ne pas se faire enfermer dans des choix qui pourraient s’avérer bloquants.

Autour de cet outil, Il y a deux éléments clés : d’une part la gestion des données et l’analyse de celles-ci dans une perspective de big data, et d’autre part la nécessité que ce système soit suffisamment ouvert pour permettre un suivi au delà d’un seul établissement. Deux options sont alors possible : soit l’émergence d’un système centralisé qui risque d’être long à mettre en place et peu souple à l’usage, soit au contraire en profiter pour promouvoir les dynamiques de type self data. Dans ce type de dynamiques, l’individu est maître de ses données, ce qui serait en phase avec la volonté de rendre l’étudiant acteur de sa formation. Une expérimentation en ce sens serait sans doute un premier pas intéressant.

En phase avec la première proposition, la quatrième proposition (ou 19 suivant comment on compte) veut favoriser l’agilité, l’innovation pédagogique et la « culture du Oui », à la fois en reconnaissant à l’étudiant la possibilité d’imaginer un parcours à la carte, et en encourageant l’enseignant à l’expérimentation. J’y vois pour l’étudiant la possibilité de choisir des formations en ligne ou de s’inscrire dans un autre établissement pour y suivre un enseignement qu’il juge plus pertinent. Le numérique joue donc potentiellement un rôle de facilitateur, permettant à l’étudiant de suivre un cours d’une autre université à distance, ou de son université de rattachement (si cette notion fait encore sens) pendant qu’il se déplace sur un site lui permettant de développer un projet dans un contexte favorable.

On est ici dans une rupture équivalente à celle d’autoriser l’utilisation d’internet dans le cadre des examens. Cela semble possible, porteur de potentialités nouvelles, pouvant redéfinir la structure des cursus, mais absolument pas encore envisagé ni par le corps enseignant, ni par l’administration. J’ai même l’impression que cela vient en contradiction avec l’approche majoritaire qui veut pouvoir assurer la formation des étudiants.

La dernière proposition visant à prendre appui sur la recherche pour faire évoluer la pédagogie et les processus d’apprentissage est évidemment citée, et mériterait un article complet sur les raisons d’une telle affirmation, sur la répétition de cet enjeu dans tous les rapports, sur la difficulté de coupler des programmes de recherche et l’encouragement à l’expérimentation, sur la non répétabilité des résultats, sur la question de la diffusion …

Il y a donc 2 avancées potentielles dans ces propositions: l’utilisation d’internet pour les examens et la notion de parcours à la carte. Elles semblent en phase avec la culture du XXIème siècle, et permettent de l’infuser à des points clés de notre système de formation pour pouvoir le faire évoluer dans son entier. Clairement cela ne pourra se faire qu’au travers d’une démarche d’innovation, mais aussi en bousculant les modèles et les structures.

Crédit photo : Free Internet par ToGa Wanderings – licence CC-by

Permettre d’apprendre toute la vie pour une meilleure qualité de vie

À chaque fois que je regarde un jeu de transparents de George Siemens, j’apprends plein de choses. Son dernier diaporama « Exploiting emerging technologies to enable quality of life », commenté sur son blog, n’échappe pas à la règle. Son argument central est que l’employabilité n’est pas la seule finalité de l’enseignement supérieur, mais que la qualité de vie est encore plus importante sur le long terme. C’est d’ailleurs un excellent contrepoint à l’analyse de mon billet précédent.

D’abord ses présentations sont basées sur de multiples sources, de données et de citations. On a cette fois-ci des données sur l’évolution des métiers dans un contexte d’automatisation croissante, des données sur l’augmentation des inégalités de salaires, et quelque citations bien senties, notamment celle du président Truman de 1947, qui pourrait être ajoutée au débat français.

Il pose les bases d’un apprentissage perpétuel et de l’évolution des mentalités. Par rapport aux technologies émergentes (Social media, MOOC, communautés de savoir et vêtements intelligents, ambiant, réalité virtuelle, Internet des Objets) il propose au travers d’un excellent schéma les options de répartition du contrôle de ces technologies, entre les personnes, les institutions et les entreprises (diapos 42 pour une approche actuelle et surtout 43 pour une approche plus émancipatrice). La question des données personnelles est un élément clé de l’approche.

Et puis, évidemment ces analyses sont au service d’un questionnement sur l’évolution de l’éducation supérieure. Sa transition est : « Parce que nous changerons souvent de métier et d’intérêt, nous avons besoin d’un système éducatif flexible » – qui devrait inspirer les décideurs de tout poil – suivie de « Il y aura plus d’universités, pas moins, dans le futur » – ce qui est certes un parti pris, mais qui a le mérite de structurer l’évolution de l’enseignement supérieur, et de permettre la prise en compte de finalités de plus long terme pour la société. L’axe des technologies abordées cette fois-ci concernent :

  • un très intéressant exemple de valorisation des acquis de l’expérience (VAE) venant de l’université Deakin en Australie. Nous pensons en France que la VAE est une de nos forces pour valider l’acquisition de compétences professionnelles et de fait il y a de belles histoires de personnes qui ont pu obtenir des diplômes de l’enseignement supérieur par cette démarche. Le défaut de cette démarche est qu’elle est plutôt lourde. DeakinDigital nous propose une forme de VAE numérique qui semble beaucoup plus flexible. Une belle image de marque pour une université qui monte que de valider des crédits pour le monde entier. Là aussi il y a matière à inspiration de reconnaître au mieux les acquis de chacun dans un monde qui évolue sans cesse ;
  • le passage de cours à des missions (des projets) pour une formation avec des buts (purpose learning), au travers d’un slogan de Stanford 2025 : Missions not majors. On n’évaluerait pas seulement les acquis (qui sont disponibles en ligne), mais aussi l’impact au travers des actions des apprenants. Une définition plus ambitieuse et intéressante de la pédagogie par projets, qui devient une pédagogie de projets de vie, et qui met en valeur l’engagement ;

Son discours est donc que vont se développer à la fois une personnalisation de l’apprentissage, tenant en compte la manière d’apprendre et les acquis d’une part et la reconnaissance de parcours individuels, basés sur des intérêts évolutifs d’autre part.

Sa conclusion, nous allons devenir des apprenants perpétuels créatifs, entrepreneurs, auteurs du futur de l’humanité se base donc sur une analyse aiguë des tendances actuelles et sur le développement d’un système d’éducation flexible.

Crédit photo : extrait de Siemens, G., Dawson, S., & Lynch, G. (2014). Improving the Quality and Productivity of the Higher Education Sector – Policy and Strategy for Systems-Level Deployment of Learning Analytics. Canberra, Australia: Office of Learning and Teaching, Australian Government. Licence CC-by-sa. Retrouvé sur blog Learning Services Teams Blog de l’Université d’Edinburgh.

 

Éducation, dernière frontière avant quel monde ?

Je viens de lire avec intérêt le livre interview de Bernard Belletante « Éducation : dernière frontière avant le monde », directeur de l’EM Lyon. J’apprécie en effet chez les écoles de management une conscience plus affichée des transformations en cours. Le livre blanc de l’école du futur de Jean-François Fiorina, directeur de Grenoble Ecole de Management (GEM) en est un autre exemple. Ces écoles développent une vision prospective qui intègre en plein les pédagogies rendues possible par le numérique.

Le constat est maintenant largement partagé de l’urgence de faire évoluer nos formations, l ‘éducation devenant de manière claire le nouveau domaine impacté par le numérique (voir par exemple le tsunami numérique d’Emmanuel Davidenkoff, ou Game Changers: Education and Information Technologies de Diana Oblinger).

L’interviewé maîtrise parfaitement les nouveaux modes pédagogiques, encouragés par le numérique, qui permettent de repenser l’unité de temps, de lieu et de personnes qui guide encore nos modèles de formation. Le MOOC n’y est qu’un objet de transition parmi d’autres qui nous permettent de repenser les modèles de formation. Il considère que les écoles vont devenir des assembleurs pour permettre des parcours d’apprentissage différenciés dans un contexte mondial, ou étudiants et professeurs se déplaceront plus facilement. Il intègre l’idée que le savoir ne doit plus être vu comme un stock, mais un flux pour permettre aux personnes d’évoluer dans une logique de compétences. Bref, je partage pas mal d’analyses avec ce livre.

Il voit par ailleurs le développement d’une logique de certification mondiale, qu’il considère nécessaire pour aider les écoles à évoluer. Cette vision reste très fortement marquée par les tendances lourdes d’accréditation des écoles de management. Tendance beaucoup moins prégnante dans les écoles d’ingénieurs, dans lesquelles nous intégrons dans notre réflexion des cadres d’organismes internationaux (ABET et CDIO par exemple), mais qui ne donnent pas lieu à des labels internationaux. Ce qui est intéressant ici, c’est le besoin d’un élément de structuration pour permettre de maintenir une cohérence du secteur de la formation supérieure. Par contre, ce qui m’inquiète dans ce livre est le modèle de gouvernance sous-jacent à une vision très libérale de la société mondiale.

L’entreprise est en effet aux yeux de Bernard Belletante l’unique arbitre, ce qui engendre au niveau de la vision de la position de l’école par rapport aux autres parties prenantes une vision bien manichéenne. L’état (ainsi que l’Europe et les régions) ne sont que des sources de blocage, les professeurs CDI sont des pantouflards, les syndicats bloquent les évolutions des statuts … Certes, une formation aujourd’hui dans une grande école ne se conçoit pas dans un cadre régional, mais cela n’empêche pas de tirer parti d’un ancrage territorial enrichissant. Certes la mobilité des enseignants doit être encouragée en permettant aux enseignants de changer d’école et de participer à plusieurs formations, mais faut-il pour autant la généraliser ? La richesse des formations ne provient-elle pas de la diversité? N’est-il pas intéressant de garantir une continuité dans un établissement ? Certes le statut de l’enseignant doit absolument évoluer pour prendre en compte la diversité et la richesses des stratégies d’action qu’il peut aujourd’hui développer. J’entends bien que ces différentes parties prenantes peuvent parfois faire entendre des voix dissonantes par rapport à une économie de marché sans contraintes inutiles, mais faut-il pour autant les considérer comme hors jeu ? Aux yeux de l’auteur, il semble que sur ces questions il n’y ait pas d’alternatives. Le modèle d’organisation semble s’imposer de lui-même, c’est sans doute dommage si on veut pouvoir encourager une variété, un écosystème des formations. C’est en tout cas gênant pour encourager le débat de considérer de tels aspects comme des évidences.

Cela est d’autant plus important que les générations à venir auront à être porteuses des transitions qui démarrent aujourd’hui : numérique, énergétique, écologique, organisationnelle… Et par rapport à ces transitions, les entreprises ne sont pas demandeuses, elle sont plutôt des freins. Il ne s’agit pas de les mettre hors jeu. Il s’agit bien de multiplier les parties prenantes pour penser les directions à prendre pour développer l’éducation d’un monde qui ne considère pas que le seul environnement est celui de l’entreprise comme seul vecteur d’évolution de la société.

Bref, ce livre nous rappelle que la vision politique sous-jacente est complètement structurante pour la vision de l’évolution de notre système de formation. La qualité de Bernard Belletante est de l’assumer complètement.

Crédit photo : Candle lights on a windowsill on December 8. Photo: Myrabella / Wikimedia Commons licence CC-by-SA 4.0

Intégrer des MOOC dans une formation

Le MOOC est un formidable levier d’ouverture des enseignements à l’extérieur de l’enseignement supérieur. Mais pour nombre de collègues enseignants se pose la question de l’utilisation de ces formations au sein de nos institutions. Cela peut être un complément à des cours existant, mais c’est aussi une occasion de revisiter les cursus proposés à nos étudiants. Le colloque de pédagogie QPES qui a eu lieu en juin à Brest a été l’occasion d’aborder ces questions de deux manières.

Nous avons en effet proposé un papier sur les différents modes d’intégration réalisés à Télécom Bretagne qui couvre les différentes options d’intégration de tels cours dans un cursus, et qui démontre qu’il est possible de faire évoluer une maquette de formation simplement en y intégrant des MOOC selon différentes modalités.

Cela a également été l’objet d’un atelier lors du précolloque durant lequel les participants ont pu réfléchir aux différentes options d’intégration possible et à s’intéresser aux modalités d’intégration pour s’assurer d’une expérience pédagogique réussie. Non seulement cela a été l’occasion de débats intéressant, mais il s’avère également que c’est un bon point d’entrée pour les enseignants qui n’ont pas toujours une vision claire de ce qu’est et peut être un MOOC.

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