Gérer les compétences, c’est une question de données personnelles et de partage

Dans le monde de l’enseignement, mais aussi dans le monde professionnel, la compétence est devenue la notion centrale, que ce soit pour : (i) définir des objectifs de formation ou de cours, (ii) valider l’atteinte de ces objectifs des évaluations, (iii) se positionner, (iv) définir ses forces et ses intérêts, (iv) faire le point sur sa progression, (iv) s’orienter, (v) se présenter, (vi) définir un métier, un poste, (vii) gérer les ressources humaines d’une entreprise, (vii) construire un plan de formation…

Actuellement, la gestion des compétences se fait de manière très manuelle, locale, et isolée. La définition des objectifs se fait par formation. Les enseignants construisent leurs cours et leurs critères d’évaluation. Les personnes peuvent gérer leur portfolio et leurs bilans de compétences de manière manuelle et construire leurs CV. Elles peuvent remplir des questionnaires sur des sites d’orientation. Les recruteurs reçoivent et analysent des CV. Et tout cela de manière étanche. Cela amène à des définitions et à des déclarations qui ne sont pas toujours très compatibles.

Et pourtant, toutes ces étapes sont les multiples facettes de personnes, qui apprennent, se développent, s’engagent, travaillent. Des personnes à qui on demande de faire la saisie de telles informations à chaque étape. A contrario, des personnes dont de telles données sont parfois gérées et transmises sans qu’elles en aient pleine conscience.

La gestion des compétences est donc un cas emblématique de gestion de données personnelles, ou il y a de vrais intérêts à permettre un partage de données pour proposer des services intéressants, dans lequel il y a de vraies questions d’éthique puisque les compétences couvrent de nombreuses facettes des personnalités, et dans lequel des usages qui posent question existent déjà (qui pourrait faire une cartographie de tous les usages d’une entreprise comme LinkedIn ?)

Une particularité des compétences par rapport à d’autres données personnelles est que les personnes ont vocation à être actrice de l’évolution de ces données, à la fois parce qu’elles peuvent en déclarer, se donner des objectifs qui évolueront, parce qu’elles peuvent négocier ou prouver de manière diverse leur acquisition, mais aussi parce que ces données ont vocation à leur permettre de réfléchir sur leurs parcours futurs ou actuels (de formation, de vie), et que la personne a aujourd’hui le choix de ce qu’elle met en avant. Nous sommes plus dans une démarche de construction que de demande de correction ou d’oubli de données sur un site. La gestion de ces données de compétences doit donc pouvoir être contrôlée par les personnes elles-mêmes.

La question de la circulation des compétences entre différents sites a commencé. L’initiative européenne « Erasmus Without Papers » qui vise à faciliter les échanges d’étudiants entre universités européenne, doit permettre de transmettre entre universités ces compétences.

Des groupes de travail se mettent en place, pour construire un écosystème « éducation et compétences » dans le cadre de Gaia-X (projet européen pour la construction d’écosystème numériques ouverts, transparents et sûrs). Un premier groupe s’est ainsi constitué au niveau français sous la houlette du MENJS et du Cigref. SkillsData est quant l lui un groupe constitué dans le cadre de l’initiative myData (qui promeut la place de la personne dans l’utilisation de ses données) réfléchit au niveau européen.

Le développement de tels espaces de données permet d’imaginer des interconnexions de services existants (un service d’orientation récupérant un livret scolaire, un service de recrutement qui propose des emplois adaptés, …), de promouvoir des partenariats, de définir les questions de droits, de promouvoir les questions éthiques liées au niveau d’une filière, et donc potentiellement la confiance dans les services proposés. Bref, cela est structurant pour une filière, et l’éducation/le développement professionnel est donc identifié comme tel. Cela doit également permettre de mettre à disposition de tous des communs, comme des jeux de données utiles pour concevoir et tester des algorithmes innovants (par exemple un recueil de voix pour développer des assistants vocaux).

D’un point de vue de l’enseignement, il devient possible d’imaginer de faire circuler facilement les résultats d’apprentissages entre différentes activités (récupérer les résultats d’un MOOC dans une formation par exemple), ou de proposer des activités en fonction des besoins (exprimés, identifiés) des apprenants (étudiants, élèves, formation continue …).

D’un point de vue de la recherche, il y a des enjeux sur la définition de bons modèles de compétences, qui permettent l’articulation entre les différents besoins, et les différentes interprétations. l’accès à des données anonymisées qualifiées, l’analyse et le développement de nouvelles pratiques et de nouveaux environnements d’apprentissage, sans doute plus ouverts.

Retours d’expériences sur les TP hybrides et à distance

Il semble que pour beaucoup, les Travaux pratique (TP) sont des activités à réaliser en présentiel. Certains trouvent pourtant des solutions pour les assurer malgré la fermeture des campus. Le groupe de travail « hybridation des formations en coopération ouvertes » a fait un travail conséquent de collecte d’informations et a proposé un webinaire de retours d’expériences qui s’est avéré très riche. Il permet de faire une première synthèse.

Le TP – un lien entre deux mondes

Cédric d’Ham, chercheur à l’UGA de Grenoble sur ces sujets rappelle que les TP permettent un aller retour entre le « monde des théories et des modèles » et le « monde des objets et des événements ». Ces allers-retours prennent des formes différentes suivant les objectifs d’un TP et le domaine considéré.

Parmi les objectifs, dont certains peuvent se combiner, citons :

  • L’explication d’un phénomène ou la validation d’un modèle physique. L’aller-retour se décline alors par un cycle expérimental ( définir le problème – proposer des hypothèses – concevoir l’expérience – réaliser l’expérience et collecter des données – traiter les données – interpréter les résultats – diffuser les résultats). Cette démarche se construit classiquement en laboratoire, mais avec la généralisation du smartphone (et des cartes Arduino ou Raspberry) la mesure devient possible n’importe où, chez soi, en ville ou à la campagne, en amphi … comme nous l’a explique Ulysse Delabre de l’université de Bordeaux.
  • Le développement d’un dispositif, d’un programme qui interagit avec le monde réel. Éric Tanguy, de l’université de Nantes propose à ses étudiants qui développent un programme à distance de régler les interrupteurs d’une carte électronique, de filmer le résultat et de vérifier que le comportement est correct.
  • Le développement ou la pratique d’un geste professionnel. Dans les métiers de sciences expérimentales, on reprendra le cycle expérimental en mettant l’accès sur la manipulation des équipements, sur les pratiques de sécurité, … En sciences de la santé, il y aura la construction d’un geste professionnel correct et adapté. Dans ce dernier cas, Yann Le Faou, de l’IFPEK de Rennes, insiste sur la correction du geste et sur l’analyse réflexive de celui-ci.
  • La familiarisation avec un équipement « lourd ». Laurent Dairaine, de l’ISAE Toulouse propose l’accès à des vidéos correspondant au paramétrages proposés par les étudiants.

Le TP – une interaction privilégiée avec l’enseignant

L’enseignant est disponible pour aider, pour répondre aux questions, et dans le cas d’une pratique professionnelle en tant qu’expert garant de la qualité du geste. Dans le cas de la mise à distance, un canal de communication est donc mis en place, au travers d’un chat ou de salles de groupes dans un système de visio-web qui permet aux étudiants de travailler ensemble et de discuter avec l’enseignant.

Le TP – un travail d’équipe

Classiquement, le travail en TP se fait à plusieurs. Le passage à distance, le numérique amènent à clarifier des rôles dans cette équipe : l’un peut coordonner l’expérience, l’autre peut prendre des notes dans un cahier d’expérimentation ou faire l’interprétation des résultats. Dans le cadre de la santé, trois rôles sont proposés : le patient, le masseur, et l’observateur qui fait une analyse réflexive.

La répartition de l’équipe peut alors être hybride, certains étant en présence de l’expérience, d’autres à distance. Se pose alors la question de filmer l’expérience, de commenter de manière explicite le geste professionnel, des échanges implicites deviennent des médiations explicites et peuvent ainsi même enrichir l’expérience.

Le TP – une expérience vécue

L’expérience s’ancre dans le monde réel. Être sur place renforce a priori l’authenticité de l’expérience. Elle n’est pas pour autant forcément indispensable pour le vécu ressenti, si l’interaction est correctement assurée par une autre forme de médiation. Citons ici les alternatives relevées :

  • L’expérience est menée sur l’équipement réel par une personne spécifique selon un protocole défini par l’équipe d’étudiants. Cette personne peut être l’enseignant si le laboratoire est inaccessible ou par un nombre limité d’étudiants qui profitent de l’expérience sans surcharger les laboratoires, si l’accès est restreint. Le lien avec le reste des équipes peut se faire par visio, films, téléphone, nous sommes maintenant habitués à échanger à distance. Le résultat de l’expérience peut également être un objet tangible (usinage en atelier ou en fablab) qui pourra être remis aux étudiants.
  • L’expérience est menée hors les murs du laboratoire, avec un smartphone (ou un équipement bon marché comme un Arduino ou un Raspberry). Comme nous l’explique Ulysse Delabre, de l’université de Bordeaux, un smartphone permet de faire des mesures, de les stocker et de les partager. L’étudiant peut construire et améliorer son protocole de mesure chez soi, organiser des mesures à plusieurs de manière coordonnée, et les mesures peuvent même être partagées collectivement, par exemple en amphi. On gagne en simplicité, en créativité, mais on perd le coté professionnel du laboratoire. Cette démarche est donc complémentaire et offre de nouvelles opportunités.
  • Le prêt de matériel (petit robot, carte électronique, …) est aussi une pratique courante.
  • L’expérience est déportée, Le projet Go-Lab proposait ainsi des connexions à distance à des équipements rares qui n’étaient disponibles que dans quelques endroits. Le site LabsLand permet de mettre à disposition de nombreuses expériences. En microélectronique, le GIP CNFM propose la mutualisation des moyens entre universités.
  • L’expérience dans le monde réel est filmée, et les résultats sont mis à disposition des étudiants. Ce film peut être unique, ou décliné en multiples versions suivant une cartographie paramétrique de l’expérience.
  • L’expérience est simulée, et donc accessible simplement, permet des démarches plus inductives basée sur des essais-erreurs. Ce qui se perd en termes de lien avec le réel se compense par une plus grande flexibilité. Les expériences virtuelles permettent ainsi de s’affranchir de difficultés de mesure, ou de changer de point de vue (investiguer dans l’infiniment petit ou dans l’infiniment grand par exemple). En se concentrant sur le phénomène, on s’affranchit de toutes les difficultés de mise en œuvre d’une expérience.
  • Ces objets simulés peuvent aussi s’intégrer dans des environnements virtuels pour plus d’immersion dans l’environnement du dispositif expérimental, et peuvent ainsi réifier le protocole expérimental.

La numérisation des activités du TP

Il existe de nombreuses solutions utilisables sur un ordinateur pour traiter des données, du tableur à l’environnement complet d’analyse de données, en passant par les notebooks. La captation et le montage de films sont aussi maintenant courants, et utilisables par des étudiants. Et tout cela avec des logiciels en licence libre qui fonctionnent de manière efficace.

Si dans la solution proposée par Eric Tanguy de développer à distance un montage à plusieurs sur un PC déporté semblait encore perfectible, il existe maintenant dans de nombreux cas des outils collaboratifs, qui permettent de travailler à plusieurs sur le même objet informatique (texte, dessin, programme, …)

Mais pour aller au-delà, des logiciels dédiés permettent de travailler sur des activités spécifiques aux TP. Cédric d’Ham est ainsi à l’origine de titrAB, qui permet de construire des protocoles de mesure pour des titrages acide base d’une part et de LabNBook qui est un cahier de laboratoire numérique et collaboratif, couvrant le cycle expérimental, paramétrable sous forme de missions, pour un meilleur accompagnement par les enseignants. Et le tout sous forme de logiciel libre.

Des ressources ouvertes en ligne

dans le cadre du groupe, nous avons collecté de nombreuses références, d’autres ont été apportées pendant le webinaire, et certaines sont même venues après, comme les rediffusions de webinaires sur le sujet des TP à distance proposés par l’université d’Aix-Marseille. Tout est regroupé dans une page de références. N’hésitez pas à consulter, à compléter et à faire savoir. Les solutions existent, nous devons passer au temps de l’appropriation.

Et pour bien finir, un schéma récapitulant le cycle de l’investigation en 8 étapes (je n’ai plus la source, désolé)

Crédit photo : « Les manipes confinées » extrait de https://smartphonique.fr/?p=228

Permettre la réutilisation de ses ressources éducatives libres : l’exemple de Github

Yann Houry est enseignant en français dans le secondaire et souhaite partager ses cours. Il a proposé un wiki, et dépose ses cours sur un dépôt github. Github est une plateforme prévue pour les informaticiens qui permet de travailler ensemble et partager des projets informatiques : code source, outils de déploiement, mais aussi documentation. De fait les utilisations de cet outil va au-delà puisqu’il est utilisé pour tout type de projet collaboratif, souvent ouvert. Il y a notamment des milliers de cours déposés sur cette plateforme, surtout sur des sujets en informatique, puisque tout informaticien connaît (et souvent utilise) cette plateforme. Je l’avais pour ma part utilisé pour construire un cours renversé avec mes étudiants sur les technologies du Web.

C’est un outil gratuit tant que les dépôts restent publics. Il est donc possible de travailler à plusieurs sur un tel dépôt, à garder une trace des versions proposées, de proposer des variantes, et cela sans être connecté en permanence via une interface web (l’idée est au contraire de pouvoir une copie sur sa machine). Il permet surtout de conserver les sources (i.e. de rendre modifiable un projet) et le processus de construction de la ressource finale (i.e les scripts d’appels aux outils de production et de post production). J’avais pour ma part apprécié que la génération de site web soit automatisée, que la mise à jour soit rapide, et l’hébergement intégré.

Deux freins sont néanmoins à noter. L’utilisation de la gestion de version nécessite un petit apprentissage et l’utilisation d’un outil dédié. Et à ma connaissance, ces outils sont en anglais. Il existe néanmoins de nombreux didacticiels (tutoriels?) en français. Le contrôle de version permet par la suite de travailler de manière plus sûre à l’amélioration du projet collaboratif (il y a notamment des processus de revue). Bref, cela vaut la peine de faire un petit effort.

Malgré tout, déposer ses cours sur un tel dépôt est un choix fort de mise à disposition et de volonté de partage. Github vous incite d’ailleurs à choisir votre licence de partage et à l’intégrer dans votre dépôt. Cela va donc au-delà du simple dépôt. La possibilité de modification est complètement intégrée ici. Vous pouvez récupérer les fichiers et commencer à les modifier, puis éventuellement proposer à l’auteur vos modifications. Des outils de discussions (questions ouvertes), un wiki accompagnent le dépôt. On est donc au-delà du simple outil de dépôt. Il est aussi possible de suivre l’évolution d’un projet (d’un cours donc).

L’organisation est celle que vous pourriez choisir classiquement : un espace pour les textes sources, un espace pour les images, et autres vidéos, un espace pour le mode d’emploi. La documentation est d’ailleurs une pratique normale pour les informaticiens. Un tel dépôt peut donc s’accompagner de documents d’accompagnement : mode d’utilisation, explication sur les choix, sur l’impact de ces choix.

Vous pouvez déposer toute sorte de fichiers dans un tel dépôt. L’orientation informatique incite à revenir à des formats les plus simples possibles pour exprimer le fond, et la forme des documents (souvent de manière dissociée). Un peu comme ce qu’on retrouve sur les wikis d’ailleurs. Yann Houry a ainsi quitté les traitements de texte classiques pour aller sur le format markdown (il s’en explique d’ailleurs ici). Il permettra d’aller aussi bien vers documents structurés, des diaporamas ou des sites web. Des outils existent écrire en markdown et faire la conversion entre de nombreux formats (et markdown en particulier) (voir par exemple pandoc que je n’ai pas encore utilisé). Pour ceux qui sont habitués des écrits collaboratifs, des outils comme HackMD permettent de prendre en main facilement et ensemble ce format.

Des plateformes comme Github (voyez également Gitlab) font partie des briques de base pour d’autres pratiques comme la science ouverte et la recherche reproductible (y compris donc pour les humanités numériques). Il est donc maintenant courant de créer un dépôt pour partager les outils et les données d’analyses, afin que chacun puisse les analyser, et les réutiliser.

Ces dépôts, prévus initialement pour les projets informatiques, ont donc de bonnes propriétés techniques pour soutenir la réutilisation de ressources et la collaboration.

C’est bien plus qu’une bibliothèque. Une forme d’outils à explorer pour encourager la réutilisation de ressources éducatives libres. Allez voir ce que Yann Houry en dit.

Présence hybride ou la rentrée sous le signe de l’hybridation – préparons là ensemble !

Alors que la pandémie recule dans notre pays, voire semble derrière nous pour certains, la rentrée à venir dans l’enseignement supérieur se prépare selon un scénario qui intègre la nécessité de limiter les brassages de population, le fait que tous les étudiants ne pourront pas être présents à la rentrée (les extra-européens et les personnes « à risque ») et le risque d’une seconde vague. Même si on peut dénoncer le fait que l’enseignement à distance, surtout en situation d’urgence, n’est pas de même qualité que celui en présence, le numérique et la distance auront la part belle à la rentrée. Les rencontres en présence seront très limitées (on parle de 20 % comme base de travail), elles seront donc précieuses. L’hybridation des formations est donc le mot d’ordre pour la rentrée.

De nombreuses questions se posent donc :

  • An niveau de l’organisation du cours : Comment repenser le déroulé d’un cours pour tirer le meilleur parti de ces rencontres ? Comment faire pour que ceux qui ne seront pas présents puissent malgré tout réussir ? Comment articuler présence et distance ? Comment articuler continuité et variété ?
  • Au niveau des campus : Comment préparer les espaces pour permettre de respecter les consignes sanitaires, tout en favorisant interactions, utilisation de matériel didactiques (je pense aux indispensables Travaux Pratiques) ? Comment suggérer des modalités riches ?
  • Puisque la distance sera la partie principale des enseignements : Dans quelle mesure réinvestir les bonnes pratiques proposées lors du confinement ? (voir ici ou ) Puisque le numérique est parti pour prendre une place plus importante, la question des ressources devient incontournable : Quoi développer ? Avec qui ? Quoi utiliser ?
  • Quand on parle de distance, la question se pose de l’accompagnement des étudiants, des feedbacks, des interactions, de maintenir leur motivation, mais aussi des éléments qui permettent aux étudiants d’interagir entre eux, de s’organiser, de gérer leurs stratégies d’apprentissage. Qu’est ce qui doit être fait au niveau de l’institution ? Qu’est ce qui est du ressort du cours ? Qu’est ce qui est de leur propre ressort ?
  • Si la période de confinement nous a pris de court, il est temps maintenant de s’équiper pour permettre de gérer cette distance « en situation de transition »:
    • Quels sont les espaces nécessaires aux enseignants ? Quels équipements ? Quels outils ? Comment s’organiser pour que les équipes pédagogiques fonctionnent au mieux ? Mais sans oublier la question du changement de métier de l’enseignant et donc de leur formation et de leur accompagnement nécessaire.
    • Parallèlement : ne faut-il pas reconnaître qu’être étudiant à la rentrée nécessitera de disposer d’un ordinateur (avec micro, caméra ? Logiciels spécifiques ?), d’une connexion réseau, d’un espace dédié de travail chez soi ? Faut-il compter aussi sur un smartphone ? Par reconnaître, je veux dire non seulement l’indiquer au moment de l’inscription, mais aussi permettre à chacun d’en disposer : Faut-il prévoir des aides ? Les logements étudiants sont-ils équipés/équipables ? Que prévoir pour permettre le travail hors connexion ?
  • … (à vous de compléter)

Des modèles existent qui répondent chacun à une partie de ces questions. Il faut les combiner pour proposer des solutions en vue de la rentrée. À chaque institution, à chaque équipe pédagogique de se les approprier pour préparer les futurs cours. Pour commencer la liste des modèles pertinents, voici une première liste, n’hésitez pas à la compléter :

  • Le modèle proposé par Hy-Sup permet de poser les dimensions d’un dispositif hybride, de les orchestrer et de se positionner ;
  • Le modèle des classes inversées évidemment pour repenser les déroulés et l’organisation des activités en asynchrone, synchrone, mais aussi leur ouverture.
  • Les ressources éducatives libres dont la définition est proposée par l’Unesco : « Les ressources éducatives libres (REL) sont des matériaux d’enseignement, d’apprentissage ou de recherche appartenant au domaine public ou publiés avec une licence de propriété intellectuelle permettant leur utilisation, adaptation et distribution à titre gratuit. » Ce modèle n’est pas aussi développé que ce qu’on pourrait l’espérer, peut être parce qu’on s’est d’avantage penché sur l’utilisation et la diffusion que sur la collaboration et l’adaptation. Peut être faudrait il plutôt les aborder sous l’angle des communs et du partage. C’est en tout cas un cadre riche pour repenser la pédagogie dans une perspective de collaboration, ce qui a été rappelé à l’occasion de la pandémie
  • La comodalité permet d’envisager des cours où chaque étudiant peut choisir chaque semaine de travailler en présence, ou à distance et ce de manière synchrone ou asynchrone ;
  • Concernant l’accompagnement des étudiants, la formation des adultes nous propose des cadres intéressants : présence sociale à distance, apprentissage autodirigé ou auto-régulation des apprentissages, mais aussi sentiment d’efficacité…
  • Sur l’outillage et l’équipement des étudiants, des préconisations doivent être proposées, sur le modèle du BYOD (pour Bring Your Own Device – sujet dont on parlait déjà en 2012)

Ces questions se posent évidemment sous la contrainte d’une pandémie, doublée d’un soupçon que les institutions y voient le moyen de mettre le système sous pression. Mais utiliser le numérique, c’est également une opportunité : cela permet d’envisager de diversifier les modalités dans le cours. La période de confinement a démontré qu’il était également possible d’avoir des modalités actives, même à distance, pourquoi ne pas les conserver, ou les adopter ? Mais surtout, le numérique est un formidable vecteur pour la collaboration : entre enseignants pour construire des ressources collectives, entre conseillers pédagogiques pour proposer des guides communs et adaptés aux institutions, entre chercheurs pour partager les analyses, entre étudiants pour s’entraider, collectivement pour aborder des questions nouvelles.

Puisque la collaboration, l’entraide semblent se développer pendant les périodes difficiles, vous serez peut être intéressés à rejoindre un groupe ouvert en cours de constitution qui se propose de collaborer pour produire des ressources à destination principalement des enseignants. C’est ici que cela démarre (tout profil bienvenu 🙂 ). Objectif : proposer rapidement des ressources réutilisables, adaptables pour le contexte de chacun.

PS : on pourrait également penser à quels outils pour les enseignants pour favoriser les interactions, pour accompagner, et aux outils pour les étudiants pour s’organiser, pour mieux travailler par eux même, pour mieux faire reconnaître leurs apprentissages.

Crédit photo : parcours « Organiser son cours à distance » proposé par Louvain Learning Lab de l’UCL – licence CC-by-NC-SA

Badgeons dans les Fablabs

L’idée de reconnaître des savoirs, savoir-faire, compétences… au travers de badges n’est pas nouvelle, on peut penser même au mouvement scout. La notion des brevets développée dans le livre de Michel Authier et Pierre Lévy « les arbres de connaissances » qui permet à chacun de définir un savoir et de le partager pour construire un arbre de connaissances est particulièrement inspirante. En 2011, Mozilla a lancé une initiative, les Open-Badges qui ont permis de remettre ces idées au goût du jour numérique. Nous en avons parlé plusieurs fois dans ce blog, et plus particulièrement il y a deux ans à l’occasion du Forum des Usages Coopératifs, pour parler de la venue de plusieurs acteurs de ce mouvement. Depuis, le mouvement a prospéré.  L’éducation nationale regarde. Après Badgeons la Normandie, ce sont les Pays de la Loire qui s’y sont mis, pour dynamiser leurs territoires autour des secteurs de l’éducation et de la formation, de l’insertion sociale et de l’emploi au service de la construction d’un territoire apprenant.

En Bretagne, cela bouge aussi. La semaine prochaine une après midi pour parler de badges, suivie d’une conférence-débat sur le sujet est organisée à Brest.

Les Fablabs ont plusieurs enjeux autour de la question des badges. Le premier, en tant que tiers-lieux inscrit dans les territoires, est aussi la question de la dynamique d’un territoire apprenant. Le second, plus spécifique, est de reconnaître les savoirs spécifiques des fablabs, notamment pour permettre l’accès aux machines qui y sont hébergées, en reconnaissant ceux qui en ont la maîtrise. C’est ainsi une démarche de co-construction de la sécurité dans ces lieux, de diffusion des savoir-faire proposés et d’incitation à la rencontre. Les badges proposés par la Casemate à Grenoble rentrent dans cette tendance.

4203541703_8567628374_o_dAu delà de cette démarche propre se pose également la reconnaissance de la dimension éducative des fablabs. On peut imaginer que la communauté d’un fablab propose un ou plusieurs badges complémentaires qui lui semblent pertinents, et qui contribuent à la diffusions des savoirs de makers. Je me suis intéressé à un article dont on pourrait traduire le titre de la manière suivante : « principes fondateurs et pratiques pour évaluer l’éducation par le faire ». Tout d’abord ils citent un auteur, Alfie Kohn qui met en garde sur le fait qu’évaluer un sujet le rend moins engageant, pousse à choisir le chemin le plus facile pour réussir, et réduit la qualité de la réflexion de l’étudiant. C’est ce qu’on constate souvent dans l’enseignement, y compris dans les enseignements par projets. Malgré tout, il reste possible d’envisager une évaluation, que d’aucuns qualifieraient d’authentique, en laissant l’initiative autant que possible aux étudiants, en leur proposant un cadre suffisamment flexible pour qu’il puissent se l’approprier, le compléter, et ne pas se sentir contrôlés (éviter les checklists imposées), en permettant aux enseignants de se positionner aussi comme apprenant, en organisant l’espace pour porter les valeurs visées. L’évaluation, voulue ouverte en proposant des rubriques suffisamment larges, porte à la fois sur le produit proposé, les connaissances qui s’y rapportent, et le processus qui a permis sa réalisation. Il est souhaitable d’encourager les étudiants à documenter leur parcours (idée de portfolio de réalisation), de réfléchir à leurs pratiques (en se projetant, …). La mise en place de badges est ici aussi envisagée, pour donner les clés d’accès aux machines, mais aussi pour proposer des moyens de mettre en avant des savoirs-faire complémentaires. Bref, de la culture Maker ouverte à la pédagogie par projets, il n’y a qu’une différence de contexte, de valeurs portées. La question reste toujours de faire sens auprès de ceux qui s’engagent, les apprenants, et de ne pas dénaturer la nature de la pratique en l’institutionnalisant.

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En effet, un cadre privilégié des badges ouverts reste bien celui de la dynamique de communautés. C’est en tout cas ce qui retient l’attention des acteurs qui les mettent en oeuvre. La Normandie a ouvert la voie, avec entre autres le Dôme, qui cherche à diffuser les pratiques sur le territoire.  Dans quelle mesure, les différentes pratiques possibles des badges ouverts peuvent elles être combinées ?

En tout cas, les badges ouverts seront un des sujets centraux du forum des usages coopératifs 2020, du 7 au 10 juillet à Brest. 

Dans les commentaires reçus ce week end, @FABULISbox me rappelle sur Twitter que l’on parle de ce sujet sur @TiersLieuxEdu, un réseau au nom explicite, et que les fablabs avancent également sur le sujet (commentaire lié à ce billet).

 

Crédit photo : My Nerd Merit Badges arrived by doctyper licence CC-by-sa

Whats a badge really worth by Bryan Mathers licence CC-by-nd

Chaque université devrait avoir une salle d’examen numérique

C’est en tout cas l’affirmation de Craig Zilles, lors de la conférence CSEDU 2019 !

« Every University Should Have a Computer-Based Testing Facility ». Son argument central est que le développement d’une telle salle permet de simplifier le processus d’évaluation pour les grandes cohortes et ainsi de proposer une évaluation plus riche, plus régulière, tout en libérant du temps pour les enseignants. Il démontre que c’est également un investissement très rentable. C’est en tout cas une solution qui transforme l’organisation d’une université.

Il s’appuie sur :

Le système de génération d’exercice, appelé PrairieLearn semble être testable en ligne : https://prairielearn.engr.illinois.edu et son code est disponible librement : https://github.com/PrairieLearn. Une présentation vidée de Craig Zilles est disponible en ligne sur ce sujet.

Ce système fait écho à ce que nous avons également présenté durant cette conférence : Towards a Functional and Technical Architecture for e-Exams qui fera l’objet d’un billet très prochainement. La différence principale entre les deux solutions réside dans l’environnement de déploiement : une salle dédiée dans le cas présenté ici, de manière plus portable dans notre cas. En croisant les deux, nous pouvons avoir une idée claire de ce que sera un système d’évaluation numérique (ou une solution de e-exams). Ce sera sans doute aussi l’objet d’un prochain billet.

D’autres propositions concernant l’évaluation ont été faites durant ces trois jours. Une présentation particulièrement percutante, nommée Smart Like a Fox: How Clever Students Trick Dumb Automated Programming Assignment Assessment Systems a été celle de Nane Kratzke sur les possibilités de « tricher » aux évaluations d’informatique, et sur les mesures permettant de l’éviter, ainsi qu’une détection in-situ.

Crédit photo : Ashton Testing Services lab par AshtonFan – licence CC-by-SA 4.0 International

L’impact de l’IA sur l’éducation

L’Intelligence Artificielle est de tous les sujets, l’éducation n’y échappe donc évidemment pas. Cela a donné lieu à des essais très manichéens comme la « guerre des intelligences », mais aussi à des rapports prospectifs plus scientifiques. Citons Intelligence Unleashed proposé par le Knowledge Lab de l’UCL (Londres) en 2017 qui nous rappelle que l’IA en éducation a déjà une longue histoire et qui propose de nombreuses pistes pour résoudre un certain nombre de problèmes en éducation. Citons également le rapport récent d’orientation pour la commission européenne « The Impact of AI on Learning, Teaching, and Education » par Ilkka Tuomi qui reprend des éléments du premier avec une vision plus globale.

Premier point sur lequel il convient de s’arrêter, l’IA est à la fois un vecteur de transformation de la société et du travail, donc qui influe sur les objectifs des formations, et un moyen pour faire évoluer les pratiques d’éducation. Cette idée n’est pas foncièrement neuve, tant cette double tension est portée depuis longtemps par l’évolution des technologies numériques, l’IA n’étant qu’une d’entre elles.

Il y a donc, comme d’habitude, quatre facettes :

  1. En quoi cette nouvelle avancée technologique a un impact sur les compétences numériques (ou littéracie numérique) ? Ces fameuses compétences numériques me semblent évoluer bien vite, et leur définition avoir souvent un train de retard. L’IA pose sans doute de manière plus accrue la question de travailler en interaction avec les technologies numériques ;
  2. En quoi cela modifie l’enseignement de l’informatique ? L’IA telle que revisitée aujourd’hui est une avancée issue de ce que l’on appelait il y a peu les « Big Data ». Notons également que l’enseignement de l’IA dans les écoles d’ingénieurs existe depuis 40 ans.
  3. Quelles sont les questions d’impact soulevées par ces avancées ? En effet, les questions d’impact économique, d’évolution des métiers, d’exploitation de données personnelles, de contrôle, de surveillance, dite généralisée, d’évolution de nos comportements, liées au numérique, sont devenus centrales dans nos sociétés, bien qu’imparfaitement débattues.
  4. Qu’est ce qui devient possible qu’on ne pouvait pas faire avant ?

C’est sur les deux derniers points que se focalisent ces rapports, avec une dimension prospective.

Sur les questions d’impact, deux aspects apparaissent centraux et quelque part liés, la question de la personnalisation d’une part et l’évolution des métiers d’autre part.

La personnalisation est effectivement centrale en IA, en permettant de mettre en place des classifications d’utilisateurs et de faire de la recommandation. Cela est déjà utilisé depuis longtemps en éducation pour des systèmes de tuteurs intelligents, qui pour l’instant sont cantonnés dans des domaines très précis (exercices de mathématiques principalement). Si cela peut aider à proposer des diagnostics, à aider dans une progression, la personnalisation ne doit pas réduire la capacité de choix et d’action des apprenants. C’est toute la question entre guidage et accompagnement qui se pose ici. Les deux coexistent dans une formation et doivent viser à terme à permettre à l’apprenant de développer son autonomie et sa capacité d’action. C’est une crainte très nettement exprimée par Ilkka Tuomi qui fait remarquer que des développements de systèmes pourraient renforcer ce qu’il considère comme étant de mauvaises pratiques de contrôle des apprentissages. Le risque étant selon lui renforcé qu’il existe à la fois des tenants de pratiques dépassées dans le système, et des développeurs de solutions non épaulés par des experts de l’éducation pouvant développer des solutions basées sur des préconceptions issues de l’expérience de ces développeurs.

La question de l’évolution des métiers, du fait de la généralisation de l’IA renforce cette tension, que l’on retrouve dans certains débats publics sur l’évolution de la formation première. En effet l’automatisation prévisible des tâches et le renouvellement des métiers qui y est attachée impose de plus grandes capacités d’analyse, de capacité de jugement, de créativité, d’adaptation des personnes. Cela renforcerait l’importance des matières favorisant ces capacités, qui seraient ce que les américains appellent les « liberal arts », les matières plus littéraires et culturelles. Ces matières doivent néanmoins intégrer le plein usage des outils numériques actuels, on est donc bien dans une démarche de type humanités numériques. Les approches de pédagogies de type « apprendre par la recherche telles que défendues par François Taddéi notamment (voir son dernier livre « Apprendre au XXIème siècle » ou ses nombreuses autres productions sur le sujet).

La question de l’évolution de l’éducation est d’autant plus importante que si l’impact de l’IA sur l’emploi est aussi important que certains le prévoient, et même s’il est moins important que prévu, l’impact au niveau social sera probablement considérable. Et le prix humain correspondant n’est ni souhaitable, ni acceptable, ni sans doute soutenable dans le contexte actuel.

Parmi les possibles qui sont avancés, c’est cette interaction entre humains et IA qui semble centrale :

  • Cette capacité de remplacement sur de nombreuses tâches que possède l’IA pose la question de collaboration entre humain et machine.
  • La capacité d’analyse, voire de tutorat, qui peut s’incarner au travers de robots ou simplement par la voix doit permettre un accompagnement du développement de l’humain. Dans un environnement d’apprentissage, cela doit permettre de l’adapter à l’apprenant. Si le contrôle de l’humain par la machine semble possible dans l’industrie, il est inenvisageable dans une perspective d’éducation.
  • Dans la même veine, la question de l’évaluation peut être complètement repensée, en favorisant l’évaluation formative, et le suivi du développement des compétences.
  • L’intelligence artificielle peut également un support dans le cadre du travail collaboratif, ou en permettant de rendre des environnements virtuels plus interactifs, par exemple en proposant des personnages plus réalistes.
  • L’analyse de données (les learning analytics) peut également s’appuyer sur des techniques d’IA pour proposer des analyses et autres prédictions plus pertinentes pour accompagner enseignants, et décideurs.
  • D’autres types d’analyses peuvent également être envisagées comme le diagnostic de handicaps (autisme, dyslexie …)

Une des questions qui se posent plus précisément dans le cadre de l’IA et de l’éducation est la capacité d’une IA à expliquer, voire à argumenter ses choix, ses propositions. En effet, dans un cadre d’apprentissage, les explications sont indispensables pour que l’apprenant comprenne et accepte une suggestion. Nous avons ici un axes particulier de recherche.

Par rapport aux annonces liées aux technologies précédentes, nous pouvons voir deux différences principales, l’avancée technologique qu’est l’IA ne se décline pas directement par des outils utilisés par le grand public (traitement de textes, moteurs de recherche, montage vidéo, blogs, …) qui peuvent être réinvestis directement en classe. Peut être la traduction automatique, ou la reconnaissance vocale seront ces technologies, mais on est actuellement encore dans une « promesse », plutôt que dans des usages généralisés. Par ailleurs, l’IA se positionne comme aide à l’apprentissage. On parle de libérer l(es)’intelligence(s). Mais pour cela il y a un prérequis qui est la récolte de données d’apprentissage, donc personnelles, d’autant plus personnelles qu’il s’agit de l’analyse de vos capacités, voire de vos émotions.

Une des difficultés majeures pour développer des solutions basées sur des techniques d’IA est en effet de disposer de larges ensembles de données. Pour ne pas enfermer ces ensembles dans des monopoles privés, Ilkka Tuomi suggère que les personnes contribuent volontairement en direction de plateformes dédiées. On pourrait imaginer un projet analogue au projet Common Voice proposé par Mozilla pour développer des assistants vocaux. Une autre approche (sans doute complémentaire) pourrait être de permettre aux apprenants de disposer et de gérer leurs propres données, comme nous l’explorons dans le projet Sedela.

 

Ilkka Tuomi rappelle dans sa conclusion que les concepts fondamentaux à développer en l’éducation sont l’agentivité, la responsabilité, l’identité, la liberté et les capacités humaines, et que l’IA pourrait limiter l’agentivité si développée de manière incorrecte. Quant on voit les développements actuels dans le numérique grand public, on se doit effectivement rappeler ces fondamentaux.

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Crédit photo Disenchantment Space / Atsushi Tadokoro (JP) par Ars Electronica licence CC-by-nc-nd

Personnalisation pour l’apprentissage en environnement numérique, de quoi parle-t-on ?

Quand on parle de personnalisation des apprentissages dans les environnements numériques, nombreux sont ceux qui ne voient que l’affichage d’une information adaptée, ou la recommandation de ressources, en fonction d’informations collectées sur l’apprenant, sur le mode « si vous avez compris ceci, vous voudrez probablement apprendre cela ». De fait la notion de personnalisation est bien plus large que cela et les modalités de personnalisation plus variées. Si elle peut effectivement se décliner sous forme d’aide au choix, elle peut-être vue comme support à la motivation, à l’autonomisation … Cette personnalisation peut s’articuler entre actions humaines et actions gérées par l’informatique.

[Fitzgerald et al. 2017] proposent un framework pour identifier les différentes dimensions/aspects de la personnalisation en environnement numérique d’apprentissage. Ce cadre se décompose en 6 dimensions.

Qu’est ce qui est personnalisé ?

  • Contenu

  • Évaluation

  • Stratégie d’enseignement ou d’apprentissage

  • Choix de l’apprenant

  • Choix de l’enseignant

Types d’apprentissage

  • Formel (obligatoire, primaire, secondaire, supérieur …

  • Non-formel

  • Informel

Caractéristiques personnelles de l’apprenant

  • Démographique (age, …)

  • Connaissances préalables (basé sur des évaluations récentes)

  • auto-évaluation (par l’apprenant ou l’enseignant)

  • Intérêt affiché ou pertinence personnelle

  • Préférences de mode d’apprentissage (en ligne, en groupe, cours du soir …)

  • Niveau d’engagement/motivation et auto-régulation

Qui/quoi réalise la personnalisation

  • Apprenant

  • Enseignant

  • Pair

  • Logiciel/algorithme

Comment s’effectue la personnalisation ?

  • Appariement par nom

  • Description personnelle

  • Segmentation de publication

  • Basé sur les modes cognitifs

  • Personne entière (inclut motivation et émotion)

Impact / bénéficiaires

  • Apprenant

  • Enseignant

  • Concepteur de formations

  • école/institution

  • gouvernemental (local ou national)

  • Entité commerciale (développeur de logiciel, par exemple)

 

[Fitgerald et al. 2017] peuvent ainsi catégoriser divers systèmes, considérer leurs différents niveaux d’action dans le processus d’apprentissage, et proposer des pistes de recherche/amélioration. Sont ainsi déclinés : les systèmes de tuteurs intelligents (ITS) et les hypermedia adaptatifs, les évaluations adaptatives, des systèmes d’apprentissage par investigation, des jeux sérieux ou des livres personnalisés. Les learning analytics sont également invoqués, ce qui permet d’introduire des approches basées sur l’émotion, mais la catégorie semble trop large, ce qui est normal puisqu’il s’agit quasiment d’une discipline, plutôt qu’une classe de systèmes.

[Bejaoui et al. 2017] proposent également un cadre d’analyse de la personnalisation de l’apprentissage, centré sur les MOOC. Il vise à permettre l’analyse de la personnalisation de tels cours. Ils positionnent la personnalisation dans le cadre de la pédagogie ouverte, pour soutenir l’apprenant dans l’autogestion de sa démarche d’apprentissage. Le développement d’un espace personnel d’apprentissage, la mise à disposition d’outils d’auto-diagnostic de ses compétences, de planification du travail, d’e-portfolio sont présentés comme des supports à la personnalisation. Ils postulent qu’une personnalisation faite par l’acteur lui même est de degré plus élevé que si elle est faite par un agent externe (§3.2.1). Focalisé sur un dispositif particulier, ils approfondissent les dimensions internes de la personnalisation du dispositif (ce qui est personnalisé, par qui, de quelle manière).

Ces deux articles permettent de positionner un cadre élargi de la personnalisation dans les environnements numérique d’apprentissage, ou EIAH.

Jutta Treviranus a donné une conférence à Nantes titrée « Smarter sytems include the Margins ». Directrice d’un laboratoire de recherche sur le design inclusif à Toronto, elle nous alerte sur la nécessité de développer des systèmes qui s’adaptent à tous les publics, insistant sur la prise en compte de tous types de différences. Si cela inclut ce que nous appelons handicaps, sa vision est plus large que cela. Par ailleurs, pour elle la personnalisation n’est pas simplement de permettre de trouver la « bonne » ressource ou d’encourager le « bon » comportement, mais au contraire d’encourager la diversité, l’exploration de voies différentes. Rappelons ici que l’un des enjeux de la formation aujourd’hui est d’encourager la créativité et les profils innovants.

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[Bejaoui et al. 2017] Rim BEJAOUI, Gilbert PAQUETTE, Josianne BASQUE et France HENRI, Cadre d’analyse de la personnalisation de l’apprentissage dans les cours en ligne ouverts et massifs (CLOM), Revue STICEF, Volume 24, numéro 2, 2017, DOI:10.23709/sticef.24.2.2, ISSN : 1764-7223, mis en ligne le 24/04/2017, http://sticef.univ-lemans.fr/num/vol2017/24.2.2.bejaoui/24.2.2.bejaoui.htm

[Fitgerald et al. 2017] FitzGerald, E., Kucirkova, N., Jones, A., Cross, S., Ferguson, R., Herodotou, C., … & Scanlon, E. (2018). Dimensions of personalisation in technology‐enhanced learning: A framework and implications for design. British Journal of Educational Technology, 49(1), 165-181. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/pdf/10.1111/bjet.12534

Crédits photo :

Reconnaissance ouverte des apprentissages pour mieux coopérer

Coopérer autour de ses apprentissages, tout un programme pour les apprenants tout au long de la vie, élèves, étudiants, citoyens… Comment rendre visible ses connaissances, comment donner à voir ce que l’on a appris au détour d’une expérience, du chemin, comment permettre aux étudiants de s’épauler pour progresser ensemble ? Lors du forum des usages coopératifs de Brest, plusieurs acteurs, proposant des solutions complémentaires nous ont proposé un panorama d’approches et de solutions qui promettent de dynamiser ces coopérations, tout en gommant les frontières dans les apprentissages.

Pour ouvrir l’échange, Serge Ravet nous a présenté l’initiative MIRVA et les OpenBadges : rendre les apprentissages informel visibles et actionnables. Serge nous a démontré l’intérêt de pouvoir montrer ses talents cachés au travers d’open badges. L’idée est que chacun puisse proposer et définir des éléments de reconnaissance qui fassent sens, au niveau d’une communauté, d’un territoire. Cette reconnaissance ouverte est porteuse de confiance et de partage, en permettant une reconnaissance beaucoup plus ouverte que si elle est porté uniquement par des institutions délivrant des diplômes.

Eden Jean-Marie du CIBC Normandie, nous a ensuite présenté comment accompagner les parcours d’apprenants pour leur donner confiance et de leur permettre de se prendre en main. L’outil proposé en support à cet accompagnement est DayTripper, qui permet de capturer une expérience avec son mobile, de la décrire, de la caractériser et de la partager. Ainsi, chacun peut valoriser ses apprentissages, communiquer sur ses parcours, ses expériences, et donc de devenir acteur, porteur de preuves de son parcours. Le CIBC Normandie propose ainsi une démarche inclusive auprès de différents publics. DayTripper n’est pas qu’une application, c’est avant tout une démarche pour valoriser tous types d’expériences d’apprentissage. Une de leur cible principale est ainsi les étudiants en mobilité internationale. Complément évident aux badges, il est ainsi possible d’apporter ses preuves pour acquérir un badge.

Philippe Ruffieux apporte quant à lui une approche qui permet aux apprenants de travailler ensemble. Chacun peut devenir expert d’un apprentissage dès qu’il a réussi à le démontrer et ensuite accompagner ses pairs, voire proposer de nouvelles modalités pour démontrer ses capacités. On est bien dans une démarche d’enseignement mutuel. L’outil proposé, Sqily permet ainsi de définir des objectifs d’apprentissage, de décrire un parcours complet sous forme d’arbre, de gérer la validation mutuelle, et de supporter l’enseignement collaboratif avec une interface proche de Slack, outil collaboratif bien connu et reconnu.

Open Badges, DayTripper, Sqily sont des outils existant, permettant de rendre visible les talents, les apprentissages, les expériences et de soutenir la coopération. Les témoignages démontrent que ces outils prennent leur sens dans une démarche qui soutient et développe la capacité d’agir des acteurs. Si vous êtes intéressés par les conditions pour que numérique rime avec pouvoir d’agir, je vous encourage à aller consulter le travail du projet Capacity qui est en train de présenter ses conclusions sur ce sujet.

Une autre question est de se poser la question de comment permettre à chacun de conserver, valoriser, et croiser ses différents environnements. C’est l’enjeu d’un autre projet, Sedela, qui vise à proposer cet environnement technique, et évidemment les principes d’accompagnement.

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Crédit photo : Football par Rdikeman – licence CC-by-SA

Edumix, les écoles d’ingénieurs s’y mettent

Après le premier Edumix dans un collège à Vénissieux, l’équipe qui développe ce concept passe à l’enseignement supérieur en proposant une session dans une école d’ingénieurs, Télécom Saint Étienne du 11 au 13 octobre.

Pour reprendre le texte sous la vidéo présentant le bilan du premier Edumix, c’est :

Un évènement créatif et participatif pour réinventer lieux et pratiques d’enseignement. Edumix réunit des créatifs, pédagogues, artistes, chercheurs, développeurs, élèves… pour un sprint créatif dans un lieu d’enseignement. Un moment privilégié où tout devient possible, où l’on peut s’autoriser à sortir du cadre, créer des expériences inspirantes et explorer des modes d’action nouveaux.

Dit autrement, c’est l’idée de remixer l’éducation. Bien sûr, il y a d’autres initiatives, comme le hack’apprendre organisée par le learning lab de Louvain la Neuve en 2015 pour imaginer l’unversité en 2035, qui donne la parole aux étudiants, mais il y a un coté design et maker sympathique dans Edumix, sans compter le fait que l’équip est dynamique, et expérimentée pour mener ce genre de défis.

Alors, inscrivez-vous, et on en reparle.

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Crédit photo : Télécom Saint Étienne sur Wikipedia licence CC-by-sa

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