Edumix, les écoles d’ingénieurs s’y mettent

Après le premier Edumix dans un collège à Vénissieux, l’équipe qui développe ce concept passe à l’enseignement supérieur en proposant une session dans une école d’ingénieurs, Télécom Saint Étienne du 11 au 13 octobre.

Pour reprendre le texte sous la vidéo présentant le bilan du premier Edumix, c’est :

Un évènement créatif et participatif pour réinventer lieux et pratiques d’enseignement. Edumix réunit des créatifs, pédagogues, artistes, chercheurs, développeurs, élèves… pour un sprint créatif dans un lieu d’enseignement. Un moment privilégié où tout devient possible, où l’on peut s’autoriser à sortir du cadre, créer des expériences inspirantes et explorer des modes d’action nouveaux.

Dit autrement, c’est l’idée de remixer l’éducation. Bien sûr, il y a d’autres initiatives, comme le hack’apprendre organisée par le learning lab de Louvain la Neuve en 2015 pour imaginer l’unversité en 2035, qui donne la parole aux étudiants, mais il y a un coté design et maker sympathique dans Edumix, sans compter le fait que l’équip est dynamique, et expérimentée pour mener ce genre de défis.

Alors, inscrivez-vous, et on en reparle.

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Crédit photo : Télécom Saint Étienne sur Wikipedia licence CC-by-sa

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ReMixer l’éducation ? C’est EduMix !

Et si on réinventait l’éducation ?

L’idée du remix, c’est de réunir des participants divers pour revisiter un lieu, avec ses pratiques pour proposer des idées nouvelles, des réalisations, qui rendent concrètent la vision, les rêves des participants. Et si on inventait l’école idéale ?

L’idée du remix a déjà été appliquée dans différents contextes. Des exemples ?

Biblio Remix est un dispositif  d’expérimentation, d’invention et de création participatives, autour des services en bibliothèque. L’idée est de réunir des participants aux compétences diverses (bibliothécaires, lecteurs, bidouilleurs, designers, architectes, usagers ou non des bibliothèques…), et de leur proposer d’esquisser leur vision de la bibliothèque idéale, à travers des questions, des problèmes concrets et des projets à réaliser. Le passage dans mon école a permis d’enclencher une transformation complète de notre espace de documentation en un lieu beaucoup plus accueillant. Biblio Remix dans la tradition des événements ouverts publie d’ailleurs sa recette, et ses résultats.

Museomix cherche à remix les musée. Toute une série d’événements accueillie dans des musées a permis d’imaginer de nouvelles expériences de visite.

L’idée de remixer l’école a été évoquée lors du dernier forum des usages coopératifs. J’ai découvert hier qu’il y avait un collectif, réuni autour de Erasme qui a initié Museomix et du Learning Lab Network, qui était en train de travailler sur le concept. Ce projet s’appelle naturellement Edumix !

Il semblerait que ce soit pour l’année prochaine, patience ! En attendant, vous pouvez venir échanger le temps d’une journée le 26 novembre, autour de la question « Quelles transitions dans l’éducation pour faire société ? » à Brest, Montpellier, Strasbourg ou ailleurs.

Mise à jour : ça y est, le premier  sera du 10 au 12 février 2017 à coté de Lyon. Vous pouvez candidater jusqu’au 16 décembre.

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Crédit photo : Labyrinthèque du site de BiblioRemix

Scoledge, un environnement d’apprentissage orienté flux, et ça change tout

 

Scoledge est une toute jeune startup, qui renouvelle les environnements d’apprentissage, en privilégiant le flux des échanges sur les contenus. Cela veut dire en clair que le centre de l’interface est un mur comme celui que l’on trouve dans les différents environnements sociaux. D’après les créateurs de cet environnement, c’est parce que cela correspond aux habitudes des jeunes (dont ils font clairement partie). C’est un environnement pour la génération Faceboook. A priori, cela incite à interagir avec les autres membres du réseau, ce qui est indubitablement un des points faibles de tous les environnements d’apprentissage et autres LMS des écoles aux universités. Rien que pour cela, vous devriez allez regarder ce petit bijou.

Si vous regardez les fonctionnalités proposées (remise de devoirs, calendrier, espaces de cours, partage de fichiers, gestion de classes, gestion des absences), vous pouvez avoir deux points de vue. Si vous vous considérez comme habitué des systèmes classiques, vous trouverez sans doute que celles-ci ne sont ni nouvelles, ni aussi puissantes que sur d’autres plate-formes (mais qui utilise toutes les fonctionnalités de quelque logiciel que ce soit). Mais si vous prenez un point de vue utilisateur, vous apprécierez la qualité de l’expérience utilisateur, digne des plate-formes les plus modernes. Ce qui ne gâte rien, il existe déjà une version mobile.

a0dba05d86d6a7aae451b33b39b81517D’ailleurs, quand on voit leur interface, on pense inévitablement à Slack, l’outil phare pour la collaboration dans les projets, et ce n’est sûrement pas par hasard. Étant moi-même en train de tester slack en formation, je peux confirmer que les étudiants adhèrent.

Educpros les as mis dans leurs 10 start-up EdTech à suivre. C’est en tout cas une proposition nouvelle dans ce créneau des environnements d’apprentissage, très différent du positionnement d’autres plateformes d’apprentissage comme speach-me, ou autres Moodle. Et c’est une réponse par des étudiants à la question de Thot de savoir si c’est une simple mode. Le web, ce sont le flux et la conversation avant tout. C’est à dire social.

Crédit photo : copie d’écran extraite du site de Scoledge … en espérant qu’ils me le pardonneront.

Quelques MOOC qui sortent du lot

Je vais assumer complètement un parti pris et une non exhaustivité de ce qui se passe dans le domaine. J’ai juste croisé quelques sujets qui ont attiré mon attention.

Sciences Tag : Les médiations culturelles et scientifiques à l’ère des réseaux sociaux” nous vient du monde de la médiation scientifique. Il parcourt les différentes dimensions de la littératie numérique du point de vue du médiateur. Le travail est  pro, et il sera parfait pour mes étudiants de l’UbO. En terme de bons goût, le teaser est remplacé par une simple animation très design. Un collaboration entre des pros de la médiation et l’équipe de Mooc et Compagnie, cela devrait être le must de la rentrée

Pour le titre, pour son sujet, j’ai coché “L’innovation pédagogique dont vous êtes le héros”. Ou comment aborder des sujets de fond en gardant une certaine distance. L’auteur principal, Bruno De Lièvre a tout compris à la pédagogie moderne. Le contenu du cours a l’air à la fois pratique et basé sur des références bien choisies. Sans nul doute un bon cours sur le sujet. En effet, même si on a l’impression qu’il y a déjà beaucoup de cours sur les sujets de la formation et de la pédagogie, celui-ci devrait pouvoir trouver sa place.

Comprendre l’économie collaborative” n’est pas le premier cours non plus sur la transition numérique et ses impacts. Celui-ci se dégage d’autres par la pluralité des points de vue, la place est en effet donnée à de nombreux acteurs et réels experts de ces questions. Les participants sont de premier ordre et d’horizons variés. Les clés du cours doivent permettre à chacun de faire la part des choses et de comprendre les différentes dimensions du débat.

D’autres sujets peuvent retenir votre attention : le MOOC de Tela botanica remet la botanique à l’honneur, et démontre l’intérêt de créer des communautés pour dynamiser ce genre de sujet. Dans la même veine, le mouvement Colibris va rejouer son MOOC “Concevoir une Oasis” en novembre. Ou comment concrétiser ses rêves 🙂 Si vous ne connaissez pas ces 2 associations, je vous invite à aller regarder de plus près.

 

Mais avant de vous inscrire, assurez vous de pouvoir y consacrer le temps qu’ils méritent.

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Crédit photo : Say MOC one more time par Audrey Watters licence CC-by-SA

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Et si on pensait un vrai cartable numérique, c’est à dire, personnel

Le cartable, c’est le sac dans lequel vous stockez vos cahiers, votre trousse avec vos stylos, votre gomme, votre règle, votre équerre et votre compas. C’est là que vous avez les livres qui vous servent en ce moment. C’est aussi ici que l’on range son carnet de correspondance avec ses notes, ses échanges avec les enseignants et l’administration et que l’on pourra conserver au delà de l’année.  Mais c’est aussi là que vous stockez vos trésors : vos bons points, vos billes et autres ocelets, vos malabars, le petit livre ou le petit bricolage dont vous êtes si fier.  

C’est donc bien plus qu’un espace d’accès à l’école, c’est votre espace personnel à l’école ! C’est le moyen d’exister en tant qu’individu dans un collectif.  Si vous changez d’école, vous conserverez votre cartable, avec tout ce qu’il y a dedans, sauf peut être les livres qui resteront dans l’établissement s’ils ne sont pas en accès libre. L’étudiant qui devient travailleur troquera son cartable pour une musette, qui elle aussi contiendra ses affaires personnelles.

Laissons cet un élève nous ouvrir son cartable numérique personnel.

“Bonjour, je m’appelle Antoine, je vais vous montrer ce que j’ai dans mon Cartable.

L’affichage que vous voyez ouvert, montre mes progrès de course à pied, il récupère mes données de mon smartphone. J’ai fait un footing juste avant de vous croiser. Juste à coté, mon coté, mon copain Yann a partagé une petite application qu’il a lui même développé pour comparer nos courbes de progression à Pokémon GO, on y retrouve nos amis de Facebook qui veulent bien partager leurs scores.

Là, j’ai mes compte rendus de TP. Sur celui-ci on a travaillé sur un document partagé pour prendre des notes avec mon binôme. On a fait une photo du montage, et un film de la prise de mesure. Regardez les courbes qu’on a obtenues, il y a là un petit décrochage. Quand on a posé la question sur le forum, un ancien nous a dit qu’il y a avait un petit jeu sur la maquette, ce que le prof a confirmé. On a remis le CR au prof et j’ai gardé une copie dans mon cartable. Sur cet autre, on est allé sur nquire-it pour voir comment mesurer la vitesse d’un ascenseur. Chacun pouvait aller faire sa mesure dans la semaine en ville, ou à l’école. on a pu partager nos courbes, et ce n’est pas celui de l’école qui est le plus rapide.

Là, j’ai ma carte de maîtrise, vous voyez tout ce que je maîtrise déjà, le compétences sur lesquelles je travaille, les exos qui peuvent m’aider, les challenges qui peuvent m’intéresser. Tiens celui-ci, les copains l’ont bien aimé, et ces deux là sont conseillés par mon prof. Il parait que ça ressemble au du site de la Khan Academy, en mieux. Je peux me comparer avec mon copain Yann, mais aussi la moyenne bretonne ou nationale.

Par ici, c’est ce que mon coach appelle un portfolio. Je peux y regrouper tout ce que je veux pour me projeter dans ce que je voudrai faire. Par exemple, j’ai fait un dossier sur la mer, parce que c’est un domaine qui me passionne et dans lequel j’aimerai travailler plus tard. J’y ai mis les compte rendus sur nos sorties en mer avec l’école, mon attestation du MOOC Flotrisco. Les liens vers les photos et les commentaires (et mon cartable a gardé une copie), que j’ai déposé pendant ce MOOC sur le même site que le TP sur les ascenseurs. Et puis surtout tout ce que j’ai pu récolter pendant mon stage à l’Ifremer : des photos, un interview d’un chercheur, des vidéos qu’un copain a prises de moi pendant que je nourrissais les poissons, et même le rapport. Et à coté, je regroupe tout ce que je peux trouver sur les métiers de la mer.

Et vous, vous l’utilisez comment votre cartable ? “

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Ce petit texte a été rédigé en préparation à un échange “Mon idée pour changer l’éducation“ qui se dérouler juste avant #Ludovia13 dont le thème est cette année « Présence, attention et engagement en classe avec le numérique ».

L’idée présentée ici est liée à des réflexions issues mon travail de recherche autour des données  d’apprentissages (learning analytics). Parmi les influences inspirantes, je voudrai citer ici les travaux de la FING, d’une part l’exploration FuturEduc qui vise à explorer des futurs désirables autour de “l’École pour tous à l’ère numérique” et d’autre part le projet musette de l’actif, qui vise à imaginer des services pour le travailleur à l’ère du numérique. Vous pouvez voir cette proposition comme une intersection des deux. Trois idées clés guident cet exercice de prospective.

La première est que pour encourager l’engagement, il est intéressant de donner à voir ce qui est réalisé, de pouvoir se construire sur ses acquis, pas seulement sur l’atteinte d’objectifs. Pour surmonter un échec, il faut savoir ce qui a coincé, mais surtout ce qui a été malgré tout réalisé, et acquis.

La seconde est qu’un apprentissage, s’il est personnel, se place dans un cadre social dans lequel chacun choisit ce qu’il donne à voir. Et puisqu’il est social, chacun peut développer de nouvelles interactions, passer d’une application à une autre, échanger sur les sujets de son choix.

La troisième est qu’apprendre se fait tout au long de la vie, est un parcours personnel qui appartient à chacun. Il est donc indispensable de penser cet espace numérique personnel comme étant une propriété privée, mais surtout un espace de confiance. Il doit permettre de passer d’un établissement à un autre, d’un employeur à un autre, et  de se construire avec les autres.

 

Crédit photo : #1 Série : « Ce que je suis »  par ALlisson H licence CC-by-nd

 

Un cercle d’apprentissage pour échanger dans la vraie vie entre pairs autour d’un MOOC

Très chouette article la semaine dernière d’un étudiant du Master EdTech du CRI de Paris sur les #LearningCircles de la P2PU. L’idée semble-t-il est de proposer et d’animer des séances de cours autour d’un MOOC existant. Ils appellent cela des cercles d’apprentissage. Cela créé du lien, de l’inclusion et rend les apprentissages du MOOC beaucoup plus attractifs.

Cuppa MOOC

La P2PU est une association qui cherche à faciliter l’apprentissage en dehors des murs des institutions. Elle promeut l’apprentissage entre pairs, la communauté et l’ouverture. Elle propose des cours ouverts en ligne, et développe des initiatives toujours intéressantes. L’initiative « Learning Circles » est proposée avec la bibliothèque publique de Chicago. Sur le site de la P2PU, on vous propose de vous inscrire à un cercle existant ou de créer le vôtre. Sympathique. L’initiative peut avoir un vrai impact social.

Et de fait, on en parle depuis la création des MOOC. Lors du premier MOOC francophone, Denis Cristol avait déjà organisé un tel cercle d’apprentissage dans son entourage pour créer une saine émulation et cela a semble-t-il très bien marché. Lors de la seconde édition d’ItyPA, nous relayions systématiquement les groupes, les sites ou les institutions qui proposaient de telles rencontres, qui prenaient différentes formes suivant les cultures locales. C’était complètement bricolé, mais cela a attiré et motivé des publics peu habitués à échanger en ligne.

Cette idée a souvent été suggérée ici et là par quelques pionniers des MOOC , notamment en direction des bibliothèques ou de la ville de Paris, sans grand succès jusqu’ici. La P2PU joint à son site de partage de cercles un mode d’emploi pour le futur facilitateur. C’est clairement un élément qui doit faciliter le développement des telles initiatives.

Si on creuse un peu, l’idée n’est donc pas vraiment nouvelle. Denis Cristol continue à promouvoir et à essaimer de tels cercles à travers la France pour les publics de formateurs tentés par la collaboration. La communauté reste petite mais active, soudée et ouverte. Il cite une chouette association canadienne Percolab. On trouve également une entrée cercles d’apprentissage dans le recueil d’Imagination4People (projet qui cherche à trouver des solutions concrètes contribuant au mieux vivre ensemble), et d’autres entrées, mais qui restent discrètes. Proche de cela, on trouve l’idée de cercles d’études qui semble très développée en Suède, en touchant la moitié de la population. Bref, il y a du potentiel, mais qui n’a pas encore trouvé de débouché profond.

Il semble qu’il manque quelques ingrédients pour que cela émerge par chez nous. Une mise en œuvre concrète qui attire l’attention, un relais par un organisme, une association qui diffuse et puisse être un interlocuteur vers les lieux d’accueils potentiels, et sans doute un habillage qui rende le concept attractif pour tous (par tous je pense d’abord à tous les publics, car l’objectif premier est d’être inclusif). Le terme fablab a bien plu et réconcilier les jeunes avec la bidouille, le bricolage. Cercle d’apprentissage me paraît moins vendeur, il manque un volet com’. Vos suggestions ? On travaille dessus à l’occasion d’un Camp ?
Cet article a été initialement publié sur Medium.

Crédit photo : #edcmooc Cuppa Mooc par S B F Ryan licence CC-by

 

Examen numérique, quelles adaptations

 

La question de l’utilisation du numérique à l’examen est d’actualité. Le rapport de la stratégie nationale de l’enseignement supérieur l’a mis dans sa feuille de route. Les plates-formes de MOOC développent des systèmes de certification en ligne (voir celui de FUN), et des premières expérimentations (Protocole expérimental de télésurveillance d’épreuves à l’Université de Caen et celles autour du Système Informatisé Distribué d’Évaluation en Santé (SIDES) ). Comme toute nouvelle numérisation, nous naviguons entre la reproduction de l’existant et la transformation des pratiques. Quels sont les enjeux, les opportunités, les risques liés à l’examen numérique?

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Une fois de plus, c’est le mouvement des MOOC qui a fait bouger les choses. Permettre à tout participant de passer un examen à distance est à la fois un enjeu d’ouverture en permettant à de nouvelles personnes de valider leur savoir et un enjeu économique puisque la certification est vue comme un (voire le seul) modèle économique viable. Ce besoin s’élargit d’ailleurs à toute formation en ligne, et si les modèles de validation (certification, badges, …) peuvent être variés, les besoins de garantir que la personne évaluée respecte bien la consigne, et qu’elle est bien celle qui revendique la réussite et ne se fait pas aider, obligent à développer un protocole complexe. Cette complexité vient à la fois de la nécessité d’isoler et de surveiller à distance et d’isoler le candidat. On est dans la dimension de reproduction de l’existant, dans l’espace privé du candidat. Les seules solutions proposées actuellement sont de développer un contrôle d’un PC par un surveillant humain à distance.

La numérisation du processus d’examen est un second axe qui intéresse les structures organisationnelles. C’est l’axe d’étude des deux expérimentations citées ci-dessus. Les enjeux sont notablement différents. Pour l’Université de Caen, c’est un discours proche des MOOC (promotion des formations à distance et meilleures conditions de réussite des étudiants), et aussi économique (emplois possibles et limitation d’utilisation de centres d’examens). Dans le cadre de la santé, il y a une volonté d’améliorer le concours (ce n’est pas un examen, une meilleure discrimination des candidats et une meilleure égalité dans la préparation sont recherchées). La nécessité de déployer le concours à un niveau national en salle, tout en restant très proche des modalités existantes, rend le processus technique remarquablement complexe.

Un impact non négligeable de ce type de dispositif est de permettre une évaluation automatisée. L’évaluation est en effet un coût (notamment quand il s’agit de payer des correcteurs pour les concours), une source de discrimination (on sait la variabilité entre relecteurs dès que l’on sort des QCM), et une charge pour les enseignants (nombre d’entre eux considèrent que c’est la partie la plus ingrate de leur métier). Si un retour formatif est souhaitable pendant l’apprentissage, il n’existe pas au moment de l’examen.

Dans les exemples vu ici, nous avons vu principalement émergé une volonté de reproduire des examens, ou concours existants, en maintenant au maximum les conditions existantes, ce qui conduit à des dispositifs complexes et qui n’exploitent pas de nouvelles opportunités permises par le numérique. Dans le rapport de la Stranes, il s’agit pourtant d’”autoriser l’accès à Internet dans le cadre des examens”. Autrement dit de se poser la question de faire évoluer les modalités des examens.

Le passage de QCM en ligne est en effet une limitation forte des possibilités du numérique, une simple feuille à cocher. L’usage de l’ordinateur tout au long de l’apprentissage est pourtant beaucoup plus développé.

Le concours des médecins est ainsi basé sur l’obligation de savoir par coeur tout ce qui leur a été enseigné. Cela se comprend pour des raisons d’efficacité dans le diagnostic et la conduite des soins. Mais pour autant, il faut laisser la place à l’oubli, qui est humain y compris lors d’un concours, et surtout à la capacité de déclencher une recherche lorsque la pathologie dérive de ce qui était connu au moment du cours. J’avoue que j’ai apprécié lorsque lors d’une visite d’un pédiatre, un collègue est passé poser une question et qu’il lui a conseillé d’aller chercher sur les forums spécialisés. De toutes façons, un candidat qui ferait des recherches inutiles serait vite pénalisé dans un tel concours.

En informatique par exemple, nous demandons à nos étudiants de travailler en équipe, de collaborer et d’aider ses pairs, de réutiliser l’existant, de consulter les forums et autres aides en ligne, suivant le domaine applicatif de maîtriser des environnements de simulation d’être efficaces dans l’utilisation des outils de développement, … et nous devrions évaluer cela uniquement au travers d’une feuille de papier blanche ou de son équivalent numérisé ? L’enjeu est bien d’imaginer des nouvelles modalités qui prennent en compte ces dimensions. L’environnement technique à imaginer est sans doute différent. Il importe en tout cas de conserver le poste, voire l’environnement d’apprentissage, de travail dont a disposé l’étudiant pendant sa formation pour qu’objectifs, apprentissage  et évaluation soient alignés (Voir Biggs et l’alignement constructiviste), même si la réponse in fine est simplement de cocher une case.

Cela permettrait de développer des formes d’examens plus riches, et peut être de revenir vers des mises en situations comme peuvent l’être des examens en atelier, la réalisation de performance (sport, musique, théâtre,…), les jeux de rôle utilisés en recrutement ou lors de simulations en santé.

L’évaluation entre pairs est un des éléments qui permet de prendre en compte certaines dimensions, mais on perd alors la dimension d’examen. Notons en passant que cette forme d’évaluation est un manière élégante de retourner la problématique de l’évaluation et des retours formatifs en élément intégré dans le processus de formation et qui l’enrichit (en incitant les apprenants à aller plus loin qu’une simple réponse à une question, en développant de surcroît un processus d’analyse).

Différentes pistes s’offrent à nous.

Peut-on développer une solution qui permette d’évaluer une équipe, une classe … sur une durée d’examen en permettant à chacun de démontrer sa capacité à apporter au collectif et à répondre au problème posé ?

Plutôt que de développer une solution unique d’examen à distance qui oblige le candidat à disposer d’un lieu isolé pour une durée suffisante, à une heure imposée (est ce le cas pour une famille nombreuse vivant dans un petit appartement par exemple), ne pourrait-on pas imaginer d’équiper et aménager des tiers-lieux qui deviendraient centres banalisés d’examens numériques, avec des modalités enrichies. Ces tiers lieux (par exemple les bibliothèques) deviennent déjà des lieux d’accueil physiques pour les apprenants à distance, il ont donc vocation à les accompagner jusqu’à la phase ultime de l’apprentissage.

Ou est-ce que l’examen est une notion dépassée dans un contexte numérique ? Le principe de rompre l’unité de temps et d’action (sinon de lieu) est en effet un des fondements d’Internet. L’évaluation continue, la recommandation sont des alternatives à l’examen.

On y perdrait le rite de passage, l’objectif final qui mobilise nombre d’étudiants. Les deux approches sont donc sans doute amenées à cohabiter en tant que parcours différents. Pourquoi ne pas proposer les deux options ? C’est également une des richesses d’Internet que de proposer l’abondance.

 

NB : votre avis, ou vos exemples sont évidemment les bienvenus

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Crédits photos :

 

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