Ces cours qui ne pourraient pas se faire sans une posture AVAN

Si certains se posent encore de l’intérêt de pousser les étudiants à venir en cours avec leurs propres équipements numériques, il est des cours que nous n’aurions pu proposer sans dire à nos étudiants : Apportez Vos Appareils Numériques (AVAN).

Premier exemple, avec un collègue nous avons proposé pour la seconde année des « cours » basés sur des questions, des problèmes nécessitant des recherches en groupe. Aller trouver de l’information sur Internet, croiser les définitions, écrire en groupe des synthèses, des présentations, sont les activités de base sur lesquelles nous rebondissons pour démontrer l’intérêt du web sémantique, social, pervasif, construire collaborativement les modèles sous-jacents, et explorer les outils informatiques de développement. Certes, nous pourrions investir une salle de TP informatique, mais les postes y sont prévus pour accueillir 2 élèves par poste, et les tables sont fixes, ce qui ne permet pas la confrontation en groupe de plus de deux. De plus, en incitant les élèves à apporter leurs propres équipements, nous les incitons à utiliser des services collaboratifs dans leurs environnements propres, et à installer des logiciels techniques sur leurs propres machines, ce qui permet de démystifier cette étape pour les moins geeks d’entre eux. Bien sûr, nous assurons de pourvoir un équipement à qui n’en posséderait pas. Cette année cela concernait 2 élèves : un, le premier jour, qui avait laissé sa machine chez lui, et le second dont le PC portable était en panne. Précisons qu’il s’agit de cours en dernière année d’ingénieurs.

Le second exemple concerne deux cours en parallèle d’introduction à des technologies du moment : une initiation à la programmation sur mobiles et l’autre sur la découverte des arduinos dans un contexte de fablab. On est ici typiquement dans des cours choisis, dans lesquels les élèves viennent parce que cela les intéresse, et où certains ont déjà des projets en tête.

Les outils de développement sont disponibles sur toute plate-forme (logiciels libres), et largement diffusés. Il est probable que les élèves continueront après les cours, et c’est quelque part l’objectif de développer chez eux le goût du DIY, qui a conduit à ces technologies. Et qui sait s’ils ne créeront ou ne rejoindront pas une startup en se basant sur ces technologies qui permettent le prototypage rapide, le déploiement d’idées à un coût toujours plus faible.

Dernier point, il est très difficile d’équiper un laboratoire complet avec des équipements comme des smartphones. L’administration est réticente à faire de tels achats, car ces équipements ne sont pas considérés comme des cibles de développement. En plus la rapidité d’obsolescence obligerait à en racheter plus souvent que ce qui se fait pour des PCs pour être en phase avec l’état du marché. Sans parler de l’intendance pour éviter toute perte d’équipement dans la salle.Bref, cela coûterait cher pour un résultat peu satisfaisant. Il est donc beaucoup plus logique de demander aux élèves de venir avec leur parc qui donne une bonne base de travail et de le compléter avec les équipements que nous avons acheté pour divers développements spécifiques.

Pour la petite histoire, si la diversité des équipements peut parfois poser un problème de configuration pendant les phase de mise en œuvre, elle évite par contre d’avoir une salle entière bloquée par un problème non identifié avant la mise en place (et comme chacun sait, histoire adore se répéter).

En résumé, encourager les élèves à venir avec leurs propres équipements simplifie l’organisation d’une classe participative, permet une plus grande implication, améliore et simplifie l’intendance. Tout cela permet de libérer les énergies pour mieux apprendre et explorer de nouvelles voies.

 

 

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Ont-ils l’air moins intéressés ?

Certains affirment que les élèves sont distraits lorsqu’ils ont un équipement numérique devant eux.

Ce n’est semble-t-il pas toujours le cas !

C’est Aymeric Poulain-Maubant qui leur dévoilait les principes de développement pour Android. Si certains sont tournés vers leurs machines, ils n’ont pas l’air pour autant de s’y endormir, ils sont plutôt soit en train de regarder les transparents, soit en train de tester une fonctionnalité en direct.

Le mot d’ordre d’un tel cours : Apportez Vos Appareils Numériques ! Ici PC portables et mobiles !

AVAN : une politique souhaitable pour les écoles d’ingénieurs et les universités

AVAN, c’est un slogan « Apportez Vos Appareils Numériques ! », qui entraîne des modifications des rôles (enseignant, élève,…) et de la relation au savoir. Deux lectures récentes me confortent dans l’importance d’adopter ce point de vue.

What I’ve Learned from Teaching with iPads analyse les plus et les moins de l’iPad, en les comparant avec les PC portables et autre smartphones, avec une approche assez technologique. Ce qu’on peut y lire en creux avec un point de vue « AVAN », c’est que :

  1. il n’y a pas d’équipement idéal, chacun ayant ses qualités et ses défauts ;

  2. et chaque étudiant a ses préférences en fonction de ses habitudes, de ses modes de travail.

On sent notre rédacteur un peu gêné par le fait qu’il ait imposé un équipement donné. Sa solution serait d’imposer le même outil à tout son département, élèves et enseignants. Ce qui paraît illusoire aujourd’hui sachant la diversité des besoins, des solutions, et l’évolution des outils. Par ailleurs, nombre de logiciels fonctionnent sur des plate-formes variées, et il est possible de retrouver à peu près les mêmes fonctionnalités, avec plus ou moins d’aisance. Si on inverse la logique, en annonçant ses besoins, le type de services/logiciels nécessaire (en restant raisonnable), il paraît possible d’offrir des équipements en salle permettant à tout à chacun de travailler, tout en acceptant que les élèves puissent utiliser leurs propres équipements. On y note néanmoins tout un paquet de bonnes raisons d’apporter des équipements en classe : prise de notes, lecture et annotation de cours, consultation de vidéos, recherche d’informations, échange d’informations, réponse à des exercices.

Si à un niveau donné, tel équipement (la tablette en 2011, le PC portable en 2006 …) est le plus pertinent, sa généralisation devrait aller de soi. Il me semble pour l’instant qu’en école d’ingénieurs la tablette ne soit pas l’équipement idéal. Si il est plus pratique en cours, il ne convient pas à tout ce qui est production de documents structurés, et à des développements liés aux domaines scientifiques abordés, qui se font de manière plus naturelle avec des PC portables.

 

Pascal Jughans nous pose la question de la pertinence de la présence d’équipements dans la salle de classe Ecole : faut-il interdire les ordinateurs en salle de cours ? En posant la question du coté déstabilisant de la prise d’informations en dehors de la classe, il adresse en fait la posture de l’enseignant, et son rapport au savoir. Il me semble que cela impose à l’enseignant d’avoir une bonne culture sur de ce qu’il enseigne (ce qui est un minimum) et de savoir dire qu’il ne connaît pas tel ou tel élément, mais qu’il est prêt à en discuter (ce qui semble obliger à passer à des niveaux de compréhension plus approfondis, ce qui est souhaitable et ce pour tous les étudiants).

Le deuxième questionnement de Pascal Jughens concerne l’argument de l’enseignant qui propose un point de vue plus approfondi que ce qui peut se trouver par ailleurs, et qu’il ne veut pas perdre du temps à se battre contre des idées préformatées. Et pourtant, les informations préformatées peuvent correspondre à des préconceptions des étudiants. Il est donc nécessaire d’un point de vue didactique de les déconstruire pour permettre un point de vue plus approfondi.

De plus, je me pose toujours la question de la pertinence d’enseigner un point de vue de spécialiste en cours. C’est sans doute recevable dans un cours de niveau Master recherche, mais pas dans des cours plus généraux. Et même, dans un cours de Master recherche, le questionnement, l’analyse, la réflexion sur l’existant devraient faire partie intégrante du cours. Cela rend la posture de l’enseignant qui ne veut pas être perturbé par des questions de compréhension tout aussi suspect. Bref, ce deuxième fonctionnement me paraît souvent une mauvaise défense plutôt qu’un point de vue volontariste.

Dans tous les cas, il reste possible de demander de mettre de coté les équipements de coté pour une raison donnée, tout comme on demandait dans le temps d’arrêter la prise de notes pour permettre de prendre le temps de réfléchir à un concept difficile.

En résumé, le premier article met en évidence l’important de permettre aux étudiants de choisir les outils qui lui conviennent pour travailler. Et le deuxième nous parle de l’évolution nécessaire des enseignants pour leur permettre de mieux comprendre les questionnements qui peuvent émerger de leurs élèves.

Crédit photos : How many non-Mac are there (collection from Internet) par Quang Minh (YILKA) licence by-nc

 

Equipements à l’école. Et si on jouait à l’AVAN ?

Depuis l’avènement du Web, beaucoup plus de services sont disponibles au grand public que ce que l’on peut trouver dans les entreprises. Seules les stations très techniques, équipées de logiciels spécialisés (simulation, …) restent inaccessibles au grand public. Par contre, toutes les fonctionnalités promues par le web sont en retard au sein de l’entreprise : accès et recherche de l’information, outils collaboratifs, apprentissage … Connaissez vous Charlène traduit par Isabelle Drémeau traduit parfaitement cette inversion, en montrant les limitations que cela entraîne. Cette tendance s’est encore amplifiée avec les équipements mobiles, l’accès à ces services devenant possible partout, tout le temps, dans toutes les situations.

Il y a donc un mouvement de fond, venant des personnels les plus mobiles pour disposer dans le cadre de leur travail du même type d’outils que ceux qui leurs sont accessibles de manière privée, et cela pour être plus efficaces. Poussant à bout cette logique, certains proposent d’utiliser leurs propres équipements pour travailler AVOP : Apportez Vos Outils Personnels ! Les principes AVOP sont simples :

  • On fait confiance aux utilisateurs pour choisir les outils qui correspondent le mieux à leurs attentes ;
  • Ils utilisent les mêmes outils dans leurs activités professionnelles et personnelles ;
  • Les outils sont achetés, assurés et maintenus par les collaborateurs ;
  • L’entreprise participe au financement de ces outils ;

Comme condition de réussite, il semble que cela doit être basé sur le le volontariat. Il semble que cela fasse partie des éléments qui peuvent séduire les digital natives. Les freins principaux concernent la sécurité des données, et les équipements dédiés (stations de travail), mais de fait ces contraintes peuvent s’intégrer dans une telle démarche, sauf cas extrêmes.

Dans le cadre de l’école, il serait tout à fait possible/souhaitable/urgent d’adopter le même principe. Cela correspond même aux deux premières des  12 tendances de l’année selon Mindshift.

Premier intérêt, l’élève pourrait utiliser ce qu’il connaît et découvrir comment utiliser ces outils pour apprendre, chercher des informations, développer sa curiosité …. et de comprendre la diversité de ces outils qui ne sont pas limités au jeu ou à la communication entre proches. Ceci pourrait être un vrai facteur de réduction de la fracture numérique des usages.

Deuxième intérêt, cela déplace le positionnement de l’équipement numérique dans la classe. Il n’est plus cantonné dans des salles dédiées (dans lesquelles on se déplace pour faire de l’informatique), au bureau de l’enseignant (avec son TBI accroché) ou au fond de la classe (pour une recherche complémentaire, comme si c’était le dictionnaire de la classe). Il se retrouve sous la main de chaque élève. Ce n’est plus l’équipement magique, que le conseil général ou régional a pu acheter exceptionnellement, mais bien un équipement qui suivra l’élève chez lui et durant sa scolarité.

Troisième intérêt, cela permet de suivre l’évolution des équipements de manière plus naturelle. l’équipement devenant mobile, il est d’ailleurs de plus en plus illusoire de penser que l’école les fournira. Nombre d’établissements en restent au PC fixe ou cherchent des câbles de sécurité pour les PC portables.

Quatrième intérêt, cela donne de l’autonomie, de la responsabilité à chaque élève. Cela pose Une question de confiance avant tout, comme le décrit Jacques Cool.

Question économique, cela permet des économies en réduisant notamment la maintenance. Ce qui permet de mieux concentrer les investissements dans les équipements purement techniques liés aux domaines disciplinaires qui le nécessite. Coté élèves, le nombre de personnes disposant d’équipement suffisant ne cesse d’augmenter. Leur laisser venir en classe avec devrait contribuer à les réconcilier avec l’école. Plutôt que de s’interdire cette posture, tant que tout le monde ne pourra disposer d’un équipement, posons nous plutôt les questions de comment résoudre les problèmes qui pourraient se poser :

  • A partir de quel âge est-il raisonnable d’inciter les élèves à venir avec de tels équipements ? Sans doute pas en crèche, ni en maternelle. À l’âge où l’on demande la calculette ? Avant ?
  • Doit-on commencer par le supérieur, puis le généraliser, ou au contraire démarrer par une classe d’âge et les laisser avancer dans leur scolarité ;
  • Comment préparer les enseignants pour qu’ils puissent tirer parti d’une telle opportunité ? Sachant que le volontariat s’applique aussi aux enseignants, qui ont toute liberté pédagogique pour proposer des activités s’appuyant sur cette opportunité, ou pour proposer d’autres activités ne nécessitant pas l’utilisation d’équipements numériques ;
  • Comment aider ceux qui pourraient avoir des difficultés financières ? Par prêt d’un équipement ? Par une aide financière ? En tout cas, cela ne reviendrait pas plus cher que les politiques actuelles ?
  • Dernier point, quel type d’équipement quels usages pourraient faire l’objet d’une telle démarche ?

Notons en passant que les enseignants eux mêmes se sont équipés, sans aide de l’état, que l’on considère normal qu’ils accèdent à l’outil informatique chez eux (en témoigne les courriels officiels qui leurs sont adressés). Mais, il ne semble pas qu’il soit dans les mœurs qu’ils puissent amener leurs équipements, avec leurs configurations à l’école. Et pourtant je me sentirai mal à l’aise si je ne pouvais faire cela dans mon école d’ingénieurs.

Comment pourrait-on appeler cette démarche ? Aux États-Unis, cela s’appelle BYOD pour Bring your Own Device. Vous pouvez lire l’article de Jacques Cool pour en comprendre le jeu de mot.

Un court échange sur twitter nous permet de proposer AVAN : Apportez Votre Appareil Numérique. Formulation positive, qui ne préjuge pas de la nature de l’équipement.

Et chiche si on faisait confiance à nos jeunes, et qu’on allait de l’AVAN ?

crédit photo : Connected, Connected  Korea par zachbardon – licence CC-by-nc

Tendances et prédictions pour 2012 et après

Je découvre un excellent site californien appelé Mindshift / Comment allons-nous apprendre. Remplis d’excellents articles, on y retrouve actuellement une vidéo de Sir Ken Robinson qui continue à convaincre ses auditoires qu’il est plus que temps de changer l’éducation et de mettre la créativité au centre de l’éducation. Quand je pense que j’ai encore entendu cette semaine (d’un prof de cours de soutient) que le secret pour réussir au lycée, c’est de produire ce qu’attend l’enseignant (et indirectement l’institution).

Dans cet excellent site, on trouve notamment une série de 3 articles « les trois tendances qui définissent le futur :

La ligne adoptée dans ces articles est que les technologies modifient profondément l’apprentissage en rendant possible des formes d’apprentissage plus riches, qui modifient le temps, l’espace, les lieux d’apprentissage et les objectifs d’apprentissage. Les conclusions portent sur le changement des métiers d’enseignants et de d’élèves. Les idées forces sont clairement exprimées, même si on peut les trouver par ailleurs.

Plus technologique, on trouve également un article dynamique, sur 21 choses qui seront obsolètes en 2020. Non pas pour les regretter, mais bien pour montrer que ces choses seront remplacées par des éléments plus pertinents : le bureau, l’ordinateur et le laboratoire de langues seront remplacées par des espaces dynamiques et des équipements mobiles, personnels. L’idée de fond est de nous convaincre qu’il est possible d’apporter des réponses personnalisées à chaque élève, et ce avec les outils numériques modernes.

À coté de cela, les 12 prédictions sur l’avenir de l’éducation numérique en 2012 d’Actualitice me paraissent bien pauvres. D’une part parce qu’en se positionnant sur un an, on peut parier que l’éducation ne sera pas fondamentalement changée sur une si courte période. D’autre part, parce que ces « prédictions » sont d’abord technologiques, ou économiques (ce qui se recoupe de plus en plus) avant que d’être pédagogiques ou organisationnelles. Et finalement, parce que le terme « prédiction » conduit à bien des erreurs d’interprétation.

Et semble-t-il pleins d’autres choses à lire (par exemple coté mobile learning). A se demander ce qu’on peut encore écrire après cela 🙂

Et pourtant ces 12 technologies sont effectivement porteuses de changement :

  • le cloud (1), la mobilité (4), le virtuel et son pendant la réalité augmentée (6), la vidéo (7), la 3D et l’hologramme (11), la robotique (12) pour les aspects techniques et de présentation de l’information ;
  • les réseaux sociaux (5), la « gamification » (3), le développement de l’école en ligne (10) pour les dynamiques d’apprentissage
  • la reconfiguration du marché de l’édition scolaire (2), à rapprocher de l’Open Data (9) (dont la traduction pour l’éducation est bien ressources éducatives libres ou OER, l’impact des start-up et des hackers (8) pour tout ce qui est positionnement des acteurs.

Ces 12 éléments sont bien présents dans le paysage, mais la question est bien comment ceux-ci pourront s’intégrer dans les pratiques, dans le système qui aujourd’hui ne se voit pas comme institution en changement, avec une vision partagée de son évolution, intégrant le numérique dans ses objectifs, ses moyens et dans l’accompagnement d’une évolution du métier de l’enseignant.

Il semble que l’injonction soit de développer l’innovation (et donc la créativité). Mettons donc au centre des objectifs de formation le développement de l’esprit critique au travers la maîtrise des médias numérique. Encourageons la collaboration entre pairs, l’accompagnement par les enseignants, la personnalisation des parcours.

Développons des outils permettant de dynamiser et d’accompagner les acteurs de la formation dans la révolution du numérique.

Et regardons comment développer un écosystème qui permette de développer une offre en ligne francophone, des technologies adaptés à des objectifs de formation ambitieux.

Mais là ce ne sont pas des prédictions, ni des tendances, simplement des vœux.

Ou des objectifs de travail.

 

Crédit photo : Tendances 2011 par La Fabrique de Blogs licence CC-by-nc-sa

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