Quand les bretons se rencontrent pour parler MOOC

Vendredi 5 juin se dérouleront les 5èmes rencontres bretonnes des TICE et du elearning, dont la thématique est « MOOC retours d’expérience ». Le panel des intervenants couvre un beau panorama des acteurs français des MOOC, avec des universitaires, des startups et entreprises du elearning, des entreprises utilisatrices, des bretons… Et il sera possible de participer aussi bien sur place à Rennes qu’en ligne puisqu’une classe virtuelle sera mise en place. Bref, pas d’excuse pour ne pas s’y inscrire.

Pour ma part j’y présenterai comment nous intégrons des MOOC à Télécom Bretagne (sujet que j’ai publié pour le colloque de pédagogie QPES qui aura lieu du 18 au 20 juin à Brest), et quelques aspects de recherche qui m’intéressent actuellement : MOOC de concertation, analyse de données d’apprentissage (projet Hubble), MOOC et aspects sociaux, parcours d’apprentissage collaboratifs. On s’y retrouve ?

Spécial @tkoscielniak: Il semble que l’esprit breton gagne certains intervenants.

L’ambition de LinkedIn dans le monde de la formation

LinkedIn est LE réseau social professionnel international qui permet à chacun de gérer et publier son CV, ses formations, ses diplômes et ses certificats (notamment obtenus en suivant des formations comme des MOOC), son carnet d’adresse public, son expérience professionnelle, ses productions, mais aussi de recommander ses pairs, d’échanger sur tout sujet, … Il est devenu incontournable d’y figurer dans nombre de domaines. Ainsi, il est inimaginable pour un jeune ingénieur aujourd’hui de ne pas avoir un CV en ligne, et peu courant que celui-ci ne soit pas sur LinkedIn. Pour pouvoir évoluer ceux-ci maintiendront naturellement à jour les informations qui les concernent permettant à LinkedIn de disposer de données précieuses sur le marché professionnel.

Les associations d’anciens de nos écoles ont besoin de maintenir le contact entre les diplômés d’un établissement supérieur. Comme LinkedIn est perçu avec raison comme un réseau social professionnel, il est naturel d’utiliser ce réseau comme vecteur principal des échanges numérique de ces associations (via des groupes, des forums …). J’en connais au moins 2 exemples…

Pour les écoles professionnelles, LinkedIn est d’ailleurs un outil précieux d’informations sur l’évolution des métiers. Il contribue ainsi à permettre aux établissements à définir leurs formations.

LinkedIn devient ainsi un partenaire incontournable des établissements de la filière de l’éducation professionnelle. Il permet aux diplômés de trouver du travail, de rester en contact, d’obtenir des informations sur l’évolution de leurs métiers. Ces impacts positifs permettent à cette entreprise de développer une relation forte avec les professionnels en tant qu’utilisateurs de formations.

Il en profite évidemment pour développer une connaissance fine de l’évolution des métiers, des parcours, des domaines privilégiés des différents établissements et du corps social de leurs anciens. Il est raisonnable de penser que LinkedIn connaît mieux le réseau des anciens, ses aspirations, son mode d’évolution que les établissements d’enseignement eux-mêmes.

Au niveau des MOOC, il n’est pas rare de voir apparaître un groupe LinkedIn pour permettre à la communauté de survivre à la fermeture du cours. LinkedIn est donc quelque part le dépositaire potentiel de ce qui fait la valeur ajoutée des MOOC : leurs communautés qui ne sont pas gérées dans les plate-formes de cours.

Ce qui permet à cette entreprise de développer nombre de services sur lesquels les établissements n’ont pas de contrôle et dont ils peuvent devenir dépendants.

Dit autrement quelle position LinkedIn ambitionne-t-elle par rapport au domaine de la formation ? Être un panneau d’affichage de diplômes et autres certificat doublé d’un simple relais des discussions entre anciens n’est certainement pas à la hauteur d’une des entreprises du numérique. Par contre, devenir le moteur de recommandation des formations semble plus prometteur.

Premier niveau de service, le classement des universités en fonction des métiers rêvés. Celui-ci ne fonctionne pour l’instant que pour 3 pays anglo-saxons (USA, Royaume Uni et Canada), mais on imagine que ce classement pourrait avoir un impact plus important que celui qui établit les hiérarchies entre écoles et qui sont actuellement publiés annuellement dans les journaux. Et on peut s’attendre à le même type de débats que ceux qui ont tourné autour de l’algorithme PageRank de Google.

Le second niveau de service concerne plutôt la formation professionnelle, Graal des établissements d’enseignement du supérieur qui y voient un potentiel de recettes. Il s’agît de la recommandation de formations pour pouvoir évoluer dans sa carrière professionnelle. Un des objectifs de LinkedIn est de pouvoir relier les personnes, les offres d’emploi avec les compétences nécessaires pour les exercer et les formation proposées permettant de les acquérir. LinkedIn pourra ainsi recommander les différentes formations professionnelles proposées aux internautes pour évoluer et obtenir le job de leur rêve.

Quelles seront les formes de formation mises en avant par de telles recommandations ? S’agira-t-il de formations présentielles ou en ligne ? Clairement, les formes plus souples seront sans doute privilégiées. Est ce que ce seront les MOOC proposés par les universités, ceux proposés par les entreprises ? Ou d’autres formes de cours en ligne plus en phase avec les besoins des professionnels en recherche d’évolution de métier ? C’est en tout cas une tendance identifiée de la formation tout au long de la vie, du moins dans sa perspective professionnelle, liée à une évolution constante du marché du travail. Et cela risque de devenir une pression du marché sur les établissements de l’enseignement supérieur qui voudront être présents dans le domaine de la formation professionnelle. Mais les services de formation continue des universités sont-ils prêts face à une évolution de ce type ? Auront-ils l’agilité pour suivre les évolutions à venir, pour aller vers les clients potentiels ? Vu leurs performances actuelles, on peut légitimement en douter.

Dans une telle offre numérique et ouverte, quelles seront les formes donc d’offres de formation qui seront retenues par les utilisateurs et promues par les services des Ressources Humaines ? Rien n’est dit mais il y a clairement une multiplicité de l’offre, dont les MOOC ne sont qu’un exemple.

Ce qui m’importe plus ici est de me poser la question de la concurrence qui existera au niveau de l’offre. Si on peut penser que les établissements de formation continue classique sauront répondre à la demande, il faut sans doute surtout s’intéresser au nouveaux entrants issus du monde numérique, et ils sont nombreux. Citons en simplement deux qui sont particulièrement notables.

  • Le premier est OpenClassrooms, petite entreprise française qui vient de dépasser le million de membres inscrits, et qui a décroché l’accès direct aux demandeurs d’emploi, ce qui devrait lui permettre d’élargir sa base utilisateurs. Quand on voit que dans le même temps le Ministère de l’enseignement supérieur passe un protocole d’accord avec OPCALIM, on peut s’étonner de la différence d’agilité, et s’interroger sur l’évolution opérationnelle des deux offres.
  • Le second est tout simplement LinkedIn, du moins au travers un de ses rachats récents, la plateforme de cours Lynda. LinkedIn ne se positionne donc pas simplement comme outil de recommandation, mais aussi comme offreur de formations. Le couplage des deux services lui donne indéniablement un avantage par rapport aux établissements traditionnels. Et quand on compare les moyens mis en œuvre, 1,5 milliards de dollars pour ce rachat, face aux 12 millions d’euros pour le plan d’investissement d’avenir (PIA) Idefi-N visant à faire évoluer l’offre de formation universitaire en ligne, on peut s’inquiéter de qui a l’initiative sur l’évolution des formations. D’autant que les délais de mise en œuvre du PIA se comptent en années, une année quasi complète pour simplement le processus de sélection…

Clairement, le tsunami numérique prédit par Emmanuel Davidenkoff progresse et concerne également l’enseignement supérieur. LinkedIn vise à être un élément central dans ces bouleversements. Ce n’est pas le seul acteur, mais sa feuille de route est explicite, les moyens disponibles impressionnants, et ce sans questionnement partisan sur la réforme du système.

Crédits photos : My LinkedIn Connections par Michael Korcuska licence CC-by-sa et LinkedIn Centipede Participants in the 2010 ING Bay to Breakers par A Name Like Shields Can Make You Defensive licence CC-by

Le CnNum nous propose de bâtir une une école créative et juste dans un monde numérique

Le Conseil National du Numérique a donc publié vendredi dernier son rapport sur l’école titré Jules Ferry 3.0. développé autour de 8 axes, il fait 40 recommandations pour bâtir une une école créative et juste dans un monde numérique.

L’une des grandes qualités du Conseil National du Numérique est de s’atteler à faire la synthèse des propositions existantes pour dépasser l’état de l’art. On retrouve donc ici les différents points portés par les différents courants autour du numérique et de l’éducation, dont la fusion se traduit par une articulation autour des 40 propositions. Les différents courants de la culture numérique (si bien récemment décrits par Jacques-François Marchandise) y sont donc intégrés. Informatique et littératie numérique sont ainsi mis en résonance. Tous les acteurs de l’éducation (y compris les parents et le périscolaire) et de l’industrie sont concernés par ce rapport. Il en résulte une proposition systémique, bienvenue tant cette approche globale est nécessaire pour que l’on puisse avancer, pour que l’on puisse redonner un cap à l’éducation.

Sa force, mais aussi sa grande faiblesse, chercher à s’appuyer sur tous les acteurs et les encourager à évoluer. Il souligne par exemple que l’édition n’a pas encore engagé un vrai travail autour de son modèle d’affaire, point pourtant central pour embrasser les dynamiques de coproduction qui existent autour des ressources. Que se passera-t-il si seule une partie des acteurs engage le changement ? Que se passera-t-il si certains font de la résistance tout en faisant croire qu’ils participent ?

On le voit, il s’agit d’une invitation à avancer, pas d’un programme finalisé. Et c’est très bien comme cela. La proposition d’un Bac Humanités Numériques est enthousiasmant tant dans son ambition et son ouverture que son contenu. Le rapport reconnaît qu’il faudra construire les débouchés d’un tel Bac, pour y attirer les élèves. Il propose d’ailleurs une construction ouverte d’un tel Bac, et de le proposer sous forme de double diplôme adossé à un autre Bac dans un premier temps.

De même la question de comment mener une recherche pour mieux comprendre les changements du numérique méritera également un débat. Au delà des questions d’édition, il sera intéressant d’y intégrer les dynamiques de science ouverte, de science 2.0.

Les différents courants se sont mis autour du rapport, mais on a parfois l’impression qu’il reste encore du chemin à faire pour adopter une démarche conjointe de changement, de co-design dirait l’auteure principale. Par exemple, le verbe utilisé pour la partie 7 est en décalage avec le reste du document : « Accepter les nouvelles industries de la formation ». Ce chapitre est traité de manière défensive et tranche par rapport au reste du rapport. L’enseignant ne semble plus acteur associé dans une démarche collaborative, mais sommé d’accepter des nouvelles fonctionnalités. La conclusion cherche d’ailleurs a gommer cette tendance en proposant d’évaluer les propositions faites dans cette partie. L’économie numérique doit effectivement être force de proposition, source d’opportunités, comme le souligne cette extrait de la première partie « rendre l’école désirable » :

à propos des MOOC et autres propositions numériques, En prouvant les mérites d’une école numérique hors les murs, les nouveaux industriels de la formation obligent les systèmes classiques à affirmer leur valeur, à renforcer leur qualité et à accélérer leurs évolutions.

Bref, il reste à renforcer cette dynamique de collaboration que veut enclencher ce rapport. Mais ce sont bien les premiers pas qui vont dans la bonne direction auxquels le Conseil National du Numérique nous convie aujourd’hui.

Alors, Chiche, on y va ? On la conçoit ensemble cette école en réseau dans son territoire ?

 
Crédit photo : Libreville  by CNE CNA C6F – licence CC-BY-ND

Une semaine pour parler recherche sur les MOOC du 6 au 11 juillet à Brest

Nous invitons chercheurs, doctorants, entreprises, startups à venir participer à une école thématique autour des MOOC et des EIAH, sous l’égide du CNRS, avec le soutien de nombreux partenaires. Cette école réunira des spécialistes internationaux qui viendront faire le point sur leurs travaux, que se soit sur les modèles pédagogiques, l’analyse et l’évaluation, les learning analytics, l’adaptation, l’expérience utilisateur … tout cela en intégrant la dimension massive qui n’est encore que trop peu traitée. Ils nous proposeront des ateliers pour montrer comment mettre en application leurs résultats, autour de l’annotation vidéo, de l’évaluation, de l’analyse de corpus de données … Le programme est encore provisoire. Nous comptons également que les participants contribuent en présentant leurs approches, au travers de posters et sous forme de pitchs. Nous prévoyons plus particulièrement des séances d’échanges avec les professionnels des entreprises et startups qui se joindront à nous.

Le tout est organisé en séminaire résidentiel sur le campus de Télécom Bretagne. Si vous comptez profiter de l’événement pour venir échanger en profondeur, inscrivez vous vite, « les places sont limitées ». Pour ceux qui ne pourront venir un relai numérique sera évidemment prévu, nous parlons de MOOC que diable (eh oui, le site d’accueil est sur la Pointe du Diable).

Beaucoup d’informations sont disponibles sur le site de l’école thématique. Pour ceux qui auraient des questions, n’hésitez pas à prendre contact.

Crédit photo : Vue aérienne du campus de Brest par Telecom Bretagne licence CC-by-sa

Les MOOC au cœur du tsunami numérique

En ce début d’avril, Emmanuel Davidenkoff nous propose un nouveau livre au titre évocateur « le tsunami numérique ». Il se fait le témoin de nombreux changements en cours, de signaux que le monde numérique investit l’éducation. Cela l’amène à nous annoncer que le passage au numérique de l’école, de l’éducation va amener à une refonte totale des systèmes de formation. Tout comme le numérique a largement bouleversé l’industrie de la musique et du cinéma, du journalisme, de l’information, l’éducation va connaître sa révolution.

Les acteurs sont tous en place et ont déjà démarré : les entreprises de la Silicon Valley qui s’intéressent de très près au sujet, les startups qui cherchent des offres de valeur en rupture, les grandes marques de la formation qui cherchent à étendre leur influence, la demande de la société qui constate que la formation n’est plus en adéquation avec les besoins du XXIème siècle, les utilisateurs (élèves, étudiants, employés, parents, professeurs) qui ne se satisfont plus de la structure actuelle, les institutions qui veulent répondre aux nouveaux besoins, être plus efficaces, et diminuer leurs coûts …

Les MOOC sont au cœur de la démonstration d’Emmanuel Davidenkoff, qui leur consacre un chapitre entier. En effet, si les MOOC sont une réponse institutionnelle à un besoin qui existe depuis longtemps (ce n’est pas de moi, mais je ne retrouve plus la source), ces nouveaux dispositifs posent bien des questions aux institutions (quels cours, quelle place dans les formations, quelles certifications … ). Mais ils débordent largement le cadre de la formation initiale et impactent nombre d’autres missions de la formation (recrutement, harmonisation, formation continue, validation des acquis de l’expérience, université ouverte ou de tous les savoirs, notamment).

Et surtout, ils sont repris, retravaillés, hackés par les entreprises, les professionnels, les amateurs, les curieux. C’est bien au delà du périmètre de la formation initiale qu’on voit aujourd’hui se presser nombre d’entreprises qui cherchent à exploiter cette nouvelle approche de la formation. Les MOOC concentrent l’intérêt de tous et constituent une vraie rupture par rapport aux publics visés, et sur l’impact pressenti dans les formations.

Emmanuel Davidenkoff se concentre sur la difficulté – l’impossibilité ? – qu’a l’institution de se réformer par elle même. Plaidoyer pour que l’innovation devienne possible dans la formation, on comprend à le lire qu’il faudrait d’abord reconstruire la confiance au sein de l’institution, tenir le débat public  et avoir une vision et un courage politique qui n’a pas encore émergé. Il n’ignore pas que la dimension pédagogique prime sur la forme numérique, et montre bien qu’il faut laisser de la liberté aux acteurs dans une démarche d’innovation continue.

Par ce choix néanmoins, il laisse de coté tout le volet de la formation tout au long de la vie qui est pourtant aussi une des grandes promesses du passage au numérique de la formation et de son ouverture. Ce qui laisse de l’espace pour d’autres livres.

Les journalistes aiment bien les faits, et Emmanuel Davidenkoff est un journaliste reconnu de la sphère éducative. Son dernier livre fourmille donc de faits, d’événements, de création de nouvelles startup dans le domaine de la formation. Et c’est à ce titre qu’il nous dresse un impressionnant panorama des « signaux faibles » qui annoncent un « tsunami numérique dans l’éducation ». Son constat est d’ores et déjà connu et partagé outre atlantique, par exemple par la présidente Diana Oblinger de l’association Educause. Mais c’est bien la première fois qu’il est rédigé en français avec force détails et implication sur notre système de formation.

Cette conviction que l’éducation va être réformée est touchée par le numérique est déjà partagée par un certain nombre d’acteurs. Certains l’ont écrit dans des chroniques sans doute trop peu lues. Mais dans certains milieux on raisonne sur cette hypothèse, comme par exemple lors de l’assemblée générale de Pasc@line durant laquelle autour d’une table ronde sur « une approche pragmatique des MOOC », nombre de directeurs d’école échangeaient sur leur conviction que leur structure allait être profondément impactée par cette transformation numérique dans les formations. 

Crédit photo : « Saint Guénolé » par Sigalou licence CC-by-nd

Échangeons sur l’impact du numérique dans l’évolution de l’enseignement supérieur français

Dans un mois, le 8 octobre, démarre un MOOC nord américain sur l’état et l’évolution de l’enseignement supérieur (déjà évoqué ici : Un cours ouvert, et à suivre, sur le futur de l’enseignement supérieur : CFHE12 sur ce blog) L’enjeu de ce cours est de cerner un certain nombre de facteurs (internationalisation, conditions économiques, « nouvelles » technologies, ressources éducatives libres) et d’étudier leur impact sur le système éducatif. La démarche, participative, s’annonce passionnante. La question est d’importance.

Mais on voit bien que la question ne se pose pas de la même manière pour le système nord-américain ou anglo-saxon que pour le système français. De nombreux éléments de contexte sont partagés, mais la différence entre l’approche très business des universités américaines et la mission de service public assurée par les universités françaises, permet d’explorer des réponses sans doute différentes.

La structure très souple de ce type de cours fait que chacun peut se donner ses propres objectifs d’apprentissage et mener ses propres réflexions. Ce choix peut également se construire par sous-groupes. Il serait me semble-t-il pertinent de fédérer un noyau qui suive ce cours avec une approche correspondant à cette culture de service public, et qui explore comment le numérique peut servir à l’évolution de l’enseignement supérieur.

C’est également une excellente occasion pour nous d’aller découvrir le mode de fonctionnement d’un tel cours, et les modes de raisonnement anglo-saxon.

Il me semble que cette réflexion, en marge des assises de l’enseignement supérieur et de la recherche qui a une structure de concertation très structurée et semble se préoccuper d’abord de gouvernance et d’organisation, pourrait contribuer néanmoins à alimenter le débat.

Vous qui travaillez dans ou avec l’enseignement supérieur, comptez vous participer à ce cours, que pensez vous de l’idée d’échanger sur le futur de notre enseignement supérieur ? On s’inscrit ?

 

Crédit photo : Présentation de quelques tendances intéressantes en matière de numérique pour la pédagogie par Centre de culture numérique – Unistra licence CC-by-nc-sa

 

Mettre la communauté éducative en réseau

Trois jours d’échanges autour de 3 thématiques : réseaux qu’est ce qui peut nous relier, ressources et pratiques pédagogiques, élargir la participation numérique en éducation. Les deux premières journées nous ont permis de clarifier ce qui pouvait faire lien entre des réseaux ancrés dans le local et des grands réseaux nationaux, les besoins de chacun. Nous nous sommes ainsi compris comme une communauté éducative plutôt qu’un ensemble d’acteurs aux besoins isolés. Ainsi, nous avons pu ébaucher ce que pourrait être un réseau de la communauté éducative.

La session éducation au forum des usages coopératifs à Brest
Trois matinées donc pour partager, pour donner son sentiment, autour de 3 thématiques : réseaux qu’est ce qui peut nous relier, ressources et pratiques pédagogiques, élargir la participation numérique en éducation.  Certains sont venus une des 3 matinées, d’autres ont participé sur les 3 jours, tout en participant aux nombreux autres ateliers qui permettaient de croiser les différents acteurs de la coopération.


Il nous aura fallu 2 matinées pour apprendre à nous connaître, reconnaître l’importance des liens entre le local et le global, la nécessité de l’abondance de rencontres différentes (moins formelles ou dans des tiers lieux), le déséquilibre et le changement induit par la culture numérique dans l’éducation. Il nous aura fallu passer par les ressources pédagogiques pour comprendre le lien entre ressources numérique en général, l’intention pédagogique qui se retrouve liée lorsque la ressource devient pédagogique, et les différentes approches autour du processus de construction suivant qu’on est médiateur, producteur de contenu, enseignant, animateur, parent…
Ce n’est effectivement que le troisième jour quand l’accent a été mis sur le besoin d’aller vers les autres localement que nous avons réellement commencé à construire, à préciser les conditions de la collaboration (transparence, production, pas de hiérarchie), à échanger sur les besoins de chacun, sur l’importance de  tiers lieux, sur les stratégies gagnants pour faire vivre réseaux, associations. Bref, c’est là que s’est forgée la conviction qu’un réseau de lien de la communauté éducative faisait sens.

Difficile de relayer tous les échanges de ces trois matinées, (j’ai eu d’ailleurs beaucoup de mal à construire ce résumé) voici néanmoins quelques éléments saillants.

Des besoins complémentaires autour du partage et de l’échange
Chacun des acteurs autour de l’éducation cherche à bien faire, et souvent s’investit pour essayer de nouvelles pratiques, proposer des nouvelles approches, tester des pratiques pédagogiques et/ou numériques qui lui paraissent pouvoir améliorer le travail de tous au travers de la collaboration.

Mais souvent reviennent les difficultés, l’isolement ressenti. Nombreux des participants se sentent englués dans leurs difficultés et sont confrontés à des murs, en recherche de moyens d’avancer. Localement, que l’on soit enseignant, parent, éducateur, accompagnateur, documentaliste, étudiant, il est courant de sentir un carcan quand on veut faire bouger les choses. Les proches sont campés dans leurs positions, résistent à tout changement.

Certains restent isolés, veulent changer localement leurs pratiques, en proposant par exemple l’utilisation raisonnée de ressources numériques dans leurs pratiques. Cela amène à devoir échanger d’autres localement qui ne prennent pas le temps de comprendre. Ces personnes ressentent un besoin urgent de rencontrer d’autres convaincus, d’échanger sur leurs approches, leurs difficultés, mais aussi leurs réussites. Les réseaux informels comme twitter peuvent être un premier moyen de se connecter, mais encore faut-il en être convaincu et donc sans doute avoir rencontré quelqu’un qui vous en aura convaincu.

D’autres sont organisés en associations qui se mettent au numérique et à la mise en réseau au gré des besoins (communiquer entre les rencontres, capitaliser sur les documents acquis, continuer le suivi dans le temps … ) La question est alors à la fois de permettre à des nouveaux adhérents de rejoindre l’association et de pouvoir profiter des expériences d’autres associations pour se développer de manière harmonieuse.

Les grands réseaux, comme Wikimédia/Wikipédia par exemple, si ils fonctionnent de manière globale, ressentent  pourtant le besoin de rester ancré dans le local en créant des réunions locales entre contributeurs, ou en participant à des événements comme le forum des usages et bien d’autres. Les acteurs de ces réseaux sont d’ailleurs souvent impliqués dans différentes actions. Ce sont bien les gens qui font lien entre les différents réseaux.

Pourquoi parler de communauté éducative ?
Lors des rencontres, nous avions la chance d’avoir un panel très large. Si les enseignants parlaient bien des difficultés de leur métier et de convaincre leurs collègues proches d’explorer de nouvelles pistes, nous avions également des représentants de collectivités locales, d’EPN, de parents, d’éducateurs, des documentalistes, de Wikipédia et autres grands réseaux (Tela Botanica par exemple)  … Nous connaissons également des associations d’étudiants qui semblent animés de la même volonté d’échanger.

Pendant nos échanges, nous étions tous d’accords qu’il est indispensable de pouvoir contourner les barrières que chacun rencontre, d’échanger sur les meilleures pratiques et de mieux comprendre les besoins et les apports de chacun pour pour mieux agir.

Dans le domaine éducatif aussi, on voit bien l’intérêt d’articuler des structures et des événements ancrés dans l’hyperlocal (lieux d’accueil, fablab, copy party au sein d’une bibliothèque …), des associations dédiées qui permettent de répondre à des besoins spécifiques (comme le GREF ou les médiablogs), et des réseaux nationaux comme Sésamath, Wikimédia ou Tela Botanica qui visent à produire et à partager des ressources. L’échange, le partage permettent de renforcer et d’irriguer les 3 niveaux. Il y a donc besoin d’organiser des rencontres au niveau local, et de s’accorder sur des valeurs qui font lien aux autres niveaux.

Permettre aux acteurs de tout bord de se rencontrer pour construire la collaboration
Le constat est donc bien de multiplier les rencontres, les échanges pour permettre à de nombreux projets d’émerger. Nous avons identifié un certain nombre d’éléments pour contribuer à construire un réseau de la communauté éducative :

  • Offrir, relayer des rencontres locales, des événements qui permettent à ceux qui veulent adopter le numérique de se rencontrer, d’échanger et de construire les noyaux qui permettront la diffusion en local. Les tiers lieux, les espaces multimédias,  les lieux de médiation sont des relais pour permette ces échanges. La neutralité permet la rencontre et l’échange ;

  • Proposer des échanges pour permettre l’appropriation de manière neutre des usages numériques, et ainsi proposer des pistes de solutions aux besoins de chacun ;

  • Identifier, partager des stratégies gagnantes pour permettre de convaincre son entourage par petits pas (sur le modèle des wikipatterns ….), les effets de seuil, de levier ;

  • Contribuer à diffuser les bonnes pratiques permettant la collaboration comme notamment l’ouverture, la lise en commun, la transparence dans la gouvernance.

Quel objectif ?
L’usage du numérique, de la collaboration et de ses “valeurs” sont bien les fondements qui permettront de faire tomber les barrières qui empêchent actuellement l’éducation de faire sa révolution pourtant ressentie comme indispensable.
Notre proposition est ainsi de toucher 30% de la communauté éducative  en montant des connexions, en privilégiant une logique de réseaux pour permettre enfin à la communauté éducative toute entière de pouvoir s’approprier globalement le numérique et de nouvelles pédagogies plus collaboratives en éducation.


Compléments :

Plaisir d’apprendre ! d’enseigner ? À discuter à Ludovia 2012

« Le plaisir est souvent associé à un qualificatif : plaisir sexuel, alimentaire, intellectuel, professionnel, parental, moral, civique (ou du devoir accompli), etc. » L’université d’été Ludovia de cette année nous propose d’associer plaisir avec éducation numérique.

Continuons de parcourir l’article de Wikipédia :

  • « Le plaisir, sensation agréable, liée à une expérience. Le plaisir a un grand nombre de termes plus ou moins synonymes (contentement, volupté, satisfaction, délices, régal, jubilation…) qui désignent des variétés plus ou moins subtiles de l’expérience. » La majorité des synonymes intègrent l’idée d’accomplissement, même fugace. Serait-on dans l’immédiateté ?
  • Les amateurs de définitions récursive aprécieront celle-ci liée à lépicurisme sur Wikipédia : Epicurisme : nous recherchons les plaisirs, mais simplement parce que nous nommons plaisir ce que nous recherchons

En lisant les nombreuses contributions préparatoires sur le site de Ludovia Magazine, j’en suis arrivé rapidement à me poser beaucoup de questions :

  • Quels liens entre plaisir, jeu et motivation ? Faut-il formaliser ou simplement analyser ?
  • Est ce que par plaisir, on parle de liberté, d’autonomie, de savoir apprécier l’imprévu ou au contraire de sécuriser, de baisser la sensation de risque ?
  • Vise-t-on le plaisir dans la situation d’apprendre, ou celle dans l’accomplissement de l’apprentissage ?
  • Il y a le plaisir de la contemplation, mais beaucoup d’articles insistent sur l’engagement, notamment au travers du jeu. Donner envie pour engager des participants, c’est donner un choix, et accepter qu’on ne le prenne pas….
  • Bref, le plaisir peine à être classé, systématisé. N’y-a-t-il pas un dimension personnelle, de choisir ce qui me convient dans le plaisir ?

En tout cas, et c’est la première réussite du thème de cette année de Ludovia, celle de proposer un terme résolument positif et personnel pour revisiter des notions comme engagement, motivation, jeu, et de l’associer à apprendre … et à enseigner.

 

La deuxième réussite, c’est d’avoir mobilisé de nombreux intervenants, qui se positionnent sur ce thème et revisitent ainsi leurs discours.

Une difficulté sera de confronter cette dimension de plaisir, à la nécessité, l’injonction d’évaluation. En effet si les concepteurs de jeu mettent en avant la dimension d’engagement (et de leur point de vue de plaisir), ils sont confrontés à la nécessité de rentabilité des investissements liés aux développements de tels jeux. De même, l’éducation dans son ensemble est soumise à évaluation, la variable plaisir est elle corrélée à la mesure de l’apprentissage ? Voilà qui justifie pleinement les questionnements d’André Tricot.

Il sera intéressant de profiter de ces rencontres pour essayer d’identifier les vecteurs de plaisir, de les corréler avec des éléments pouvant favoriser l’apprentissage (engagement, motivation, vécu …), et d’interroger les instances de gouvernance sur une politique permettant l’épanouissement et le plaisir dans les établissements.

Nos hôtes font un travail de préparation absolument formidable, en recueillant des avis, des analyses, des résumés des présentations scientifiques qui se feront à Ax-les-Thermes fin août.

Quels plaisirs avec le numérique ? Patrick Mpondo-dicka en propose plusieurs : le plaisir démiurgique de création, le plaisir du bricolage, le plaisir du la médiation, le plaisir sensible (au travers de nouvelles interfaces)

Comme le souligne Serge Soudoplatoff, il semble plus facile de parler de plaisir d’apprendre que de plaisir d’enseigner. Et cela pose question tant on sait que l’enseignant reconduit les schémas qu’il a vécu. Il devient naturel de dire qu’il faut souffrir pour apprendre.

Et pourtant… comment motiver, comment « donner » du plaisir si l’enseignant lui-même n’est pas dans cette posture. Caroline Jouneau-Sion et Stéphanie de Vanssay, dont on connaît l’engagement pour le numérique, nous interrogeront sur « En quoi utiliser les TICE et les réseaux sociaux participe au plaisir d’une pédagogie renouvelée ? »

Parmi les invités, il y aura aussi comme les années précédentes des blogueurs. À la fois, rapporteurs des échanges et poil à gratter, ils participent aussi au débat. C’est à ce titre que je participerai à cette édition.

 

Et si Ludovia 2012 permet de lier durablement plaisir, à enseigner, à apprendre et au numérique, alors cette édition aura vraiment contribué à changer l’école.

 

Crédit photo : Évaporation…!!! par Denis Collette…!!! licence CC-by-nc-nd

Pédagogie et innovation numérique, vers quoi allons-nous ?

Je suis invité à venir m’exprimer aux Terrasses du numérique organisées par la Direction des Usages du Numérique de l’université de Strasbourg (Unistra). Leur demande « Pédagogie et innovation numérique, vers quoi allons-nous ? » m’a amené à réfléchir à proposer quelques grands thèmes et à y intégrer quelques témoignages d’expérimentations. Le résultat s’articule donc autour de deux grands axes :

  1. l’entrelacement entre le réel et le virtuel, qui me permettra d’aborder : le mobile (learning), d’évoquer rapidement les interactions liées à la réalité augmentée, la simulation et le 3D, et de continuer sur les Fablabs (et nos codecamps) et l’internet des objets
  2. le collaboratif, pour lequel je repartirai de mes différentes expériences avec le web, puis je reprendrai quelques diapos sur l’idée que les ressources éducatives libres se développeront en réseau(x), et je compléterai avec les MOOCs et autres badges ouverts

L’idée d’ouvrir des degrés de libertés aux enseignants, aux élèves (via une démarche AVAN notamment) sera transverse. On parlera pour chaque thème d’exemple pédagogique, et d’opportunités. Seul problème, je n’ai qu’une heure …

Dans les éléments qui m’ont permis de construire cette présentation, je retiens comme lectures l’approche de nos amis américains qui sont largement impactés par ces évolutions. La création de nombreuses startups, l’impact recherché au niveau mondial de leurs universités, les amène à reconsidérer le système universitaire dans leur entier.

Pour ceux qui voudraient retrouver d’autres sources d’inspiration, les diaporamas que j’ai pris comme sources principales sont ceux de Mike Sharples, George Siemens et Steve Wheeler. Les plus attentifs y retrouveront des diapos empruntées.

ajout du 22/9/2012 : La conférence a été enregistrée, et peut donc être retrouvée ici sur la webTV d’Unistra.

Crédit photo : Les mots clés du centre par Centre de culture numérique – Unistra licence CC-by-nc

L’école, le numérique et la société qui vient

 

Ce titre est excellent, car il résume toute la problématique : quelle école pour former les citoyens de la société en formation, et la place du numérique au centre de ce questionnement. Mais il n’est pas de moi, c’est le titre d’un livre L’école, le numérique et la société qui vient que je recommande à tous ceux intéressés par le sujet. D’un niveau soutenu, mais sans verbiage inutile, je l’ai dévoré dans un train (Paris – Brest 4h30).

Bernard Stiegler, Philippe Meirieu, Denis Kambouchner échangent à un niveau philosophique sur la nécessité de réformer l’école, vers plus d’exigence sur la nature des apprentissages (en développant une approche critique et créative des apprentissages) et sur la formation des enseignants. Ils convergent également sur la nécessité d’aborder le numérique de manière totalement différente, opposée, à l’approche des marchés, pour passer d’une addiction de contenu à un appropriation d’outils de réelle réflexion organisée, structurée par le développement de l’individu. Ils détaillent également l’ambivalence de l’expression de « société de la connaissance » qui reflète l’ambivalence des outils numériques, pouvant être source d’autonomie d’indépendance s’il est intégré culturellement ou source de dépendance, d’addiction aux mains des marchés des mass medias.

On notera l’analyse de Philippe Meirieu sur le dévoiement de l’approche par compétences dans un système qui se déresponsabilise en proposant des indicateurs faussement neutres, et qui ramène les compétences à des savoirs procéduraux et morcelés, accompagné par un encadrement intermédiaire qui ne comprend pas les enjeux du numérique et qui défend un discours infantilisant sur le numérique (tout ira mieux avec l’ordinateur). Le passage sur l’importance de la maitrise collective des indicateurs est également très clair. (p70 et précédentes).

J’ai été également intéressé par les définitions de l’adaptation qui s’avère une négation de la dimension humaine.

On appréciera également, pour ceux qui ne connaissent pas les explications lumineuses de Bernard Stiegler sur la société de la connaissance.

J’ai souligné un paquet de phrases lumineuses, mais que je ne reproduirai par hors contexte. Retenons simplement la définition de l’école par les animateurs (Julien Gautier et Guillaume Vergne) du débat :

L’école peut et doit être envisagée dialectiquement comme le lieu de l’émancipation et de la formation individuelle à travers la transmission rigoureuse et l’étude exigeant des domaines fondamentaux de la connaissance et de la culture au sens large.

Pour le plaisir de la formule, Philippe Meirieu nous parle de la pédagogie de garçon de café, (p.170)  pour décrire la salle de classe où l’enseignant est vampirisé par l’injonction de chaque élève cherchant à obtenir une information factuelle immédiate, ou simplement un échange pulsionnel. Le problème de recentrage, de concentration n’est pas que numérique.

Je retiendrai principalement :

  • que l’utilisation des technologies numériques doit être revisitée pour pouvoir être un support à la pensée, à la réflexion, à la construction de symbolique. La nécessaire prise de recul impose donc de se dégager de l’exigence d’immédiateté, promue par notre société de consommation de savoirs ;
  •  que c’est bien le rôle de l’université d’être le creuset d’une rénovation de la pensée critique embrassant la dimension numérique.

A nous donc de relever le défi et de faire du numérique un support au développement d’un savoir rationnel.  Première étape, lire, comprendre, s’approprier ce petit fascicule.

Pour prolonger en ligne :

« Immédiateté et éducation »

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