Ingénieurs et à la pointe pour toute la vie

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Le colloque organisé conjointement par le CEFI et l’IESF : « l’ingénieur entrepreneur de sa formation » qui semble particulièrement pertinente. La manière d’aborder l’employabilité de l’ingénieur est ici abordée au travers de la question de l’autoévaluation dans une démarche d’apprentissage tout au long de la vie. Philippe Carré, expert reconnu sur la questions de l’apprenance sera des orateurs de cette journée.

Derrière cette notion d’apprenance, se pose les questions de nouveaux rapports au savoir et de développement de collectifs. La dernière partie de ce colloque parlera de « développement d’une intelligence de l’environnement ». Gageons que la notion d’intelligence collective sera au cœur du discours, tant il est vrai que la construction de son parcours individuel d’un ingénieur se fait en développant une compréhension construite collectivement des enjeux et des besoins.

L’IESF a bien compris que ces enjeux de la Formation Tout au Long de la Vie (FTLV) et ses déclinaisons dans le cadre de la formation professionnelle, deviennent centrale pour la profession. La dimension d’innovation, reprise dans la formule de l’IESF : « Chevilles ouvrières de l’innovation, les scientifiques et ingénieurs jouent un rôle de plus en plus essentiel pour aller de l’innovation vers le marché. », implique bien une évolution permanente. J’avoue découvrir cette organisation, alors que j’avais déjà eu l’occasion d’intervenir au CEFI, c’est mon petit coté provincial, ou peut être trop orienté numérique.

L’IESF travaille par ailleurs sur un livre blanc dans lesquels les aspects de formation sont centraux, selon le cahier blanc préparatoire « Réussir le futur : jouons collectif ». Pour information, ce cahier propose que les écoles développent des campus à l’étranger, dans une perspective de pénétration des marchés. J’aurai envie de réagir sur ce point en proposant des campus qui se développent dans l’univers numérique, pour y affirmer la place de la France, mais c’est sans doute hors sujet.

On y trouve surtout un appel au développement de MOOC dans des domaines pointus, donc des ressources de formation disponibles et adaptées au suivi de l’évolution technologique. Sur ce point il me semble qu’au niveau de l’IMT nous répondons largement présent, avec une vision formation professionnelle intégrée. Notons qu’y sont relevés la dimension essais-erreurs des MOOC considérés comme vecteurs d’innovation, et la nécessité de développer des certifications. Avis donc aux développeurs de MOOC : continuez à innover et proposez des modes de certification. Nous sommes en pleine phase de mutation de la société, y compris (et surtout) dans le domaine de la formation, la dimension d’exploration reste donc centrale.

En développant des MOOC, nous avons identifié différentes questions qui me semblent encore trop implicites dans ce colloque et ce cahier blanc.

D’abord, il y a la question de communauté derrière les apprentissages. Comment encourager les apprentissages au delà du MOOC, comment développer les réflexions pour aller au delà du contenu, et d’imaginer d’autres formations. Il y a là l’opportunité de relier apprentissage, communauté d’expertise, et compréhension des mutations. Entre MOOC et réseaux d’apprenance, il y a des relations à mieux expliciter.

Ensuite, complètement dans le cœur de ce colloque, se pose la question des moyens donnés à l’apprenant pour développer sa capacité à se positionner. L’approche par les services carrières et syndicats professionnels (vu dans les supports de l’Assemblée Générale de l’association) est une piste, mais pour permettre une approche innovante dans ce domaine, il faudra également s’intéresser à des démarches plus ouvertes comme celle de la FING appelée « musette numérique du travailleur ». Cette question de l’ « empowerement » du travailleur en général et de l’ingénieur en particulier dans les réseaux numériques pourrait ainsi devenir centrale dans la maîtrise de son parcours professionnel.

Dans le cahier de l’IESF, on voit d’ailleurs un axe autour de la question de la reconnaissance de l’expertise de l’ingénieur (développer des profils d’ingénieurs chevronné sur le modèle des « chefs scientists américains ») et de la présence des ingénieurs et scientifiques dans le débat public. Il me semble que demander cette reconnaissance à la force publique est une manière dépassée d’aborder la question, ou du moins insuffisante. La culture du numérique s’appuie sur une reconnaissance par l’action. Être ingénieur expert, c’est être capable de valoriser son expertise en la partageant, en participant au débat, en collaborant. Contribuer au débat public, c’est prendre position. Il faut donc développer une culture de l’expression et du travail collaboratif des ingénieurs. Le débat sur les apprentissages et les formations à développer, l’implication dans des rencontres pour valoriser nos métiers sont des éléments de cette prise de parole et de cette co-construction. En développant une communauté ouverte habituée au développement d’une expertise sociale, chaque ingénieur pourrait construire son identité numérique. Parmi ceux qui saisiront cette opportunité émergeront des influenceurs. Ce type de profil existe déjà. Parmi les modèles qui me viennent à l’esprit, je pourrais citer Tristan Nitot, Nicolas Colin ou Claude Terosier. Ce sont des influenceurs qui ont émergé de communautés, qui ont appris à exprimer leurs positions, et qui ont un vrai poids dans le débat national. La communauté des ingénieurs a besoin de s’approprier le cadre numérique. Alors chiche, « jouons collectif ».

Crédit photo : Cool Bird Formation par David Joyce, licence CC-by-sa

 

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Que de sujets sur lesquels échanger !

Et si peu de temps pour tout explorer.

Context VII

J’ai perdu l’habitude de commenter, réagir, réfléchir, bref avancer dans le cadre de ce blog, et c’est bien dommage (au moins pour moi).

Et pourtant, j’ai beaucoup de sujets qui m’encombrent les neurones. Le problème, c’est de trouver des créneaux pour un minimum d’approfondissement, de structuration et de mise en forme. Beaucoup de témoignages de blogueurs rapportent que pour assurer une bonne régularité, il faut s’astreindre à réserver un créneau dans son emploi du temps. Et je n’ai pas cette rigueur dans la gestion d’un emploi du temps qui a eu tendance à exploser ces derniers mois.

Alors comme le mois de janvier est le mois des « bonnes » résolutions, on va essayer de s’y remettre. Sur quoi pourrait-on échanger ?

Coté pédagogie, le rapport « Innovating Pedagogy 2015 » de l’Open University est sorti et a une lecture orientée entrées pédagogiques. On y retrouve le sujet des laboratoires pratiques que j’ai un peu exploré pour différentes raisons cette année. Du coté de mes enseignements, pas grand chose de nouveau. Peut être un questionnement sur le comment gérer une séance en pédagogie active quand ni les étudiants ni l’enseignant n’ont vraiment la pêche.

Coté MOOC, il y a la bonne nouvelle de cette tendance de laisser ouvert les cours entre les sessions (mais sur laquelle notre plate-forme française FUN n’a pas encore avancé). Il serait possible de reparler de la place des MOOC (et d’autres formes d’enseignement numériques) dans les cursus de formation.

Mais il y a moyen d’aller plus loin. Si le MOOC revient à ouvrir le cours, jusqu’où pousser cette ouverture ? Vers une définition ouverte des parcours ? Voire vers une définition de ses objectifs personnels dans le cadre d’une communauté ?

Partant dans ce sens, se pose la question de qui contribue à, et comment se construisent ces parcours, ces objectifs. Si on suit la grande tendance actuelle, la question est simplement quelles sont les plate-formes qui pourraient contrôler le marché de la formation. Le pays de cette plate-forme ? Les États-Unis, tant leur avance est avérée, et que la dynamique y est forte autour de l’éducation. Et il y a déjà pas mal de monde sur les rangs : Coursera avec sa communauté autour des MOOC, on a déjà parlé de LinkedIn, Google bien sûr, edX plus universitaire. Bref, laquelle vous conseillera et proposera, votre prochain cours ? Votre projet de vie ? Et quelle place pour les alternatives ?

Dans cette veine, se pose la question de l’uberisation de la formation. Bon, la formule est un peu trop galvaudée, mais tellement lancinante qu’elle mérite une formulation propre. Elle était en tout cas sur beaucoup de lèvres lors des rencontres de la FFFOD à Saint-Brieuc en novembre dernier. C’est un sujet qui mérite un billet approfondi, et documenté.

Dans le cadre de la formation professionnelle, il y a cette question de l’uberisation, mais aussi ce compte personnel d’activité qui se veut au contraire un moyen de redonner de l’autonomie dans les parcours professionnels. Est ce donc cette plate-forme américaine qui guidera les parcours, ou peut-on imaginer une approche permettant des formes d’émancipation ?

La piste que je propose d’approfondir est de combiner l’approche de George Siemens avec celle de la Fing. L’approche de George Siemens (dont j’ai déjà parlé plusieurs fois) consiste à rendre les parcours d’apprentissage visibles pour permettre d’imaginer le développement d’une formation collaborative, sur le modèle de la consommation collaborative (qui a dit uberisation ? Revisitez plutôt ce qu’en dit Michel Bauwens). Du coté de la Fing, c’est de Self-Data dont on parle, et de musette numérique  du travailleur. Bref, faire le lien entre social et développement personnel. Entre comportement émergent et parcours personnel. Entre réseau social et contrôle de ses données personnelles. Entre exploitation de données globales et respect de la vie privée.

Pour emprunter cette piste, il y pour le coup des questions de recherche. Quelles architectures techniques à développer sachant que les technologies pour garantir le contrôle des données personnelles par les utilisateurs (voir par exemple cozy) et la construction de communautés de confiance gagnent en maturité ? Quels modèles pour construire et combiner le partage de connaissances et l’évolution personnelle ?

Au niveau des principes, il y a aussi à affirmer que la formation est un bien commun. Et à revisiter les droits sur les données personnelles d’apprentissage. Des manifestes apparaissent ça et là, mais comment se traduisent-ils dans l’hypothèse d’une plate-forme privée, et dans l’hypothèse ou chacun garde le contrôle sur ses propres données, mais peut être moins sur leurs copies éventuelles ?

Puisque l’on parle recherche, j’ai passé mon année à participer à plusieurs appels à projets. C’est une expérience enrichissante par certains cotés, frustrante par beaucoup d’autres, et qui a eu un grand impact sur mes activités (dont ma production sur ce blog en fait …). Cela mériterait un témoignage, avec un petit détour sur les temporalités, à croiser avec les pratiques plus agiles que l’on essaye de promouvoir …

Quels sont les objectifs de la formation ou du moins la manière de les construire, dans un monde en constante évolution, dans une société où l’emploi pourrait ne plus être un objectif, où l’action pour notre environnement est une nécessité, et où la démocratie semble être à réinventer. En passant, un petit pavé dans la mare dans ce qui est devenu un sujet important dans nos formations, que je pourrai intituler : « Et si le modèle des startups était une forme d’uberisation de l’innovation et des ingénieurs ? »

Si on change tout dans la formation, autant enfoncer le clou :

  • Le numérique a le potentiel de changer les règles du jeu pour l’évaluation et la certification. Cela va beaucoup plus loin que simplement autoriser les ordinateurs à l’examen comme le propose le rapport de la Stranes. Quelle place alors pour les diplômes et la recommandation ?
  • À quoi pourrait ressembler un lieu d’apprentissage, ce qu’on appelle une école, ou une université ? Quelles organisations pour la formation pourraient émerger rapidement ? Lesquelles sont à éviter? Lesquelles sont souhaitables ? Quelles hybridations à privilégier entre entreprises, initiatives sociales, et établissements (publics?) d’enseignement et de recherche ? Quelle nouvelle école créer ?
  • Et comment faire le lien avec les autres : Quelles pistes de réseaux développer ? Le réseau des learning labs va dans le bon sens, quelle pourrait être la prochaine étape ?

Par ailleurs, j’ai la grande chance d’avoir un groupe d’étudiants de Télécom Bretagne qui actuellement font quelques développements autour de la plate-forme nquire-it (déjà évoqué en juillet dernier, cette année, on passe à l’implémentation) qui permet de collecter et partager des données dans des démarches d’investigation, de la gestion de données d’apprentissage personnelles et de portfolio, qui mériteraient d’être partagées.

Bref, oui il y a de quoi écrire. On dépile ? Dans le désordre, suivant l’inspiration évidemment:-)

Crédit photo : Context VII par Manuel W. licence CC-by-nc

Rédigé dans le train Paris-Brest le 12 janvier 2016, de retour de revue de projet.

 

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Quand les bretons se rencontrent pour parler MOOC

Vendredi 5 juin se dérouleront les 5èmes rencontres bretonnes des TICE et du elearning, dont la thématique est « MOOC retours d’expérience ». Le panel des intervenants couvre un beau panorama des acteurs français des MOOC, avec des universitaires, des startups et entreprises du elearning, des entreprises utilisatrices, des bretons… Et il sera possible de participer aussi bien sur place à Rennes qu’en ligne puisqu’une classe virtuelle sera mise en place. Bref, pas d’excuse pour ne pas s’y inscrire.

Pour ma part j’y présenterai comment nous intégrons des MOOC à Télécom Bretagne (sujet que j’ai publié pour le colloque de pédagogie QPES qui aura lieu du 18 au 20 juin à Brest), et quelques aspects de recherche qui m’intéressent actuellement : MOOC de concertation, analyse de données d’apprentissage (projet Hubble), MOOC et aspects sociaux, parcours d’apprentissage collaboratifs. On s’y retrouve ?

Spécial @tkoscielniak: Il semble que l’esprit breton gagne certains intervenants.

L’ambition de LinkedIn dans le monde de la formation

LinkedIn est LE réseau social professionnel international qui permet à chacun de gérer et publier son CV, ses formations, ses diplômes et ses certificats (notamment obtenus en suivant des formations comme des MOOC), son carnet d’adresse public, son expérience professionnelle, ses productions, mais aussi de recommander ses pairs, d’échanger sur tout sujet, … Il est devenu incontournable d’y figurer dans nombre de domaines. Ainsi, il est inimaginable pour un jeune ingénieur aujourd’hui de ne pas avoir un CV en ligne, et peu courant que celui-ci ne soit pas sur LinkedIn. Pour pouvoir évoluer ceux-ci maintiendront naturellement à jour les informations qui les concernent permettant à LinkedIn de disposer de données précieuses sur le marché professionnel.

Les associations d’anciens de nos écoles ont besoin de maintenir le contact entre les diplômés d’un établissement supérieur. Comme LinkedIn est perçu avec raison comme un réseau social professionnel, il est naturel d’utiliser ce réseau comme vecteur principal des échanges numérique de ces associations (via des groupes, des forums …). J’en connais au moins 2 exemples…

Pour les écoles professionnelles, LinkedIn est d’ailleurs un outil précieux d’informations sur l’évolution des métiers. Il contribue ainsi à permettre aux établissements à définir leurs formations.

LinkedIn devient ainsi un partenaire incontournable des établissements de la filière de l’éducation professionnelle. Il permet aux diplômés de trouver du travail, de rester en contact, d’obtenir des informations sur l’évolution de leurs métiers. Ces impacts positifs permettent à cette entreprise de développer une relation forte avec les professionnels en tant qu’utilisateurs de formations.

Il en profite évidemment pour développer une connaissance fine de l’évolution des métiers, des parcours, des domaines privilégiés des différents établissements et du corps social de leurs anciens. Il est raisonnable de penser que LinkedIn connaît mieux le réseau des anciens, ses aspirations, son mode d’évolution que les établissements d’enseignement eux-mêmes.

Au niveau des MOOC, il n’est pas rare de voir apparaître un groupe LinkedIn pour permettre à la communauté de survivre à la fermeture du cours. LinkedIn est donc quelque part le dépositaire potentiel de ce qui fait la valeur ajoutée des MOOC : leurs communautés qui ne sont pas gérées dans les plate-formes de cours.

Ce qui permet à cette entreprise de développer nombre de services sur lesquels les établissements n’ont pas de contrôle et dont ils peuvent devenir dépendants.

Dit autrement quelle position LinkedIn ambitionne-t-elle par rapport au domaine de la formation ? Être un panneau d’affichage de diplômes et autres certificat doublé d’un simple relais des discussions entre anciens n’est certainement pas à la hauteur d’une des entreprises du numérique. Par contre, devenir le moteur de recommandation des formations semble plus prometteur.

Premier niveau de service, le classement des universités en fonction des métiers rêvés. Celui-ci ne fonctionne pour l’instant que pour 3 pays anglo-saxons (USA, Royaume Uni et Canada), mais on imagine que ce classement pourrait avoir un impact plus important que celui qui établit les hiérarchies entre écoles et qui sont actuellement publiés annuellement dans les journaux. Et on peut s’attendre à le même type de débats que ceux qui ont tourné autour de l’algorithme PageRank de Google.

Le second niveau de service concerne plutôt la formation professionnelle, Graal des établissements d’enseignement du supérieur qui y voient un potentiel de recettes. Il s’agît de la recommandation de formations pour pouvoir évoluer dans sa carrière professionnelle. Un des objectifs de LinkedIn est de pouvoir relier les personnes, les offres d’emploi avec les compétences nécessaires pour les exercer et les formation proposées permettant de les acquérir. LinkedIn pourra ainsi recommander les différentes formations professionnelles proposées aux internautes pour évoluer et obtenir le job de leur rêve.

Quelles seront les formes de formation mises en avant par de telles recommandations ? S’agira-t-il de formations présentielles ou en ligne ? Clairement, les formes plus souples seront sans doute privilégiées. Est ce que ce seront les MOOC proposés par les universités, ceux proposés par les entreprises ? Ou d’autres formes de cours en ligne plus en phase avec les besoins des professionnels en recherche d’évolution de métier ? C’est en tout cas une tendance identifiée de la formation tout au long de la vie, du moins dans sa perspective professionnelle, liée à une évolution constante du marché du travail. Et cela risque de devenir une pression du marché sur les établissements de l’enseignement supérieur qui voudront être présents dans le domaine de la formation professionnelle. Mais les services de formation continue des universités sont-ils prêts face à une évolution de ce type ? Auront-ils l’agilité pour suivre les évolutions à venir, pour aller vers les clients potentiels ? Vu leurs performances actuelles, on peut légitimement en douter.

Dans une telle offre numérique et ouverte, quelles seront les formes donc d’offres de formation qui seront retenues par les utilisateurs et promues par les services des Ressources Humaines ? Rien n’est dit mais il y a clairement une multiplicité de l’offre, dont les MOOC ne sont qu’un exemple.

Ce qui m’importe plus ici est de me poser la question de la concurrence qui existera au niveau de l’offre. Si on peut penser que les établissements de formation continue classique sauront répondre à la demande, il faut sans doute surtout s’intéresser au nouveaux entrants issus du monde numérique, et ils sont nombreux. Citons en simplement deux qui sont particulièrement notables.

  • Le premier est OpenClassrooms, petite entreprise française qui vient de dépasser le million de membres inscrits, et qui a décroché l’accès direct aux demandeurs d’emploi, ce qui devrait lui permettre d’élargir sa base utilisateurs. Quand on voit que dans le même temps le Ministère de l’enseignement supérieur passe un protocole d’accord avec OPCALIM, on peut s’étonner de la différence d’agilité, et s’interroger sur l’évolution opérationnelle des deux offres.
  • Le second est tout simplement LinkedIn, du moins au travers un de ses rachats récents, la plateforme de cours Lynda. LinkedIn ne se positionne donc pas simplement comme outil de recommandation, mais aussi comme offreur de formations. Le couplage des deux services lui donne indéniablement un avantage par rapport aux établissements traditionnels. Et quand on compare les moyens mis en œuvre, 1,5 milliards de dollars pour ce rachat, face aux 12 millions d’euros pour le plan d’investissement d’avenir (PIA) Idefi-N visant à faire évoluer l’offre de formation universitaire en ligne, on peut s’inquiéter de qui a l’initiative sur l’évolution des formations. D’autant que les délais de mise en œuvre du PIA se comptent en années, une année quasi complète pour simplement le processus de sélection…

Clairement, le tsunami numérique prédit par Emmanuel Davidenkoff progresse et concerne également l’enseignement supérieur. LinkedIn vise à être un élément central dans ces bouleversements. Ce n’est pas le seul acteur, mais sa feuille de route est explicite, les moyens disponibles impressionnants, et ce sans questionnement partisan sur la réforme du système.

Crédits photos : My LinkedIn Connections par Michael Korcuska licence CC-by-sa et LinkedIn Centipede Participants in the 2010 ING Bay to Breakers par A Name Like Shields Can Make You Defensive licence CC-by

Le CnNum nous propose de bâtir une une école créative et juste dans un monde numérique

Le Conseil National du Numérique a donc publié vendredi dernier son rapport sur l’école titré Jules Ferry 3.0. développé autour de 8 axes, il fait 40 recommandations pour bâtir une une école créative et juste dans un monde numérique.

L’une des grandes qualités du Conseil National du Numérique est de s’atteler à faire la synthèse des propositions existantes pour dépasser l’état de l’art. On retrouve donc ici les différents points portés par les différents courants autour du numérique et de l’éducation, dont la fusion se traduit par une articulation autour des 40 propositions. Les différents courants de la culture numérique (si bien récemment décrits par Jacques-François Marchandise) y sont donc intégrés. Informatique et littératie numérique sont ainsi mis en résonance. Tous les acteurs de l’éducation (y compris les parents et le périscolaire) et de l’industrie sont concernés par ce rapport. Il en résulte une proposition systémique, bienvenue tant cette approche globale est nécessaire pour que l’on puisse avancer, pour que l’on puisse redonner un cap à l’éducation.

Sa force, mais aussi sa grande faiblesse, chercher à s’appuyer sur tous les acteurs et les encourager à évoluer. Il souligne par exemple que l’édition n’a pas encore engagé un vrai travail autour de son modèle d’affaire, point pourtant central pour embrasser les dynamiques de coproduction qui existent autour des ressources. Que se passera-t-il si seule une partie des acteurs engage le changement ? Que se passera-t-il si certains font de la résistance tout en faisant croire qu’ils participent ?

On le voit, il s’agit d’une invitation à avancer, pas d’un programme finalisé. Et c’est très bien comme cela. La proposition d’un Bac Humanités Numériques est enthousiasmant tant dans son ambition et son ouverture que son contenu. Le rapport reconnaît qu’il faudra construire les débouchés d’un tel Bac, pour y attirer les élèves. Il propose d’ailleurs une construction ouverte d’un tel Bac, et de le proposer sous forme de double diplôme adossé à un autre Bac dans un premier temps.

De même la question de comment mener une recherche pour mieux comprendre les changements du numérique méritera également un débat. Au delà des questions d’édition, il sera intéressant d’y intégrer les dynamiques de science ouverte, de science 2.0.

Les différents courants se sont mis autour du rapport, mais on a parfois l’impression qu’il reste encore du chemin à faire pour adopter une démarche conjointe de changement, de co-design dirait l’auteure principale. Par exemple, le verbe utilisé pour la partie 7 est en décalage avec le reste du document : « Accepter les nouvelles industries de la formation ». Ce chapitre est traité de manière défensive et tranche par rapport au reste du rapport. L’enseignant ne semble plus acteur associé dans une démarche collaborative, mais sommé d’accepter des nouvelles fonctionnalités. La conclusion cherche d’ailleurs a gommer cette tendance en proposant d’évaluer les propositions faites dans cette partie. L’économie numérique doit effectivement être force de proposition, source d’opportunités, comme le souligne cette extrait de la première partie « rendre l’école désirable » :

à propos des MOOC et autres propositions numériques, En prouvant les mérites d’une école numérique hors les murs, les nouveaux industriels de la formation obligent les systèmes classiques à affirmer leur valeur, à renforcer leur qualité et à accélérer leurs évolutions.

Bref, il reste à renforcer cette dynamique de collaboration que veut enclencher ce rapport. Mais ce sont bien les premiers pas qui vont dans la bonne direction auxquels le Conseil National du Numérique nous convie aujourd’hui.

Alors, Chiche, on y va ? On la conçoit ensemble cette école en réseau dans son territoire ?

 
Crédit photo : Libreville  by CNE CNA C6F – licence CC-BY-ND

Une semaine pour parler recherche sur les MOOC du 6 au 11 juillet à Brest

Nous invitons chercheurs, doctorants, entreprises, startups à venir participer à une école thématique autour des MOOC et des EIAH, sous l’égide du CNRS, avec le soutien de nombreux partenaires. Cette école réunira des spécialistes internationaux qui viendront faire le point sur leurs travaux, que se soit sur les modèles pédagogiques, l’analyse et l’évaluation, les learning analytics, l’adaptation, l’expérience utilisateur … tout cela en intégrant la dimension massive qui n’est encore que trop peu traitée. Ils nous proposeront des ateliers pour montrer comment mettre en application leurs résultats, autour de l’annotation vidéo, de l’évaluation, de l’analyse de corpus de données … Le programme est encore provisoire. Nous comptons également que les participants contribuent en présentant leurs approches, au travers de posters et sous forme de pitchs. Nous prévoyons plus particulièrement des séances d’échanges avec les professionnels des entreprises et startups qui se joindront à nous.

Le tout est organisé en séminaire résidentiel sur le campus de Télécom Bretagne. Si vous comptez profiter de l’événement pour venir échanger en profondeur, inscrivez vous vite, « les places sont limitées ». Pour ceux qui ne pourront venir un relai numérique sera évidemment prévu, nous parlons de MOOC que diable (eh oui, le site d’accueil est sur la Pointe du Diable).

Beaucoup d’informations sont disponibles sur le site de l’école thématique. Pour ceux qui auraient des questions, n’hésitez pas à prendre contact.

Crédit photo : Vue aérienne du campus de Brest par Telecom Bretagne licence CC-by-sa

Les MOOC au cœur du tsunami numérique

En ce début d’avril, Emmanuel Davidenkoff nous propose un nouveau livre au titre évocateur « le tsunami numérique ». Il se fait le témoin de nombreux changements en cours, de signaux que le monde numérique investit l’éducation. Cela l’amène à nous annoncer que le passage au numérique de l’école, de l’éducation va amener à une refonte totale des systèmes de formation. Tout comme le numérique a largement bouleversé l’industrie de la musique et du cinéma, du journalisme, de l’information, l’éducation va connaître sa révolution.

Les acteurs sont tous en place et ont déjà démarré : les entreprises de la Silicon Valley qui s’intéressent de très près au sujet, les startups qui cherchent des offres de valeur en rupture, les grandes marques de la formation qui cherchent à étendre leur influence, la demande de la société qui constate que la formation n’est plus en adéquation avec les besoins du XXIème siècle, les utilisateurs (élèves, étudiants, employés, parents, professeurs) qui ne se satisfont plus de la structure actuelle, les institutions qui veulent répondre aux nouveaux besoins, être plus efficaces, et diminuer leurs coûts …

Les MOOC sont au cœur de la démonstration d’Emmanuel Davidenkoff, qui leur consacre un chapitre entier. En effet, si les MOOC sont une réponse institutionnelle à un besoin qui existe depuis longtemps (ce n’est pas de moi, mais je ne retrouve plus la source), ces nouveaux dispositifs posent bien des questions aux institutions (quels cours, quelle place dans les formations, quelles certifications … ). Mais ils débordent largement le cadre de la formation initiale et impactent nombre d’autres missions de la formation (recrutement, harmonisation, formation continue, validation des acquis de l’expérience, université ouverte ou de tous les savoirs, notamment).

Et surtout, ils sont repris, retravaillés, hackés par les entreprises, les professionnels, les amateurs, les curieux. C’est bien au delà du périmètre de la formation initiale qu’on voit aujourd’hui se presser nombre d’entreprises qui cherchent à exploiter cette nouvelle approche de la formation. Les MOOC concentrent l’intérêt de tous et constituent une vraie rupture par rapport aux publics visés, et sur l’impact pressenti dans les formations.

Emmanuel Davidenkoff se concentre sur la difficulté – l’impossibilité ? – qu’a l’institution de se réformer par elle même. Plaidoyer pour que l’innovation devienne possible dans la formation, on comprend à le lire qu’il faudrait d’abord reconstruire la confiance au sein de l’institution, tenir le débat public  et avoir une vision et un courage politique qui n’a pas encore émergé. Il n’ignore pas que la dimension pédagogique prime sur la forme numérique, et montre bien qu’il faut laisser de la liberté aux acteurs dans une démarche d’innovation continue.

Par ce choix néanmoins, il laisse de coté tout le volet de la formation tout au long de la vie qui est pourtant aussi une des grandes promesses du passage au numérique de la formation et de son ouverture. Ce qui laisse de l’espace pour d’autres livres.

Les journalistes aiment bien les faits, et Emmanuel Davidenkoff est un journaliste reconnu de la sphère éducative. Son dernier livre fourmille donc de faits, d’événements, de création de nouvelles startup dans le domaine de la formation. Et c’est à ce titre qu’il nous dresse un impressionnant panorama des « signaux faibles » qui annoncent un « tsunami numérique dans l’éducation ». Son constat est d’ores et déjà connu et partagé outre atlantique, par exemple par la présidente Diana Oblinger de l’association Educause. Mais c’est bien la première fois qu’il est rédigé en français avec force détails et implication sur notre système de formation.

Cette conviction que l’éducation va être réformée est touchée par le numérique est déjà partagée par un certain nombre d’acteurs. Certains l’ont écrit dans des chroniques sans doute trop peu lues. Mais dans certains milieux on raisonne sur cette hypothèse, comme par exemple lors de l’assemblée générale de Pasc@line durant laquelle autour d’une table ronde sur « une approche pragmatique des MOOC », nombre de directeurs d’école échangeaient sur leur conviction que leur structure allait être profondément impactée par cette transformation numérique dans les formations. 

Crédit photo : « Saint Guénolé » par Sigalou licence CC-by-nd

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