Présence hybride ou la rentrée sous le signe de l’hybridation – préparons là ensemble !

Alors que la pandémie recule dans notre pays, voire semble derrière nous pour certains, la rentrée à venir dans l’enseignement supérieur se prépare selon un scénario qui intègre la nécessité de limiter les brassages de population, le fait que tous les étudiants ne pourront pas être présents à la rentrée (les extra-européens et les personnes « à risque ») et le risque d’une seconde vague. Même si on peut dénoncer le fait que l’enseignement à distance, surtout en situation d’urgence, n’est pas de même qualité que celui en présence, le numérique et la distance auront la part belle à la rentrée. Les rencontres en présence seront très limitées (on parle de 20 % comme base de travail), elles seront donc précieuses. L’hybridation des formations est donc le mot d’ordre pour la rentrée.

De nombreuses questions se posent donc :

  • An niveau de l’organisation du cours : Comment repenser le déroulé d’un cours pour tirer le meilleur parti de ces rencontres ? Comment faire pour que ceux qui ne seront pas présents puissent malgré tout réussir ? Comment articuler présence et distance ? Comment articuler continuité et variété ?
  • Au niveau des campus : Comment préparer les espaces pour permettre de respecter les consignes sanitaires, tout en favorisant interactions, utilisation de matériel didactiques (je pense aux indispensables Travaux Pratiques) ? Comment suggérer des modalités riches ?
  • Puisque la distance sera la partie principale des enseignements : Dans quelle mesure réinvestir les bonnes pratiques proposées lors du confinement ? (voir ici ou ) Puisque le numérique est parti pour prendre une place plus importante, la question des ressources devient incontournable : Quoi développer ? Avec qui ? Quoi utiliser ?
  • Quand on parle de distance, la question se pose de l’accompagnement des étudiants, des feedbacks, des interactions, de maintenir leur motivation, mais aussi des éléments qui permettent aux étudiants d’interagir entre eux, de s’organiser, de gérer leurs stratégies d’apprentissage. Qu’est ce qui doit être fait au niveau de l’institution ? Qu’est ce qui est du ressort du cours ? Qu’est ce qui est de leur propre ressort ?
  • Si la période de confinement nous a pris de court, il est temps maintenant de s’équiper pour permettre de gérer cette distance « en situation de transition »:
    • Quels sont les espaces nécessaires aux enseignants ? Quels équipements ? Quels outils ? Comment s’organiser pour que les équipes pédagogiques fonctionnent au mieux ? Mais sans oublier la question du changement de métier de l’enseignant et donc de leur formation et de leur accompagnement nécessaire.
    • Parallèlement : ne faut-il pas reconnaître qu’être étudiant à la rentrée nécessitera de disposer d’un ordinateur (avec micro, caméra ? Logiciels spécifiques ?), d’une connexion réseau, d’un espace dédié de travail chez soi ? Faut-il compter aussi sur un smartphone ? Par reconnaître, je veux dire non seulement l’indiquer au moment de l’inscription, mais aussi permettre à chacun d’en disposer : Faut-il prévoir des aides ? Les logements étudiants sont-ils équipés/équipables ? Que prévoir pour permettre le travail hors connexion ?
  • … (à vous de compléter)

Des modèles existent qui répondent chacun à une partie de ces questions. Il faut les combiner pour proposer des solutions en vue de la rentrée. À chaque institution, à chaque équipe pédagogique de se les approprier pour préparer les futurs cours. Pour commencer la liste des modèles pertinents, voici une première liste, n’hésitez pas à la compléter :

  • Le modèle proposé par Hy-Sup permet de poser les dimensions d’un dispositif hybride, de les orchestrer et de se positionner ;
  • Le modèle des classes inversées évidemment pour repenser les déroulés et l’organisation des activités en asynchrone, synchrone, mais aussi leur ouverture.
  • Les ressources éducatives libres dont la définition est proposée par l’Unesco : « Les ressources éducatives libres (REL) sont des matériaux d’enseignement, d’apprentissage ou de recherche appartenant au domaine public ou publiés avec une licence de propriété intellectuelle permettant leur utilisation, adaptation et distribution à titre gratuit. » Ce modèle n’est pas aussi développé que ce qu’on pourrait l’espérer, peut être parce qu’on s’est d’avantage penché sur l’utilisation et la diffusion que sur la collaboration et l’adaptation. Peut être faudrait il plutôt les aborder sous l’angle des communs et du partage. C’est en tout cas un cadre riche pour repenser la pédagogie dans une perspective de collaboration, ce qui a été rappelé à l’occasion de la pandémie
  • La comodalité permet d’envisager des cours où chaque étudiant peut choisir chaque semaine de travailler en présence, ou à distance et ce de manière synchrone ou asynchrone ;
  • Concernant l’accompagnement des étudiants, la formation des adultes nous propose des cadres intéressants : présence sociale à distance, apprentissage autodirigé ou auto-régulation des apprentissages, mais aussi sentiment d’efficacité…
  • Sur l’outillage et l’équipement des étudiants, des préconisations doivent être proposées, sur le modèle du BYOD (pour Bring Your Own Device – sujet dont on parlait déjà en 2012)

Ces questions se posent évidemment sous la contrainte d’une pandémie, doublée d’un soupçon que les institutions y voient le moyen de mettre le système sous pression. Mais utiliser le numérique, c’est également une opportunité : cela permet d’envisager de diversifier les modalités dans le cours. La période de confinement a démontré qu’il était également possible d’avoir des modalités actives, même à distance, pourquoi ne pas les conserver, ou les adopter ? Mais surtout, le numérique est un formidable vecteur pour la collaboration : entre enseignants pour construire des ressources collectives, entre conseillers pédagogiques pour proposer des guides communs et adaptés aux institutions, entre chercheurs pour partager les analyses, entre étudiants pour s’entraider, collectivement pour aborder des questions nouvelles.

Puisque la collaboration, l’entraide semblent se développer pendant les périodes difficiles, vous serez peut être intéressés à rejoindre un groupe ouvert en cours de constitution qui se propose de collaborer pour produire des ressources à destination principalement des enseignants. C’est ici que cela démarre (tout profil bienvenu 🙂 ). Objectif : proposer rapidement des ressources réutilisables, adaptables pour le contexte de chacun.

PS : on pourrait également penser à quels outils pour les enseignants pour favoriser les interactions, pour accompagner, et aux outils pour les étudiants pour s’organiser, pour mieux travailler par eux même, pour mieux faire reconnaître leurs apprentissages.

Crédit photo : parcours « Organiser son cours à distance » proposé par Louvain Learning Lab de l’UCL – licence CC-by-NC-SA

Repenser la pédagogie – explorer le potentiel de la technologie numérique pour une éducation de qualité

Lecture. Le Mahatma Gandhi Institute of Education for Peace and Sustainable Development (MGIEP) nous nous propose sous le label de l’Unesco un foisonnant rapport sur le numérique et la pédagogie (Rethinking pedagogy – exploring the potential of digital technology in achieving quality education) dans le cadre de l’objectif 4.7 de développement durable, à savoir une éducation visant la paix, le développement durable et une citoyenneté globale. Je fais ici une synthèse, compacte. Chaque point mériterait un développement, ce qui est fait dans le rapport avec exemples et références, mais qui dépassent le cadre de ce résumé. De mon point de vue, au moins deux axes de lectures en sont possibles, ce qui est en ligne avec les approches de recherche sur les Environnements d’apprentissage (EIAH).

La première lecture est de considérer les conditions pour la mise en place d’une telle éducation. Tout d’abord, les auteurs rappellent la place centrale des manuels dans l’éducation, en tant qu’éléments structurants des connaissances et les évolutions de ceux-ci rendus possibles par le développement du numérique, à savoir notamment les possibilités de remixage qui permettent leur évolution, leur adaptation au contexte local et le développement d’une culture de la participation. Les auteurs se positionnent ensuite sur le débat entre pédagogie et technologie, ils insistent sur le fait que c’est la pédagogie qui doit guider les choix technologiques et non le contraire. Dans le cadre d’objectifs d’apprentissage et de vivre ensemble, la dimension sociale de l’apprentissage, de participation et de collaboration, est ici mise en avant. Le troisième message clé est l’évolution de la place de l’enseignant. Son rôle est souvent éludé lorsque l’on parle de numérique. Il est ici remis au centre, à la fois pour le bon fonctionnement de la classe et de sa pédagogie, mais aussi comme contributeur de l’évolution des ressources pédagogiques dans une logique de communauté de pratique entre enseignants.

Les recommandations du rapport concernant l’enseignant visent à faire reconnaître le caractère collectif du travail de l’enseignant dans ce cadre d’évolution des pratiques. Elles mettent en avant le besoin d’appropriation par l’enseignant des nouvelles ressources et des nouvelles pratiques pour une meilleure efficacité, donc une meilleure réussite des apprentissages. Son rôle intègre donc des aspects de conception, d’animation, de retours vers les élèves, d’analyse réflexive (avec une dimension d’utilisation des outils d’analyse de données et des tableaux de bord associés). Il est membre de groupes locaux, de communautés plus larges, et animateur du groupe élèves. Il est ainsi le garant du déploiement pertinent des technologies numériques dans une perspective de développement durable.

Les technologies numériques ne s’imposent donc pas d’elles-mêmes mais de nombreuses conditions sont ainsi évoquées tout au long de ce rapport. Et c’est un deuxième axe de lecture, à savoir la caractérisation de ce que le numérique doit offrir pour permettre le développement de pédagogies en phase avec les objectifs de développement durable. Comme premier point pour poursuivre sur la place de l’enseignant, notons la nécessité de développer une « science de l’implémentation » qui doit permettre de faire le lien entre résultats de recherche et pratique effective, sur le modèle de ce qui se fait en médecine (p. 62).

8A Affordances ModelComme second point, l’idée que les technologies numériques doivent pouvoir être adaptées au contexte local de ses usages, complétées pour intégrer l’abondance des ressources existantes, et permettre la participation des enseignants et des apprenants. Il s’agit de réconcilier contenu et pédagogie d’une part, acquisition et participation d’autre part. Les auteurs nous proposent un cadre des 8 A (pour Affordance) pour considérer les potentialités des ressources et technologies numériques : apprentissage ubiquitaire, construction active des connaissances, multi-modalité, feedback régulier, intelligence collaborative, apprentissage différencié, métacognition, accessibilité. L’analyse du numérique selon son cadre doit permettre d’identifier les potentialités des ressources numériques mises à disposition des enseignants et des apprenants.

Troisième point, les compétences à développer sont celles d’une culture de la participation, tant pour les apprenants que pour les enseignants (le modèle TPACK est repris ici pour les enseignants).

Par ailleurs, les points de l’équité et de l’inclusion sont régulièrement évoqués au long de ce rapport, tant pour les questions de langues, de diversité culturelles et sociales, en intégrant la notion de fracture numérique (digital divide). La richesse de la gestion de la connaissance en tant que communs est ainsi soulignée (pour voir ce qu’il est possible de faire en utilisant ce cadre, n’hésitez pas à lire l’excellent livre « À l’école du partage : les communs dans l’enseignement » d’Hélène Mulot et de Marion Carbillet). L’expérimentation décrite dans l’encart 4-5 p. 74 démontre qu’un accompagnement simple d’apprenants de pays en développement en les invitant à exprimer leurs attentes peut améliorer leur sentiment d’appartenance et ainsi leur persistance dans des dispositifs tels que des MOOC.

Ce rapport apporte donc une compilation de constats, d’analyses et de recommandations qui visent l’accompagnement de systèmes éducatifs permettant d’atteindre les objectifs de développement durables de l’Unesco, mais aussi de donner une direction au développement de supports numériques permettant de soutenir ce mouvement éducatif, et d’encourager un développement professionnel élargi des enseignants.

Compléments :

  1. Dans le rapport, l’étude de l’influence du système éducatif en place dans un pays influence le développement des ressources et des opportunités proposées aux enseignants. Un message clé est que ces systèmes doivent prendre en considération les éléments précisés dans cette synthèse
  2. le laboratoire EDA de Paris Descartes, qui a participé à l’écriture de ce rapport a mis en ligne une page de références utiles en français sur les manuels et les collectifs associés.

 

Crédit images : celles-ci sont extraites du rapport publié selon la licence CC-by-nc-sa

Conception participative de tableaux de bord d’apprentissage

Depuis trois ans, je participe à un projet de recherche d’observatoire autour des learning analytics. L’objectif central du projet est de capitaliser sur les différentes maillons constituant la chaîne permettant de produire des résultats utilisables. Dans le lot « tableaux de bord », nous avons à organiser la visualisation de ces résultats. Et pour cela nous avons besoin d’aller à la rencontre des utilisateurs pour construire avec eux la visualisation qui leur semble la plus pertinente. Nous avons donc développé un kit, un peu sur le modèle du Business Model Canvas, avec des cartes, pour encourager les utilisateurs à expliciter leur tableau de bord d’apprentissage rêvé.

Les learning analytics, ou comment exploiter et partager les données d’apprentissages, est pour l’instant plutôt un domaine de recherche, certes fertile, mais dont la plupart des applications restent à écrire. De multiples pistes sont explorées, pour prédire des comportements (comme l’abandon des dans les MOOC), pour rendre visible les apprentissage, pour accompagner la personnalisation …. et de nombreuses questions sont soulevées autour de l’éthique et du droit notamment. Hugues Labarthe a produit un bon rapport pour en comprendre les principaux enjeux. Les potentiels utilisateurs voient parfois un tableau de bord d’apprentissage dans un MOOC, ou sur une plateforme d’apprentissage que ce soit Moodle, la khan academy ou d’autres, mais ces tableaux restent souvent basiques, et ne permettent pas aux utilisateurs de répondre forcément à leurs besoins.

Ces utilisateurs sont d’ailleurs variés. On pense d’abord à l’enseignant ou à l’apprenant, qui n’ont déjà pas le même besoin (l’un veut accompagner ses élèves/étudiants/apprenants, l’autre veut savoir où il en est et peut être quoi faire), mais de nombreux utilisateurs potentiels existent (responsable de formation, inspecteur, ingénieur ou conseiller pédagogique, chef d’établissement, ministre …) qui ont chacun des besoins d’observation différents liés à leur domaine de décision et d’action. D’autres facteurs peuvent influer la forme que va prendre ce tableau de bord, et on s’aperçoit qu’il n’existe pas un tableau de bord qui réponde à tout, mais bien au contraire un besoin différent dans chaque cas où l’on a besoin d’un tel retour du système avec lequel on apprend.

Il faut donc bien établir avec ces différents utilisateurs les tableaux qui leur permettront d’agir. D’une part, il semble qu’on ne leur ait pas souvent posé la question, d’autre part il semble qu’ils n’aient pas trop l’habitude de dessiner de tels tableaux de bord. Des ateliers de conception sont donc des bonnes occasions à la fois de recueillir les besoins des utilisateurs et de leur permettre de s’approprier ces nouveaux outils que sont les tableaux de bord. S’ils sont participatifs, ils en seront d’autant plus dynamiques et vecteurs de solutions intéressantes.

Nous avons donc proposé un kit de conception participative de tableaux de bord d’apprentissage, qui contient :

  • un plateau pour qualifier le tableau de bord d’apprentissages ;
  • des plateaux pour dessiner l’organisation de tableaux de bord ;
  • des cartes pour accompagner la réflexion ;
  • un mode d’emploi pour animer un tel atelier.

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Pour ceux qui sont intéressé sur le comment a été construit ce kit, nous avons publié un article scientifique sur le sujet à la conférence IHM2018. Pour ceux qui voudraient l’utiliser, voire le modifier, pas de problème, c’est publié sous licence CC-by-SA. Nous sommes preneurs d’un petit mail, pour nous tenir au courant, voire pour nous envoyer des photos de vos résultats.

Les premiers utilisateurs ont été actifs et enthousiastes à un point qui nous a un peu étonné. D’autres ateliers sont en cours de préparation. Bref, une fois de plus les acteurs de l’éducation sont super actifs quand on les met en action et qu’on leur permet de s’exprimer.

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Ce petit kit semble bien fonctionner. S’il peut servir, tant mieux. S’il peut servir de base à une formation d’appropriation des learning analytics, nous serons allés plus loin que nos objectifs. En tout cas, il reste du travail, tant sur la question de fournir des tableaux de bord d’apprentissage pertinents que sur le développement et l’appropriation des usages. À suivre donc.

Sur la reconnaissance ouverte des ressources d’apprentissage 

Il n’est pas facile de trouver une bonne ressource pour répondre à un besoin d’apprentissage. Certains considèrent que c’est le rôle des institutions, des enseignants, des parents que de choisir les meilleures ressources, mais pourtant, dans tous les autres domaines de l’information, le web et les démarches collaboratives ont proposé des alternatives viables. Pourquoi rien de tel en éducation ?

Les moteurs de recherche permettent de trouver une information sur n’importe quel sujet, mais ne permettent pas de différencier les ressources qui vont être adaptées à un apprentissage. La raison est d’ailleurs sans doute que la notion d’apprentissage est elle-même plurielle et dépend du contexte qui suscite le besoin, difficile donc de donner une réponse toute faite qui convienne à tous. Mais si une approche collaborative ouverte pouvait apporter de meilleures réponses ?

Petit tour de l’existant

Même si on restreint notre recherche, par exemple sur des MOOC, comment savoir si le cours était intéressant, bien fait, inspirant, ou pas. En général, autant pour choisir un smartphone ou un PC, il est facile de trouver des avis, et de consulter les retours des utilisateurs qui sont systématiquement récoltés notamment par les sites marchands, autant il est difficile de trouver des avis sur des ressources pédagogiques. La notion de recommandation semble s’arrêter à l’entrée des sites de formation, que ce soit les plateformes de MOOC, les sites de dépôt de ressources comme les universités numériques thématiques, les sites privés, ou même les sites contributifs.

En effet, et ce sera notre premier point, les sites, institutionnels ou non, ne permettent pas aux inscrits de publier leur avis sur les cours proposés. Tout au plus, nos participants pourront remplir un questionnaire de satisfaction au terme de la formation à destination exclusive de l’équipe pédagogique, comme cela se fait classiquement dans les établissements de l’enseignement supérieur. Cela ne permet ne permet pas par exemple de comprendre pourquoi certains ont abandonné, alors que la est question fondamentale, au moins dans le cadre des MOOC. Et par ailleurs, ces données ne sont pas publiées, aucune information n’est proposée aux futurs inscrits autre que celles choisies par l’équipe pédagogique. C’est une différence de fond par rapport aux autres fournisseurs sur Internet.

Deuxième point, dans le monde de l’économie collaborative, il existe des sites comparateurs qui permettent de s’informer sur les meilleures offres. Une première analogie serait un LearningAdvisor sur le modèle de TripAdvisor (malheureusement le LearningAdvisor existant est plus une extension d’une université privée qu’un conseiller neutre) Dans le cadre de la formation, ceux-ci sont peu nombreux et limités en termes de types de ressources. Seuls les MOOC ont suscité une envie de « consommer » de la formation pour un large public, il est donc logique que les comparateurs pédagogiques se soient concentrés sur eux. Entre MOOC-list et Class-Central, seul ce dernier cherche à recueillir les avis des internautes. On a donc ici une possibilité de choix en fonction de recommandations. Par contre, quand on regarde les MOOC en français, deux aspects importants de ce genre de site apparaissent clairement.

D’une part, le nombre de MOOC recensé est très peu nombreux. Par exemple pour OpenClassrooms sur Class-Central, il n’y a que les cours proposés par Microsoft Academy qui apparaissent. Cela pose la question de comment est construite la liste des cours proposés. Cela pose pour le moins la question de choix éditorial de tels sites comparateurs. Nous ne sommes pas dans une démarche exhaustive, loin de là. En tout cas la construction de l’offre n’est pas faite selon la popularité, ni les propositions des internautes. Bref le choix initial, l’ajout n’est pas ouvert.

D’autre part, il n’y a quasiment aucun commentaire déposé. Est-ce que le monde francophone n’est pas prêt à évaluer et commenter un cours ? Ou est-ce que le site n’est pas consulté par les internautes francophones, tout simplement parce que ce site est en anglais ?

Troisième et dernière point sur l’existant, les sites existants continuent à penser que des experts sont les plus à même de proposer des bonnes ressources (Et pourtant l’histoire de Wikipedia tend à démontrer le contraire). Un premier site « J’enseigne » propose ainsi aux seuls enseignants de recommander des ressources à des collègues. Bref, l’internaute devra attendre que son professeur (s’il en a un) lui propose la « bonne » ressource. Sinon, dans une approche plus startup Kokoroe se concentre sur les « compétences de demain » des sujets nouveaux et propose des supports sélectionnées par des experts du domaine concerné. L’idée est alléchante, il y a tout de même deux limites. Le fait qu’un expert n’est pas forcément le meilleur vulgarisateur, et le fait que là encore l’internaute n’a pas son mot à dire. La production participative (crowdsourcing) ne serait donc pas possible pour la formation ?

Il est donc clair qu’il n’y a quasiment pas de retour sur les cours, ou les ressources pédagogiques en général, ni pour aider les internautes dans leurs recherches, ni pour les personnes qui ont déposé des ressources, ou alors de manière très contrôlée qui ne tire donc pas parti des dynamiques de partage liées au web. Non seulement cela limite le choix, ne permet pas d’accompagner le développement d’une auto-direction des apprenants, mais cela prive aussi les concepteurs de retours potentiels qui permettraient d’améliorer les ressources et leur organisation en dispositifs.

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Quelle solution ?

Puisque les institutions proposant des ressources d’apprentissage ne veulent pas gérer des retours ouverts des utilisateurs, puisque les sites de conseil connus ne sont pas impartials (LinkedIn nous propose déjà des cours, mais ce sont les siens…), il serait sans doute intéressant de réfléchir à d’autres alternatives. À quoi pourrait ressembler un tel service ?

Une option serait de proposer un service de partage de ressources en appui à une classer renversée. Les apprenants pourraient partager, publier les ressources qu’ils trouvent pertinentes et donner des avis sur celles des autres. En gros une bibliothèque contributive ouverte dans le cadre d’une classe.

Dans le même sens, un tel service pourrait être basé sur un système de gestion de signets (bookmarks) sur le modèle de diigo, ou de bibliographie (en recherche il existe des outils comme zotero ou bibsonomy) permettant le classement par tags. Mais ceux-ci ne semblent pas avoir gagné beaucoup de popularité. L’organisation de groupes, de communautés partageant les mêmes intérêts et promouvant des ressources externes pourrait être intéressante.

Une infrastructure intéressante de reconnaissance ouverte est celle des openbadges. Nous avons vu que la nouvelle spécification permettait une reconnaissance croisée. L’appréciation d’une ressource en la liant à un badge permettrait de compléter ce croisement, en qualifiant non seulement le porteur du badge, mais aussi les moyens qui lui ont permis de l’obtenir…

Bref, la question est posée. Comment reconnaître et partager des ressources pour apprendre ? Comment ouvrir cette opportunité, pour que chacun puisse plus facilement trouver une ressource ou un cours qui lui convienne ? Y voyez-vous un intérêt ? Avez vous des idées ?

Cela dit, j’ai sans doute raté quelque chose d’évident. Si c’est le cas, n’hésitez pas à m’en faire part.

Crédit photo : Crowdsourcing par Cambodia4kids.org licence CC-by

 

Sur des nouveaux outils pour enseigner le langage C en ligne

L’équipe des MOOC sur le langage C (MOOC le plus innovant de l’année) nous a invité à découvrir les outils qu’elle a développés pour améliorer l’apprentissage du langage C. Le principe de base est que beaucoup de choses peuvent s’exécuter depuis ou mieux dans le navigateur, en tout cas tout ce qui est nécessaire pour apprendre, pour rendre la prise en main la plus simple possible pour l’apprenant.

Trois outils complémentaires, élégants et originaux ont été intégrés, tous basés sur du logiciel libre :

  • codecast, qui permet d’enregistrer la voix et l’éditeur du prof, mais en redonnant la main à l’apprenant directement sur le code quand il le désire. C’est un vrai plus par rapport aux screencasts classiques, puisqu’il est possible de pousser le professeur et de faire à sa place. J’adore ;
  • taskgrader, qui permet d’éditer, compiler et valider du code, et donc d’évaluer l’apprenant. Cet outil permet donc à l’étudiant de faire du code et d’avoir un retour sur son code. Là encore, on donne la main à l’étudiant. C’est une technologie que l’on a déjà vu dans d’autres MOOC ou formations en ligne (codecademy, khan academy, mais donc aussi France IOI…), mais ici le compilateur C est intégré ce qui est original. Le choix est également de montrer la différence par rapport à ce qui est attendu plutôt que de laisser un environnement d’affichage libre ;
  • weblinux, permet d’avoir un environnement linux directement dans son navigateur, qui permet de développer du code C et de le tester sur un véritable système d’exploitation.

Bref, il est donc possible d’embarquer dans un navigateur un environnement de développement avec son compilateur (codecast) et sa machine cible d’exécution (weblinux), ce qui rend l’apprentissage plus simple, hors de toute contrainte liée à l’ordinateur sur lequel on apprend.

On doit ces développements à Rémi Sharrock et à l’association France IOI qui promeut l’apprentissage du code et de l’algorithmique, avec Mathias Hiron notamment.

D’un point de vue plus technique, cela a été pour moi une bonne mise à niveau. Un navigateur est bien devenu un système à part entière dans lequel il est possible de faire exécuter ce que l’on veut : un compilateur, un système d’exploitation (tournant lui même sur un émulateur de processeur OpenRisc, c’est le projet libre jor1k) comprenant les outils linux qu’on voudra y adjoindre. Les outils d’évaluation de code sont par contre plus classiquement déportés sur des serveurs cloud, mais là aussi le projet taskgrader est accessible et open source. Par contre, ce code est prévu pour tourner sur des services clouds spécifiques. Il est intégré dans les MOOC via l’interface classique LTI, classique dans ce contexte.

Le couplage d’un outil interactif et d’un enregistreur ne semble pas être très difficile à développer, mais l’idée est très séduisante pour renforcer la capacité d’interagir de l’apprenant. Nos présentateurs ne se sont pas étendus sur la chose.

Après cela vous serez prêts à utiliser un environnement intégré dans votre navigateur comme cloud9, sur lequel les outils ci-dessus se sont inspirés en intégrant des fonctionnalités pour accompagner l’apprenant. Mais si vous êtes débutant en programmation, n’hésitez pas à utiliser ces outils en vous inscrivant sur le MOOC « ABC d langage C »,  les enseignants sont des super développeurs et des super pédagogues.

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Et si on utilisait Slack en formation

2000px-slack_cmyk-svgSlack est l’outil de collaboration de la génération Twitter et Facebook, utilisée par d’innombrables équipes de startups ou simplement sur un mode agile. Il permet d’échanger facilement dans une équipe et de combiner de nombreux autres outils du web (des google docs, des hangouts, des outils de gestion de projet comme Trello, …, et tout ce qui concerne le développement en commençant par Github…). C’est le couteau suisse de la communication en équipe, d’autant qu’il est multiplate-forme et ce qui ne gâte rien, il est gratuit pour des usages limités mais largement suffisants dans un cadre éducatif.

Inutile de préciser que dans une école d’ingénieurs comme Télécom Bretagne, vous trouverez des groupes qui l’utilisent pour leur projet, des afficionados tant coté étudiants que profs, un espace dédié dans slack créé par on ne sait qui, mais ouvert à tous (de Télécom Bretagne).

Mais au delà d’un fil d’échanges dans un cours, ou de le conseiller pour un projet, la question est de savoir s’il peut servir d’outil pivot dans un cours. D’après l’article « How to use slack for teaching a large university course » la réponse est oui. L’auteur relate que les étudiants échangeaient facilement au travers de cet outil, autour des questions posées dans le cadre du cours. Bel exemple dans lequel la dynamique d’échange va beaucoup plus loin que ce qu’on trouve habituellement. Bon, évidemment il s’agit d’un cours appelé « Outils informatiques pour les Big Data », mais c’est tout de même encourageant.

Dans l’article « Is slack the new lms ? » (un LMS, c’est un environnement numérique d’apprentissage, dont Moodle est le modèle le plus connu), Mathias Elmose va plus loin en affirmant que slack est enfin une plate-forme orienté activité, alors que tous les LMS existants sont d’abord des espaces d’affichage de contenu, et il a sans doute effectivement raison.

Ce qui est intéressant, c’est que cela ressemble furieusement à ce que nous avions fait pour le MOOC ITyPA, en facilitant la mise en place d’outils et en permettant de mieux gérer l’ouverture des échanges vécue comme trop systématique dans un espace complètement ouvert (voir l’article Et si l’ouverture était un frein à l’accès ? écrit à l’époque. Slack semble un outil vraiment flexible pour mettre en place l’espace d’activités global en lien avec l’espace personnel d’apprentissage de chacun. Seul bémol, si c’en est encore un, l’interface en français n’est pas disponible, mais à la limite on pourrait sans doute le contourner.

Quelques petites choses à prévoir donc :

  • créer un espace sur slack pour initier des échanges avec des collègues qui seraient intéressés. (Cela me fait découvrir en créant slack-educ qu’il faut être invité pour entrer dans un tel espace … c’est à savoir)
  • utiliser slack comme outil principal dans un de mes cours (j’essayerai sans doute pour la prochaine saison de mon cours web et médiation culturelle) ;
  • une exploration un peu détaillée des différentes formes d’espace d’activité qu’on pourrait montrer comme base d’exemples ;
  • voir quels développements permettraient d’intégrer Slack avec les outils et environnements d’apprentissage plus classiques, par exemple en développant une interface xAPI.

Pour un peu cela me donnerait envie de refaire un MOOC dans un environnement pareil 😉 Quelqu’un a un sujet ?

Sinon, si un étudiant voudrait faire un stage sur ces idées, qu’il n’hésite pas à me contacter.

Pour complément, il y a aussi un témoignage d’utilisation de Slack comme outil de collaboration entre enseignants pour AltSchool.

Web et médiation : de la copie au polycopié collaboratif

J’interviens depuis plusieurs années dans un Master « Métiers de l’éducation et de la formation » à l’UbO dans lequel j’anime des échanges autour du Web et de la médiation culturelle et scientifique. Les échanges sont souvent intéressants, tout événement est source d’inspiration, les cours alternent entre présentations préparées par les étudiants ou par moi-même, études de cas, débats autour de supports disponibles (vidéos, diaporamas …).

D’aucuns trouvent la variété des échanges passionnante mais regrettent un manque de visibilité de la structure. La dernière séance a donc été consacrée à construire ensemble une synthèse du cours, et la conclusion m’a amené à leur demander de rédiger une synthèse en réponse à la question : Quel est l’impact du Web sur la médiation culturelle ? De quelle manière est-elle redéfinie ?” en terme d’évaluation de fin de session.

La diversité et la qualité des rédactions m’ont ravi, et m’a donné envie de construire avec eux une synthèse. Seul problème, ils sont passés à autre chose, et n’ont guère de temps à consacrer à un tel projet. Leur réponse à ma sollicitation a tout de même été en phase avec lla thématique. Ils ont en effet publié collectivement sur un blog leurs copies et libéré leurs contenus (licence CC-by-SA).

Je pourrai laisser en l’état, ou me charger de construire la synthèse. Je compte néanmoins laisser l’opportunité à ceux qui le voudront de venir me corriger, me compléter, et permettre les futurs étudiants de ce cours d’augmenter ce contenu. Reste donc à trouver un espace collaboratif pour la construction et la mise à disposition de ce contenu.

Premier réflexe, Wikilivres est a priori le site fait pour cela. Mais ce site n’a pas pris la dimension qu’il mérite, et l’édition d’un wiki n’est pas devenue une pratique courante. Cela reste malgré tout un excellent support à la publication libre et surtout collaborative.

Sinon, on parle beaucoup de Draftquest, mais c’est plus qu’un système de publication. Il intègre un accompagnement à l’écriture et ne vise pas la collaboration. C’est une belle initiative, mais qui ne convient pas ici. Il y a aussi Booktype en auto-hébergement (merci au crdp d’Amiens pour son travail de veille, ou en ligne (il y aussi booktype.pro qui semble être le même site revisité) ou Omnibook. Le résultat semble bien plus pro, mais nécessite plus d’organisation. Reste également google docs, pour démarrer « entre nous ». J’hésite encore.

En tout cas, cela m’amuse bien de réutiliser des documents initialement prévus pour évaluation finale (et lecture unique par le « prof ») pour construire un document qui aura un usage plus pérenne. Cela me renvoie à un wiki de cours que j’utilisais il y a quelques années dans une logique d’écriture collaborative. J’y ajouterai sans doute cette autre référence sur les humanités numériques vue dernièrement : les humanités numérique et l’école – parcours de lecture.

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Crédit photo : 23 novembre 2012. Les jeunes ont la parole. Dispositifs de médiation au Musée du Louvre. Par Sylvia Fredriksson licence CC-by

J’ai aussi aimé Le cabinet de curiosité de demain par La Fabulerie

 

Recense tes ressources

Dans le cadre de la préparation d’un cours se pose souvent la question de quelles références donner à ses élèves pour leur permettre d’atteindre les objectifs du cours. Si l’enseignant a toute légitimité à proposer la liste qui correspond à son discours, peut-être pourrait-on demander également aux principaux intéressés que sont les étudiants de la compléter.

En effet, on s’aperçoit que parfois nos étudiants trouvent et utilisent d’autres ressources. Il est dommage que les autres participants au cours n’en profitent pas, et que l’enseignant n’ait pas connaissance de ce que ses élèves utilisent. Cette recherche de ressources peut même faire partie de l’enseignement dans le cadre du développement des e-compétences des élèves, comme cela a été mis particulièrement en avant dans le MOOC ITyPA.

Un service qui permettrait aux étudiants de recenser ensemble leurs ressources dans le cadre d’un cours pourrait donc être utile. Si on le dimensionne au niveau global, on pourrait même avoir des bibliothèques de ressources par matières, niveaux, approches, apprécié par leurs utilisateurs.

Autre intérêt, on sait qu’il existe des portails comme les universités numériques, dont on a bien du mal à faire ressortir les meilleures ressources. Ce genre de service pourrait permettre de les faire apparaître. Cela permettrait également de reconnaître certains autres services comme Wikipédia ou le site du zéro, dont on ne se rend pas compte à quel point ils sont utilisés par les étudiants.

À quoi pourrait ressembler un tel service ? L’analogie qui me vient systématiquement à l’esprit est Diigo. L’idée serait ainsi de pouvoir facilement relever l’URL et d’y ajouter une description, et éventuellement quelques annotations sur la ressource. Cela pourrait se faire sous forme d’un petit plugin dans le navigateur sur le modèle de ceux que Diigo propose. Peut être s’agit-il simplement de proposer un plugin spécifique dans un premier temps.

Mais ce n’est pas suffisant, ou pas vraiment le cœur du service. Il faut pouvoir le relier à un cours particulier, et donner un avis sur la ressource (son utilité par rapport à l’apprentissage en cours, sa qualité ressentie, la facilité de compréhension et d’utilisation). Sur cet avis, on peut se poser la question s’il faut détailler les critères ou juste demander une note globale agrégée sous forme d’étoiles pour faciliter le retour de l’utilisateur.

Ainsi, on pourrait avoir une liste des ressources utilisées par les apprenants avec un avis pour un cours donné, et ainsi constituer une liste de ressources partagée.

Mais un tel service serait encore plus intéressant s’il permettait d’agréger les ressources venant de différents cours. Là il s’agit de construire une agrégation qui fasse sens. Elle sera sans doute dynamique et multicritère : discipline, contexte (niveau dans le cours, niveau dans le cursus, discipline principale ou annexe dans un cursus). On pourrait ainsi faire apparaître le catalogue des ressources les plus intéressantes/utilisées, pour un contexte et/ou une discipline donnés.

Différentes approches sont possibles : le cours pourrait déclarer ses propres caractéristiques pour faciliter la saisie des apprenants dans un cours, ceux-ci pourraient proposer leurs propres tags correspondant à ces aspects, avec des suggestions pour contribuer à la classification, une autre approche pour rendre l’indexation plus simple et efficace serait qu’il existe une taxonomie dans l’outil dont l’évolution serait alors contrôlée.

Il faudra également intégrer l’obsolescence, peut être en valorisant les ressources récemment appréciées, sur le modèle du @diigohot que l’on trouve sur twitter.

Voilà un premier jet. Qu’en pensez vous ? À vous de proposer des améliorations, des suggestions, des cas d’usage… Nous avons fait un petit brainstorming dans le cadre d’un TD dans le master HST, TIC et médiations en sciences.

Ce sujet a été proposé comme projet de développement à nos élèves de Télécom Bretagne. Un petit groupe pourra le choisir. On peut donc espérer voir un prototype à l’été. Vos suggestions pourront donc être intégrées dans leurs réflexions.

Ah j’oubliais le plus important ! Quel nom conviendrait à un tel service ?

  • RTR ?
  • RyR pour Rate your Ressource ?

Crédit photo : Fête de la Moisson par DaffyDuke – licence CC-by-nc-sa et tableau blanc pris par l’auteur du blog – licence CC-by.

À chacun son modèle économique

Pour beaucoup, le numérique c’est d’abord une question d’économie. Pour pouvoir être innovant, il faut pouvoir vivre de son innovation. La question de définir un modèle économique viable est alors stratégique. C’est pourquoi j’ai beaucoup aprécié les 2 présentations auxquelles j’ai assisté à l’Open Coffee à Brest le 19 septembre dernier.

Peter Keates a été très convaincant sur comment construire un modèle économique innovant et l’outil business model canvas qui permet d’explorer les différentes options pour un service à construire.

Certainement un outil à exploiter dans les startup week-ends et dans les incubateurs.

Le témoignage de Michel Nizon (Edulang, Morlaix) était une parfaite illustration d’un modèle économique innovant pour une petite entreprise bretonne, qui en faisant preuve de courage, puisqu’elle a complètement changé son modèle économique, peut aborder le marché mondial. Les deux éléments que j’ai retenu : faire appel à la communauté (ici des profs de langue) pour faire sa publicité, et proposer un modèle de paiement avec ticket minimal, pouvant être augmenté au choix de l’acheteur. Modèle non viable en France, mais qui est possible dès qu’on ouvre au-delà de la France, il fallait l’oser depuis Morlaix, et ça semble marcher.

Ce qui m’interpelle à chaque fois que l’on parle de ces modèles économiques, c’est que ces choix modifient complètement l’architecture technique. Deux leçons donc, les ingénieurs doivent intégrer ces contraintes pour proposer des solutions performantes, et ils doivent intégrer la nécessité de proposer des solutions qui pourront s’adapter à des changements de modèles.

Merci à l’AFEIT et au Technopôle Brest-Iroise d’organiser ces rencontres enrichissantes, qui permettent de nous croiser entre acteurs du web d’horizons variés.

 

Crédit photo : Mobile Monday Amsterdam Business Model Canvas par marcfonteijn – licence CC-by-nc-sa

Opportunité pour la motivation et pour la formation tout au long de la vie : les badges ouverts

Jusqu’à présent, on pouvait gagner des badges dans un jeu, sur un site précis, pour le fun ou pour la gagne. Et puis, si on voulait faire quelque chose d’équivalent ailleurs, il ne nous restait plus qu’à recommencer.

Moins facile à obtenir, un diplôme ou un certificat, donne droit à un document unique, dont il est difficile (voire impossible) d’obtenir une copie. Pour pouvoir démarrer, il est nécessaire de passer par une évaluation des diplômes précédents. Pour obtenir des crédits dans une autre université, il est nécessaire de faire valider son parcours par son université d’origine.

Ensuite, la validation des connaissances ultérieures s’avère compliquée, et la formation tout au long de la vie (FTLV) pourtant affirmée comme indispensable dans le cadre d’un rallongement des carrières, passe souvent par un processus complexe.

Aucun rapport entre tout cela ? Et pourtant, il s’agit bien de valider par un organisme extérieur l’acquisition de connaissances, voire de compétences et de pouvoir les valoriser auprès de tiers pour continuer Son parcours propre (et librement choisi).

Pour faciliter cette construction, pour permettre à chaque institution, à chaque site de proposer des badges (cela recouvre aussi bien un passage de niveau dans un jeu, qu’un niveau d’acquisition de connaissances sur un site didactique, qu’une UV ou un diplôme dans une université prestigieuse), la fondation Mozilla propose Open Badges, une infrastructure complète, ouverte et décentralisée permettant aux institutions et aux sites de délivrer des badges et de les valider, aux personnes de les accumuler, et de les afficher.

On voit bien l’intérêt pour permettre aux personnes de se construire des courses au trésor de badges, facteur de motivation reconnu auprès des jeunes. L’aspect ludique, validation d’acquisition avec des retours tangibles est une option intéressante pour outiller l’évaluation formative et la ludifier. En tout cas dans le domaine de l’apprentissage de la programmations cela marche, avec 500 000 inscrits en un mois à la Codacademy. C’est un facteur de motivation étonnant pour nos jeunes.

De manière plus professionnelle pour permettre de développer ses compétences tout au long de la vie, l’idée est également séduisante. Une telle infrastructure doit permettre à chacun de valoriser des parcours plus personnels, et de les justifier auprès d’employeurs potentiels. Cela devrait permettre à terme d’ouvrir les curriculums pour plus de flexibilité, de faciliter les équivalences internationales, et de permettre de valider simplement les acquis.

On peut également imaginer des sites de validation et de certification indépendants. Smarterer en est un prototype, en permettant des valider des connaissances d’outils du Web qui peuvent intéresser des entreprises (en tout cas, c’est leur discours: « show what you know »). La question de la reconnaissance sera centrale, dès les effets de mode et d’essai passés.

J’avoue que l’idée de mélanger médailles de jeu, et diplômes dans le même pot commun m’a fait tout drôle et en suivant les différents liens sur les OpenBadges, j’ai parfois eu l’impression de tomber sur des jeux (sérieux;-) ) pour gamins. Mais après tout pourquoi pas, le Web regorge de systèmes où l’on trouve de tout, les croisements permettant d’ouvrir de nouvelles opportunités.

Bien entendu, cela n’empêchera pas de construire des portfolios, pour valoriser des expériences plus personnelles, et professionnelles, tout en mettant de l’humain dans le système.

Si vous êtes tentés, il est d’ores et déjà possible de délivrer des badges (voir : Open Badges: Want to Make Your Own Badges by Hand? Here’s How). Les pin’s numériques vont ils devenir à la mode ? Quand on voit le succès des twibbons affichés pour toute sorte de cause, on peut le penser. Surtout si ces insignes font sens.

Un vraie opportunité pour soutenir la motivation, une solution ouverte pour la certification tout au long de la vie, un moyen pour les institutions de se faire reconnaître. Une bonne solution technologique qui peut devenir une cause à soutenir.

Crédits photos :

Techlaration badge par Lucius Kwok – licence CC-by-sa

Badges & pins par david roessli – licence CC-by-nc-sa

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