Conception participative de tableaux de bord d’apprentissage

Depuis trois ans, je participe à un projet de recherche d’observatoire autour des learning analytics. L’objectif central du projet est de capitaliser sur les différentes maillons constituant la chaîne permettant de produire des résultats utilisables. Dans le lot « tableaux de bord », nous avons à organiser la visualisation de ces résultats. Et pour cela nous avons besoin d’aller à la rencontre des utilisateurs pour construire avec eux la visualisation qui leur semble la plus pertinente. Nous avons donc développé un kit, un peu sur le modèle du Business Model Canvas, avec des cartes, pour encourager les utilisateurs à expliciter leur tableau de bord d’apprentissage rêvé.

Les learning analytics, ou comment exploiter et partager les données d’apprentissages, est pour l’instant plutôt un domaine de recherche, certes fertile, mais dont la plupart des applications restent à écrire. De multiples pistes sont explorées, pour prédire des comportements (comme l’abandon des dans les MOOC), pour rendre visible les apprentissage, pour accompagner la personnalisation …. et de nombreuses questions sont soulevées autour de l’éthique et du droit notamment. Hugues Labarthe a produit un bon rapport pour en comprendre les principaux enjeux. Les potentiels utilisateurs voient parfois un tableau de bord d’apprentissage dans un MOOC, ou sur une plateforme d’apprentissage que ce soit Moodle, la khan academy ou d’autres, mais ces tableaux restent souvent basiques, et ne permettent pas aux utilisateurs de répondre forcément à leurs besoins.

Ces utilisateurs sont d’ailleurs variés. On pense d’abord à l’enseignant ou à l’apprenant, qui n’ont déjà pas le même besoin (l’un veut accompagner ses élèves/étudiants/apprenants, l’autre veut savoir où il en est et peut être quoi faire), mais de nombreux utilisateurs potentiels existent (responsable de formation, inspecteur, ingénieur ou conseiller pédagogique, chef d’établissement, ministre …) qui ont chacun des besoins d’observation différents liés à leur domaine de décision et d’action. D’autres facteurs peuvent influer la forme que va prendre ce tableau de bord, et on s’aperçoit qu’il n’existe pas un tableau de bord qui réponde à tout, mais bien au contraire un besoin différent dans chaque cas où l’on a besoin d’un tel retour du système avec lequel on apprend.

Il faut donc bien établir avec ces différents utilisateurs les tableaux qui leur permettront d’agir. D’une part, il semble qu’on ne leur ait pas souvent posé la question, d’autre part il semble qu’ils n’aient pas trop l’habitude de dessiner de tels tableaux de bord. Des ateliers de conception sont donc des bonnes occasions à la fois de recueillir les besoins des utilisateurs et de leur permettre de s’approprier ces nouveaux outils que sont les tableaux de bord. S’ils sont participatifs, ils en seront d’autant plus dynamiques et vecteurs de solutions intéressantes.

Nous avons donc proposé un kit de conception participative de tableaux de bord d’apprentissage, qui contient :

  • un plateau pour qualifier le tableau de bord d’apprentissages ;
  • des plateaux pour dessiner l’organisation de tableaux de bord ;
  • des cartes pour accompagner la réflexion ;
  • un mode d’emploi pour animer un tel atelier.

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Pour ceux qui sont intéressé sur le comment a été construit ce kit, nous avons publié un article scientifique sur le sujet à la conférence IHM2018. Pour ceux qui voudraient l’utiliser, voire le modifier, pas de problème, c’est publié sous licence CC-by-SA. Nous sommes preneurs d’un petit mail, pour nous tenir au courant, voire pour nous envoyer des photos de vos résultats.

Les premiers utilisateurs ont été actifs et enthousiastes à un point qui nous a un peu étonné. D’autres ateliers sont en cours de préparation. Bref, une fois de plus les acteurs de l’éducation sont super actifs quand on les met en action et qu’on leur permet de s’exprimer.

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Ce petit kit semble bien fonctionner. S’il peut servir, tant mieux. S’il peut servir de base à une formation d’appropriation des learning analytics, nous serons allés plus loin que nos objectifs. En tout cas, il reste du travail, tant sur la question de fournir des tableaux de bord d’apprentissage pertinents que sur le développement et l’appropriation des usages. À suivre donc.

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Sur la reconnaissance ouverte des ressources d’apprentissage 

Il n’est pas facile de trouver une bonne ressource pour répondre à un besoin d’apprentissage. Certains considèrent que c’est le rôle des institutions, des enseignants, des parents que de choisir les meilleures ressources, mais pourtant, dans tous les autres domaines de l’information, le web et les démarches collaboratives ont proposé des alternatives viables. Pourquoi rien de tel en éducation ?

Les moteurs de recherche permettent de trouver une information sur n’importe quel sujet, mais ne permettent pas de différencier les ressources qui vont être adaptées à un apprentissage. La raison est d’ailleurs sans doute que la notion d’apprentissage est elle-même plurielle et dépend du contexte qui suscite le besoin, difficile donc de donner une réponse toute faite qui convienne à tous. Mais si une approche collaborative ouverte pouvait apporter de meilleures réponses ?

Petit tour de l’existant

Même si on restreint notre recherche, par exemple sur des MOOC, comment savoir si le cours était intéressant, bien fait, inspirant, ou pas. En général, autant pour choisir un smartphone ou un PC, il est facile de trouver des avis, et de consulter les retours des utilisateurs qui sont systématiquement récoltés notamment par les sites marchands, autant il est difficile de trouver des avis sur des ressources pédagogiques. La notion de recommandation semble s’arrêter à l’entrée des sites de formation, que ce soit les plateformes de MOOC, les sites de dépôt de ressources comme les universités numériques thématiques, les sites privés, ou même les sites contributifs.

En effet, et ce sera notre premier point, les sites, institutionnels ou non, ne permettent pas aux inscrits de publier leur avis sur les cours proposés. Tout au plus, nos participants pourront remplir un questionnaire de satisfaction au terme de la formation à destination exclusive de l’équipe pédagogique, comme cela se fait classiquement dans les établissements de l’enseignement supérieur. Cela ne permet ne permet pas par exemple de comprendre pourquoi certains ont abandonné, alors que la est question fondamentale, au moins dans le cadre des MOOC. Et par ailleurs, ces données ne sont pas publiées, aucune information n’est proposée aux futurs inscrits autre que celles choisies par l’équipe pédagogique. C’est une différence de fond par rapport aux autres fournisseurs sur Internet.

Deuxième point, dans le monde de l’économie collaborative, il existe des sites comparateurs qui permettent de s’informer sur les meilleures offres. Une première analogie serait un LearningAdvisor sur le modèle de TripAdvisor (malheureusement le LearningAdvisor existant est plus une extension d’une université privée qu’un conseiller neutre) Dans le cadre de la formation, ceux-ci sont peu nombreux et limités en termes de types de ressources. Seuls les MOOC ont suscité une envie de « consommer » de la formation pour un large public, il est donc logique que les comparateurs pédagogiques se soient concentrés sur eux. Entre MOOC-list et Class-Central, seul ce dernier cherche à recueillir les avis des internautes. On a donc ici une possibilité de choix en fonction de recommandations. Par contre, quand on regarde les MOOC en français, deux aspects importants de ce genre de site apparaissent clairement.

D’une part, le nombre de MOOC recensé est très peu nombreux. Par exemple pour OpenClassrooms sur Class-Central, il n’y a que les cours proposés par Microsoft Academy qui apparaissent. Cela pose la question de comment est construite la liste des cours proposés. Cela pose pour le moins la question de choix éditorial de tels sites comparateurs. Nous ne sommes pas dans une démarche exhaustive, loin de là. En tout cas la construction de l’offre n’est pas faite selon la popularité, ni les propositions des internautes. Bref le choix initial, l’ajout n’est pas ouvert.

D’autre part, il n’y a quasiment aucun commentaire déposé. Est-ce que le monde francophone n’est pas prêt à évaluer et commenter un cours ? Ou est-ce que le site n’est pas consulté par les internautes francophones, tout simplement parce que ce site est en anglais ?

Troisième et dernière point sur l’existant, les sites existants continuent à penser que des experts sont les plus à même de proposer des bonnes ressources (Et pourtant l’histoire de Wikipedia tend à démontrer le contraire). Un premier site « J’enseigne » propose ainsi aux seuls enseignants de recommander des ressources à des collègues. Bref, l’internaute devra attendre que son professeur (s’il en a un) lui propose la « bonne » ressource. Sinon, dans une approche plus startup Kokoroe se concentre sur les « compétences de demain » des sujets nouveaux et propose des supports sélectionnées par des experts du domaine concerné. L’idée est alléchante, il y a tout de même deux limites. Le fait qu’un expert n’est pas forcément le meilleur vulgarisateur, et le fait que là encore l’internaute n’a pas son mot à dire. La production participative (crowdsourcing) ne serait donc pas possible pour la formation ?

Il est donc clair qu’il n’y a quasiment pas de retour sur les cours, ou les ressources pédagogiques en général, ni pour aider les internautes dans leurs recherches, ni pour les personnes qui ont déposé des ressources, ou alors de manière très contrôlée qui ne tire donc pas parti des dynamiques de partage liées au web. Non seulement cela limite le choix, ne permet pas d’accompagner le développement d’une auto-direction des apprenants, mais cela prive aussi les concepteurs de retours potentiels qui permettraient d’améliorer les ressources et leur organisation en dispositifs.

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Quelle solution ?

Puisque les institutions proposant des ressources d’apprentissage ne veulent pas gérer des retours ouverts des utilisateurs, puisque les sites de conseil connus ne sont pas impartials (LinkedIn nous propose déjà des cours, mais ce sont les siens…), il serait sans doute intéressant de réfléchir à d’autres alternatives. À quoi pourrait ressembler un tel service ?

Une option serait de proposer un service de partage de ressources en appui à une classer renversée. Les apprenants pourraient partager, publier les ressources qu’ils trouvent pertinentes et donner des avis sur celles des autres. En gros une bibliothèque contributive ouverte dans le cadre d’une classe.

Dans le même sens, un tel service pourrait être basé sur un système de gestion de signets (bookmarks) sur le modèle de diigo, ou de bibliographie (en recherche il existe des outils comme zotero ou bibsonomy) permettant le classement par tags. Mais ceux-ci ne semblent pas avoir gagné beaucoup de popularité. L’organisation de groupes, de communautés partageant les mêmes intérêts et promouvant des ressources externes pourrait être intéressante.

Une infrastructure intéressante de reconnaissance ouverte est celle des openbadges. Nous avons vu que la nouvelle spécification permettait une reconnaissance croisée. L’appréciation d’une ressource en la liant à un badge permettrait de compléter ce croisement, en qualifiant non seulement le porteur du badge, mais aussi les moyens qui lui ont permis de l’obtenir…

Bref, la question est posée. Comment reconnaître et partager des ressources pour apprendre ? Comment ouvrir cette opportunité, pour que chacun puisse plus facilement trouver une ressource ou un cours qui lui convienne ? Y voyez-vous un intérêt ? Avez vous des idées ?

Cela dit, j’ai sans doute raté quelque chose d’évident. Si c’est le cas, n’hésitez pas à m’en faire part.

Crédit photo : Crowdsourcing par Cambodia4kids.org licence CC-by

 

Sur des nouveaux outils pour enseigner le langage C en ligne

L’équipe des MOOC sur le langage C (MOOC le plus innovant de l’année) nous a invité à découvrir les outils qu’elle a développés pour améliorer l’apprentissage du langage C. Le principe de base est que beaucoup de choses peuvent s’exécuter depuis ou mieux dans le navigateur, en tout cas tout ce qui est nécessaire pour apprendre, pour rendre la prise en main la plus simple possible pour l’apprenant.

Trois outils complémentaires, élégants et originaux ont été intégrés, tous basés sur du logiciel libre :

  • codecast, qui permet d’enregistrer la voix et l’éditeur du prof, mais en redonnant la main à l’apprenant directement sur le code quand il le désire. C’est un vrai plus par rapport aux screencasts classiques, puisqu’il est possible de pousser le professeur et de faire à sa place. J’adore ;
  • taskgrader, qui permet d’éditer, compiler et valider du code, et donc d’évaluer l’apprenant. Cet outil permet donc à l’étudiant de faire du code et d’avoir un retour sur son code. Là encore, on donne la main à l’étudiant. C’est une technologie que l’on a déjà vu dans d’autres MOOC ou formations en ligne (codecademy, khan academy, mais donc aussi France IOI…), mais ici le compilateur C est intégré ce qui est original. Le choix est également de montrer la différence par rapport à ce qui est attendu plutôt que de laisser un environnement d’affichage libre ;
  • weblinux, permet d’avoir un environnement linux directement dans son navigateur, qui permet de développer du code C et de le tester sur un véritable système d’exploitation.

Bref, il est donc possible d’embarquer dans un navigateur un environnement de développement avec son compilateur (codecast) et sa machine cible d’exécution (weblinux), ce qui rend l’apprentissage plus simple, hors de toute contrainte liée à l’ordinateur sur lequel on apprend.

On doit ces développements à Rémi Sharrock et à l’association France IOI qui promeut l’apprentissage du code et de l’algorithmique, avec Mathias Hiron notamment.

D’un point de vue plus technique, cela a été pour moi une bonne mise à niveau. Un navigateur est bien devenu un système à part entière dans lequel il est possible de faire exécuter ce que l’on veut : un compilateur, un système d’exploitation (tournant lui même sur un émulateur de processeur OpenRisc, c’est le projet libre jor1k) comprenant les outils linux qu’on voudra y adjoindre. Les outils d’évaluation de code sont par contre plus classiquement déportés sur des serveurs cloud, mais là aussi le projet taskgrader est accessible et open source. Par contre, ce code est prévu pour tourner sur des services clouds spécifiques. Il est intégré dans les MOOC via l’interface classique LTI, classique dans ce contexte.

Le couplage d’un outil interactif et d’un enregistreur ne semble pas être très difficile à développer, mais l’idée est très séduisante pour renforcer la capacité d’interagir de l’apprenant. Nos présentateurs ne se sont pas étendus sur la chose.

Après cela vous serez prêts à utiliser un environnement intégré dans votre navigateur comme cloud9, sur lequel les outils ci-dessus se sont inspirés en intégrant des fonctionnalités pour accompagner l’apprenant. Mais si vous êtes débutant en programmation, n’hésitez pas à utiliser ces outils en vous inscrivant sur le MOOC « ABC d langage C »,  les enseignants sont des super développeurs et des super pédagogues.

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Et si on utilisait Slack en formation

2000px-slack_cmyk-svgSlack est l’outil de collaboration de la génération Twitter et Facebook, utilisée par d’innombrables équipes de startups ou simplement sur un mode agile. Il permet d’échanger facilement dans une équipe et de combiner de nombreux autres outils du web (des google docs, des hangouts, des outils de gestion de projet comme Trello, …, et tout ce qui concerne le développement en commençant par Github…). C’est le couteau suisse de la communication en équipe, d’autant qu’il est multiplate-forme et ce qui ne gâte rien, il est gratuit pour des usages limités mais largement suffisants dans un cadre éducatif.

Inutile de préciser que dans une école d’ingénieurs comme Télécom Bretagne, vous trouverez des groupes qui l’utilisent pour leur projet, des afficionados tant coté étudiants que profs, un espace dédié dans slack créé par on ne sait qui, mais ouvert à tous (de Télécom Bretagne).

Mais au delà d’un fil d’échanges dans un cours, ou de le conseiller pour un projet, la question est de savoir s’il peut servir d’outil pivot dans un cours. D’après l’article « How to use slack for teaching a large university course » la réponse est oui. L’auteur relate que les étudiants échangeaient facilement au travers de cet outil, autour des questions posées dans le cadre du cours. Bel exemple dans lequel la dynamique d’échange va beaucoup plus loin que ce qu’on trouve habituellement. Bon, évidemment il s’agit d’un cours appelé « Outils informatiques pour les Big Data », mais c’est tout de même encourageant.

Dans l’article « Is slack the new lms ? » (un LMS, c’est un environnement numérique d’apprentissage, dont Moodle est le modèle le plus connu), Mathias Elmose va plus loin en affirmant que slack est enfin une plate-forme orienté activité, alors que tous les LMS existants sont d’abord des espaces d’affichage de contenu, et il a sans doute effectivement raison.

Ce qui est intéressant, c’est que cela ressemble furieusement à ce que nous avions fait pour le MOOC ITyPA, en facilitant la mise en place d’outils et en permettant de mieux gérer l’ouverture des échanges vécue comme trop systématique dans un espace complètement ouvert (voir l’article Et si l’ouverture était un frein à l’accès ? écrit à l’époque. Slack semble un outil vraiment flexible pour mettre en place l’espace d’activités global en lien avec l’espace personnel d’apprentissage de chacun. Seul bémol, si c’en est encore un, l’interface en français n’est pas disponible, mais à la limite on pourrait sans doute le contourner.

Quelques petites choses à prévoir donc :

  • créer un espace sur slack pour initier des échanges avec des collègues qui seraient intéressés. (Cela me fait découvrir en créant slack-educ qu’il faut être invité pour entrer dans un tel espace … c’est à savoir)
  • utiliser slack comme outil principal dans un de mes cours (j’essayerai sans doute pour la prochaine saison de mon cours web et médiation culturelle) ;
  • une exploration un peu détaillée des différentes formes d’espace d’activité qu’on pourrait montrer comme base d’exemples ;
  • voir quels développements permettraient d’intégrer Slack avec les outils et environnements d’apprentissage plus classiques, par exemple en développant une interface xAPI.

Pour un peu cela me donnerait envie de refaire un MOOC dans un environnement pareil 😉 Quelqu’un a un sujet ?

Sinon, si un étudiant voudrait faire un stage sur ces idées, qu’il n’hésite pas à me contacter.

Pour complément, il y a aussi un témoignage d’utilisation de Slack comme outil de collaboration entre enseignants pour AltSchool.

Web et médiation : de la copie au polycopié collaboratif

J’interviens depuis plusieurs années dans un Master « Métiers de l’éducation et de la formation » à l’UbO dans lequel j’anime des échanges autour du Web et de la médiation culturelle et scientifique. Les échanges sont souvent intéressants, tout événement est source d’inspiration, les cours alternent entre présentations préparées par les étudiants ou par moi-même, études de cas, débats autour de supports disponibles (vidéos, diaporamas …).

D’aucuns trouvent la variété des échanges passionnante mais regrettent un manque de visibilité de la structure. La dernière séance a donc été consacrée à construire ensemble une synthèse du cours, et la conclusion m’a amené à leur demander de rédiger une synthèse en réponse à la question : Quel est l’impact du Web sur la médiation culturelle ? De quelle manière est-elle redéfinie ?” en terme d’évaluation de fin de session.

La diversité et la qualité des rédactions m’ont ravi, et m’a donné envie de construire avec eux une synthèse. Seul problème, ils sont passés à autre chose, et n’ont guère de temps à consacrer à un tel projet. Leur réponse à ma sollicitation a tout de même été en phase avec lla thématique. Ils ont en effet publié collectivement sur un blog leurs copies et libéré leurs contenus (licence CC-by-SA).

Je pourrai laisser en l’état, ou me charger de construire la synthèse. Je compte néanmoins laisser l’opportunité à ceux qui le voudront de venir me corriger, me compléter, et permettre les futurs étudiants de ce cours d’augmenter ce contenu. Reste donc à trouver un espace collaboratif pour la construction et la mise à disposition de ce contenu.

Premier réflexe, Wikilivres est a priori le site fait pour cela. Mais ce site n’a pas pris la dimension qu’il mérite, et l’édition d’un wiki n’est pas devenue une pratique courante. Cela reste malgré tout un excellent support à la publication libre et surtout collaborative.

Sinon, on parle beaucoup de Draftquest, mais c’est plus qu’un système de publication. Il intègre un accompagnement à l’écriture et ne vise pas la collaboration. C’est une belle initiative, mais qui ne convient pas ici. Il y a aussi Booktype en auto-hébergement (merci au crdp d’Amiens pour son travail de veille, ou en ligne (il y aussi booktype.pro qui semble être le même site revisité) ou Omnibook. Le résultat semble bien plus pro, mais nécessite plus d’organisation. Reste également google docs, pour démarrer « entre nous ». J’hésite encore.

En tout cas, cela m’amuse bien de réutiliser des documents initialement prévus pour évaluation finale (et lecture unique par le « prof ») pour construire un document qui aura un usage plus pérenne. Cela me renvoie à un wiki de cours que j’utilisais il y a quelques années dans une logique d’écriture collaborative. J’y ajouterai sans doute cette autre référence sur les humanités numériques vue dernièrement : les humanités numérique et l’école – parcours de lecture.

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Crédit photo : 23 novembre 2012. Les jeunes ont la parole. Dispositifs de médiation au Musée du Louvre. Par Sylvia Fredriksson licence CC-by

J’ai aussi aimé Le cabinet de curiosité de demain par La Fabulerie

 

Recense tes ressources

Dans le cadre de la préparation d’un cours se pose souvent la question de quelles références donner à ses élèves pour leur permettre d’atteindre les objectifs du cours. Si l’enseignant a toute légitimité à proposer la liste qui correspond à son discours, peut-être pourrait-on demander également aux principaux intéressés que sont les étudiants de la compléter.

En effet, on s’aperçoit que parfois nos étudiants trouvent et utilisent d’autres ressources. Il est dommage que les autres participants au cours n’en profitent pas, et que l’enseignant n’ait pas connaissance de ce que ses élèves utilisent. Cette recherche de ressources peut même faire partie de l’enseignement dans le cadre du développement des e-compétences des élèves, comme cela a été mis particulièrement en avant dans le MOOC ITyPA.

Un service qui permettrait aux étudiants de recenser ensemble leurs ressources dans le cadre d’un cours pourrait donc être utile. Si on le dimensionne au niveau global, on pourrait même avoir des bibliothèques de ressources par matières, niveaux, approches, apprécié par leurs utilisateurs.

Autre intérêt, on sait qu’il existe des portails comme les universités numériques, dont on a bien du mal à faire ressortir les meilleures ressources. Ce genre de service pourrait permettre de les faire apparaître. Cela permettrait également de reconnaître certains autres services comme Wikipédia ou le site du zéro, dont on ne se rend pas compte à quel point ils sont utilisés par les étudiants.

À quoi pourrait ressembler un tel service ? L’analogie qui me vient systématiquement à l’esprit est Diigo. L’idée serait ainsi de pouvoir facilement relever l’URL et d’y ajouter une description, et éventuellement quelques annotations sur la ressource. Cela pourrait se faire sous forme d’un petit plugin dans le navigateur sur le modèle de ceux que Diigo propose. Peut être s’agit-il simplement de proposer un plugin spécifique dans un premier temps.

Mais ce n’est pas suffisant, ou pas vraiment le cœur du service. Il faut pouvoir le relier à un cours particulier, et donner un avis sur la ressource (son utilité par rapport à l’apprentissage en cours, sa qualité ressentie, la facilité de compréhension et d’utilisation). Sur cet avis, on peut se poser la question s’il faut détailler les critères ou juste demander une note globale agrégée sous forme d’étoiles pour faciliter le retour de l’utilisateur.

Ainsi, on pourrait avoir une liste des ressources utilisées par les apprenants avec un avis pour un cours donné, et ainsi constituer une liste de ressources partagée.

Mais un tel service serait encore plus intéressant s’il permettait d’agréger les ressources venant de différents cours. Là il s’agit de construire une agrégation qui fasse sens. Elle sera sans doute dynamique et multicritère : discipline, contexte (niveau dans le cours, niveau dans le cursus, discipline principale ou annexe dans un cursus). On pourrait ainsi faire apparaître le catalogue des ressources les plus intéressantes/utilisées, pour un contexte et/ou une discipline donnés.

Différentes approches sont possibles : le cours pourrait déclarer ses propres caractéristiques pour faciliter la saisie des apprenants dans un cours, ceux-ci pourraient proposer leurs propres tags correspondant à ces aspects, avec des suggestions pour contribuer à la classification, une autre approche pour rendre l’indexation plus simple et efficace serait qu’il existe une taxonomie dans l’outil dont l’évolution serait alors contrôlée.

Il faudra également intégrer l’obsolescence, peut être en valorisant les ressources récemment appréciées, sur le modèle du @diigohot que l’on trouve sur twitter.

Voilà un premier jet. Qu’en pensez vous ? À vous de proposer des améliorations, des suggestions, des cas d’usage… Nous avons fait un petit brainstorming dans le cadre d’un TD dans le master HST, TIC et médiations en sciences.

Ce sujet a été proposé comme projet de développement à nos élèves de Télécom Bretagne. Un petit groupe pourra le choisir. On peut donc espérer voir un prototype à l’été. Vos suggestions pourront donc être intégrées dans leurs réflexions.

Ah j’oubliais le plus important ! Quel nom conviendrait à un tel service ?

  • RTR ?
  • RyR pour Rate your Ressource ?

Crédit photo : Fête de la Moisson par DaffyDuke – licence CC-by-nc-sa et tableau blanc pris par l’auteur du blog – licence CC-by.

À chacun son modèle économique

Pour beaucoup, le numérique c’est d’abord une question d’économie. Pour pouvoir être innovant, il faut pouvoir vivre de son innovation. La question de définir un modèle économique viable est alors stratégique. C’est pourquoi j’ai beaucoup aprécié les 2 présentations auxquelles j’ai assisté à l’Open Coffee à Brest le 19 septembre dernier.

Peter Keates a été très convaincant sur comment construire un modèle économique innovant et l’outil business model canvas qui permet d’explorer les différentes options pour un service à construire.

Certainement un outil à exploiter dans les startup week-ends et dans les incubateurs.

Le témoignage de Michel Nizon (Edulang, Morlaix) était une parfaite illustration d’un modèle économique innovant pour une petite entreprise bretonne, qui en faisant preuve de courage, puisqu’elle a complètement changé son modèle économique, peut aborder le marché mondial. Les deux éléments que j’ai retenu : faire appel à la communauté (ici des profs de langue) pour faire sa publicité, et proposer un modèle de paiement avec ticket minimal, pouvant être augmenté au choix de l’acheteur. Modèle non viable en France, mais qui est possible dès qu’on ouvre au-delà de la France, il fallait l’oser depuis Morlaix, et ça semble marcher.

Ce qui m’interpelle à chaque fois que l’on parle de ces modèles économiques, c’est que ces choix modifient complètement l’architecture technique. Deux leçons donc, les ingénieurs doivent intégrer ces contraintes pour proposer des solutions performantes, et ils doivent intégrer la nécessité de proposer des solutions qui pourront s’adapter à des changements de modèles.

Merci à l’AFEIT et au Technopôle Brest-Iroise d’organiser ces rencontres enrichissantes, qui permettent de nous croiser entre acteurs du web d’horizons variés.

 

Crédit photo : Mobile Monday Amsterdam Business Model Canvas par marcfonteijn – licence CC-by-nc-sa

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