Quelques clés pour la transition de l’école

Transition, le terme est à la mode, il est utilisé pour décrire les transformations en cours induits par la prise en compte des impacts écologiques, le développement de nouveaux modes énergétiques, les nouveaux modes organisationnels, le numérique. Toute la société est en transition. Et l’école est donc évidemment en transition. Elle intègre de nouvelles pratiques, apprend à jongler avec le numérique, et doit préparer le citoyens de demain à un monde en transitions. Je vous propose ici quelques points de synthèse issus de nombreux échanges durant le forum des usages coopératifs 2016.

Une école au cœur d’un écosystème

Autour de l’école, les acteurs sont nombreux : les services d’appui comme Canope, les associations de médiation culturelle et numériques, les politiques (mairie, conseil général, ministère de la culture …) et j’en oublie. Et bien sûr les enseignants et les parents.

De nouvelles écoles se créent aujourd’hui, souvent pour explorer de nouvelles formes de médiation, comme l’école 42 ou Simplon. Ces écoles cherchent à trouver leur place dans l’écosystème, tout en cultivant leur différence. La question centrale est ici la reconnaissance des compétences acquises, de leur certification.

Tous ne se connaissent pas, certains ont l’impression de ne pas avoir leur place (on a pas mal échangé autour des parents : ceux qui n’osent pas retourner à l’école tout en attendant beaucoup d’elle, ceux qui au contraire sont tellement présents qu’ils en sont insupportables, ceux qui trouvent que les conseils de classe sont des espaces de non-discussion, ceux qui ne répondent pas aux convocations). Mais le besoin d’interagir avec les autres acteurs est bien présent.

Et là où la rencontre a lieu, localement, où un projet est mis en place en respectant chacun, les choses se font bel et bien. De nombreux acteurs en témoignent. Pour les élèves, les changements de cadre, de dimension de groupes, de croisements avec d’autres personnes (autres niveaux, acteurs, mais aussi personnes que les élèves vont pouvoir aider) sont des moments d’épanouissement d’autant plus riches s’ils font le pont entre l’école et son environnement.

Mais on sent bien qu’il faut pour cela qu’il n’y ait pas de prise de pouvoir par l’une des parties. Bref, la culture de la coopération reste à mettre en place, à affirmer, à développer.

Un besoin de s’exprimer autour des freins

De l’amertume parfois, une impression de ne pouvoir avancer face à des murs, les témoignages viennent des tripes, tant il est vrai que certains ont une impression d’impuissance et enragent.

Parmi les éléments qui ressortent, la question des moyens est partagée par tout le monde. L’évaluation (la note, le classement) est largement décriée, et si certains veulent rappeler que les approches par compétences visent à faire disparaître ces sanctions, ils ne peuvent nier que les examens (« Le Bac, point de blocage majeur ! ») bloquent le mouvement.

Les programmes surchargés, s’ils pourraient être intéressants pour cadrer les acquisitions, sont souvent une chape de plomb, en bridant l’initiative, en limitant les possibles.

Des jeunes qui changent

L’intervention en plénière de Laurène Castor était un témoignage vécu de ces changements, qui ont été confirmés dans les discussions qui ont suivi. Ceux-ci disposent d’espaces d’expression. Ils ont besoin de sens. Ils n’hésitent pas à être critiques (Vincent Ribaud racontait cette anecdote que ses étudiants en master discutaient ses énoncés de problème). Bref, la question est comme toujours de les comprendre pour mieux tirer parti de leur énergie pour leur permettre d’avancer, d’apprendre.

Le texte récent de Yves Citton « l’éducation de l’attention à l’âge numérique ubiquitaire » va dans le même sens.

Le monde change et continuera à changer

Difficile pour les participants d’exprimer comment prendre en compte le monde de demain. Les participants ne semblaient pas se sentir concernés par ces questions. Il reste que créativité, apprentissage par projet, apprentissage du code, apprendre à apprendre, sont des éléments intégrés dans les discours, mais dont on a du mal à voir la place dans le faits.

En tout état de cause, il faudra être prêt à affronter l’inconnu, et pour cela la description des jeunes que l’on nous fait semble être la meilleure des réponses, aidons les à devenir eux-même. La vidéo TED d’Emilie Wapnick vous fera comprendre le type de profils qu’il va nous falloir apprendre à reconnaître.

Des valeurs à réaffirmer

Dans les discussions, les questions d’ouverture, de collaboration, de respect (mutuel), d’inclusion, de citoyenneté ont été constamment réaffirmés. Ces valeurs sont de l’avis des présents indispensables pour que le monde de demain soit vivable. Si j’adhère complètement à ces valeurs, je me demande parfois si elles sont globalement partagées dans notre société. La réponse est sans doute encore dans l’action et le partage pour pouvoir leur donner corps.

Imaginer un futur désirable

Pour pouvoir s’extraire de la chape qui semble s’emparer de beaucoup d’entre nous, il est nécessaire de se projeter, d’avoir un but qui nous permette d’avancer. Il faut penser des transitions « favorables ». C’est le pari que nous proposent nombre d’acteurs.

La Fing mène un travail appelé FuturEduc pour imaginer l’École pour tous à l’ère numérique. Et si vous voulez prendre les cartes en main, elle a également développé un jeu des transitions pour animer des ateliers de brainstorming. Vous trouverez notamment un exemple pour l’école dans leur cahier des transitions.

Autre moyen d’échanger sur ces futurs, les forums ouverts. Le labschool network nous invite à participer à de tels forums le 26 novembre prochain dans toute la France (Paris, Brest, …), thème : Quelles transitions dans l’éducation pour faire société ?

Un participant a également fait une proposition qui a donné envie à de nombreux participant : Remixer l’école. Le remix est un événement qui croise des publics variés dans l’idée de recréer les espaces (voir biblioremix ou museomix pour se faire une idée). On y reviendra sans doute. Si ça vous tente, n’hésitez pas c’est une superbe idée à mettre en place.

Donner à voir les pratiques

Les enseignants ont entendu beaucoup de discours sur la nécessité de changement, mais ont besoin de se projeter dans leur quotidien. Pour cela, les témoignages de ceux qui font des petites ou grandes choses dans leur « classe » sont indispensables, parce qu’ils sont incarnés, parce qu’on voit comment le faire chez soi, parce que cela rassure. Et plus ces témoignages viendront de contextes différents, plus nous aurons des éléments pour revoir nos pratiques, et plus nous trouverons quelqu’un de proche, par l’approche ou par la discipline.

Là aussi les valeurs du partage, de l’exemple sont indispensables pour permettre d’avancer (et de passer du prescrit au vécu). Dans le secondaire, des associations comme Sésamaths, les Clionautes, Weblettres, ou des sites comme le café pédagogique permettent en partie ces relais, mais méritent plus de visibilité et de reconnaissance. L’université d’été Ludovia est également un lieu de rencontre remarquable la dernière semaine d’août. Dans le supérieur, un site comme innovation-pédagogique ou des journées de rencontres permettent également d’initier ces dynamiques.

Pour ceux qui seraient allés voir un film comme Demain, rappelez vous des visionnaires vous proposent un futur motivant et des acteurs de terrain vous expliquent comment ils agissent au quotidien. C’est bien aux deux niveaux qu’il convient d’agir.

S’engager pour des expériences vivantes

Que nous disent les enseignants qui nous inspirent ? Qu’ils vont vers leurs élèves/étudiants, et qu’ils veulent partager leur passion. Ils créent des situations de rencontre qui permettent de construire ensemble, dans lesquelles exigence rime avec respect. Ils créent de l’empathie pour susciter de l’appétence qui pourra être transformée en compétence. Créativité, coopération, espace d’échange respectant les valeurs des enseignants ET des apprenants, sont des constantes.

Cela ne se décrète pas. Ces témoignages démontrent souvent que l’erreur fait partie de l’apprentissage, que l’imitation, l’adaptation permettent d’avancer, mais surtout que son engagement peut créer de la dynamique avec les apprenants. En synthèse, que l’appétit vient en marchant, pour peu qu’on le veuille et qu’on soit au clair sur ce qui est vraiment important.

Lors des forums précédents, nous avions aussi vu qu’il était plus facile d’avancer quand on peut échanger. Le numérique permet cela tant pour les élèves, que pour les profs. Le « vrai Web » est plein d’exemples et de personnes avec qui échanger.

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Crédit Image : Les nouveaux apprenants et la transition éducative par Julie Boiveau, licence CC-by-nc

 

PS : je n’ai pas remis ici l’ensemble des débats, autour de la formation des enseignants notamment aux démarches projets, l’éducation aux médias, les études importantes de chercheurs, …. Je n’ai pas cité à nouveau tous les intervenants, si vous êtes un peu curieux, n’hésitez pas à consulter les notes prises pendant les échanges.

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Une session/débat sur l’École en transition au forum des usages coopératifs

« École en transition » ! Cet important sujet nous réunira pendant 3 matinées du 5 au 7 juillet 2016 à Brest au forum des usages coopératifs. Nous y parlerons de tout ce qui se fait dans, autour et à coté de l’école pour vivre ces transitions qui transforment notre société.

Je viens de reprendre l’organisation et l’animation de cette « session », un peu au débotté, mais avec plaisir finalement, et surtout plein d’envies :

  • J’ai envie de faire le point avec les participants des actions de chacun qui font sens pour vivre cette transition aux travers de leurs témoignages. Ce sera notre travail commun principal lors de la première matinée.
  • Nous (je dis nous car c’est un souhait partagé par les intervenants du deuxième jour) avons envie de comprendre ce que chacun projette quand on parle de transition de l’école, de comment nous pensons ces transitions dans le cadre de l’école, et comment préparer à ces transitions. Bref de comprendre de quoi on parle quand on parle de transition à l’école.
  • Et puisque le numérique est un vecteur du changement, je compte sur les intervenants de la dernière séance pour nous proposer des actions en cours ou à venir pour évoquer des pistes d’actions, sur lesquelles les participants pourront réagir et qu’ils seront invités à enrichir.

Ainsi la session éducation nous permettra bien de décliner la thématique du forum :

Transition numérique, transition énergétique et écologique, transition numérique, économie collaborative, école en transition, industrie 4.0 c’est toute la société qui se cherche un à venir entre un ancien qui ne fonctionne plus et un futur incertain parsemé de dangers. …

Vous l’avez compris, le terme école du slogan est à comprendre au sens le plus large, et intègre toutes les dimensions de l’éducation. Notre ambition est bien d’éclairer le débat en mettant en avant ce qui va dans le sens d’une école/éducation souhaitable, plus ouverte, plus inclusive et respectueuse de la personne, à même de donner les outils pour aborder les grands enjeux des transitions.

Pour rappel, ce sera pour la session éducation, la quatrième session.

Cette année, nous revisiterons donc ces sujets à la lumière de ces transitions qui impactent tous nos repères et à laquelle l’éducation doit répondre en lien avec la société.

Si vous voulez contribuer à construire cette vision, vous pouvez proposer un témoignage, une contribution, un point de vue sur le site du forum. Vous pouvez m’envoyer un message. Mais surtout vous êtes invité à venir débattre pendant le forum. On compte sur vous !

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Crédit photo : L’escalade du chateau d’eau _ Clement Murin par Marc Blieux licence CC-by-nc-nd

Quand les bretons se rencontrent pour parler MOOC

Vendredi 5 juin se dérouleront les 5èmes rencontres bretonnes des TICE et du elearning, dont la thématique est « MOOC retours d’expérience ». Le panel des intervenants couvre un beau panorama des acteurs français des MOOC, avec des universitaires, des startups et entreprises du elearning, des entreprises utilisatrices, des bretons… Et il sera possible de participer aussi bien sur place à Rennes qu’en ligne puisqu’une classe virtuelle sera mise en place. Bref, pas d’excuse pour ne pas s’y inscrire.

Pour ma part j’y présenterai comment nous intégrons des MOOC à Télécom Bretagne (sujet que j’ai publié pour le colloque de pédagogie QPES qui aura lieu du 18 au 20 juin à Brest), et quelques aspects de recherche qui m’intéressent actuellement : MOOC de concertation, analyse de données d’apprentissage (projet Hubble), MOOC et aspects sociaux, parcours d’apprentissage collaboratifs. On s’y retrouve ?

Spécial @tkoscielniak: Il semble que l’esprit breton gagne certains intervenants.

FlotRisCo et Ecotourisme, des MOOC qui éclairent les questions territoriales

Le MOOC FlotRisCo présente les résultats de travaux scientifiques au service de la gestion des risques côtiers, permet de comprendre, voir de mettre en œuvre une politique de gestion de ces risques côtiers. C’est une question centrale pour les habitants et tous les services du littoral.

Le MOOC Ecotourisme, nous permet quant à lui d’aborder une problématique de développement des territoires

l’Université de Bretagne Occidentale et l’université de Sousse, au travers des équipes qui ont développé ces MOOC démontrent ainsi une proximité avec les questions territoriales, ou plus généralement de société, bref une belle ouverture d’esprit. On est bien loin ici d’universités enfermées dans leurs tours d’ivoire.

Il se trouve que j’ai pu travailler avec un certain nombre d’acteurs de ces deux MOOC, et dans tous les cas j’ai été passionné par la profondeur de leurs questionnements tant pédagogiques, que scientifiques et sociétaux. Dans les deux cas, ces MOOC se sont construits avec un collectif nombreux de partenaires. Si cela a clairement été plus difficile pour développer le cours, et la valorisation des travaux de chacun, il semble que c’était indispensable pour aborder ces problématiques qui sont systémiques et ne peuvent se réduire à un simple exposé didactique.

Ainsi le mouvement des MOOC permet aux enseignants-chercheurs d’aller à la rencontre des publics concernés par leurs travaux et d’échanger pour mieux avancer. Il y a d’ailleurs toujours une dimension forte d’activités collaboratives dans leur conception. Avec le MOOC @ddict (un « MOOC collaboratif sur nos usages du numérique ») proposé il y a quelques mois par l’université de Nantes, nous avons ici un courant de cours d’un genre nouveau qui cherche à se développer entre cours pour étudiants et formation professionnelle, qui cherche un autre mode d’élargissement de la formation tout au long de la vie au service du citoyen.

Si vous aimez les bords de mer, ou un tourisme authentique, n’hésitez par à vous inscrire à ces 2 MOOC, vous y découvrirez comment gérer ces aspects, et peut être y développerez vous une vocation.

L’écotourisme : Imaginons-le ensemble

FlotRisCo : les sociétés littorales face aux risques côtiers

Crédit photo : Tempête par -Philippe- licence CC-by-nc-nd

Un MOOCamp pour l’école des communs au Forum des usages coopératifs

Comme mise en bouche pour le Forum des usages coopératifs, nous vous proposons de venir imaginer et scénariser les premiers MOOC autour d’une école des communs le 1er juillet à Brest.

C’est quoi un MOOCamp ?

Tous faiseurs de MOOC : Proposer, imaginer, scénariser des nouveaux MOOC en une journée, c’est l’objet du MOOCamp Day. Sur le modèle des barcamp et autres journées d’innovation, dans lesquelles tous les présents participent, le déroulement de la journée suit un schéma efficace : présentation de sujets de MOOC proposés par des participants et vote par l’assistance, puis ateliers de brainstorming et de construction impliquant tous les participants. La formule a été proposée par SenseSchool qui partage sa méthodologie, et c’est une excellente manière de transformer l’éducation.

La formule MOOCamp a déjà été jouée deux fois avec succès dans le cadre de l’initiative France Université Numérique. Il est donc temps de lui proposer d’autres horizons. Le cadre du Forum des usages coopératifs est naturel pour un telle ouverture, avec son motto « la coopération en action ». Ce Off constituera donc une excellente introduction à la session « L’école contributive » !

Pourquoi l’école des communs ?

Cette formule d’école des communs reprend les valeurs du forum. Autour des biens communs, il y a la notion d’éducation, de partage de valeurs et de savoirs bien de la contribution. Pour imaginer des formations citoyennes, pour proposer des formations accessibles à tous portées par des collectifs, le MOOC, Cours Ouvert à Tous en ligne et Massif est une option qui semble porteuse dans la droite ligne d’une initiative comme l’Université Pair à Pair (P2PU).

Vous cherchez un exemple ? Le MOOC sur les Ressources Éducatives Libres proposé au printemps est d’une certaine manière fondateur. Vous cherchez des thématiques ? Le programme du Forum en regorge. À titre d’inspiration, je vous propose également un point de vue de Christine Vaufrey : Les MOOC d’équipe débarquent ! N’hésitez par à venir partager votre passion et proposer votre sujet, quel qu’il soit, l’école des communs est ouverte.

Un tout petit peu d’organisation.

Vous êtes intéressé ?Vous comptez venir ? Proposer un sujet à explorer ensemble ? Vous pouvez vous inscrire sur ce formulaire en ligne, ou amender la page wiki du MOOCamp.

La journée aura un déroulement classique : rendez-vous 14:00 – proposition de sujets et vote – travail en ateliers de brainstorming puis de consolidation – en fin de journée : présentation, vote et acclamation des sujets travaillés dans la journée – avant de rejoindre l’apéro coopératif de nos régions proposé dans le cadre du forum des usages, et de découvrir le programme de la soirée.

 

Crédit photo : T Shirt clicc par Sylvain Naudin – licence CC-by-sa

Tous faiseurs de MOOC – mon second MOOCamp Day

Tous faiseurs de MOOC : Proposer, imaginer, scénariser des nouveaux MOOC en une journée, c’est l’objet du MOOCamp Day. Sur le modèle des barcamp et autres journées d’innovation, dans lesquelles tous les présents participent, le déroulement de la journée suit un schéma efficace : présentation de sujets de MOOC proposés par des participants et vote par l’assistance, puis ateliers de brainstorming et de construction impliquant tous les participants avec des animateurs formés par SenseSchool. Plus le public est varié, mieux c’est.

Après le succès de la journée du 11 janvier à Paris, la seconde journée se déroulait ce 14 juin en 7 lieux entre Brest, Lyon, Montpellier, Nany, Paris, Toulouse et Tunis. À Brest, nous étions accueillis par l’UBO, avec l’appui de l’UeB, de FUN et l’animation de Télécom Bretagne.

Si un appel était lancé en amont, il était évidemment possible de proposer son sujet sur place. Ainsi c’est bien parce que j’ai asticoté un petit groupe d’étudiants présents que l‘un d’entre eux nous a proposé un sujet « 1 MOOC pour sauver 1 vie » qui a suscité l’adhésion de la salle ! C’était donc le sujet surprise et c’est tout à fait dans l’esprit de ces journées « Camp ».

Il ne s’agit pas de choisir institutionnellement un sujet qui sera forcément pérenne, mais bien de faire ressortir l’originalité, d’apprendre ensemble, de s’imprégner de nouvelles tendances, éventuellement de servir d’accélérateur aux sujets retenus. Certains collègues enseignants-chercheurs avaient un peu de mal avec le caractère informel des choix tant au démarrage qu’à la fin de journée quant suite aux votes, c’est ce sujet « 1 MOOC pour sauver 1 vie » qui a encore recueilli le plus de suffrages. La question était alors de savoir quel était l’engagement de l’institution, alors qu’il s’agit à ce stade d’un simple coup de cœur, une manière de saluer l’impertinence, le travail réalisé dans la journée et la nature du sujet.

Il s’agit bien d’une approche informelle dont le porteur peut retirer des bénéfices (l’expérience, les idées proposées, un début de reconnaissance) mais qui n’engage pas l’institution à ce stade. C’est également le cas pour le MOOC du jury («Valoriser, entreprendre pour innover »). Là encore le choix du jury est souverain, valorise le résultat de la journée, l’intérêt du sujet, l’image véhiculée et n’engage pas un soutien à terme (quoique dans ce cas là, il est certain que l’institution porte un intérêt pour le sujet).

Deux autres sujets ont été animés durant cette journée à Brest. Le premier, « Cuisinez comme un chef », devenu COOKMOOC en fin de journée a suscité plein d’idées intéressantes concernant les activités possibles, mais a souffert d’un crash à la présentation finale qui n’a pas permis de bien percevoir toutes les innovations embarquées. Gageons que le sujet sera poursuivi par sa porteuse Sophie Briand qui nous a apporté ce sujet pour le Centre Culinaire Contemporain et les Cercles Culinaires de France . Il semble d’ailleurs que la thématique était présentée dans plusieurs villes. Espérons que le fait d’avoir été tous présentés au MOOCamp permettra des rapprochements. Le second « La terre, une planète en mouvement » a permis de tirer parti d’un senior récemment en retraite qui a permis de valoriser son expérience.

En passant, joli titre sur le Télégramme pour relater cet événement : « Dans le mic-mac de la fabrique des MOOC »

 

Cette journée a été particulièrement riche pour les enseignants et autres ingénieurs pédagogiques qui découvraient la dynamique de ces démarches d’innovation, de concassage, de dynamiques de communautés qui permettent de visiter autrement la manière de concevoir un cours, et qui donnent après quelques heures un résultat prometteur et dans tous les cas très différents de ce que produirait une équipe pédagogique classique. Le grand mérite de ces journées est bien de permettre d’ouvrir la porte à des pratiques nouvelles porteuses d’ouverture, et d’aborder de manière simple des concepts parfois mal jugés comme la notion de public visé, de compétences ou de scénario pédagogique.

Mérite augmenté par le fait que ces journées étaient effectivement nationales. Et cela se sentait bien sur les réseaux sociaux, que ce soit facebook ou twitter. Cela faisait particulièrement plaisir de voir que les acteurs de la pédagogie et du numérique étaient nombreux à échanger, et de les retrouver à se faire signe de site en site. Ce coté Intervilles était lui aussi assez festif. À l’arrivée, cela fait tout de même 30 sujets explorés, autant que le nombre de MOOC actuels sur FUN-MOOC, c’est pas rien !

Bref, une journée qui ouvre l’enseignement supérieur à la société civile, et c’est une excellente chose. Une journée qui fait avancer la pédagogie et le numérique au sein de l’enseignement supérieur, et c’est une grande nouvelle 🙂

 

Crédit photo : les images ont extraites du fil de tweets de @bay_nay, alias Bénédicte Donal.

Moi je MOOC, et vous ?

Le MOOC en 4 lettres

MOOC est donc un acronyme anglais (« Massive Open Online Course ») qui a fait la une de nombreux journaux. Sa traduction en français CLOM, pour Cours en Ligne Ouvert et Massif, n’est pas forcément beaucoup plus explicite. Détaillons quelque peu.

Il s’agit donc d’un Cours, au sens universitaire, avec un début, une fin, une équipe d’enseignants qui accompagne les étudiants, une acquisition de connaissances et des activités qui permettent d’appliquer ces nouvelles connaissances.

Ce cours est en Ligne et Ouvert, ce qui signifie que n’importe quel internaute intéressé peut s’inscrire, et devenir plutôt qu’un étudiant, un participant à ce cours.

L’attribut Massif est ainsi une conséquence de cette ouverture, puisque, si la communication et le bouche à oreille fonctionnent bien, plusieurs milliers, voire dizaines ou centaines de milliers d’internautes peuvent s’y inscrire. Mais au delà des chiffres, c’est bien une expérience nouvelle qui est proposée aux participants des MOOC. Tout comme le caractère Massif de certains jeux en ligne (comme le célèbre World of Warcraft) permet de nouveaux comportements des joueurs, comme l’entraide, l’émulation, la constitution d’équipes, voire de guildes. Tout comme les réseaux sociaux ont révolutionné les prises de contact, les relations entre personnes et aussi la manière de recommander l’information, donc la connaissance. Cette dimension sociale de l’apprentissage permet bien de développer une entraide qui permet à certains d’apprendre mieux en aidant leurs pairs, en questionnant de manière plus libre, ou de résoudre ensemble une énigme (pardon, je voulais dire un exercice, un problème, un projet) qui permettra à chacun de progresser dans ses apprentissages.

Rien ne change, et tout change

Rien ne change, puisqu’il s’agit d’un cours en ligne, ce qui se fait depuis des années, avec souvent des enregistrements vidéos d’enseignants qui transmettent un savoir. Rien ne change parce que des contenus ouverts existent sur de nombreux sites. Rien ne change car la réussite du cours donne droit à une attestation ou un certificat.

Et tout change, parce que l’internaute s’est inscrit par curiosité, et ne s’accrochera que si l’expérience a du sens pour lui. Parce qu’il pourra échanger avec ses pairs et s’appuyer sur une large communauté pour construire ses connaissances, et peut être aller plus loin que ce qui était proposé au départ. Parce que moins d’un tiers des participants viennent pour cette validation. Parce que le contenu sera comparé à ses équivalents sur le web, tant sur le fond (une erreur dans un cours est vite détectée et peut ainsi être corrigée), que sur la forme. Pour les vidéos, les standard actuels sont donc la Khan Academy, pour sa concision, TED pour son ambiance et la passion, et les MOOC nord-américains …

Les premiers MOOC et l’informatique

C’est par un cours d’informatique que l’acronyme MOOC a pris de l’importance. En octobre 2011, Sebastian Thrun et Peter Norvig annoncent que leur cours d’intelligence artificielle à Stanford sera ouvert à tous. En quelques semaines 160 000 internautes se sont inscrits à ce cours. C’est le départ d’un mouvement qui a été rejoint par des millions d’apprenants sur les différents portails de MOOC à travers le monde. De même le premier MOOC de l’EPFL a été sur le langage Scala par son concepteur Martin Odersky.

Sebastian Thrun a créé dans la foulé une startup Udacity, pour proposer des cours en ligne en partenariat avec des experts issus de l’industrie de la Silicon Valley. Autres acteurs de l’ouverture des cours, Andrew Ng et Daphne Koller ont eu aussi créé une plateforme Coursera qui accueille des centaines de cours de plus de cent universités différentes du monde entier, qui représentent la moitié de l’offre étiquetée MOOC à travers le monde.

Derrière ces créations, il y a une ambition, celle de diffuser les connaissances dans le monde entier, mais aussi un objectif, celui de mieux comprendre comment les gens apprennent, en développant l’analyse des données d’apprentissage avec des approches issues des big data et de l’apprentissage automatique. Ce domaine de recherche connaît ainsi un fort développement. Le Cnrs, en partenariat avec l’Institut Mines-Télécom propose d’ailleurs une école thématique sur le sujet début juillet à destination des chercheurs en informatique.

Trouver son MOOC

Très rapidement, des enseignants de toutes les disciplines ont proposé des MOOC, de tous niveaux. Et le catalogue s’étoffe tous les jours, dans toutes les langues, et sur des plate-formes toujours plus nombreuses. Même si Coursera reste la plus impressionnante, de nombreuses alternatives existent : comme edX, qui est gérée par une fondation d’universités et d’autres partenaires, avec le MIT et Harvard en tête, comme Future Learn d’origine anglaise, qui nous propose des cours de haute facture et avec une approche très sociale, ou Iversity qui est la grande plate-forme privée européenne, qui a sélectionné ses premiers cours en organisant un concours où les internautes pouvaient choisir leur cours, sans oublier la plateforme FUN proposée par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche dans le cadre de son agenda stratégique France Université Numérique qui accueille des MOOC de nombreux établissements français. On pourrait citer de nombreux autres acteurs nationaux, ou des outsiders qui cherchent à se positionner sur le créneau. Le portail MOOC list en dénombre plus de quarante à travers le monde.

Quand une offre se diversifie, l’écosystème voit éclore des portails pour guider l’internaute dans ses choix. Outre MOOC list, citons Mooctivity qui offre des fonctionnalités sociales, et MOOC Francophone qui s’est spécialisé dans les cours en français. La communauté européenne propose également un tel point d’entrée en faisant la promotion de la production européenne au travers du site Open Education Europa.

Apprendre en ligne

Évidemment, le MOOC n’est pas la seule manière d’apprendre en ligne. Nombreux sont ceux qui ont pris l’habitude de travailler sur des ressources variées. Khan Academy vous propose de vous accompagner de votre première addition jusqu’à l’université. Les informaticiens vont chercher des réponses à leurs questions techniques sur des sites comme stackoverflow. Codecademy vous propose d’apprendre à programmer de manière interactive par vous même. Les cours en ligne disponibles sur OpenClassrooms sont connus de tous les professionnels, étudiants et lycéens de France, pour l’informatique, mais aussi de plus en plus en sciences. De plus ces sites sont contributifs, chacun peut proposer du contenu qui sera reversé à la communauté, selon des modalités spécifiques.

Un site comme OpenClassrooms a pourtant fait le choix de proposer des MOOC en plus de ses ressources, pour plus de dynamique et de visibilité. Si l’on parle si souvent de MOOC, c’est qu’ils constituent une réponse à ce besoin d’apprendre en ligne, proposés par le monde universitaire, portés par de grandes institutions, et donc bénéficiant de la réputation des universités. Les MOOC sont plébiscités car ils proposent un cadre connu, ce sont des un cours, un événement avec un début, une fin, un objectif et surtout une équipe d’enseignants, qui donne un cadre à la communauté. C’est donc un accélérateur pour faire évoluer la formation vers le monde numérique.

La forme n’est néanmoins pas figée. Les formes de MOOC sont variées et vont continuer d’évoluer.

Le terme MOOC nous vient d’ailleurs d’un cours de 2008 sur une nouvelle manière d’apprendre en ligne, appelée connectivisme, qui soutient qu’apprendre l’ère de l’abondance des ressources sur le Web est un processus de création basées sur son propre parcours construit sur des connexions entre des nœuds qui peuvent aussi bien être des ressources, des expériences, ou des personnes. L’apprentissage est alors un phénomène émergent. Cette vision de l’apprentissage est en phase avec les modèles de systèmes complexes et les phénomènes d’auto-organisation ou auto-apprentissage observés par des scientifiques de l’éducation comme Sugata Mitra.

Si il est ainsi prouvé que de tels autres modes d’apprentissage sont possibles, nombre de MOOC cherchent à apporter leurs propres spécificités, qui l’évaluation entre pairs, qui l’utilisation du smartphone comme outil de mesure, qui l’organisation de rencontres dans des tiers lieux comme les fablabs … L’enjeu est bien ici de renouveler l’enseignement, chacun apportant sa pierre à l’édifice d’une connaissance ouverte.

Créer son MOOC

Chacun pourra en effet créer son propre cours. C’est la promesse que nous fait mooc.org, site porté par edX et Google, mais qui reste encore à réaliser. En attendant, choisissez votre thématique, cherchez ce qui existe déjà dans le domaine, identifiez votre public, mettez vous à sa place, proposez lui une expérience enrichissante comme le font tous les sites web. Vous pouvez vous inscrire au MOOC de votre choix pour voir comment les autres ont fait, au MOOC « Monter son MOOC de A à Z » sur FUN, à lire les retours d’expérience de ceux qui en ont suivi ou fait un sur mooc.fr, voire à y contribuer…

Ensuite, c’est un travail d’enseignant connecté qui vous attend. Vous chercherez sans doute à constituer une équipe. Vous choisirez votre option d’hébergement. Vous préparerez en groupe votre cours, son déroulement, vous développerez ses ressources, dont sans doute des vidéos, au moins un teaser pour présenter votre sujet, des questions de compréhension, des exercices, des activités de groupe, des projets. Et le jour du démarrage du cours, vous serez là pour lancer un message de bienvenue, pour voir les premiers échanges, pour animer une séance de questions réponses, pour corriger les erreurs vite détectées par les participants, pour susciter les échanges, pour participer.

Tous étudiants, tous professeurs

À l’heure où le numérique permet une ouverture nouvelle dans l’accès à la formation, certains voient dans les MOOC l’annonce d’une standardisation des formations. C’est ignorer que le renouvellement des savoirs croit de manière exponentielle. La faute au web !

La formation restera donc dynamique pour suivre les évolutions et contribuer à sa structuration. C’est bien en s’inscrivant dans cette dynamique qu’il faut imaginer l’apprentissage. Le MOOC constitue une réponse actuelle à ce besoin de formation, dans un environnement web qui nous a habitué à innover sans cesse, et à nous proposer d’être tous contributeurs. Tout comme dans l’industrie du cinéma, il y aura des grands studios, de nombreuses productions, du cinéma d’auteur, et de multiples productions plus ou moins amateur, parfois géniales, et un renouvellement incessant.

L’homme est un animal social. L’appétence pour les échanges entre pairs montrent bien que l’on apprend en enseignant. Et pour rester pertinent en tant qu’enseignant, on n’arrête jamais d’apprendre, donc de contribuer.

Note : cet article a été initialement rédigé pour être publié sur le blog binaire de la SIF

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