Fac en poche – État des lieux du mobile-learning à l’université

C’était le thème des dernières journées numériques de l’université de Paris-Descartes. Qu’en retenir ? N’ayant pu assister qu’à la première journée, le point de vue sera sans doute partiel, mais j’espère éclairant.

Il faut d’abord rappeler que concernant les mobiles, c’est quelque part la première fois qu’une technologie numérique s’invite chez quasiment tous les étudiants avant que l’institution ne s’en préoccupe. Cet objet est d’abord privé pour communiquer dans ses réseaux, avant que d’être un vecteur d’apprentissage. Et de fait, ce sont les services informatiques et TICE qui semblent s’en préoccuper avant les enseignants. Avec une contrainte nouvelle pour eux : accepter un parc (pré)existant.

Et pourtant, François Guité nous a montré que ces équipements s’intégraient dans la révolution numérique qui change notre rapport au savoir, et qui permet d’encourager la diversité des approches au travers de modes pédagogiques différents. De plus, le mobile encourage les apprentissages informels.

Quelles sont les éléments apportés dans ces journées ?

  • La proposition de services étendant les services administratifs et d’accueil dans les universités : les bons plans, les menus des restaurants universitaires, les salles de cours … bref la mise à disposition dans les mobiles du système d’information administratif de l’université. Utile, créant du lien, mais qui ne peut être considéré comme un élément d’apprentissage ;
  • la mise en ligne de podcasts, i.e étendre l’accès aux supports de cours a mobilisé beaucoup de services universitaires tant cette option paraissait intéressante. La présentation « Vers un Moodle Mobile » en était un exemple. Nicolas Roland semble pourtant moins positif sur leur accès sur des équipements « vraiment » mobiles, constatant que leur accès reste majoritairement sur ordinateur (certes portables).

Dans ces 2 premiers cas, on est dans la remise en forme de données. Passons à une dimension plus usages pédagogiques :

  • l’iPad semble être l’archétype du terminal pour enseignant. Permettant d’assurer une projection confortable, un meilleur contact avec les étudiants et proposant tous les services nécessaires pour gérer son cours, ses ressources, ses copies … C’est ce que Jean Debaecker a cherché à nous convaincre. Ce qui correspond clairement aux retours de plusieurs collègues qui ont fait le pas ;
  • Le Cape des Mines de Nantes nous a présenté notamment « Parlez vous chinois ? » qui est une app sympathique pour découvrir le chinois. Initialement développée comme support de cours, elle est maintenant disponible sur l’App store d’Apple. À la fois prouesse technique et réussite pédagogique, elle pose la question du positionnement des universités vis à vis du marché, puisque ici nos collègues se placent dans les marché des applis pour tous. Notons également qu’il n’y a pas eu d’étude pour savoir si cette app permettait d’apprendre ou de compléter un apprentissage ;
  • Pour ma part, j’ai produit un témoignage portant sur l’usage de PC portables dans la salle de classe pour proposer des séquences d’apprentissage différentes.  Je me dois d’avouer que le mobile n’est chez moi qu’un objet d’étude, pas un équipement intégré dans ma pédagogie, sauf à considérer un PC portable comme mobile ;
  • Il semble que le lendemain, il y ait eu des sessions avec des exemples d’usages autour de serious games.

Bref, l’université se rend bien compte qu’il y a un enjeu à proposer une offre sur ces équipements, mais n’a pas les éléments de compréhension pour identifier les besoins, ni surtout les opportunités. Lors de la table ronde du premier soir, à la question des usages possibles des mobiles, certains semblaient avoir leur convictions sur les possibles, les souhaitables, la posture de François Guité était inverse affirmant que « la réponse reste à trouver : on n’a pas assez osé – on n’a pas assez expérimenté »

Un autre fait intéressant est que l’on ne cherche pas trop à définir le terme de mobile. Qu’est-ce que le mobile ? Si on fait référence au mobile-learning tel qu’il est envisagé dans la littérature, on se limite à quelque chose qui tient dans sa poche (le titre de ces journées était « fac en poche »). La première question est alors de savoir quelle information peut être mise à disposition pour être exploitable. Michel Diaz, lors de son intervention en table ronde ce mercredi soir, comprenait des vidéos et des évaluations. La seconde question peut être de savoir quelles sont les choses que l’on peut faire avec un tel outil que l’on ne peut pas faire ou difficilement avec un autre outil. Cela couvre la prise de son, de vidéos, de points géolocalisés en visite de sites, pour alimenter un portfolio, pour résoudre une énigme pendant une chasse au trésor ou autre jeu.

Le fait que l’on peut avoir une réponse à une question que l’on se pose au moment où on se la pose est un autre aspect intéressant des outils mobiles. Mais est-ce encore le problème de l’université, d’aborder cette demande informelle ? Cette dimension reste-t-elle fortuite ou se raccroche-t-elle à un processus d’apprentissage qui rentre dans le cadre de l’institution ? On touche là à des questions de la place que doit garder ou prendre l’institution dans la construction des personnes. Pas si facile. De toute façon, la personne n’ira sur les ressources de l’université que si elles sont plus faciles à accéder et plus pertinentes que d’autres sources. Rien ne peut l’obliger.

On touche là de nouveau aux problèmes généraux de la place des TICE et des connaissances disponibles sur Internet (en effet les mobiles sont beaucoup moins « web » que nos navigateurs). On aborde la problématique du mobile, sans avoir revu notre façon d’enseigner. Le mobile ne fait qu’apporter un nouveau coup de boutoir dans l’édifice. Tant que cette dimension n’est pas assumée, elle risque bien de perturber les autres questions.

Faut-il intégrer ou pas la tablette dans ces réflexions, et pourquoi pas le PC portable, avec ou sans écran tactile ? En fait peu importe. Première remarque, nombre d’aspects du mobile s’appliquent à la tablette : accès immédiat à l’information, disponibilité de nouveaux périphériques (photo, son, vidéo, GPS et donc réalité augmentée, nécessité de remise en forme de contenu …). Deuxième remarque, des fonctionnalités s’ajoutent : possibilité de dessiner, d’annoter, de parcourir des listes de contenus avec des lecteurs adaptés (Pulse ou même un google reader). Ce qu’il y a alors d’intéressant, c’est de positionner le mobile comme un élément qui s’intègre dans un système, comme l’ont parfaitement compris les concepteurs d’Evernote, une application de type cahier de texte multiplate-forme, qui tire parti des avantages de chacune d’elles et propose une vue agrégée de vos données. Tous ces équipements se complètent pour former notre espace d’apprentissage. Dernier point, nous sommes dans une phase d’évolution des terminaux. Le PC/clavier/souris tel que nous l’avons ces 25 dernières années semble appeler à voir ses usages se réduire. Pour moi, il reste essentiellement l’équipement pour coder les autres, et pour des usages de conception de même type. Et la variété permettant de s’adapter aux différentes habitudes, de permettre de  personnaliser les usages, il est essentiel de permettre à chaque usager (étudiants, enseignants, chercheurs) de choisir l’équipement qui lui convient.

Considérons pour finir, les différents usages à explorer dans une perspective mobile. Si la mise à disposition d’informations semble assez naturelle pour les universités, malgré les limites qui peuvent surgir, il y a deux pistes d’usages différents qui restent à tester et à valider.

Une première piste se positionne sur les opportunités que l’on peut mettre en place dans la classe pour modifier les pratiques d’apprentissage. Recherche d’information, interaction avec l’enseignant par des questions, des réponses à des sondages, à des problèmes, annotation de diapos, prise de notes, de son, de photo de tableau … les solutions sont nombreuses pour changer le rythme d’un cours et réveiller l’auditoire, surtout si on y intègre une dimension collaborative.

Une seconde piste est d’explorer des séquences en situation. Ce peut-être de :

  • proposer des contenus utilisables dans les temps libres (cas des vendeurs en entreprise dans le projet P-Learnet) ;
  • permettre des visites sur site pour certaines disciplines ;
  • prendre de l’information pendant l’action, ou juste après l’action pour l’exploiter après, seul ou en groupe ;
  • permettre des échanges avec autrui en situation ;
  • accéder à l’information au moment où l’on en a besoin, sous des formes adaptées (visualisations diverses comme la réalité augmentée par exemple) …

Dans tous les cas, il s’agit de lier l’expérience vécue et le savoir, en articulant de manière différente l’action. Beaucoup d’opportunités à permettre, à parcourir, à découvrir. On en est qu’aux balbutiements. Il y a un vaste travail de sensibilisation, de découverte, d’évaluation, de diffusion et de formation à faire.

Est-ce que cela se fera dans le cadre de l’université ? Ou est-on dans un cadre d’apprentissage tout au long de la vie ? Sans doute les deux. Beaucoup de réflexions se font autour de l’évolution de l’apprentissage, de la maîtrise des savoirs, de la construction de connaissance dans le travail, de l’avenir de l’éducation. Un chose est sure, cela va bouger et le mobile n’est qu’une petite variable de l’équation, et l’université devra s’ouvrir pour ne pas risquer de disparaître, et sans doute apprendre à collaborer.

Crédit photo : Mobile Learning Revolution par César Poyatos licence CC-by-nc-sa

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jnum12 : innovation numérique et équipements mobiles des étudiants

Le 28 mars, je ferai à Paris Descartes aux Jnum12 une présentation que nous avons nommé : « aborder l’innovation numérique à travers l’environnement mobile des étudiants ». Il parait que ce sera en amphi Vulpian. Ce sera exemplifié au travers de 2 cours que j’ai eu la joie d’assurer avec deux de mes collègues @cecilebothorel et @garlatti .

J’en ai profité pour tester Prezi, ce qui m’a pris beaucoup de temps pour un résultat que j’ai du mal à juger à chaud, on verra. Vous pouvez me donner votre avis.

Le résumé envoyé aux organisateurs était le suivant :

Thème 3 : Les outils et applications mobiles, des supports à l’apprentissage ?

La formation des ingénieurs est aujourd’hui face à trois défis sociétaux liés au numériques qui correspondent à trois niveaux différents dans la révolution du numérique [1] : la maîtrise des usages des environnements numériques, la maîtrise de la science informatique, et la capacité d’innover. Le premier concerne la littératie numérique [2], qui se développe au travers d’un usage maîtrisé d’Internet et des médias sociaux [3]. Le second impose des enseignements intégrant l’informatique en tant que discipline. Le dernier se développe notamment en encourageant un esprit critique mêlant initiative, créativité et curiosité, mais aussi au travers de technologies propices à l’innovation comme les Fablabs [4,5] et les mobiles. Nous présentons deux dispositifs qui ont été conçus dans cet esprit et proposés à nos étudiants.

Le premier dispositif se déroule sur une semaine bloquée. Sur un mode projet, nous proposons à nos élèves de découvrir les technologies mobiles (au travers d’Android) [6] ou électroniques (au travers d’Arduino [7]) pour développer par les élèves leur idée d’application. Ces technologies sont délibérément choisies pour être proches des étudiants, et pour permettre de donner à voir des résultats, y compris en les emmenant avec soi. Vu la popularité des ces enseignements (choisis parmi une longue liste variée d’enseignements), nos étudiants affirment leur intérêt sur ces technologies.Ce non-cours démarre par une phase de prise en main, suivie d’une phase d’échange et de validation d’idée, avant de prendre le temps de développer sur un mobile ou sur une carte électronique Arduino. La semaine se clôture sur une exposition des réalisations dans un lieu de passage détourné, où les étudiants assurent des démonstrations courtes.

Durant toute la semaine, les étudiants sont invités à utiliser leur matériel (PC portables comme base d’information et station de développement, ordiphones comme cible pour l’application), ce qui permet de passer facilement du lieu de développement, à la zone d’exposition, et de continuer les développements au delà des heures programmées. Des équipements restent bien sûr disponibles, si nécessaire. Par ailleurs, l’encadrement est mixte entre enseignants-chercheurs, développeurs professionnels et pairs. Cet accompagnement est orienté sur de l’accompagnement technique.

Le second dispositif concerne un cours d’informatique, sur le web social, mobile, pervasif et sémantique, dans lequel les étudiants abordent les notions développées dans le cours au travers de questionnements proposés par les enseignants sur le blog du cours (disponible ici : http://molene.enstb.org/fipC0320A_Cours/ ). Les étudiants développent une activité collaborative de recherche et de synthèse d’informations. Ils rédigent leurs conclusions de manière collaborative. Le résultat de leur recherche permet l’échange entre pairs et avec l’enseignant. L’enseignement mêle compréhension des usages et concepts techniques sous-jacents. Au travers d’une analyse des évolutions, des expérimentations en cours, et des nouvelles technologies émergentes, les étudiants sont invités à proposer de nouveaux services dans des domaines comme la formation, le tourisme, les réseaux sociaux d’entreprise, l’Internet des objets …

Ici aussi, les étudiants sont invités à apporter leurs propres équipements mobiles en salle, tant pour la recherche, le travail collaboratif, ou l’utilisation de technologies informatiques. Le rôle de l’enseignant alterne entre tuteur accompagnant les réflexions des étudiants, et référent reprenant les résultats au travers d’intervention de restructuration. Les mobiles sont ici à la fois sujet d’étude et outils de travail. Le travail en groupe avec des outils collaboratifs est plébiscité, tant comme moyen d’apprentissage, que comme future pratique de leur métier d’ingénieur

Parmi les motivations qui ont sous tendu la mise en place de ces enseignements, nous avons cherché à nous rapprocher de démarches projets équipées d’outils mobiles, qui correspondent à une part importante de l’activité des ingénieurs dans les activités d’innovation. Il nous semble également important de sensibiliser nos étudiants aux problématiques du développement de l’identité numérique.

Au delà de ces expérimentations s’ouvrent des questions liées à la généralisation. Nous en identifions deux qui découlent directement de notre expérience. La première est de savoir s’il est possible et comment de diffuser plus largement de telles approches dans la formation.

La seconde adresse les modes d’intégration du numérique dans la classe, que ce soit au niveau de l’environnement d’apprentissage personnel [8] en complément à l’ENT, ou au niveau de l’équipement des étudiants (démarche AVAN pour « Apportez Vos Équipements Numériques » [9]) plutôt que systématiquement dans des salles dédiées. Une approche centrée étudiants présente plusieurs avantages. Elle permet d’intégrer les outils mobiles naturellement, de mieux lier les apprentissages au sein de l’institution et les usages externes que ce soit dans des cadres d’apprentissage ultérieurs, professionnels ou d’innovation.

références :

[1] rapport de l’association Pascaline (2011) : économie numérique, innovation et enseignement : quelles conséquences ?

[2] Gilster, P., Ed. (1997). Digital Literacy, Wiley.

[3] Franklin, T. and M. Harmelen. (2007). « Web 2.0 for content for learning and teaching in higher education. », from http://ie-repository.jisc.ac.uk/148/1/web2-content-learning-and-teaching.pdf.

[4] Mangels J. (2009) Fabrication labs let student and adult inventors create products, solve problems et

[5]Fing 2008 Faire émerger et connecter des fablabs en France

[6] Bothorel C., Gilliot J.M (2011) CodeCamp : un non-cours pour apprendre à programmer sur un mobile

[7] Mellis, D. A., M. Banzi, D. Cuartielles und T. Igoe (2007) Arduino: An Open Electronics Prototyping Platform. In: CHI 2007, San Jose, USA, Apr. 2007. ACM Press.

[8] Chatti, M. A., M. Jarke, et al. (2007). « The future of e-learning: a shift to knowledge networking and social software  » International Journal of Knowledge and Learning 3(4/5): 404-420.

[9] Gilliot J.M. (2012) Equipements à l’école. Et si on jouait à l’AVAN ?

Ajout 30 mai : le lien vers la vidéo de la présentation à Paris Descartes

Ces cours qui ne pourraient pas se faire sans une posture AVAN

Si certains se posent encore de l’intérêt de pousser les étudiants à venir en cours avec leurs propres équipements numériques, il est des cours que nous n’aurions pu proposer sans dire à nos étudiants : Apportez Vos Appareils Numériques (AVAN).

Premier exemple, avec un collègue nous avons proposé pour la seconde année des « cours » basés sur des questions, des problèmes nécessitant des recherches en groupe. Aller trouver de l’information sur Internet, croiser les définitions, écrire en groupe des synthèses, des présentations, sont les activités de base sur lesquelles nous rebondissons pour démontrer l’intérêt du web sémantique, social, pervasif, construire collaborativement les modèles sous-jacents, et explorer les outils informatiques de développement. Certes, nous pourrions investir une salle de TP informatique, mais les postes y sont prévus pour accueillir 2 élèves par poste, et les tables sont fixes, ce qui ne permet pas la confrontation en groupe de plus de deux. De plus, en incitant les élèves à apporter leurs propres équipements, nous les incitons à utiliser des services collaboratifs dans leurs environnements propres, et à installer des logiciels techniques sur leurs propres machines, ce qui permet de démystifier cette étape pour les moins geeks d’entre eux. Bien sûr, nous assurons de pourvoir un équipement à qui n’en posséderait pas. Cette année cela concernait 2 élèves : un, le premier jour, qui avait laissé sa machine chez lui, et le second dont le PC portable était en panne. Précisons qu’il s’agit de cours en dernière année d’ingénieurs.

Le second exemple concerne deux cours en parallèle d’introduction à des technologies du moment : une initiation à la programmation sur mobiles et l’autre sur la découverte des arduinos dans un contexte de fablab. On est ici typiquement dans des cours choisis, dans lesquels les élèves viennent parce que cela les intéresse, et où certains ont déjà des projets en tête.

Les outils de développement sont disponibles sur toute plate-forme (logiciels libres), et largement diffusés. Il est probable que les élèves continueront après les cours, et c’est quelque part l’objectif de développer chez eux le goût du DIY, qui a conduit à ces technologies. Et qui sait s’ils ne créeront ou ne rejoindront pas une startup en se basant sur ces technologies qui permettent le prototypage rapide, le déploiement d’idées à un coût toujours plus faible.

Dernier point, il est très difficile d’équiper un laboratoire complet avec des équipements comme des smartphones. L’administration est réticente à faire de tels achats, car ces équipements ne sont pas considérés comme des cibles de développement. En plus la rapidité d’obsolescence obligerait à en racheter plus souvent que ce qui se fait pour des PCs pour être en phase avec l’état du marché. Sans parler de l’intendance pour éviter toute perte d’équipement dans la salle.Bref, cela coûterait cher pour un résultat peu satisfaisant. Il est donc beaucoup plus logique de demander aux élèves de venir avec leur parc qui donne une bonne base de travail et de le compléter avec les équipements que nous avons acheté pour divers développements spécifiques.

Pour la petite histoire, si la diversité des équipements peut parfois poser un problème de configuration pendant les phase de mise en œuvre, elle évite par contre d’avoir une salle entière bloquée par un problème non identifié avant la mise en place (et comme chacun sait, histoire adore se répéter).

En résumé, encourager les élèves à venir avec leurs propres équipements simplifie l’organisation d’une classe participative, permet une plus grande implication, améliore et simplifie l’intendance. Tout cela permet de libérer les énergies pour mieux apprendre et explorer de nouvelles voies.

 

 

Ont-ils l’air moins intéressés ?

Certains affirment que les élèves sont distraits lorsqu’ils ont un équipement numérique devant eux.

Ce n’est semble-t-il pas toujours le cas !

C’est Aymeric Poulain-Maubant qui leur dévoilait les principes de développement pour Android. Si certains sont tournés vers leurs machines, ils n’ont pas l’air pour autant de s’y endormir, ils sont plutôt soit en train de regarder les transparents, soit en train de tester une fonctionnalité en direct.

Le mot d’ordre d’un tel cours : Apportez Vos Appareils Numériques ! Ici PC portables et mobiles !

AVAN : une politique souhaitable pour les écoles d’ingénieurs et les universités

AVAN, c’est un slogan « Apportez Vos Appareils Numériques ! », qui entraîne des modifications des rôles (enseignant, élève,…) et de la relation au savoir. Deux lectures récentes me confortent dans l’importance d’adopter ce point de vue.

What I’ve Learned from Teaching with iPads analyse les plus et les moins de l’iPad, en les comparant avec les PC portables et autre smartphones, avec une approche assez technologique. Ce qu’on peut y lire en creux avec un point de vue « AVAN », c’est que :

  1. il n’y a pas d’équipement idéal, chacun ayant ses qualités et ses défauts ;

  2. et chaque étudiant a ses préférences en fonction de ses habitudes, de ses modes de travail.

On sent notre rédacteur un peu gêné par le fait qu’il ait imposé un équipement donné. Sa solution serait d’imposer le même outil à tout son département, élèves et enseignants. Ce qui paraît illusoire aujourd’hui sachant la diversité des besoins, des solutions, et l’évolution des outils. Par ailleurs, nombre de logiciels fonctionnent sur des plate-formes variées, et il est possible de retrouver à peu près les mêmes fonctionnalités, avec plus ou moins d’aisance. Si on inverse la logique, en annonçant ses besoins, le type de services/logiciels nécessaire (en restant raisonnable), il paraît possible d’offrir des équipements en salle permettant à tout à chacun de travailler, tout en acceptant que les élèves puissent utiliser leurs propres équipements. On y note néanmoins tout un paquet de bonnes raisons d’apporter des équipements en classe : prise de notes, lecture et annotation de cours, consultation de vidéos, recherche d’informations, échange d’informations, réponse à des exercices.

Si à un niveau donné, tel équipement (la tablette en 2011, le PC portable en 2006 …) est le plus pertinent, sa généralisation devrait aller de soi. Il me semble pour l’instant qu’en école d’ingénieurs la tablette ne soit pas l’équipement idéal. Si il est plus pratique en cours, il ne convient pas à tout ce qui est production de documents structurés, et à des développements liés aux domaines scientifiques abordés, qui se font de manière plus naturelle avec des PC portables.

 

Pascal Jughans nous pose la question de la pertinence de la présence d’équipements dans la salle de classe Ecole : faut-il interdire les ordinateurs en salle de cours ? En posant la question du coté déstabilisant de la prise d’informations en dehors de la classe, il adresse en fait la posture de l’enseignant, et son rapport au savoir. Il me semble que cela impose à l’enseignant d’avoir une bonne culture sur de ce qu’il enseigne (ce qui est un minimum) et de savoir dire qu’il ne connaît pas tel ou tel élément, mais qu’il est prêt à en discuter (ce qui semble obliger à passer à des niveaux de compréhension plus approfondis, ce qui est souhaitable et ce pour tous les étudiants).

Le deuxième questionnement de Pascal Jughens concerne l’argument de l’enseignant qui propose un point de vue plus approfondi que ce qui peut se trouver par ailleurs, et qu’il ne veut pas perdre du temps à se battre contre des idées préformatées. Et pourtant, les informations préformatées peuvent correspondre à des préconceptions des étudiants. Il est donc nécessaire d’un point de vue didactique de les déconstruire pour permettre un point de vue plus approfondi.

De plus, je me pose toujours la question de la pertinence d’enseigner un point de vue de spécialiste en cours. C’est sans doute recevable dans un cours de niveau Master recherche, mais pas dans des cours plus généraux. Et même, dans un cours de Master recherche, le questionnement, l’analyse, la réflexion sur l’existant devraient faire partie intégrante du cours. Cela rend la posture de l’enseignant qui ne veut pas être perturbé par des questions de compréhension tout aussi suspect. Bref, ce deuxième fonctionnement me paraît souvent une mauvaise défense plutôt qu’un point de vue volontariste.

Dans tous les cas, il reste possible de demander de mettre de coté les équipements de coté pour une raison donnée, tout comme on demandait dans le temps d’arrêter la prise de notes pour permettre de prendre le temps de réfléchir à un concept difficile.

En résumé, le premier article met en évidence l’important de permettre aux étudiants de choisir les outils qui lui conviennent pour travailler. Et le deuxième nous parle de l’évolution nécessaire des enseignants pour leur permettre de mieux comprendre les questionnements qui peuvent émerger de leurs élèves.

Crédit photos : How many non-Mac are there (collection from Internet) par Quang Minh (YILKA) licence by-nc

 

Equipements à l’école. Et si on jouait à l’AVAN ?

Depuis l’avènement du Web, beaucoup plus de services sont disponibles au grand public que ce que l’on peut trouver dans les entreprises. Seules les stations très techniques, équipées de logiciels spécialisés (simulation, …) restent inaccessibles au grand public. Par contre, toutes les fonctionnalités promues par le web sont en retard au sein de l’entreprise : accès et recherche de l’information, outils collaboratifs, apprentissage … Connaissez vous Charlène traduit par Isabelle Drémeau traduit parfaitement cette inversion, en montrant les limitations que cela entraîne. Cette tendance s’est encore amplifiée avec les équipements mobiles, l’accès à ces services devenant possible partout, tout le temps, dans toutes les situations.

Il y a donc un mouvement de fond, venant des personnels les plus mobiles pour disposer dans le cadre de leur travail du même type d’outils que ceux qui leurs sont accessibles de manière privée, et cela pour être plus efficaces. Poussant à bout cette logique, certains proposent d’utiliser leurs propres équipements pour travailler AVOP : Apportez Vos Outils Personnels ! Les principes AVOP sont simples :

  • On fait confiance aux utilisateurs pour choisir les outils qui correspondent le mieux à leurs attentes ;
  • Ils utilisent les mêmes outils dans leurs activités professionnelles et personnelles ;
  • Les outils sont achetés, assurés et maintenus par les collaborateurs ;
  • L’entreprise participe au financement de ces outils ;

Comme condition de réussite, il semble que cela doit être basé sur le le volontariat. Il semble que cela fasse partie des éléments qui peuvent séduire les digital natives. Les freins principaux concernent la sécurité des données, et les équipements dédiés (stations de travail), mais de fait ces contraintes peuvent s’intégrer dans une telle démarche, sauf cas extrêmes.

Dans le cadre de l’école, il serait tout à fait possible/souhaitable/urgent d’adopter le même principe. Cela correspond même aux deux premières des  12 tendances de l’année selon Mindshift.

Premier intérêt, l’élève pourrait utiliser ce qu’il connaît et découvrir comment utiliser ces outils pour apprendre, chercher des informations, développer sa curiosité …. et de comprendre la diversité de ces outils qui ne sont pas limités au jeu ou à la communication entre proches. Ceci pourrait être un vrai facteur de réduction de la fracture numérique des usages.

Deuxième intérêt, cela déplace le positionnement de l’équipement numérique dans la classe. Il n’est plus cantonné dans des salles dédiées (dans lesquelles on se déplace pour faire de l’informatique), au bureau de l’enseignant (avec son TBI accroché) ou au fond de la classe (pour une recherche complémentaire, comme si c’était le dictionnaire de la classe). Il se retrouve sous la main de chaque élève. Ce n’est plus l’équipement magique, que le conseil général ou régional a pu acheter exceptionnellement, mais bien un équipement qui suivra l’élève chez lui et durant sa scolarité.

Troisième intérêt, cela permet de suivre l’évolution des équipements de manière plus naturelle. l’équipement devenant mobile, il est d’ailleurs de plus en plus illusoire de penser que l’école les fournira. Nombre d’établissements en restent au PC fixe ou cherchent des câbles de sécurité pour les PC portables.

Quatrième intérêt, cela donne de l’autonomie, de la responsabilité à chaque élève. Cela pose Une question de confiance avant tout, comme le décrit Jacques Cool.

Question économique, cela permet des économies en réduisant notamment la maintenance. Ce qui permet de mieux concentrer les investissements dans les équipements purement techniques liés aux domaines disciplinaires qui le nécessite. Coté élèves, le nombre de personnes disposant d’équipement suffisant ne cesse d’augmenter. Leur laisser venir en classe avec devrait contribuer à les réconcilier avec l’école. Plutôt que de s’interdire cette posture, tant que tout le monde ne pourra disposer d’un équipement, posons nous plutôt les questions de comment résoudre les problèmes qui pourraient se poser :

  • A partir de quel âge est-il raisonnable d’inciter les élèves à venir avec de tels équipements ? Sans doute pas en crèche, ni en maternelle. À l’âge où l’on demande la calculette ? Avant ?
  • Doit-on commencer par le supérieur, puis le généraliser, ou au contraire démarrer par une classe d’âge et les laisser avancer dans leur scolarité ;
  • Comment préparer les enseignants pour qu’ils puissent tirer parti d’une telle opportunité ? Sachant que le volontariat s’applique aussi aux enseignants, qui ont toute liberté pédagogique pour proposer des activités s’appuyant sur cette opportunité, ou pour proposer d’autres activités ne nécessitant pas l’utilisation d’équipements numériques ;
  • Comment aider ceux qui pourraient avoir des difficultés financières ? Par prêt d’un équipement ? Par une aide financière ? En tout cas, cela ne reviendrait pas plus cher que les politiques actuelles ?
  • Dernier point, quel type d’équipement quels usages pourraient faire l’objet d’une telle démarche ?

Notons en passant que les enseignants eux mêmes se sont équipés, sans aide de l’état, que l’on considère normal qu’ils accèdent à l’outil informatique chez eux (en témoigne les courriels officiels qui leurs sont adressés). Mais, il ne semble pas qu’il soit dans les mœurs qu’ils puissent amener leurs équipements, avec leurs configurations à l’école. Et pourtant je me sentirai mal à l’aise si je ne pouvais faire cela dans mon école d’ingénieurs.

Comment pourrait-on appeler cette démarche ? Aux États-Unis, cela s’appelle BYOD pour Bring your Own Device. Vous pouvez lire l’article de Jacques Cool pour en comprendre le jeu de mot.

Un court échange sur twitter nous permet de proposer AVAN : Apportez Votre Appareil Numérique. Formulation positive, qui ne préjuge pas de la nature de l’équipement.

Et chiche si on faisait confiance à nos jeunes, et qu’on allait de l’AVAN ?

crédit photo : Connected, Connected  Korea par zachbardon – licence CC-by-nc

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