Quoi de neuf autour de penser l’école de demain ?

Le constat est largement partagé, l’éducation doit évoluer. Et si beaucoup de rapports ont été déjà produits, la dynamique de réflexion se poursuit. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de voir à quel point les approches sont finalement typées. Cela correspond à des courants de pensée. Voyons quelques courants

Les collaboratifs. La Fing a produit le rapport final du projet FuturEduc, information relayé par Thot cette semaine. On y trouve une vision ambitieuse qui intègre le numérique comme base d’ouverture, de collaboration respectant et renforçant les parcours individuels. 9 actions sont proposées pour faire évoluer l’école. Parmi ces actions, certaines sont dans le prolongement de de choses qui se mettent en place (je pense à la place des projets, à l’idée d’aller plus loin dans la construction collaboratives de ressources éducatives numériques). Plus intéressant à mon sens sont les propositions qui visent à articuler distance et présences : pouvoir suivre un cours à distance dans le cadre de sa scolarité, proposer d’apprendre dans d’autres lieux. Pour le cours à distance, c’est quelque chose que nous proposons de manière encore timide chez nous, mais qui fait sens. Concernant l’école à distance, j’avais parlé dans ce blog de l’idée d’animer des cercles d’apprentissage, c’est une expérimentation qui mériterait d’être conduite. Dernier point important dans ce dossier, la place des données. La « compétence données » devient une des compétences clés de ce début du XXIème siècle.

Les EdTech. J’ai reçu par courrier au mois de janvier le livre de François-Xavier et Cécile Hussher : Construire le modèle éducatif du 21e siècle. Les promesses de la digitalisation et les nouveaux modes d’apprentissage. Curieusement si les auteurs ont fondé le livre scolaire cité dan le rapport précédent, ils s’intéressent plus particulièrement aux questions d’aménagement technique dans leurs propositions. Si le livre repasse bien les différentes tendances récentes tant en termes pédagogiques, que cognitif, ou de développement numérique en émergence, la préoccupation principale de ce livre est bien la question du financement de l’éducation et du numérique. Les propositions vont donc principalement vers des préconisations de reconnaissance de la place du numérique, de développement d’infrastructure, et de la place des edTech. La raison en est sans doute que le discours du principal opérateur d’éducation en France, l’état, a un comportement pour le moins schizophrène sur ce sujet. Notons dans ce livre un chapitre assez original autour de la prise en charge des troubles d’apprentissage, les « dys ». Cette question mériterait effectivement d’être mieux prise en compte.

Autre approche type edTech vue dans Medium : encourager les enseignants à être innovants, en développant des lieux d’apprentissage et surtout en les mettant en lien avec les entrepreneurs des edTech. La question est ici aussi l’écosystème à développer. Là aussi, un discours gouvernemental clair permettrait à chacun de se positionner. Un débat reste à proposer, qui n’oublie pas les dimensions d’ouverture et permette l’émergence d’alternatives libres.

Les Makers. Penser, c’est bien, faire c’est mieux. Si une vision est nécessaire, le passage au concret reste indispensable pour avancer. Le premier Edumix s’est tenu début février à Vénissieux. Bruno Devauchelle en a fait un intéressant compte rendu dans le café. Là aussi, on est dans l’ouverture des possibles, mais sur le terrain.

Le débat public. Le ministère a missionné François Taddéi a animer un débat autour de Apprendre Demain. La question est ici de penser comment mettre en place le système qui puisse faire évoluer nos manières d’apprendre. Chacun peut contribuer.

Les chercheurs. En parallèle, la communauté des chercheurs travaille à identifier des axes porteurs sur ces questions d’éducation. La démarche est moins visible mais bien réelle. La question que certains d’entre eux se posent, c’est l’articulation avec le point précédent.

La synthèse me semble encore à écrire. Elle sera collective et devra répondre à un certain nombre de points clés, notamment ceux que nous avions identifié l’été dernier. Et comme dans tout écosystème, elle sera multiple.

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Crédit photo : https://pixabay.com/fr/avenir-oeil-oeil-de-robot-machine-175620/ par thehorriblejoke, licence CC0

Et si on pensait un vrai cartable numérique, c’est à dire, personnel

Le cartable, c’est le sac dans lequel vous stockez vos cahiers, votre trousse avec vos stylos, votre gomme, votre règle, votre équerre et votre compas. C’est là que vous avez les livres qui vous servent en ce moment. C’est aussi ici que l’on range son carnet de correspondance avec ses notes, ses échanges avec les enseignants et l’administration et que l’on pourra conserver au delà de l’année.  Mais c’est aussi là que vous stockez vos trésors : vos bons points, vos billes et autres ocelets, vos malabars, le petit livre ou le petit bricolage dont vous êtes si fier.  

C’est donc bien plus qu’un espace d’accès à l’école, c’est votre espace personnel à l’école ! C’est le moyen d’exister en tant qu’individu dans un collectif.  Si vous changez d’école, vous conserverez votre cartable, avec tout ce qu’il y a dedans, sauf peut être les livres qui resteront dans l’établissement s’ils ne sont pas en accès libre. L’étudiant qui devient travailleur troquera son cartable pour une musette, qui elle aussi contiendra ses affaires personnelles.

Laissons cet un élève nous ouvrir son cartable numérique personnel.

“Bonjour, je m’appelle Antoine, je vais vous montrer ce que j’ai dans mon Cartable.

L’affichage que vous voyez ouvert, montre mes progrès de course à pied, il récupère mes données de mon smartphone. J’ai fait un footing juste avant de vous croiser. Juste à coté, mon coté, mon copain Yann a partagé une petite application qu’il a lui même développé pour comparer nos courbes de progression à Pokémon GO, on y retrouve nos amis de Facebook qui veulent bien partager leurs scores.

Là, j’ai mes compte rendus de TP. Sur celui-ci on a travaillé sur un document partagé pour prendre des notes avec mon binôme. On a fait une photo du montage, et un film de la prise de mesure. Regardez les courbes qu’on a obtenues, il y a là un petit décrochage. Quand on a posé la question sur le forum, un ancien nous a dit qu’il y a avait un petit jeu sur la maquette, ce que le prof a confirmé. On a remis le CR au prof et j’ai gardé une copie dans mon cartable. Sur cet autre, on est allé sur nquire-it pour voir comment mesurer la vitesse d’un ascenseur. Chacun pouvait aller faire sa mesure dans la semaine en ville, ou à l’école. on a pu partager nos courbes, et ce n’est pas celui de l’école qui est le plus rapide.

Là, j’ai ma carte de maîtrise, vous voyez tout ce que je maîtrise déjà, le compétences sur lesquelles je travaille, les exos qui peuvent m’aider, les challenges qui peuvent m’intéresser. Tiens celui-ci, les copains l’ont bien aimé, et ces deux là sont conseillés par mon prof. Il parait que ça ressemble au du site de la Khan Academy, en mieux. Je peux me comparer avec mon copain Yann, mais aussi la moyenne bretonne ou nationale.

Par ici, c’est ce que mon coach appelle un portfolio. Je peux y regrouper tout ce que je veux pour me projeter dans ce que je voudrai faire. Par exemple, j’ai fait un dossier sur la mer, parce que c’est un domaine qui me passionne et dans lequel j’aimerai travailler plus tard. J’y ai mis les compte rendus sur nos sorties en mer avec l’école, mon attestation du MOOC Flotrisco. Les liens vers les photos et les commentaires (et mon cartable a gardé une copie), que j’ai déposé pendant ce MOOC sur le même site que le TP sur les ascenseurs. Et puis surtout tout ce que j’ai pu récolter pendant mon stage à l’Ifremer : des photos, un interview d’un chercheur, des vidéos qu’un copain a prises de moi pendant que je nourrissais les poissons, et même le rapport. Et à coté, je regroupe tout ce que je peux trouver sur les métiers de la mer.

Et vous, vous l’utilisez comment votre cartable ? “

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Ce petit texte a été rédigé en préparation à un échange “Mon idée pour changer l’éducation“ qui se dérouler juste avant #Ludovia13 dont le thème est cette année « Présence, attention et engagement en classe avec le numérique ».

L’idée présentée ici est liée à des réflexions issues mon travail de recherche autour des données  d’apprentissages (learning analytics). Parmi les influences inspirantes, je voudrai citer ici les travaux de la FING, d’une part l’exploration FuturEduc qui vise à explorer des futurs désirables autour de “l’École pour tous à l’ère numérique” et d’autre part le projet musette de l’actif, qui vise à imaginer des services pour le travailleur à l’ère du numérique. Vous pouvez voir cette proposition comme une intersection des deux. Trois idées clés guident cet exercice de prospective.

La première est que pour encourager l’engagement, il est intéressant de donner à voir ce qui est réalisé, de pouvoir se construire sur ses acquis, pas seulement sur l’atteinte d’objectifs. Pour surmonter un échec, il faut savoir ce qui a coincé, mais surtout ce qui a été malgré tout réalisé, et acquis.

La seconde est qu’un apprentissage, s’il est personnel, se place dans un cadre social dans lequel chacun choisit ce qu’il donne à voir. Et puisqu’il est social, chacun peut développer de nouvelles interactions, passer d’une application à une autre, échanger sur les sujets de son choix.

La troisième est qu’apprendre se fait tout au long de la vie, est un parcours personnel qui appartient à chacun. Il est donc indispensable de penser cet espace numérique personnel comme étant une propriété privée, mais surtout un espace de confiance. Il doit permettre de passer d’un établissement à un autre, d’un employeur à un autre, et  de se construire avec les autres.

 

Crédit photo : #1 Série : « Ce que je suis »  par ALlisson H licence CC-by-nd

 

Un cercle d’apprentissage pour échanger dans la vraie vie entre pairs autour d’un MOOC

Très chouette article la semaine dernière d’un étudiant du Master EdTech du CRI de Paris sur les #LearningCircles de la P2PU. L’idée semble-t-il est de proposer et d’animer des séances de cours autour d’un MOOC existant. Ils appellent cela des cercles d’apprentissage. Cela créé du lien, de l’inclusion et rend les apprentissages du MOOC beaucoup plus attractifs.

Cuppa MOOC

La P2PU est une association qui cherche à faciliter l’apprentissage en dehors des murs des institutions. Elle promeut l’apprentissage entre pairs, la communauté et l’ouverture. Elle propose des cours ouverts en ligne, et développe des initiatives toujours intéressantes. L’initiative « Learning Circles » est proposée avec la bibliothèque publique de Chicago. Sur le site de la P2PU, on vous propose de vous inscrire à un cercle existant ou de créer le vôtre. Sympathique. L’initiative peut avoir un vrai impact social.

Et de fait, on en parle depuis la création des MOOC. Lors du premier MOOC francophone, Denis Cristol avait déjà organisé un tel cercle d’apprentissage dans son entourage pour créer une saine émulation et cela a semble-t-il très bien marché. Lors de la seconde édition d’ItyPA, nous relayions systématiquement les groupes, les sites ou les institutions qui proposaient de telles rencontres, qui prenaient différentes formes suivant les cultures locales. C’était complètement bricolé, mais cela a attiré et motivé des publics peu habitués à échanger en ligne.

Cette idée a souvent été suggérée ici et là par quelques pionniers des MOOC , notamment en direction des bibliothèques ou de la ville de Paris, sans grand succès jusqu’ici. La P2PU joint à son site de partage de cercles un mode d’emploi pour le futur facilitateur. C’est clairement un élément qui doit faciliter le développement des telles initiatives.

Si on creuse un peu, l’idée n’est donc pas vraiment nouvelle. Denis Cristol continue à promouvoir et à essaimer de tels cercles à travers la France pour les publics de formateurs tentés par la collaboration. La communauté reste petite mais active, soudée et ouverte. Il cite une chouette association canadienne Percolab. On trouve également une entrée cercles d’apprentissage dans le recueil d’Imagination4People (projet qui cherche à trouver des solutions concrètes contribuant au mieux vivre ensemble), et d’autres entrées, mais qui restent discrètes. Proche de cela, on trouve l’idée de cercles d’études qui semble très développée en Suède, en touchant la moitié de la population. Bref, il y a du potentiel, mais qui n’a pas encore trouvé de débouché profond.

Il semble qu’il manque quelques ingrédients pour que cela émerge par chez nous. Une mise en œuvre concrète qui attire l’attention, un relais par un organisme, une association qui diffuse et puisse être un interlocuteur vers les lieux d’accueils potentiels, et sans doute un habillage qui rende le concept attractif pour tous (par tous je pense d’abord à tous les publics, car l’objectif premier est d’être inclusif). Le terme fablab a bien plu et réconcilier les jeunes avec la bidouille, le bricolage. Cercle d’apprentissage me paraît moins vendeur, il manque un volet com’. Vos suggestions ? On travaille dessus à l’occasion d’un Camp ?
Cet article a été initialement publié sur Medium.

Crédit photo : #edcmooc Cuppa Mooc par S B F Ryan licence CC-by

 

Et si on utilisait Slack en formation

2000px-slack_cmyk-svgSlack est l’outil de collaboration de la génération Twitter et Facebook, utilisée par d’innombrables équipes de startups ou simplement sur un mode agile. Il permet d’échanger facilement dans une équipe et de combiner de nombreux autres outils du web (des google docs, des hangouts, des outils de gestion de projet comme Trello, …, et tout ce qui concerne le développement en commençant par Github…). C’est le couteau suisse de la communication en équipe, d’autant qu’il est multiplate-forme et ce qui ne gâte rien, il est gratuit pour des usages limités mais largement suffisants dans un cadre éducatif.

Inutile de préciser que dans une école d’ingénieurs comme Télécom Bretagne, vous trouverez des groupes qui l’utilisent pour leur projet, des afficionados tant coté étudiants que profs, un espace dédié dans slack créé par on ne sait qui, mais ouvert à tous (de Télécom Bretagne).

Mais au delà d’un fil d’échanges dans un cours, ou de le conseiller pour un projet, la question est de savoir s’il peut servir d’outil pivot dans un cours. D’après l’article « How to use slack for teaching a large university course » la réponse est oui. L’auteur relate que les étudiants échangeaient facilement au travers de cet outil, autour des questions posées dans le cadre du cours. Bel exemple dans lequel la dynamique d’échange va beaucoup plus loin que ce qu’on trouve habituellement. Bon, évidemment il s’agit d’un cours appelé « Outils informatiques pour les Big Data », mais c’est tout de même encourageant.

Dans l’article « Is slack the new lms ? » (un LMS, c’est un environnement numérique d’apprentissage, dont Moodle est le modèle le plus connu), Mathias Elmose va plus loin en affirmant que slack est enfin une plate-forme orienté activité, alors que tous les LMS existants sont d’abord des espaces d’affichage de contenu, et il a sans doute effectivement raison.

Ce qui est intéressant, c’est que cela ressemble furieusement à ce que nous avions fait pour le MOOC ITyPA, en facilitant la mise en place d’outils et en permettant de mieux gérer l’ouverture des échanges vécue comme trop systématique dans un espace complètement ouvert (voir l’article Et si l’ouverture était un frein à l’accès ? écrit à l’époque. Slack semble un outil vraiment flexible pour mettre en place l’espace d’activités global en lien avec l’espace personnel d’apprentissage de chacun. Seul bémol, si c’en est encore un, l’interface en français n’est pas disponible, mais à la limite on pourrait sans doute le contourner.

Quelques petites choses à prévoir donc :

  • créer un espace sur slack pour initier des échanges avec des collègues qui seraient intéressés. (Cela me fait découvrir en créant slack-educ qu’il faut être invité pour entrer dans un tel espace … c’est à savoir)
  • utiliser slack comme outil principal dans un de mes cours (j’essayerai sans doute pour la prochaine saison de mon cours web et médiation culturelle) ;
  • une exploration un peu détaillée des différentes formes d’espace d’activité qu’on pourrait montrer comme base d’exemples ;
  • voir quels développements permettraient d’intégrer Slack avec les outils et environnements d’apprentissage plus classiques, par exemple en développant une interface xAPI.

Pour un peu cela me donnerait envie de refaire un MOOC dans un environnement pareil 😉 Quelqu’un a un sujet ?

Sinon, si un étudiant voudrait faire un stage sur ces idées, qu’il n’hésite pas à me contacter.

Pour complément, il y a aussi un témoignage d’utilisation de Slack comme outil de collaboration entre enseignants pour AltSchool.

Web et médiation : de la copie au polycopié collaboratif

J’interviens depuis plusieurs années dans un Master « Métiers de l’éducation et de la formation » à l’UbO dans lequel j’anime des échanges autour du Web et de la médiation culturelle et scientifique. Les échanges sont souvent intéressants, tout événement est source d’inspiration, les cours alternent entre présentations préparées par les étudiants ou par moi-même, études de cas, débats autour de supports disponibles (vidéos, diaporamas …).

D’aucuns trouvent la variété des échanges passionnante mais regrettent un manque de visibilité de la structure. La dernière séance a donc été consacrée à construire ensemble une synthèse du cours, et la conclusion m’a amené à leur demander de rédiger une synthèse en réponse à la question : Quel est l’impact du Web sur la médiation culturelle ? De quelle manière est-elle redéfinie ?” en terme d’évaluation de fin de session.

La diversité et la qualité des rédactions m’ont ravi, et m’a donné envie de construire avec eux une synthèse. Seul problème, ils sont passés à autre chose, et n’ont guère de temps à consacrer à un tel projet. Leur réponse à ma sollicitation a tout de même été en phase avec lla thématique. Ils ont en effet publié collectivement sur un blog leurs copies et libéré leurs contenus (licence CC-by-SA).

Je pourrai laisser en l’état, ou me charger de construire la synthèse. Je compte néanmoins laisser l’opportunité à ceux qui le voudront de venir me corriger, me compléter, et permettre les futurs étudiants de ce cours d’augmenter ce contenu. Reste donc à trouver un espace collaboratif pour la construction et la mise à disposition de ce contenu.

Premier réflexe, Wikilivres est a priori le site fait pour cela. Mais ce site n’a pas pris la dimension qu’il mérite, et l’édition d’un wiki n’est pas devenue une pratique courante. Cela reste malgré tout un excellent support à la publication libre et surtout collaborative.

Sinon, on parle beaucoup de Draftquest, mais c’est plus qu’un système de publication. Il intègre un accompagnement à l’écriture et ne vise pas la collaboration. C’est une belle initiative, mais qui ne convient pas ici. Il y a aussi Booktype en auto-hébergement (merci au crdp d’Amiens pour son travail de veille, ou en ligne (il y aussi booktype.pro qui semble être le même site revisité) ou Omnibook. Le résultat semble bien plus pro, mais nécessite plus d’organisation. Reste également google docs, pour démarrer « entre nous ». J’hésite encore.

En tout cas, cela m’amuse bien de réutiliser des documents initialement prévus pour évaluation finale (et lecture unique par le « prof ») pour construire un document qui aura un usage plus pérenne. Cela me renvoie à un wiki de cours que j’utilisais il y a quelques années dans une logique d’écriture collaborative. J’y ajouterai sans doute cette autre référence sur les humanités numériques vue dernièrement : les humanités numérique et l’école – parcours de lecture.

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Crédit photo : 23 novembre 2012. Les jeunes ont la parole. Dispositifs de médiation au Musée du Louvre. Par Sylvia Fredriksson licence CC-by

J’ai aussi aimé Le cabinet de curiosité de demain par La Fabulerie

 

Examen numérique, quelles adaptations

 

La question de l’utilisation du numérique à l’examen est d’actualité. Le rapport de la stratégie nationale de l’enseignement supérieur l’a mis dans sa feuille de route. Les plates-formes de MOOC développent des systèmes de certification en ligne (voir celui de FUN), et des premières expérimentations (Protocole expérimental de télésurveillance d’épreuves à l’Université de Caen et celles autour du Système Informatisé Distribué d’Évaluation en Santé (SIDES) ). Comme toute nouvelle numérisation, nous naviguons entre la reproduction de l’existant et la transformation des pratiques. Quels sont les enjeux, les opportunités, les risques liés à l’examen numérique?

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Une fois de plus, c’est le mouvement des MOOC qui a fait bouger les choses. Permettre à tout participant de passer un examen à distance est à la fois un enjeu d’ouverture en permettant à de nouvelles personnes de valider leur savoir et un enjeu économique puisque la certification est vue comme un (voire le seul) modèle économique viable. Ce besoin s’élargit d’ailleurs à toute formation en ligne, et si les modèles de validation (certification, badges, …) peuvent être variés, les besoins de garantir que la personne évaluée respecte bien la consigne, et qu’elle est bien celle qui revendique la réussite et ne se fait pas aider, obligent à développer un protocole complexe. Cette complexité vient à la fois de la nécessité d’isoler et de surveiller à distance et d’isoler le candidat. On est dans la dimension de reproduction de l’existant, dans l’espace privé du candidat. Les seules solutions proposées actuellement sont de développer un contrôle d’un PC par un surveillant humain à distance.

La numérisation du processus d’examen est un second axe qui intéresse les structures organisationnelles. C’est l’axe d’étude des deux expérimentations citées ci-dessus. Les enjeux sont notablement différents. Pour l’Université de Caen, c’est un discours proche des MOOC (promotion des formations à distance et meilleures conditions de réussite des étudiants), et aussi économique (emplois possibles et limitation d’utilisation de centres d’examens). Dans le cadre de la santé, il y a une volonté d’améliorer le concours (ce n’est pas un examen, une meilleure discrimination des candidats et une meilleure égalité dans la préparation sont recherchées). La nécessité de déployer le concours à un niveau national en salle, tout en restant très proche des modalités existantes, rend le processus technique remarquablement complexe.

Un impact non négligeable de ce type de dispositif est de permettre une évaluation automatisée. L’évaluation est en effet un coût (notamment quand il s’agit de payer des correcteurs pour les concours), une source de discrimination (on sait la variabilité entre relecteurs dès que l’on sort des QCM), et une charge pour les enseignants (nombre d’entre eux considèrent que c’est la partie la plus ingrate de leur métier). Si un retour formatif est souhaitable pendant l’apprentissage, il n’existe pas au moment de l’examen.

Dans les exemples vu ici, nous avons vu principalement émergé une volonté de reproduire des examens, ou concours existants, en maintenant au maximum les conditions existantes, ce qui conduit à des dispositifs complexes et qui n’exploitent pas de nouvelles opportunités permises par le numérique. Dans le rapport de la Stranes, il s’agit pourtant d’”autoriser l’accès à Internet dans le cadre des examens”. Autrement dit de se poser la question de faire évoluer les modalités des examens.

Le passage de QCM en ligne est en effet une limitation forte des possibilités du numérique, une simple feuille à cocher. L’usage de l’ordinateur tout au long de l’apprentissage est pourtant beaucoup plus développé.

Le concours des médecins est ainsi basé sur l’obligation de savoir par coeur tout ce qui leur a été enseigné. Cela se comprend pour des raisons d’efficacité dans le diagnostic et la conduite des soins. Mais pour autant, il faut laisser la place à l’oubli, qui est humain y compris lors d’un concours, et surtout à la capacité de déclencher une recherche lorsque la pathologie dérive de ce qui était connu au moment du cours. J’avoue que j’ai apprécié lorsque lors d’une visite d’un pédiatre, un collègue est passé poser une question et qu’il lui a conseillé d’aller chercher sur les forums spécialisés. De toutes façons, un candidat qui ferait des recherches inutiles serait vite pénalisé dans un tel concours.

En informatique par exemple, nous demandons à nos étudiants de travailler en équipe, de collaborer et d’aider ses pairs, de réutiliser l’existant, de consulter les forums et autres aides en ligne, suivant le domaine applicatif de maîtriser des environnements de simulation d’être efficaces dans l’utilisation des outils de développement, … et nous devrions évaluer cela uniquement au travers d’une feuille de papier blanche ou de son équivalent numérisé ? L’enjeu est bien d’imaginer des nouvelles modalités qui prennent en compte ces dimensions. L’environnement technique à imaginer est sans doute différent. Il importe en tout cas de conserver le poste, voire l’environnement d’apprentissage, de travail dont a disposé l’étudiant pendant sa formation pour qu’objectifs, apprentissage  et évaluation soient alignés (Voir Biggs et l’alignement constructiviste), même si la réponse in fine est simplement de cocher une case.

Cela permettrait de développer des formes d’examens plus riches, et peut être de revenir vers des mises en situations comme peuvent l’être des examens en atelier, la réalisation de performance (sport, musique, théâtre,…), les jeux de rôle utilisés en recrutement ou lors de simulations en santé.

L’évaluation entre pairs est un des éléments qui permet de prendre en compte certaines dimensions, mais on perd alors la dimension d’examen. Notons en passant que cette forme d’évaluation est un manière élégante de retourner la problématique de l’évaluation et des retours formatifs en élément intégré dans le processus de formation et qui l’enrichit (en incitant les apprenants à aller plus loin qu’une simple réponse à une question, en développant de surcroît un processus d’analyse).

Différentes pistes s’offrent à nous.

Peut-on développer une solution qui permette d’évaluer une équipe, une classe … sur une durée d’examen en permettant à chacun de démontrer sa capacité à apporter au collectif et à répondre au problème posé ?

Plutôt que de développer une solution unique d’examen à distance qui oblige le candidat à disposer d’un lieu isolé pour une durée suffisante, à une heure imposée (est ce le cas pour une famille nombreuse vivant dans un petit appartement par exemple), ne pourrait-on pas imaginer d’équiper et aménager des tiers-lieux qui deviendraient centres banalisés d’examens numériques, avec des modalités enrichies. Ces tiers lieux (par exemple les bibliothèques) deviennent déjà des lieux d’accueil physiques pour les apprenants à distance, il ont donc vocation à les accompagner jusqu’à la phase ultime de l’apprentissage.

Ou est-ce que l’examen est une notion dépassée dans un contexte numérique ? Le principe de rompre l’unité de temps et d’action (sinon de lieu) est en effet un des fondements d’Internet. L’évaluation continue, la recommandation sont des alternatives à l’examen.

On y perdrait le rite de passage, l’objectif final qui mobilise nombre d’étudiants. Les deux approches sont donc sans doute amenées à cohabiter en tant que parcours différents. Pourquoi ne pas proposer les deux options ? C’est également une des richesses d’Internet que de proposer l’abondance.

 

NB : votre avis, ou vos exemples sont évidemment les bienvenus

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Crédits photos :

 

Université contributive – état des lieux

Pour une université en phase avec son temps et ses valeurs

La transition numérique modifie l’université de manière plus profonde qu’il n’y parait. Aborder cette transition par le prisme de la contribution permet d’avoir une vision émancipatrice du numérique. Nous allons considérer ici les changements déjà en cours sur le terrain pour montrer qu’ils prennent sens en les articulant au travers de la notion d’université contributive.

« Une université est un établissement qui fédère en son sein la production, la conservation et la transmission de différents domaines de la connaissance » (Wikipedia). L’article cite ensuite Peirce, un philosophe américain, qui a défini en 1891 l’université comme « une association d’hommes […] dotée et privilégiée par l’État, en sorte que le peuple puisse recevoir une formation [guidance] intellectuelle et que les problèmes théoriques qui surgissent au cours du développement de la civilisation puissent être résolus ».

Le numérique transforme profondément la manière dont on produit, conserve et transmet la connaissance, c’est à dire le cycle complet de la vie de la connaissance. L’abondance des informations, leur diffusion ouverte, le partage et la collaboration deviennent la règle. La transition numérique transforme la société et a donc un impact sur l’université. Sur le question de l’évolution de l’université, les rapports (Stranes, Europe)  se suivent mais n’interpellent pas directement les acteurs, que ce soient les étudiants, les enseignants chercheurs ou les autres acteurs de l’université. Et pourtant sur le terrain les choses bougent, la manière d’aborder la recherche, l’enseignement, l’organisation des espaces se modifient en phase avec les attentes des uns et les valeurs portées par les autres. En quoi ces évolutions dessinent elles une université contributive? C’est ce que nous allons essayer d’esquisser ici.

Pour définir “Université contributive”, il n’est pas possible de s’appuyer sur Wikipedia (l’article  “Université contributive” reste à créer à  l’heure où j’écris ces lignes), ni sur quelque moteur de recherche que ce soit, c’est donc clairement un néologisme qui est proposé dans le cadre du MOOC Enseigner et Former dans le Supérieur. C’est Bernard Stiegler qui va nous permettre de démarrer au travers de ce qu’il appelle l’économie de la contribution et sa réflexion sur le travail contributif. Un autre point d’entrée théorique pourrait alors être le travail de Michel Bauwens  (voir par exemple son livre Sauver le Monde, ou un interview «Le « peer to peer » induit que la production émane de la société civile»). Le principe est que tous les acteurs peuvent contribuer, dans notre cas donc étudiants, enseignants chercheurs, mais également tout le personnel des universités, aux différentes facettes de la vie de la connaissance.

Nous allons essayer de cerner la notion au travers de courants qui existent aujourd’hui. Au delà de la théorie, la contribution prend corps à partir du terrain. Tout comme le web est défini par le flux, sans action point de contribution. Dressons donc un panorama partiel des courants et des actions qui relèvent de cette université contributive.

Au niveau recherche tout d’abord, différents mouvements,comme les Humanités numériques, la science 2.0, qui promeuvent de nouvelles approches pour faire de la recherche, en permettant à tous de s’associer à un travail de recherche, en publiant non seulement les résultats, mais en partageant également les données utilisées et le protocole expérimental retenu. Le processus de recherche devient ainsi communautaire. Parmi d’autres, le projet Cesgo, issu du domaine de la biologie, propose une infrastructure de recherche complète (un environnement virtuel de recherche) permettant un travail collaboratif entre chercheurs  en mettant à disposition moyens techniques et humains pour conduire un telle démarche contributive. Ces différents mouvements et initiatives promeuvent une approche ouverte pour les données et les publications, considérant que la connaissance, produite par les universités, est à verser dans le domaine des biens communs. La connaissance doit être disponible pour tous, et est gérée par la communauté.

Au delà du cercle des chercheurs, les démarches de science ouverte proposent d’associer les citoyens à la recherche. Des initiatives en cours de construction comme ”65 millions d’observateurs” visent à permettre à chacun de contribuer. Les chercheurs anglais en éducation qui publient chaque année depuis 2012 un dossier prospectif sur les grandes tendances pédagogiques, ont parfaitement intégré cette dimension dans leur cadre d’analyse. Le rapport “Innovating Pedagogy” de 2013 mettait ainsi en avant la “Citizen Inquiry” au coté de la “Maker Culture”, du “CrowdLearning” et des MOOC (résumé en français ici).

Entre recherche et pédagogie, François Taddei milite pour le développement de démarches collaboratives dans l’éducation, basées sur la démarche scientifique et ouvertes sur le monde.

Coté enseignement l’université contributive va au delà de la simple ouverture de ressource. En termes de pédagogie, elle passe par un accompagnement de la construction de la connaissance par les apprenants, en phase avec les compétences définies par la littératie numérique. Par exemple, certains proposent une co-écriture avec les étudiants des ressources d’un cours. Une telle démarche contributive entre dans le cadre des ressources éducatives libres (REL ou OER en anglais, libre car quel autre statut donner à une telle oeuvre collective). Il devient possible de proposer un cours basé sur les contributions des étudiants.

Dans un certain nombre d’institutions et dans un cadre défini, les étudiants peuvent également proposer leurs sujets de projet ou de recherche. Les productions issues de ces travaux sont d’ailleurs des contributions à la connaissance.

L’évaluation et l’apprentissage par les pairs permettent aux étudiants de contribuer à leur formation. L’évaluation par les pairs a notamment connu un regain d’intérêt dans les évaluations dans les MOOC.

L’étudiant devient ici contributeur de sa formation et de celle de ses pairs. L’enseignant est accompagnateur, garant du processus de construction. Et on le voit ces contributions peuvent porter aussi bien sur le contenu, que sur les sujets d’études ou même l’évaluation.

L’université est également un lieu de vie. Là aussi la logique de contribution transforme les espaces et permet de repenser les événements. Le Fablabs qui développent la culture du faire et de l’auto-organisation fleurissent dans les universités. La conception des espaces est repensée pour intégrer le numérique, encourager les échanges, et mieux accueillir les étudiants.

Un lieu de vie est un espace d’accueil d’événements. Les approches contributives ont depuis longtemps pris conscience de l’importance de rencontres physiques, d’événements qui donnent à voir, et qui amplifient la logique de contribution. Nombre de conférences informelles, d’échanges, de débats se déroulent sur les campus. Citons deux exemples parmi d’autres qui démontrent de nouvelles formes d’échanges sur des sujets trop peu mis au débat.

Le premier exemple est le MOOCamp day, événement national organisé sur 7 sites simultanément, durant lequel la proposition était 1) de proposer des sujets de MOOC, 2) de construire ensemble les scénarios des MOOC retenus, 3) de voter pour son MOOC préféré. La contribution de tous porte bien ici de sur des sujets de cours, de leurs organisations et de leurs contenus.

Le deuxième exemple est la journée Hack’apprendre “2035 idées pour construire l’université en 2035” de l’université de Louvain La Neuve durant laquelle chacun était invité à contribuer en apportant ses idées sur l’université de demain.

 

Et en parlant du renouvellement des espaces et de l’organisation des événements, nous venons implicitement de parler des espaces de conservation de la connaissance, tant les bibliothèques ont été les premiers espaces à se repenser en tant qu’espace de ressources, de travail en groupe, et d’événements, souvent en se rebaptisant learning centers. Les personnels de ces espaces ont d’ailleurs vu leur métier évoluer. Certains se constituent en communauté ouverte pour contribuer à l’évolution de leur métier, comme par exemple au sein de doc@Brest.

On le voit, de nombreux éléments existants contribuent à dessiner l’université contributive. L’acception de cette notion permet de donner corps et cohérence à de  nombreuses initiatives qui dessinent une véritable évolution de l’université. En associant tous les acteurs, et toutes les facettes, elle implique une approche holistique de l’évolution de l’université.

Cette évolution permet de réaffirmer la place de l’université au sein de la cité. Elle modifie nos métiers (d’étudiants, d’enseignants chercheurs, mais aussi on l’a vu au travers de l’exemple des bibliothécaires de tous les autres personnels de l’université). En revisitant la notion de pairs, elle fluidifie les relations. En donnant un pouvoir d’agir à tous les acteurs, elle est plus intégrative. En ne s’interdisant pas de sujet a priori elle permet d’évoluer et d’être en prise avec la société. Et nous pouvons tous y contribuer.  

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Postface : beaucoup d’autres exemples pourraient compléter ce panorama, n’hésitez pas à me les faire connaître. Et puisque ce billet est écrit dans le cadre d’un débat proposé par le MOOC Enseigner et Former dans le Supérieur, n’hésitez pas à réagir.

Crédit photo : Global Village au Centre Vie par Telecom Bretagne lience CC-by-nc-sa

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