Et si on pensait un vrai cartable numérique, c’est à dire, personnel

Le cartable, c’est le sac dans lequel vous stockez vos cahiers, votre trousse avec vos stylos, votre gomme, votre règle, votre équerre et votre compas. C’est là que vous avez les livres qui vous servent en ce moment. C’est aussi ici que l’on range son carnet de correspondance avec ses notes, ses échanges avec les enseignants et l’administration et que l’on pourra conserver au delà de l’année.  Mais c’est aussi là que vous stockez vos trésors : vos bons points, vos billes et autres ocelets, vos malabars, le petit livre ou le petit bricolage dont vous êtes si fier.  

C’est donc bien plus qu’un espace d’accès à l’école, c’est votre espace personnel à l’école ! C’est le moyen d’exister en tant qu’individu dans un collectif.  Si vous changez d’école, vous conserverez votre cartable, avec tout ce qu’il y a dedans, sauf peut être les livres qui resteront dans l’établissement s’ils ne sont pas en accès libre. L’étudiant qui devient travailleur troquera son cartable pour une musette, qui elle aussi contiendra ses affaires personnelles.

Laissons cet un élève nous ouvrir son cartable numérique personnel.

“Bonjour, je m’appelle Antoine, je vais vous montrer ce que j’ai dans mon Cartable.

L’affichage que vous voyez ouvert, montre mes progrès de course à pied, il récupère mes données de mon smartphone. J’ai fait un footing juste avant de vous croiser. Juste à coté, mon coté, mon copain Yann a partagé une petite application qu’il a lui même développé pour comparer nos courbes de progression à Pokémon GO, on y retrouve nos amis de Facebook qui veulent bien partager leurs scores.

Là, j’ai mes compte rendus de TP. Sur celui-ci on a travaillé sur un document partagé pour prendre des notes avec mon binôme. On a fait une photo du montage, et un film de la prise de mesure. Regardez les courbes qu’on a obtenues, il y a là un petit décrochage. Quand on a posé la question sur le forum, un ancien nous a dit qu’il y a avait un petit jeu sur la maquette, ce que le prof a confirmé. On a remis le CR au prof et j’ai gardé une copie dans mon cartable. Sur cet autre, on est allé sur nquire-it pour voir comment mesurer la vitesse d’un ascenseur. Chacun pouvait aller faire sa mesure dans la semaine en ville, ou à l’école. on a pu partager nos courbes, et ce n’est pas celui de l’école qui est le plus rapide.

Là, j’ai ma carte de maîtrise, vous voyez tout ce que je maîtrise déjà, le compétences sur lesquelles je travaille, les exos qui peuvent m’aider, les challenges qui peuvent m’intéresser. Tiens celui-ci, les copains l’ont bien aimé, et ces deux là sont conseillés par mon prof. Il parait que ça ressemble au du site de la Khan Academy, en mieux. Je peux me comparer avec mon copain Yann, mais aussi la moyenne bretonne ou nationale.

Par ici, c’est ce que mon coach appelle un portfolio. Je peux y regrouper tout ce que je veux pour me projeter dans ce que je voudrai faire. Par exemple, j’ai fait un dossier sur la mer, parce que c’est un domaine qui me passionne et dans lequel j’aimerai travailler plus tard. J’y ai mis les compte rendus sur nos sorties en mer avec l’école, mon attestation du MOOC Flotrisco. Les liens vers les photos et les commentaires (et mon cartable a gardé une copie), que j’ai déposé pendant ce MOOC sur le même site que le TP sur les ascenseurs. Et puis surtout tout ce que j’ai pu récolter pendant mon stage à l’Ifremer : des photos, un interview d’un chercheur, des vidéos qu’un copain a prises de moi pendant que je nourrissais les poissons, et même le rapport. Et à coté, je regroupe tout ce que je peux trouver sur les métiers de la mer.

Et vous, vous l’utilisez comment votre cartable ? “

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Ce petit texte a été rédigé en préparation à un échange “Mon idée pour changer l’éducation“ qui se dérouler juste avant #Ludovia13 dont le thème est cette année « Présence, attention et engagement en classe avec le numérique ».

L’idée présentée ici est liée à des réflexions issues mon travail de recherche autour des données  d’apprentissages (learning analytics). Parmi les influences inspirantes, je voudrai citer ici les travaux de la FING, d’une part l’exploration FuturEduc qui vise à explorer des futurs désirables autour de “l’École pour tous à l’ère numérique” et d’autre part le projet musette de l’actif, qui vise à imaginer des services pour le travailleur à l’ère du numérique. Vous pouvez voir cette proposition comme une intersection des deux. Trois idées clés guident cet exercice de prospective.

La première est que pour encourager l’engagement, il est intéressant de donner à voir ce qui est réalisé, de pouvoir se construire sur ses acquis, pas seulement sur l’atteinte d’objectifs. Pour surmonter un échec, il faut savoir ce qui a coincé, mais surtout ce qui a été malgré tout réalisé, et acquis.

La seconde est qu’un apprentissage, s’il est personnel, se place dans un cadre social dans lequel chacun choisit ce qu’il donne à voir. Et puisqu’il est social, chacun peut développer de nouvelles interactions, passer d’une application à une autre, échanger sur les sujets de son choix.

La troisième est qu’apprendre se fait tout au long de la vie, est un parcours personnel qui appartient à chacun. Il est donc indispensable de penser cet espace numérique personnel comme étant une propriété privée, mais surtout un espace de confiance. Il doit permettre de passer d’un établissement à un autre, d’un employeur à un autre, et  de se construire avec les autres.

 

Crédit photo : #1 Série : « Ce que je suis »  par ALlisson H licence CC-by-nd

 

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Des prototypes #Edtech alternatifs

Je voudrai partager avec mes lecteurs les 3 sujets de projets que j’ai proposé a nos étudiants de troisième année de Telecom Bretagne, et que certains m’ont fait la joie de prendre à bras le corps. Tous les trois tournent autour des données d’apprentissage.

On présente souvent la edtech comme un monde de startups qui visent à proposer des services “éducatifs”  et surtout en faisant des profits. Ce n’est a priori pas un modèle exclusif tant les modèles libres ou basés sur les communs devraient être des alternatives à considérer lorsque l’on pense éducation. D’autant que c’est une option particulièrement adaptée dans le contexte de déploiement dans le cadre du service public. Il y a évidemment des conditions pour permettre une diffusion suffisante mais ce n’est pas le sujet de ce billet.

Des sujets autour des données donc, mais sans modèle économique lié à l’exploitation des données. La récolte de données reste néanmoins utile, car il est ainsi possible d’envisager des aides à l’apprenant, en lui proposant un suivi, en lui faisant des retours sur ses apprentissages, voire de proposer une évaluation de son activité. Cela est classique et ouvre des perspectives, mais c’est un point de vue de développement au service du métier de l’enseignant. Il me semble encore plus intéressant de se positionner en considérant ce qui devient possible lorsque l’on permet à l’apprenant de disposer de ses propres données pour lui-même. C’est dans cette perspective de données d’apprentissages inversées que j’ai proposé ces sujets, dans la suite des réflexions déjà développée dans ce blog.

Premier sujet : la mise en place d’un portail de partages de mesures, photos, vidéos collectées par mobile pour résoudre ensemble une question dans une démarche d’investigation. Nous avons fait le choix de traduire nquire-it (si vous voulez contribuer, c’est ici mais d’abord un peu technique). L’accueil de l’équipe qui a développé ce portail en anglais a été très bon, et nous espérons pouvoir le mettre en ligne en français d’ici le printemps. Si vous avez une idée de nom de site, nous accueillons vos suggestions avec intérêt. L’idée est ici que l’apprenant est acteur de sa collecte et de son exploitation. Il y a d’ailleurs plusieurs possibilités d’extensions mais cela ferait l’objet d’un billet entier.

Le deuxième sujet est de proposer une alternative pour la récolte des données d’apprentissage. Le monde du e-learning est en train de proposer des nouveaux standards pour permettre de récolter des données d’apprentissage sur des outils variés et de les regrouper ensuite pour permettre un meilleur suivi. Parmi ceux-ci, le standard xAPI est ouvert et permet de regrouper ces données dans des entrepôts (repository) pour exploitation ultérieure. L’idée est de pouvoir regrouper les données pour un même cours (ou plus). nous inversons ici la logique en proposant de définir un entrepôt dans un espace de données d’apprentissage personnelles, l’apprenant pouvant alors croiser ses expériences venant de différents contextes d’apprentissage. Typiquement, nous regardons ce qu’il est possible de récolter lors de l’utilisation du portail La technologie utilisée en termes de données personnelles est celle proposée par Cozy.

Le troisième sujet s’inscrit logiquement dans l’organisation et l’exploitation des ses expériences pour construire son propre e-portfolio sur Cozy. Il s’agit ici d’un prototype pour démontrer qu’il est possible de regrouper différentes sources, de ses apprentissages (sujet 2), de port folios extérieurs, mais aussi de sources de certifications, comme les openbadges. Plutôt que de déposer ses données sur le site de son établissement de formation, de son université, l’idée est ici aussi de récupérer ses données de ses différents parcours d’apprentissage (et professionnels – travailler c’est aussi apprendre) et de les regrouper dans son espace propre pour en avoir la maîtrise dans une approche de self data. Ces regroupements peuvent alors faire l’objet d’un travail de portfolio et de sa publication.

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On le voit, remettre en question la logique du flot des données en apprentissage permet d’explorer des voies stimulantes. Ces trois projets d’étudiants permettent d’explorer les aspects techniques de certaines réflexions menées sur ce blog. Si ces projets vous interpellent, je peux vous mettre en contact avec mes étudiants. Et si vous êtes patients, ils se sont engagés à publier leurs résultats sous licences libres à la fin de leur projet en mars.

Si vous êtes étudiant ou développeur, n’hésitez pas à prendre contact.

La prochaine étape sera de tester tout ça. Et pourquoi pas dans un MOOC ? 

 

Crédit photo : Digilant: Above and beyond the data (2) par Charls Tsevis licence by-nc-nd

Une expérimentation du Self Educative Data, on y va ?

C’est Frederica Minichiello qui nous le propose au travers d’un excellent article sur Thot Cursus 🙂 Son interrogation part du cahier de prospective de la Fing sur le Self Data, ce qui est clairement le bon cadre pour penser une responsabilisation des étudiants dans leur gestion de leur devenir.

J’en profite pour remercier Frederica pour ses références (Questionnements sur les outils d’apprentissage personnalisés, Data Quality Campaign, My Data Initiative) autour des questionnements utilisateurs qui permettent de mieux aborder cette dimension utilisateur qui est centrale pour pouvoir faire évoluer les pratiques de gestion des données .

Sinon, je milite également pour une telle expérimentation qui paraît indispensable pour identifier les premiers usages permis par la réappropriation de ce type de données. A priori, c’est bien un dossier de ses apprentissages (intégrant à la fois ses résultats scolaires, mais tout autant ses réalisations et apprentissage dans d’autres contextes). Cela correspond effectivement à un portfolio dans le sens d’une collecte de ses preuves de progression, dont on choisit de publier la partie que l’on considère significative.

Pourquoi pas dans le cadre de la Fing ? C’est peut être une bonne idée. Sur une base de Cozy Cloud, ce serait parfait

Cette semaine, nous avons également vu la publication du rapport de la commission de la Stratégie nationale de l’enseignement supérieur. On y parle de données, de la nécessité de mieux les exploiter pour soutenir une stratégie ambitieuse pour faire avancer l’enseignement supérieur. C’est nouveau dans le débat, et c’est une belle avancée que de le faire apparaître en tant qu’élément stratégique . J’avoue ne pas avoir tout lu, simplement survolé (recherche du mot clé data…). On y trouve l’idée que les données doivent être interopérables, et qu’il faut travailler au sein du W3C pour avancer sur ce sujet, ce qui paraît intéressant, gérer des informations en open data et protéger les données personnelles, développer un système d’information permettant l’aide à la décision pour l’ensemble des acteurs (étudiants, enseignants-chercheurs, administrateurs). Espérons que ce dernier volet pourra s’appuyer sur les résultats du projet ANR Hubble. Par contre, la notion de Self data ne semble pas apparaître pas dans ce rapport, le point de vue semble encore de développer un système d’informations centralisé. La notion d’Open Data n’apparait que pour la publication d’une base d’informations sur les débouchés professionnels, et pour la production de ressources éducatives. Les principes de publications d’autres données ouvertes, sur l’organisation et la conduite de l’université (bref open gouvernement), sur les apprentissages, sur la co-production de contenu sont absentes.

C’est d’autant plus dommage que cette semaine le Conseil National du Numérique a lancé un appel sur la libre diffusion de la culture et des savoirs, et invite à signer une pétition pour soutenir les mesures du projet de loi numérique sur le domaine public informationnel, l’open access des publications scientifiques et le text and data mining.

Ces questions d’ouverture des données devraient apparaitre de manière plus centrale dans une stratégie nationale de l’enseignement supérieur. La réappropriation de ses données par l’étudiant aurait été une vision prospective bienvenue.

En attendant que cette expérimentation soit lancée, on n’oubliez pas de signer l‘appel du Conseil National du Numérique.

L’ambition de LinkedIn dans le monde de la formation

LinkedIn est LE réseau social professionnel international qui permet à chacun de gérer et publier son CV, ses formations, ses diplômes et ses certificats (notamment obtenus en suivant des formations comme des MOOC), son carnet d’adresse public, son expérience professionnelle, ses productions, mais aussi de recommander ses pairs, d’échanger sur tout sujet, … Il est devenu incontournable d’y figurer dans nombre de domaines. Ainsi, il est inimaginable pour un jeune ingénieur aujourd’hui de ne pas avoir un CV en ligne, et peu courant que celui-ci ne soit pas sur LinkedIn. Pour pouvoir évoluer ceux-ci maintiendront naturellement à jour les informations qui les concernent permettant à LinkedIn de disposer de données précieuses sur le marché professionnel.

Les associations d’anciens de nos écoles ont besoin de maintenir le contact entre les diplômés d’un établissement supérieur. Comme LinkedIn est perçu avec raison comme un réseau social professionnel, il est naturel d’utiliser ce réseau comme vecteur principal des échanges numérique de ces associations (via des groupes, des forums …). J’en connais au moins 2 exemples…

Pour les écoles professionnelles, LinkedIn est d’ailleurs un outil précieux d’informations sur l’évolution des métiers. Il contribue ainsi à permettre aux établissements à définir leurs formations.

LinkedIn devient ainsi un partenaire incontournable des établissements de la filière de l’éducation professionnelle. Il permet aux diplômés de trouver du travail, de rester en contact, d’obtenir des informations sur l’évolution de leurs métiers. Ces impacts positifs permettent à cette entreprise de développer une relation forte avec les professionnels en tant qu’utilisateurs de formations.

Il en profite évidemment pour développer une connaissance fine de l’évolution des métiers, des parcours, des domaines privilégiés des différents établissements et du corps social de leurs anciens. Il est raisonnable de penser que LinkedIn connaît mieux le réseau des anciens, ses aspirations, son mode d’évolution que les établissements d’enseignement eux-mêmes.

Au niveau des MOOC, il n’est pas rare de voir apparaître un groupe LinkedIn pour permettre à la communauté de survivre à la fermeture du cours. LinkedIn est donc quelque part le dépositaire potentiel de ce qui fait la valeur ajoutée des MOOC : leurs communautés qui ne sont pas gérées dans les plate-formes de cours.

Ce qui permet à cette entreprise de développer nombre de services sur lesquels les établissements n’ont pas de contrôle et dont ils peuvent devenir dépendants.

Dit autrement quelle position LinkedIn ambitionne-t-elle par rapport au domaine de la formation ? Être un panneau d’affichage de diplômes et autres certificat doublé d’un simple relais des discussions entre anciens n’est certainement pas à la hauteur d’une des entreprises du numérique. Par contre, devenir le moteur de recommandation des formations semble plus prometteur.

Premier niveau de service, le classement des universités en fonction des métiers rêvés. Celui-ci ne fonctionne pour l’instant que pour 3 pays anglo-saxons (USA, Royaume Uni et Canada), mais on imagine que ce classement pourrait avoir un impact plus important que celui qui établit les hiérarchies entre écoles et qui sont actuellement publiés annuellement dans les journaux. Et on peut s’attendre à le même type de débats que ceux qui ont tourné autour de l’algorithme PageRank de Google.

Le second niveau de service concerne plutôt la formation professionnelle, Graal des établissements d’enseignement du supérieur qui y voient un potentiel de recettes. Il s’agît de la recommandation de formations pour pouvoir évoluer dans sa carrière professionnelle. Un des objectifs de LinkedIn est de pouvoir relier les personnes, les offres d’emploi avec les compétences nécessaires pour les exercer et les formation proposées permettant de les acquérir. LinkedIn pourra ainsi recommander les différentes formations professionnelles proposées aux internautes pour évoluer et obtenir le job de leur rêve.

Quelles seront les formes de formation mises en avant par de telles recommandations ? S’agira-t-il de formations présentielles ou en ligne ? Clairement, les formes plus souples seront sans doute privilégiées. Est ce que ce seront les MOOC proposés par les universités, ceux proposés par les entreprises ? Ou d’autres formes de cours en ligne plus en phase avec les besoins des professionnels en recherche d’évolution de métier ? C’est en tout cas une tendance identifiée de la formation tout au long de la vie, du moins dans sa perspective professionnelle, liée à une évolution constante du marché du travail. Et cela risque de devenir une pression du marché sur les établissements de l’enseignement supérieur qui voudront être présents dans le domaine de la formation professionnelle. Mais les services de formation continue des universités sont-ils prêts face à une évolution de ce type ? Auront-ils l’agilité pour suivre les évolutions à venir, pour aller vers les clients potentiels ? Vu leurs performances actuelles, on peut légitimement en douter.

Dans une telle offre numérique et ouverte, quelles seront les formes donc d’offres de formation qui seront retenues par les utilisateurs et promues par les services des Ressources Humaines ? Rien n’est dit mais il y a clairement une multiplicité de l’offre, dont les MOOC ne sont qu’un exemple.

Ce qui m’importe plus ici est de me poser la question de la concurrence qui existera au niveau de l’offre. Si on peut penser que les établissements de formation continue classique sauront répondre à la demande, il faut sans doute surtout s’intéresser au nouveaux entrants issus du monde numérique, et ils sont nombreux. Citons en simplement deux qui sont particulièrement notables.

  • Le premier est OpenClassrooms, petite entreprise française qui vient de dépasser le million de membres inscrits, et qui a décroché l’accès direct aux demandeurs d’emploi, ce qui devrait lui permettre d’élargir sa base utilisateurs. Quand on voit que dans le même temps le Ministère de l’enseignement supérieur passe un protocole d’accord avec OPCALIM, on peut s’étonner de la différence d’agilité, et s’interroger sur l’évolution opérationnelle des deux offres.
  • Le second est tout simplement LinkedIn, du moins au travers un de ses rachats récents, la plateforme de cours Lynda. LinkedIn ne se positionne donc pas simplement comme outil de recommandation, mais aussi comme offreur de formations. Le couplage des deux services lui donne indéniablement un avantage par rapport aux établissements traditionnels. Et quand on compare les moyens mis en œuvre, 1,5 milliards de dollars pour ce rachat, face aux 12 millions d’euros pour le plan d’investissement d’avenir (PIA) Idefi-N visant à faire évoluer l’offre de formation universitaire en ligne, on peut s’inquiéter de qui a l’initiative sur l’évolution des formations. D’autant que les délais de mise en œuvre du PIA se comptent en années, une année quasi complète pour simplement le processus de sélection…

Clairement, le tsunami numérique prédit par Emmanuel Davidenkoff progresse et concerne également l’enseignement supérieur. LinkedIn vise à être un élément central dans ces bouleversements. Ce n’est pas le seul acteur, mais sa feuille de route est explicite, les moyens disponibles impressionnants, et ce sans questionnement partisan sur la réforme du système.

Crédits photos : My LinkedIn Connections par Michael Korcuska licence CC-by-sa et LinkedIn Centipede Participants in the 2010 ING Bay to Breakers par A Name Like Shields Can Make You Defensive licence CC-by

Données personnelles en éducation

Belle présentation hier à la cantine numérique de Brest, Benjamin André est venu nous présenter la solution de cloud personnel CozyCloud qui permet donc d’héberger soi même ses données personnelles, de le gérer et de les faire interagir entre elles hors des silos de données que sont les grands opérateurs du Web. Cela permet à la fois de reprendre le contrôle sur ses données, de les partager avec des applications tierces, et d’imaginer de nouvelles applications innovantes. Bref, une approche qui revitalise l’innovation, qui redonne confiance sur le devenir des données personnelles tout en permettant d’éviter l’amoncellement de données dans des serveurs centralisés.

D’après Benjamin, cela donne une opportunité aux secteurs du pré-numérique pour pouvoir réagir à la transition numérique qui les menace (voir l’excellente synthèse de Nicolas Colin : les 5 étapes du déni). Or quelque part l’éducation est un de ces secteurs du pré-numérique, qui a dans tous les cas bien besoin de se réformer. Si on adoptait donc le point de vue que les données d’un élève, d’un étudiant, sont des données personnelles.

Aujourd’hui, tout comme notre relevé bancaire est stocké dans notre banque, un relevé de notes est stocké dans notre établissement. Le cloud personnel permet de disposer en propre dans son espace des données bancaires, pas encore des données d’apprentissage. Dommage, ce serait pourtant bien pratique. Un premier exemple d’application pourrait ainsi être le dépôt de dossiers de candidatures. La solution APB (le logiciel que les bacheliers doivent affronter pour déposer leurs vœux de formation) montre bien qu’une solution centralisée ne permet pas d’éviter nombre de photocopies (papier) pour répondre aux besoins variés des différents établissements, sans parler de si vous voulez partir à l’étranger.

Dans la même veine, les open-badges que Mozilla propose sont évidemment certifiés par des établissements, mais il est indispensable d’en conserver la liste quelque part. Un espace de données personnelles est bien l’espace de dépôt naturel. Là aussi ces badges ont été développés pour permettre de dépasser les frontières entre différents opérateurs et différents pays.

Pour conclure sur ces données personnelles que sont les preuves d’apprentissage, il serait naturel que le portfolio d’une personne puisse être hébergée, contrôlée et mise à jour facilement par cette personne, ce qui n’empêcherait pas d’en publier une image sur les réseaux sociaux professionnels. Le portfolio, c’est à la fois la récolte des traces d’apprentissage, la construction de son parcours et la publication vers des tiers (futurs employeurs principalement). Bref un outil pour la construction de son projet professionnel et de vie. Les solutions proposées jusqu’ici pour développer ces eportfolios souffraient de cette question d’hébergement et de contrôle personnel, et étaient trop locales face à des grands réseaux comme linkedIn ou Viadéo.

Autre axe, l’accès aux ressources et aux activités d’apprentissage. Pourquoi ne pas imaginer que le plan de travail, les ressources soient accessibles dans un espace personnel, et que la progression soit considérée comme étant une trace personnelle. Évidemment certaines données seront rendues partagées pour permettre les interactions et l’évaluation, mais bien selon les objectifs de l’apprenant. Cela permettrait de gérer au mieux, à la fois son accès à des ressources d’apprentissage (et notamment la conservation révision), et d’envisager de gérer de manière responsable son parcours d’apprentissage.

Dernier point à examiner, l’aspect analyse de données d’apprentissage (learning-analytics). L’approche de cloud personnel permet(tra) d’éviter les regroupements massifs de données pour cette analyse (comme c’est le cas dans le cadre du Big Data actuel). Cela permettrait éventuellement de simplifier l’éthique de la gestion des données, qui on le voit bien oblige à développer un contexte juridique complexe et limitatif pour faire quoique ce soit (c’est d’ailleurs un des lots du projet Hubble, qui vise à développer un observatoire sur les analyses de traces d’apprentissage). Ce qui est bien entendu légitime, mais est de fait également un handicap face aux entreprises du numérique qui gèrent ces données de manière opaque, sans être encadrées de la même manière. De plus, cela permettrait d’envisager des croisements de données impossibles aujourd’hui puisque celles-ci sont cloisonnées entre cours différents.

Bref, un cloud personnel semble un excellent support pour concevoir un environnement d’apprentissage personnel nouvelle génération. Qui permettrait d’engager les apprenants dans leurs apprentissages, et de mieux les connaître.

Crédit photo : @natashakenny et al: #TLI2012 Curriculum Planning, ePortfolios & More. Evidencing Learning outcomes par Giulla Forsythe licence CC-by-nc-sa

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