Quelle offre de MOOC dans mon établissement ?

À l’heure ou l’offre de MOOCs se développent (198 trouvés sur Coursera aujourd’hui), où l’on voit déjà poindre un embryon d’offre en français : le cours de l’EPFL sur la programmation objet est annoncé, et le premier MOOC francophone ITyPA « Internet Tout y est Pour Apprendre » a démarré il y a déjà deux semaines, certains établissements supérieurs peuvent se poser la question de comment positionner une offre prenant en compte cette nouvelle dimension d’offre de cours.

Un MOOC, c’est un cours (au sens qui se déroule sur une période) ouvert, en ligne et Massif (au sens où le nombre d’inscrits peut être important et n’est pas limité.

Premier axe, pourquoi proposer un MOOC ? Voici plusieurs options qui peuvent être complémentaires :

  • Pour démontrer la dynamique de l’établissement. Il faut en être, allons-y. Pour cela il faut trouver un cours et quelques enseignants pour mettre en ligne un cours.
  • Pour accroître la visibilité de l’établissement. La question sera ici d’arriver à donner le maximum de visibilité aux cours proposés. On pourra jouer sur les canaux de diffusion, par exemple en essayant de se joindre à des initiatives visibles comme Coursera, en proposant une forme originale comme DS106, ou tout autre manière de faire le buzz ;
  • Pour attirer des futurs étudiants. Les meilleurs établissements cherchent à attirer de futurs talents, tous les établissements cherchent à remplir leurs salles de classe. On cherchera un cours d’appel attirant pour ce public, soit un cours de première année particulièrement réussi (le MIT a commencé avec un cours d’ouverture), soit un sujet qui les passionne (là je garde mon idée pour l’instant). Bref, quelque chose de motivant, qui leur donne l’impression d’avoir déjà un pied dans votre établissement, et qui leur donne envie d’y mettre le second. Le MOOC est ici un produit d’appel ;
  • Pour faire des économies. Si ce cours peut être construit en réutilisant des ressources (libres de préférence, voire en partie déjà sur les étagères d’une université numérique thématique) déjà existantes. Mais la mise en ligne de cours n’a jamais généré d’économies jusqu’à présent. Sauf à pouvoir rejouer plusieurs fois le même cours sans modification, et même là l’économie reste difficile à évaluer. Surtout que la concurrence obligera certainement à faire vévoluer les couprs plus vite qu’aujourd’hui ;
  • Pour permettre à de nouveaux étudiants de s’inscrire dans des formations existantes. Ce n’est peut être pas un MOOC que vous visez, mais des inscriptions complémentaires, il faudra donc vous poser la question de compléter votre cours ouvert avec un suivi en ligne pour vos étudiants à distance. La formule risque de ne pas être gratuite. Reste à savoir quel est le mode d’inscription : formation initiale, formation continue payante … Mais la formule ouverte permettra à vos futurs étudiants de voir sur pièce pourquoi ils choisiront de s’inscrire chez vous. On pourra s’intéresser à la démarche de Academic Partnerships ;
  • Pour développer une nouvelle offre. Le modèle économique reste à définir mais tous ceux qui ont créé des startups y croient. En tout cas, il faudra être au clair ,sur sa légitimité, sur son équilibrage financier, avant de se lancer dans cette voie, sous peine de se faire dépasser par la concurrence qui ne va pas manquer de se mettre en place. C’est malgré tout un enjeu pour nos universités ;
  • Pour rendre une offre disponible sur plusieurs sites. Ceci est tout à fait imaginable dans le cadre des différents rapprochements d’établissements. Cela permettrait à la fois de créer des synergies entre sites, notamment si la préparation et l’accompagnement sont faits de manière collaborative. Il sera donc nécessaire de développer l’offre en ligne, l’ouverture sous forme de MOOC permet d’élargir les échanges ;
  • Pour améliorer la pédagogie. C’est le point principal qu’a retenu Sir John Daniel. Rendre visible les cours donne une pression supplémentaire aux enseignants, les met en concurrence et permet d’accéder aux meilleures pratiques. Il faudra accompagner, mais oui on rend les contenus, la pédagogie, visibles, comparables. Sir John Daniel semble considérer que dans cette volonté d’améliorer sa pédagogie, le MIT a commencé par développer une offre de ressources en ligne (sa fameuse initiative OpenCourse Ware) avant de passer aux cours proprement dits.
    • La France a déjà développé une offre de ressources en ligne au travers des universités numériques. Rien ne prouve que cette démarche ait contribué à améliorer les ressources de nos universités. La bonne nouvelle, c’est que la première étape est déjà réalisée en France ;
    • Le danger actuel, que l’on peut craindre au travers des premiers xMOOC (pour une définition de xMOOC et cMOOC) mis en place, c’est qu’au contraire on aille vers un enseignement très standardisé et assez pauvre. Mais chacun parie que l’ouverture devrait permettre des améliorations rapides dans la manière de diffuser et d’animer ces cours ;
    • De manière complémentaire, si on regarde ce qui se fait dans les cMOOC , on trouve des éléments pour répondre aux questionnements sur les échanges d’approfondissement liés aux dynamiques de groupes. La question qui reste à explorer est de savoir s’il s’agit de 2 modes incompatibles ou complémentaires .

Second axe, pourquoi ne pas proposer aux étudiants d’un établissement des MOOCs externes ?

  • Pour des cours manquant de ressources. Sur certains cours, notamment sur des sujets récents ou émergents, les ressources pédagogiques existantes peuvent manquer. L’utilisation d’un MOOC existant permet d’utiliser des ressources existantes, le rôle de l’enseignant se redéfinissant alors à une pratique d’accompagnement. Le Mooc ne serait-il pas alors la vraie forme de manuel numérique. De manière alternative, on peut imaginer que ce soient les étudiants qui recherchent des ressources et les exploitent pour constituer la base du cours selon un mode pédagogique plus constructiviste, voire connectiviste si le groupe est suffisamment important ;
  • Pour faire des économies. Pourrait-on organiser une formation basée sur l’offre disponible des MOOCs existants ? Quelle serait alors la raison d’être de l’établissement qui construirait ce genre de formation, sa valeur ajoutée ?
  • Pour augmenter l’offre de cours. Autre angle de réflexion, légèrement différent du précédent. Même si votre établissement propose une offre de cours cohérente, l’individualisation des parcours, les besoins d’ouverture, le maintien de formation à effectifs réduits … peuvent vous pousser à reconnaître des cours externes à votre établissement pour enrichir votre propre offre. La question ici est de savoir comment évaluer la réussite de vos étudiants. Ici on commence à parler du campus planétaire.

De manière complémentaire, on pourrait imaginer développer une telle offre qui serait proposée à d’autres établissements, soit pour renforcer des liens, soit pour augmenter sa propre visibilité, notamment autour de son expertise de recherche.

On le voit bien dans cette réflexion, le MOOC n’est pas à considérer comme isolé, mais bien comme un élément dans ce système complexe qu’est une offre de formation complète, intégrant le recrutement des futurs étudiants, la construction des parcours étudiants, la pédagogie pour délivrer les enseignements, les autres offres (formation continue, tout au long de la vie …).

La question est également, si une offre de cours (au sens déroulement, pas simplement sous forme de ressources) ouverts se développe, de savoir quels seront les cours qui seront effectivement massifs dans la sphère francophone. La question d’un MOOC est également de susciter des inscriptions, pas simplement de rendre disponible un contenu et un déroulement.

Crédit photo : MOOC Art #ds106 #manchester par heloukee (CC-by-nc-sa)

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Comment les établissements pourront-ils exister face aux MOOCs ?

Jusqu’à quel point les MOOCs vont-ils modifier les modes de fonctionnement des établissement de l’enseignement supérieur ?
C’est une des questions qui m’a amené à m’intéresser à ce phénomène. Certains imaginent en effet la disparition des établissements tels que nous les connaissons. Il me semble que ce constat est trop sombre. La question est alors d’identifier la valeur ajoutée d’un campus dans un monde où des cours de qualité sont disponibles pour tous. Répondre à cette question amènera forcément à se poser la question de l’évolution du métier de l’enseignant chercheur, son rôle et comment estimer sa charge d’enseignement avec des formes d’intervention renouvelées. C’est pourquoi je vous invite à y réfléchir ensemble en constituant un groupe français suivant le Mooc américain sur le futur de l’éducation.

Mais en attendant, je n’ai pas trop le temps de développer ces points. L’imminence de notre MOOC ITyPA « Internet Tout Y est Pour Apprendre » occupe une trop large plage de mon emploi du temps. Nous y reviendrons en octobre.

Je prend juste le temps de relever un des derniers billets (Faire face aux MOOC : les atouts distinctifs des universités) de l’éveilleur qui fait une veille de qualité sur les MOOCs. C’est un résumé d’un article dans Inside Higher Ed, dans lequel j’ai retrouvé des éléments que j’avais commencé à identifier. Je vous livre leur liste :

Sa réponse est simple: en mettant davantage en valeur ce que les MOOC ne peuvent pas offrir à leurs étudiants. Outre la valeur des cours qu’elles offrent, les universités peuvent:

  • Soutenir les étudiants au bagage académique plus faible (en leur offrant une formation d’appoint, un parcours « sur mesure »)
  • Aider les étudiants à se construire un plan d’études unique et cohérent
  • Offrir du tutorat organisé, accessible, en face à face, pour les cours ou les notions plus difficiles
  • Donner accès à de l’équipement et à des locaux spécialisés
  • Mettre de l’avant la vie para-académique et la valeur ajoutée qu’elle peut représenter pour la formation des étudiants

C’est bien dans ce genre de direction qu’il faudra regarder, avec la volonté de proposer des MOOCs en phase avec la politique de l’établissement.

Crédit photo : Vue aérienne de l’entrée du campus de Brest de Télécom Bretagne  par Telecom Bretagne licence CC-by-sa

Des mobiles aux objets : Internet pour apprendre

Depuis quelques années, mon école se fait un plaisir d’accueillir pendant une semaine des élèves de CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles). Cette année nous avons ainsi accueilli  des élèves du lycée Gustave Eiffel (Bordeaux) et Lakanal (Sceaux).  On m’a gentiment demandé de leur faire une présentation pendant une heure, au milieu d’un programme chargé (visites de labos, moment de détente, mais aussi travail avec leurs propres enseignants). Sachant qu’un collègue leur faisait une présentation dont l’intention était de leur montrer que ce qu’ils apprenaient actuellement leur servirait plus tard en école d’ingénieurs, pour compléter son point de vue, je me suis amusé à prendre le contre pied en leur montrant en quoi le numérique  modifiait les façons d’apprendre et les objectifs d’une formation d’ingénieurs.

Cela donne ceci :

Des mobiles aux objets : Internet pour apprendre.

L’échange en tout cas a été très sympathique 🙂

Voilà pourquoi il faut laisser nos élèves venir avec leurs appareils en classe

Désolé cette vidéo est en anglais. Si vous le comprenez, n’hésitez pas à y consacrer quelques minutes. C’est bien fait, ludique, et surtout tous les arguments y sont pour encourager nos écoles à adopter le BYOD (« Bring Your Own Device »).

Sinon, il ne vous reste plus qu’à adopter la traduction française AVAN pour « Apportez Vos Appareils Numériques »et à vous rabattre sur quelques liens en français :

Il en a été également question dans les couloirs de l’université de Paris-Descartes lors du jnum12.

Que faut-il de plus pour convaincre les établissements ? Traduire cette vidéo en français ? Faire une étude financière ? Ou d’impact sur les apprentissages ?

Ou encore changer la logique des apprentissages ? Certains  prédisent ce changement et lui ont déjà trouvé un acronyme en anglais  : le BYOL – Bring Your Own Learning,

En conclusion, Marc-André Lalande nous pose la bonne question, qui est de savoir non pas si, mais quand passerons-nous aux technologies numériques à l’école.  Ce qui a bien été relevé ici :

PS : merci à Anne-Céline Grolleau, aussi connue sous le pseudonyme de @ActionsFLE pour le lien vers la vidéo et son scoop-it.

Marc-André Lalande

Les Cocktails, source d’inspiration pour les projets élèves

Il y a longtemps (disons 20 ans), j’avais vu des élèves proposé comme projet de réalisation l’idée d’utiliser un automate programmable industriel pour concevoir et proposer des cocktails lors du gala de l’école où j’exerçais alors. Directe application des cours qu’ils suivaient alors, le projet avait été validé et nos élèves avaient pu exhiber leur maquette au gala suivant pour proposer des cocktails aux participants.

Solution industrielle, application du cours, à un problème que ces élèves s’étaient eux-même posés. Manquait le coté prise en compte de l’utilisateur (quoique, dans une fête il y a bien un coté industriel dans le service de boissons), ce qui pouvait être excusable pour des futurs ingénieurs en productique.

Depuis, j’ai changé d’école, les technologies ont évolué, et l’approche des problèmes aussi. L’année dernière, je participai à un atelier de la conférence b-ware sur le design et l’internet des objets. Neovenz nous guidait sur la démarche de production d’idées visant à la construction d’objets intelligents. Classique dans le déroulement, les animateurs nous amenaient à incarner nos idées dans des objets, ce qui était nouveau pour moi, tant je me suis aperçu que j’avais tendance à tout ramener vers des applis mobiles (comme quoi, on est tous formatés, et qu’il est nécessaire de croiser, échanger, toujours et encore).

Séance en groupe donc, et dans mon groupe on arrive sur le sujet des cocktails. Évidemment, j’ai commencé par ressortir ce vieux projet dont je parlais plus haut. Trop lourd me répond-on, ce en quoi j’étais bien d’accord. Évidemment, ma deuxième proposition a été de se connecter sur un site de cocktails. Là, on m’a conseillé d’oublier mon portable. D’autres propositions ont fusé, avec un jeune en formation à Design Nantes (dont j’ai oublié le nom) qui cherchait le système le plus simple, dépouillé, pratique … et qui nous proposait nombre croquis.

À la sortie, nous avons proposé un groupe de becs verseurs, qui se fixeraient donc aux bouteilles, qui s’allumeraient successivement pour nous indiquer la bonne bouteille et qui s’éteindraient à l’atteinte de la bonne dose. Le coktail étant choisi sur le smartphone de l’hôte. Sympa et convivial dans son bar personnel. Une idée de cadeau de Noël pour geek.

Fin de séance, fin de discussion, chacun repart dans son monde. Et une idée qui s’évapore. En tout cas c’est souvent le cas dans ce genre d’atelier.

Mais cette fois, il y a un fait nouveau : la création d’un Fablab à Télécom Bretagne, en coopération avec d’autres sites sur Brest (nous avons maintenant une fédération de fablabs bretons, BZHLab), et tout cela se discutait dans la même conférence dans une ambiance joyeuse.

Donc de retour à la maison, nous avons proposé ce sujet à nos élèves (je dis nous car c’est en binôme avec Sylvie Kerouédan, qui porte notre projet de fablab que ce projet a été proposé). À eux d’imaginer comment cela pouvait se concrétiser et de nous proposer un prototype. Leur solution regroupe des capteurs, réseau xbee et carte arduino au niveau électronique, assemblage de pièces construite avec notre imprimante 3D et malgré tout un smartphone pour choisir son cocktail. Le résultat est encore plein de fils qui dépassent mais ça marche. En choisissant un cocktail depuis un smartphone, on arrive à faire clignoter le bec verseur jusqu’à ce que la dose soit versée ! Mission accomplie pour Geoffroy Clauss, Thibaut De Riedmatten, Alassane Kane et Julien Thieffry.

Et en prime, un site web reprend le code et tous les éléments pour en faire un vrai produit qui permettra d’impressionner ses amis.

Au niveau projet, la partie « créativité » ne faisait pas partie des objectifs, mais les contraintes utilisateurs étaient bien présentes, la dimension système et intégration également. Sans oublier la bonne humeur. Un belle suite à nos deux ateliers parallèles Fablab et Codecamp du mois de janvier.

Crédit photo Dragon Fruit Strawberry Mojito from Gordon Biersch par miamism licence CC-by

La révolution du Mooc a commencée

Du moins en Amérique ….

L’acronyme MOOC (Massive Open Online Course, qui pourrait se traduire par Cours massivement ouvert en ligne, mais l’acronyme serait moins joli) date de 2008. Il a été expérimenté sous des formes très ouvertes, au départ pour populariser la théorie du connectivisme par George Siemens, Stephen Downes et Davec Cormier. Un MOOC, c’est un cours en ligne, ouvert au sens où les contenus sont ouverts, mais aussi au sens où il est ouvert à tous. Cette seconde acception d’ouvert est importante car pour fonctionner, un MOOC doit être massivement suivi, à savoir qu’il fonctionne d’autant mieux que le nombre d’inscrits est important. En effet, un élément central est l’interaction entre pairs. On est dans une production collaborative.

D’autres formes expérimentales ont été proposées. Citons par exemple la P2PU qui propose des cours variés, définis par la communauté, ou la célèbre Khan Academy qui offre une méthode vraiment nouvelle d’apprendre les mathématiques. Derrière ces formes pédagogiques, on trouve des penseurs, comme Sugata Mitra, qui témoigne comment les enfants peuvent apprendre par eux-mêmes ou Ken Robinson qui dénonce la mise à mort de la créativité par l’école traditionnelle. Derrière ces expérimentations, il y a une volonté de rupture.

Mais depuis, les grandes universités américaines expérimentent, se positionnent, affichent leurs ambitions. Depuis longtemps le MIT propose son initiative Open Course Ware de mise en ligne de contenus ouverts. Mais ce printemps, il s’associe à Harvard pour franchir une étape : proposer des cours complets en ligne, ouverts à tous et en complément des cours du campus. Cela s’appelle edX, et s’accompagne d’une campagne de communication dans laquelle on parle de révolution. Révolution peut être, mais certains (Techcrunch) considèrent que celle-ci n’est pas encore complète. En effet, le mode pédagogique reste transmissif (vidéos d’amphi en ligne), avec des exercices standardisés (automatisables), et ces vénérables institutions ne semblent pas (encore) prêtes à délivrer des diplômes aux personnes qui auront suivi ce cours.

De son coté Stanford a fait un carton avec un cours d’introduction à l’intelligence artificielle, le CS221, avec plus de 20 000 inscrits. Et de ce coté de l’Amérique, on peut y gagner des crédits. Seule limitation, on reste encore dans des formes de travail dont la correction est automatisable. À la mode californienne, cela à conduit à deux créations de startups complémentaires :

  • Coursera, qui peut se définir comme un portail permettant à plusieurs universités de proposer des cours ouverts ;
  • Udacity, qui propose des cours originaux et se permet ainsi d’explorer d’autres manières d’aborder l’informatique et le futur de l’université. Les enseignants de CS221 ne se voient pas retourner en amphi.

Bref, cela bouge. Et de nombreuses idées vont fleurir et ouvrir de nouvelles voies. L’excellent billet « Massive Open Online Professor » en cite deux (dont une dans les commentaires) :

Face à cette révolution, voici quelques questions dont nous ne pourrons pas faire l’économie de ce coté de l’Atlantique :

  • Est ce que demain nos étudiants suivront des cours offerts outre-atlantique ? Est ce un risque, une opportunité ? Les universités françaises seront-elles productrices de cours, consommatrices de contenus, ou simplement dépassées ?
  • Dans la perspective d’intégrer les MOOCs dans l’enseignement supérieur, comment articuler les curriculums de formations avec ces MOOCs ? Est ce simplement ouvrir des cours à l’extérieur comme le fait le MIT ? Est ce de proposer les cours du MIT et faire l’évaluation en interne dans les universités ? Est ce de mutualiser des cours et les proposer sur plusieurs campus ? Est ce que l’on s’appuie sur les ressources en ligne pour développer l’esprit critique de nos étudiants ?
    Répondre à cela va nous obliger à revisiter nos objectifs de formation, et donc nos évaluations, et par rebond nos méthodes pédagogiques (avec au centre motivaion et alignement pédagogique). (Je note ici pour souvenir une petite liste de 10 capacités professionnelles pour 2020, relayée par Stephen Downes)
  • Quelles formes peuvent prendre des MOOCs francophone ? (à la française diraient certains, ou pour la communauté francophone ce qui est plus large) Notre culture n’est pas celle du monde anglo-saxon. Nos modèles d’université sont (heureusement) différents et moins sensibles aux notions de marché. Par contre, faut-il simplement mettre en ligne des cours classiques avec des captures vidéos (dans nos universités numériques) ou y-a-t-il une place pour des formules plus dynamiques (en phase avec le connectivisme, la créativité …) ?
  • Liée à cette question se pose celle des moyens. Il est amusant de se dire que la mise en line de cours standards semblent coûter plus cher (nécessité notamment de captation correcte, et aux plate-formes d’évaluation) que les formules plus ouvertes et participatives (Khan a juste eu besoin d’une tablette pour démarrer, les cours de Siemens et al. utilisent des outils standards du Web). Que faut-il automatiser ? Pour quelle dynamiques de cours ?
  • Pour quels publics ? Étudiants ? Enseignants ? Plus large (apprendre tout au long de la vie) ?
  • Au fait quelles sont les postures possibles des enseignants dans ces MOOCs ?
  • Pour quels objectifs ? Formation à la « science » informatique ? Formation au connectivisme ? Autres ?
  • Quelle stratégie ? Il y a une courbe d’apprentissage : il faut d’abord maîtriser les mécanismes de participation avant de pouvoir proposer un cours sur un sujet quelconque.
  • Quels points d’entrée ? Siemens, Downes, Cormier se sont fait connaître en tant que chercheurs et ont créé des cours pour diffuser et valider leurs approches. Le MIT, Harvard, Stanford jouent sur leur réputation planétaire (ce sont les 3 premiers du classement de Shangai). P2PU, Wikiversity sont pour leur part des acteurs du libre.

Suivant nos métiers, nos employeurs, nos expériences, nos valeurs, nous n’aurons pas tous les mêmes réponses. Mais pour comprendre l’esprit des MOOCs, il nous faudra apprendre à partager, à collaborer, et pour coller à l’esprit d’Internet chercher le consensus. Et créer un écosystème …

Crédit photo : MOOC Art #ds106 #manchester par heloukee (CC-by-nc-sa)

Ces cours qui ne pourraient pas se faire sans une posture AVAN

Si certains se posent encore de l’intérêt de pousser les étudiants à venir en cours avec leurs propres équipements numériques, il est des cours que nous n’aurions pu proposer sans dire à nos étudiants : Apportez Vos Appareils Numériques (AVAN).

Premier exemple, avec un collègue nous avons proposé pour la seconde année des « cours » basés sur des questions, des problèmes nécessitant des recherches en groupe. Aller trouver de l’information sur Internet, croiser les définitions, écrire en groupe des synthèses, des présentations, sont les activités de base sur lesquelles nous rebondissons pour démontrer l’intérêt du web sémantique, social, pervasif, construire collaborativement les modèles sous-jacents, et explorer les outils informatiques de développement. Certes, nous pourrions investir une salle de TP informatique, mais les postes y sont prévus pour accueillir 2 élèves par poste, et les tables sont fixes, ce qui ne permet pas la confrontation en groupe de plus de deux. De plus, en incitant les élèves à apporter leurs propres équipements, nous les incitons à utiliser des services collaboratifs dans leurs environnements propres, et à installer des logiciels techniques sur leurs propres machines, ce qui permet de démystifier cette étape pour les moins geeks d’entre eux. Bien sûr, nous assurons de pourvoir un équipement à qui n’en posséderait pas. Cette année cela concernait 2 élèves : un, le premier jour, qui avait laissé sa machine chez lui, et le second dont le PC portable était en panne. Précisons qu’il s’agit de cours en dernière année d’ingénieurs.

Le second exemple concerne deux cours en parallèle d’introduction à des technologies du moment : une initiation à la programmation sur mobiles et l’autre sur la découverte des arduinos dans un contexte de fablab. On est ici typiquement dans des cours choisis, dans lesquels les élèves viennent parce que cela les intéresse, et où certains ont déjà des projets en tête.

Les outils de développement sont disponibles sur toute plate-forme (logiciels libres), et largement diffusés. Il est probable que les élèves continueront après les cours, et c’est quelque part l’objectif de développer chez eux le goût du DIY, qui a conduit à ces technologies. Et qui sait s’ils ne créeront ou ne rejoindront pas une startup en se basant sur ces technologies qui permettent le prototypage rapide, le déploiement d’idées à un coût toujours plus faible.

Dernier point, il est très difficile d’équiper un laboratoire complet avec des équipements comme des smartphones. L’administration est réticente à faire de tels achats, car ces équipements ne sont pas considérés comme des cibles de développement. En plus la rapidité d’obsolescence obligerait à en racheter plus souvent que ce qui se fait pour des PCs pour être en phase avec l’état du marché. Sans parler de l’intendance pour éviter toute perte d’équipement dans la salle.Bref, cela coûterait cher pour un résultat peu satisfaisant. Il est donc beaucoup plus logique de demander aux élèves de venir avec leur parc qui donne une bonne base de travail et de le compléter avec les équipements que nous avons acheté pour divers développements spécifiques.

Pour la petite histoire, si la diversité des équipements peut parfois poser un problème de configuration pendant les phase de mise en œuvre, elle évite par contre d’avoir une salle entière bloquée par un problème non identifié avant la mise en place (et comme chacun sait, histoire adore se répéter).

En résumé, encourager les élèves à venir avec leurs propres équipements simplifie l’organisation d’une classe participative, permet une plus grande implication, améliore et simplifie l’intendance. Tout cela permet de libérer les énergies pour mieux apprendre et explorer de nouvelles voies.

 

 

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