Permettre la réutilisation de ses ressources éducatives libres : l’exemple de Github

Yann Houry est enseignant en français dans le secondaire et souhaite partager ses cours. Il a proposé un wiki, et dépose ses cours sur un dépôt github. Github est une plateforme prévue pour les informaticiens qui permet de travailler ensemble et partager des projets informatiques : code source, outils de déploiement, mais aussi documentation. De fait les utilisations de cet outil va au-delà puisqu’il est utilisé pour tout type de projet collaboratif, souvent ouvert. Il y a notamment des milliers de cours déposés sur cette plateforme, surtout sur des sujets en informatique, puisque tout informaticien connaît (et souvent utilise) cette plateforme. Je l’avais pour ma part utilisé pour construire un cours renversé avec mes étudiants sur les technologies du Web.

C’est un outil gratuit tant que les dépôts restent publics. Il est donc possible de travailler à plusieurs sur un tel dépôt, à garder une trace des versions proposées, de proposer des variantes, et cela sans être connecté en permanence via une interface web (l’idée est au contraire de pouvoir une copie sur sa machine). Il permet surtout de conserver les sources (i.e. de rendre modifiable un projet) et le processus de construction de la ressource finale (i.e les scripts d’appels aux outils de production et de post production). J’avais pour ma part apprécié que la génération de site web soit automatisée, que la mise à jour soit rapide, et l’hébergement intégré.

Deux freins sont néanmoins à noter. L’utilisation de la gestion de version nécessite un petit apprentissage et l’utilisation d’un outil dédié. Et à ma connaissance, ces outils sont en anglais. Il existe néanmoins de nombreux didacticiels (tutoriels?) en français. Le contrôle de version permet par la suite de travailler de manière plus sûre à l’amélioration du projet collaboratif (il y a notamment des processus de revue). Bref, cela vaut la peine de faire un petit effort.

Malgré tout, déposer ses cours sur un tel dépôt est un choix fort de mise à disposition et de volonté de partage. Github vous incite d’ailleurs à choisir votre licence de partage et à l’intégrer dans votre dépôt. Cela va donc au-delà du simple dépôt. La possibilité de modification est complètement intégrée ici. Vous pouvez récupérer les fichiers et commencer à les modifier, puis éventuellement proposer à l’auteur vos modifications. Des outils de discussions (questions ouvertes), un wiki accompagnent le dépôt. On est donc au-delà du simple outil de dépôt. Il est aussi possible de suivre l’évolution d’un projet (d’un cours donc).

L’organisation est celle que vous pourriez choisir classiquement : un espace pour les textes sources, un espace pour les images, et autres vidéos, un espace pour le mode d’emploi. La documentation est d’ailleurs une pratique normale pour les informaticiens. Un tel dépôt peut donc s’accompagner de documents d’accompagnement : mode d’utilisation, explication sur les choix, sur l’impact de ces choix.

Vous pouvez déposer toute sorte de fichiers dans un tel dépôt. L’orientation informatique incite à revenir à des formats les plus simples possibles pour exprimer le fond, et la forme des documents (souvent de manière dissociée). Un peu comme ce qu’on retrouve sur les wikis d’ailleurs. Yann Houry a ainsi quitté les traitements de texte classiques pour aller sur le format markdown (il s’en explique d’ailleurs ici). Il permettra d’aller aussi bien vers documents structurés, des diaporamas ou des sites web. Des outils existent écrire en markdown et faire la conversion entre de nombreux formats (et markdown en particulier) (voir par exemple pandoc que je n’ai pas encore utilisé). Pour ceux qui sont habitués des écrits collaboratifs, des outils comme HackMD permettent de prendre en main facilement et ensemble ce format.

Des plateformes comme Github (voyez également Gitlab) font partie des briques de base pour d’autres pratiques comme la science ouverte et la recherche reproductible (y compris donc pour les humanités numériques). Il est donc maintenant courant de créer un dépôt pour partager les outils et les données d’analyses, afin que chacun puisse les analyser, et les réutiliser.

Ces dépôts, prévus initialement pour les projets informatiques, ont donc de bonnes propriétés techniques pour soutenir la réutilisation de ressources et la collaboration.

C’est bien plus qu’une bibliothèque. Une forme d’outils à explorer pour encourager la réutilisation de ressources éducatives libres. Allez voir ce que Yann Houry en dit.

Présence hybride ou la rentrée sous le signe de l’hybridation – préparons là ensemble !

Alors que la pandémie recule dans notre pays, voire semble derrière nous pour certains, la rentrée à venir dans l’enseignement supérieur se prépare selon un scénario qui intègre la nécessité de limiter les brassages de population, le fait que tous les étudiants ne pourront pas être présents à la rentrée (les extra-européens et les personnes « à risque ») et le risque d’une seconde vague. Même si on peut dénoncer le fait que l’enseignement à distance, surtout en situation d’urgence, n’est pas de même qualité que celui en présence, le numérique et la distance auront la part belle à la rentrée. Les rencontres en présence seront très limitées (on parle de 20 % comme base de travail), elles seront donc précieuses. L’hybridation des formations est donc le mot d’ordre pour la rentrée.

De nombreuses questions se posent donc :

  • An niveau de l’organisation du cours : Comment repenser le déroulé d’un cours pour tirer le meilleur parti de ces rencontres ? Comment faire pour que ceux qui ne seront pas présents puissent malgré tout réussir ? Comment articuler présence et distance ? Comment articuler continuité et variété ?
  • Au niveau des campus : Comment préparer les espaces pour permettre de respecter les consignes sanitaires, tout en favorisant interactions, utilisation de matériel didactiques (je pense aux indispensables Travaux Pratiques) ? Comment suggérer des modalités riches ?
  • Puisque la distance sera la partie principale des enseignements : Dans quelle mesure réinvestir les bonnes pratiques proposées lors du confinement ? (voir ici ou ) Puisque le numérique est parti pour prendre une place plus importante, la question des ressources devient incontournable : Quoi développer ? Avec qui ? Quoi utiliser ?
  • Quand on parle de distance, la question se pose de l’accompagnement des étudiants, des feedbacks, des interactions, de maintenir leur motivation, mais aussi des éléments qui permettent aux étudiants d’interagir entre eux, de s’organiser, de gérer leurs stratégies d’apprentissage. Qu’est ce qui doit être fait au niveau de l’institution ? Qu’est ce qui est du ressort du cours ? Qu’est ce qui est de leur propre ressort ?
  • Si la période de confinement nous a pris de court, il est temps maintenant de s’équiper pour permettre de gérer cette distance « en situation de transition »:
    • Quels sont les espaces nécessaires aux enseignants ? Quels équipements ? Quels outils ? Comment s’organiser pour que les équipes pédagogiques fonctionnent au mieux ? Mais sans oublier la question du changement de métier de l’enseignant et donc de leur formation et de leur accompagnement nécessaire.
    • Parallèlement : ne faut-il pas reconnaître qu’être étudiant à la rentrée nécessitera de disposer d’un ordinateur (avec micro, caméra ? Logiciels spécifiques ?), d’une connexion réseau, d’un espace dédié de travail chez soi ? Faut-il compter aussi sur un smartphone ? Par reconnaître, je veux dire non seulement l’indiquer au moment de l’inscription, mais aussi permettre à chacun d’en disposer : Faut-il prévoir des aides ? Les logements étudiants sont-ils équipés/équipables ? Que prévoir pour permettre le travail hors connexion ?
  • … (à vous de compléter)

Des modèles existent qui répondent chacun à une partie de ces questions. Il faut les combiner pour proposer des solutions en vue de la rentrée. À chaque institution, à chaque équipe pédagogique de se les approprier pour préparer les futurs cours. Pour commencer la liste des modèles pertinents, voici une première liste, n’hésitez pas à la compléter :

  • Le modèle proposé par Hy-Sup permet de poser les dimensions d’un dispositif hybride, de les orchestrer et de se positionner ;
  • Le modèle des classes inversées évidemment pour repenser les déroulés et l’organisation des activités en asynchrone, synchrone, mais aussi leur ouverture.
  • Les ressources éducatives libres dont la définition est proposée par l’Unesco : « Les ressources éducatives libres (REL) sont des matériaux d’enseignement, d’apprentissage ou de recherche appartenant au domaine public ou publiés avec une licence de propriété intellectuelle permettant leur utilisation, adaptation et distribution à titre gratuit. » Ce modèle n’est pas aussi développé que ce qu’on pourrait l’espérer, peut être parce qu’on s’est d’avantage penché sur l’utilisation et la diffusion que sur la collaboration et l’adaptation. Peut être faudrait il plutôt les aborder sous l’angle des communs et du partage. C’est en tout cas un cadre riche pour repenser la pédagogie dans une perspective de collaboration, ce qui a été rappelé à l’occasion de la pandémie
  • La comodalité permet d’envisager des cours où chaque étudiant peut choisir chaque semaine de travailler en présence, ou à distance et ce de manière synchrone ou asynchrone ;
  • Concernant l’accompagnement des étudiants, la formation des adultes nous propose des cadres intéressants : présence sociale à distance, apprentissage autodirigé ou auto-régulation des apprentissages, mais aussi sentiment d’efficacité…
  • Sur l’outillage et l’équipement des étudiants, des préconisations doivent être proposées, sur le modèle du BYOD (pour Bring Your Own Device – sujet dont on parlait déjà en 2012)

Ces questions se posent évidemment sous la contrainte d’une pandémie, doublée d’un soupçon que les institutions y voient le moyen de mettre le système sous pression. Mais utiliser le numérique, c’est également une opportunité : cela permet d’envisager de diversifier les modalités dans le cours. La période de confinement a démontré qu’il était également possible d’avoir des modalités actives, même à distance, pourquoi ne pas les conserver, ou les adopter ? Mais surtout, le numérique est un formidable vecteur pour la collaboration : entre enseignants pour construire des ressources collectives, entre conseillers pédagogiques pour proposer des guides communs et adaptés aux institutions, entre chercheurs pour partager les analyses, entre étudiants pour s’entraider, collectivement pour aborder des questions nouvelles.

Puisque la collaboration, l’entraide semblent se développer pendant les périodes difficiles, vous serez peut être intéressés à rejoindre un groupe ouvert en cours de constitution qui se propose de collaborer pour produire des ressources à destination principalement des enseignants. C’est ici que cela démarre (tout profil bienvenu 🙂 ). Objectif : proposer rapidement des ressources réutilisables, adaptables pour le contexte de chacun.

PS : on pourrait également penser à quels outils pour les enseignants pour favoriser les interactions, pour accompagner, et aux outils pour les étudiants pour s’organiser, pour mieux travailler par eux même, pour mieux faire reconnaître leurs apprentissages.

Crédit photo : parcours « Organiser son cours à distance » proposé par Louvain Learning Lab de l’UCL – licence CC-by-NC-SA

Et si on considérait la construction d’un cours comme un projet collaboratif – une classe renversée Web

Ne pas considérer que seul le prof peut construire le cours : co-construire avec ses élèves que ce soit le plan, les sujets traités, et même les évaluations, c’est le paradigme de la classe renversée. Mais on peut aller plus loin. En effet, pourquoi ne pas considérer les productions de ce cours sous forme d’une ressource ouverte, publiée, et modifiable. Quand ce cours est un cours sur le Web, c’est même relativement naturel.

Un cours renversé, ouvert et sur le Web

J’avais envie depuis longtemps de proposer un cours sous forme de classe renversée. Le Maître ignorant prend la poussière depuis longtemps sur ma table de chevet. Le concept de classe inversée connaît un regain de popularité impressionnant qui a relancé cette envie, surtout après avoir lu l’approche de Marc Nagels où il annonce avoir renversé la classe inversée. Ce qui cadre avec le type « classe renversée » dans la typologie proposée par Marcel Lebrun. J’avais déjà proposé la prise de notes collaborative il y a quelques années, mais cela restait limité en termes d’autonomie, puisque je restais la « source » d’informations principale, et le maître du déroulé.

Typologie des classes inversés

Typologie des classes inversés

Pour un informaticien enseignant en école d’ingénieurs, le web semble un bon thème pour tester ce genre d’approche, tant par l’abondance des ressources, par la multiplicité des sujets possibles, que par les fausses conceptions des étudiants. En plus le web regorge d’outils pour le web ! Des élèves ingénieurs trouveront forcément leur bonheur.

Un tel cours s’appuie naturellement sur un ensemble de ressources publiées sur le Web. Si le cours est renversé et que l’objectif principal pour les étudiants est de maîtriser les outils sous-jacents, la construction d’un tel site web devient le projet collaboratif du cours. Le web regorgeant de ressources tant éducatives que techniques ouvertes et libres, ou simplement gratuites, il est naturel de se positionner dans une perspective d’ouverture de la formation.

Les différentes composantes d’un tel cours

Dans le cadre d’un cours électif, le contenu peut être libre, ce qui est donc un cadre plus ouvert que certaines classes inversées encadrées par un examen national ou un cadre disciplinaire très posé. Les débats autour de l’apprentissage de la programmation croisés avec ceux sur culture et littératie numérique le montrent bien. Ne tranchons pas le débat, donnons le à nos étudiants. Une petite négociation avec les services de scolarité de l’école pour faire passer l’idée que l’évaluation sera le résultat d’une « négociation » avec les étudiants, et le cadre institutionnel semble ouvert.

Pour les séances collaboratives, les éditeurs collaboratifs sont également utiles. Dans notre cadre, nous avons retenu HackMD qui colle aux types de documents visés. Pour organiser les échanges entre pairs, permettre la discussion, et intégrer la question de l’évaluation, l’approche de Philippe Ruffieux de validation mutuelle de compétences cadre parfaitement pour créer une dynamique d’entraide. D’autant qu’un outil, Sqily, a été développé qui permet de supporter cette approche.

L’objectif de production d’un tel cours semble quasiment naturel : des ressources Web sur un site Web, qui permettra la construction collaborative et le partage des productions entre étudiants. Ceci a de nombreux avantages :

  1. Cela permet de développer une pratique de production technique en phase avec le sujet du cours ;
  2. La diffusion des résultats donne un authenticité bienvenue à ce travail ;
  3. Le fait que ce soit un site, et non pas de simples pages de wiki permet a priori des productions plus libres plus variées ;
  4. L’ouverture d’un tel dispositif est maximale.

Si ce site web peut intégrer a priori n’importe quelle technologie web, un tel ensemble de ressources a vocation à être regroupé, mis à jour pour permettre la correction et l’intégration de remarques de tout bord, pouvoir évoluer au fur et à mesure que d’autres étudiants proposeront des compléments ou que les technologies évolueront (une autre règle du web « version beta permanente »), il s’agit donc bien d’un projet dynamique dont il doit être possible de modifier les éléments, donc le code source du site. Là encore, la solution est classique pour un informaticien, il s’agît donc d’héberger le source de ce site sur ce qu’on appelle une forge logicielle, outil adapté à la gestion collaborative de projets, et permettant la gestion de versions, de branches parallèles, de corrections …

La forge classique pour héberger des projets publics s’appelle Github. C’est également une carte de visite pour les informaticiens que de participer à des projets sur cette forge. De plus, ce site permet de gérer une publication directe de sources textuelles qu’il est possible d’écrire avec une syntaxe assez simple. Au départ, c’est prévu pour les documentations logicielles, mais c’est un excellent outil pour faciliter les premières publications, à la mode wiki.

Cette forge abrite d’ailleurs de nombreuses sources de cours en informatique, mais généralement écrits par l’équipe enseignante (si vous avec identifié un cours écrit par des étudiants, merci de me l’indiquer). On y trouve ainsi des éléments sources du site de la P2PU ou du Freecodecamp ou une liste de livres de programmation libres. Sans parler des innombrables logiciels ou bibliothèques libres dans tous les langages possibles. Bref, une mine logicielle, une carte de visite, et un outil diablement efficace, dont la connaissance est indispensable à tout jeune programmeur.

Dit autrement, même si le cours est renversé, il reste nécessaire de proposer une méthodologie et quelques contenus de départ pour permettre le travail en commun.

Premiers retours

J’ai donc proposé ce cours renversé, appelé « Exploration du Web : fondements, techniques et usages » au printemps de cette année en tant que cours électif à des étudiants de IMT Atlantique, parcours Télécom Bretagne. Ce cours a été choisi par 18 étudiants, qui ont été au départ un peu déconcertés et qui se sont en suite prêtés au jeu de bonne grâce.

Sur les sujets proposés par les étudiants, certains ont été des grands classiques : HTML, données, gestion de requêtes, javascript, installation de CMS … ; d’autres liés à l’actualité : sécurité, données personnelles ; et enfin les Dark et Deep Web, qu’ils ont à peine oser citer au début (ils étaient gênés que l’on puisse en parler ensemble) se sont avérés des sujets qui les interpellaient et qui ont permis de faire le lien avec toutes les autres questions.

La construction commune de l’évaluation finale a amené pas mal de discussions et a impacté la préparation de l’évaluation finale. Leurs contenus sont publics, tant en tant que site de ressource qu’en tant que dépôt sur Github. Leur bilan est globalement très positif. Leur sentiment d’efficacité personnelle sur le domaine est impressionnant, ils se sentent prêts à aborder un projet autour du Web, plus que si le cours avait été uniquement technique. Sur une auto-évluation sur les différentes compétences visées par le cours (qui étaient majoritairement autour de la gestion d’information, le travail en groupe, la valorisation de résultats, l’autoformation, et la capacité de développement logiciel), la différence est entre 1 et 1,5 points sur une échelle de 5 pour chaque élément. Leur reproche principal concerne le rythme du cours, lié de mon point de vue au fait que j’ai voulu laisser trop de degrés de liberté (choix des outils) et n’ai pas donné de consigne assez précise. Ce cours démarre à nouveau ce 15 octobre, sur les mêmes bases, mais avec une animation revue. Espérons que les 15 nouveaux étudiants y trouveront le même intérêt, et y apprendront encore plus. Dans le principe, il est possible d’y intégrer des personnes extérieures, mais l’articulation entre débats présentiels et échanges à distance n’est pas géré à ce stade.

Ce cours s’avère donc bien répondre aux enjeux de la classe renversée, en renforçant le sentiment d’auto-efficacité des étudiants et en les amenant à traiter des sujets inédits pour eux, selon leurs point d’intérêts.

Pour plus d’ouverture

Les outils déployés en support de ce cours (site web, forge logicielle, validation mutuelle de compétences) sont bien alignés avec la thématique du cours, et permettent à nos étudiants de s’approprier des outils à la fois de travail et de valorisation de leurs compétences. Mais ils s’avèrent également permettre de modifier la publication d’un cours. Ce qui est mis à disposition n’est pas simplement le résultat d’un travail, mais également les éléments du processus (code source, modifications proposées…) qui ont permis ce résultat. Ce qui est mis à disposition devient un projet qui peut être repris, amélioré, étendu facilement. Il me semble que ce devrait être un standard à viser pour les ressources éducatives libres. Les modalités proposées peuvent s’appliquer à beaucoup de cours en informatique, et certaines le sont déjà (dépôt de code sur github, utilisation d’outils en ligne comme Plunker pour le développement web). La question pourrait être de savoir comment permettre ce genre de dépôt pour des cours en dehors de ceux de l’informatique.

Crédit photo : Typologie des classes inversées par Marcel Lebrun, licence CC-by-SA

 

Reconnaissance ouverte des apprentissages pour mieux coopérer

Coopérer autour de ses apprentissages, tout un programme pour les apprenants tout au long de la vie, élèves, étudiants, citoyens… Comment rendre visible ses connaissances, comment donner à voir ce que l’on a appris au détour d’une expérience, du chemin, comment permettre aux étudiants de s’épauler pour progresser ensemble ? Lors du forum des usages coopératifs de Brest, plusieurs acteurs, proposant des solutions complémentaires nous ont proposé un panorama d’approches et de solutions qui promettent de dynamiser ces coopérations, tout en gommant les frontières dans les apprentissages.

Pour ouvrir l’échange, Serge Ravet nous a présenté l’initiative MIRVA et les OpenBadges : rendre les apprentissages informel visibles et actionnables. Serge nous a démontré l’intérêt de pouvoir montrer ses talents cachés au travers d’open badges. L’idée est que chacun puisse proposer et définir des éléments de reconnaissance qui fassent sens, au niveau d’une communauté, d’un territoire. Cette reconnaissance ouverte est porteuse de confiance et de partage, en permettant une reconnaissance beaucoup plus ouverte que si elle est porté uniquement par des institutions délivrant des diplômes.

Eden Jean-Marie du CIBC Normandie, nous a ensuite présenté comment accompagner les parcours d’apprenants pour leur donner confiance et de leur permettre de se prendre en main. L’outil proposé en support à cet accompagnement est DayTripper, qui permet de capturer une expérience avec son mobile, de la décrire, de la caractériser et de la partager. Ainsi, chacun peut valoriser ses apprentissages, communiquer sur ses parcours, ses expériences, et donc de devenir acteur, porteur de preuves de son parcours. Le CIBC Normandie propose ainsi une démarche inclusive auprès de différents publics. DayTripper n’est pas qu’une application, c’est avant tout une démarche pour valoriser tous types d’expériences d’apprentissage. Une de leur cible principale est ainsi les étudiants en mobilité internationale. Complément évident aux badges, il est ainsi possible d’apporter ses preuves pour acquérir un badge.

Philippe Ruffieux apporte quant à lui une approche qui permet aux apprenants de travailler ensemble. Chacun peut devenir expert d’un apprentissage dès qu’il a réussi à le démontrer et ensuite accompagner ses pairs, voire proposer de nouvelles modalités pour démontrer ses capacités. On est bien dans une démarche d’enseignement mutuel. L’outil proposé, Sqily permet ainsi de définir des objectifs d’apprentissage, de décrire un parcours complet sous forme d’arbre, de gérer la validation mutuelle, et de supporter l’enseignement collaboratif avec une interface proche de Slack, outil collaboratif bien connu et reconnu.

Open Badges, DayTripper, Sqily sont des outils existant, permettant de rendre visible les talents, les apprentissages, les expériences et de soutenir la coopération. Les témoignages démontrent que ces outils prennent leur sens dans une démarche qui soutient et développe la capacité d’agir des acteurs. Si vous êtes intéressés par les conditions pour que numérique rime avec pouvoir d’agir, je vous encourage à aller consulter le travail du projet Capacity qui est en train de présenter ses conclusions sur ce sujet.

Une autre question est de se poser la question de comment permettre à chacun de conserver, valoriser, et croiser ses différents environnements. C’est l’enjeu d’un autre projet, Sedela, qui vise à proposer cet environnement technique, et évidemment les principes d’accompagnement.

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Crédit photo : Football par Rdikeman – licence CC-by-SA

Quelques lectures autour de l’éducation juste avant le forum des usages coopératifs

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Le forum des usages coopératifs de Brest démarre. Temps d’échanges, de réflexion, d’inspiration.

Tellement de choses à changer dans l’éducation pour porter la coopération ouverte. Le forum est à la fois l’occasion de montre ce qui avance, ce que font les acteurs du changement, et ils seront encore nombreux cette année. Le programme ne rend honneur qu’à quelques uns, mais nombreux seront dans la salle qui témoigneront de leurs actions. Pour se mettre en appétit, Michel Briand a publié quelques interviews sur la coopération que vous pouvez aller lire.

Pour coopérer, il faut rendre les échanges possibles, et c’est souvent ce qui fait défaut. Je lisais il y a quelques jours l’article « Une société qui bâillonne sa jeunesse renonce à éduquer ». Ce plaidoyer me paraît être un bon texte pour nous sensibiliser à l’attention que nous ne devons pas oublier de porter aux jeunes. Celui-ci démontre une asymétrie entre ce que nous leur proposons et ce que nous attendons d’eux (NdA : que veut dire « attendre d’eux » ? ).

Denis Cristol vient de proposer un billet sur Thot « Libération de l’apprenance à l’ère du numérique », qui rappelle différentes dimensions qui permettent d’aborder cette question du changement au travers de la notion d’apprenance, démontrant que les changements sont d’autant plus durs qu’ils sont culturels. Dans ce cas, comment faire apparaître de nouvelles pistes ? En pratiquant, en expérimentant, mais aussi en étant ouvert aux questions qui dérangent ?

Denis parle de nouvelles pratiques en musique comme le mixage ou la recomposition de morceaux nouveaux. Quelle traduction peut on faire en éducation ? Il nous rappelle que c’est en se libérant du carcan gestionnaire que nous pourrons avancer. Quels sont les éléments que nous pouvons remettre en question ?

Serge Ravet nous parlera de reconnaissance ouverte qui remet en question le « monopole » des institutions à proposer des référentiels de compétences. Philippe Ruffieux nous démontrera comment renforcer le sentiment d’efficacité personnel en encourageant la reconnaissance par les pairs.

Lors du dernier Edumix, j’ai eu la chance d’accompagner un groupe qui se demandait pourquoi les lieux d’apprentissage ne sont pas naturellement ouvertes aux personnes d’un quartier, pourquoi ne pourraient elles pas venir proposer des enseignements ? Question d’autant plus troublante que nous étions dans une école d’ingénieurs. Le résultat de cette réflexion a été plutôt intéressant. C’est aussi via ces « Pourquoi ? » que nous pourrons accélérer la libération de l’apprenance

Coopération ouverte et éducation au forum des usages coopératifs

Le forum des usages coopératifs de Brest aura lieu cette année du 4 au 6 juillet et le thème sera coopération ouverte. La formule est variée et réunit 400 acteurs d’horizons variés.

L’éducation est évidemment au centre de la question. Comment développer et valoriser cette coopération du partage sincère au sein des pratiques éducatives ? Comment augmenter le pouvoir d’agir de tous et développer les communs dans la formation ? Nous essayerons de répondre à ces questions au travers de plusieurs temps de débats tout au long des trois journées du forum.

  • Mercredi, nous nous intéresserons aux coopératives pédagogiques, aux transformations qui sont induites notamment au travers du projet « école apprenante » ;
  • Jeudi matin, Ange Ansour viendra nous parler en plénière des partenariats recherches-pratiques au travers de son projet « les Savanturiers » ;
  • Jeudi, c’est bien le pouvoir d’agir qui sera ensuite au cœur de nos débats. Nos invités viendront témoigner de leurs dernières initiatives autour de la reconnaissance des apprentissages, de la valorisation des apprentissages informels, de la validation mutuelle.
  • Vendredi, nous vous invitons à travailler ensemble pour proposer de nouvelles pistes pour développer la coopération et les communs dans la formation ;

Parmi les invités, nous aurons des personnes autour des coopératives pédagogiques (Jean-Michel Le Baut, Marc Le Gall, Gilles Cornillet, Fanny Egger et Yves Leblanc de l’académie de Dijon et leur projet école apprenante et Edmus avec Logann Vince), autour de Badgeons la Normandie (Muriel Moujeard et Jean-Marie EdenCIBC), Open Badge Recognition Alliance (Serge Ravet), validation mutuelle de compétences (Philippe Ruffieux – HEP Vaud), et bien d’autres.

Venez pour écouter, pour témoigner, pour échanger, pour proposer des pistes et des actions pour que la coopération sincère vienne irriguer l’éducation. Tous les matins de 10:30 à midi, jeudi matin en plénière à 9 heures et à tout moment au gré des rencontres.

Plus d’informations ? Vous pouvez lire et enrichir librement la page éducation de ces journées, et/ou proposer des contributions pour vous présenter et favoriser les rencontres. N’hésitez pas à consulter le programme complet du forum. Et n’oubliez pas de vous inscrire.

Crédit photo : File:Constitutional Reliability of Tamilnadu Council.jpg. (2018, May 19). Wikimedia Commons, the free media repository. Retrieved 09:53, June 14, 2018 Licence CC-by-SA 4.0

Road sign to  education and future

Sur la reconnaissance ouverte des ressources d’apprentissage 

Il n’est pas facile de trouver une bonne ressource pour répondre à un besoin d’apprentissage. Certains considèrent que c’est le rôle des institutions, des enseignants, des parents que de choisir les meilleures ressources, mais pourtant, dans tous les autres domaines de l’information, le web et les démarches collaboratives ont proposé des alternatives viables. Pourquoi rien de tel en éducation ?

Les moteurs de recherche permettent de trouver une information sur n’importe quel sujet, mais ne permettent pas de différencier les ressources qui vont être adaptées à un apprentissage. La raison est d’ailleurs sans doute que la notion d’apprentissage est elle-même plurielle et dépend du contexte qui suscite le besoin, difficile donc de donner une réponse toute faite qui convienne à tous. Mais si une approche collaborative ouverte pouvait apporter de meilleures réponses ?

Petit tour de l’existant

Même si on restreint notre recherche, par exemple sur des MOOC, comment savoir si le cours était intéressant, bien fait, inspirant, ou pas. En général, autant pour choisir un smartphone ou un PC, il est facile de trouver des avis, et de consulter les retours des utilisateurs qui sont systématiquement récoltés notamment par les sites marchands, autant il est difficile de trouver des avis sur des ressources pédagogiques. La notion de recommandation semble s’arrêter à l’entrée des sites de formation, que ce soit les plateformes de MOOC, les sites de dépôt de ressources comme les universités numériques thématiques, les sites privés, ou même les sites contributifs.

En effet, et ce sera notre premier point, les sites, institutionnels ou non, ne permettent pas aux inscrits de publier leur avis sur les cours proposés. Tout au plus, nos participants pourront remplir un questionnaire de satisfaction au terme de la formation à destination exclusive de l’équipe pédagogique, comme cela se fait classiquement dans les établissements de l’enseignement supérieur. Cela ne permet ne permet pas par exemple de comprendre pourquoi certains ont abandonné, alors que la est question fondamentale, au moins dans le cadre des MOOC. Et par ailleurs, ces données ne sont pas publiées, aucune information n’est proposée aux futurs inscrits autre que celles choisies par l’équipe pédagogique. C’est une différence de fond par rapport aux autres fournisseurs sur Internet.

Deuxième point, dans le monde de l’économie collaborative, il existe des sites comparateurs qui permettent de s’informer sur les meilleures offres. Une première analogie serait un LearningAdvisor sur le modèle de TripAdvisor (malheureusement le LearningAdvisor existant est plus une extension d’une université privée qu’un conseiller neutre) Dans le cadre de la formation, ceux-ci sont peu nombreux et limités en termes de types de ressources. Seuls les MOOC ont suscité une envie de « consommer » de la formation pour un large public, il est donc logique que les comparateurs pédagogiques se soient concentrés sur eux. Entre MOOC-list et Class-Central, seul ce dernier cherche à recueillir les avis des internautes. On a donc ici une possibilité de choix en fonction de recommandations. Par contre, quand on regarde les MOOC en français, deux aspects importants de ce genre de site apparaissent clairement.

D’une part, le nombre de MOOC recensé est très peu nombreux. Par exemple pour OpenClassrooms sur Class-Central, il n’y a que les cours proposés par Microsoft Academy qui apparaissent. Cela pose la question de comment est construite la liste des cours proposés. Cela pose pour le moins la question de choix éditorial de tels sites comparateurs. Nous ne sommes pas dans une démarche exhaustive, loin de là. En tout cas la construction de l’offre n’est pas faite selon la popularité, ni les propositions des internautes. Bref le choix initial, l’ajout n’est pas ouvert.

D’autre part, il n’y a quasiment aucun commentaire déposé. Est-ce que le monde francophone n’est pas prêt à évaluer et commenter un cours ? Ou est-ce que le site n’est pas consulté par les internautes francophones, tout simplement parce que ce site est en anglais ?

Troisième et dernière point sur l’existant, les sites existants continuent à penser que des experts sont les plus à même de proposer des bonnes ressources (Et pourtant l’histoire de Wikipedia tend à démontrer le contraire). Un premier site « J’enseigne » propose ainsi aux seuls enseignants de recommander des ressources à des collègues. Bref, l’internaute devra attendre que son professeur (s’il en a un) lui propose la « bonne » ressource. Sinon, dans une approche plus startup Kokoroe se concentre sur les « compétences de demain » des sujets nouveaux et propose des supports sélectionnées par des experts du domaine concerné. L’idée est alléchante, il y a tout de même deux limites. Le fait qu’un expert n’est pas forcément le meilleur vulgarisateur, et le fait que là encore l’internaute n’a pas son mot à dire. La production participative (crowdsourcing) ne serait donc pas possible pour la formation ?

Il est donc clair qu’il n’y a quasiment pas de retour sur les cours, ou les ressources pédagogiques en général, ni pour aider les internautes dans leurs recherches, ni pour les personnes qui ont déposé des ressources, ou alors de manière très contrôlée qui ne tire donc pas parti des dynamiques de partage liées au web. Non seulement cela limite le choix, ne permet pas d’accompagner le développement d’une auto-direction des apprenants, mais cela prive aussi les concepteurs de retours potentiels qui permettraient d’améliorer les ressources et leur organisation en dispositifs.

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Quelle solution ?

Puisque les institutions proposant des ressources d’apprentissage ne veulent pas gérer des retours ouverts des utilisateurs, puisque les sites de conseil connus ne sont pas impartials (LinkedIn nous propose déjà des cours, mais ce sont les siens…), il serait sans doute intéressant de réfléchir à d’autres alternatives. À quoi pourrait ressembler un tel service ?

Une option serait de proposer un service de partage de ressources en appui à une classer renversée. Les apprenants pourraient partager, publier les ressources qu’ils trouvent pertinentes et donner des avis sur celles des autres. En gros une bibliothèque contributive ouverte dans le cadre d’une classe.

Dans le même sens, un tel service pourrait être basé sur un système de gestion de signets (bookmarks) sur le modèle de diigo, ou de bibliographie (en recherche il existe des outils comme zotero ou bibsonomy) permettant le classement par tags. Mais ceux-ci ne semblent pas avoir gagné beaucoup de popularité. L’organisation de groupes, de communautés partageant les mêmes intérêts et promouvant des ressources externes pourrait être intéressante.

Une infrastructure intéressante de reconnaissance ouverte est celle des openbadges. Nous avons vu que la nouvelle spécification permettait une reconnaissance croisée. L’appréciation d’une ressource en la liant à un badge permettrait de compléter ce croisement, en qualifiant non seulement le porteur du badge, mais aussi les moyens qui lui ont permis de l’obtenir…

Bref, la question est posée. Comment reconnaître et partager des ressources pour apprendre ? Comment ouvrir cette opportunité, pour que chacun puisse plus facilement trouver une ressource ou un cours qui lui convienne ? Y voyez-vous un intérêt ? Avez vous des idées ?

Cela dit, j’ai sans doute raté quelque chose d’évident. Si c’est le cas, n’hésitez pas à m’en faire part.

Crédit photo : Crowdsourcing par Cambodia4kids.org licence CC-by

 

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