Transformation numérique de l’éducation : nouvelles fraîches

Dans le train de retour de plusieurs rencontres autour de ces questions, je me pose la question sur quoi retenir de tout cela. Il y a évidemment moult nouveaux projets, et autres nouvelles startups, des nouvelles têtes, des anciennes avec qui on est toujours content d’échanger ou des rencontres dans la vraie vie de relations virtuelles, mais depuis le temps que je m’intéresse à ces questions, j’en suis plutôt à essayer de cerner les évolutions…

Continuité dans un constat plus largement partagé

La question du constat était plus prégnante durant la journée d’Educpros. On intègre maintenant plus facilement que le numérique est en train de transformer/révolutionner le paysage de l’éducation. Ce n’est pas fondamentalement nouveau mais la prise de conscience semble réelle. La formulation change suivant d’où on vient. Certains parlent de changement de paradigme, d’autres de chaîne de valeur complètement bouleversée (c’était déjà la formulation de Diane Oblinger de Educause en 2012, mais à l’époque cela semblait passer au dessus des têtes de pratiquement tout le monde). La notion de plate-forme est réutilisée de différentes manières, parfois approximatives. On compare cette révolution à celles qui se sont passées dans d’autres domaines (Nicolas Glady reprend de manière élégante la comparaison avec Kodak qu’Emmanuel Davidenkoff avait développé dans son livre « le tsunami numérique » en 2014).

La prise de recul par rapport à ce constat pour permettre d’agir ne semble pas encore complètement intégrée. Peut être faudrait-il refaire cette synthèse. La conférence du CESI donne une bonne trame avec ses 6 piliers pour un nouveau paradigme, mais il manque quelques clés (dont notamment la question de l’enseignant qui est pourtant récurrente). Je préfère les réorganiser en questions, qui devraient toutes commencer par « A l’ère du numérique, », ça fait presque table de matières d’un rapport de plus :

  • Quels objectifs de formation ? La question de l’évolution des métiers par le numérique, la formation autour de la maîtrise des compétences informationnelles et numériques ;
  • Comment former ? Quelles pédagogies mettre en œuvre ? Ou encore quels modes d’apprentissage si on parle d’apprentissage adaptatif ou d’équivalents ? On peut mettre ici aussi la question des nouveaux cursus, hors les murs comme le projet Minerva, ou intégrant plus de liberté de choix dans les UV choisies, comme on le voit apparaître ;
  • Quels espaces d’apprentissage ? Le constat est largement partagé que les nouveaux modes d’apprentissage liés au numérique obligent à revisiter les espaces de nos établissements et à les mixer
  • Comment évaluer les étudiants ? l’évaluation des étudiants, la certification sont régulièrement questionnées. Il y a ici un vrai champ de changement tant l’évaluation guide les stratégies d’apprentissage de nos nos étudiants ;
  • Comment construire de nouveaux dispositifs ? Ces nouveaux enseignements peuvent nécessiter de nouvelles équipes intégrant à la fois des enseignants, des ingénieurs (et pourquoi pas des étudiants) qui deviennent des projets à développer ;
  • Comment évaluer les dispositifs ? L’EM Normandie a récemment publié un livre blanc qui propose d’intégrer la question l’évaluation de la pédagogie jusqu’au niveau de l’évaluation des établissements. Au delà de la valorisation de l’engagement des enseignants, il s’agit bien d’intégrer cette question de manière systémique.
  • Comment accompagner les acteurs ? Il faut prendre en compte le fait que les étudiants changent, mais aussi que le métier de l’enseignant évolue. L’étudiant est au centre des dispositifs, mais on ne fera rien si l’enseignant n’est pas juste à coté.

Institutionnalisation

Des directeurs viennent témoigner sur ces transformations, ce qui est une forme d’engagement de nos institutions, mais on voit également apparaître une multitude de postes aux appellations très variées, allant jusqu’au fameux Chief Digital Officer, et de nouvelles structures associées qui démontrent que les institutions cherchent à intégrer ces questions dans leurs organisation. Les réunions autour des innovations pédagogique et le numérique ne sont plus un repaire d’enseignants alternatifs et autres ingénieurs pédagogiques.

Convergences et décloisonnements

Signe de maturation, le numérique n’est plus vu comme un élément à part, mais il s’intègre pleinement dans tous les aspects de l’éducation. Des frontières tombent. Les pédagogies actives sont reconnues comme approche pertinente. On parle d’abord de pédagogie, puis d’outils numériques utiles pour ces pédagogies et non plus de pédagogie numérique. Cela permet de réconcilier deux communautés. Numérique et présentiel s’articulent, au travers d’espaces que l’on cerne mieux. Les communautés numériques se prolongent au travers d’événements dans la vie réelle. La EdTech se développe et semble vouloir travailler en bonne intelligence avec les acteurs classiques de l’éducation. Les acteurs classiques développent leurs approches en tenant compte de leurs histoires et de leurs concepts. Et en même temps, chacun identifie mieux sa place dans l’écosystème, ce qui ne peut que faciliter les collaborations.

La thématique des données personnelles

Pour finir, la question de données personnelles devient une préoccupation partagée, mais à laquelle il manque une vision claire. On s’inquiète des modèles économiques basés sur la capitalisation de cet or numérique. Les juristes semblent apporter des réponses, qui cherchent à encadrer ces business, mais qui sont encore loin de permettre de rendre le contrôle des données aux personnes elles-mêmes. Et curieusement, je n’ai entendu parler de learning analytics que dans les discussions de couloir, pas dans les plénières.

L’humain au centre

Mais surtout, et c’est heureux puisqu’il s’agit d’apprentissage et d’éducation, l’humain est au centre, tant par rapport au repositionnement de tous les usages autour des apprenants, mais aussi par la manière dont ces événements sont organisés, donnant la part belle à l’expérience vécue et aux échanges.

7300782814_3f0d3f8879_k_dCrédit photo : Marches, le bassin par Alice Bonhomme licence CC-by-sa

PS : Désolé si c’est un peu flou, grosse fatigue…

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Accompagnement des enseignants dans le cadre de la transformation numérique

C’est à la fois une question de numérique, de pédagogie,  de démarche scientifique, et donc de développement de communautés …

Le métier d’enseignant change. Disons que dans l’enseignement supérieur, l’aspect professionnel de l’enseignement est une dimension maintenant identifiée puisqu’on rend la formation sur ce sujet obligatoire pour les nouveaux enseignants chercheurs. Dans ce contexte, pédagogie et numérique sont traités de manière conjointes. L’hypothèse avancée étant qu’ils se renforcent mutuellement.

La transformation numérique relance la question de l’évolution du métier dans un cadre en changement, d’une évolution qui s’avère continue, notamment parce que le champ impacté par le umérique s’élargit d’année en année. Cette évolution du métier ne peut prendre sens que si elle est ancrée dans un cadre permettant d’orienter son action, un cadre qui est forcément celui de la pédagogie. De fait, ces deux premières dimensions nous amènent à intégrer également la démarche scientifique comme étant au cœur de cette évolution.

À cet égard, il est intéressant de s’appuyer sur les travaux menés dans le cadre des humanités numériques. Les humanités numériques permettent de penser l’intégration du numérique dans l’évolution de la production et de la diffusion des savoirs et et à la fois l’évolution des sciences humaines et sociales. Le numérique est à la fois vu comme un nouveau champ d’étude (qu’est ce qui change par le numérique) et comme un vecteur d’évolution des démarches scientifiques (comment faire de la recherche avec le numérique). Les humanités numériques, en tant que trans-discipline nous posent la question de l’évolution des disciplines liées à la pédagogie (sciences de l’éducation, EIAH, …), i.e. comment l’apprentissage change par le numérique, et quelles nouvelles méthodes développer avec le numérique (par exemple l’analyse des données d’apprentissage ou « learning analytics »).

Il y a aussi ici la question de l’évolution de métiers visés, des pratiques qui se développent en intégrant le numérique. Pour cela il y a deux axes qui permettent d’aborder cela. D’une part, on parle de culture numérique qui transforme la société, d’autre part on parle de littératie numérique. Cela transforme à la fois le métier d’enseignant, ceux que visent nos étudiants et la manière dont ils se comportent, donc apprennent. Le cadre de la littératie numérique intègre de manière explicite les processus de recherche d’information, de compréhension de gestion et de publication d’information au sein d’une communauté dans une perspective de développement de son esprit critique. Les fondements des différentes étapes de ce processus sont bien entendus maîtrisés par les enseignants. Il doivent néanmoins être transposés dans le cadre numérique, appropriation qui peut se faire dans le cadre de son développement professionnel, pour ensuite être réinvesti en tant qu’accompagnement de ses étudiants dans des démarches actives. Les humanités numériques développent également ce lien entre pédagogie, littératie numérique et recherche, en tant que pratique pédagogique. François Taddei va un pas plus loin en avançant que le numérique impose de lier modalités d’apprentissage et méthodologie de recherche au travers de sa vision de société apprenante.

Mais la recherche, ou du moins une approche de démarche scientifique, est également un vecteur potentiel de développement professionnel de l’enseignant en soi. L’idée nous vient du monde anglo-saxon avec le SOTL (Scholarship Of Teaching and Learning), à savoir mettre en place une méthode professionnelle, réflexive, instrumentée sur ses pratiques d’enseignement allant jusqu’à la publication. Cette démarche n’est pas nouvelle, mais a comme qualité de rapprocher pratiques d’enseignement des pratiques de recherche. Dans un tel cadre l’accompagnement par un conseiller pédagogique qui vient en soutien aux projets de renouvellement pédagogiques d’enseignants trouve naturellement sa place, en proposant à l’enseignant des outils pour l’aider à éclairer sa pratique, et à réfléchir à des pistes d’évolution. En adoptant une pratique réflexive, le développement professionnel pédagogique devient rationnel.

Traditionnellement, une question clé pour le chercheur est d’identifier des communautés savantes avec lesquelles il va pouvoir échanger sur ses travaux, et dans lesquelles il va pouvoir monter en compétence.Là encore le conseiller pédagogique peut jouer un rôle en tant que relai vers des communautés au sein desquelles il a vocation à participer. Bien que trop peu connues, de telles communautés existent dans le domaine pédagogique, qui permettent de progresser en adoptant une démarche SOTL. Elles peuvent être liées à une discipline (comment enseigner l’informatique, par exemple), à un type de pratique ou de méthode (en pédagogie, on trouve par exemple une communauté autour de la classe inversée). Elles peuvent avoir vocation à accueillir un public développant une réflexion un peu plus mûre sur les pratiques en croisant avec un public en sciences de l’éducation (comme l’AIPU ou la communauté autour du colloque « Questions de Pédagogies dans l’Enseignement Supérieur » pour citer les deux communautés francophones principales. Les enseignants-chercheurs qui font un pas vers ces communautés et leurs colloque sont souvent conquis par la qualité des échanges (voir par exemple l’évaluation du dernier colloque en date de QPES). Ces communautés sont conscientes des enjeux liés au numérique, utilisent le numérique au quotidien, mais n’en font pas un enjeu central.

Parmi les communautés qui tirent parti du numérique, notons ces nombreuses communautés nées autour d’une pratique pédagogique, comme celle des twictées, ou de la classe inversée, qui ont émergé rapidement et qui se sont prolongées par des colloques. Certes, ce sont des exemples dont un est plutôt issu du secondaire, mais ils démontrent l’émergence possible et souhaitable de communautés nouvelles, hors des influences institutionnelles. À cet égard, l’organisation de l’université d’été Ludovia est exemplaire en sachant reconnaître et accueillir ces communautés émergentes. Notons aussi le réseau des Learning Labs, qui se fédère autour des changements de pratiques et des espaces sous l’impact du numérique, qui s’avère être également être une communauté dynamique et ouverte.

Les humanités numériques promeuvent les approches de science ouverte. Dans un contexte numérique, la publication peut prendre différentes formes, les démarches participatives permettent d’alimenter le débat, et on constate l’apparition de nouvelles formes d’événements plus actifs et moins formels. Tout cela créé un écosystème dans lequel il est possible d’évoluer du pédagogue débutant au chercheur confirmé.

Coté publication ouverte, des enseignants dont certaines références du domaine proposent des blogs, sources de réflexions. Certains médias proposent également des « fermes de blog » comme Educpros ou proposent des tribunes à des scientifiques (je pense à The Conversation qui propose une rubrique éducation). Des MOOC autour de cette transformation numérique sont également proposés. Certains permettent de créer des communautés temporaires susceptibles de nourrir des échanges intéressants.

Parmi les qualités du numérique, il y a cette opportunité de donner à voir l’abondance des initiatives. Des sites participatifs, comme par exemple innovation-pedagogique.fr, permettent une valorisation aisée des développements pédagogiques et des idées. À la fois source d’information, point d’entrée d’une communauté et moyen d’entamer une production écrite sur le web et de la partager avec ses pairs. On rentre là dans une démarche classique du numérique où chaque lecteur peut également contribuer, et où l’adhésion à une communauté est facilitée. Ce site promeut également une démarche de publication ouverte (chère également aux acteurs de humanités numériques) en relayant nombre d’autres publications ouvertes (de blogs de l’enseignement supérieur mais aussi de revues classées).

Notons également une initiative de réseau coopératif qui débute ici pour recenser et valoriser cet écosystème numérique autour de la pédagogie.

Il existe également des revues ouvertes dans le domaine (RIPES, RITPU, STICEF, …), mais conservant une démarche plus classique dans l’édition. L’Arxiv de l’éducation reste à créer.

Le numérique, ce sont aussi une nouvelle manière d’organiser des événements participatifs, actifs, dynamiques, permettant de se projeter dans le futur. Événements qui sont évidemment relayés dans le monde virtuel. Il y a eu les MOOCamp, Hack’apprendre pour imaginer l’université en 2035, ou les Orphee Rendez-vous. Il y a maintenant Edumix. Ces événements permettent de renforcer des communautés, d’élargir leurs bases, de mettre en avant le caractère humain de cette transformation.

Accompagner les enseignants à s’approprier les outils numériques doit sans aucun doute se prolonger par une invitation aux enseignants à intégrer les communautés s’intéressant à la pédagogie, à développer une littératie numérique en lien avec ces communautés, pour qu’ils puissent ensuite réinvestir les idées qu’ils auront collectées et les pratiques qu’ils auront développées avec leurs étudiants. La bonne nouvelle est que la démarche est proche de celle de la recherche, et que les évolutions visées correspondent également aux évolutions des pratiques des chercheurs. La transformation en cours nous invite donc à associer numérique, pédagogie et recherche.

NB : de retour d’Edumix, je confirme que l’on peut (doit?) aborder cette transition avant tout comme une aventure humaine. Ce petit texte s’affine dans mon traitement de textes depuis quelques jours, en vue de la journée transition digitale proposée par Educpros le 19 octobre. Un grand merci également à ma collègue Marine Karmann pour ces échanges qui nous ont permis d’affiner notre réflexion.

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Crédit Photo : l’équipe Zapata – Edumix Saint Etienne par le media room – licence CC-by-sa
 

La quinzaine de la transformation éducative

Les journées nationales de l’Innovation Pédagogique dans l’Enseignement Supérieur (JIPES) fin septembre ont été l’occasion de nombreux échanges autour de l’ensiengnement supérieur du XXIème siècle. Organisées par le MESRI (Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation), c’était évidemment un événement important. Mais ce n’est pas le seul, bien au contraire. On peut considérer que c’était l’événement d’ouverture d’une quinzaine de la transformation éducative. Voyons plutôt.

Vous êtes plutôt créatif, et intéressés par les événements participatifs ? Edumix vous passionnera du 11 au 13 octobre à Saint-Étienne. Si vous passez par là, ne ratez pas la restitution le 13 après midi à partir de 15 heures.

Vous croyez que la transformation viendra des Edtech ? Rendez vous les 12 et 13 octobre au Learning Show à Rennes pour repenser la formation avec le gratin de la EdTech.

Si pour vous la clé est la communauté étendue, et en lien avec l’activité professionnelle, vous serez sans doute tentés par le hackathon sur l’apprendre ensemble à Paris le week end du 14 et 15 octobre.

Le CESI organise un colloque plus formel, mais non moins intéressant, en posant la question d’un nouveau paradigme pour Penser la Formation aujourd’hui. Tables rondes et synthèses pour une approche systémique les 16 et 17 octobre à Paris autour de 6 piliers de cette transformation.

Vous travaillez à l’IMT (Institut Mines-Télécom), le second séminaire interne sur les transformations éducatives est fait pour vous à Rennes les 17 et 18 octobre.

Educpros prend l’angle de la transformation digitale d’un point de vue pratique pour aborder cette question éducative à Paris le 19 octobre.

Deux choses sont sûres :

  1. Il ne sera pas possible d’assister à tous ces événements, il faut faire son choix. Clairement les calendriers n’ont pas été croisés ;
  2. Et pourtant les acteurs se connaissent. Certains se retrouveront plusieurs fois, d’autres se croiseront. La synthèse globale sera sans doute plus difficile à réaliser.

Pour ma part, je serai heureux de m’immerger dans différents contextes et donc différents points de vue. Mon choix est lié à l’ordre d’apparition et d’invitations ces derniers mois. Je serai donc à Edumix, au CESI et à Educpros. J’ai présenté mes excuses aux organisateurs du Learning Show, du cercle APE, et à mes collègues de l’IMT auxquels j’ai promis un retour sur les événements auxquels je participerai.

 

PS : j’ai adoré ma lecture du matin : Le design thinking, de Stanford à l’école primaire française. On y parle de démarche d’innovation pour tous les enseignants, de changement de posture, de bienveillance, et d’étudiants qui sortent de leurs établissements pour accompagner la société civile, ici les profs. Que du bon. Inspirant pour le sujet qui nous préoccupe ici en tout cas.

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Crédit photo : Rosendale Primary School Design Thinking with NoTosh par Ewan McInsoth licence CC-by-nc

Inventer l’éducation supérieure du XXIème siècle

Joli titre. C’est celui de l’axe 4 du récent rapport de la stratégie nationale du supérieur (StraNES) . Cette stratégie a pour ambition de définir des objectifs à 10 ans pour l’enseignement supérieur, et est la conclusion d’un processus sérieux et documenté. S’il touche tous les volets de l’enseignement supérieur, c’est bien ce quatrième axe qui se focalise sur l’éducation proprement dite et qui doit guider l’évolution des enseignements et des cursus. On y trouve sur ce sujet 5 propositions, qui se veulent à la fois ambitieuses et réalisables, parmi les 40 que compte le rapport.

La premier point (ou proposition 16 dans la numérotation du rapport) vise à développer les pédagogies actives, pour proposer 25% d’un cursus sous forme de pédagogie par projet, actives, ou d’apprentissage hors cursus. Dans un cursus de formation d’ingénieurs, c’est un taux largement dépassé, si on considère les différentes activités en pédagogie active et les périodes de stage. Notons néanmoins que pour qu’une telle pédagogie soit effectivement efficace pour les étudiants, il faut un accompagnement de qualité qui repose beaucoup de questions sur la reconnaissance des différentes activités de l’enseignant (et donc les moyens humains correspondants), la formation des enseignants à un autre type de posture (tuteur, accompagnateur, … les définitions sont bien connues mais différemment assimilées suivant les lieux), mais également sur la dynamique d’équipe qui doit être créée et entretenue. En même temps cela ne concerne pas tous les enseignants, il faut donc juste arriver à mobiliser, à motiver une frange du corps enseignant.

Pourquoi pas si on arrive à faire de l’enseignement une activité valorisée du métier de l’enseignant chercheur. Malheureusement, c’est un peu le serpent de mer dans l’enseignement supérieur, le dernier avatar étant le rapport de Claude Bertrand qui n’a pas eu d’impact visible.

La seconde proposition vise à prévoir l’usage systématique du numérique dans la formation et l’évaluation des étudiants. Si l’usage dans la formation est maintenant bien établi, il est intéressant de l’institutionnaliser. L’accès à Internet dans le cadre des examens semble par contre ambitieux, voire en rupture, tant cela oblige à repenser la manière dont on construit l’évaluation.

Là aussi, il y a un cadre à créer mais c’est un très bel objectif. Et pour le coup, j’ai l’impression que nous en sommes tous assez loin. Une question sous-jacente est sans doute la question des moyens de correction qu’il faudra mettre en regard. Autrement dit, pourra-t-on poser des questions qui nécessiteront une réflexion plus approfondie de la part des étudiants sans que l’effort de correction ne soit démultiplié ? Sinon, se posera encore une fois une question de moyens… Bref des beaux débats en perspective, sur la nature des activités d’évaluation, sur la gestion technique de la communication durant les examens (car Internet, ce n’est pas qu’une extraordinaire bibliothèque, c’est aussi un moyen de communication de de co-production), et sur les modes de correction des copies.

La troisième proposition développer les ressources numériques et l’éditorialisation des savoirs, me semble déjà engagée en soi. Elle soulève néanmoins un sous point qui est la question de développer un outil d’aide à la décision des différents acteurs (étudiants, enseignants-chercheurs, administrateurs), permettant de suivre les parcours des étudiants. Le regroupement peut sembler étonnant tant cet outil devrait être un support à la proposition suivante. Espérons qu’il ne s’agit pas de déléguer cette proposition à des services techniques, car il y a des débats citoyens à avoir pour ne pas se faire enfermer dans des choix qui pourraient s’avérer bloquants.

Autour de cet outil, Il y a deux éléments clés : d’une part la gestion des données et l’analyse de celles-ci dans une perspective de big data, et d’autre part la nécessité que ce système soit suffisamment ouvert pour permettre un suivi au delà d’un seul établissement. Deux options sont alors possible : soit l’émergence d’un système centralisé qui risque d’être long à mettre en place et peu souple à l’usage, soit au contraire en profiter pour promouvoir les dynamiques de type self data. Dans ce type de dynamiques, l’individu est maître de ses données, ce qui serait en phase avec la volonté de rendre l’étudiant acteur de sa formation. Une expérimentation en ce sens serait sans doute un premier pas intéressant.

En phase avec la première proposition, la quatrième proposition (ou 19 suivant comment on compte) veut favoriser l’agilité, l’innovation pédagogique et la « culture du Oui », à la fois en reconnaissant à l’étudiant la possibilité d’imaginer un parcours à la carte, et en encourageant l’enseignant à l’expérimentation. J’y vois pour l’étudiant la possibilité de choisir des formations en ligne ou de s’inscrire dans un autre établissement pour y suivre un enseignement qu’il juge plus pertinent. Le numérique joue donc potentiellement un rôle de facilitateur, permettant à l’étudiant de suivre un cours d’une autre université à distance, ou de son université de rattachement (si cette notion fait encore sens) pendant qu’il se déplace sur un site lui permettant de développer un projet dans un contexte favorable.

On est ici dans une rupture équivalente à celle d’autoriser l’utilisation d’internet dans le cadre des examens. Cela semble possible, porteur de potentialités nouvelles, pouvant redéfinir la structure des cursus, mais absolument pas encore envisagé ni par le corps enseignant, ni par l’administration. J’ai même l’impression que cela vient en contradiction avec l’approche majoritaire qui veut pouvoir assurer la formation des étudiants.

La dernière proposition visant à prendre appui sur la recherche pour faire évoluer la pédagogie et les processus d’apprentissage est évidemment citée, et mériterait un article complet sur les raisons d’une telle affirmation, sur la répétition de cet enjeu dans tous les rapports, sur la difficulté de coupler des programmes de recherche et l’encouragement à l’expérimentation, sur la non répétabilité des résultats, sur la question de la diffusion …

Il y a donc 2 avancées potentielles dans ces propositions: l’utilisation d’internet pour les examens et la notion de parcours à la carte. Elles semblent en phase avec la culture du XXIème siècle, et permettent de l’infuser à des points clés de notre système de formation pour pouvoir le faire évoluer dans son entier. Clairement cela ne pourra se faire qu’au travers d’une démarche d’innovation, mais aussi en bousculant les modèles et les structures.

Crédit photo : Free Internet par ToGa Wanderings – licence CC-by

Éducation, dernière frontière avant quel monde ?

Je viens de lire avec intérêt le livre interview de Bernard Belletante « Éducation : dernière frontière avant le monde », directeur de l’EM Lyon. J’apprécie en effet chez les écoles de management une conscience plus affichée des transformations en cours. Le livre blanc de l’école du futur de Jean-François Fiorina, directeur de Grenoble Ecole de Management (GEM) en est un autre exemple. Ces écoles développent une vision prospective qui intègre en plein les pédagogies rendues possible par le numérique.

Le constat est maintenant largement partagé de l’urgence de faire évoluer nos formations, l ‘éducation devenant de manière claire le nouveau domaine impacté par le numérique (voir par exemple le tsunami numérique d’Emmanuel Davidenkoff, ou Game Changers: Education and Information Technologies de Diana Oblinger).

L’interviewé maîtrise parfaitement les nouveaux modes pédagogiques, encouragés par le numérique, qui permettent de repenser l’unité de temps, de lieu et de personnes qui guide encore nos modèles de formation. Le MOOC n’y est qu’un objet de transition parmi d’autres qui nous permettent de repenser les modèles de formation. Il considère que les écoles vont devenir des assembleurs pour permettre des parcours d’apprentissage différenciés dans un contexte mondial, ou étudiants et professeurs se déplaceront plus facilement. Il intègre l’idée que le savoir ne doit plus être vu comme un stock, mais un flux pour permettre aux personnes d’évoluer dans une logique de compétences. Bref, je partage pas mal d’analyses avec ce livre.

Il voit par ailleurs le développement d’une logique de certification mondiale, qu’il considère nécessaire pour aider les écoles à évoluer. Cette vision reste très fortement marquée par les tendances lourdes d’accréditation des écoles de management. Tendance beaucoup moins prégnante dans les écoles d’ingénieurs, dans lesquelles nous intégrons dans notre réflexion des cadres d’organismes internationaux (ABET et CDIO par exemple), mais qui ne donnent pas lieu à des labels internationaux. Ce qui est intéressant ici, c’est le besoin d’un élément de structuration pour permettre de maintenir une cohérence du secteur de la formation supérieure. Par contre, ce qui m’inquiète dans ce livre est le modèle de gouvernance sous-jacent à une vision très libérale de la société mondiale.

L’entreprise est en effet aux yeux de Bernard Belletante l’unique arbitre, ce qui engendre au niveau de la vision de la position de l’école par rapport aux autres parties prenantes une vision bien manichéenne. L’état (ainsi que l’Europe et les régions) ne sont que des sources de blocage, les professeurs CDI sont des pantouflards, les syndicats bloquent les évolutions des statuts … Certes, une formation aujourd’hui dans une grande école ne se conçoit pas dans un cadre régional, mais cela n’empêche pas de tirer parti d’un ancrage territorial enrichissant. Certes la mobilité des enseignants doit être encouragée en permettant aux enseignants de changer d’école et de participer à plusieurs formations, mais faut-il pour autant la généraliser ? La richesse des formations ne provient-elle pas de la diversité? N’est-il pas intéressant de garantir une continuité dans un établissement ? Certes le statut de l’enseignant doit absolument évoluer pour prendre en compte la diversité et la richesses des stratégies d’action qu’il peut aujourd’hui développer. J’entends bien que ces différentes parties prenantes peuvent parfois faire entendre des voix dissonantes par rapport à une économie de marché sans contraintes inutiles, mais faut-il pour autant les considérer comme hors jeu ? Aux yeux de l’auteur, il semble que sur ces questions il n’y ait pas d’alternatives. Le modèle d’organisation semble s’imposer de lui-même, c’est sans doute dommage si on veut pouvoir encourager une variété, un écosystème des formations. C’est en tout cas gênant pour encourager le débat de considérer de tels aspects comme des évidences.

Cela est d’autant plus important que les générations à venir auront à être porteuses des transitions qui démarrent aujourd’hui : numérique, énergétique, écologique, organisationnelle… Et par rapport à ces transitions, les entreprises ne sont pas demandeuses, elle sont plutôt des freins. Il ne s’agit pas de les mettre hors jeu. Il s’agit bien de multiplier les parties prenantes pour penser les directions à prendre pour développer l’éducation d’un monde qui ne considère pas que le seul environnement est celui de l’entreprise comme seul vecteur d’évolution de la société.

Bref, ce livre nous rappelle que la vision politique sous-jacente est complètement structurante pour la vision de l’évolution de notre système de formation. La qualité de Bernard Belletante est de l’assumer complètement.

Crédit photo : Candle lights on a windowsill on December 8. Photo: Myrabella / Wikimedia Commons licence CC-by-SA 4.0

Notes de lectures autour de l’évolution du rôle de l’enseignant face aux MOOCs

Quelques billets qui prennent le point de vue de l’enseignant dans un monde de MOOCs. Une chose me paraît certaine, c’est que tant qu’un dispositif s’appelle cours, il faudra se poser la question du rôle, de la valeur ajoutée , de la raison d’être de l’enseignant. Ce ne sont que des ressentis, mais ils sont éclairants sur le contexte américain.
Future of learning: obsolescence of knowledge, return to real teaching : soulève le point que l’évolution dans l’enseignement n’est pas que technique (équipements numériques, contenus numériques, classes en ligne …) mais qu’il y a un impact fort sur la manière d’apprendre et donc sur le métier de l’enseignant qui de passeur d’information passe au statut d’accompagnateur et de déclencheur de passion. Un classique de l’évolution souhaitable du rôle de l’enseignant, mais ici annoncé par des créateurs de start-ups dans le domaine de l’éducation et non pas par des chercheurs en science de l’éducation.

MOOCs and the Teaching Profession : voit que la mise en place de MOOCs pourrait permettre de diminuer le nombre d’enseignants face aux étudiants, et que la place de l’enseignant n’est pas dans les centres de discussion liés aux modèles économiques des MOOCs. La question se pose de savoir si enseigner est une profession. Dans un autre article, il repère que pour apprendre, il suffit de temps, d’intérêt et d’une communauté et d’accompagnement.

Et des articles issus du blog de John Regher, un professeur qui a présenté un xMOOc sur Udacity.

Economics of University Teaching pose en quelques chiffres la difficulté de calculer la valeur d’une heure de cours : entre le prix payé par l’étudiant (important aux USA), les subventions, et les autres activités d’un professeur (qui rapporte au travers de contrats de recherche). Il oublie par ailleurs tous les coûts de structure. Bref, la comptabilité d’un cours n’est pas simple.

University Economics and the End of Large Classes part du constat que le « futur des universités est d’exceller sur ce qu’un MOOC ne fait pas bien ». L’université trouve donc son sens dans les activités ou le contact enseignant- élève est imporrtant (laboratoire, motivation des étudiants, environnement pour activité extra-curriculaires) et pour les meilleures sur la sélection et la mise en réseau des élites.

Le (x)MOOC serait un moyen économique pour les cours avec beaucoup d’inscrits. La question est alors de savoir si cela conduira à réduire le nombre d’enseignants, ou à redéployer ces moyens sur d’autres activités. Les universités semblent d’ailleurs tenter de continuer à faire payer les mêmes sommes tout en réduisant leurs frais, en maintenant le lien entre prix et certification. On peut douter que cela fonctionne sur le long terme sans problème.Le contact de l’enseignant avec les étudiants dans des petites classes peut changer des vies, et cela ne peut être remplacé par la technologie.

De mon point de vue, le problème est également que cela masque des activités complémentaires d’organisation, d’accompagnement, de définition de cursus … qui ne sont pas comptabilisées dans les activités des enseignants, mais qui sont pourtant indispensables pour le bon fonctionnement d’un établissement. Si l’on regarde un MOOC comme un moyen de proposer un cours à nos élèves. Pour ceux qui ont regardé les modes de fonctionnement des établissements qui basent leur fonctionnement sur l’usage systématique de vacataires, on voit bien les limites en termes de qualité, quel que soient les compétences des vacataires employés.

Recording a Class at Udacity. Premier élément, un cours est décomposé en séquence de moins de dix miuntes entrecoupées de petits exercices et autres quizz, pour passer de l’écoute à l’assimilation. On reconnaît ici l’approche de l’ « amphi interactif ». Cela est évidemment un véritable challenge pour l’enseignant (ici John Regehr).

Si l’enregistrement laisse toute liberté à l’enseignant, des éditeurs effectuent un gros travail de post-édition pour proposer un contenu professionnel. Les enregistrements se font sur des journées complètes, ce qui permet de donner du liant entre les différentes séquences du cours, par rapport à un travail plus saccadé lorsqu’il s’étale dans le temps. Cela semble convenir à John Regher, j’avoue que j’apprécie de laisser passer du temps entre les séances pour repenser à ce que j’ai dit, laisser émerger une nouvelle piste …

Udacity semble vraiment fonctionner sur un mode startup : des personnes jeunes qui travaillent beaucoup, dans un environnement convivial. L’évolution positive des cours en ligne passe sans doute par un contexte très dynamique.

Merci à mon collègue Gwendal Simon pour ces liens, fort intéressants.

 

Crédit photo : the X-Men par Dunechaser licence CC-by-nc-sa

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Idefi, 37 projets retenus…

Il y a finalement 37 projets « emblématiques et innovants en matière d’enseignement supérieur à la hauteur des standards internationaux  ». C’est plus que ce qui était prévu, mais cela correspond exactement à l’enveloppe prévue (149 millions € pour 150 prévus). Le jury constitué était international, principalement constitué de professeurs et couvrait bien les différents aspects de tels projets. Je n’ai pas vu la liste complète publiée, mais on y retrouvait bien des personnalités reconnues dans le domaine pédagogique.

Si l’on parcourt les premiers descriptifs parus au delà des simples listes de titres, les dispositifs sont ciblés et quelques types de projets émergents :

  • le soutien à la réussite des étudiants, et pour la diversité ;

  • la simulation de santé ;

  • les aspects innovation/créativité/design ;

  • de nouvelles formations à l’ingénierie.

Les interactions avec les entreprises semblent être un facteur positif.

Au niveau des PRES gagnants, saluons l’Unam (Nantes-Angers-Le Mans), Grenoble et Toulouse qui ont chacun réussi la passe de 3. Paris-Sud, Lille, la Lorraine font partie des grands perdants puisqu’ils n’ont vu aucun projet retenu.

La Bretagne fait un score très moyen, avec un projet retenu (2LPG : Pré professionnalisation des Licences Générales) et une participation à REMIS. Au niveau de Brest, 2 projets étaient dans la course (i.e. présélectionnés):

  • Iroise qui visait principalement à fédérer les activités pédagogiques de l’enseignement supérieur brestois pour constituer une plate forme capable de porter des dispositifs d’envergure liés à l’apprentissage professionnel, et de conduire le changement. 3 dispositifs pilotes qui chacun auraient pu faire l’objet d’un Idefi étaient dans le dossier. Le message a peut-être été trop complexe ;
  • Clefs qui portait sur l’accompagnement d’élèves de bac -3 à bac+8 dans une formation d’ingénierie. L’élément différenciant se situait dans une approche d’alternance généralisée, entre lycée, enseignement supérieur et entreprise. Là aussi, le dispositif était accompagné d’une conduite du changement ambitieuse pour les différents partenaires.

On attend avec impatience les retours écrits des jurys pour identifier ce qui a pu faire douter le jury, et ce qu’il a apprécié.

Vu la nature des 37 dispositifs retenus, on peut se demander quel impact en termes de changement sur les universités. Est-ce que cela peut avoir un impact sur l’implication des enseignants/chercheurs (autre que ceux directement impliqués) pour innover dans leurs enseignements ? En tout cas, à la lecture des résumés de ces projets on ne voir pas apparaître clairement l’impact de ce coté. Il serait intéressant de publier les dossiers et de partager les analyses des reçus.

Quel est ainsi le levier de ces projets sur l’enseignement supérieur ? Sera-t-il notable ou est ce du saupoudrage comme certains le pensent ? Ou est-ce une manière de mettre les pratiques d’enseignement dans une démarche d’appels à projets généralisée comme c’est déjà le cas pour les pratiques de recherche ?

L’avenir nous le dira.

 

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