La dynamique de France Université Numérique pour les MOOC

France Université Numérique (FUN), c’est évidemment bien plus que la question des MOOC. C’est un agenda qui s’articule autour de 18 actions, dont la troisième concerne la plate-forme de MOOC. Ce qui veut dire que la plate-forme de MOOC entre à la fois dans une logique globale et préfigure ce que doit devenir FUN.

Depuis le printemps dernier, Catherine Mongenet qui est l’âme de FUN, en tout cas la chargée de mission, s’attache à fédérer les acteurs autour des MOOC, notamment les établissements offreurs de cours, mais également les acteurs de la recherche, tout en gardant des relations cordiales avec les différents acteurs économiques. Chacun semble trouver ses marques, et à trouver sa place, entre les plate-formes privées ou alternatives, les soutiens à la conception de MOOC, les approches éditoriales. Bref, l’écosystème prend forme et semble plus serein. On verra comment la mise en place de la fondation FUN (action 9) permettra à cet écosystème de se développer.

La mise en place de la plate-forme a été un peu compliquée, mais s’est faite avec une vraie volonté d’associer les acteurs, notamment les premiers concepteurs de MOOC. C’est une bonne chose car cela a permis d’éviter de construire une structure déconnectée de la réalité. Si tout le monde n’y a pas trouvé tout ce qu’il espérait, le résultat est issu d’un consensus entre volonté politique, impératifs techniques, et besoins des producteurs de cours. Cela donne toutes ses chances à une telle plateforme. Beaucoup reste à faire, et certains trouvent que cela n’avance pas assez vite, mais au moins cela avance de manière concertée. On peut également regretter que celle-ci ne soit pas très innovante, mais elle a au moins le mérite d’exister et de fédérer.

Plus intéressant, ce dispositif n’est pas que technique, il y a un véritable accompagnement pour développer les pratiques. Cela a débuté par la mise à disposition d’un ensemble de documents, de nombreux messages pour informer le public des 22 cours mis à disposition. Il y a eu la mise en place de personnes-relais dans les différents établissements, qui sont régulièrement informés. Il y a des réunions d’échanges entre concepteurs, des sites de partage … bref, on cherche à construire un communauté.

La seconde phase est maintenant de proposer des formations sur la conception de MOOC sur FUN en 2 jours. Si celles-ci sont en présentiel, elle s’applique le principe de la classe inversée, en proposant des vidéos de présentation à consulter avant la session. Certaines sont en ligne ici ou . Reste à développer son pendant en ligne, sous forme de MOOC évidemment. On en reparlera 🙂

Le MOOCamp marque une nouvelle étape qui a ravi un certain nombre d’entre nous. On va ici au delà de la communauté technique pour proposer des approches d’innovation ouverte qui permettent de sortir des sentiers battus. Et l’écosystème des MOOC y est sensible et prêt à jouer le jeu.

De manière intéressante, ce n’est qu’après que ces premières étapes soient en place que l’on annonce la mise en place d’un fond pour l’équipement des universités. Un fond d’équipement de laboratoire d’enregistrement est prvéu. Il pourra s’appuyer sur un ensemble varié de solutions explorées. Les fonds de soutien pour la formation professionnelle et pour les investissements d’avenir, prendront place dans un écosystème qui aura déjà décanté des premières pistes. Les aides pourront donc être décidées sur des éléments plus fiable que sur des intentions.

Bref au travers de cette initiative, l’enseignement supérieur semble enfin intégrer dans son fonctionnement les éléments clés d’une réussite du numérique : écosystème, coproduction, accompagnement, innovation ouverte…

crédit photo : #jiscwebminar what is a MOOC ? par  giulia.forsythe licence CC-by-sa-nc

MOOCamp, ou quand la conception d’un cours devient participative

Créer dix scénarios innovants, imaginer et concevoir des scénarios de MOOC : c’était le but de l’événement MOOCAMP, journée d’ateliers créatifs organisée le 11 janvier 2014 à Paris. Mission réussie !

C’est donc SenseSchool, dans les nouveaux locaux du CRI (Centre de Recherche Interdisciplinaire), sous l’égide de France Université Numérique, qui aura organisé en premier une initiative ouverte de conception ouverte de MOOC, un MOOCamp, en adoptant les démarches d’innovation ouverte qui font l’intérêt des barcamp, startup weekend (ne manquez pas celui de Brest le week-end prochain) et autres museomix.

L’idée était de réunir concepteurs de MOOC, des tous horizons, à venir proposer des sujets de MOOC, à voter pour leurs préférés et à passer la journée à travailler en groupe avec des animateurs qui assurent une démarche d’innovation en 4 temps (ouverture, focalisation, échange entre équipes et retours d’experts, présentation devant un jury). Les gens de SenseSchool ont réussi l’exploit de faire tenir cela dans une journée.

Cette initiative fait sens à plus d’un titre :

  • D’abord elle démontre qu’on peut ouvrir la conception d’un cours sans être obligés de rester entre enseignants pour monter un cours ;
  • Ensuite, cela permet de faire prendre conscience que pour monter un cours ouvert, un MOOC, il faut convaincre un public. Il ne s’agit plus simplement de proposer son sujet, mais de comprendre ou créer le besoin. Et cela dès le début ;
  • Mais je retiens surtout qu’un tel cadre permet d’aborder la création d’un cours de manière désinhibée, et donc d’aborder des solutions alternatives qui n’ont que peu de chances d’apparaître dans un processus classique. Elle permet de mieux aborder ce qui fait la différence entre un cours universitaire classique et un cours ouvert. C’est également un excellent accélérateur de projet. À ces titres, je recommande ce type de questionnement en phase amont de la conception d’un MOOC.

Parmi les projets de la journée, l’un d’entre eux a été sélectionné par un vote en ligne, parmi des « idées de MOOC » proposées par les internautes. L’idée retenue « l’art de négocier : les clés du succès pour tous » était portée par un étudiant dynamique @CyrilEchevarria. Au début de la journée, c’était juste une idée coup de cœur. A la fin de la journée, les éléments principaux d’un tel cours sont largement cadrés, y compris des activités qui tranchent avec les MOOC conventionnels. Manon Silvant en a d’ailleurs fait une synthèse disponible en ligne.

J’ai constaté que le caractère ouvert des échanges permettait d’imaginer des choses nouvelles, comme l’idée d’un concours contre les profs comme évaluation, la vidéo dont vous êtes le héros pour mieux comprendre de quoi est faite une négociation, l’utilisation de google glasses pour vivre une négociation de l’intérieur ou l’idée de proposer une cérémonie en fin de MOOC pour ceux qui ont réussi. Ces quelques exemples montrent bien qu’il y a pléthore de pistes à explorer pour proposer des cours plus attrayant dans l’avenir. Puissent les prochains MOOC de France université Numérique en tirer parti.

C’était donc le premier événement dédié aux MOOC de ce genre. J’ai donc noté quelques éléments à chaud :

  • Sur le déroulement lui même, les phases proposées par l’organisation : la séance de créativité pour l’ouverture, la séance de cadrage en début d’après midi, les échanges avec les experts pour affiner les idées, la finalisation et le retour devant la salle et un jury étaient bien définis, avec des supports qui m’ont l’air complet, et menés par des animatrices/animateurs de manière tout à fait pro. Un grand bravo.
  • En amont, pour la présentation en ligne, j’aurai apprécié de pouvoir voter sur des projets un peu plus explicites qu’une simple phrase. Sans aller jusqu’aux vidéos de teasing qui ont été proposées dans le cadre du concours d’Iversity qui était beaucoup plus formel, on aurait aimé en savoir un tout petit peu plus. De même, un peu plus de dynamique au moment de la présentation en salle aurait été bienvenue.
  • Super, le déjeuner pizza/ coca, tout à fait dans l’ambiance visée;-)
  • En tant qu’expert, j’aurai aimé passer cinq minutes avec mes pairs avant le démarrage pour mieux les reconnaître dans les couloirs. La phase de retour par les experts mériterait d’être mieux organisée, ou alors très différente mais cela risque d’allonger le déroulement.

En tout cas une initiative à renouveler et à diffuser. Je compte bien en être l’ambassadeur en Bretagne (et ailleurs) d’une manière ou d’une autre. Je vois déjà trois options qui me paraissent faire sens :

  • en parallèle avec d’autres villes si l’idée d’un MOOCamp multi-site se confirme ;
  • dans le cadre du forum des usages coopératif cet été, c’est typiquement le genre d’atelier qui y trouverait sa place, avec un public habitué à la coopération et au brassage d’idées ;
  • sur le temps de l’école d’été MOOC qui se déroulera également en juillet à Brest (du 6 au 11). Cela pourrait permettre des rencontres entre chercheurs, concepteurs de MOOC et innovateurs 🙂

Évidemment , comme toujours dans de telles manifestations, de nombreuses rencontres et discussions se sont déroulées en marge de manière très détendue, qui justifient pleinement de se déplacer.

Moi qui avait un peu de mal à me remettre dans le bain en ce début d’année (avec certes un gros rhume qui n’aidait pas), cette rencontre m’a redonné la pêche. Rien que pour cela, un gros merci aux organisateurs.

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