Les humanités numériques, cheval de troie pour revisiter la littératie numérique

Les humanités numériques correspondent à une interrogation des domaines de recherche des sciences humaines et sociales sur l’impact du numérique sur leurs métiers. Démarche réflexive, ce questionnement les a amené à réfléchir aux renouvellement des processus de construction et de diffusion des savoirs.

Cette réflexion ancre les différents éléments de la littératie numérique dans les métiers des « humanités ». On y retrouve globalement les éléments de processus de construction de savoirs prônés autour du web, avec néanmoins des spécificités complémentaires intéressantes. Cette démarche épistémologique émanant des chercheurs en humanités eux-mêmes, elle ne peut être taxée de démarche de geeks ou autres technophiles. Elle acquiert ainsi une légitimité qui doit rendre acceptable ces nouvelles compétences et autres méthodes à un public plus large que celui qui est habituellement sensible à l’importance de la littératie numérique. D’un point de vue sociologique, certains y voient un tournant.

Depuis quelques mois, un collectif se crée autour des humanités numérique et de l’éducation. Cette conjonction comporte plusieurs éléments intéressants :

  1. d’abord cela devrait renforcer la réflexion sur l’acquisition de compétences liées au numérique ;
  2. ensuite, de par ses origines, elle permet de promouvoir une démarche d’acquisition de connaissances par la recherche, ce qui est un mode pédagogique pertinent et tirant parti du numérique ;
  3. les pratiques d’analyses critiques et réflexives font également partie intégrante de la démarche ;
  4. les valeurs d’ouverture, de diffusion, de partage, de libre accès se dégagent naturellement d’une telle démarche
  5. la construction se fait dans un espace d’échange interdisciplinaire. Les débats semblent particulièrement riches. De plus un tel processus a également l’intérêt de ne pas produire un cadre prescriptif et définitif comme on peut l’avoir vu dans le passé.

La définition définitive de compétences semble en effet particulièrement difficile dans un contexte technique qui est et restera mouvant. Comme le rappelle Denys Lamontagne, les valeurs d’entraide et de collaboration sont fondamentales.

Pour l’enseignant informaticien que je suis, un des nœuds à résoudre est d’identifier les notions nécessaires à ces nouvelles pratiques issues de mon domaine. Deux supports de cours sont source d’inspiration. L’un cité dans la bibliothèque des humanités numériques de Elie Allouche nous vient de l’UCLA, le cours DH101. L’autre nous vient de l’ULB de Bruxelles.

On y trouve principalement des sujets techniques (numérisation, structuration et bases de données, analyse et visualisation de données ou de réseaux, analyse de textes, espaces virtuels, …) avec un déroulé issu de la démarche scientifique. On y perd sans doute les éléments de cette démarche inductive chère aux humanités numériques (et donc le développement de compétences de type littératie numérique) mais on y trouve en tout cas un corpus technique clair. Reste à y appliquer une méthode pédagogique plus ouverte, peut être sur un mode connectiviste comme ITyPA en son temps.

Remarquons à l’étude de ce corpus que l’on va au delà de la gestion de médias et de techniques de base au sens classique. Les enseignants et chercheurs en EMI (Éducation au Médias et l’Information) ont un temps considéré que la littératie numérique pouvait se ramener à leurs problématiques, en considérant le Web comme un média comme un autre. Le numérique va au delà, l’interrogation des Humanités Numérique permet d’élargir le débat par son approche pluridisciplinaire.

Dans le cadre des humanités numériques, émergent la nature des sources sur lesquelles on fait des recherche, l’analyse et la visualisation de données numériques, l’analyse linguistique, … bref des dimensions plus techniques de construction de connaissances. Si certains aspects peuvent sembler affaire de spécialiste, il y a tout de même une dimension citoyenne Par exemple, dans un monde de données largement disponibles et ouvertes, la capacité d’interprétation, ou au moins de compréhension de ces interprétations devrait faire partie du bagage citoyen. Le développement du data-journalisme en est un autre signal.

Si les Humanités Numériques sont bien un vecteur d’appropriation des processus de construction de connaissance tirant parti du numérique et donc un vecteur de développement de la littératie numérique, elles réinterrogent également le périmètre de cette littératie numérique. Et c’est une bonne nouvelle, tant ce périmètre est et restera mouvant.

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Crédit photo : Digital Humanities par Brian Solls – licence CC-by

 

Un MOOC pour alimenter le débat citoyen

Nous commençons mardi dans le cadre de l’UeB C@mpus une nouvelle expérience qui s’annonce passionnante, à savoir tenter d’amener chercheurs, décideurs, associations, représentants de la société civile, enseignants, détenteurs de connaissances et d’attentes à échanger dans un espace numérique, et à se constituer comme communauté abordant des questions de sociétés.

Nous avons choisi pour amorcer cette communauté la forme d’un événement de construction collaborative, sur une durée limitée. Bref un MOOC au sens connectiviste, sur le modèle des cours proposés par George Siemens. Nous pensons particulièrement aux cours où il pose la question de l’évolution des systèmes éducatifs (CHFE12 , ou edfuture  pour le plus récent).

Si la question du futur de l’éducation est effectivement une question importante, d’autres questions se posent dans nos sociétés modernes. Parmi celles-ci, la thématique « risques, aléas et vulnérabilité pour les sociétés littorales » peut fédérer, notamment en Bretagne, où un réseau de recherche sur le sujet est en cours de création. La question est heureusement plus large que la Bretagne, et ce débat sera ouvert à tous ceux qui voudront s’y joindre.

Nous profitons donc de cette dynamique pour proposer une forme originale de mobilisation pour construire un consensus au travers d’une appropriation sociale des sciences.

Certains voient la diversité comme une source de réussite des MOOCs dits connectivistes. Les différences de parcours des participants et la nature profondément pluridisciplinaire du questionnement seront donc nous l’espérons des éléments qui contribueront à la réussite de notre projet. Il paraît également important d’expérimenter ces formes d’enrichissement mutuel dans des contextes autres que la problématique de l’éducation. Une des difficultés principales sera sans doute l’appétence des participants à contribuer dans un environnement numérique ouvert.

La première phase à donc débuté mardi 2 avril, à l’occasion des conférences de recherche organisées par l’UeB à Brest. Nous avons réuni les scientifiques qui ont répondu favorablement au sujet, pour les mobiliser, construire avec eux la trame des thématiques qui donneront l’ossature au projet.

Nous travaillerons ensuite à l’organisation d’un corpus accessible. Notre objectif est de lancer le cours en lui-même après les municipales de l’an prochain, pour éviter des positionnements par trop partisans en période électorale.

Je vous laisse découvrir les différents partenaires de ce projet au travers du programme du séminaire de lancement. Je trouve pour ma part enthousiasmante la phrase finale : « Ce projet s’inscrit donc dans le cadre des humanités numériques ».

Ma participation s’inscrit bien dans la diffusion de ce que nous, animateurs, avons appris dans ITyPA, mon diaporama est donc largement inspiré de ce que l’équipe de ITyPA a déjà présenté par ailleurs, comme exemple d’inspiration et comme base de travail pour cette nouvelle aventure.

À L’issue de cette première réunion, je ressors très impressionné par la multiplicité des questionnements suscités par ce projet : la question de la constitution d’un corpus partagé, de la multiplicité des points de vue qui vont apparaître, les questions des modes de construction de la connaissance non seulement chez les chercheurs mais aussi les autres acteurs, mais surtout ce qui ressort est bien la question de l’impact sur les pratiques des chercheurs, la position du chercheur entre observateur de phénomènes, constructeur de sens, diffuseur et acteur. On touche bien ici toutes ces dimensions dans ce projet. La question de la place du chercheur dans la société se posera bien au travers de ce projet, qui nous fera donc avancer dans nos réflexions.

Crédit photo : 091028 019 900 par François à L’Imprévu – licence CC-by-nc-nd

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