Associer approche système, technologie, culture et économie numériques, pour la formation et l’innovation

C’est en résumé l’esprit de ce qui est défendu dans ce blog. C’est également ce que l’on retrouve dans le rapport de l’association Pascaline dans son rapport intitulé : économie numérique, innovation et enseignement : quelles conséquences ?

En réaffirmant l’importance des débats sur la place de l’innovation dans l’économie, et les liens évidents avec le développement du numérique, elle tire toutes les conséquences sur l’importance d’intégrer les différents aspects du numérique dans la formation. CE rapport est basé sur de nombreux autres qui soit abordent les aspects de l’économie numérique, de l’éducation, des green TIC, … mais c’est le premier rapport « officiel » qui précise aussi clairement les différents niveaux d’action sur la formation. On pourra juste regretter que le style soit parfois télégraphique, ou que des éléments comme les besoins en simulation numérique semblent arriver sans grande justification.

Concernant les niveaux de formation, ce rapport s ‘appuie sur la définition européenne des e-skills qui intègre 3 niveaux, et qui leur permet de proposer 3 niveaux de formation à la litéracie numérique pour la formation en France.

La formation à l’esprit critique est également explicitement citée, ce qui est cohérent, c’est en effet un aspect qui fait partie intégrante de la culture numérique et de l’approche système. On pourrait en fait considérer que c’est en fait bien l’élément central à développer dans nos formations, ce qui reste clairement un enjeu central tant nos élèves sont persuadés qu’ils se doivent de donner la « bonne » réponse, qu’ils imaginent que nous attendons.

Espérons que ce rapport aura un impact sur les formations en général et sur l’intégration de la culture numérique dans celles-ci.

Étant en vacances, je ne détaille pas plus, je retombe juste sur un ensemble d’informations en retard, que je ne reprendrai sans doute pas à la rentrée. Ce rapport ne me semble pas devoir subir le même sort, ni les suites du voyage du programme First à NewYork.  Ce programme est d’ailleurs un excellent exemple de ce que l’on peut espérer d’élèves ingénieurs dans le cadre de projets d’innovation dans le cadre de la culture et de l’économie numériques.

Crédit photo :  Jean-Marie Gilliot – licence CC-by

Tous les ingrédients pédagogiques d’un startup weekend

Olivier Ezratti, conseiller pour entreprises high-tech, nous livre tous les ingrédients d’un Start Up week end réussi : l’intérêt de s’adosser à une « marque », l’importance du mixage de cultures, de la présence de mentors … l’article ? La force pédagogique des startup weekends !

On y trouve des vidéos prises sur le vif d’intervenants (vidéo ici faite par Simon Robic sur le financement des startups), la référence à droite sur le Guide de l’Accompagnement des Star­tups High­tech en France, qui m’a l’air tout à fait passionnant au premier survol (et en Creative Commons, ce qui ne gâte rien). Bref, plein de matière pour ceux qui sont intéressés par le sujet. Des ressources éducatives si je reprend ma casquette d’enseignant.

Il insiste donc sur la dimension pédagogique des ces événements, ce que je soulevai ici. Le point qui me paraît particulièrement intéressant, c’est qu’il montre la complémentarité des apprentissages de chacun dans son rôle propre. Du partage, de la confrontation, du coté théâtral (unité de lieu, de temps et d’action) nait une situation particulièrement riche. Et c’est en augmentant la diversité que l’on augmente la richesse de l’expérience.

Un dernier point particulièrement sympathique dans cette communauté, c’est son caractère positif et fonceur. Il s’agit juste d’y aller, d’y croire et de s’accrocher. Belle leçon de vie. J’espère qu’elle se retrouvera dans l’Innovation Camp de cet été dans lequel 2 équipes d’élèves de l’école ont été sélectionnées.

Quel curriculum pour l’innovation ?

« Qu’est-ce qui doit être enseigné ? Comment en décide-t-on ? Quelles formes cela peut-il prendre ? De nombreux pays accordent de plus en plus d’importance à ces questions, au sein de leurs politiques éducatives. » Cette introduction du dernier numéro de la Revue Internationale d’éducation de Sèvres paraît être une évidence. Sauf que l’on apprend juste après que c’est un outil absent en France. Et que ce qui doit être enseigné ne va pas de soi.

Et effectivement, deux autres articles vus cette semaine montrent bien que même le positionnement ne va pas de soi. D’une part le Monde Diplomatique annonce que « En Europe, (ce sont) les compétences contre le savoir », c’est à dire que le socle minimal doit permettre une employabilité de tous en garantissant « dynamisme et flexibilité ». La réussite de tous est en fait une maitrise minimum, la « surqualification » actuelle est alors une perte d’argent puisque tous n’auront pas besoin d’être qualifiés (ni donc trop payés). L’article cite Claude Thélot, président de la commission du débat national sur l’avenir de l’école, reprit la même thèse dans le rapport remis en 2004 au ministre de l’éducation François Fillon : « La notion de réussite pour tous ne doit pas prêter à malentendu. Elle ne veut certainement pas dire que l’école doit se proposer de faire que tous les élèves atteignent les qualifications scolaires les plus élevées. Ce serait à la fois une illusion pour les individus et une absurdité sociale, puisque les qualifications scolaires ne seraient plus associées, même vaguement, à la structure des emplois (6). »

La « société de la connaissance » ou la « nouvelle économie » resteront réservées à une élite. L’université pourra utilement se poser la question de quelle est la dimension de cette élite. L’école pourrait se poser de la pertinence de développer des enseignements différenciés pour permettre au plus tôt de différencier le bon grain de l’ivraie. Sauf que cela pourrait reposer de manière aigüe le problème de l’équité de l’éducation.

Et en effet, on peut poser le problème du socle commun de manière très, très différente. Emmanuelle Erny-Newton a trouvé un excellent argumentaire dans sa trilogie « la Fabrique de Citoyens : LibertéÉgalitéFraternité » Sa série démarre sur une réflexion de Joel Westheimer [vidéo, en], professeur à l’Université d’Ottawa :

« Imaginez que l’on vous bande les yeux et qu’on vous expédie dans un tout autre point du monde. Pour les besoins de la démonstration, imaginons que rien, dans l’apparence ni le langage des gens, ne vous permette de deviner où vous pourriez être.
On vous emmène dans une classe ; on retire le bandeau de vos yeux, et vous observez le déroulement de la leçon.
À partir de cette observation, seriez-vous en mesure de deviner si vous vous trouvez dans un pays démocratique, ou dans un pays totalitaire ? »

Je vous laisse découvrir la suite, c’est à ne pas manquer.

En fait la question se pose également au niveau de l’enseignement supérieur. Prenons l’innovation, qui est dans tous les rapports. Prenons les exemples donnés à nos élèves ingénieurs. Voulons nous des spécialistes du transfert des découvertes des laboratoires de recherche comme on nous le dit dans un certain nombre de publications récentes (voir par exemple Adapter la formation de nos ingénieurs à la mondialisation) ? Cherche-t-on à développer des as du business qui développeront le prochain Facebook ? Veut-on des citoyens qui puissent répondre aux besoins sociaux, comme le propose l’initiative Imagination for People qui cherche à valoriser ces innovations « disruptives » ?

Ou cherchera-t-on simplement à présenter des possibles pour permettre à chacun de trouver la place qui lui convient et à s ‘épanouir dans une société qui ne l’oublions pas devra être durable ?

crédit photo : Innovation par Seth1492 licence CC-by

Des camps et des barcamps pour apprendre l’innovation

Différentes formes de barcamps sont associées à l’idée d’innovation, de créativité. Il en fleurit un peu partout et permettent des nouvelles formes d’échanges plus variés, plus proactives, plus décomplexées. Les étudiants les plus actifs investissent ces échanges, y côtoient des professionnels et apprennent beaucoup, en un temps resserré.

Le barcamp, rencontre ou non-conférence est à la mode. L’idée est de réunir des personnes en un lieu et de définir ensemble les sujets des échanges. Cette idée simple, qui peut apparaître comme étant un peu candide, marche bien auprès de ceux qui ont retenu les aspects collaboratifs du web et du monde associatif. Un barcamp peut se spécialiser autour d’un thème, on parle alors d’éducamp, de gamecamp, d’innovationcamp …

Les innovation camp prennent d’ailleurs plusieurs formes :

  • les startup week-end sont organisés au travers de la France entière (et du reste du monde), réunissant des experts (qui proposeront quelques présentations courtes), et des gens de tout bord, soit porteurs d’une idée qu’ils proposent d’approfondir pour en faire une start-up à la fin du week-end (d’où le nom), soit offreurs de compétences pour le temps d’un week-end. La rencontre est d’autant plus riche que le public est varié. Et parmi ce public participant, les étudiants de tout bord y trouvent facilement leur place (qu’ils viennent du design, des beaux arts, d’une école de commerce ou d’ingénieurs, ou tout autre formation).
  • Le Silicon Sentier de Paris a proposé son camping, qui est un accompagnement sur du plus long terme en proposant aux porteurs d’idées plusieurs temps forts pour les amener à affiner leurs idées.
  • Le Carrefour des Possibles est d’une forme un peu différente, puisque les idées sont présélectionnées. Mais le public vient ici sans programme et peut discuter ensuite avec les porteurs suivant sa préférence. L’accent est également sur l’échange informel, et les étudiants qui y sont régulièrement sélectionnés font plutôt bonne figure.
  • Le CDIO nous propose cette année sa CDIO Academy dans laquelle des étudiants du monde entier déposent des idées. Les porteurs de celles qui seront retenues se retrouveront en juin dans un grand Innovation Camp pour fusionner et donner corps à leurs idées.
  • Le Google Summer of Code est un autre moyen pour nos étudiants, de rencontrer des gens différents, sur le temps d’un été, en allant participer de manière rémunérée à un développement d’un logiciel libre. La dimension d’innovation peut être un peu plus lointaine, mais l’exercice est certainement formateur (ceci est juste une pub à destination d’un éventuel étudiant en informatique qui me lirait et qui n’aurait pas encore son planning bouclé pour cet été).
  • J’en oublie certainement …

En tout cas les étudiants qui participent à ce genre de réunion en reviennent ravis, persuadés d’avoir beaucoup appris, sur des aspects aussi bien d’innovation que liés à leur formation. La question est alors de savoir si on peut intégrer de telles rencontres à la formation. Jean Bézivin nous a dit sur twitter qu’à son avis tout élève ingénieur devrait obligatoirement participer à une telle expérience. Plusieurs options s’offrent à nous :

  • faire la publicité de ce genre d’événement, le message est reçu par certains, mais se perd au milieu des nombreux concours et autres activités proposées ;
  • organiser de tels événements, en tant que tels, ce qui se fait déjà chez nous, mais qui touche les étudiants déjà engagés dans ce processus d’innovation ;
  • proposer des enseignements calquant ce genre de rencontres. Notre expérimentation de codecamp semble prouver que c’est possible. Le passage à l’échelle d’une promotion permet de toucher tous les élèves, mais fait moins l’unanimité auprès de nos étudiants, même s’il est clair qu’un tel projet (nous l’apprenons Entreprendre) leur apporte énormément de choses. L’une des difficultés est sans doute de permettre des contacts variés et motivants, ce qui est possible sur des effectifs inférieurs à une promotion, mais qui est difficile à assurer pour plus de 200 élèves. Un tutorat incitatif mais exigeant, poussant à l’approfondissement, proposant des pistes complémentaires est sans doute un élément clé de la solution, mais nécessite des profils pointus.

D’autres formes d’enseignements sont maintenant proposés pour aborder l’innovation. Certains proposent d’aller trouver une idée dans les laboratoires de recherche et d’envisager sa valorisation (à l’Ecole Polytechnique). On est ici dans une opposition entre les innovations d’usage qui peuvent apparaître dans les *camps, et les innovations technologiques qui sont issus de travaux de recherche.

La formule d’une formation à l’innovation devra certainement coupler les deux pour concilier besoin social et avancée technologique.

Crédit photo : Startup Weekend Nantes par Simon Robic – licence CC-by

Session éducation : un 360° autour de l’innovation et l’entreprendre ensemble en formation

Au cœur du forum des usages coopératifs s’est déroulée une session sur l’innovation et l’entreprendre ensemble dans l’éducation. 3 matinées qui ont chacune abordé un aspect différent de la collaboration dans le domaine de la formation : les communautés d’enseignants, la co-production avec les étudiants, la place du collaboratif dans la formation des enseignants. Des échanges nourris, parfois passionnés, toujours riches ont animé ces 3 séances, dont on ne retiendra ici que les éléments principaux.

Des communautés collaboratives existent et prospèrent

C’est le premier point à retenir. Il existe aujourd’hui en France (avec des extensions dans le monde francophone) des communautés de pratiques qui comptent des milliers, voire des dizaines de milliers de participants. Les formes, les outils supports, les objectifs varient, mais on voit que dans tous les cas, ces communautés vivantes évoluent, se reconfigurent, explorent de nouveaux espaces, se cherchent parfois …

Au travers des échanges, en regardant les activités des participants, on peut trouver plusieurs formes :

  • Des communautés d’enseignants disciplinaires et associatives. Sésamath, les Clionautes, le Manège étaient présents, mais d’autres existent : Weblettres, OpenWebEnglish. Un objectif commun est de proposer des outils aux service de pédagogies dans les disciplines. Cette proximité du terrain leur donne une légitimité et une efficacité indéniable.
  • Transversaux, comme Apprendre2.0 qui permet des échanges de différentes natures autour de l’apprendre à apprendre ; ou l’association « Outils-Réseaux » qui propose des formations autour des pratiques coopératives ;
  • Informels, autour d’outils comme Twitter. Beaucoup d’intervenants se connaissent d’abord via cet outil ;
  • institutionnels, permettant de mettre en ligne des contenus validés et d’engager des échanges, ou de proposer des formations collaboratives pour les enseignants au travers du réseau pairform@nce
  • avec les étudiants, comme le réseau Foreigners in Lille ou les Carnets de Paris Descartes, qui mettent enseignants, chercheurs, étudiants sur un pied d’égalité, ou comme le Réseau de e-Porfolios de l’UVSQ qui permet de se construire une identité professionnelle.

Chacune de ces communautés a sa propre histoire, mais on peut constater, au moins pour les associations disciplinaires, voire pour la plupart d’entre elles des préoccupations communes comme :

  • d’assurer leur pérennité.
    • La récolte de fonds, la promotion au travers de produits dérivés pour dégager des moyens a ainsi amené Sésamath a créer des manuels scolaires.
    • L’investissement des bénévoles, et leur remplacement est toujours une difficulté dans les associations.
    • Les changements de politique financière d’outils comme Ning peuvent parfois poser des problèmes de financement.
  • de gérer la cohérence en même temps que de permettre l’évolution se retrouve sous différentes formes dans les différentes associations. Le Manège s’est créé pour permettre une mutualisation des ressources dans le domaine de la gestion. Les Clionautes se préoccupent de maintenir du lien entre différentes formes et outils de collaboration. Sésamath propose un mécanisme de projets associés. Il est clair que ces mouvements évoluent au cours du temps, l’essentiel étant de maintenir une dynamique qui permette l’évolution.
  • de mieux se connaître pour évoluer. Cela passe par des moments forts d’échanges, comme ces matinées au forum des usages coopératifs, mais aussi certains des animateurs de ces communautés sont en thèse pour mener un vrai travail de réflexion sur les mécanismes et les dynamiques sous-jacents.

ou des volontés comme :

  • essaimer les pratiques, qui passe par la proposition de formations, la participation à des conférences, l’édition de documents
  • permettre la réutilisation des documents, des ressources.

En regardant les différentes communautés de pratique, on s’aperçoit qu’il y a des liens entre elles. Il est courant que des personnes soient membres de plusieurs communautés complémentaires. Un regret qui ressort néanmoins de ces matinées, c’est justement que monde institutionnel et autres communautés s’ignorent. L’approche est fondamentalement opposée, dans un cas on part d’une vision hiérarchique et dans l’autre d’une demande de la base, voire sans doute d’un blocage ressenti par la base. Le regret est partagé, mais les différences fondamentales de gouvernance, font qu’il est peu probable de pouvoir envisager un rapprochement sans une remise en question de l’institution.

Si l’on regarde simplement le processus de validation des contenus, on voit la distance qui sépare ces deux mondes. Dans le cadre des associations se met en place un processus basé sur l’échange entre pairs, l’amélioration progressive des contenus ,.. bref un processus tel qu’on en trouve beaucoup sur Internet. Au niveau institutionnel, le processus est guidé par une validation extérieure, qui peut être très long (on a cité 2 ans pour valider une formation dans le cadre de pairform@nce, sans échange constructif) et qui ne permet pas une amélioration progressive, bref un processus hiérarchique qui ne passe pas à l’échelle.

Pour revenir au croisement des réseaux, nous avons noté que des liens existaient mais il n’y a pas de croisement réel de ces réseaux. La faute sans doute au fait que ceux-ci sont encore jeunes. Si la Ligue de l’enseignement est citée comme un exemple, il est noté qu’elle n’est pas très présente dans le monde numérique.

Des métiers qui évoluent …

Nous avons déjà relevé que les personnes qui s’investissent dans l’animation de telles communautés sont en recherche de repères (c’est pour répondre à ces demandes et partager les réponses que l’association outils-réseaux est née), voire rentrent dans une pratique réflexive lourde en démarrant des travaux de recherche.

Mais même si un enseignant participe simplement à ces communautés de pratique, il découvre d’autres types de pratiques : pour préparer ses cours, pour évoluer dans sa compréhension de sa discipline, de la pédagogie qui y est liée, il apprend à maitriser les outils et les usages du numérique, qu’il pourra peut être ensuite envisager d’investir directement auprès des élèves. L’innovation est ici d’investir ces réseaux pour se co-former.

Une constante pour ceux qui s’investissent dans les communautés de pratique est qu’ils développent des capacités à écouter, à respecter l’avis de l’autre, à critiquer et être critiqué. Cela est nécessaire pour créer une culture de coopération, qui consiste également à être opportuniste, discret, bref tout ce que l’on n’apprend pas à l’école, a fortiori si on se destine à être enseignant.

La réflexion pédagogique s’engageant en terrain neutre, on peut alors envisager d’autres pratiques, comme des échanges entre classes, la construction de la réflexion dans la classe, le travail sur d’autres sources de connaissances que celles apportées par l’enseignant…

… et des nouveaux métiers

Pour faire fonctionner une plate-forme qui intègre des productions d’étudiants, la posture a adopté est celle de l’animation : accueillir, susciter, valoriser, organiser … Pour passer à cette nouvelle dimension, il faut permettre l’erreur, ouvrir le champ des possibles, tout en édictant quelques règles simples pour permettre la cohabitation, puis la coopération. L’enjeu est de créer les conditions permettant l’échange pour une co-construction sociale des connaissances.

Cette animation peut être intégrée dans une formation, auquel cas, on voit bien que le rôle de l’enseignant change fondamentalement. Le témoignage de David Cordina sur la manière dont il conçoit l’accompagnement le montre bien.

Mais elle peut aussi être portée/ soutenue/ accompagnée par des animateurs de réseaux, de communautés, métier qui a été identifié par bien des entreprises, mais dont la place n’est pas encore nette dans les communautés éducatives. Le travail de personnes comme Sophie Mahéo, Florence Meichel, Romain Trillard prouve bien l’intérêt de telles postures pour faire fonctionner des communautés au niveau d’un établissement ou d’un réseau transverse.

Quelles formations ?

À ce niveau, l’opposition entre institution et associations semble plus prégnante.

La bonne volonté de personnes appartenant à l’institution est évidente, cherchant à faire avancer les choses. Des expériences de travail en groupe dans les IUFM existent, le réseau pairform@nce vise à développer les pratiques pédagogiques collaboratives. Des ressources sont à disposition (EDUCNET). Mais la lourdeur de l’institution est mal vécue par les participants de la base. L’augmentation de la charge des enseignants, la concurrence entre enseignants qui se profile au travers des réformes sont vécues comme des freins à la collaboration.

Les communautés de pratique non institutionnelles visent à proposer des formations légères, permettant de s’intégrer dans les communautés, elles privilégient la simplification des technologies pour mieux se concentrer sur les usages. La volonté d’essaimer les amène à se concentrer sur le métier d’animateur de réseaux.

En conclusion

Les innovations qui se développent dans la formation sont basées sur le développement de la confiance, la reconnaissance par les pairs, une démarche progressive.

Et si le collaboratif ne permet pas toujours un meilleur résultat dès le début, il semble que sur le long terme cela porte ses fruits. Pour finir avec une idée de Sébastien Hache, la construction de manuels numériques de qualité est le Cheval de Troie pour le collaboratif. En licence libre bien sûr.

Retrouvez également des vidéos de certains intervenants.

Un jeune ingénieur doit-il être innovant ?

En décembre dernier, un comité de programmes a été organisé à Télécom Bretagne. Journée intéressante s’il en est et riche en échanges avec les participants, mais dont la synthèse s’est déroulée dans la précipitation.

Une question est ainsi restée sans réponse, disons sans discussion à l’issue de cette journée : Un jeune ingénieur doit-il être innovant ?

En fait, la question est mal posée, puisque tout le monde ne comprend pas le verbe doit de la même façon.

Dans l’atelier du matin, nous avions conclu que tous les ingénieurs n’étaient pas forcément innovants tout le temps, que l’équilibre d’une entreprise était basée sur un ensemble de personnes, certaines étant plus innovantes, d’autres plus dans l’organisation. Tous les métiers de l’ingénieur n’étant pas forcément dans l’innovation, on ne pouvait rendre la capacité d’innovation obligatoire dans une formation.

En ce sens, tout ingénieur ne doit pas être innovant, au sens où ce n’est pas une obligation pour obtenir le titre d’ingénieur.

Mais cela s’accompagnait d’une réflexion qui consistait à essayer d’imaginer une culture d’école qui permette aux jeunes d’exprimer, voir de développer leur capacité d’innovation. Il s’agît déjà d’un véritable challenge lorsque l’on prend conscience que toute la scolarité que nos élèves ont suivi est basée sur une sélection qui inhibe cette créativité (ce qu’exprime très bien Ken Robinson dans sa démonstration ) et qui nécessite de développer une véritable culture interne (avec des enseignants/chercheurs qui eux ne sont pas toujours dans cette culture). Notre propos est donc que l’institution doit donner aux jeunes tous les moyens de développer leur capacité d’innovation/créativité. Et là, on est bien dans la notion d’obligation, car cela est effectivement vital pour la société et les entreprises.

L’étonnement d’une participante qui s’est exclamée que le jeune ingénieur doit être force d’innovation dans une entreprise peut s’entendre que c’est un but que nous pouvons nous donner, en donnant une formation qui permette de développer cette capacité, mais aussi comme on l’entend depuis longtemps en leur donnant accès à des outils, des techniques, des fondements nouveaux, non encore utilisés en entreprise. Mais là, on est dans la capacité des enseignants/chercheurs d’être en (légère) avance de phase.

Cela peut aussi s’entendre dans le sens où il doit être dans une posture questionnante et une volonté d’amélioration, de coopération. Mais ceci est aussi une question de motivation, qu’il appartient à l’entreprise d’entretenir.

Mais, malgré tout, cela veut-il dire que tout ingénieur doive être innovant ?

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