Du numérique dans mon association

Dans le billet « s’organiser grâce aux environnements numériques », je citais 10 scénarios. Commençons par un premier simple et de bon goût : organiser les échanges au sein d’une association.

Frédéric Soussin dans sa vidéo « dynamiser un réseau de parents d’élèves » détaille 3 temps dans la vie d’une telle association :

  • le temps du présentiel en réunion qui constitue souvent les seuls temps où l’on arrive à travailler ce qui est souvent insuffisant ;
  • le temps des échanges distants synchrones qui trop souvent se réduisent aux échanges par téléphone ;
  • le temps des échanges distants asynchrones qui se compliquent souvent s’il est réduit à des échanges de mails ;

Il distingue également trois cercles de parents :

  • le noyau dur de l’association ;
  • le groupe des participants réguliers, ce qui pour une association de parents correspond aux différents délégués ;
  • l’ensemble des gens parents qui veulent être au courant.

C’est en effet une typologie que l’on retrouve dans les associations, qu’elles soient de parents, sportives ou culturelles. Et les outils du web peuvent effectivement fluidifier les échanges en les facilitant au delà de réunions qui sont souvent longues et dans lesquelles il est difficile de réunir beaucoup de monde.

Mais plutôt que de proposer un ensemble d’outils, il vaut sans doute mieux aborder les choses de manière progressive. En reprenant la même typologie d’outils on peut démarrer passer par les outils asynchrones qui remettent moins en cause les habitudes, tout en rendant des services appréciables :

  • première étape, convaincre le premier cercle. Simple à mettre en œuvre, et tellement pratique, le partage automatique de fichiers à travers d’un dossier Dropbox. On travaille ainsi avec ses outils habituels et les fichiers se trouvent naturellement partagés sur les différents équipements des membres du bureau. Tout le monde a ainsi accès aux documents de base, et il n’y a plus de risque de travailler sur une vieille version récupérée dans un mail poussiéreux. Dernière cerise sur le gâteau, cela facilitera le passage de flambeau entre équipes successives ;
  • deuxième étape pour aller faire ses premiers pas sur le web. Un petit questionnaire pour caler un créneau d’une réunion. Doodle a été le premier outil dans ce genre. Il existe maintenant une alternative libre appelée Framadate. C’est complètement évident à utiliser et ça marche. À utiliser absolument dès qu’on veut se mettre d’accord pour une date, de réunion, de sortie, … Ça marche également pour un sondage, par exemple pour déterminer qui amène quoi à un buffet (entre entrée, salade, plat principal ou dessert) et ainsi éviter de n’avoir que des quiches ou des crêpes ! (bien sûr j’adore les crêpes) ;
  • en passant, on peut également créer un compte de courrier électronique au nom de l’association plutôt que de donner une adresse personnelle, ce n’est pas compliqué, mais être bien agréable à terme ;

Pour diffuser au delà du premier cercle, deux solutions complémentaires s’offrent à nous :

  • créer une liste de diffusion pour les membres du second cercle, c’est à dire les adhérents actifs dans l’association. Si vous avez un hébergeur qui vous propose des mlistes comme l’hébergeur associatif brestois infini. Sinon google groups qui ne fait plus que cela, mais le fait bien. La limite de google groups est que les adhérents doivent accepter l’invitation qui est faite la première fois. D’autres solutions existent, comme emailposte, que je n’ai pas testé, mais qui paraît complète (propose notamment la notion de bulletin d’information) et gratuite.
  • Si l’on veut pouvoir diffuser au delà, l’ouverture d’un blog ou d’un site simple paraît inévitable. Le blog, qu’il soit hébergé par wordpress, par google ou autres, est très simple à prendre en main. (voir un exemple de site de parents sur wordpress ou cette page que vous êtes en train de lire). Mais certains le trouvent trop linéaire. Une autre solution simple est de se construire un site google, sachant que des modèles de sites d’associations de parents existent déjà. D’autres options type affinitiz ou ning permettent de créer son propre réseau social autour de son association ! Notons pour les parents d’élèves l’initiative du mini réseau, qui couvre toutes les écoles de France, qui parait sympathique, pour autant que l’on adhère avec les documentations proposées.
  • Si l’on veut pouvoir interroger les troisième cercle, il faudra pouvoir proposer des questionnaires. Nous avons déjà vu Framadate comme solution simple pour trouver une date ou poser une question par trop compliquée. Sinon, on pourra s’essayer aux formulaires de google, dans la suite google docs qui sont aisés de prise en main pour ceux qui démarrent, et bourrés d’options pour ceux qui veulent aller plus loin. Il existe évidement plein d’alternatives, chacun est libre de faire son choix.  On publiera le questionnaire sur le site précédemment ouvert, et on fera la publicité par tous les moyens permettant de joindre le maximum de personnes ;

Tous ces éléments pourront d’ailleurs être repris par les équipes des années suivantes (surtout si ces services ont été utilisés via l’adresse courriel de l’association)

Si tout a bien marché, l’équipe sera prête à passer à l’étape suivante.

Il me semble que travailler à distance de manière synchrone nécessite une plus grande volonté d’utilisation des outils du web. Cela tombe sous le sens si les gens sont plutôt distants ou si l’on considère qu’il y a un ordinateur (ou une tablette) allumée ou facilement accessible. indispensable dans une grande ville, moins évident dans un village.

Le chat (nos amis canadiens parlent de clavardage), skype ou tout autre système de visioconférence qui permet de retrouver toute l’équipe fera l’affaire, pour une mise au point rapide, ou pour travailler ensemble sur un document. Framapad pour un premier jet, Google Docs pour un document mis en forme, ou un système équivalent permettra de partager ce document en écriture. Ce sera effectivement beaucoup plus efficace que de passer sa soirée au téléphone, ou de s’échanger les modifications par mail.

Et voilà, avancez à votre rythme, testez ces outils un à un, essayez-vous, regardez ce qu’on en dit sur Internet et sans doute vous ne pourrez plus vous en passer.

Beaucoup d’alternatives existent. Elles sont souvent simple à mettre en œuvre. Trois points méritent d’être soulevés :

  • d’abord, pour les outils collaboratifs, il faut que tout le monde se mette sur le même outil pour pouvoir échanger. C’est évident, mais c’est aussi la raison pour laquelle il y a de si nombreuses discussions sur les outils, chacun vantant la solution qu’il a déjà appréciée ;
  • ensuite, on peut se poser la question des données. Est-on d’accord pour que ses données soient hébergées par une société lointaine. Google propose ainsi des outils très conviviaux et complets, mais fait transiter nos données à l’autre bout du monde (avec un impact carbone non négligeable) et se réserve des droits qui peuvent en choquer plus d’un (coupure de compte possible et analyse automatique). Il y a aussi la question de l’image de l’association. Est ce acceptable ou non de porter le nom d’un fournisseur dans son lien web ?
  • ce qui amène à la question du gratuit ou non. Gratuit veut dire hébergé par un fournisseur qui se rémunère autrement (publicité notamment). Il faut savoir également que certains services « gratuits » deviennent parfois payants, ou disparaissent. Les solutions payantes ne sont en général pas très chères, donnent un peu plus d’autonomie, parfois un peu plus de travail si on passe par un hébergeur (sans que cela soit insurmontable). Ce qui va quand même au delà de ce billet.

Au delà de la découverte, il faudra également être flexibles, pour pouvoir suivre l’évolution des technologies et des offres, souvent pour plus de facilité. Au fait , tous ces outils sont dotés de didacticiels, de prises en main rapides, bien faites, claires. Consultez-les. Ce sera plus efficace que de vous faire des copies d’écran statiques qui n’apporteront pas grand chose.

Crédit photo :  Strawberry and chocolate crêpe on the griddle par travelingmcmahans licence CC by-nc

S’organiser grâce aux environnements numériques

La rentrée, le moment où il faut se remettre au travail, où on planifie son année, où l’on range son disque dur (quand on en a encore un), où l’on prépare ses espaces de travail, où l’on se met d’accord avec ses collègues, partenaires, camarades sur comment on va partager l’information.
Et là chacun y va de son expérience, de ses habitudes, de son envie de tester le dernier outil si cool. Et dieu sait qu’ils sont nombreux ces outils. Le débat s’enflamme et tout le monde a raison, mais après coup beaucoup se sentent perdus. A-t-on fait le bon choix ? Est ce que mon outil me rendra de bons et loyaux services ? Est ce que mon accès à mes données est pérenne ? Et que se passera-t-il si je change d’outil ? Et vais-je être obligé d’en changer ?
De manière intéressante trois écoles de pensée convergentes mettent en avant l’idée que la constitution d’un tel espace est d’abord personnelle mais s’inscrit dans un contexte social :
  • pour l’apprentissage, un mouvement assez fort existe dans le monde anglo-saxon autour des PLE (Personal Learning Environment), que l’on peut traduire en français sous l’acronyme EAP (Environnement d’Apprentissage Personnel). L’idée sous-jacente est que les objectifs et les modes d’apprentissage sur le web sont définis par l’apprenant lui même, ce qui est sans doute la raison pour laquelle le concept ne prend pas vraiment dans le monde francophone. Une autre difficulté pour s’approprier le concept est qu’il est souvent présenté sous forme d’architecture informatique et non pas en termes d’usages ;
  • le domaine de la gestion de connaissances (Knowledge management) est passée d’une approche de formalisation des connaissances à un approche de construction collaborative autour de la notion de communauté de pratique (définie par Wenger). L’idée est que du coup les collaborateurs et l’organisation apprennent. On passe alors au concept de PKM ou gestion de connaissances personnelles. Comme on est dans le domaine de l’entreprise, la gestion du temps et l’idée que les apprentissages sont guidés par les besoins de l’entreprise apparaissent comme étant des éléments de cadrage. Les outils, les méthodes ressemblent néanmoins aux autres approches. Mohamed Chatti considère même que ces deux modèles PKM et PLE ont vocation à converger.
  • le domaine de la gestion documentaire, notamment au travers des excellentes synthèses des Urfist, nous présente les mêmes notions autour de la recherche documentaire.

Au delà de ces cadres méthodologiques, pour passer à l’acte il est nécessaire de s’intéresser aux usages afin de pouvoir démarrer. On trouve des catalogues d’outils qui peuvent donner des idées, par exemple le Top 100 pour apprendre en 2011(en anglais), qui peut donner des idées. On trouve a contrario des approches outils comme par exemple cet impressionnant article d’Evernote., ou l’article de Christine Vaufrey sur ses usages de Diigo « je suis sûr(e) d’avoir lu ce truc quelque part…« . Reste à passer à des cas pratiques pour répondre à la question (toujuors de Christine Vaufrey)  « Comment accompagner les enseignants dans l’usage des outils numériques ? » Et j’y ajouterai bien : les élèves, les étudiants, les bénévoles dans les associations (sportives ou de parents d’élèves par exemple) … tant il me semble que les uns renforceront les autres. Les animateurs d’EPN nous ont montré le chemin en proposant des dispositifs d’auto-formation avec deux axes d’entrée : outils et scénarios. Avec un parti pris néanmoins, un choix unique d’outils en fonction de la situation visée.
Or chaque situation est différente, en fonction des connaissances préalables des participants, en fonction de la continuité visée entre outils ou équipements d’usages (portable, smartphone, tablette), en fonction de contraintes diverses liées par exemple aux hébergements acceptables.
Voici les profils types sur lesquels j’ai été interpellé ces derniers temps :
  1. L’élève au collège qui travaille sur ses cours avec un PC portable ;
  2. L’étudiant qui doit être plus autonome sur ses cours, et qui produit  des rapports, voire les publie ;
  3. Il peut travailler en groupe ;
  4. Il peut faire des recherches bibliographiques ;
  5. La constitution d’un réseau social de travail ;
  6. L’association 1901 qui veut organiser ses échanges ;
  7. celle qui veut être présente sur les réseaux sociaux pour se faire mieux connaitre ;
  8. et moi même je me suis interpellé pour renouveler mon propre EAP – PLE !
Je vais sans doute écrire quelques billets dans les prochains temps pour formaliser quelques solutions types, soit par ces scénarios, soit selon une approche outil (comme je l’ai déjà évoqué dans la tentation du tout Google). Il faudra sans doute avoir une approche qui montre qu’il est nécessaire d’aborder ces solutions avec une approche progressive, évolutive, d’apprentissage. L’idée est que les personnes qui s’engagent dans une utilisation d’outils collaboratifs, s’engage dans une démarche, progressive, simple, mais non figée.
Peut être serez vous tentés de proposer votre solution, j’ouvre un document google partagé à tout hasard. Les commentaires sont évidemment bienvenus.

Quelle éducation numérique pour l’Ingénieur Informatique et Télécom ?

J’avais botté en touche quelques sujets pendant les vacances (voir le billet Associer approche système, technologie, culture et économie numériques, pour la formation et l’innovation dans lequel je cite notamment le rapport de l’association Pascaline : économie numérique, innovation et enseignement : quelles conséquences ? )

En quoi l’accès numérique généralisé concerne les élèves ingénieurs, et donc leurs enseignants (également chercheurs …) ? En fait à trois niveaux, dont deux devraient être communs à tous les citoyens :

  1. La litéracie numérique en tant que compétence, j’entends ici à la fois la capacité à gérer, produire et partager de l’information et la capacité à le faire en groupe et dans un environnement social. Cela veut également dire comprendre l’écologie du numérique (les enjeux sociétaux, les modèles économiques …). C’est un élément fondamental pour permettre le débat social. Le niveau de compétence atteint par ces élèves doit être suffisant pour qu’il puissent être vecteurs d’innovation ;
  2. L’utilisation de l’environnement numérique pour apprendre et gérer la connaissance, et ce dans un contexte social (qui démarra au niveau de l’esprit de promo tel qu’on le connaissait au siècle dernier et qui s’étend aujourd’hui bien au delà dans les réseaux sociaux) ;
  3. L’action de l’ingénieur est d’abord technique. Il doit donc être capable d’imaginer, de concevoir et de développer les services numériques innovants. Ce domaine doit donc faire partie intégrante des enseignements qui lui seront proposés. À ce niveau, il est indispensable qu’il maitrise les fondements de l’informatique et des traitements numériques en général, et qu’ils soit capable de les intégrer dans le cadre d’une vision système.

Dans les projets d’innovation, nos élèves intègrent actuellement systématiquement les aspects sociaux dans les systèmes qu’ils proposent, ils doivent maintenant apprendre à y intégrer les aspects mobiles, d’agrégation des données, et d’accès systématique à l’information et au cloud.

Demain, ce sera par exemple l’interaction entre tous ces équipements et tous les objets (Internet des objets) pour des actions coordonnées. Peut être imaginera-t-on également de telles actions de groupes entre utilisateurs… Peut- être dans des cadres hybrides.

crédit photo :  Arduino controlled flash trigger par Enrique Jorreto, licence CC-by-nc-sa

Et si l’ENT, les réseaux sociaux et les tablettes étaient 3 facettes d’un même système d’apprentissage ?

À Ludovia en 2011, les promoteurs de l’ENT et ceux des réseaux sociaux s’opposaient ouvertement dans les débats. Les retours sur la tablette numérique semblaient plus consensuels, avec le bémol que ce n’est jamais que l’équipement de l’année, et donc vu comme anecdotique par certains, et comme révolutionnaire par ceux qui les ont testé.

Mais de fait, on peut se poser la question si ces oppositions ne sont pas stériles du fait que les opposants ne parlent pas vraiment la même langue, ou du moins n’abordent pas le problème avec le même angle. L’opposition vient alors plutôt que chacun voit son point de vue comme exclusif plutôt que comme complémentaires dans le débat. Revenons-y plutôt.

Derrière l’ENT se cachent avant tout des préoccupation d’organisation, de mise à disposition, de sécurité des jeunes et des données :

  • Organisation dans le sens où il est nécessaire que tous les participants à un établissement (élèves, enseignants, administratifs, parents …) puissent partager des informations dans des cadres clairs (la classe, le niveau, l’établissement, …). Cette contrainte est tout à fait légitime. Les problèmes peuvent venir de la traduction de celle-ci dans l’architecture informatique, qui est pensée comme unique, et donc imposée à tous. Cette architecture est de plus basée sur des techniques qui ne permettent pas de s’intégrer facilement avec d’autres services d’internet, que les tenants des ENT cherchent du coup à rejeter pour conserver l’intégrité d’un système d’information trop fermé ;
  • Mise à disposition d’outils pour l’enseignant pour lui permettre de proposer des compléments en ligne et de ressources « choisies » pour les élèves. Là encore, la mise à disposition d’outils est intéressante et peut convenir à des enseignants qui démarrent, mais de là à chercher à l’imposer comme exclusif il y a un pas qui ne devrait pas être franchi mais qui l’est trop souvent. Proposer des ressources, parce qu’elles sont intéressantes, parce qu’elles permettent aux élèves d’apprendre, parce qu’elles facilitent le travail de l’enseignant, c’est parfait. Ne pas envisager que celles-ci puissent être complétées serait nier la liberté pédagogique de l’enseignant., ou ne pas permettre l’évolution du système vers d’autres ressources plus pertinentes ou plus simples d’utilisation ;
  • La sécurité des jeunes est un problème légal. Il faut donc s’assurer que les élèves (mineurs) ne puissent pas être exposés à un risque pendant leur temps de classe. Il y va de la responsabilité des adultes de l’établissement (principal, enseignants…) C’est un argument fort qui ne peut être nié. Simplement, la manière d’aborder des risques varient dans les établissements. On apprend à l’école à manipuler un vélo, on passe son ASSR (attestation scolaire de sécurité routière) évaluée par des gens extérieurs à l’établissement et habilités (gendarmes, policiers…), on découvre les gestes de premiers secours. Le risque d’exposition des enfants sur Internet est encore mal compris donc non pris en charge, même s’il est avéré qu’ils utiliseront cet outil en dehors du temps de classe. Il s’agit donc que les adultes du collège comprennent mieux de quoi il est question et que les élèves soient formés. Malheureusement les premières expériences semblent avoir été malheureuses.

Coté réseaux sociaux, il y a un point de vue de praticiens réflexifs qui cherchent à faire évoluer leurs pratiques. Ils trouvent dans ces outils (et d’autres sur le web) : des outils de support à une animation pédagogique en classe et de soutien à la motivation, cette animation pouvant servir de prétexte à former leurs élèves à la littératie numérique et à la gestion de son identité numérique, des outils pour échanger avec leurs communautés de pratique,. Par ailleurs, on y retrouve l’idée d’une liberté pédagogique, dans la recherche de solutions, dans la prise de parole. Tout ceci nécessite sans doute encore un peu de structuration pour dépasser l’expérience vécue et passer à un ensemble de d’outils pouvant être utilisés par tous :

  • Outils dans la classe. Il y a un coté nouveauté qui fait que leur utilisation est source de motivation pour l’enseignant et pour la classe. Du coup la question qui apparaît est de savoir si tout cela tiendra dans le temps, et quel est l’apport réel de l’utilisation de ces outils ;
  • former à la littératie numérique. C’est là un des éléments de réponse. Beaucoup d’études convergent sur l’importance de maitriser la diversité des sources d’informations dans notre société, sur le fait qu’il faut amener nos élèves à apprendre autrement, que l’enseignant n’est plus le seul vecteur de savoir, mais un accompagnateur ;
  • apprendre à gérer son identité numérique. C’est un autre éléments de réponse, potentiel celui-là, bien qu’intéressant. Est ce qu’une telle approche permet de développer une prise de conscience du jeune, qui lui permettra à naviguer en sécurité ? Est ce qu’une telle formation peut s’organiser dans la classe de manière sûre, systématique et mesurable ? Est ce que cela veut dire que l’on passe par une phase contrôlée puis que l’on peut envisager d’ouvrir la porte d’Internet, un peu comme le proposent les Carnets de Paris Descartes ou au cœur du même réseau social certaines parties sont privées et d’autres ouvertes ? .
  • Échanger avec sa communauté de pratiques. L’une des richesses des communautés de pratiques qui se constituent aujourd’hui sur twitter, facebook ou google plus est la diversité des gens qui y participent. C’est un des fondements des approches coopératives que de parier sur l’ouverture. Certains voudraient un réseau spécifique éducation nationale. C’est ignorer ces dynamiques, et qui en plus amèneraient à se couper de nombreuses sources pertinentes : nos amis canadiens, belges, suisses, tunisiens …., les universitaires, les praticiens d’autres obédiences, les acteurs du monde social. Bref d’une certaine manière cela revient à stériliser le débat avant même de le débuter. L’argument contraire est de dire qu’il est plus compliqué, engageant de s’investir dans les réseaux sociaux. Peut être, mais est ce plus compliqué que de s’investir dans un réseau dans lequel il n’y a que des collègues et sa hiérarchie. Quant à vouloir créer de toute pièce un autre réseau qui soit à la fois dédié et ouvert, même si c’est techniquement possible cela paraît ambitieux ;
  • La liberté pédagogique et de ton. On y revient. C’est la condition indispensable pour pouvoir avancer. Les entreprises qui mettent en place des outils de gestion de la connaissance (par exemple au travers de réseaux sociaux d’entreprise) l’ont bien compris. Il semblerait que cette culture ne soit pas actuellement possible dans les institutions éducatives qui ont au contraire renforcé leurs structures hiérarchiques ces dernières années. C’est sans doute le plus gros point sur lequel il faudrait s’accorder. Peut être le sujet d’une table ronde à Ludovia 2012 ?

Et la tablette ? Elle repose de manière pertinent la question de l’accès à l’environnement numérique (au sens large !), en permettant un accès simplifié dans et au delà de la classe. Elle est ainsi vue comme une opportunité de renouveau, comme source d’activités, et comme un problème pour s’intégrer dans la structure. Faut il en faire un équipement fermé, dédié à l’ENT ? Un équipement déconnecté qui risque alors de ne pas pouvoir être utilisé au mieux dans la classe ? Ou une plate forme qui permet de faire le lien entre l’ENT, élément structurant d’un établissement et Internet et le Web, espace de connaissances et de partage ?

Il me semble qu’un système d’apprentissage numérique acceptable par tous serait bien constitué :

  • d’un équipement pour l’élève, intégré dans son établissement et qui lui permette d’accéder à la société de la connaissance.
  • d’un environnement support venant de l’établissement pour les premiers pas, pour gérer et se retrouver ;
  • d’une ouverture plus forte sur le monde numérique, pour des apprentissages plus complets.

crédit photo : schéma de l’auteur et  Using iPad par  Kathy Cassidy licence CC-by-nc-sa

Dessine moi Internet (2) : petit bilan

Dans le cadre d’activités d’initiation à l’ingénierie sous forme de projets, nous commençons notre formation sur des séances mettant en avant la dynamique de groupe et quelques outils méthodologiques. Parmi celles-ci la séance « Dessine moi Internet » vient d’être testée pour la première fois.

L’activité a été appréciée, les échanges nourris. Parmi les apports de la matinée, les élèves ont bien compris l’importance d’une organisation minimale dans un groupe (présence d’un animateur, d’un ordre du jour, gestion du tableau …) et ils ont pris en main une organisation nouvelle d’un tableau autour de cartes conceptuelles. De manière intéressante, sur un tel sujet nos élèves étrangers avaient un point de vue différent et d’autres connaissances, ce qui a enrichi la discussion et les a aidé à trouver leur place dans le groupe. Premier exercice de présentation informel vers les autres groupes également, ce qui a mis un peu de pression à certains.

Sur le fond, on trouve au delà des aspects techniques, les valeurs de partage, de communication, d’échange et aussi de divertissement, l’idée que c’est pour tout le monde. Ils n’oublient pas non plus les aspects de sécurité, mais en tant qu’un élément parmi d’autres. L’impact au niveau de la société ne leur échappe pas. L’économie, les services et les différents acteurs sont également abordés. En bref, ils proposent bien une vue système couvrant différentes facettes, et ne se limitant pas à un point de vue disciplinaire.

Pour mémoire, Kevin Kelly propose de faire des cartes d’internet, en indiquant votre « maison ». Les résultats sont visibles sur Flickr.

Un bonne base pour se poser des questions sur l’évolution des formations, et s’inviter au débat sur l’évolution des formations.
Et de manière amusante, ils considèrent normal dans ce type de séance de ne pas accéder à des ressources en ligne « pour ne pas brider notre réflexion » par des conceptions de gens extérieurs au groupe.

 

Dessine moi Internet

Joli sujet ouvert pour une séance de travail de groupe. C’est le prétexte retenu pour un apprentissage sur l’organisation d’une séance de débat en groupe et la découverte des cartes conceptuelles. De plus , se poser la question de ce qu’est Internet au démarrage d’une formation d’ingénieurs en « Télécom » ou plutôt STIC paraît assez légitime. C’est donc le sujet de la seconde séance de notre projet élèves d’apprentissage par projets.

Mais au fait, qu’est ce qu’Internet ?

  • Wikipedia nous précise bien qu’Internet est bien le réseau des réseaux, système standardisé d’interconnexion des réseaux, à ne pas confondre avec le Web, qui n’en est qu’une des applications, en tant que toile d’hyperliens accessibles depuis un navigateur, tout comme le courrier électronique ;
  • Mon collègue Gwendal Simon (@gwendal) a fait une présentation « Internet, pourquoi ça marche ? », juste après que j’ai commencé à préparer cette séance. Du coup, il a commencé ses transparents par une série de schémas/ images qui permettaient de donner des vues de ce qu’est Internet ;
  • On peut également admirer la galerie sur Flickr qui m’a donné l’idée d’une telle séance ;

La préparation de la séance s’effectue par une attribution préalable des trois rôles standards d’une telle séance :

  • l’animateur de la réunion, à qui l’on donne le sujet et un déroulé type de la séance ;
  • le scribe, qui gère le tableau, et qui prend connaissance de ce qu’est une carte conceptuelle ;
  • le secrétaire de séance à qui l’on demande de prendre des notes pour pouvoir s’y référer si besoin ;

La séance est bien évidemment suivie par un tuteur qui effectuera en fin de séance un court débriefing avec les élèves pour les aider à qualifier leur dynamique de groupe, et les points marquants de la séance.

Bilan après la séance du jeudi 8 septembre 2011 ici.

Associer approche système, technologie, culture et économie numériques, pour la formation et l’innovation

C’est en résumé l’esprit de ce qui est défendu dans ce blog. C’est également ce que l’on retrouve dans le rapport de l’association Pascaline dans son rapport intitulé : économie numérique, innovation et enseignement : quelles conséquences ?

En réaffirmant l’importance des débats sur la place de l’innovation dans l’économie, et les liens évidents avec le développement du numérique, elle tire toutes les conséquences sur l’importance d’intégrer les différents aspects du numérique dans la formation. CE rapport est basé sur de nombreux autres qui soit abordent les aspects de l’économie numérique, de l’éducation, des green TIC, … mais c’est le premier rapport « officiel » qui précise aussi clairement les différents niveaux d’action sur la formation. On pourra juste regretter que le style soit parfois télégraphique, ou que des éléments comme les besoins en simulation numérique semblent arriver sans grande justification.

Concernant les niveaux de formation, ce rapport s ‘appuie sur la définition européenne des e-skills qui intègre 3 niveaux, et qui leur permet de proposer 3 niveaux de formation à la litéracie numérique pour la formation en France.

La formation à l’esprit critique est également explicitement citée, ce qui est cohérent, c’est en effet un aspect qui fait partie intégrante de la culture numérique et de l’approche système. On pourrait en fait considérer que c’est en fait bien l’élément central à développer dans nos formations, ce qui reste clairement un enjeu central tant nos élèves sont persuadés qu’ils se doivent de donner la « bonne » réponse, qu’ils imaginent que nous attendons.

Espérons que ce rapport aura un impact sur les formations en général et sur l’intégration de la culture numérique dans celles-ci.

Étant en vacances, je ne détaille pas plus, je retombe juste sur un ensemble d’informations en retard, que je ne reprendrai sans doute pas à la rentrée. Ce rapport ne me semble pas devoir subir le même sort, ni les suites du voyage du programme First à NewYork.  Ce programme est d’ailleurs un excellent exemple de ce que l’on peut espérer d’élèves ingénieurs dans le cadre de projets d’innovation dans le cadre de la culture et de l’économie numériques.

Crédit photo :  Jean-Marie Gilliot – licence CC-by

Une vue du web 2.0 pour les collègues : self-marketing

Cet après midi, dans le cadre d’une formation au outils du web2.0 dans mon école, je co-anime une présentation sur le « self-marketing ».

On va voir comment cela se déroule, dans un esprit interactif avec la salle, je reprendrai peut être plus tard ce billet pour faire une synthèse de ce débat (mais cela risque d’attendre un peu, je préfère prévenir).

Les liens principaux que je compte utiliser sont regroupés dans le groupe Diigo de l’école.

Quelques points :

Investir progressivement : savoir ce que l’on veut montrer, comment le faire

Idée globale : mettre en valeur sa production : pour être lu, pour être (re)connu, pour valoriser

    • point de vue professionnel : chercheur mais aussi enseignant ou tout autre
    • point de vue personnel : employabilité

crédits photos :

Manifestes sur le média

En butinant sur le web, je suis tombé sur deux manifestes anglophones, qui me paraissent très complémentaires.

Premier manifeste, qui est d’importance «A Manifesto for Social Media Education », proposé par le The Centre for Excellence in Media Practice (CEMP). Il vise à recueillir les avis des différents enseignants anglophones sur l’éducation aux médias, ouverte donc aux divergences et à la critique. Leur objectif est de faire émerger une synthèse. Pas mal de points de vue ont été recueillis, je n’ai pas tout lu mais il y a des pointures comme Steve Wheeler qui ont contribué. L’idée que l’éducation aux médias passe par la production de médias, par l’interaction sociale, par le collaboratif, me parait bien représentée.

En tous cas, une initiative pertinente et qui sera intéressante à suivre. Peut être une idée à reprendre … quand on sait que ce débat ne peut pas aujourd’hui se tenir au sein de l’institution. La communauté de l’éducation francophone pourrait par contre envisager de la prendre en charge.

Georges Siemens, par sa définition du connectivisme montre bien que l’écosystème social d’information est la base de l’apprentissage, la maitrise du média est donc plus qu’indispensable, c’est un prérequis pour le citoyen d’aujourd’hui.

Le deuxième manifeste est plus technologique, « Pervasive Information Architecture », plus rapide à lire qui nous rappelle qu’aujourd’hui l’architecture d’information devient un écosystème à part entière, dans lequel les utilisateurs sont des intermédiaires, où tout devient dynamique au sens de l’architecture, hybride au sens où les mondes physique et digitaux se rejoignent, où les échanges de verticaux sont devenus horizontaux, et où la conception des produits devient la conception d’expérience/d’usage.

En devenant pervasif, le média va s’inviter dans notre environnement quotidien au delà des fenêtres dédiés que sont les différents écrans (le livre est un écran, ou une fenêtre vers les idées si on préfère). En se transformant à nouveau, il va aussi continuer à nous faire évoluer. L’étape d’aujourd’hui, c’est le mobile, acceptons le, apprivoisons le, pour en tirer parti.

Des formidables opportunités d’apprendre à tout instant s’ouvre à nous, c’est ce qui commence à s’appeler l’apprentissage informel. Mais pour cela, il faudra insuffler une envie d’apprendre à tous : Apprendre est un état d’esprit nous rappelle Emmanuelle Erny-Newton dans Owni. Cela renvoie à l’excellent article de Warschauer (dont j’ai fait un résumé ici) qui montre que cette envie passe par une éducation aux médias qui permette aux jeunes de tirer parti de ces outils. La fracture numérique ne sera pas simplement l’accès à Internet, elle est surtout dans le niveau d’appropriation. Veux-t-on des citoyens ou des consommateurs comme dans Interface de M.T. Anderson ?

L’éducation aux médias est de tous les enseignements. Elle doit surtout donner la clé : l’envie d’apprendre. Et pour cela il faut sans doute intégrer l’idée que « ce n’est plus ce que vous savez qui compte aujourd’hui, c’est ce que vous pouvez apprendre » (Don Tapscott).

Ernest, raconte moi une histoire

Ou comment construire son business innovant à l’heure d’Internet

Petite discussion aujourd’hui avec un bon ami, sur les moteurs de l’innovation, sur les changements liés à Internet, et sur les méthodes pour convaincre. A la clé, un petit ensemble de références accessibles pour qui voudrait comprendre quelque clés concernant l’impact d’Internet sur le montage d’un nouveau business.

On a parlé du livre de Lawrence Lessig, Free Culture ou Culture libre en français, de celui de Chris Anderson, Free, pour les idées globales racontées au travers  d’histoires, d’anecdotes, sur le mode de la conversation, et finalement généralisées. Indispensables pour aborder les nouveaux modèles économiques et les droits liés. On y trouve les concepts principaux : le problème des droits d’auteurs et les équilibres liés,l’économie de l’attention, le modèle du gratuit

Le livre collaboratif « Business Model Generation » a été évoqué pour sa vue globale pour définir la structure d’une entreprise, et définir son modèle éconmique. Un Must, semble-t-il.

Autre étape importante pour développer son entreprise : convaincre. Que ce soient des futurs partenaires, des futurs clients ou des décideurs, le challenge est d’accrocher son auditoire, et de lui laisser une « image » pour la suite.  On a donc parlé du livre « Convaincre en 2 coups de crayons » qui propose une méthode basée sur la production de petits schémas simples et clairs. Le livre de Lessig est convaincant notamment au travers de ses schémas simples et synthétiques. L’heure est au schéma marquant, explicite, synthétique, ciblé pour construire et expliquer son argumentaire. A l’heure de l’économie de l’attention, il faut aller à l’essentiel.

Et cela se traduit au niveau des modes de communication. Les vidéos aux chiffres et idées clés fleurissent pour la prise de conscience, mais pour expliquer un élément un peu complexe la démarche de CommonCraft, qui privilégie les explications au travers de schémas dynamiques en 3 minutes reste inégalée.

Quoique, pour les grandes idées, le format de TED : une personne présente une idée révolutionnaire en 18 minutes, et sa vidéo est retransmise sur le web fait des émules. l’ENS d’ULM propose ainsi ses Ernest, pour diffuser la connaissance. Puisque l’on est dans l’innovation, la compréhension des modèles économiques et les changements dus à Internet, deux vidéos « introductives » peuvent retenir l’intérêt.

A noter à titre d’exemple de l’importance de l’image la démarche de ces 2 orateurs. Pierre Bellanger construit son support sur des croquis simples et des idées clés, qui résument son discours. Serge Soudoplatoff lui se contente d’un  tableau dynamique de compteurs ( de Gary Hayes) qui résume l’impact d’Internet au travers de l’évolution les chiffres clés le temps de son discours, et qui reste derrière lui le temps de son intervention.

Voilà donc un début de petite bibliothèque pour mieux apprendre à construire dans le monde du début du XXIème siècle. En tout cas un contexte indispensable à comprendre pour le domaine de l’innovation.

Fish in water by Mc Beth - licence CC sur flickr

Concernant l’enseignement, les impacts sont :

  • les éléments à comprendre pour le futur ingénieur ;
  • l’impact du problème des droits d’auteurs sur la diffusion des ressources éducatives (libres notamment).
  • l’approche d’outils plus pertinents pour faire passer des concepts auprès des élèves.

Mais les deux derniers points feront l’objet de billets ultérieurs 🙂

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