Une expérimentation du Self Educative Data, on y va ?

C’est Frederica Minichiello qui nous le propose au travers d’un excellent article sur Thot Cursus 🙂 Son interrogation part du cahier de prospective de la Fing sur le Self Data, ce qui est clairement le bon cadre pour penser une responsabilisation des étudiants dans leur gestion de leur devenir.

J’en profite pour remercier Frederica pour ses références (Questionnements sur les outils d’apprentissage personnalisés, Data Quality Campaign, My Data Initiative) autour des questionnements utilisateurs qui permettent de mieux aborder cette dimension utilisateur qui est centrale pour pouvoir faire évoluer les pratiques de gestion des données .

Sinon, je milite également pour une telle expérimentation qui paraît indispensable pour identifier les premiers usages permis par la réappropriation de ce type de données. A priori, c’est bien un dossier de ses apprentissages (intégrant à la fois ses résultats scolaires, mais tout autant ses réalisations et apprentissage dans d’autres contextes). Cela correspond effectivement à un portfolio dans le sens d’une collecte de ses preuves de progression, dont on choisit de publier la partie que l’on considère significative.

Pourquoi pas dans le cadre de la Fing ? C’est peut être une bonne idée. Sur une base de Cozy Cloud, ce serait parfait

Cette semaine, nous avons également vu la publication du rapport de la commission de la Stratégie nationale de l’enseignement supérieur. On y parle de données, de la nécessité de mieux les exploiter pour soutenir une stratégie ambitieuse pour faire avancer l’enseignement supérieur. C’est nouveau dans le débat, et c’est une belle avancée que de le faire apparaître en tant qu’élément stratégique . J’avoue ne pas avoir tout lu, simplement survolé (recherche du mot clé data…). On y trouve l’idée que les données doivent être interopérables, et qu’il faut travailler au sein du W3C pour avancer sur ce sujet, ce qui paraît intéressant, gérer des informations en open data et protéger les données personnelles, développer un système d’information permettant l’aide à la décision pour l’ensemble des acteurs (étudiants, enseignants-chercheurs, administrateurs). Espérons que ce dernier volet pourra s’appuyer sur les résultats du projet ANR Hubble. Par contre, la notion de Self data ne semble pas apparaître pas dans ce rapport, le point de vue semble encore de développer un système d’informations centralisé. La notion d’Open Data n’apparait que pour la publication d’une base d’informations sur les débouchés professionnels, et pour la production de ressources éducatives. Les principes de publications d’autres données ouvertes, sur l’organisation et la conduite de l’université (bref open gouvernement), sur les apprentissages, sur la co-production de contenu sont absentes.

C’est d’autant plus dommage que cette semaine le Conseil National du Numérique a lancé un appel sur la libre diffusion de la culture et des savoirs, et invite à signer une pétition pour soutenir les mesures du projet de loi numérique sur le domaine public informationnel, l’open access des publications scientifiques et le text and data mining.

Ces questions d’ouverture des données devraient apparaitre de manière plus centrale dans une stratégie nationale de l’enseignement supérieur. La réappropriation de ses données par l’étudiant aurait été une vision prospective bienvenue.

En attendant que cette expérimentation soit lancée, on n’oubliez pas de signer l‘appel du Conseil National du Numérique.

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Libre d’inventer au fil de l’eau

J’écris ce billet juste par nostalgie. Peut être parce que cet article de Cécile Traverse : «  Tony Estanguet, Champion du monde et libre… » me laisse croire que le Canoë Kayak est une vraie école de vie.

Peut être aussi parce qu’il laisse entendre : que pour arriver à un niveau d’innovation, il faut maitriser les schémas de base., que pour pouvoir atteindre l’excellence, il faut être libre. Que pour y arriver, il faut y mettre ses tripes, et accepter l’incertitude.

Quand j’étais ado, ma mère m’avait ramené un poster de kayakiste en train de faire une reprise de courant  sur lequel était écrit :  » a winner never quits, a quitter never wins ». Au delà du machisme américain, il y a un fond de rivière à suivre…

Un article comme celui-ci (par une psychologue du sport, il faut le noter) justifierait presque à lui tout seul une pédagogie ou un coaching par le sport pour aborder certains aspects du travail en groupe, de la créativité, de l’innovation. Mais, il faudra également en accepter les autres valeurs : compétition, liberté, effort …

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Les ressources éducatives se développeront en réseau(x)

Avant Propos

La semaine dernière, j’ai eu la joie de participer aux Journées numériques 2010 de Paris Descartes, qui ont été particulièrement réussies. Prouvant sa réactivité, l’équipe a mis en ligne les vidéos des interventions dès le week-end (Pour ceux que ça amuserait de me regarder à l’œuvre, moi je ne peux pas …). Pour ma part, j’ai déposé mes transparents sur Slideshare :

et l’organisation a proposé de réaliser des actes de ces journées. J’ai donc rédigé (a posteriori) le texte que je prépublie ci-dessous, en remerciant encore les organisateurs de cette manifestation.

Introduction

Un enseignant a un rapport très particulier avec ses ressources pédagogiques qu’il utilise pour ses enseignements. Or, de ce lien résultent des tensions diverses, et qui peuvent soit s’amplifier par une résistance aux phénomènes liés à Internet ou au contraire diminuer en s’appropriant les différentes communautés de pratiques ou réseaux qui coexistent sur le Web.

Résoudre cette problématique est une bonne raison pour un enseignant de commencer à investir l’espace d’Internet et cela de manière beaucoup moins angoissante que face aux élèves en découvrant avec eux des outils.

De manière intéressante, si la découverte de contenu peut se faire par un simple moteur de recherche comme Google ou Exalead, l’accès et la construction des ressources pédagogiques est organisée selon des réseau(x) de diverses natures (institutionnels, disciplinaires, informels,…) ou des communautés de pratiques. Intégrer ce monde des ressources pédagogiques ou éducatives dans son univers propre passe donc par une découverte de ces réseaux.

Par ailleurs, la compréhension de l’organisation de ces réseaux, la manière dont ils se créent, évoluent, permet dessiner des tendances qui pourraient guider l’évolution (ou la révolution) du monde de l’éducation de demain en général et de l’éducation supérieure en particulier.

Si certaines tendances nous viennent d’évolutions naturelles des structures actuelles, certaines sont plus étonnantes et porteuses de réelles innovations. Dans tous les cas, la publication amène à se poser la question de la licence des ressources, et permettre la mise en place d’une réelle dynamique conduit à considérer et en général à adopter des licences qui qualifient les droits d’utilisation de manière plus large que le copyright habituel. Les licences Creative Commons permettent cette souplesse et supportent, voire encouragent un mouvement de ressources éducatives libres, qui au même titre que les licences libres dans le domaine du logiciel, permettent d’envisager une véritable construction collaborative du savoir intégrant les futurs érudits1 que sont nos étudiants.

Quel rapport entre un support de cours et Internet ?

Un cours local face à une base de connaissance globale

Pour beaucoup d’enseignants de l’enseignement supérieur, la construction d’un cours passe par l’élaboration d’une série de supports, que ce soit un diaporama, un polycopié, voire un livre, des exercices ou des documents d’appui comme le plan de cours, le guide de lecture, des grilles d’évaluation, … Appelons les des ressources pédagogiques.

Si la recherche de sources se fait maintenant majoritairement sur Internet, la construction de ces ressources se fait souvent de manière locale pour 3 raisons principales : d’une part une nécessaire adaptation au contexte de formation (niveau, durée, objectifs pédagogiques spécifiques …), la volonté d’originalité de l’enseignant-Chercheur d’autre part et finalement l’appropriation du discours souhaité.

Si par certains aspects, ce travail est nécessaire, il pose quelques problèmes :

  • Comment faire évoluer ces ressources ? Le temps de l’enseignant est limité, il sera donc amené à faire des choix : soit modifier le contenu, ou sa présentation dans un diaporama, ou encore l’organisation du cours. Il sera difficile sur le long terme de maintenir un ensemble cohérent. L’effet actuel est que beaucoup de cours ne proposent plus qu’un diaporama, nécessaire pour la présentation au détriment d’un polycopié nécessaire pour la compréhension du fond et les révisions. Un comble à une époque ou l’on nous parle d’infobésité. Obliger les étudiants à acheter un livre de référence pourrait résoudre en partie ce problème, mais ce n’est pas l’usage en France ;
  • La consultation de ces ressources peut être limitée par des difficultés d’accès. Si un contenu équivalent existe sur Internet, sera consulté celui qui peut être accédé au moindre effort. Dommage qu’une telle quantité de travail ne soit pas valorisée ;
  • De plus, l’abondance des sources externes permet d’intégrer d’autres approches ou points de vue. Si l’on cherche à les rejeter, on rentre dans une négation de l’esprit de curiosité qu’un futur érudit se doit d’avoir. Il vaut mieux considérer ses ressources comme intégrées dans un écosystème qu’isolées du reste du monde et encourager l’analyse critique des jeunes ;
  • De la même manière, certains d’entre nous hésitent à publier des annales d’exercices2 avec leurs corrigés sous prétexte que ceux-ci pourraient être connus les années suivantes. Cela revient à ignorer l’existence de canaux cachés tels que la simple photocopie des séances des années précédentes ou leur équivalent numérique, ce qui de plus introduit des inégalités entre les étudiants. Au contraire, pouvoir considérer des banques globales d’annales permettrait d’assurer une diversité suffisante qui empêcherait les étudiants de s’attacher à des exemples particuliers.

Tous ces éléments poussent à s’intégrer à l’infrastructure dominante de la connaissance qu’est devenue Internet. Pour cela il est intéressant de connaître différentes options qui se dessinent avec un maitre mot : la collaboration.

Cette notion est d’autant plus importante qu’il est clair qu’isolé, l’enseignant, de plus en charge d’une cohorte d’étudiants n’a que peu de degrés de liberté pour se renouveler. La collaboration est bien le moyen de dégager des moyens et de trouver la motivation d’évoluer d’un environnement qui ne fait que se contraindre un peu plus chaque jour.

Des niveaux de collaboration

Don Tapscott and Anthony D. Williams, auteurs du best-seller « Wikinomics », dans lequel ils étudient en quoi l’intelligence collective bouleverse l’économie ont récemment abordé avec la même acuité le problème de l‘université du XXIème siècle3. Si leur constat est très centré sur les universités américaines, on peut partager un certain nombre d’arguments qui poussent à renouveler la pédagogie au sein de l’enseignement supérieur. De manière plus intéressante, il identifient 5 niveaux de collaboration qui permettent de caractériser différents types de collaborations possibles. Ceux-ci sont les suivants :

  1. Mise en ligne de contenus
  2. Collaboration sur les contenus
  3. Co-innovation sur les contenus
  4. Co-création de connaissance
  5. Apprentissage collaboratif global

Ces différents niveaux correspondent à des niveaux d’implications successifs jusqu’à un « Campus Global », que certains appellent de leurs vœux (par exemple par François Taddéi durant la table ronde « Université, engagement social et numérique » pendant les journées numériques 2010). Nos auteurs l’envisagent (niveau 5) comme la possibilité pour les étudiants situés physiquement sur un campus donné de s’inscrire à des UVs distantes dans les universités de leur choix.

Mise en ligne de contenus

Ce premier niveau correspond à la mise à disposition de ressources. Pour les enseignants publiant, l’intérêt est de devenir visible et de se savoir consulté. Pour les étudiants, cela multiplie les ressources, et surtout pour tous, cela permet de savoir comment sont abordées les connaissances, sur quels points les accents sont mis, etc. Cela permet donc une diffusion des meilleurs pratiques, ce qui profite à tous.

Plusieurs réseaux, sites, ou communautés de pratiques permettent cette mise en commun. Au niveau institutionnel, citons le célèbre consortium Open Course Ware, à l’initiative du MIT, faisant figure de pionnier, qui donne accès à des cours de nombreuses universités, et qui est ouvert à de nouvelles inscriptions. Dans le même esprit, les universités numériques thématiques françaises semblent avoir moins diffusé. Plusieurs universités proposent également des portails de contenus, avec plus ou moins de facilités de recherche, comme Savoirs Partagés pour l’Institut Télécom.

De manière moins institutionnelle, des sites de dépôts comme Slideshare constituent des réseaux sociaux en permettant de déposer facilement un diaporama et sont des mines pour trouver des présentations de qualité sur quantité de sujets.

Citons également des sites qui permettent maintenant facilement de publier un ouvrage sans frais initiaux et permettent donc la mise à disposition de supports de type livre. Lulu.com, qui propose par exemple le guide des ressources éducatives libres en anglais ou InLibroVeritas, créateur de la Littérature Équitable et qui héberge les Framabooks.

Collaboration sur les contenus

La collaboration permet d’aller plus loin dans la diffusion des bonnes pratiques en permettant la comparaison des approches, outils et méthodes pédagogiques. Il est possible d’échanger sur ce qui marche, de faire des tests et de rendre compte des résultats et ainsi d’affiner les dispositifs, tout en les adaptant aux différents contextes d’usage.

Au niveau universitaire, des conférences existent qui permettent de faire émerger des nouvelles pratiques dans l’enseignement supérieur comme le colloque « Questions de pédagogie dans l’enseignement supérieur » ou celui de l’AIPU, ou pour les aspects plus numériques les Universités Vivaldi organisées en région par la SDTICE. Mais la formule des conférences ne permet pas l’échange approfondi, des formules plus continues sont nécessaires.

On trouve ainsi du coté du secondaire des communautés de pratique disciplinaires regroupées en association qui permettent une collaboration approfondie entre leurs membres. Citons : Sésamath, Weblettres, les Clionautes, le Manège, Open English Web … qui regroupent des milliers d’enseignants. Malheureusement, il n’y a pas d’équivalent de type réseau social ou communauté de pratique entre les enseignants du supérieur.

D’autres types d’échanges plus informels existent dans des réseaux ouverts tels que Twitter (pour autant que vous ayez identifié des gens avec qui échanger) ou Apprendre2.0, permettent des échanges dynamiques sur tout type de sujet.

L’accès à ces différents réseaux permet d’entrer en contact avec des collègues d’établissements équivalents, ou de la même discipline, ou qui peuvent avoir des préoccupations (qu’elles soient pédagogiques ou numériques) proches. Du point de vue des ressources, l’échange argumenté doit logiquement contribuer à l’amélioration des pratiques et de la présentation des contenus. Du point de vue des enseignants, c’est une réelle opportunité d’échange entre pairs, et s’il se fait sur Internet d’acquérir une aisance d’utilisation des outils numériques sans se retrouver face à des élèves.

Co-innovation

L’étape suivant le partage ou l’échange de pratiques et de contenus liés est la réalisation commune ou collaboratives de ressources éducatives. On parle ici de co-innovation pour signifier que si les connaissances ne sont pas nécessairement nouvelles, c’est le travail de présentation, d’organisation qui est partagé. À ce niveau plusieurs cercles de collaboration peuvent faire sens. Nous en considérerons trois.

Co-innnovation entre enseignants

La collaboration sur la construction entre enseignants permet un travail entre pairs qui doit permettre le débat, la comparaison des expériences, la discussion pour faire émerger le consensus.

Cette construction peut émerger d’une communauté de pratique existante, comme les manuels scolaires proposés par Sésamath. Une communauté peut se construire autour d’un projet précis, une nouvelle société LeLivreScolaire propose ainsi des manuels scolaires adossés à des sites complémentaires construits par une cinquantaine d’enseignants.

Si cette construction entre enseignants n’est pas encore développée, notons que des outils comme les wikis ou des chaines éditoriales collaboratives comme La Poule ou l’œuf, existent et rendent la collaboration possible. Ces outils peuvent être installés sur des serveurs d’établissements mais sont également disponibles sur le web, comme par exemple la Wikiversité pour les wikis ou la forge de InLibroVeritas.

Co-innovation avec les étudiants

Curieusement la construction avec les étudiants semble plus développée en France. Elle peut prendre la forme :

Il s’agit alors d’un travail réalisé avec une motivation accrue de par la visibilité de leur travail et permettant aux élèves d’acquérir une litéracie numérique. Ce dernier point peut même être l’objectif du cours comme le projet WikiPeplum par l’association Plume! (association de doctorants) et Wikimédia France.

Cours ouverts ou la Co-innovation avec le monde

Dans les deux premiers cercles de collaboration, les participants sont connus. D’autres structures de co-innovation plus ouvertes peuvent pourtant exister, y compris au niveau universitaire. Sans parler des constructions de contenus de type prise en main d’outils comme on peut en trouver par exemple avec le réseau Apprendre2.0, des cours ont été proposés sur le web avec des inscriptions ouvertes à tous, par exemple :

L’idée est ici de dépasser les frontières classiques des institutions et de permettre une collaboration d’un groupe d’apprenants de tous horizons, dans les cas présentés plutôt des enseignants sensibles à des évolutions de leur environnement.

D’autres structures permettent d’envisager la construction de cours et de leurs ressources de manière ouverte. Si la Wikiversité a déjà été citée en 3.3.1, Le Mill est une communauté basée sur les résultats d’un projet européen.

Co-création de connaissance

Le niveau 4 correspond à une collaboration étroite au niveau recherche puisque l’on aborde ici la création de connaissance. Pour nos auteurs Don Tapscott et Williams, c’est l’occasion de rappeler le débat sur la réutilisation des données publiques (voir par exemple le groupe de la Fing sur le sujet) dans le contexte universitaire. L’idée est que des données, ici des connaissances produites par des services publics, sont par nature des biens publics, donc des biens communs. Les auteurs abordent la notion de science ouverte ou de science 2.0. On investit donc ici le domaine de la recherche.

On le voit différents niveaux de collaboration peuvent s’envisager entre enseignants, qui peuvent prendre corps au travers de différents types de réseaux, de différentes nature (institutionnels, associatifs, disciplinaires, ouverts, au niveau d’une classe ou nationaux ou mondiaux …) et dont des exemples existent d’ores et déjà. Dans tous ces réseaux se pose la question de la propriété intellectuelle, qui va donc nous intéresser dans la section suivante.

Ressources et licences

Les ressources étant mises à disposition se pose la question de l’usage que leur auteur voudra bien laisser aux futurs utilisateurs au travers de la licence qu’il apposera sur la ressource.

Des ressources collaboratives

Les différents niveaux de collaboration présentés impliquent que les ressources développées puissent être consultées, utilisées en public, modifiées, adaptées à un contexte d’utilisation, construites à partir de différentes autres ressources. Nous avons vu que différents auteurs, y compris des étudiants peut avoir participé à leur élaboration.

L’idée principale lorsque l’on rentre dans ces réseaux est bien d’adhérer à une idée de collaboration pour permettre la diffusion la plus large possible des ressources produites et de ce qui y est contenu. De plus si gérer les références utilisées dans un document est déjà une tâche en soi, la gestion de droits variés sur les documents utilisés peut rapidement tourner au cauchemar, et décourager les meilleures volontés.

Licences Creative Commons pour des ressources collaboratives

Les licences Creative Commons sont clairement les plus indiquées pour ces ressources éducatives. Elles permettent de contrôler différents paramètres de diffusion des ressources :

  • Attribution : le fait de devoir citer (ou non) les auteurs
  • Usage Commercial : le fait que l’on autorise (ou non) l’usage dans un contexte commercial
  • Travaux dérivés : le fait que l’on autorise (ou non) la modification, la réutilisation
  • Partage à l’identique : le fait que l’on impose (ou non) la conservation de la licence
  • Ou « Domaine Public »

Il s’avère à l’usage que toute limitation risque d’être une source de difficultés pour une personne qui souhaite réutiliser un travail publié, ce qui est a priori contraire à l’esprit de la démarche de collaboration. Un article sur Framablog intitulé « Privilégier la licence Creative Commons Paternité (CC BY) dans l’éducation » explique très clairement pourquoi il est intéressant de choisir le contrat de licence le moins limitatif. Pour plus de détails, et pour apposer un contrat à sa ressource, le plus simple est de visiter le site de Creative Commons ou Creative Commons France.

Un impact international

Il est intéressant de constater que ce choix de licence est partagé par un grand nombre d’organismes internationaux qui s’intéressent à la diffusion des connaissances et à l’éducation, et qui ont fait le choix de militer pour des ressources éducatives libres (ou Open Educational Resources). L’Unesco, mais aussi l’OCDE, le Commonwealth sont actifs dans ce mouvement. Des associations comme justement Creative Commons en ont fait leur action centrale. La majorité des initiatives citées dans ce document adhèrent à ce mouvement.

Conclusion

Ce bref panorama des réseaux, dépôts, communautés de pratiques et autres réseaux sociaux abritant des ressources éducatives montrent qu’un enseignant peut aujourd’hui accéder à un grand nombre de ressources pour revisiter son enseignement, mais aussi participer à la diffusion et à l’amélioration des contenus et des connaissances. L’intérêt est d’améliorer globalement l’éducation et de mutualiser les efforts de chacun pour l’usage de tous.

Entrer dans cette dynamique peut impliquer de revoir le métier de l’enseignant, qui de producteur de contenu original passe à une démarche collaborative, qui de formateur dans une classe, un amphi devient auteur sur le web, qui peut-être de transmetteur de savoir peut devenir relais dans un cours ou la construction de l’apprentissage devient collaborative. Pour autant il n’implique pas d’investir forcément plus de temps dans la préparation de ses interventions

La question de la qualité des ressources est importante, l’accessibilité, la recherche, la facilité d’évolution le sont également, et font partie des débats en cours et à venir. Les réponses qui y seront apportées feront partie des facteurs qui assureront la pérennité ou non des nombreuses initiatives actuelles et futures.

Les niveaux de collaboration exposés ici montrent bien les approches différentes des différents réseaux déjà existants. Si ceux-ci peuvent paraître nombreux, force est de constater que la diversité des acteurs et des approches permet sans doute d’assurer un écosystème qui permettra à terme l’amélioration globale de l’éducation, et que cet écosystème est sans doute malgré tout encore embryonnaire. Par ailleurs, à plusieurs niveaux, les exemples sont issus soit du monde anglo-saxon, soit de l’enseignement secondaire, les réseaux qui permettront de faire naître un campus global de l’enseignement supérieur français ou francophone restent sans doute à créer.

1Érudit au sens anglais de scholar

2Nous ne rentrerons pas ici dans le débat sur la pertinence ou non de séries d’exercices pour progresser dans une matière au niveau universitaire. Ce n’est qu’un exemple.

3Innovating the 21st-Century University: It’s Time! EDUCAUSE Review, vol. 45, no. 1 (January/February 2010): 16-29 -Don Tapscott – Anthony D. Williams

Trouver des ressource éducatives libres OER

Une belle liste sous forme de diaporama déposée sur slideshare, qui donne plein de points d’entrée pour trouver des ressources éducatives libres (OER)

Trouvé en suivant un lien évalué par @NicolasLoubet sur le réseau social knowtex de la culture scientifique et technique

Pourquoi privilégier la licence Creative Commons Paternité (CC BY) dans l’éducation ?

Cette question nous ramène à pourquoi mettre des ressources en ligne ?

Plusieurs raisons peuvent nous amener à cela :

  • pour nous faire connaître ou pour faire connaître notre institution ;
  • pour diffuser des connaissances vers un public plus large que celui que nous avons devant nous ;
  • pour permettre à d’autres de réutiliser nos productions ;
  • pour participer à un mouvement qui nous permettra à notre tour de pouvoir utiliser des ressources d’autres personnes ;

Si vous êtes convaincus de tout cela, je vous encourage à mettre dans vos favoris le billet d’Alexis Kauffmann sur Framablog : Privilégier la licence Creative Commons Paternité (CC BY) dans l’éducation. L’article démontre clairement que toute limitation possible par la licence CC, peut limiter la diffusion des ressources et des connaissances qui y sont incluses.

Empêcher la modification, la commercialisation (NC) ou forcer la conservation de la licence empêchera son utilisation dans certains cas, et cela sans que l’auteur en tire quelque bénéfice. Simplement la diffusion sera limitée, sans que cela ne serve la diffusion des connaissances, ni l’avènement des ressources éducatives libres.

En tout cas, de mon coté, je suis convaincu, j’enlève la restriction SA de mes documents.

Et je reprend le dernier paragraphe :

Ce document est hautement abrégé. Pour plus d’informations à propos de ces sujets, ou d’autres sujets liés, rendez vous sur le site de Creative Commons (NdT : ou sur le site de Creative Commons France).

Des données pour comprendre le monde

Parmi les nombreuses qualités d’Internet, il y a le développement de la mise à disposition de données statistiques. C’est devenu un moyen incontournable d’information du public. Mais ces données doivent être mises en perspective pour faire sens.

J’ai découvert (via twitter, merci à @PopulationData et à @epnwallonie) deux outils qui à mon avis font particulièrement sens, car ils permettent de regrouper des informations pour mieux les comparer, et surtout démontrer la dynamique du monde dans lequel nous vivons. Il s’agît de :

  • Gapminder, qui permet de créer soit même ses graphiques à partir de bases de données mondiales et qui regroupe des vidéos permettant de démonter des mythes liés à une mauvaise interprétation des données.
  • Worldometers,  qui en une page nous montre l’évolution d’un nombre impressionnant d’indicateurs mondiaux.


Le fait que ces deux exemples soient issus d’organisations non gouvernementales n’est sans doute pas innocent. En tout cas, deux bonnes piqures de rappel par rapport au défi lié au  développement durable, visuelles et avec impact maximal.

Modèle économique du web : une bonne raison pour réhabiliter le P2P

Faiblesses du modèle économique actuel du web2.0

Pisani et Piotet le disent dans leur livre, le modèle économique basé sur le contenu généré par les foules n’a pas trouvé son modèle économique. Et de fait, le problème est bien que pour exister, il faut multiplier le nombre d’utilisateurs (par millions de préférence) , que pour attirer ceux-ci il faut proposer des services gratuits.

Les coûts liés à l’architecture actuelle (des serveurs centralisés sous forme de fermes d’ordinateurs) peuvent alors rapidement devenir importants en matériel et en électricité. Et les recettes sont pour le moins incertaines, puisque seul Google réussit à vraiment entrer de l’argent via les publicités, et encore pas pour tous les services (voir le déficit abyssal de YouTube par exemple).

L’article La bande passante ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval ne dit pas autre chose, l’inflation de données coproduites et gratuites est indispensable pour la croissance de ces entreprises, tout en étant leur pire talon d’Achille.  Mais les commentaires de ses lecteurs sont intéressants : en résumé, la solution passe par le P2P ou pair à pair (le concept repoussoir de Minitel2.0  y est même cité).

En effet, deux solutions lorsque l’équilibre n’est pas garanti :

  • Soit augmenter les recettes ce qui ne pourra au mieux marcher que pour quelques géants, avec les problèmes de monopoles et de contrôle de l’information que cela posera (qui de fait se pose déjà) ;
  • Soit diminuer les dépenses, c’est à dire remplacer ces fermes de serveurs par un système moins coûteux et moins énergivore.

Et de fait, il y a pas mal de buzz autour de cette idée de développer le pair à pair ou P2P comme support au développement de services 2.0. Voyons pourquoi et quels avantages y trouver.

Internet :  une architecture décentralisée

Au départ, Internet a été prévu pour être totalement décentralisé (pour pouvoir continuer à fonctionner même en cas d’attaque atomique massive, c’était la guerre froide en ce temps-là). Au moment où le web a démarré, les ordinateurs sont devenus asymétriques, d’un coté les serveurs, de l’autre les clients. Cela correspondait bien à l’organisation du web 1.0, avec des serveurs de données institutionnels et des utilisateurs privés. Et de fait l’architecture d’Internet proposée par les FAI colle à ce modèle, ce que Benjamin Bayart a comparé au Minitel2.0. Mais cette architecture reste bien lié à une conception 1.0 du web. Autre défaut de ce modèle recentralisé, le système est devenu bien moins fiable.

Avec l’avènement du web2.0, les rôles ont glissés, l’utilisateur est devenu acteur ou webacteur, fournisseur de données, la production de données est partout, mais leur traitement reste centralisé. Parce que c’est l’habitude, parce que l’architecture client-serveur est plus facile à mettre en place, bien maîtrisée, et permet de mettre en avant un modèle économique, puisque l’on peut identifier un service et une entreprise.

Pourtant une autre architecture, collant mieux à un web2.0 où tout un chacun est producteur d’informations existe et ne demande qu’à être généralisée.

Le pair à pair pour faire correspondre architecture réseau et architecture logicielle

En effet le pair à pair est une simple technologie, pas un repaire de pirates.  De fait, il est au cœur d’une communauté active de recherche et de développement. Il a déjà prouvé sa fiabilité, et sa capacité de passer à l’échelle qui pose tant problème au modèle économique actuel.

le P2P pour le partage et la réappropriation du contenu donc. Il permet en effet  l’émancipation de multi-nationales qui peuvent être tentées par le contrôler des données et qui ont besoin, par nécessité d’afficher une croissance, de récolter de plus en plus de données, même si les besoins ne sont pas évidents ou éthiques.

Il permet à chaque machine d’ajouter des informations, d’en stocker et d’y accéder de manière décentralisée. Une partie du code des services s’exécute déjà de manière décentralisée sous forme d’Ajax ou équivalent  dans les navigateurs. Pourquoi ne pas faire correspondre l’architecture d’exécution et de stockage de données ?

Sans doute, parce que cela parait aujourd’hui plus compliqué à mettre en œuvre, que le modèle économique correspondant n’est pas suffisamment établi pour que les créateurs de service pensent à l’utiliser et aussi peut-être pour des raisons de performance (il est plus long de faire une requête sur un système P2P que sur un système centralisé). Il reste sans doute des recherches à faire dans ce sens (voir par exemple Defining the technical characteristics of human emancipation) ou bien d’autres.

Quel support matériel pour le P2P ?
Quels sont les machines les mieux placées pour un tel modèle Pair à Pair ? En fait, elles sont placées à l’interface entre les réseaux opérateurs et les terminaux utilisateurs, nos *box et les « routeurs ». Ce sont des ordinateurs, qui comme qualités remarquables qu’ils restent allumés 24h/24 (ne serait ce que pour pouvoir téléphoner) et qu’ils sont à l’entrée (numérique) de nos maisons. Il est possible d’y intégrer un OS ouvert, comme Linux (en fait il y souvent est déjà) ou GroundOS, qui en a interpellé plus d’un en avril.

A ce niveau peut se jouer un conflit d’intérêt. L’opérateur a intérêt à contrôler ce niveau et de proposer ensuite des services de son choix à ses clients. Malheureusement, cela ne peut marcher que si c’est l’utilisateur final qui soit maître des services installés pour pouvoir suivre l’extrême versatilité des utilisateurs qui adoptent en quelques jours/mois un nouveau service (et qui donc en quittent d’autres).

Une infrastructure de type pair à pair serait la bienvenue dans ces équipements à condition qu’elle soit au service de l’utilisateur, ouverte pour pouvoir interconnecter les équipements des différents opérateurs de tous les pays. Dans le cas d’un blocage technique ou stratégique des FAI, l’autre solution sera de laisser un ordinateur allumé dans la maison. Techniquement, cela peut s’envisager, c’est juste dommage de doubler les équipements à ce niveau.

Compatibilité entre pair à pair et logiciel libre.

Le Web a été créé pour mettre et partager de l’information en ligne pas pour faire de l’argent. Or si l’on construit une architecture centralisée, il faut nécessairement des moyens. Ceux-ci peuvent être portés par des institutions (c’est le cas pour le web au tout début). Mais dans un web participatif, chacun peut apporter sa pierre à l’édifice. Imaginez pouvoir dire qu’une partie du projet encyclopédique Wikipédia est hébergé chez vous, que vous êtes un serveur pour Twitter Indenti.ca.  C’est d’ailleurs bien le seul moyen de déployer des applications libres coopératives à grande échelle.  Wikipédia survit mais seule sa notoriété lui permet de lever des fonds par dons. Cela n’est absolument pas généralisable à tout type de service.

Cette approche pourrait enfin permettre une percée du logiciel libre au niveau des applications type web2.0.

Compatibilité entre pair à pair et modèles de marché.

Premier avantage du pair à pair,  cela baisse encore le coût de création d’un nouveau service, puisque l’infrastructure se réduit à l’information, la mise à disposition du logiciel, et un portail pour permettre la connexion aux pairs existants.

Ce qui n’empêche pas d’imaginer un moyen d’imaginer un modèle économique basé sur la mise à disposition d’un service (tout comme les services payants actuels), sur la publicité ou sur la mise à disposition d’un infrastructure  comme eBay. Ainsi Skype est déjà un logiciel pair à pair propriétaire.

La nouveauté réside juste dans le fait qu’il n’est plus indispensable de dégager des fonds pour proposer un nouveau service. Imaginer le partage, la coproduction jusqu’au niveau de l’architecture, c’est le retour au fondement de l’Internet. La technologie actuelle correspondante s’appelle pair à pair, c’est à dire un système distribué symétrique.

In or Out the Cloud ?

L’informatique dans les nuages ! Voici une image qui parait alléchante, mais pourquoi les nuages devraient ils s’arrêter à ma porte ? Pourquoi ne pas pouvoir être moi-même dans les nuages ? Ce léger déplacement de la frontière change l’architecture du tout au tout. Soit ce sera l’avènement d’une architecture centralisée (via des fermes de serveurs) conduisant à des problèmes de contrôle des données de tous par quelques  entreprises, à des usines/fermes consommatrices d’énergie. Soit ce sera une architecture où les équipements permettant l’utilisation des données les hébergeront également et les metront à disposition de tous, et où l’invention et le déploiement de nouveaux services sera possible pour tous.

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