Les UNT : des ressources sans étudiants

Les UNT, universités numériques thématiques,  sont des portails de documents pédagogiques, issus d’universités et grandes écoles françaises. Les licences des documents sont clairement indiquées et permettent en général la réutilisation, elles répondent donc stricto sensu à la notion de ressources éducatives libres.

Et pourtant, l’Université numérique ingénierie et technologie UNIT est classée 1 162 903ème site au niveau mondial (68 800 au niveau français,source alexa), coté sciences Unisciel qui intègre depuis peu un réseau social est 973 389 (FR 24 458). A titre de comparaison le site de culture scientifique de l’Inria et du Cnrs Interstices, accessible au travers d’Unisciel, est classée au rang 833 750 (FR 44 874 ?), mais un site dynamique comme Futura Sciences se hisse à la 4 681 place (FR 218).

Ces classements montrent que ces sites sont peu visités, ce qui peut pose question quand on sait que c’est une vitrine numérique de l’enseignement supérieur en France. Unisciel a ainsi organisé récemment des journées sur l’usage de sa communauté. Les vidéos sont en ligne, mais je me suis intéressé plus particulièrement au point de vue étudiant au travers de l’excellent rapport de Master de Cécile Pouliquen « Les documents numériques pédagogiques disponibles gratuitement sur Internet à destination des étudiants scientifiques. Enquête qualitative réalisée pour l’UNT Unisciel, l’Université des Sciences en Ligne »

Elle justifie parfaitement l’idée que nos étudiants « natifs du numérique », ne sont pas pour autant formés à la littératie numérique. Dans le domaine scientifique, ils utilisent principalement les ressources proposées par les enseignants, effectuent des recherche simples et font appel aux forums de discussion ou retournent par habitude sur les sites qu’il connaissent déjà. Ils ne sont pas forcément en demande de plus de numérique, ce qui conforte bien les discussions que j’ai pu avoir lors de journées au CEVPU. Ils ne sont d’ailleurs en général pas très en demande de plus d’informations, puisque la bibliothèque est pour eux une zone de calme, d’ambiance studieuse propice aux révisions, plutôt qu’un lieu d’accès à la connaissance. Accéder à un autre cours d’un autre enseignant n’est perçu que comme une charge de travail supplémentaire, ne permettant pas de mieux remplir leur objectif, à savoir réussir l’examen.

En informatique, ils fréquentent beaucoup le site du zéro (4 658 mondial, 202 français) qui semble plus correspondre à leurs besoins. Pourquoi ? Sans doute parce qu’ils couvrent des aspects techniques moins pris en charge par les enseignants, mais aussi sans doute par le caractère plus interactif du site. Cécile Pouliquen souligne la lecture sélective sur Internet des étudiants en science. Ils consultent les forums pour trouver leur question déjà posée et la réponse :

« Ce qui prime pour l’étudiant dans sa recherche d’information c’est la rapidité, l’accessibilité et la qualité de la réponse, et non pas la quantité »

Pour augmenter la fréquentation des UNT, il semble donc nécessaire qu’ils soient recommandés par les médiateurs que sont les enseignants, ou mieux intégrés à leurs cours, ce qui ne se fera pas naturellement.

Les UNT devraient plus se préoccuper des usages potentiels, par les étudiants, et par rebond par les enseignants, voire encourager des usages collaboratifs. La politique actuelle qui consiste à reverser des contenus en l’état ne sert même pas de vitrine regardée. Pour que cette vitrine soit visible, il faudrait qu’elle soit mieux référencée par les moteurs de recherche, ce qui nécessite qu’elle soit liée au reste d’Internet, par une exploitation qui fasse sens.

Quelques pistes pour améliorer tout cela :

  • proposer des lignes éditoriales : en mettant en avant des contenus, en organisant les différentes natures de contenu. Pour l’instant tout est en vrac, on ne sait même pas quel type de média on va retrouver.
  • assurer une activité par des forums, des réseaux sociaux qui soient animés par des enseignants ou des étudiants ;
  • créer une dynamique entre enseignants qui fassent que les ressources disponibles ne soient pas simplement des traces de cours qui ont déjà eu lieu, qui éventuellement n’existent plus, et qu’il est impossible de reprendre pour les améliorer ;
  • développer des activités de recherche documentaire, par une pédagogie par problèmes qui oblige les étudiants à aller chercher des documents au delà des ressources proposées par les enseignants. C’est à dire les former clairement à des usages de littératie au sens large.

Crédit photo : Le salon de lecture Jacques Kerchache (musée du Quai Branly), par Jean-Pierre Dalbéra, licence CC-by-2.0

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Des étudiants s’invitent au débat sur l’évolution des formations

En moins d’un mois j’ai été contacté par deux associations qui regroupent des étudiants qui veulent apporter leur pierre au débat de l’évolution des formations dans le supérieur.

La première a été la CEVPU ( Conférence des Etudiants Vice-Présidents d’Universités) qui m’a invité a venir échanger sur les aspects e-learning et autres aspects numériques. J’ai donc eu la joie de leur faire une présentation pompeusement appelée « Quelle Université Numérique ? » pour poser un certain nombre d’idées qui me semble-t-il peuvent préparer les évolutions encore à venir. Je me suis trouvé face à un groupe réduit, mais bien organisé, très au fait des enjeux dans les universités (ce qui s’explique sans doute par leurs positions d’élus).

La seconde, qui m’a envoyé un courriel sympathique ce week-end s’appelle « Le Nouvel Ingénieur » qui me semble beaucoup plus informelle, plus balbutiante, mais dont les ambitions semblent intéressantes. Les articles de son blog montrent qu’elle est également ouverte au dialogue, à la collaboration, et à la recherche d’informations. Et sans dogmatisme.

Elle affiche un coté plus Génération Y ce qui me plait assez. Simplement, je me demande si cela est représentatif des élèves ingénieurs. Je note en effet que leur article « Time for Change » semble affirmer que la demande est forte d’utiliser plus fortement les outils du web 2.0. J’aimerai que cela soit vrai et généralisé, mais cela ne correspond malheureusement pas à mon expérience, mes élèves ayant toujours été étonné quand j’ai proposé d’utiliser un wiki, d’aller chercher de l’information par eux-mêmes. Leur demande est jusqu’à présent plutôt d’avoir un polycopié bien fait et des annales pour réviser.

Je trouve très sympa de voir que des jeunes prennent en main leur formation, et se constitue en association pour permettre le débat entre eux d’abord et avec les autres acteurs ensuite.

Et cela pourrait bien être un vecteur de changement, si la génération Y (ou C) s’invite dans le débat.

Bienvenue et longue vie à ces deux associations.

Apprendre avec le téléphone mobile, y réfléchir ensemble ?

J’ai donc lu Pourquoi et comment utiliser le téléphone cellulaire à des fins pédagogiques ? par Alexandre Roberge Sur Thot grâce au tweet de @W2YDavid « : RT @tjeanbaptiste: http://t.co/a8O2bXb /via @thot une lente évolution de la perception du téléphone portable dans l’enseignement #eduipm ». Et cela me donne envie de rebondir.

Il n’y a pas tant d’article que ça sur le sujet du mobile pédagogique en France. J’en parle de temps en temps sur mon blog (voir le tag « mobile learning »). Et pourtant de l’autre coté de la Manche le « mobile learning » est un sujet de recherche à part entière, et la dynamique st telle qu’elle mérite qu’on s’y intéresse. J’ai par exemple fait un résumé en français d’un wiki sur « apprendre avec les mobiles publié selon l’ALT » qui montre bien le recul de nos amis anglais.

Alexandre Roberge, donc nous explique que les choses bougent. Il est peut être donc temps de faire une collecte de ce qui se fait ça et là. Qu’en pensez-vous ?

Dans son analyse, je retiens que quelques commissions scolaires autorisent l’usage des mobiles pour des fins pédagogiques. Il serait donc super intéressant de disposer d’informations à ce niveau pour permettre à d’autres de trouver les levier de pression. En effet, il relève que souvent cela se fait sous le manteau, les enseignants se sentent seuls face à leur administration.

Il paraît donc intéressant de pouvoir faire une collecte, même anonyme dans un premier temps, pour avoir une idée de ce qui existe, de ce qui est intéressant, de ce qui marche, de ce que cela peut apporter pédagogiquement. Ce travail est d’autant plus important que le mobile souffre d’un a priori très négatif. Alexandre Roberge nous donne pourtant quelques pistes encourageantes d’usages pertinents.

Il y a vraiment beaucoup de choses qui sont possible aujourd’hui avec les smartphones (je préfère à téléphone cellulaire), pleins d’applications qui font sens et qui permettent d’étendre l’apprentissage au delà de la classe. Les capacités de prise de photos, de son, de vidéos permettent d’illustrer des concepts appris en classe. L’accès aux réseaux sociaux permet d’interagir avec d’autres (éventuellement même des enseignants !). La ballado-diffusion permet de réviser dans les transports en commun. Les accès au web permettent d’accéder à la bonne info au bon moment …

Et cela peut même permettre d’interagir dans la classe ! Que ce soit en permettant une prise de position différente, plus aisée pour les timides, ou pour recueillir la compréhension de l’ensemble de la classe au travers de questions ou d’exercices courts.

Connected, connected Korea

Bref, l’avènement des mobiles amplifie encore les possibilités offertes par le web2.0. Que ce soit pour l’apprentissage ou pour le reste. C’est ce que j’essayai de démontrer à mes élèves cette semaine dans ma présentation Pourquoi le mobile est il différent ? qui tendait également à montrer que c’est un domaine d’avenir pour les développements informatiques.

Le fait que le téléphone n’ait pas été plébiscité directement pourrait être un avantage si cela permet d’expliciter comment utiliser ce type d’outil, avant que ne soit imposée une solution technique par défaut qui ne conviendrait pas aux enseignants. Profitons donc du répit pour collecter les usages qui pourraient guider des choix ultérieurs.

Alexandre Roberge lance l’idée de proposer un téléphone plutôt qu’un ordinateur par élève. Cette idée peut être séduisante, mais il faudrait d’abord passer deux « verrous » :

  • Le premier est un problème d’usage. Il s’agit d’être au clair sur les avantages comparés d’équipements différents : téléphone, ordinateur portable, tablette tactile, TBI, et ce qui est possible de faire avec chacun. J’ai bien peur que suivant les différentes matières les choix soient différents et que la conclusion est que l’ensemble serait la seule solution, à moins que notre culture pédagogique basée sur l’écrit n’ignore les fonctionnalités du mobile. Cela dit c’est un exercice qui serait certainement intéressant ;
  • Le second est plus politique. On se demande toujours comment se sont fait les choix d’équipements de portables dans un département ou de tablettes dans un autre, et qui ont été les prescripteurs. On se demande également comment sont associés les enseignants tant au niveau des choix, qu’au niveau de la prise en main de ces machines. Pourtant s’ils ne sont pas moteurs, ces machines aussi belles que ce soit resteront au fond des cartables ou finiront dans les armoires (et l’excuse que cela profite à l’industrie française n’est même plus valable). Ce devrait sans doute être un choix d’équipe pédagogique, comme le choix d’un livre par les équipes disciplinaires, mais je ne sais pas si il a une telle instance au niveau établissement. Il est donc indispensable que la réflexion ait eu lieu en amont des choix politiques

En conclusion, une collecte des initiatives, des usages, des recherches au niveau francophone serait intéressante, voire passionnante. Elle pourrait être également alimentant en allant voir ce qui se fait coté anglo-saxon. Cela permettrait de se faire une idée si un mobile pourrait avoir un véritable intérêt à coté ou dans la classe.

Comme dirait Michel Briand « Juste faisons le … ». Qui trouve cela intéressant ? Pensez-vous que ce chemin vaille la peine d’être exploré ?

En cas de réponses positives, nous pourrions rapidement proposer un espace de collecte. Go ?

Quelle Université Numérique ?

La semaine dernière, j’ai été contacté par la présidente de la CEVPU qui cherchait un intervenant sur l’enseignement en ligne. Demande tardive, mais que je trouve intéressante. C’est finalement assez rare d’être sollicité par des étudiants.

En y réfléchissant, et en préparant (en trop peu de temps je suis un peu débordé) quelques transparents (plutôt en regroupant des diaporamas existants), je suis retombé sur un fil conducteur assez classique mais qui me paraissait faire sens :

  • premier point : les compétences sur lesquelles on met l’accent aujourd’hui, que ce soit dans le contexte professionnel, citoyen ou étudiant, ce sont les compétences informationnelles ou littératie numérique, qui sont finalement un prérequis pour aborder l’innovation (idée que j’ai développée l’année dernière). Ces compétences n’étant malgré tout que peu naturelles pour nos jeunes de la génération Y, il est nécessaire de les intégrer dans nos cursus.
  • Partant de là, on peut regarder ce que fait l’université aujourd’hui. Et de fait, il s’y passe pas mal de choses et au final, le constat est finalement assez flatteur, même si on peut regretter que certains éléments ne vont pas assez loin. L’université donc :
    • A cherché à formaliser ces compétences au travers des divers C2i. Si ceux-ci sont perfectibles, ils ont déjà l’immense qualité de faire bouger les frontières ;
    • A généralisé les accès à des ressources au travers des ENT. Certes ils sont fermés, mais ils permettent de mettre le pied à l’étrier ;
    • multiplie les initiatives : plan Wifi, podcasts, simulations, animations en 3D à Lyon 1, e-portfolio à l’UVSQ, réseau social d’université (les carnets de Paris Descartes), pages d’universités sur Facebook, WebTV, UnivMobile
    • capitalise sur les ressources au travers des universités numériques ;
  • troisième point : les ressources sont en fait un élément stratégique pour les universités (qui sont avant tout des centres de savoirs). Lorsque l’on considère la manière d’aborder la gestion de ces ressources, on ouvre un ensemble de niveaux de coopération, qui permettent d’envisager les manières d’insérer les universités dans les réseaux numériques de la connaissance (pour reprendre la formule de H. Isaac). De pourvoyeur de connaissance, comme c’est envisagé dans les Universités Numériques Thématiques actuelles, on peut glisser vers des collaborations entre enseignants, avec les étudiants, ou vers de la co-innovation, voire de la co-création de contenus (pour plus de détails, j’ai présenté en détails l’idée aux JNUM10). L’étape ultime de ces niveaux de collaboration est sans doute l’avènement de quelque chose qui ressemblera à un campus global, dont les sites universitaires seront les empreintes physiques permettant aux étudiants d’apprendre dans un contexte global, tout en restant localisés dans un environnement propice aux échanges et à une vie sociale physique.

Comme idée pivot d’articulation, je démarre sur l’idée qu’Internet est actuellement polarisé entre deux visions : celle de la diffusion, dont Hadopi est l’instrument légal, et celle de la collaboration, dont le web2.0 est l’outil de diffusion. Cette polarisation se transfère bien à la manière dont on envisage les enseignements : cours magistral ou travail de groupe en projet. Et s’applique encore mieux à la manière dont on envisage l’insertion dans les « réseaux numériques de la connaissance », soit diffuseurs de contenus, soit participant à la construction collaborative de nouveaux savoirs. J’aime à penser que la culture profonde des universités tendrait plutôt vers le second pôle que vers la première vision qui peut être portée momentanément pour démarrer. La résistance la plus importante est peut être du coté des enseignants-chercheurs qui ont peu de raison de se préoccuper de pédagogie.

J’espère que cette ligne pourra faire démarrer le débat.

Par ailleurs, force est de constater que l’Université semble avoir fait le choix d’investir le numérique et d’avancer maintenant assez vite. Et c’est une très bonne nouvelle.

Autre point, cette présentation permet de faire le lien entre le point de vue « littératie numérique » et « ressources éducatives (libres) », ce qui me paraît une bonne chose, même si pour le coup l’Université ne semble pas en avoir pleinement conscience (peut être quelques personnes, mais ça ne se voit pas encore d’un point de vue stratégique).

Pour aller plus loin, quelques références :

Le futur paradoxal de l’apprentissage numérique

Où l’on parle de formation au numérique et des conditions indispensables pour que celle-ci puisse être acquise par les jeunes (ceux dits natifs du numérique ou « digital natives »), en revenant sur 3 questions de base : Quoi, comment et les gens apprennent, et en analysant le paradoxe de chacune de ces dimensions.

Connaissez-vous Mendeley ? C’est un réseau social de gestion de bibliographies qui permet de gérer ses articles dans les nuages, de partager celles-ci au travers de groupes, de récupérer les citations … Son seul éventuel défaut est d’être uniquement en anglais, mais est-ce vraiment encore une limitation ? Puisque c’est un réseau social, il y a information sociale. En regardant les articles les plus lus en éducation, j’ai eu envie de faire une analyse de :

Warschauer, M. (2007). The paradoxical future of digital learning, 1(1), 41-49. Springer. Retrieved from http://www.springerlink.com/index/10.1007/s11519-007-0001-5

Que nous dit Mark Warschauer ?

Il s’insurge contre l’idée que l’apprentissage numérique nie les apprentissages classiques. Il cherche à montrer qu’au contraire, ils est nécessaire de développer une synergie entre les deux formes d’apprentissage.

Sur le Quoi : Littératie traditionnelle vs littératie numérique

Le quoi est bien entendu un apprentissage d’une littératie (litéracie ?) numérique, mais il fait remarquer que cette littératie s’appuie sur une culture sous-jacente qui est celle de la littératie classique, qu’il est inutile de maitriser des outils ou des formes nouvelles d’expression (comme la vidéo) si les capacités de compréhension, d’analyse, d’interprétation, d’écriture ne sont pas maitrisées. Les littératies traditionnelles sont renforcées par ces nouveaux outils, sont un point d’entrée pour en tirer parti. Une non-maitrise de la compréhension, de la capacité de créer du contenu peut transformer des jeunes en consommateurs passifs d’information pré digérée. M. Warschauer nous donne deux exemples de populations différentes qui exposés à des outils numériqus ont développé des pratiques différentes : des jeunes déjà mûrs ont effectivement développé leur sens critique, alors que des jeunes moins mûrs ont cherché à utilisé l’image pour éviter la lecture.

Autre exemple donné : l’incapacité de certains jeunes d’effectuer une recherche efficace par manque de connaissances de faits de base permettant de construire la recherche. Savoir trouver, c’est bien, savoir quoi chercher, c’est mieux !

La maitrise de la littératie, fût-elle numérique est bien d’acquérir un niveau d’analyse critique et non pas d’acquérir une capacité technique de créer un diaporama (un « PowerPoint ») superficiel.

Sur le Comment : apprentissage autonome vs. apprentissage guidé

L’objectif de la formation, que l’on soit dans le cadre numérique ou traditionnel, est bien de rendre les apprenants autonomes. Et pourtant, cette autonomie ne saurait s’acquérir de manière autonome !

M. Warschauer remet donc en question l’idée que l’apprenant doive passer sur statut de sage sur l’estrade (sage on the stage) à celui de guide à coté (guide on the side). L’idée est que pour acquérir la capacité de s’organiser, d’analyser, d’interpréter … il est nécessaire de montrer comment faire. La place de l’enseignant est donc d’être un tuteur guidant dans la classe. Les instructions doivent être claires pour ne pas décourager les élèves et l’environnement doit être suffisamment structuré pour ne pas surcharger les capacités cognitives des apprenants. L’accompagnement engagé et présentiel est indispensable, la découverte au travers de l’ordinateur n’est en effet pas possible pour démarrer.

L’apprentissage de l’autonomie doit donc être guidé !

Sur le : apprendre dans vs. en dehors de la classe

Ce paradoxe est lié au précédent. On peut effectivement reconnaître que les personnes autonomes peuvent tirer parti des outils numériques pour un apprentissage informel. Mais là aussi, il est nécessaire d’avoir acquis un niveau suffisant pour en tirer parti. L’idée qui est véhiculée par certains dans les a priori numériques, c’est que puisque ces outils existent ils condamnent l’école, surtout si l’école reste incapable d’incorporer ces outils.

M. Warschauer cite au contraire des exemples de populations incapables de tirer parti de ces outils, car ces accès n’y sont pas perçus comme des avantages pour améliorer leurs conditions, mais comme au contraire des pertes de temps (on va sur des ordinateurs pour jouer)

Il est donc indispensable d’offrir une formation qui permette de guider (au sens donc d’un accompagnement actif) vers ces usages toutes les franges de la population.

M. Warschauer nous offre un point de vue sociologique sur la nécessité d’intégrer une pédagogie (au sens conduire à) aux littératies numériques, au sens littératie et numérique, pour éviter de renforcer les différences sociales par une fracture numérique. L’apprentissage informel suit donc un apprentissage formel, qui peut être réalisé dans la classe, ou à la maison. Mais dans ce dernier cas, il n’est pas partagé par tous.

L’apprentissage du numérique doit donc se faire dans un environnement classique.

Reste à s’approprier ces outils dans les pratiques, et montrer ce qu’on peut en faire, ce qu’on peut en retirer et comment faire. Cela afin de former des citoyens émancipées et autonomes.

Accompagner entre la salle de classe et le web, c’est également ce que je crois comprendre dans le diaporama qu’a présenté Olivier Ertzscheid la semaine dernière, sur ce que le média Internet pouvait changer dans les pratiques des enseignants.

Excellent, comme toujours, avec quelques messages subliminaux et donc sans doute plusieurs niveaux de lecture possibles. Tout un programme (de cinéma) : La salle, la classe, le web

En angleterre, la litéracie numérique c’est dès le primaire…

Décidément, le lien avec le numérique est très différent des deux cotés de la Manche. Quand on en est à considérer à Paris Les écoles d’ingénieurs à l’heure du web2.0, et à constater que les initiatives sont éparses et timides,les anglais (ou du moins le fameux futurelab) proposent un manuel appelé litéracie numérique tout au long du curriculum, destiné aux enseignants pour les aider à intégrer les composantes de la litéracie numérique dans leur pratique et dans la classe. Le schéma ci-dessous reprend les aspects de base de la litéracie numérique :

Digital Literacy

Cela ne remet évidemment pas en cause l’importance d’intégrer ces aspects dans l’enseignement supérieur, mais souligne, ô combien, le fait que les dimensions de créativité, d’esprit critique, de collaboration devraient être au centre de toute la scolarité.

En attendant, commençons par l’intégrer là où c’est possible…

Les écoles d’ingénieurs à l’heure du web2.0

Joli titre pour une journée organisée par le CEFI, à laquelle j’ai été convié pour témoigner de certaines expériences conduites dans mon institution, Télécom Bretagne.

Trois intervenants de talent ont occupé la matinée pour brosser un panorama général :

  • Christian Colin, des Mines de Nantes nous a rappelé que l’intégration des TICE est un processus engagé de longue date, mais que finalement la seule introduction de technologies ne suffit pas à faire évoluer les pratiques. Sa présentation en ligne ;
  • John Charles Fothergill nous a montré des approches venant de l’autre coté de la Manche. Il a notamment insisté sur le fait que le web2.0 présente de nouveaux challenges : l’attente des entreprises et les capacités des jeunes sont relativement proches, dans leurs approches de la gestion des connaissances, mais très déconnectées de ce qui se fait dans les universités. Il est donc indispensable que l’université (et donc les écoles d’ingénieurs) évolue, pour s’approprier les outils et les usages, afin de permettre aux élèves de développer de nouveaux types d’activités, les e-tivities, pour mieux apprendre et mieux évoluer dans leurs futurs. Son exemple d’utilisation se focalise finalement sur les podcasts et leurs apports ;
  • Marcel Lebrun insiste sur le fait que le premier verrou est de maitriser la pédagogie, la motivation, les niveaux d’engagement des élèves, et d’utiliser de manière conjointe les technologies. Il souligne que le principal frein au changement est les peurs des enseignants et des institutions ; Sa présentation en ligne

L’après midi s’est décomposé en 2 parties.

Une phase de retours d’expériences :

  • Notre discours (nous l’avons construit à plusieurs collègues) s’appuie sur plusieurs idées :
    • Idée 1 : le web2.0 transforme le lien à l’information, la manière d’aborder, de construire, de comprendre les connaissances, et cela devrait s’amplifier encore avec l’arrivée des webs mobiles, des objets, temps réel, sémantiques …
    • Idée 2 : l’innovation et la litéracie numérique (digital literacy en anglais) sont des objectifs de formation. La maitrise de ce que l’on peut appeler la litéracie numérique est un prérequis à la capacité d’innover. Et cette litéracie s’apprend et peut être abordée de manière progressive. L’innovation est une capacité indispensable pour l’ingénieur du XXIème siècle.
    • Idée 3 : l’intégration des ces usages dans les formations est un vecteur d’amélioration des apprentissages, en favorisant la recherche, l’analyse, la synthèse d’informations, l’esprit critique. Mais cela se fait bien sûr dans une approche transverse au service d’objectifs pédagogiques, en soutien à des méthodes d’apprentissage …
    • Idée 4 : il faut proposer des situations variées, des outils différents suivant les objectifs en appui aux méthodes pédagogiques utilisées, à plusieurs niveaux de collaboration (petit groupe, promo, école …), et donc être cohérent sur ses approches pédagogiques ;
    • Idée 5 : il faut promouvoir les usages au sein des enseignants pour qu’il puisse ensuite en tirer parti dans leurs contacts avec les élèves ;
    • Plusieurs exemples d’expérimentations ont été présentés :
      • la construction d’une bibliographie partagée et critiquée au sein d’une promotion dans le cadre d’un enseignement par projets (outil : Moodle) ;
      • la découverte des usages du web2.0 au travers d’une session d’une semaine et présentation via des explorcamps ;
      • la construction collaborative de notes de cours multilingues (outil : wiki)
      • le réinvestissement des acquis d’un cours dans le contexte professionnel d’élèves apprentis (outil : blog)
      • l’utilisation d’outils web2.0 pour la gestion des projets (Google docs, site, groups, code…)
    • Simplement, cela fait beaucoup de concepts à présenter en ½ heure. J’ai eu l’impression d’être un peu dense.

  • Matthieu Roy de l’Ensimag nous a montré tous les usages que l’on pouvait avoir d’un wiki appelé EnsiWiki en soutien à des enseignements, la souplesse apportée, et les possibilités d’expressions que cela apportait aux élèves. Il est intéressant de constater que comme pour la mise en place de notre wiki, la décision d’ouverture d’un tel environnement repose sur la détection d’un manque au niveau des supports de cours
  • Rémi Bachelet de Centrale Lille, nous a montré comment un wiki, correctement animé pouvait servir de base à la construction professionnelle au sein d’une communauté d’élèves et d’anciens, et soutenir des activités dans les projets ;

Et de manière très (trop) courte :

  • Sophie Pene nous a présenté quelques enjeux autour de la gestion des quantités d’informations disponibles, des sites qui permettent de visualiser, de gérer, et de croiser ces informations pour mieux les aborder et les partager. Comment cela pouvait être générateur d’innovation (elle nous a notamment présenté Mapping Controversies, Innocentive et bien d’autres mais si vite…). Elle a conclu en faisant le lien entre visualisation des concepts, permettant de les rendre tangible, et la nécessité de rendre tangible les réseaux d’échange, c’est à dire en leur donnant une réalité physique (si j’ai bien compris…).
  • Un invité surprise : Tarik Lebtahi responsable de la plate-forme commmunautaire chez Dassault Systèmes,  qui décrit leurs approches pour permettre les échanges entre pairs dans leur entreprise, pour rendre possible l’innovation.

Claude Maury en conclusion, a noté les points suivants :

  • Une remise en cause de l’institution de par l’ouverture engendrée et de par la nécessité d’appropriation par tous ;
  • L’idée que le web2.0 permet de travailler à des niveaux taxonomiques plus haut, par exemple en développant l’intelligence critique ;
  • et de finir sur l’aspect de la motivation, et sur la nécessité de faire, au travers de situations authentiques, dans une communauté apprenante, avec des aspects de valorisation et de développement de la confiance en soi.

On retombe bien sur les enjeux qui attendent les formations du XXIème siècle, où se marieront échanges globalisés des connaissances et communautés localisées pour un développement humain que l’on espère fructueux.

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