Ludovia pour faire bouger l’éducation

Ludovia, un temps de rencontre pour le numérique à l’école. Si vous ne connaissez pas, je vous laisse lire le billet de Bruno Devauchelle, qui donne une bonne idée de l’ambiance et l’organisation, et de la diversité des activités, qui donne sa richesse à l’événement. Bruno a d’ailleurs fait un travail d’animation remarquable pour le débat d’ouverture « numérique et éducation, entre consommation et création, articulée autour de la traduction de la Khan Academy en français (Jean François Cerisier, participant à cette table ronde nous fait d’ailleurs un retour sur son point de vue), la présence de Dominique Cardon a permis de faire la part belle à la dimension de production et de coopération . Pour ce qui s’est dit dans les différentes tables rondes, mes amis blogueurs ont fait un superbe travail de prise de notes que vous pouver retrouver sur le site.

Le rôle de blogueur à Ludovia est d’ailleurs particulier et passionnant. Nous sommes plusieurs, du primaire à l’université, à être invités pour mixer des rôles d’animateur, de contradicteur, de relais vers les réseaux sociaux, et de synthèse ! Pour ma troisième participation à cette manifestation, je me suis attelé plus particulièrement aux tables rondes en assurant l’animation de deux d’entre elles (Apprentissages sur une planète 3.0, comment peut-on intégrer la culture numérique et éviter la fracture numérique ? Et Mobilité et ENT « Apprentissages et supports mobiles individuels : quelle place pour l’ENT ? » ) et en participant à une troisième (MOOCs, LMS et média d’apprentissage, entre consommation et création ?).

Le thème cette année était la culture numérique. J’en ai d’ailleurs demandé une définition aux intervenants de la première table ronde que j’ai animée. En synthèse, c’est l’ensemble de savoirs et savoirs faire nécessaires nécessaire pour vivre dans une société numérique. Cela se rapproche de ce que disait Jean-Louis Durpaire lors du colloque EcriTech’5 qui a eu lieu en avril :

« Vivre le numérique à l’Ecole, c’est traiter la question de l’éducation tout court (au lire, écrire, compter, créer…) qui désormais se pose à l’intérieur d’une société du  numérique, celle que les élèves habitent. On y retrouve d’ailleurs les mêmes questionnements dans les deux événements. »

Une telle manifestation permet de prendre le pouls du système éducatif, et de faire se croiser Ministère de l’éducation nationale, établissements, inspecteurs, enseignants, périscolaire, collectivités territoriales, universitaires, débutants et experts du numérique. J’y ai noté cette année une évolution des mentalités – on parle de mutualisation, une peu plus difficilement de coopération entre enseignants. Mais toujours sous contrôle, l’horizontalité et l’ouverture si elle souhaitable pour la coopération et demandée par beaucoup, n’est pas encore admise par les inspecteurs ou le ministère.

Au niveau des ENT, le discours évolue puisque l’on parle maintenant d’outil pour la communauté d’un établissement. Coté mobilité, cela évolue également. Les retours d’expérience démontrent l’intérêt d’utiliser des équipements comme des tablettes (et autres) pour apprendre dans et hors la classe. De manière intéressante, les utilisateurs sont tous allés au delà de ce qu’ils pensaient au départ, découvrant de nouveaux usages, et des détournements utiles. Mais on reste étonné par la distance entre les besoins exprimés par ces retours d’usages, les cahiers des charges et autres schémas directeurs qui sont bien trop figés, et les éditeurs de solutions d’ENT qui ont l’air d’avoir bien du mal entre les outils généralistes du web, et des exigences complexes, pas toujours issues du terrain. Il y a encore trop de distance entre les enseignants, les donneurs d’ordre que sont les collectivités territoriales, les cadres proposées par le ministère, et les éditeurs. Trop complexe en tout cas pour accompagner l’innovation (pédagogique et technique) de manière efficace. Il semble ainsi que des besoins comme travailler de manière déconnectée soient mail pris en charge, et que l’accessibilité soit une grande oubliée alors même que les équipements mobiles permettraient des progrès dans ce sens.

Et pourtant, tous sont de bonne volonté, dans les échanges informels, j’ai eu des échanges fructueux avec des membres de la Direction Numérique pour l’Enseignement, j’ai découvert un principal, Jamel El Ayachi, qui a décidé d’intégrer son collège dans les réseaux sociaux, j’ai longuement discuté avec un prof d’EPS, Martial Pinkowski, qui développer et propose des solutions adaptées aux enseignants et aux élèves en mobilité. J’ai enfin rencontré en direct certaines personnes avec qui j’échange depuis plus ou moins longtemps : Bruno Devauchelle qu’on ne présente plus, Muriel Epstein qui anime le transiMOOC, seul MOOC pour collégiens, Lyonel Kaufmann autre « blogueur ». J’ai eu le temps et le plaisir de mieux faire connaissance avec le très actif Michel Guillou.

Chose nouvelle, au delà de l’annonce de la refonte des programmes, on voit poindre des questionnements autour de l’évolution du système éducatif. Il y a urgence si on prend le point de vue du Tsunami numérique défendu par Emmanuel Davidenkoff. Et pourtant, il est clair qu’il ne sera possible d’évoluer qu’en laissant le temps aux acteurs d’apprivoiser le numérique. Chacun doit progresser dans sa zone de confiance. Il me semble que cette évolution ne sera possible que si l’encadrement accepte de lâcher prise. La coopération est à ce prix, on l’explique aux enseignants en leur expliquant qu’ils doivent passer du rôle de transmetteur à celui d’accompagnateur des apprentissages de ses élèves. Il est indispensable que l’institution comprenne que cela s’applique également à elle, et à son corps d’encadrement (inspecteurs et chefs d’établissement), qu’elle est elle-même une organisation apprenante.

Par ailleurs, la présentation de MOOC et de cartographie de savoirs dans une même session a suscité bien des réactions et des questions, autour du partage de cours, et de l’ouverture des apprentissages. Les échanges finaux portaient alors sur les rythmes des cycles d’enseignement et les questions de validation, avec les badges et autres dispositifs. Mais il semble encore trop tôt pour faire un sujet de table ronde sur l’évolution du système éducatif par le numérique.

Cela renforce ma conviction que les axes de recherche identifiés lors de l’école d’été sur les MOOC sont en phase avec les besoins d’évolution du système éducatifs, et c’est la bonne nouvelle de la rentrée. J’y reviendrai.

En conclusion, au niveau classe et périscolaire, on est passé de l’outil aux usages. Au niveau des programmes, le principe de culture numérique (et celui de savoir coder) est acté. L’établissement se pense maintenant en tant que communauté, qui peut s’ouvrir, et cela est très positif. Bref cela bouge. La gestion des ressources reste compliquée, et le contrôle, lié notamment aux programmes semble encore s’imposer. Il n’est pas sûr que les associations comme Sésamath ou autres se diluent dans Canopé, qui évolue, mais sans doute encore trop selon un modèle de média, sans intégrer pleinement la coproduction. Reste également à l’institution de trouver des degrés de souplesse pour pouvoir évoluer, intégrer l’évolution permanente qui est constitutive de la société numérique.

La rentrée pédagogique sous le signe du plaisir avec Ludovia

Pour repartir du bon pied pour une nouvelle année scolaire, rien ne vaut un temps d’échanges permettant de remettre en perspective son action, sur un thème fédérateur, dans une ambiance conviviale de préférence. Ce temps, ce lieu existe, c’est l’Université d’été Ludovia du 27 au 30 août à Ax les Thermes dans les Pyrénées. Le thème c’est le plaisir et l’éducation numérique, tout un programme. Ce plaisir sera étudié sous toutes ses facettes : un colloque scientifique, des séminaires avec des élus locaux, des conférenciers de renom (Serge Soudoplatoff, Serge Tisseron, André Tricot…), des tables rondes pour le débat, et même la venue de politiques (Vincent Peillon et Jean-Michel Fourgous sont annoncés pour mardi soir avec une temps de débat sous forme de barcamp).

Pour éviter de tomber dans une simple écoute, les organisateurs ont pensé à intégrer des moments actifs dans le programme avec des barcamps suite aux conférences, dans lesquels les sujets seront donc plus ouverts, des temps de mise en pratique sous forme d’explorcamps et de fablabs. Il y a également le biathlon numérique qui permet de passer quelques bons moments, ainsi que de nombreux espaces d’échanges informels, qui permettent d’exprimer bien des choses.

Et pour permettre le relais et l’ouverture aux réseaux sociaux à cette université d’été, nous serons un groupe de blogueurs invités (Jean-Paul Moiraud en a dressé la liste sur son blog spécial Ludovia) à relayer l’information, à faire des compte rendus en quasi temps réel (nos amis blogueurs canadiens Jacques Cool et François Guité ont déjà préparé des espaces partagés sur lesquels nous prendrons nos notes ensemble), à alimenter Twitter (tag #ludovia2012), à faire nos propres synthèses personnelles, à relayer les questions issues de la toile, pour que vous ayez l’impression d’y être, ou pour au moins participer.

Nous avons également un rôle d’animation entre modérateur et poil à gratter. Modérateur lorsque nous animons une table ronde, poil à gratter quand nous trouvons que les bonnes questions sont oubliées ou qu’une séance ronronne un peu trop.Il me semble que Ludovia cherche une voie intéressante entre reconnaissance institutionnelle (la conférence de mardi soir en est une excellente illustration) et lieu d’échanges le plus ouvert possible de la communauté éducative (ou du moins la frange éducation formelle avec politiques, institutionnels, acteurs économiques, enseignants, …). A nous de contribuer à trouver cet équilibre, pour la richesse des débats, pour que le plaisir soit le plus intense possible et que l’éducation numérique puisse profiter au plus grand nombre.

Plaisir d’apprendre ! d’enseigner ? À discuter à Ludovia 2012

« Le plaisir est souvent associé à un qualificatif : plaisir sexuel, alimentaire, intellectuel, professionnel, parental, moral, civique (ou du devoir accompli), etc. » L’université d’été Ludovia de cette année nous propose d’associer plaisir avec éducation numérique.

Continuons de parcourir l’article de Wikipédia :

  • « Le plaisir, sensation agréable, liée à une expérience. Le plaisir a un grand nombre de termes plus ou moins synonymes (contentement, volupté, satisfaction, délices, régal, jubilation…) qui désignent des variétés plus ou moins subtiles de l’expérience. » La majorité des synonymes intègrent l’idée d’accomplissement, même fugace. Serait-on dans l’immédiateté ?
  • Les amateurs de définitions récursive aprécieront celle-ci liée à lépicurisme sur Wikipédia : Epicurisme : nous recherchons les plaisirs, mais simplement parce que nous nommons plaisir ce que nous recherchons

En lisant les nombreuses contributions préparatoires sur le site de Ludovia Magazine, j’en suis arrivé rapidement à me poser beaucoup de questions :

  • Quels liens entre plaisir, jeu et motivation ? Faut-il formaliser ou simplement analyser ?
  • Est ce que par plaisir, on parle de liberté, d’autonomie, de savoir apprécier l’imprévu ou au contraire de sécuriser, de baisser la sensation de risque ?
  • Vise-t-on le plaisir dans la situation d’apprendre, ou celle dans l’accomplissement de l’apprentissage ?
  • Il y a le plaisir de la contemplation, mais beaucoup d’articles insistent sur l’engagement, notamment au travers du jeu. Donner envie pour engager des participants, c’est donner un choix, et accepter qu’on ne le prenne pas….
  • Bref, le plaisir peine à être classé, systématisé. N’y-a-t-il pas un dimension personnelle, de choisir ce qui me convient dans le plaisir ?

En tout cas, et c’est la première réussite du thème de cette année de Ludovia, celle de proposer un terme résolument positif et personnel pour revisiter des notions comme engagement, motivation, jeu, et de l’associer à apprendre … et à enseigner.

 

La deuxième réussite, c’est d’avoir mobilisé de nombreux intervenants, qui se positionnent sur ce thème et revisitent ainsi leurs discours.

Une difficulté sera de confronter cette dimension de plaisir, à la nécessité, l’injonction d’évaluation. En effet si les concepteurs de jeu mettent en avant la dimension d’engagement (et de leur point de vue de plaisir), ils sont confrontés à la nécessité de rentabilité des investissements liés aux développements de tels jeux. De même, l’éducation dans son ensemble est soumise à évaluation, la variable plaisir est elle corrélée à la mesure de l’apprentissage ? Voilà qui justifie pleinement les questionnements d’André Tricot.

Il sera intéressant de profiter de ces rencontres pour essayer d’identifier les vecteurs de plaisir, de les corréler avec des éléments pouvant favoriser l’apprentissage (engagement, motivation, vécu …), et d’interroger les instances de gouvernance sur une politique permettant l’épanouissement et le plaisir dans les établissements.

Nos hôtes font un travail de préparation absolument formidable, en recueillant des avis, des analyses, des résumés des présentations scientifiques qui se feront à Ax-les-Thermes fin août.

Quels plaisirs avec le numérique ? Patrick Mpondo-dicka en propose plusieurs : le plaisir démiurgique de création, le plaisir du bricolage, le plaisir du la médiation, le plaisir sensible (au travers de nouvelles interfaces)

Comme le souligne Serge Soudoplatoff, il semble plus facile de parler de plaisir d’apprendre que de plaisir d’enseigner. Et cela pose question tant on sait que l’enseignant reconduit les schémas qu’il a vécu. Il devient naturel de dire qu’il faut souffrir pour apprendre.

Et pourtant… comment motiver, comment « donner » du plaisir si l’enseignant lui-même n’est pas dans cette posture. Caroline Jouneau-Sion et Stéphanie de Vanssay, dont on connaît l’engagement pour le numérique, nous interrogeront sur « En quoi utiliser les TICE et les réseaux sociaux participe au plaisir d’une pédagogie renouvelée ? »

Parmi les invités, il y aura aussi comme les années précédentes des blogueurs. À la fois, rapporteurs des échanges et poil à gratter, ils participent aussi au débat. C’est à ce titre que je participerai à cette édition.

 

Et si Ludovia 2012 permet de lier durablement plaisir, à enseigner, à apprendre et au numérique, alors cette édition aura vraiment contribué à changer l’école.

 

Crédit photo : Évaporation…!!! par Denis Collette…!!! licence CC-by-nc-nd

Et si l’ENT, les réseaux sociaux et les tablettes étaient 3 facettes d’un même système d’apprentissage ?

À Ludovia en 2011, les promoteurs de l’ENT et ceux des réseaux sociaux s’opposaient ouvertement dans les débats. Les retours sur la tablette numérique semblaient plus consensuels, avec le bémol que ce n’est jamais que l’équipement de l’année, et donc vu comme anecdotique par certains, et comme révolutionnaire par ceux qui les ont testé.

Mais de fait, on peut se poser la question si ces oppositions ne sont pas stériles du fait que les opposants ne parlent pas vraiment la même langue, ou du moins n’abordent pas le problème avec le même angle. L’opposition vient alors plutôt que chacun voit son point de vue comme exclusif plutôt que comme complémentaires dans le débat. Revenons-y plutôt.

Derrière l’ENT se cachent avant tout des préoccupation d’organisation, de mise à disposition, de sécurité des jeunes et des données :

  • Organisation dans le sens où il est nécessaire que tous les participants à un établissement (élèves, enseignants, administratifs, parents …) puissent partager des informations dans des cadres clairs (la classe, le niveau, l’établissement, …). Cette contrainte est tout à fait légitime. Les problèmes peuvent venir de la traduction de celle-ci dans l’architecture informatique, qui est pensée comme unique, et donc imposée à tous. Cette architecture est de plus basée sur des techniques qui ne permettent pas de s’intégrer facilement avec d’autres services d’internet, que les tenants des ENT cherchent du coup à rejeter pour conserver l’intégrité d’un système d’information trop fermé ;
  • Mise à disposition d’outils pour l’enseignant pour lui permettre de proposer des compléments en ligne et de ressources « choisies » pour les élèves. Là encore, la mise à disposition d’outils est intéressante et peut convenir à des enseignants qui démarrent, mais de là à chercher à l’imposer comme exclusif il y a un pas qui ne devrait pas être franchi mais qui l’est trop souvent. Proposer des ressources, parce qu’elles sont intéressantes, parce qu’elles permettent aux élèves d’apprendre, parce qu’elles facilitent le travail de l’enseignant, c’est parfait. Ne pas envisager que celles-ci puissent être complétées serait nier la liberté pédagogique de l’enseignant., ou ne pas permettre l’évolution du système vers d’autres ressources plus pertinentes ou plus simples d’utilisation ;
  • La sécurité des jeunes est un problème légal. Il faut donc s’assurer que les élèves (mineurs) ne puissent pas être exposés à un risque pendant leur temps de classe. Il y va de la responsabilité des adultes de l’établissement (principal, enseignants…) C’est un argument fort qui ne peut être nié. Simplement, la manière d’aborder des risques varient dans les établissements. On apprend à l’école à manipuler un vélo, on passe son ASSR (attestation scolaire de sécurité routière) évaluée par des gens extérieurs à l’établissement et habilités (gendarmes, policiers…), on découvre les gestes de premiers secours. Le risque d’exposition des enfants sur Internet est encore mal compris donc non pris en charge, même s’il est avéré qu’ils utiliseront cet outil en dehors du temps de classe. Il s’agit donc que les adultes du collège comprennent mieux de quoi il est question et que les élèves soient formés. Malheureusement les premières expériences semblent avoir été malheureuses.

Coté réseaux sociaux, il y a un point de vue de praticiens réflexifs qui cherchent à faire évoluer leurs pratiques. Ils trouvent dans ces outils (et d’autres sur le web) : des outils de support à une animation pédagogique en classe et de soutien à la motivation, cette animation pouvant servir de prétexte à former leurs élèves à la littératie numérique et à la gestion de son identité numérique, des outils pour échanger avec leurs communautés de pratique,. Par ailleurs, on y retrouve l’idée d’une liberté pédagogique, dans la recherche de solutions, dans la prise de parole. Tout ceci nécessite sans doute encore un peu de structuration pour dépasser l’expérience vécue et passer à un ensemble de d’outils pouvant être utilisés par tous :

  • Outils dans la classe. Il y a un coté nouveauté qui fait que leur utilisation est source de motivation pour l’enseignant et pour la classe. Du coup la question qui apparaît est de savoir si tout cela tiendra dans le temps, et quel est l’apport réel de l’utilisation de ces outils ;
  • former à la littératie numérique. C’est là un des éléments de réponse. Beaucoup d’études convergent sur l’importance de maitriser la diversité des sources d’informations dans notre société, sur le fait qu’il faut amener nos élèves à apprendre autrement, que l’enseignant n’est plus le seul vecteur de savoir, mais un accompagnateur ;
  • apprendre à gérer son identité numérique. C’est un autre éléments de réponse, potentiel celui-là, bien qu’intéressant. Est ce qu’une telle approche permet de développer une prise de conscience du jeune, qui lui permettra à naviguer en sécurité ? Est ce qu’une telle formation peut s’organiser dans la classe de manière sûre, systématique et mesurable ? Est ce que cela veut dire que l’on passe par une phase contrôlée puis que l’on peut envisager d’ouvrir la porte d’Internet, un peu comme le proposent les Carnets de Paris Descartes ou au cœur du même réseau social certaines parties sont privées et d’autres ouvertes ? .
  • Échanger avec sa communauté de pratiques. L’une des richesses des communautés de pratiques qui se constituent aujourd’hui sur twitter, facebook ou google plus est la diversité des gens qui y participent. C’est un des fondements des approches coopératives que de parier sur l’ouverture. Certains voudraient un réseau spécifique éducation nationale. C’est ignorer ces dynamiques, et qui en plus amèneraient à se couper de nombreuses sources pertinentes : nos amis canadiens, belges, suisses, tunisiens …., les universitaires, les praticiens d’autres obédiences, les acteurs du monde social. Bref d’une certaine manière cela revient à stériliser le débat avant même de le débuter. L’argument contraire est de dire qu’il est plus compliqué, engageant de s’investir dans les réseaux sociaux. Peut être, mais est ce plus compliqué que de s’investir dans un réseau dans lequel il n’y a que des collègues et sa hiérarchie. Quant à vouloir créer de toute pièce un autre réseau qui soit à la fois dédié et ouvert, même si c’est techniquement possible cela paraît ambitieux ;
  • La liberté pédagogique et de ton. On y revient. C’est la condition indispensable pour pouvoir avancer. Les entreprises qui mettent en place des outils de gestion de la connaissance (par exemple au travers de réseaux sociaux d’entreprise) l’ont bien compris. Il semblerait que cette culture ne soit pas actuellement possible dans les institutions éducatives qui ont au contraire renforcé leurs structures hiérarchiques ces dernières années. C’est sans doute le plus gros point sur lequel il faudrait s’accorder. Peut être le sujet d’une table ronde à Ludovia 2012 ?

Et la tablette ? Elle repose de manière pertinent la question de l’accès à l’environnement numérique (au sens large !), en permettant un accès simplifié dans et au delà de la classe. Elle est ainsi vue comme une opportunité de renouveau, comme source d’activités, et comme un problème pour s’intégrer dans la structure. Faut il en faire un équipement fermé, dédié à l’ENT ? Un équipement déconnecté qui risque alors de ne pas pouvoir être utilisé au mieux dans la classe ? Ou une plate forme qui permet de faire le lien entre l’ENT, élément structurant d’un établissement et Internet et le Web, espace de connaissances et de partage ?

Il me semble qu’un système d’apprentissage numérique acceptable par tous serait bien constitué :

  • d’un équipement pour l’élève, intégré dans son établissement et qui lui permette d’accéder à la société de la connaissance.
  • d’un environnement support venant de l’établissement pour les premiers pas, pour gérer et se retrouver ;
  • d’une ouverture plus forte sur le monde numérique, pour des apprentissages plus complets.

crédit photo : schéma de l’auteur et  Using iPad par  Kathy Cassidy licence CC-by-nc-sa

Ma première causerie

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Ludovia 2011, le jour d’après

Après quatre journées intenses, je me retrouve dans mon bureau à gérer les « affaires courantes » liées à la rentrée de nos élèves. J’ai peu écrit pendant ces quelques jours, mais pris pas mal de notes, twitté #ludovia2011, rencontré et discuté avec beaucoup de gens, profité des moments de détente pour mieux en connaître certains, bref j’ai vécu dans l’instant et n’ai pas su/Pu/voulu m’isoler pour synthétiser à chaud tout ce qui se passait. Cela dit, cela correspond bien à ce que je suis, il me faut du temps pour digérer les nouveautés.

Qu’est ce que je retiens aujourd’hui :

  • La mobilité en éducation, est une notion beaucoup plus large que ce qui est défini dans le mouvement de recherche appelé « mobile learning » et englobe différents type de mobilité (l’équipement, l’élève, l’enseignant, la classe … ). On peut y intégrer les problématique d’informatique ambiante, ou utiliser le concept de mobiquité que François Bocquet a présenté en janvier ;

  • Les tablettes numériques semblent redynamiser le débat. Équipement mobile, convivial, multi usages, il semble bien placé pour servir de base au concept de cartable numérique. Et permettre par l’occasion de faire évoluer le rapport au numérique dans l’école. J’y reviendrai dans un prochain billet ;

  • La question du modèle économique pour équiper les élèves n’est pas tranchée. Équipement dans l’établissement pris en charge par les collectivités ? Équipement par les familles, aidées suivant leurs revenus ? Ce n’est pas encore tranché, il préoccupe clairement les collectivités locales. Il faudra sans doute construire un argumentaire solide, sur les apports pour les jeunes, sur les coûts, mais un rapide calcul semble faire pencher vers la deuxième solution, surtout si on considère que le prix des tablettes devrait rapidement baisser. Il faudra néanmoins intégrer dans la réflexion le problème de l’infrastructure des établissements, et de l’accès aux ressources, ce qui nécessitera sans doute de prévoir un plan sur plusieurs années ;
  • Le thème de l’ouverture ne me semble pas avoir été vraiment traité ou alors ramené aux problème des licences sur les ressources numériques, ce qui est clairement réducteur. C’est sans doute le débat suivant qui l’a camouflé ;
  • Le débat sur les ENT est un gigantesque gâchis. Ce n’était pas un thème de Ludovia, mais clairement un sujet important pour un certain nombre de participants. Clairement, le principe de l’ENT est une vue d’organisation, d’administration qui cherche à couvrir les besoins du numérique, et clairement les enseignants utilisateurs du numérique ne se reconnaissent pas dans cette vision (j’ai écrit un billet il y a – mois là dessus : Utiliser le Web2.0 après la classe, pourquoi pas. L’ENT ? non merci). Du point de vue des explorateurs numériques, les ENT cherchent à imposer des pratiques dans un cadre existant, alors que celles-ci évoluent rapidement à l’extérieur de ce cadre. Un table ronde qui chercherait à rapprocher ces points de vue et à définir une architecture qui fusionne les deux points de vue reste à organiser. Un sujet pour Ludovia 2012 ? Cela dit, ce débat ne fait que focaliser d’autres sujets : B2i contre culture ou litéracie numérique, réseaux sociaux dédiés contre réseaux sociaux ouverts. Et pourtant, les différents protagonistes sont d’accord sur les fondamentaux : éducation, citoyenneté, responsabilité… Une autre question qui se pose derrière ce débat est également la place de l’école dans la société, et de son ouverture, on touche là sans aucun doute au débat politique, que certains prédisent qu’il va s’inviter aux prochaines élections. On verra bien si on dépasse le pour ou contre Facebook pour avancer des arguments plus solides comme l’a fait si bien Laurence Juin. Et si l’éducation nationale arrive à se réconcilier avec ses forces vives que sont les enseignants. La confiance (et pas seulement numérique) est à construire d’urgence si l’on veut pouvoir avancer ;
  • Derrière ce débat, on a quand même parlé d’éducation citoyenne numérique, de communauté éducative, d’accès aux ressources, d’utilisation du numérique hors de l’école, qui sont des éléments du concept d’ouverture ;
  • La formation et la valorisation des enseignants a été évoquée en séance, comme étant un élément essentiel pour avance, mais les discussions plus informelles semblent indiquer que cela fait partie des parties sinistrées de l’éducation nationale, dans le contexte de réduction des effectifs ;
  • La 3D était également à l’honneur. Elle complète avantageusement l’ensemble des ressources disponibles pour expliquer des phénomènes physiques ;
  • J’ai également entendu parler d’évaluation dans le contexte numérique. L’académie de Créteil se propose de s’y atteler, c’est une excellente chose ;
  • Des termes comme confiance, communauté de pratique, motivation, plaisir d’apprendre, restent à être utilisés plus souvent ;
  • Et pour finir, je retiens les échanges formels et informels avec les autres blogueurs, notamment ceux mis à l’honneur par Thierry Foulkes.

Et je suis bien conscient d’avoir raté un certain nombre de choses, mais c’est intrinsèque à ce genre de manifestations, presque autant que sur la toile.

Un grand bravo également à l’organisation, qui nous a offert une grande fête.

Éducation numérique à Ludovia, un programme alléchant

Mobilité et usages, classe numérique, établissements du XXIème siècle de la maternelle au supérieur, ressources et applications éducatives, serious games, tablettes numériques comme cartable numérique : les thèmes sont nombreux et plus intéressants les uns que les autres. Enseignants, chercheurs, institutionnels de l’éducation nationale, établissements, représentants citoyens, parents, blogueurs, journalistes, entreprises : ils seront tous là.

Les formes d’échanges ? aussi variées que possible : explorcamps, barcamps, tables rondes interactives, activités ludiques, twitter (hashtag #ludovia2011), colloque scientifique. Tout le monde pourra trouver son canal d’expression, même si vous ne pouvez pas être présents.

Cela se passe en Ariège, à Ax-les-Thermes du 29 août au 1er septembre. Le programme est sur le site de cette université d’été. Des synthèses des différents ateliers seront assurés par une foule de blogueurs, donc disponibles en lignes rapidement. Les inscriptions sont encore possibles en ligne.

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