Des données, des apprenants et des partages à construire pour se construire soi-même

Si la question des données d’apprentissage, ou learning analytics pour se raccrocher à la terminologie anglaise, ont pris une importance particulière avec le développement des MOOC et les questionnements autour des Big Data. Il y a bien entendu beaucoup de questions et de recherches autour de ce que l’on peut mettre en évidence. C’est d’ailleurs la préoccupation première de chercheurs entrepreneurs comme Daphne Koller de Coursera. La communauté de chercheurs mène également en parallèle des débats, comme par exemple « les données corrompent l’éducation », propose des chartes éthique comme Asilomar, intègre cette problématique à l’agenda de ses projets.

Techniquement, une approche basée sur des données ouvertes semble à la fois prometteuse, et respectueuse des personnes, notamment si elle encourage le partage social de connaissances, comme proposé par George Siemens.

Respectueuse des personnes peut être, mais le respect nécessite que la personne, et ses droits soient correctement identifiés. On connaît le droit des malades, mais on n’a pas de droit avéré de l’apprenant. On ne se demande pas si et comment ces données doivent agrégées sous forme de dossier, de portfolio, ou alors comme service proposé par une université, ou par une plate-forme externe qui va vous proposer de tout saisir à nouveau.

Deux événements récents m’ont permis d’avancer dans une réflexion engagée depuis juillet dernier.

D’une part, le séminaire organisé dans le cadre des ateliers du dépôt légal du web. Le dépôt légal du web, c’est l’archive du web pour mémoire, comme on archive les livres ou les films, et dans ce cadre une réflexion est menée sur ce qui pourrait être rendu possible grâce à cette archive. Mémoire pour tous les chercheurs. Si celle-ci était ouverte, elle pourrait servir aux apprenants à retrouver les sources qu’ils ont utilisées pour référence ultérieure, pour retravailler dessus, et donc potentiellement partager leurs parcours. Pour rendre ces parcours visibles, il faut une carte. François Taddei pense à Wikipédia comme fond de carte, avec comme analogie les cartes routières qui permettent de s’orienter. Cela dit il en faut sans doute plusieurs suivant les points de vue, dans lesquels on puisse se retrouver. Wikipédia permet une cartographie thématique, mais une carte géographique peut également faire sens si l’on veut favoriser les rencontres (exemple : konnektid). Il y a également la question de décoration de ces cartes pour continuer dans l’analogie de la carte routière : des parcours classiques (des autoroutes), plus ou moins durs (une pente) …

Lors de cet atelier, s’est posé la question du statut des productions des apprenants, de leurs traces. Ce qui m’amène au deuxième événement, la concertation nationale sur le numérique. J’ai parcouru les propositions pour l’éducation et la formation des citoyens de la société numérique. On y parle de la valorisation des données pour permettre l’innovation, de l’accès aux données pour permettre la recherche, de faire évoluer les enseignants, mais nulle part on ne met en avant l’importance de la construction de ces données du point de vue de l’apprenant. Je dis apprenant, car pour moi ce terme englobe tous les statuts : élèves, étudiants, formation professionnelle, formation tout au long de la vie, formation citoyenne…

Et pourtant si on regarde une construction du point de vue de l’apprenant, il devient possible de se poser la question de la conduite de ses apprentissages (George Siemens, encore lui, considère que la définition de ses objectifs d’apprentissage est également une construction sociale), du partage de services, sur le modèle d’AirBnB et d’imaginer des services d’apprentissage collaboratif, tout comme on a des services de consommation collaborative, sans parler d’un « Learning Trip Advisor » basé sur wikipédia. Dans tous les cas, cette construction n’a de sens que si elle est volontaire de la part de l’apprenant, car elle se base sur son vécu.

Si on regarde ce qu’un apprenant produit, on peut distinguer trois types de données :

  • Les traces laissées en interagissant avec les dispositifs qui sont potentiellement recueillies et exploitées par les plate-formes, qui incluent les résultats aux exercices d’application, les temps passés à lire, à visionner, à pratiquer, les interactions, les courbes de progression, avec une granularité allant jusqu’aux simples clics ;
  • Les résultats aux évaluations, sanctionnant leur réussite, et permettant la délivrance ou non de diplômes, attestations, certificats ou autres badges. Ces données sont hébergées par les établissements et/ ou par des plate-formes privées ;
  • Les productions des apprenants dont le statut est actuellement déterminé par l’hébergeur, éventuellement l’équipe enseignante responsable du dispositif/cours dans lequel la production se déroule.

Il est important de permettre aux apprenants de parvenir au contrôle de leurs données dans leurs différentes formes pour répondre à un des enjeux majeurs pour l’éducation qu’est la question de l’émancipation. Les enjeux sont :

  • de permettre l’exploitation personnelle de ses données pour donner la possibilité à chacun d’exploiter ses données en fonction de ses propres objectifs, et de construire son propre CV/portfolio/ storytelling ;
  • d’encourager des interactions sociales choisies. Actuellement, les interactions sont limitées dans le cadre des cours, donc soit des institutions, soit des services privés. Les données extraites peuvent être réinvesties dans d’autres services pour démarrer un autre apprentissage, pour présenter des exemples de parcours, …
  • de permettre la reprise, la publication et le partage de travaux menés lors d’apprentissage, notamment lors de projets, de production de contenus, … L’idée est de considérer les productions des apprenants 1) comme relevant du droit de l’étudiant, 2) comme ressource pédagogique à part entière et de relever du même statut, de préférence de type biens communs par défaut.

Techniquement, il s’agit donc de découpler les données des plate-forme pour permettre à l’apprenant (ou son représentant légal s’il est mineur) de les ré-exploiter selon ses besoins. Elles doivent donc être extractibles comme toute open data et conservées par l’apprenant avec des formats ouverts pour ré-exploitation. Il est donc important de définir un statut pour ces données qui donne corps à cet apprentissage tout au long d’une vie.

Ce statut de l’apprenant doit permettre de l’intégrer dans la réflexion de manière équilibrée avec les institutions, les enseignants, les plate-formes éditrices de contenus (éditeurs, MOOC), les chercheurs, et les nouveaux services innovants qui pourront être proposés si ces données sont découplées des plate-formes sources.

Il doit permettre également de penser les temps longs de l’apprentissage, et de se reposer de bonnes questions : comment définir et construire son parcours d’apprentissage ?

Si vous partagez cette proposition, merci de l’appuyer sur le site de la concertation : https://contribuez.cnnumerique.fr/debat/105/avis/3196

Un MOOCamp pour l’école des communs au Forum des usages coopératifs

Comme mise en bouche pour le Forum des usages coopératifs, nous vous proposons de venir imaginer et scénariser les premiers MOOC autour d’une école des communs le 1er juillet à Brest.

C’est quoi un MOOCamp ?

Tous faiseurs de MOOC : Proposer, imaginer, scénariser des nouveaux MOOC en une journée, c’est l’objet du MOOCamp Day. Sur le modèle des barcamp et autres journées d’innovation, dans lesquelles tous les présents participent, le déroulement de la journée suit un schéma efficace : présentation de sujets de MOOC proposés par des participants et vote par l’assistance, puis ateliers de brainstorming et de construction impliquant tous les participants. La formule a été proposée par SenseSchool qui partage sa méthodologie, et c’est une excellente manière de transformer l’éducation.

La formule MOOCamp a déjà été jouée deux fois avec succès dans le cadre de l’initiative France Université Numérique. Il est donc temps de lui proposer d’autres horizons. Le cadre du Forum des usages coopératifs est naturel pour un telle ouverture, avec son motto « la coopération en action ». Ce Off constituera donc une excellente introduction à la session « L’école contributive » !

Pourquoi l’école des communs ?

Cette formule d’école des communs reprend les valeurs du forum. Autour des biens communs, il y a la notion d’éducation, de partage de valeurs et de savoirs bien de la contribution. Pour imaginer des formations citoyennes, pour proposer des formations accessibles à tous portées par des collectifs, le MOOC, Cours Ouvert à Tous en ligne et Massif est une option qui semble porteuse dans la droite ligne d’une initiative comme l’Université Pair à Pair (P2PU).

Vous cherchez un exemple ? Le MOOC sur les Ressources Éducatives Libres proposé au printemps est d’une certaine manière fondateur. Vous cherchez des thématiques ? Le programme du Forum en regorge. À titre d’inspiration, je vous propose également un point de vue de Christine Vaufrey : Les MOOC d’équipe débarquent ! N’hésitez par à venir partager votre passion et proposer votre sujet, quel qu’il soit, l’école des communs est ouverte.

Un tout petit peu d’organisation.

Vous êtes intéressé ?Vous comptez venir ? Proposer un sujet à explorer ensemble ? Vous pouvez vous inscrire sur ce formulaire en ligne, ou amender la page wiki du MOOCamp.

La journée aura un déroulement classique : rendez-vous 14:00 – proposition de sujets et vote – travail en ateliers de brainstorming puis de consolidation – en fin de journée : présentation, vote et acclamation des sujets travaillés dans la journée – avant de rejoindre l’apéro coopératif de nos régions proposé dans le cadre du forum des usages, et de découvrir le programme de la soirée.

 

Crédit photo : T Shirt clicc par Sylvain Naudin – licence CC-by-sa

Si vous voulez choisir votre prochain cours en ligne …

Si vous lisez l’anglais, vous avez un choix qui montre le dynamisme ambiant outre-atlantique. Bien sûr, il y a les plate-formes de cours dont tout le monde parle : cousera, edX, Canvas, Udacity et j’en oublie. Mais il y a aussi ces portails qui s’essayent à recenser tout ce qui existe :

  • Skilled Up nous promet les meilleurs cours en ligne, et semble assez exhaustif, avec en tout cas des options de recherche bien vues, et un catalogue qui semble particulièrement bien fourni ;
  • Sur le même modèle, RedHoop rassemble lui aussi plusieurs plateformes ;
  • MOOC List se concentre sur ces cours ouverts et massifs que sont les MOOC.
  • CourseTalk vous permet de choisir, dans un des grandes plate-formes, votre cours en fonction des retours des participants précédent et de donner votre avis ;

Au niveau européen, le portail de OpenupEd ne permet d’accéder qu’à des ressources issues d’adhérents à l’initiative, ce qui ne vous permettra pas de découvrir la diversité des initiatives qui se déroulent ici et là. Un autre portail, plus exhaustif semble être en préparation pour l’automne.

En France, il n’y a pas encore de site de référence. Tout au plus une liste contributive sur le wiki d’InterCoop.

Si vous êtes motivés pour aller plus loin, vous pouvez même choisir votre formation complète sur College Online. Si vous pensez que c’est vous-même qui allez construire votre propre formation, en mixant cours classiques, cours non conventionnels, ressources ouvertes, communautés de pratiques et que vous comptez valoriser votre travail en construisant votre identité numérique d’apprenant, n’hésitez pas UnCollege et son catalogue de ressources sont fait pour vous.

Cela dit, pour apprendre en ligne avec Internet en français, le mieux est sans doute de commencer par comprendre les potentialités des réseaux. Pour cela le cours ITyPA « Internet, Tout y est Pour Apprendre » qui redémarre en octobre est sans doute la solution la plus simple. Les inscriptions sont déjà possibles ici.

Crédit photo : Menu. par Sarah Braun

Supports pédagogiques : s’ouvrir … pour exister

Jeudi dernier, j’ai passé une journée très agréable, et surtout très intéressante à Paris Descartes. Les Jnum de cette année s’attaquaient en effet au thème de l’Université Ouverte dans son sens le plus large. L’introduction de François Taddei a été lumineuse.

Hubert Javaux, m’a demandé de remplacer au pied levé Marcel Lebrun, malheureusement souffrant, qui devait proposer une conférence en début d’après midi sur les aspects pédagogiques. Sa gentillesse, sa mise en confiance m’ont poussé à accepter et j’ai essayé de monter un discours en très peu de temps. J’ai également préféré échanger l’injonction « s’ouvrir ou périr » par « s’ouvrir … pour exister » moins angoissante. Le résultat est repris ci-dessous, c’est beaucoup moins élégant que ce qu’il faudrait, mais je pense que le déroulé est correct, et a été entendu. Pour juger du résultat vous pouvez regardez l’enregistrement vidéo qui a été réalisé par l’équipe de la journée.

Une table ronde a beaucoup traité des MOOCs, avec Yves Epelboin et François Taddei et moi même. De manière générale, l’ensemble de la journée a été filmée et mise en ligne ici.

Notons également l’intervention de conclusion de Denis Berthiaume, qui nous rappelle la nécessité de disposer de moyens humains (accompagnement) et financiers pour avancer sur ces questions, même et surtout s’il y a urgence, pour espérer impacter durablement les universités.

Pour compléter, 3 présentations récentes qui auraient pu également en partie convenir pour un tel titre.

PS : pour la petite histoire, je viens de rédiger ce billet dans la bibliothèque de l’UBO, qui est vraiment un bel endroit, parfait pour travailler.

crédit photo : Bibliothèque Universitaire centrale – centre ville (Brest) Juillet 2010 par adeupa de Brest – licence by-nc-sa

Que nous apprend le xMOOC sur la gestion de projet ?

Quand Rémi Bachelet présente son projet de MOOC « ABC de la gestion de projet », il parle volontiers de xMOOC et de certification. C’est une manière de renvoyer à des définitions connues des MOOCs, mais en fait il y a encore plus.

D’abord, il a réussi grâce à son enthousiasme à regrouper une véritable équipe de bénévoles autour de son initiative. Les bonnes volontés existent dans ce domaine dès que le projet est clair.

Il démontre aussi qu’un contenu de cours évolue, se transforme dans le temps. Cela fait déjà plusieurs années que Rémi propose ses supports en tant que ressource éducative libre (ou OER en anglais). Il a ainsi mis à disposition des diaporamas, des références, puis des vidéos, et cette année un cours complet sous forme de MOOC. Cela rend son contenu plus vivant, plus attractif. De plus, ces évolutions vont bien dans un sens de ressources de plus en plus riches pour leur exploitation.

Sur la forme, s’il va bien nous proposer des vidéos courtes ponctuées d’instants d’assimilation, comme le veulent les premiers modèles de xMOOCs, le cours intégrera une partie projet. C’est naturel vu le sujet, mais cela va au-delà des premiers modèles et est en phase avec les évolutions des MOOCs.

Sur les attentes du public, ce cours met en évidence une attente des internautes pour des formations continues pour adultes. C’est bien un public de personnes en situation de travail et de gestion de projet qui s’inscrivent dans ce cours, et c’est un cours qui convient plutôt à ce public, même si nous sommes nombreux à essayer de convaincre nos élèves en formation première de l’importance des aspects organisationnels dans le travail d’un ingénieur. C’est de la formation continue.

Sur l’origine du public, il semble qu’il confirme que la demande pour ce genre de cours vient de la francophonie entière.

Nous verrons la forme que prendra la certification, mais gageons qu’elle intégrera une dimension d’évaluation entre pairs. En tout cas sur un tel sujet les critères d’évaluation restent à définir.

Bref, si certains semblent considérer qu’il est indispensable que l’offre des MOOCs doivent se fédérer, notons tout de même que les premières initiatives francophones démontrent une volonté d’innovation qui est possible dans ce temps de liberté durant lequel les institutions ne cherchent pas encore à rationaliser. Espérons que cet espace d’innovation continuera à exister dans le panorama francophone.

Mais si ces initiatives démontrent bien l’intérêt pour un public extérieur aux universités, pour le renouvellement de nombre de questions autour de la formation, il reste à démontrer que ces nouvelles formes de cours peuvent apporter un vrai plus aux étudiants en formation première. En effet, ce qui fait l’intérêt d’un MOOC ne correspond pas aux actuels modèles de cursus de formation diplômants tels que nous les proposons dans les structures de l’enseignement supérieur. Il y a un vrai travail de fond à faire pour permettre à nos étudiants de tirer parti des opportunités offertes.

Notons bien que ni ITyPA, ni MOOC GdP, n’ont particulièrement attiré les jeunes en formation. Il y a bien des explications à cela : l’information ne leur a pas été particulièrement été destinée, cela vient en plus de leur formation. N’empêche. Cela fait bien partie des éléments qu’il faut absolument démontrer.

Crédit photo : Le Jour ni l’Heure 0467 : Forth Rail Bridge par Renaud Camus licence CC-by

Vous avez dit (formations) ouvert(es) ?

Ouvert, ouverture, jolis mots. C’est engageant, cela donne envie d’y souscrire. Cela renvoie à une vision de partage. Mais en fait ces termes ont de bien différentes acceptions suivant le nom auquel il est accolé. Certaines sont plutôt décevantes, d’autres au contraire enthousiasmantes et offrent de belles opportunités qu’il s’agit de cerner. Le panorama est plus fourni que la simple notion parfois associée au logiciel libre. Ces dimensions nous sont en effet apparues pendant la mise en place du premier MOOC francophone ITyPA. Faisons un petit tour dans le domaine de la formation.

Accès Ouvert

Pour commencer, passons par la Formation ouverte à distance (ou FOAD).  La notion d’ouverture réside dans la capacité de personnaliser ses contenus et de ne pas être lié à des dates de début et de fin. Par extension, certains continuent à adjoindre ce O à la formation à distance, même quand cette ouverture de contenu et de durée disparait. Il faudra montrer patte blanche pour s’y inscrire. Allons plus loin.

Ressources ouvertes

Deuxième étape du coté des ressources. L’Unesco, les universités numériques, le gouvernement français encouragent la production de ressources ouvertes, souvent appelées ressources éducatives libres. L’idée est de permettre le libre accès à tous à la connaissance, ce qui est une vraie noble cause. L’idée est ici de proposer une licence d’utilisation – typiquement choisie parmi les licences Creative Commons – plus permissive que ce qu’autorise le droit d’auteur appliqué par défaut.

Mais si la licence la plus libre CC-by permet bien la réutilisation, l’amélioration, un travail ultérieur sur cette ressource (et donc aussi de permettre une appropriation par les utilisateurs, parfois élèves), les autres options restreignent ces libertés. Je renvoie à cet autre article pour cette discussion. Il y a donc différents niveaux d’ouverture dans le monde des ressources.

Ouverture aux publics

Continuons du coté des universités ouvertes. L’acception initiale est l’idée d’ouverture de cours dans les universités pour une formation culturelle désintéressée, et continue d’exister dans certaines villes (université de tous les savoirs …), qui renvoie à la mission de diffusion de connaissance des universités. La traduction dans le numérique, nous vient de l’anglais (Open University), et se propose donc de délivrer des diplômes en FOAD. L’idée est ici de proposer des diplômes universitaires à des publics adultes. Nullement désintéressée, l’université vise ici à équilibrer ses budgets, dans un contexte de formation continue qui s’avère concurrentiel. Un modèle finalement classique et déjà bien implanté dans différents pays européens.

Les modèles de ces universités s’appuient bien souvent sur des ressources ouvertes, ce qui renforce l’idée que ce n’est pas dans les ressources (la connaissance « brute »), mais bien dans le cursus que se situe la valeur ajoutée des universités.

Ouverture à tous les publics

Si au niveau des ressources, au delà des contenus on rend disponible le déroulement et les interactions, si on permet à tous de s’inscrire pour autant que l’on possède une adresse mail. Viennent alors les curieux, mais aussi ceux qui n’avaient pas accès, pas le temps, ceux qui souhaitent mettre à jour leurs connaissances … On rentre là dans une logique d’abondance, de grand groupe permise par le numérique. C’est bien la nouveauté première que proposent les MOOCS.

Ouvrir le dispositif

Dans une formation, les objectifs du cours, les ressources, les activités sont souvent définis. C’est le choix des MOOCs des grandes universités américaines. L’organisation du dispositif est donc préétablie, fermée. Si au contraire, on ouvre au participant la possibilité de définir ses propres objectifs, de proposer des ressources, d’échanger, de débattre, on permet à chacun d’adhérer et d’enrichir le dispositif. On s’ouvre ainsi à la notion d’apprenance chère à Philippe Carré. Cette flexibilité dans un contexte de mise en réseau des connaissances, des savoir-faire et des personnes est l’opportunité que nous offre l’approche connectiviste des cMOOCs, qui sont porteurs de construction de biens communs d’apprentissage. De manière incidente, on passe ainsi d’une transmission à une appropriation du savoir.

L’enseignant ouvert

Dans les contextes où l’on s’intéresse à l’apprenant, autour de notions telles que la motivation, le plaisir, l’apprenance, la posture de l’enseignant change nécessairement. L’enseignant n’est plus dans une posture transmissive, mais bien dans une posture d’accompagnement, ouvert aux aspirations et aux besoins des apprenants. C’est a priori ce que l’on met derrière la définition de tuteur. Son rôle est donc aussi de valoriser, de développer un climat de confiance, indispensable pour permettre l’ouverture à des idées nouvelles.

Ouverture entre les métiers, les disciplines

Nombre d’écrits soulignent que l’apprentissage auto-guidé, en réseau ne suit pas une ligne disciplinaire. Si les disciplines conservent leur valeur en termes de structuration de contenus, comme boite à outils pour comprendre un aspect d’un système. Si l’apprentissage est une mise en réseau, alors les disciplines doivent pouvoir accepter ces mises en réseau, ce qui est bien une forme d’interdisciplinarité.

D’autres métiers peuvent aussi à apporter leur pierre à l’édifice, notamment les documentalistes et les spécialistes de la communication, pour apprendre à mieux accéder à l’information, et à restituer ses réflexions. On peut aussi penser à des personnes ressources pour une approche stratégique de la construction des ses apprentissages, pour un accompagnement sur les méthodes … Sachant que chacun de ces métiers doit s’approprier les évolutions liées à la mise en réseau des apprentissages. Mais de par leur posture plus classique d’accompagnement je dirai qu’ils sont souvent en avance sur les enseignants disciplinaires. Collaborer au sein d’un enseignement entre ces différents métiers (par exemple au cours de projets) est une expérience passionnante.

Ouverture sur la nature des ressources

Je reste frappé par l’attachement de certains à un genre de document particulier. Certains ne jurent en effet que par les articles scientifiques, seuls porteurs de vérité car seuls validés par des pairs (voir par exemple à ce sujet réviser la révision par les pairs). On retrouve le même phénomène pour les ressources éducatives qui se devraient d’être validées par un spécialiste. Il me semble que ce type de documents sont effectivement indispensables à une construction organisée des savoirs. Mais qu’ils ne sont nullement suffisants pour l’appropriation par les apprenants, ni pour l’exploration de nouveaux axes.

D’autres médias, plus visuels, plus sonores, plus tactiles peuvent également permettre d’aborder différemment nos apprentissages de manière plus vairée, mais aussi plus sensible. Il nous faut donc aussi apprendre à nous ouvrir sur les différentes formes de ressources.

Il existe sans doute d’autres axes d’ouverture possibles. Pour le concepteur de dispositif de formation, il faut à apprendre à se positionner sur ces différentes dimensions. En effet, un dispositif de formation n’est pas et ne sera pas un système désorganisé. Il nous faut trouver des sujets pour nous rencontrer, des règles pour pouvoir échanger, des guides pour nous construire. On sait que la créativité et l’innovation sont fécondes lorsque l’on donne des (bonnes) contraintes.

Pour une vue schématique des axes d’ouverture possibles, le schéma sur la pédagogie ouverte de Jacques Dubois est très synthétique, et éclairant. Je le réinsère donc ici :

crédits photos :
 Open/ouvert par mag3737 – licence CC-by-nc-sa et Le plongeoir par 1D110  licence CC-by-nc-nd
Modifications :

  • le 14/11/12 pour intégrer les excellentes propositions de @cvaufrey et @cousin
  • le 19/11/12 pour intégrer le schéma de @jackdub

IP3S et la question de l’université ouverte en France

Jeudi prochain, le 8 novembre, je serai à Lille au congrès de l’université numérique IP3S pour une session dont le titre « quelle université ouverte en France ? ». J’y présenterai quelques questions que les MOOCs, de nouvelles formes de cours ouverts, permettent de poser.

Si j’ai bien compris l’idée d’université ouverte est ici le modèle des Open University, organisme qui propose des formations en ligne. La question au moment où des établissements pourraient proposer des cours ouverts serait celle de l’articulation entre différentes initiatives nationales.

On pourrait s’amuser à décliner les différentes acceptions du terme ouvert. Ceux qui ont répondu au questionnaire de l’espace recherche d’ITyPA auront déjà quelques éléments. Ceux qui suivent les travaux de Annie Jézégou également. Mais nous y reviendrons autour du bilan de ITyPA.

 

Voici mon diaporama, qui partira évidemment de ce qui se passe actuellement dans #ITyPA :

Peut-être avec vous des idées sur des arguments des questions, qui pourraient compléter l’échange. N’hésitez pas les commentaires sont là pour ça.

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