Évaluation et REL, une vue économique européenne

Christine Vaufrey (rédactrice en chef de Thot Cursus et animatrice d’ITyPA) m’a récemment indiqué cet article : Peut-on valider la démarche Open Learning par des certifications ? sur elearningeuropa.

Le teasing de l’article nous ramène à une des questions centrales levées par les MOOCs (qui sont d’après Stephen Downes un forme de REL), celui de la certification :

Les ressources éducatives libres (REL) peuvent s’analyser en lien avec la tension fondamentale apparente dans les systèmes éducatifs modernes, en contrastant fonction pédagogique et processus de sélection.

L’objectif de l’article (son auteur Bernd Remmele est un professeur de l’économie de l’éducation) est d’identifier des services commercialisables. Son premier constat est qu’il existe une tension dans la formation entre l’accès à la formation (d’égalité des chances) et la fonction de sélection pour l’accès à des meilleures carrières (réponse au marché). Son point d’entrée est de savoir pourquoi certains seraient prêts à payer. Sa vision est que l’accès à des diplômes ouvrant à des perspectives de carrière est monétisable, et que la sélection de ressources pertinentes et de qualité pour pouvoir se former sont des services à valeur ajoutée. Ce pont entre deux aspects certification et qualité des REL rend son discours plus difficile à lire.

Coté certification, on retiendra qu’elle peut être effectivement découplée de la partie apprentissage. D’une part la certification par apport de preuve de l’acquisition de compétences, par portfolio et par des dispositifs comme celui de la « valorisation des acquis de l’expérience » tel que pratiqué en France. Ces démarches sont lourdes mais seules possibles pour valider des compétences informelles. D’autre part des cadres de compétences par métiers existent, notamment en Angleterre (NVQ pour National Vocational Qualifications framework) qui peuvent permettre de servir de support pour la construction de portfolios.

On pourra noter également l’intérêt de proposer des tests de positionnement pour identifier les apprentissages à réaliser.

Coté ressources, il note pour la regretter le caractère distribué et non formel des ressources disponibles. Il considère donc qu’il y a une demande pour des ressources dont on connaît le contexte d’utilisation et que l’on peut raccrocher à un objectif de formation. Il est amusant de constater que pour lui une REL est une ressource utilisée en informel, tout en reconnaissant qu’elle peut provenir d’un contexte formel dont justement on perd la trace. Proposer la contextualisation et l’assurance qualité sur des ressources pourrait être un service intéressant. Il considère en effet que seul des services commerciaux (prenant en compte les besoins clients) sont susceptibles d’assurer cette qualité. Il ne croit pas que la communauté puisse s’emparer de l’amélioration qualitative d’elle même, mais semble considérer que la communauté pourrait évaluer la qualité de ressources dans le cadre de formations identifiées.

Ce qui fait écho aux questionnements des MOOCs, c’est d’une part l’approche par modèle économique, tout comme les américains. On pourrait poser la question différemment en se positionnant dans une vision élargie de service public, et aborder la question de l’ouverture selon :

  • l’amélioration de l’efficience (résultats versus coût de fonctionnement) ;
  • l’opportunité de délégation de certaines fonctions (peut-on / doit-on sous traiter le passage d’examen, son évaluation ? ) ;
  • le développement de leviers externes pour encourager l’amélioration. L’accréditation des formations est réalisée de manière indépendante, on pose ici la question de la qualité des ressources.

Dans cette perspective, ce qui est intéressant c’est que par cette approche d’ouverture et de formation tout au long de la vie, on se repose la question de services à différentes du processus complet de formation : ici, la réalisation, l’indexation, l’amélioration de ressources éducatives (libres), le positionnement et la certification des apprentissages d’autre part.

Poser ces questions uniquement dans un cadre d’opportunité de valorisation économique semble toutefois réducteur, tant la question citoyenne semble proche, et la puissance des communautés du web potentiellement porteuses. La question du processus d’apprentissage pourrait également aider à revisiter certaines hypothèses du discours.

Par exemple, si l’on vise dans les compétences à atteindre des capacités d’analyse, de choix, de synthèses de sources (ou dit autrement de littératie numérique on peut reposer la question de l’appropriation des ressources qui n’est plus alors service à valeur ajoutée, mais partie intégrante du processus d’apprentissage. Dans quel cas sera-t-on prêt à renoncer à l’un pour l’autre ?

Également, entre REL et acquisition de compétence, il y a forcément une dimension d’activité qui est absente de la discussion et qui est pourtant au cœur de la certification. Lesquelles peuvent se faire au travers de REL, quels autres supports sont nécessaires à ces acquisitions, c’est toute la place des organismes de formation qui se pose ici.

Crédit photo : Day #93 OER Par edtechie99 – licence CC-by-nc

Comprendre les MOOCs selon Sir John Daniel

Sir John Daniel a proposé récemment un article où il fait une revue des différents éléments caractéristiques des MOOCs. La démarche est intéressante car elle fait le pont entre les nombreux articles de blogs ou de journaux qui ont parlé des MOOCs et une rédaction plus académique sur le phénomène. Comme le relève cet article de blog, son plan est assez complet et le style plutôt engagé pour un article qui se veut scientifique. Il traite principalement des xMOOCs, considérant que c’est devenu le phénomène principal dans les MOOCs.

C’est néanmoins une bonne base pour faire le point sur le phénomène. Je pense reprendre plusieurs informations et points de vue dans la perspective de présentations futures sur les MOOCs. Je ne reprend ici que le plan. Je ferai des focus sur les différentes parties dans les prochaines semaines au fur et à mesure du temps libéré, et de l’avancement de mon travail d’analyse. La jolie histoire viendra plus tard.

On pourra reprendre les points principaux, et quelques approfondissements intéressants (ici en vrac)

  • en introduction : le fait que les universités en proposant des MOOC passent du modèle de pénurie dans le monde de la connaissance au monde de l’ouverture (et donc de l’abondance)
  • Qu’est ce que sont les MOOCs ? On retrouve la classification xMOOC contre cMOOCs, mais aussi d’autres types de cours en ligne comme le travail proposé par Academic Partnerships ;
  • Taux de participation et de réussite. Il note que le taux de réussite est de l’ordre de 7% dans les MOOCs des grandes universités. Ainsi le MITT 6.0002x Circuits and electronics a eu 155000 inscriptions venant de 160 pays (US, Inde et Angleterre en tête), 23 000 ont essayé le premier problème, 9000 ont passé la moitié, 7157 ont suivi le cours jusqu’au bout (ce qui est supérieur à l’ensemble de la participation de ce cours au MIT en 40 ans). Il revient sur ce point en fin d’article pour montrer que l’on peut obtenir de meilleurs taux, en améliorant la qualité et en n’étant pas impactés par des phénomènes de popularité qui font que des simples curieux peuvent s’inscrire pour voir ;
  • Tricherie ou travail entre pairs ? C’est une petite anecdote mais qui pose la question de l’alignement entre pédagogie et évaluation : peut-on faire des évaluations automatisées alors que les participants travaillent en commun ;
  • le modèle économique des MOOCs. Il élargit la question en notant que les plate-formes comme Coursera visent des modèles économiques de manière indépendante des universités. La question des partenariats est ouverte ;
  • les plate-formes : on peut retenir 3 sous questions à ce niveau, même si elles ne sont pas aussi claires que cela dans le texte
    • le logiciel. Il pointe le fait que le logiciel Coursera semble propriétaire, et que pour les LMS, l’open source a permis la diffusion de tels logiciels. Il cite également l’initiative de Google Open Course builder. Il semble qu’il n’ait pas identifié le fait que Stanford (avec Class2Go) et le MIT (avec edX) veulent proposer leurs plate formes en open source ;
    • l’hébergement. En soulignant, à la fois la plus grand simplicité par rapport à une plateforme d’université et la nécessité de tenir la charge venant du monde entier, amenant pour nombre d’universités à adopter une structure cloud ;
    • la visibilité. C’est sans doute un des intérêts de Coursera que de pouvoir partager la page d’accueil avec d’autres universités de renom ; je recite ici la piste Academic partnership qui bien que moins visible permet des retours sur investissement plus évidents pour les universités ;
  • MOOC en perspective. En montrant que les pseudo-révolutions ont été nombreuses en éducation, l’auteur relativise le phénomène MOOC. Il note néanmoins que ce phénomène a des chances de durer, d’abord parce qu’il s’appuie sur les « médias de la connaissance » qui permettent de manipuler les symboles mêmes de l’apprentissage (mots, nombres, formules, images …) et permettent la diffusion et le partage de ressources à moindre frais ;
  • la certification, ou non de l’atteinte des objectifs du cours, l’obtention de crédits pour sa réussite. Ce point fait l’objet de plusieurs développement, soulignant les contradictions actuelles d’un système qui se met en place ;
  • La qualité. Parmi les mythes qu’il remet en question, le premier est qu’une université renommée propose les meilleurs cours. Il montre qu’au contraire d’autres initiatives méritent qu’on s’y intéresse ;
  • La pédagogie. Il souligne la pauvreté des premières plate-formes de xMOOC, qui n’ont pas intégré l’expérience pédagogique existante, mais il onsidère qu’elles devraient rapidement s’améliorer du fait de l’ouverture qui permet de capitaliser sur les différentes offres ;
  • L’offre de cours pour permettre de développer l’enseignement supérieur dans les pays en développement sonne à ces oreilles comme une forme de néo-colonialisme. Il considère que les OER (Ressources éducatives libres) contribuent au développement de l’offre universitaire et constituent de vraies voies d’amélioration, mais il semble que cette notion de faire le bien ou d’alimenter les biens communs ne sont que des pseudo désirs louables, pas des raisons pragmatiques.
  • Les possibles. Il évoque l’idée qu’un classement pourrait apparaître obligeant chacun à s’améliorer pour rester dans le jeu. En le basant sur des critères de qualité et de rigueur intellectuelle, cela l’amène à dire que les universités vont devoir se préoccuper de pédagogie et des étudiants comme jamais. Il évoque également l’idée que cela devrait amener à valoriser la dimension enseignement à coté de la dimension recherche dans les carrières des professeurs.

Sur la dimension de développement des carrières d’enseignants, le premier obstacle en France sera sans doute le problème de traduire la participation à un MOOC en Heures Équivalent TD qui sont la base de discussion dans la charge d’un enseignant.

Bref une bonne base. Je rajouterai sans doute une notion de classement des différentes offres de MOOCs, et un élément sur le M (Massive) de MOOC qui me semble-t-il devrait montrer les limites de telles offres.

Crédit photo : The belgian political system par Lounge! licence CC-by-nc

Mooc francophone – y a plus qu’à

Christine Vaufrey nous a encore proposé un excellent article sur Thot dénommé Le MOOC, mode d’emploi. À lire.

Elle y distingue clairement deux formes de MOOC, le cours ouvert en ligne, proposant une forme standard de cours où un enseignant enseigne et des étudiants s’essayent au travers d’exercices standardisés, et le MOOC, vu par les canadiens Dave Cormier, Stephen Downes ou George Siemens, basé sur les principes du connectivisme, proposant une exploration partagée d’un sujet.

Par contre, elle cherche à nous interpeller, en regrettant qu’aucun acteur francophone ne se soit positionné.

Le centre de son article est un excellent résumé du guide en anglais édité par Inge De Waard, réalisé à l’occasion d’un MOOC sur le mobile learning (à suivre, en anglais en septembre 2012), en remarquant que la traduction en français manque encore. Il s’agit bien là de la vision la plus ouverte d »un MOOC .

Et bien, faisons le premier pas. Clarifions déjà ce qu’est un MOOC en traduisant ce guide en français, par exemple sur un wikilivre.

C’est parti ! Le Wikilivre est ouvert. Nous pouvons dès à présent contribuer à sa construction.

On y va ?

Crédit photo : récupéré sur le MoocGuide, publié sous licence CC-by-nc-sa

Le numérique en classe : moins cher que le stylo !

On annonçait cette semaine un PC à moins de 20 euros, c’est à dire moins cher que la moindre calculette de nos enfants, que chaque famille est pourtant obligée de payer. Certes sans écran, mais quand même…

Bon considérons qu’il faille un vrai portable, une tablette ou un équipement de ce type, en y intégrant une assurance. Comme il doit être facile de faire des commandes groupées, on va tomber dans les 250- 300 euros. Il n’y a certainement pas besoin d’une machine extraordinaire au collège ou au lycée, il y a peut être moyen de descendre en dessous. Ça c’est pour les coûts.

Coté économies, le premier poste auquel on pense, ce sont les livres papiers qui peuvent devenir naturellement numériques et donc moins chers pour pleins de raisons : d’abord l’édition peut faire de nombreuses économies qui devraient logiquement se retrouver dans le prix final. Par ailleurs, ce passage au numérique peut encourager le développement de ressources éducatives libres qui peuvent permettre d’autres réductions (sans parler du reste). Ces coûts sont aujourd’hui supportés par la collectivité, mais peuvent en tout cas équilibrer une partie du prix (voire entièrement).

Second poste d’économies potentielles : le prix des fournitures scolaires supporté par les familles. On parle de 150 € chaque année. Parmi cela une soixantaine d’euros va dans l’équipement pour le sport. Disons qu’il y a encore une vingtaine d’euros pour des équipements comme les arts plastiques. Reste 70 € pour les cahiers, classeurs, crayons, gommes …. Sur 3 ans : 210 €, presque la valeur du PC précédemment cité.

Tout cela pour dire qu’en couplant un effort public et une participation des familles équivalente ou moindre qu’actuellement, on doit largement pouvoir financer des équipements numériques pour tous.

Bon, je force un peu le trait, c’est vendredi soir. Et je sens que le chiffrage exact me prendrait trop de temps (et est-il indispensable?) Cette réflexion me vient en fait d’une lecture d’un article de Steve Wheeler sur les technologies pour 2020 (en anglais) dans lequel il considérait que les technologies numériques deviendraient aussi naturelles que le crayon et le stylo le jour où elles seraient aussi abordables. Sauf que … un ordinateur ne remplace pas que le stylo, mais aussi la feuille sur laquelle on écrit, le livre que l’on consulte, la calculette pour le cours de maths, et j’en oublie.

D’où ce petit calcul, pour arriver à la conclusion, que si on le voulait, il serait possible d’équiper tous nos enfants dès la rentrée. L’obstacle n’est pas financier.

Vous n’y croyez toujours pas ? Quel est le taux d’équipement de téléphones mobiles ? 89 % au niveau du lycée en 2010! Or un mobile aujourd’hui c’est la puissance du PC d’il y a disons 5 ans. Et à cette date, on pouvait déjà faire tenir toutes les applications nécessaires pour une formation de ce niveau dans n’importe quel PC du commerce.

Si en plus, on se pose la question en termes de rééquilibrages des sommes engagées entre l’équipement à la maison, le cartable, et l’équipement dans les établissements, il doit y avoir moyen de dégager des économies et de réduire l’empreinte carbone.

Non décidément, l’argument de ne pas passer au numérique pour des raisons de prix ne tient pas.

La question est ailleurs :

  • Définissons ce que pourrait être un cartable numérique (j’entends un équipement qui prenne la place du contenu du cartable), entre parents, pédagogues, éditeurs. Il sera sans doute plus solide, à l’image de la calculette sur laquelle plus personne ne se pose de questions et qu’il remplacera élégamment ;
  • Formons les enseignants, permettons leur de s’approprier cet outil ;
  • Ne laissons pas les politiques décider d’investir au coup par coup tel ou tel établissement en fonction de la mode du moment. Équipement qui est alors imposé aux enseignants et qui ne savent alors pas quoi en faire. Mais demandons leur d’être volontariste et de définir un plan ambitieux qui revisite les modes de financement de toutes les fournitures et autres livres à l’école, et qui surtout accompagne les premiers intéressés à savoir les enseignants ;
  • et finalement abordons la dimension de l’équipement numérique dans sa globalité. Pas d’un coté l’école, de l’autre la maison, et du troisième la réduction de la fracture numérique.

Bref, définissons ensemble le remplaçant de la calculette, et des autres fournitures.

Cet équipement serait solide comme une calculette, communicant et mobile comme un smartphone, grand et tactile comme une tablette. Peut être l’écran de lecture serait « fixe » pour un confort de lecture. De manière amusante le projet OLPC (One Laptop Per Child ou un portable par enfant) a été défini pour les pays émergent, pourquoi ne peut on penser un OLPC pour nos contrées ?

Au fait l’ordre de prix d’un OLPC c’est entre 75 et 130$…

Crédit photographique : OLPC flat Par dnwallace licence CC by nc SA

NB : Cet article a été rédigé comme contribution au débat pour le colloque Le numérique pour changer l’École du 18 mai 2011. Publié initialement sous licence CC-by, il a été repris sur le site du colloque, sur la plate forme citoyenne Educavox, et sur @-brest.

Sur les ressources vidéos

Quelques points pour compléter mon précédent billet Des vidéos pour réinventer l’éducation.

Pourquoi ce billet ? Parce que nos élèves nous interpellent cette semaine sur le sujet. Nous avions il y a deux ans fait une saisie vidéo d’un certain nombre de cours, mais semble-t-il rien n’a bougé. Un article dans le journal des élèves regrette le manque de vidéo en France en général et chez nous en particulier. Un tweet nous interpelle plus gentiment en mettant la vidéo de Salman Khan en lien. En tout cas, une fois de plus, ce sont nos élèves qui nous font bouger !

Sur la durée. On hésite sur beaucoup de vidéos à les démarrer parce que trop longues, et qu’il est en général impossible de faire un survol rapide pour voir ce qu’on pourrait y trouver. Deux solutions donc : soit des vidéos courtes sur un sujet précis avec un maximum d’impact.

Sur la qualité. J’ai entendu des hésitations à mettre des vidéos en ligne par peur de la qualité. C’est effectivement une contrainte forte pour des enregistrements de conférences que l’on veut diffuser. Il est clair qu’une vidéo comme celles de La minute du chercheur nécessitent un travail important. Par contre, pour un cours le besoin de qualité n’est pas forcément le plus important. Ce que demande l’élève qui veut réviser son cours, c’est un accès rapide (et un bon son).

Par ailleurs, autant Commoncraft que KhanAcademy montrent que l’on peut faire une prise simple, pour autant que l’on privilégie schémas et dynamique. Ces derniers mettent en ligne leurs conseils pour faire ce genre de vidéo. (et nous invitent à traduire leurs vidéos en ligne pour ceux que cela tente, ce sont des ressources éducatives libres et donc réutilisables !).

Sur la réutilisation. Une chose intéressante du discours « Des vidéos pour réinventer l’éducation », c’est qu’il montre que l’on peut retravailler, traduire, réexploiter les vidéos. C’est pourtant un aspect qui m’inquiète jusqu’ici. Une vidéo même publiée sous forme de Ressource Éducative Libre me semblait plus difficile à adapter qu’un texte. Tant mieux si je me trompe.

Sur la culture française. Notre culture reste très écrite, surtout dans les écoles et autres universités. Nous ne maitrisons que trop peu la vidéo, qui parfois nous inquiète (j’avoue que j’ai encore plus de mal à me réécouter qu’à me relire). Nous n’avons pas non plus de schéma pédagogique claire pour une utilisation efficace de cet outil.

Sur la pédagogie. Un couplage livre de cours, banque d’exercices partagée et rappels de notions sous forme de vidéo permettrait de mettre en place des pédagogies plus personnalisées. Et de consacrer le temps de classe à l’appropriation des connaissances, pas à leur présentation, ce qui est à la fois plus noble, plus difficile et sans doute plus troublant pour les enseignants. On passe du tribun à l’accompagnateur. Pour le pratiquer en projet, cela me semble pourtant plus valorisant et plus épanouissant.

Sur les vidéos francophones disponibles. J’ai téléchargé sur mon téléphone Open Vidéo Education, qui est une forme d’UNT vidéo des «cours des meilleurs établissements ». Il reste à peupler. Et à être outillé pour permettre d’y trouver un sujet ou une vidéo précise de manière efficace. Pour l’instant c’est une vitrine, pas un outil de travail. Le modèle Open courseware du MIT n’a pas encore inondé l’hexagone. Bientôt peut-être ?

Crédit photo : Par bre pettishandmade video group – licence CC By-NC

Des vidéos pour réinventer l’éducation

Joli titre. C’est celui du show de Salman Khan à TED. Ce monsieur a produit plus de 2000 vidéos déposées sur Youtube, qui sont des petits cours d’une dizaine de minutes sur une notion mathématique de l’addition jusqu’aux notions les plus avancées. Il propose également un site http://www.khanacademy.org/ permettant de faire des exercices pour apprendre à son rythme. Le tout en licence CC BY-NC-SA.

Dans son discours, il vante les qualités de la vidéo qui permet à chacun d’avancer à son rythme, de réécouter, de retourner vers une notion oubliée …., il montre que ces supports permettent à chacun de découvrir le contenu du cours et que cela peut se faire sans stress en dehors de l’enceinte de la classe. La classe peut devenir ainsi un lieu d’échange (avec l’enseignant et entre pairs ), de travail, de réflexion, d’approfondissement. Dit autrement, on inverse le travail de présentation qui se fait classiquement en classe, et le travail d’exercice qui est généralement pratiqué à la maison. Sa formule, que je trouve excellente, est alors que « la technologie est utilisée pour humaniser la classe » ! Un bien bel objectif.

La suite de son discours est ensuite orientée sur la possibilité de s’exercer aussi longtemps que nécessaire pour que chacun puisse acquérir les notions. Il montre que le rythme dans une classe n’est pas uniforme, et qu’un élève lent au début peut devenir le plus rapide en fin d’apprentissage. Inutile dans un schéma ou chacun peut apprendre à son rythme de synchroniser tous les apprenants. Par contre, on peut tirer parti de l ‘échange entre pairs pour varier les approches.

Il conclut que son modèle est une ébauche de la classe globale. Mettre à disposition de tous des ressources, de manière abondante, et encourager les échanges localement, physiquement (et entre internautes), me paraît effectivement une bonne piste.

L’autre ressource enthousiasmante de la semaine, c’est évidemment le discours de Michel Serres sur « éduquer au XXIème siècle » qui nous montre la mutation des nouvelles générations qui n’est pas due qu’à Internet, mais également à beaucoup d’autres facteurs. Il me semble nénamoins que ces deux exemples vont dans le même sens.

Notons finalement qu’un nouvel espace de discussion et de réflexion sur l’éducation vient d’être ouvert par TED : TED-ED Brain Trust, et qui semble être pris d’assaut. De bonne augure ? En tout cas anglophone (on m’y a suggéré d’utiliser Google Translate si j’avais du mal à m’exprimer)

Vodpod videos no longer available.

Quelle Université Numérique ?

La semaine dernière, j’ai été contacté par la présidente de la CEVPU qui cherchait un intervenant sur l’enseignement en ligne. Demande tardive, mais que je trouve intéressante. C’est finalement assez rare d’être sollicité par des étudiants.

En y réfléchissant, et en préparant (en trop peu de temps je suis un peu débordé) quelques transparents (plutôt en regroupant des diaporamas existants), je suis retombé sur un fil conducteur assez classique mais qui me paraissait faire sens :

  • premier point : les compétences sur lesquelles on met l’accent aujourd’hui, que ce soit dans le contexte professionnel, citoyen ou étudiant, ce sont les compétences informationnelles ou littératie numérique, qui sont finalement un prérequis pour aborder l’innovation (idée que j’ai développée l’année dernière). Ces compétences n’étant malgré tout que peu naturelles pour nos jeunes de la génération Y, il est nécessaire de les intégrer dans nos cursus.
  • Partant de là, on peut regarder ce que fait l’université aujourd’hui. Et de fait, il s’y passe pas mal de choses et au final, le constat est finalement assez flatteur, même si on peut regretter que certains éléments ne vont pas assez loin. L’université donc :
    • A cherché à formaliser ces compétences au travers des divers C2i. Si ceux-ci sont perfectibles, ils ont déjà l’immense qualité de faire bouger les frontières ;
    • A généralisé les accès à des ressources au travers des ENT. Certes ils sont fermés, mais ils permettent de mettre le pied à l’étrier ;
    • multiplie les initiatives : plan Wifi, podcasts, simulations, animations en 3D à Lyon 1, e-portfolio à l’UVSQ, réseau social d’université (les carnets de Paris Descartes), pages d’universités sur Facebook, WebTV, UnivMobile
    • capitalise sur les ressources au travers des universités numériques ;
  • troisième point : les ressources sont en fait un élément stratégique pour les universités (qui sont avant tout des centres de savoirs). Lorsque l’on considère la manière d’aborder la gestion de ces ressources, on ouvre un ensemble de niveaux de coopération, qui permettent d’envisager les manières d’insérer les universités dans les réseaux numériques de la connaissance (pour reprendre la formule de H. Isaac). De pourvoyeur de connaissance, comme c’est envisagé dans les Universités Numériques Thématiques actuelles, on peut glisser vers des collaborations entre enseignants, avec les étudiants, ou vers de la co-innovation, voire de la co-création de contenus (pour plus de détails, j’ai présenté en détails l’idée aux JNUM10). L’étape ultime de ces niveaux de collaboration est sans doute l’avènement de quelque chose qui ressemblera à un campus global, dont les sites universitaires seront les empreintes physiques permettant aux étudiants d’apprendre dans un contexte global, tout en restant localisés dans un environnement propice aux échanges et à une vie sociale physique.

Comme idée pivot d’articulation, je démarre sur l’idée qu’Internet est actuellement polarisé entre deux visions : celle de la diffusion, dont Hadopi est l’instrument légal, et celle de la collaboration, dont le web2.0 est l’outil de diffusion. Cette polarisation se transfère bien à la manière dont on envisage les enseignements : cours magistral ou travail de groupe en projet. Et s’applique encore mieux à la manière dont on envisage l’insertion dans les « réseaux numériques de la connaissance », soit diffuseurs de contenus, soit participant à la construction collaborative de nouveaux savoirs. J’aime à penser que la culture profonde des universités tendrait plutôt vers le second pôle que vers la première vision qui peut être portée momentanément pour démarrer. La résistance la plus importante est peut être du coté des enseignants-chercheurs qui ont peu de raison de se préoccuper de pédagogie.

J’espère que cette ligne pourra faire démarrer le débat.

Par ailleurs, force est de constater que l’Université semble avoir fait le choix d’investir le numérique et d’avancer maintenant assez vite. Et c’est une très bonne nouvelle.

Autre point, cette présentation permet de faire le lien entre le point de vue « littératie numérique » et « ressources éducatives (libres) », ce qui me paraît une bonne chose, même si pour le coup l’Université ne semble pas en avoir pleinement conscience (peut être quelques personnes, mais ça ne se voit pas encore d’un point de vue stratégique).

Pour aller plus loin, quelques références :

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