Les MOOC au cœur du tsunami numérique

En ce début d’avril, Emmanuel Davidenkoff nous propose un nouveau livre au titre évocateur « le tsunami numérique ». Il se fait le témoin de nombreux changements en cours, de signaux que le monde numérique investit l’éducation. Cela l’amène à nous annoncer que le passage au numérique de l’école, de l’éducation va amener à une refonte totale des systèmes de formation. Tout comme le numérique a largement bouleversé l’industrie de la musique et du cinéma, du journalisme, de l’information, l’éducation va connaître sa révolution.

Les acteurs sont tous en place et ont déjà démarré : les entreprises de la Silicon Valley qui s’intéressent de très près au sujet, les startups qui cherchent des offres de valeur en rupture, les grandes marques de la formation qui cherchent à étendre leur influence, la demande de la société qui constate que la formation n’est plus en adéquation avec les besoins du XXIème siècle, les utilisateurs (élèves, étudiants, employés, parents, professeurs) qui ne se satisfont plus de la structure actuelle, les institutions qui veulent répondre aux nouveaux besoins, être plus efficaces, et diminuer leurs coûts …

Les MOOC sont au cœur de la démonstration d’Emmanuel Davidenkoff, qui leur consacre un chapitre entier. En effet, si les MOOC sont une réponse institutionnelle à un besoin qui existe depuis longtemps (ce n’est pas de moi, mais je ne retrouve plus la source), ces nouveaux dispositifs posent bien des questions aux institutions (quels cours, quelle place dans les formations, quelles certifications … ). Mais ils débordent largement le cadre de la formation initiale et impactent nombre d’autres missions de la formation (recrutement, harmonisation, formation continue, validation des acquis de l’expérience, université ouverte ou de tous les savoirs, notamment).

Et surtout, ils sont repris, retravaillés, hackés par les entreprises, les professionnels, les amateurs, les curieux. C’est bien au delà du périmètre de la formation initiale qu’on voit aujourd’hui se presser nombre d’entreprises qui cherchent à exploiter cette nouvelle approche de la formation. Les MOOC concentrent l’intérêt de tous et constituent une vraie rupture par rapport aux publics visés, et sur l’impact pressenti dans les formations.

Emmanuel Davidenkoff se concentre sur la difficulté – l’impossibilité ? – qu’a l’institution de se réformer par elle même. Plaidoyer pour que l’innovation devienne possible dans la formation, on comprend à le lire qu’il faudrait d’abord reconstruire la confiance au sein de l’institution, tenir le débat public  et avoir une vision et un courage politique qui n’a pas encore émergé. Il n’ignore pas que la dimension pédagogique prime sur la forme numérique, et montre bien qu’il faut laisser de la liberté aux acteurs dans une démarche d’innovation continue.

Par ce choix néanmoins, il laisse de coté tout le volet de la formation tout au long de la vie qui est pourtant aussi une des grandes promesses du passage au numérique de la formation et de son ouverture. Ce qui laisse de l’espace pour d’autres livres.

Les journalistes aiment bien les faits, et Emmanuel Davidenkoff est un journaliste reconnu de la sphère éducative. Son dernier livre fourmille donc de faits, d’événements, de création de nouvelles startup dans le domaine de la formation. Et c’est à ce titre qu’il nous dresse un impressionnant panorama des « signaux faibles » qui annoncent un « tsunami numérique dans l’éducation ». Son constat est d’ores et déjà connu et partagé outre atlantique, par exemple par la présidente Diana Oblinger de l’association Educause. Mais c’est bien la première fois qu’il est rédigé en français avec force détails et implication sur notre système de formation.

Cette conviction que l’éducation va être réformée est touchée par le numérique est déjà partagée par un certain nombre d’acteurs. Certains l’ont écrit dans des chroniques sans doute trop peu lues. Mais dans certains milieux on raisonne sur cette hypothèse, comme par exemple lors de l’assemblée générale de Pasc@line durant laquelle autour d’une table ronde sur « une approche pragmatique des MOOC », nombre de directeurs d’école échangeaient sur leur conviction que leur structure allait être profondément impactée par cette transformation numérique dans les formations. 

Crédit photo : « Saint Guénolé » par Sigalou licence CC-by-nd

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Internet, Tout y est Pour Apprendre : la preuve par MOOC

Internet, pour se cultiver, pour apprendre, pour le plaisir d’échanger et de confronter ses idées, c’est à cet Internet que nous nous intéressons. On connaît tous le moteur de recherche comme outil pour trouver l’information dont on a besoin. Mais cette recherche n’est que la première étape d’un apprentissage. Comprendre, analyser, valider, confronter, synthétiser sont des actions qui permettent d’aller plus loin et de s’approprier des connaissances.

Internet permet tout cela et même plus. C’est en effet à la fois la plus grande médiathèque du monde, un espace d’écriture, de construction et la possibilité d’échanger avec des personnes de la terre entière.

Oui, Internet, Tout Y est Pour Apprendre (ou ITyPA!). Mais comment s’organiser devant l’abondance des ressources, leur perpétuel renouvellement et la diversité des points de vue ? Comment collaborer avec d’autres personnes ? Comment évoluer et progresser ? C’est autour de telles questions que nous souhaitons échanger dans le cours ITyPA cet automne.

Ce cours sera en ligne et ouvert à tous, et comme c’est l’usage sur Internet, plus nous serons nombreux, plus ce que nous en tirerons sera potentiellement riche. ITyPA, à nous d’en tirer parti. Cette forme de cours porte un nom, en anglais : MOOC pour Massive Online Open Course. Ce nom a été proposé en 2008 dans un cours, le CCK08 (pour Connectivism and Connective Knowledge, i.e. connectivisme et savoir collectif en français), l’adjectif Massive vient du fait qu’un tel cours peut regrouper plusieurs milliers de participants. Popularisé par quelques universités américaines (Stanford et le MIT en tête) il existe maintenant deux formes principales : celle qui copie les cours traditionnels de l’université et celle qui est basé sur l’abondance des ressources et les échanges entre participants, qui est en fait la forme la plus en phase avec la philosophie du Web. Le terme connectivisme a d’ailleurs été proposé pour souligner qu’apprendre sur le web, c’est avant tout créer des connexions, des liens. C’est ainsi une évolution du constructivisme cher aux pédagogues.

une petite vidéo pour illustrer existe, en anglais :

Nous sommes quelques uns à avoir suivi un tel cours ou à avoir été intrigués par ces formes d’apprentissage, et à avoir publié ou relayé l’information. C’est assez naturellement qu’Anne-Céline Grolleau, Christine Vaufrey, Morgan Magnin et moi-même avons convergé sur l’idée de proposer conjointement un tel événement sur le web. Nous étions tentés par l’aventure, mais conscients qu’une telle expédition se monte à plusieurs. Et c’est bien la forme la plus participative qui nous motive.

Le thème et la forme se sont imposés pour plusieurs raisons : nous voulions nous ouvrir à un maximum de participants potentiels, nous ressentons l’existence d’un tel besoin dans nos entourages respectifs, et puis ces compétences sont quelque part un préalable à toute autre forme de MOOC connectiviste.

Comme nous pensons que cette formule est intéressante et encore originale dans le monde francophone, nous avons cherché et réussi à convaincre deux spécialistes en sciences de l’éducation : Annie Jézégou et Paul Bouchard pour nous apporter leur aide tant pendant la préparation que pour l’évaluation de ce cours.

Petit challenge supplémentaire, nous avons aussi décidé d’inviter d’autres partenaires pédagogiques à observer, à participer, pour pouvoir ensuite collaborer à d’autres cours sous cette forme, si cela marche comme nous l’espérons. Un objectif que pourrait se donner cette communauté serait de construire un guide du MooC en français, mais ce n’est qu’une proposition.

Parmi les questions que nous nous posons, c’est de savoir combien de participants pourraient se fédérer atour d’un tel cours.

Nous nous sommes donnés comme objectif de démarrer début octobre, et cela semble rester possible. Si vous souhaitez participer, réservez quelques heures hebdomadaires dans vos plannings de cet automne. Chaque semaine, nous proposerons un témoignage d’une personne ressource et quelques pistes d’approfondissement autour desquelles chacun pourra produire du contenu et échanger avec les autres participants.

Suivez le hashtag #ITyPA sur twitter, ou regardez l’évolution du site du cours : itypa.mooc.fr, ou soyez attentifs aux annonces.

Crédit photo : The MOOC shop par cogdogblog licence CC-by

Quelle éducation numérique pour l’Ingénieur Informatique et Télécom ?

J’avais botté en touche quelques sujets pendant les vacances (voir le billet Associer approche système, technologie, culture et économie numériques, pour la formation et l’innovation dans lequel je cite notamment le rapport de l’association Pascaline : économie numérique, innovation et enseignement : quelles conséquences ? )

En quoi l’accès numérique généralisé concerne les élèves ingénieurs, et donc leurs enseignants (également chercheurs …) ? En fait à trois niveaux, dont deux devraient être communs à tous les citoyens :

  1. La litéracie numérique en tant que compétence, j’entends ici à la fois la capacité à gérer, produire et partager de l’information et la capacité à le faire en groupe et dans un environnement social. Cela veut également dire comprendre l’écologie du numérique (les enjeux sociétaux, les modèles économiques …). C’est un élément fondamental pour permettre le débat social. Le niveau de compétence atteint par ces élèves doit être suffisant pour qu’il puissent être vecteurs d’innovation ;
  2. L’utilisation de l’environnement numérique pour apprendre et gérer la connaissance, et ce dans un contexte social (qui démarra au niveau de l’esprit de promo tel qu’on le connaissait au siècle dernier et qui s’étend aujourd’hui bien au delà dans les réseaux sociaux) ;
  3. L’action de l’ingénieur est d’abord technique. Il doit donc être capable d’imaginer, de concevoir et de développer les services numériques innovants. Ce domaine doit donc faire partie intégrante des enseignements qui lui seront proposés. À ce niveau, il est indispensable qu’il maitrise les fondements de l’informatique et des traitements numériques en général, et qu’ils soit capable de les intégrer dans le cadre d’une vision système.

Dans les projets d’innovation, nos élèves intègrent actuellement systématiquement les aspects sociaux dans les systèmes qu’ils proposent, ils doivent maintenant apprendre à y intégrer les aspects mobiles, d’agrégation des données, et d’accès systématique à l’information et au cloud.

Demain, ce sera par exemple l’interaction entre tous ces équipements et tous les objets (Internet des objets) pour des actions coordonnées. Peut être imaginera-t-on également de telles actions de groupes entre utilisateurs… Peut- être dans des cadres hybrides.

crédit photo :  Arduino controlled flash trigger par Enrique Jorreto, licence CC-by-nc-sa

Tous les ingrédients pédagogiques d’un startup weekend

Olivier Ezratti, conseiller pour entreprises high-tech, nous livre tous les ingrédients d’un Start Up week end réussi : l’intérêt de s’adosser à une « marque », l’importance du mixage de cultures, de la présence de mentors … l’article ? La force pédagogique des startup weekends !

On y trouve des vidéos prises sur le vif d’intervenants (vidéo ici faite par Simon Robic sur le financement des startups), la référence à droite sur le Guide de l’Accompagnement des Star­tups High­tech en France, qui m’a l’air tout à fait passionnant au premier survol (et en Creative Commons, ce qui ne gâte rien). Bref, plein de matière pour ceux qui sont intéressés par le sujet. Des ressources éducatives si je reprend ma casquette d’enseignant.

Il insiste donc sur la dimension pédagogique des ces événements, ce que je soulevai ici. Le point qui me paraît particulièrement intéressant, c’est qu’il montre la complémentarité des apprentissages de chacun dans son rôle propre. Du partage, de la confrontation, du coté théâtral (unité de lieu, de temps et d’action) nait une situation particulièrement riche. Et c’est en augmentant la diversité que l’on augmente la richesse de l’expérience.

Un dernier point particulièrement sympathique dans cette communauté, c’est son caractère positif et fonceur. Il s’agit juste d’y aller, d’y croire et de s’accrocher. Belle leçon de vie. J’espère qu’elle se retrouvera dans l’Innovation Camp de cet été dans lequel 2 équipes d’élèves de l’école ont été sélectionnées.

Des camps et des barcamps pour apprendre l’innovation

Différentes formes de barcamps sont associées à l’idée d’innovation, de créativité. Il en fleurit un peu partout et permettent des nouvelles formes d’échanges plus variés, plus proactives, plus décomplexées. Les étudiants les plus actifs investissent ces échanges, y côtoient des professionnels et apprennent beaucoup, en un temps resserré.

Le barcamp, rencontre ou non-conférence est à la mode. L’idée est de réunir des personnes en un lieu et de définir ensemble les sujets des échanges. Cette idée simple, qui peut apparaître comme étant un peu candide, marche bien auprès de ceux qui ont retenu les aspects collaboratifs du web et du monde associatif. Un barcamp peut se spécialiser autour d’un thème, on parle alors d’éducamp, de gamecamp, d’innovationcamp …

Les innovation camp prennent d’ailleurs plusieurs formes :

  • les startup week-end sont organisés au travers de la France entière (et du reste du monde), réunissant des experts (qui proposeront quelques présentations courtes), et des gens de tout bord, soit porteurs d’une idée qu’ils proposent d’approfondir pour en faire une start-up à la fin du week-end (d’où le nom), soit offreurs de compétences pour le temps d’un week-end. La rencontre est d’autant plus riche que le public est varié. Et parmi ce public participant, les étudiants de tout bord y trouvent facilement leur place (qu’ils viennent du design, des beaux arts, d’une école de commerce ou d’ingénieurs, ou tout autre formation).
  • Le Silicon Sentier de Paris a proposé son camping, qui est un accompagnement sur du plus long terme en proposant aux porteurs d’idées plusieurs temps forts pour les amener à affiner leurs idées.
  • Le Carrefour des Possibles est d’une forme un peu différente, puisque les idées sont présélectionnées. Mais le public vient ici sans programme et peut discuter ensuite avec les porteurs suivant sa préférence. L’accent est également sur l’échange informel, et les étudiants qui y sont régulièrement sélectionnés font plutôt bonne figure.
  • Le CDIO nous propose cette année sa CDIO Academy dans laquelle des étudiants du monde entier déposent des idées. Les porteurs de celles qui seront retenues se retrouveront en juin dans un grand Innovation Camp pour fusionner et donner corps à leurs idées.
  • Le Google Summer of Code est un autre moyen pour nos étudiants, de rencontrer des gens différents, sur le temps d’un été, en allant participer de manière rémunérée à un développement d’un logiciel libre. La dimension d’innovation peut être un peu plus lointaine, mais l’exercice est certainement formateur (ceci est juste une pub à destination d’un éventuel étudiant en informatique qui me lirait et qui n’aurait pas encore son planning bouclé pour cet été).
  • J’en oublie certainement …

En tout cas les étudiants qui participent à ce genre de réunion en reviennent ravis, persuadés d’avoir beaucoup appris, sur des aspects aussi bien d’innovation que liés à leur formation. La question est alors de savoir si on peut intégrer de telles rencontres à la formation. Jean Bézivin nous a dit sur twitter qu’à son avis tout élève ingénieur devrait obligatoirement participer à une telle expérience. Plusieurs options s’offrent à nous :

  • faire la publicité de ce genre d’événement, le message est reçu par certains, mais se perd au milieu des nombreux concours et autres activités proposées ;
  • organiser de tels événements, en tant que tels, ce qui se fait déjà chez nous, mais qui touche les étudiants déjà engagés dans ce processus d’innovation ;
  • proposer des enseignements calquant ce genre de rencontres. Notre expérimentation de codecamp semble prouver que c’est possible. Le passage à l’échelle d’une promotion permet de toucher tous les élèves, mais fait moins l’unanimité auprès de nos étudiants, même s’il est clair qu’un tel projet (nous l’apprenons Entreprendre) leur apporte énormément de choses. L’une des difficultés est sans doute de permettre des contacts variés et motivants, ce qui est possible sur des effectifs inférieurs à une promotion, mais qui est difficile à assurer pour plus de 200 élèves. Un tutorat incitatif mais exigeant, poussant à l’approfondissement, proposant des pistes complémentaires est sans doute un élément clé de la solution, mais nécessite des profils pointus.

D’autres formes d’enseignements sont maintenant proposés pour aborder l’innovation. Certains proposent d’aller trouver une idée dans les laboratoires de recherche et d’envisager sa valorisation (à l’Ecole Polytechnique). On est ici dans une opposition entre les innovations d’usage qui peuvent apparaître dans les *camps, et les innovations technologiques qui sont issus de travaux de recherche.

La formule d’une formation à l’innovation devra certainement coupler les deux pour concilier besoin social et avancée technologique.

Crédit photo : Startup Weekend Nantes par Simon Robic – licence CC-by

Au delà du « learning center » : Une « Learning University »

En contraste avec la volonté de créer des espaces dédiés type « learning center » dans les universités vus comme des bâtiments dédiés, j’ai été très impressionné par le campus de l’Université Technique de Delft, qui semble oubliée par les études françaises sur les « learning centers ». Ici tous les espaces sont pensés pour permettre l’apprentissage.

le hall de design industriel, surplombé d'espaces de travail individuels

Ici, il y a des espaces de travail partout dans les bâtiments, même dans les couloirs : des zones de travail individuel avec ou sans ordinateur ; des zones de travail de groupe lumineux avec tableau, ordinateur, prises de courant et réseau ; des zones de discussion. L’idée première qui guide cette organisation est que les étudiants travaillent mieux, de manière plus efficace quand ils sont sur le campus. Il faut donc leur donner le confort nécessaire pour les inciter à rester sur le campus le plus longtemps possible, puisqu’ils ne travailleront sans doute plus beaucoup chez eux (ce n’est pas la première fois que j’entendais dire que les jeunes ne travaillent pas chez eux. La différence ici est que l’on s’organise pour compenser cette tendance). Ce ne sont pas des zones séparées. On passe d’une zone de discussion à une zone de travail dans le même couloir. Les espaces sont ouverts, accessibles, et respectés par tous.

Un espace de groupe ouvert

Par ailleurs, les laboratoires sont équipés de zones dédiées pour accueillir des groupes projets. Ces zones ont des formes variées suivant les domaines d’applications, la taille des groupes, la nature et le déroulement du projet. Les résultats des projets précédents, ou de projets emblématiques sont intégrés à la décoration du lieu. On peut ainsi voir partout les réalisations et les succès précédents (il y en a beaucoup à Delft). Les étudiants sont donc implicitement engagés à faire mieux que ce qui a déjà été fait.

Et pourtant, ils ont également une bibliothèque (un « learning center » pour adopter la novlangue) superbe, qui incite à la lecture, et à la recherche.

Tout semble conduire les élèves à travailler dans une ambiance détendue, mais studieuse. Et ici, on compte des milliers d’étudiants, qui entrent et sortent librement. Avec des enseignants, qui s’investissent pour associer recherche et étudiants, pour les aider à donner le meilleur d’eux-mêmes et à s’épanouir.

Il est donc possible d’organiser une « learning university », dont le « learning center » n’est qu’une composante intégrée. A ne pas oublier au moment où l’on compte rénover les bâtiments.

Bibliothèque de la TU Delft : livres mis en valeur !

Crédit photos :

Quelles dimensions collaboratives et sociales autour du Programme Informatique et Science du Numérique de Terminale ?

L’éducation nationale vient de sortir pour avis les programmes de terminale pour la rentrée 201X

Pour en avoir entendu parler depuis longtemps, j’étais impatient de découvrir celui dédié à l’informatique. L’EPI y a semble-t-il été très active et nous en a rappelé récemment l’historique. A sa lecture, quelques remarques me sont venues. Je les espère constructives. Les voici regroupées autour de quelques grands thèmes.

Les objectifs

Le préambule positionne des objectifs nobles et partagés. L’idée est fournir aux élèves quelques notions fondamentales et de les sensibiliser aux problèmes sociétaux induits. Créativité, innovation, questions sociétales, interdisciplinarité, pédagogies par projets sont des qualificatifs qui semblent centraux dans les ambitions de cet enseignement. L’idée de revenir aux fondamentaux pour pouvoir comprendre est en tout cas un principe scientifique sain, donc pouvant être partagé.

La difficulté ressentie, l’inquiétude que l’on peut avoir est de comment relier des aspects fondamentaux, aujourd’hui profondément enfouis dans les systèmes, avec les grandes révolutions entrainées par l’informatique d’aujourd’hui. Si un tribun comme Gérard Berry y parvient de manière élégante et convaincante, est-ce que cela pourra être le cas dans chaque classe de lycée ? Où ne risque-t-on pas d’avoir une approche technophile qui fasse l’impasse sur les enjeux sociétaux si difficiles à cerner, et dont les débats qu’ils peuvent susciter peuvent être difficiles à animer sans un recul suffisant ?

Quand on déroule le programme, on peut s’étonner que les termes tels qu’Internet ou Web ne soient pas cités, ou uniquement comme langage de description. Comment lier fondamentaux et enjeux sociétaux si l’articulation centrale entre les deux est absente ?

Et surtout pourquoi ne pas utiliser les outils modernes (disons web2.0 pour faire vite) comme support à cet enseignement ? Ou du moins en suggérer l’utilisation comme outil ?

Les moyens proposés – le projet

La notion de salle adaptée et équipée est avancé. Il sera intéressant de qualifier ce que veut adapté veut dire. Le diable se cache dans les détails.

Mais ce qui m’a le plus étonné dans ce programme, c’est la définition de pédagogie par projet qui y est donnée. En effet, si dans le préambule on parle de créativité, d’innovation est mise en avant, la définition du projet ici est une définition d’un développement ciblé d’un maitre d’œuvre qui respecte une demande précise. L’imagination se limite à l’exploration de solutions correctes par rapport à une solution unique. Les étapes sont celles d’un projet de production, pas celles que l’on retrouve classiquement dans l’apprentissage par projets (APP).

La définition de l’évaluation est totalement insuffisante : on est dans un schéma par défaut de type rapport + oral que l’on trouvait classiquement dans lequel les éléments quantitatifs sont présents (une dizaine de pages) mais dont les critères sont absents. Que veut-on valider ? La capacité à aborder un problème sociétal ? À rédiger ? À suivre une démarche projet de production ? À coder ? À écrire un algorithme ? On reproduit ici un schéma hérité des écoles d’ingénieurs, sans avoir conscience de la limite de l’exercice. On parle de questions sans expliquer quels précisions elles sont censées A quoi sert-ici d’obliger la production d’une dizaine de pages ? En quoi un oral et une démonstration ne seraient pas suffisants ? Il me paraît d’ailleurs tout à fait étonnant qu’un programme d’enseignement ne donne pas explicitement des objectifs pédagogiques globaux, sous forme de compétences, ce qui est pourtant indispensable pour définir les évaluations.

De plus, aborder une telle pédagogie par projets pourrait permettre d’explorer les usages de l’informatique, au travers de l’utilisation d’outils qui permettraient des échanges entre groupes, en proposant par exemple un blog du projet. C’est dommage, on parlait pourtant d’interdisciplinarité dans le préambule, qui est pourtant une notion que l’on retrouve dans les textes des B2i et autres C2i. Peut être, y-a-t-il eu une inquiétude de confusion entre informatique science et informatique outil ? Ou peut-être les informaticiens ne veulent pas promouvoir ces outils, en bons cordonniers ?

Les éléments de programme

Le découpage en quatre thèmes est très classique, mais cela est en phase avec l’option de construire les fondamentaux : représentation de l’information, algorithmique, langage et programmation, architectures matérielles.

Dans cette volonté de coller au fondamentaux, on peut néanmoins s’étonner de l’item « transmission série (point à point) ». Si celui-ci a été un grand classique à la glorieuse époque de la liaison RS232, il a aujourd’hui disparu de nos machines. Physiquement, cette liaison n’existe plus. Pourquoi vouloir faire une réalisation pratique à ce niveau (c’est la seule dans la rubrique « architecture matérielles »), alors qu’il me semble que cela n’a plus de sens au niveau physique dans les architectures modernes. Réfléchir à la notion de protocole est indispensable avant de passer à l’adressage, mais pourquoi vouloir revenir à une technologie complètement obsolète pour le mettre en évidence. Des exercices « papier » pourraient tout aussi bien convenir.

Ce genre d’erreur peut faire basculer un programme d’une orientation « fondamentale » à « anachronique ». C’est en effet le risque d’un programme basé sur des principes aujourd’hui largement étendus dans les architectures modernes.

Le lien entre les concepts présentés et les aspects plus ouverts ne semble être supportés que par la conversation, l’échange, ou renvoyés vers d’autres disciplines. Il y a alors risque fort que ces aspects soient laissés au second plan. Surtout que les capacités associées ne sont pas évaluables. Comment évalue-ton une prise de conscience ?

Un moyen de permettre, ou d’assurer un débat à ce niveau serait peut être de proposer le débat à un niveau plus large, en utilisant un réseau social entre les terminales.

Sur les enjeux sociétaux, ils se concentrent une fois de plus sur les risques des données sur Internet : persistance des données sur les personnes, téléchargement illégal, consultation de données répréhensibles dans certains pays. Pourquoi ne parle-t-on pas également des opportunités offertes par ces architectures : accès à l’information, partage, possibilités de création accrues, outils de simulation permettant de mieux analyser le monde qui nous entoure…

L’appropriation de ce programme

Il me semble qu’il y a une ambition noble dans ce programme en voulant associer fondements et enjeux sociétaux. Le risque est qu’il ne soit pas suivi localement, soit par manque de compétence ou de goût à aborder les aspects sociétaux, soit par manque de matière pour pouvoir alimenter ne pas être suivie.

La création de ce nouvel enseignement pourrait permettre de construire une communauté active pour rendre cet enseignement le plus passionnant possible. Sur le modèle de Sésamath, les Clionautes, Manège … Cela permettrait également de constituer une base documentaire partagée qui sera précieuse pour démarrer un enseignement qui n’existe pas aujourd’hui. La création d’une communauté d’enseignants de l’informatique serait la bienvenue. Elle pourrait être indépendante, ou hébergée par un établissement du supérieur.

En résumé, des propositions :

  • Envisager des démarches projets plus dynamiques ;
  • Envisager l’utilisation des outils collaboratifs pour l’évaluation des projets ;
  • Encourager le débat sur les enjeux sociétaux via des réseaux sociaux ;
  • Un détail : supprimer l’établissement d’une communication sérielle entre deux machines ;
  • Et surtout créer une association d’enseignants collaborative sur le modèle d’autres disciplines, dont l’objectif serait de créer et gérer des ressources pédagogiques, des banques de sujets de projets et des débats sociétaux (qui intègrent les aspects positifs de l’avènement de l’ère numérique).

Crédit photo : bisexual_computer_program_applesoft_basic Par steveluscherLicence CC-by-nc-sa

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