Une session/débat sur l’École en transition au forum des usages coopératifs

« École en transition » ! Cet important sujet nous réunira pendant 3 matinées du 5 au 7 juillet 2016 à Brest au forum des usages coopératifs. Nous y parlerons de tout ce qui se fait dans, autour et à coté de l’école pour vivre ces transitions qui transforment notre société.

Je viens de reprendre l’organisation et l’animation de cette « session », un peu au débotté, mais avec plaisir finalement, et surtout plein d’envies :

  • J’ai envie de faire le point avec les participants des actions de chacun qui font sens pour vivre cette transition aux travers de leurs témoignages. Ce sera notre travail commun principal lors de la première matinée.
  • Nous (je dis nous car c’est un souhait partagé par les intervenants du deuxième jour) avons envie de comprendre ce que chacun projette quand on parle de transition de l’école, de comment nous pensons ces transitions dans le cadre de l’école, et comment préparer à ces transitions. Bref de comprendre de quoi on parle quand on parle de transition à l’école.
  • Et puisque le numérique est un vecteur du changement, je compte sur les intervenants de la dernière séance pour nous proposer des actions en cours ou à venir pour évoquer des pistes d’actions, sur lesquelles les participants pourront réagir et qu’ils seront invités à enrichir.

Ainsi la session éducation nous permettra bien de décliner la thématique du forum :

Transition numérique, transition énergétique et écologique, transition numérique, économie collaborative, école en transition, industrie 4.0 c’est toute la société qui se cherche un à venir entre un ancien qui ne fonctionne plus et un futur incertain parsemé de dangers. …

Vous l’avez compris, le terme école du slogan est à comprendre au sens le plus large, et intègre toutes les dimensions de l’éducation. Notre ambition est bien d’éclairer le débat en mettant en avant ce qui va dans le sens d’une école/éducation souhaitable, plus ouverte, plus inclusive et respectueuse de la personne, à même de donner les outils pour aborder les grands enjeux des transitions.

Pour rappel, ce sera pour la session éducation, la quatrième session.

Cette année, nous revisiterons donc ces sujets à la lumière de ces transitions qui impactent tous nos repères et à laquelle l’éducation doit répondre en lien avec la société.

Si vous voulez contribuer à construire cette vision, vous pouvez proposer un témoignage, une contribution, un point de vue sur le site du forum. Vous pouvez m’envoyer un message. Mais surtout vous êtes invité à venir débattre pendant le forum. On compte sur vous !

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Crédit photo : L’escalade du chateau d’eau _ Clement Murin par Marc Blieux licence CC-by-nc-nd

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Des données, des apprenants et des partages à construire pour se construire soi-même

Si la question des données d’apprentissage, ou learning analytics pour se raccrocher à la terminologie anglaise, ont pris une importance particulière avec le développement des MOOC et les questionnements autour des Big Data. Il y a bien entendu beaucoup de questions et de recherches autour de ce que l’on peut mettre en évidence. C’est d’ailleurs la préoccupation première de chercheurs entrepreneurs comme Daphne Koller de Coursera. La communauté de chercheurs mène également en parallèle des débats, comme par exemple « les données corrompent l’éducation », propose des chartes éthique comme Asilomar, intègre cette problématique à l’agenda de ses projets.

Techniquement, une approche basée sur des données ouvertes semble à la fois prometteuse, et respectueuse des personnes, notamment si elle encourage le partage social de connaissances, comme proposé par George Siemens.

Respectueuse des personnes peut être, mais le respect nécessite que la personne, et ses droits soient correctement identifiés. On connaît le droit des malades, mais on n’a pas de droit avéré de l’apprenant. On ne se demande pas si et comment ces données doivent agrégées sous forme de dossier, de portfolio, ou alors comme service proposé par une université, ou par une plate-forme externe qui va vous proposer de tout saisir à nouveau.

Deux événements récents m’ont permis d’avancer dans une réflexion engagée depuis juillet dernier.

D’une part, le séminaire organisé dans le cadre des ateliers du dépôt légal du web. Le dépôt légal du web, c’est l’archive du web pour mémoire, comme on archive les livres ou les films, et dans ce cadre une réflexion est menée sur ce qui pourrait être rendu possible grâce à cette archive. Mémoire pour tous les chercheurs. Si celle-ci était ouverte, elle pourrait servir aux apprenants à retrouver les sources qu’ils ont utilisées pour référence ultérieure, pour retravailler dessus, et donc potentiellement partager leurs parcours. Pour rendre ces parcours visibles, il faut une carte. François Taddei pense à Wikipédia comme fond de carte, avec comme analogie les cartes routières qui permettent de s’orienter. Cela dit il en faut sans doute plusieurs suivant les points de vue, dans lesquels on puisse se retrouver. Wikipédia permet une cartographie thématique, mais une carte géographique peut également faire sens si l’on veut favoriser les rencontres (exemple : konnektid). Il y a également la question de décoration de ces cartes pour continuer dans l’analogie de la carte routière : des parcours classiques (des autoroutes), plus ou moins durs (une pente) …

Lors de cet atelier, s’est posé la question du statut des productions des apprenants, de leurs traces. Ce qui m’amène au deuxième événement, la concertation nationale sur le numérique. J’ai parcouru les propositions pour l’éducation et la formation des citoyens de la société numérique. On y parle de la valorisation des données pour permettre l’innovation, de l’accès aux données pour permettre la recherche, de faire évoluer les enseignants, mais nulle part on ne met en avant l’importance de la construction de ces données du point de vue de l’apprenant. Je dis apprenant, car pour moi ce terme englobe tous les statuts : élèves, étudiants, formation professionnelle, formation tout au long de la vie, formation citoyenne…

Et pourtant si on regarde une construction du point de vue de l’apprenant, il devient possible de se poser la question de la conduite de ses apprentissages (George Siemens, encore lui, considère que la définition de ses objectifs d’apprentissage est également une construction sociale), du partage de services, sur le modèle d’AirBnB et d’imaginer des services d’apprentissage collaboratif, tout comme on a des services de consommation collaborative, sans parler d’un « Learning Trip Advisor » basé sur wikipédia. Dans tous les cas, cette construction n’a de sens que si elle est volontaire de la part de l’apprenant, car elle se base sur son vécu.

Si on regarde ce qu’un apprenant produit, on peut distinguer trois types de données :

  • Les traces laissées en interagissant avec les dispositifs qui sont potentiellement recueillies et exploitées par les plate-formes, qui incluent les résultats aux exercices d’application, les temps passés à lire, à visionner, à pratiquer, les interactions, les courbes de progression, avec une granularité allant jusqu’aux simples clics ;
  • Les résultats aux évaluations, sanctionnant leur réussite, et permettant la délivrance ou non de diplômes, attestations, certificats ou autres badges. Ces données sont hébergées par les établissements et/ ou par des plate-formes privées ;
  • Les productions des apprenants dont le statut est actuellement déterminé par l’hébergeur, éventuellement l’équipe enseignante responsable du dispositif/cours dans lequel la production se déroule.

Il est important de permettre aux apprenants de parvenir au contrôle de leurs données dans leurs différentes formes pour répondre à un des enjeux majeurs pour l’éducation qu’est la question de l’émancipation. Les enjeux sont :

  • de permettre l’exploitation personnelle de ses données pour donner la possibilité à chacun d’exploiter ses données en fonction de ses propres objectifs, et de construire son propre CV/portfolio/ storytelling ;
  • d’encourager des interactions sociales choisies. Actuellement, les interactions sont limitées dans le cadre des cours, donc soit des institutions, soit des services privés. Les données extraites peuvent être réinvesties dans d’autres services pour démarrer un autre apprentissage, pour présenter des exemples de parcours, …
  • de permettre la reprise, la publication et le partage de travaux menés lors d’apprentissage, notamment lors de projets, de production de contenus, … L’idée est de considérer les productions des apprenants 1) comme relevant du droit de l’étudiant, 2) comme ressource pédagogique à part entière et de relever du même statut, de préférence de type biens communs par défaut.

Techniquement, il s’agit donc de découpler les données des plate-forme pour permettre à l’apprenant (ou son représentant légal s’il est mineur) de les ré-exploiter selon ses besoins. Elles doivent donc être extractibles comme toute open data et conservées par l’apprenant avec des formats ouverts pour ré-exploitation. Il est donc important de définir un statut pour ces données qui donne corps à cet apprentissage tout au long d’une vie.

Ce statut de l’apprenant doit permettre de l’intégrer dans la réflexion de manière équilibrée avec les institutions, les enseignants, les plate-formes éditrices de contenus (éditeurs, MOOC), les chercheurs, et les nouveaux services innovants qui pourront être proposés si ces données sont découplées des plate-formes sources.

Il doit permettre également de penser les temps longs de l’apprentissage, et de se reposer de bonnes questions : comment définir et construire son parcours d’apprentissage ?

Si vous partagez cette proposition, merci de l’appuyer sur le site de la concertation : https://contribuez.cnnumerique.fr/debat/105/avis/3196

Quelques innovations pour plus de social dans les MOOC

Vous aimez les MOOC ? moi aussi. Mais ce qui m’intéresse plus particulièrement ce sont les innovations qu’ils permettent. Voici donc quelques nouveautés que j’ai pu relever. À vous de me compléter, en commentaire ici ou en contribuant à mooc.fr. Vu le nombre de cours proposés, il est en effet indispensable de s’organiser une veille collective 🙂 Voici donc quelques innovations qui ont retenu mon attention.

Une communauté ouverte, c’est une communauté qui se renouvelle

Le MOOC ITyPA, pour Internet Tout y est Pour Apprendre en est déjà à sa 3ème saison automnale. Doyen des MOOC francophones, il prolonge son exploration des modes d’apprentissages sur le web. Le format, le site, les contenus, la communauté, les personnalités invitées ont tous été renouvelés. Plus original, même l’équipe d’animateurs/concepteurs a été complètement changée. Les pionniers de la première saison ont pu/su laisser la place à une équipe totalement nouvelle, et super motivée, faite de participants des années précédentes. Les personnes changent, mais l’esprit reste. C’est assez rare pour être mis en avant.

Des partenariats pour des prolongements dans des tiers lieux

ITyPA toujours proposait déjà l’année dernière à des associations, ou à qui voulait de relayer des événements, des regroupements locaux pour permettre de prolonger l’apprentissage en présentiel. La formule a donné des formes de propositions très variées, en phase avec les actions dans les territoires. L’opération est renouvelée cette année, avec 6 propositions pour l’instant, toujours aussi variées.

Le MOOC l’entrepreneuriat qui change le monde proposé par l’ESSEC a une approche plus structurée en proposant des rencontres complémentaires, des échanges, et même un concours pour récompenser les meilleures propositions des participants. Il y a ici une vraie cohérence dans le dispositif pour susciter des créations d’entreprises. La structure qui a monté le MOOC joue parfaitement les synergies entre partenaires. Allez visionner la vidéo à la une du site de l’Institut de l’innovation et de l’entrepreunariat social de l’ESSEC, elle semble plus complète.

Dans les deux cas, il y a une synergie claire entre dispositif global et relais locaux. Des initiatives à suivre donc.

Des MOOC qui s’intègrent dans les cursus

Yves Epelboin revient de la grande conférence Educause, et nous fait part de ses dernières observations. Le mot clé MOOC semble avoir disparu, mais selon lui c’est parce que l’approche est devenue si naturelle pour les universités qu’on parle désormais d’online-learning pour parler de MOOC. Le phénomène se banalise, pour mieux s’intégrer dans les formations.

Plus de social dans un MOOC

La rupture la plus impressionnante semble encore une fois revenir à George Siemens et à son équipe. Ils nous proposent en effet toute une série de dispositifs pour encourager l’apprentissage et les échanges dans un MOOC. Le point de vue plus technique est proposé dans EduGeekJournal.(joli nom, n’est ce pas?) L’idée principale est sans doute de chercher à associer nos fameux xMOOC et cMOOC pour en faire un dispositif plus riche. En quelques mots :

  • Une fonction « Quick Helper » qui permet de trouver un participant pour échanger directement quand on rencontre une difficulté, pour inciter les participants à aider leurs pairs ;
  • La création intelligente de groupes à la volée autour d’une question, pour engager la conversation avec d’autres participants présents qui partagent un même intérêt. Cette possibilité de construire dynamiquement des groupes, et de trouver à toute heure des gens avec qui échanger sont le genre de fonctionnalités qui font sens, faciles à mettre en œuvre dans un MOOC qui typiquement n’ont aucun sens dans des systèmes moins ouverts ;
  • La construction d’un profil étudiant persistant à partir de ses productions sur le web. Au delà des lettres quotidiennes déjà proposées dans les approches connectivistes, cela permet de rendre visible le parcours de chacun, et d’encourager les échanges. L’outil utilisé s’appelle ProSolo, se définit comme un logiciel social basé sur les compétences, dont il me tarde de trouver des informations sur ses fonctionnalités ;
  • La mise en place de la persistance des ressources pour que la communauté puisse se prolonger au delà du cours (NdA : Je ne sais plus si je l’ai déjà indiqué sur ce blog, mais la persistance de l’accès à l’information qui a été utile pour apprendre, me paraît intéressante pour retrouver facilement ce qu’on a déjà appris, c’est même le principe de base des révisions). C’est une nouvelle forme d’ouverture qui fait également sens tant le MOOC peut être vu comme un outil de création de communauté, comme l’a d’ailleurs prouvé ITyPA ;
  • Et finalement, l’équipe nous propose une fonctionnalité d’adaptivité en permettant de sélectionner son niveau de difficulté de question au travers d’une banque d’évaluation, sur le modèle bien connu de DS106, un cours qui propose aux visiteurs un challenge différent chaque jour.

Bref, beaucoup d’options qui sont censées donner du sens aux apprentissages et permettre de trouver son chemin dans un domaine complexe, tout en donnant de l’autonomie et en encourageant les échanges. À suivre donc. Le cours commence le 16 octobre et s’appelle Data, Analytics, and Learning (#DALMOOC https://www.edx.org/course/utarlingtonx/utarlingtonx-link5-10x-data-analytics-2186). C’est d’ailleurs un sujet important pour les MOOC.

L’heure est à l’hybridation, et c’est très bien comme çà. N’hésitez pas à vous inscrire à ces MOOC, ne serait-ce que par curiosité, c’est ouvert 🙂

Et merci d’avance à ceux qui feront part de leurs propres découvertes.

 

 

Crédit image : tiré de http://www.edugeekjournal.com/2014/05/04/designing-a-dual-layer-cmoocxmooc/  article écrit par Matt Crosslin – licence CC-by-nc-nd

 

Le CnNum nous propose de bâtir une une école créative et juste dans un monde numérique

Le Conseil National du Numérique a donc publié vendredi dernier son rapport sur l’école titré Jules Ferry 3.0. développé autour de 8 axes, il fait 40 recommandations pour bâtir une une école créative et juste dans un monde numérique.

L’une des grandes qualités du Conseil National du Numérique est de s’atteler à faire la synthèse des propositions existantes pour dépasser l’état de l’art. On retrouve donc ici les différents points portés par les différents courants autour du numérique et de l’éducation, dont la fusion se traduit par une articulation autour des 40 propositions. Les différents courants de la culture numérique (si bien récemment décrits par Jacques-François Marchandise) y sont donc intégrés. Informatique et littératie numérique sont ainsi mis en résonance. Tous les acteurs de l’éducation (y compris les parents et le périscolaire) et de l’industrie sont concernés par ce rapport. Il en résulte une proposition systémique, bienvenue tant cette approche globale est nécessaire pour que l’on puisse avancer, pour que l’on puisse redonner un cap à l’éducation.

Sa force, mais aussi sa grande faiblesse, chercher à s’appuyer sur tous les acteurs et les encourager à évoluer. Il souligne par exemple que l’édition n’a pas encore engagé un vrai travail autour de son modèle d’affaire, point pourtant central pour embrasser les dynamiques de coproduction qui existent autour des ressources. Que se passera-t-il si seule une partie des acteurs engage le changement ? Que se passera-t-il si certains font de la résistance tout en faisant croire qu’ils participent ?

On le voit, il s’agit d’une invitation à avancer, pas d’un programme finalisé. Et c’est très bien comme cela. La proposition d’un Bac Humanités Numériques est enthousiasmant tant dans son ambition et son ouverture que son contenu. Le rapport reconnaît qu’il faudra construire les débouchés d’un tel Bac, pour y attirer les élèves. Il propose d’ailleurs une construction ouverte d’un tel Bac, et de le proposer sous forme de double diplôme adossé à un autre Bac dans un premier temps.

De même la question de comment mener une recherche pour mieux comprendre les changements du numérique méritera également un débat. Au delà des questions d’édition, il sera intéressant d’y intégrer les dynamiques de science ouverte, de science 2.0.

Les différents courants se sont mis autour du rapport, mais on a parfois l’impression qu’il reste encore du chemin à faire pour adopter une démarche conjointe de changement, de co-design dirait l’auteure principale. Par exemple, le verbe utilisé pour la partie 7 est en décalage avec le reste du document : « Accepter les nouvelles industries de la formation ». Ce chapitre est traité de manière défensive et tranche par rapport au reste du rapport. L’enseignant ne semble plus acteur associé dans une démarche collaborative, mais sommé d’accepter des nouvelles fonctionnalités. La conclusion cherche d’ailleurs a gommer cette tendance en proposant d’évaluer les propositions faites dans cette partie. L’économie numérique doit effectivement être force de proposition, source d’opportunités, comme le souligne cette extrait de la première partie « rendre l’école désirable » :

à propos des MOOC et autres propositions numériques, En prouvant les mérites d’une école numérique hors les murs, les nouveaux industriels de la formation obligent les systèmes classiques à affirmer leur valeur, à renforcer leur qualité et à accélérer leurs évolutions.

Bref, il reste à renforcer cette dynamique de collaboration que veut enclencher ce rapport. Mais ce sont bien les premiers pas qui vont dans la bonne direction auxquels le Conseil National du Numérique nous convie aujourd’hui.

Alors, Chiche, on y va ? On la conçoit ensemble cette école en réseau dans son territoire ?

 
Crédit photo : Libreville  by CNE CNA C6F – licence CC-BY-ND

Un MOOCamp pour l’école des communs au Forum des usages coopératifs

Comme mise en bouche pour le Forum des usages coopératifs, nous vous proposons de venir imaginer et scénariser les premiers MOOC autour d’une école des communs le 1er juillet à Brest.

C’est quoi un MOOCamp ?

Tous faiseurs de MOOC : Proposer, imaginer, scénariser des nouveaux MOOC en une journée, c’est l’objet du MOOCamp Day. Sur le modèle des barcamp et autres journées d’innovation, dans lesquelles tous les présents participent, le déroulement de la journée suit un schéma efficace : présentation de sujets de MOOC proposés par des participants et vote par l’assistance, puis ateliers de brainstorming et de construction impliquant tous les participants. La formule a été proposée par SenseSchool qui partage sa méthodologie, et c’est une excellente manière de transformer l’éducation.

La formule MOOCamp a déjà été jouée deux fois avec succès dans le cadre de l’initiative France Université Numérique. Il est donc temps de lui proposer d’autres horizons. Le cadre du Forum des usages coopératifs est naturel pour un telle ouverture, avec son motto « la coopération en action ». Ce Off constituera donc une excellente introduction à la session « L’école contributive » !

Pourquoi l’école des communs ?

Cette formule d’école des communs reprend les valeurs du forum. Autour des biens communs, il y a la notion d’éducation, de partage de valeurs et de savoirs bien de la contribution. Pour imaginer des formations citoyennes, pour proposer des formations accessibles à tous portées par des collectifs, le MOOC, Cours Ouvert à Tous en ligne et Massif est une option qui semble porteuse dans la droite ligne d’une initiative comme l’Université Pair à Pair (P2PU).

Vous cherchez un exemple ? Le MOOC sur les Ressources Éducatives Libres proposé au printemps est d’une certaine manière fondateur. Vous cherchez des thématiques ? Le programme du Forum en regorge. À titre d’inspiration, je vous propose également un point de vue de Christine Vaufrey : Les MOOC d’équipe débarquent ! N’hésitez par à venir partager votre passion et proposer votre sujet, quel qu’il soit, l’école des communs est ouverte.

Un tout petit peu d’organisation.

Vous êtes intéressé ?Vous comptez venir ? Proposer un sujet à explorer ensemble ? Vous pouvez vous inscrire sur ce formulaire en ligne, ou amender la page wiki du MOOCamp.

La journée aura un déroulement classique : rendez-vous 14:00 – proposition de sujets et vote – travail en ateliers de brainstorming puis de consolidation – en fin de journée : présentation, vote et acclamation des sujets travaillés dans la journée – avant de rejoindre l’apéro coopératif de nos régions proposé dans le cadre du forum des usages, et de découvrir le programme de la soirée.

 

Crédit photo : T Shirt clicc par Sylvain Naudin – licence CC-by-sa

Tous faiseurs de MOOC – mon second MOOCamp Day

Tous faiseurs de MOOC : Proposer, imaginer, scénariser des nouveaux MOOC en une journée, c’est l’objet du MOOCamp Day. Sur le modèle des barcamp et autres journées d’innovation, dans lesquelles tous les présents participent, le déroulement de la journée suit un schéma efficace : présentation de sujets de MOOC proposés par des participants et vote par l’assistance, puis ateliers de brainstorming et de construction impliquant tous les participants avec des animateurs formés par SenseSchool. Plus le public est varié, mieux c’est.

Après le succès de la journée du 11 janvier à Paris, la seconde journée se déroulait ce 14 juin en 7 lieux entre Brest, Lyon, Montpellier, Nany, Paris, Toulouse et Tunis. À Brest, nous étions accueillis par l’UBO, avec l’appui de l’UeB, de FUN et l’animation de Télécom Bretagne.

Si un appel était lancé en amont, il était évidemment possible de proposer son sujet sur place. Ainsi c’est bien parce que j’ai asticoté un petit groupe d’étudiants présents que l‘un d’entre eux nous a proposé un sujet « 1 MOOC pour sauver 1 vie » qui a suscité l’adhésion de la salle ! C’était donc le sujet surprise et c’est tout à fait dans l’esprit de ces journées « Camp ».

Il ne s’agit pas de choisir institutionnellement un sujet qui sera forcément pérenne, mais bien de faire ressortir l’originalité, d’apprendre ensemble, de s’imprégner de nouvelles tendances, éventuellement de servir d’accélérateur aux sujets retenus. Certains collègues enseignants-chercheurs avaient un peu de mal avec le caractère informel des choix tant au démarrage qu’à la fin de journée quant suite aux votes, c’est ce sujet « 1 MOOC pour sauver 1 vie » qui a encore recueilli le plus de suffrages. La question était alors de savoir quel était l’engagement de l’institution, alors qu’il s’agit à ce stade d’un simple coup de cœur, une manière de saluer l’impertinence, le travail réalisé dans la journée et la nature du sujet.

Il s’agit bien d’une approche informelle dont le porteur peut retirer des bénéfices (l’expérience, les idées proposées, un début de reconnaissance) mais qui n’engage pas l’institution à ce stade. C’est également le cas pour le MOOC du jury («Valoriser, entreprendre pour innover »). Là encore le choix du jury est souverain, valorise le résultat de la journée, l’intérêt du sujet, l’image véhiculée et n’engage pas un soutien à terme (quoique dans ce cas là, il est certain que l’institution porte un intérêt pour le sujet).

Deux autres sujets ont été animés durant cette journée à Brest. Le premier, « Cuisinez comme un chef », devenu COOKMOOC en fin de journée a suscité plein d’idées intéressantes concernant les activités possibles, mais a souffert d’un crash à la présentation finale qui n’a pas permis de bien percevoir toutes les innovations embarquées. Gageons que le sujet sera poursuivi par sa porteuse Sophie Briand qui nous a apporté ce sujet pour le Centre Culinaire Contemporain et les Cercles Culinaires de France . Il semble d’ailleurs que la thématique était présentée dans plusieurs villes. Espérons que le fait d’avoir été tous présentés au MOOCamp permettra des rapprochements. Le second « La terre, une planète en mouvement » a permis de tirer parti d’un senior récemment en retraite qui a permis de valoriser son expérience.

En passant, joli titre sur le Télégramme pour relater cet événement : « Dans le mic-mac de la fabrique des MOOC »

 

Cette journée a été particulièrement riche pour les enseignants et autres ingénieurs pédagogiques qui découvraient la dynamique de ces démarches d’innovation, de concassage, de dynamiques de communautés qui permettent de visiter autrement la manière de concevoir un cours, et qui donnent après quelques heures un résultat prometteur et dans tous les cas très différents de ce que produirait une équipe pédagogique classique. Le grand mérite de ces journées est bien de permettre d’ouvrir la porte à des pratiques nouvelles porteuses d’ouverture, et d’aborder de manière simple des concepts parfois mal jugés comme la notion de public visé, de compétences ou de scénario pédagogique.

Mérite augmenté par le fait que ces journées étaient effectivement nationales. Et cela se sentait bien sur les réseaux sociaux, que ce soit facebook ou twitter. Cela faisait particulièrement plaisir de voir que les acteurs de la pédagogie et du numérique étaient nombreux à échanger, et de les retrouver à se faire signe de site en site. Ce coté Intervilles était lui aussi assez festif. À l’arrivée, cela fait tout de même 30 sujets explorés, autant que le nombre de MOOC actuels sur FUN-MOOC, c’est pas rien !

Bref, une journée qui ouvre l’enseignement supérieur à la société civile, et c’est une excellente chose. Une journée qui fait avancer la pédagogie et le numérique au sein de l’enseignement supérieur, et c’est une grande nouvelle 🙂

 

Crédit photo : les images ont extraites du fil de tweets de @bay_nay, alias Bénédicte Donal.

Moi je MOOC, et vous ?

Le MOOC en 4 lettres

MOOC est donc un acronyme anglais (« Massive Open Online Course ») qui a fait la une de nombreux journaux. Sa traduction en français CLOM, pour Cours en Ligne Ouvert et Massif, n’est pas forcément beaucoup plus explicite. Détaillons quelque peu.

Il s’agit donc d’un Cours, au sens universitaire, avec un début, une fin, une équipe d’enseignants qui accompagne les étudiants, une acquisition de connaissances et des activités qui permettent d’appliquer ces nouvelles connaissances.

Ce cours est en Ligne et Ouvert, ce qui signifie que n’importe quel internaute intéressé peut s’inscrire, et devenir plutôt qu’un étudiant, un participant à ce cours.

L’attribut Massif est ainsi une conséquence de cette ouverture, puisque, si la communication et le bouche à oreille fonctionnent bien, plusieurs milliers, voire dizaines ou centaines de milliers d’internautes peuvent s’y inscrire. Mais au delà des chiffres, c’est bien une expérience nouvelle qui est proposée aux participants des MOOC. Tout comme le caractère Massif de certains jeux en ligne (comme le célèbre World of Warcraft) permet de nouveaux comportements des joueurs, comme l’entraide, l’émulation, la constitution d’équipes, voire de guildes. Tout comme les réseaux sociaux ont révolutionné les prises de contact, les relations entre personnes et aussi la manière de recommander l’information, donc la connaissance. Cette dimension sociale de l’apprentissage permet bien de développer une entraide qui permet à certains d’apprendre mieux en aidant leurs pairs, en questionnant de manière plus libre, ou de résoudre ensemble une énigme (pardon, je voulais dire un exercice, un problème, un projet) qui permettra à chacun de progresser dans ses apprentissages.

Rien ne change, et tout change

Rien ne change, puisqu’il s’agit d’un cours en ligne, ce qui se fait depuis des années, avec souvent des enregistrements vidéos d’enseignants qui transmettent un savoir. Rien ne change parce que des contenus ouverts existent sur de nombreux sites. Rien ne change car la réussite du cours donne droit à une attestation ou un certificat.

Et tout change, parce que l’internaute s’est inscrit par curiosité, et ne s’accrochera que si l’expérience a du sens pour lui. Parce qu’il pourra échanger avec ses pairs et s’appuyer sur une large communauté pour construire ses connaissances, et peut être aller plus loin que ce qui était proposé au départ. Parce que moins d’un tiers des participants viennent pour cette validation. Parce que le contenu sera comparé à ses équivalents sur le web, tant sur le fond (une erreur dans un cours est vite détectée et peut ainsi être corrigée), que sur la forme. Pour les vidéos, les standard actuels sont donc la Khan Academy, pour sa concision, TED pour son ambiance et la passion, et les MOOC nord-américains …

Les premiers MOOC et l’informatique

C’est par un cours d’informatique que l’acronyme MOOC a pris de l’importance. En octobre 2011, Sebastian Thrun et Peter Norvig annoncent que leur cours d’intelligence artificielle à Stanford sera ouvert à tous. En quelques semaines 160 000 internautes se sont inscrits à ce cours. C’est le départ d’un mouvement qui a été rejoint par des millions d’apprenants sur les différents portails de MOOC à travers le monde. De même le premier MOOC de l’EPFL a été sur le langage Scala par son concepteur Martin Odersky.

Sebastian Thrun a créé dans la foulé une startup Udacity, pour proposer des cours en ligne en partenariat avec des experts issus de l’industrie de la Silicon Valley. Autres acteurs de l’ouverture des cours, Andrew Ng et Daphne Koller ont eu aussi créé une plateforme Coursera qui accueille des centaines de cours de plus de cent universités différentes du monde entier, qui représentent la moitié de l’offre étiquetée MOOC à travers le monde.

Derrière ces créations, il y a une ambition, celle de diffuser les connaissances dans le monde entier, mais aussi un objectif, celui de mieux comprendre comment les gens apprennent, en développant l’analyse des données d’apprentissage avec des approches issues des big data et de l’apprentissage automatique. Ce domaine de recherche connaît ainsi un fort développement. Le Cnrs, en partenariat avec l’Institut Mines-Télécom propose d’ailleurs une école thématique sur le sujet début juillet à destination des chercheurs en informatique.

Trouver son MOOC

Très rapidement, des enseignants de toutes les disciplines ont proposé des MOOC, de tous niveaux. Et le catalogue s’étoffe tous les jours, dans toutes les langues, et sur des plate-formes toujours plus nombreuses. Même si Coursera reste la plus impressionnante, de nombreuses alternatives existent : comme edX, qui est gérée par une fondation d’universités et d’autres partenaires, avec le MIT et Harvard en tête, comme Future Learn d’origine anglaise, qui nous propose des cours de haute facture et avec une approche très sociale, ou Iversity qui est la grande plate-forme privée européenne, qui a sélectionné ses premiers cours en organisant un concours où les internautes pouvaient choisir leur cours, sans oublier la plateforme FUN proposée par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche dans le cadre de son agenda stratégique France Université Numérique qui accueille des MOOC de nombreux établissements français. On pourrait citer de nombreux autres acteurs nationaux, ou des outsiders qui cherchent à se positionner sur le créneau. Le portail MOOC list en dénombre plus de quarante à travers le monde.

Quand une offre se diversifie, l’écosystème voit éclore des portails pour guider l’internaute dans ses choix. Outre MOOC list, citons Mooctivity qui offre des fonctionnalités sociales, et MOOC Francophone qui s’est spécialisé dans les cours en français. La communauté européenne propose également un tel point d’entrée en faisant la promotion de la production européenne au travers du site Open Education Europa.

Apprendre en ligne

Évidemment, le MOOC n’est pas la seule manière d’apprendre en ligne. Nombreux sont ceux qui ont pris l’habitude de travailler sur des ressources variées. Khan Academy vous propose de vous accompagner de votre première addition jusqu’à l’université. Les informaticiens vont chercher des réponses à leurs questions techniques sur des sites comme stackoverflow. Codecademy vous propose d’apprendre à programmer de manière interactive par vous même. Les cours en ligne disponibles sur OpenClassrooms sont connus de tous les professionnels, étudiants et lycéens de France, pour l’informatique, mais aussi de plus en plus en sciences. De plus ces sites sont contributifs, chacun peut proposer du contenu qui sera reversé à la communauté, selon des modalités spécifiques.

Un site comme OpenClassrooms a pourtant fait le choix de proposer des MOOC en plus de ses ressources, pour plus de dynamique et de visibilité. Si l’on parle si souvent de MOOC, c’est qu’ils constituent une réponse à ce besoin d’apprendre en ligne, proposés par le monde universitaire, portés par de grandes institutions, et donc bénéficiant de la réputation des universités. Les MOOC sont plébiscités car ils proposent un cadre connu, ce sont des un cours, un événement avec un début, une fin, un objectif et surtout une équipe d’enseignants, qui donne un cadre à la communauté. C’est donc un accélérateur pour faire évoluer la formation vers le monde numérique.

La forme n’est néanmoins pas figée. Les formes de MOOC sont variées et vont continuer d’évoluer.

Le terme MOOC nous vient d’ailleurs d’un cours de 2008 sur une nouvelle manière d’apprendre en ligne, appelée connectivisme, qui soutient qu’apprendre l’ère de l’abondance des ressources sur le Web est un processus de création basées sur son propre parcours construit sur des connexions entre des nœuds qui peuvent aussi bien être des ressources, des expériences, ou des personnes. L’apprentissage est alors un phénomène émergent. Cette vision de l’apprentissage est en phase avec les modèles de systèmes complexes et les phénomènes d’auto-organisation ou auto-apprentissage observés par des scientifiques de l’éducation comme Sugata Mitra.

Si il est ainsi prouvé que de tels autres modes d’apprentissage sont possibles, nombre de MOOC cherchent à apporter leurs propres spécificités, qui l’évaluation entre pairs, qui l’utilisation du smartphone comme outil de mesure, qui l’organisation de rencontres dans des tiers lieux comme les fablabs … L’enjeu est bien ici de renouveler l’enseignement, chacun apportant sa pierre à l’édifice d’une connaissance ouverte.

Créer son MOOC

Chacun pourra en effet créer son propre cours. C’est la promesse que nous fait mooc.org, site porté par edX et Google, mais qui reste encore à réaliser. En attendant, choisissez votre thématique, cherchez ce qui existe déjà dans le domaine, identifiez votre public, mettez vous à sa place, proposez lui une expérience enrichissante comme le font tous les sites web. Vous pouvez vous inscrire au MOOC de votre choix pour voir comment les autres ont fait, au MOOC « Monter son MOOC de A à Z » sur FUN, à lire les retours d’expérience de ceux qui en ont suivi ou fait un sur mooc.fr, voire à y contribuer…

Ensuite, c’est un travail d’enseignant connecté qui vous attend. Vous chercherez sans doute à constituer une équipe. Vous choisirez votre option d’hébergement. Vous préparerez en groupe votre cours, son déroulement, vous développerez ses ressources, dont sans doute des vidéos, au moins un teaser pour présenter votre sujet, des questions de compréhension, des exercices, des activités de groupe, des projets. Et le jour du démarrage du cours, vous serez là pour lancer un message de bienvenue, pour voir les premiers échanges, pour animer une séance de questions réponses, pour corriger les erreurs vite détectées par les participants, pour susciter les échanges, pour participer.

Tous étudiants, tous professeurs

À l’heure où le numérique permet une ouverture nouvelle dans l’accès à la formation, certains voient dans les MOOC l’annonce d’une standardisation des formations. C’est ignorer que le renouvellement des savoirs croit de manière exponentielle. La faute au web !

La formation restera donc dynamique pour suivre les évolutions et contribuer à sa structuration. C’est bien en s’inscrivant dans cette dynamique qu’il faut imaginer l’apprentissage. Le MOOC constitue une réponse actuelle à ce besoin de formation, dans un environnement web qui nous a habitué à innover sans cesse, et à nous proposer d’être tous contributeurs. Tout comme dans l’industrie du cinéma, il y aura des grands studios, de nombreuses productions, du cinéma d’auteur, et de multiples productions plus ou moins amateur, parfois géniales, et un renouvellement incessant.

L’homme est un animal social. L’appétence pour les échanges entre pairs montrent bien que l’on apprend en enseignant. Et pour rester pertinent en tant qu’enseignant, on n’arrête jamais d’apprendre, donc de contribuer.

Note : cet article a été initialement rédigé pour être publié sur le blog binaire de la SIF

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