Fac en poche – État des lieux du mobile-learning à l’université

C’était le thème des dernières journées numériques de l’université de Paris-Descartes. Qu’en retenir ? N’ayant pu assister qu’à la première journée, le point de vue sera sans doute partiel, mais j’espère éclairant.

Il faut d’abord rappeler que concernant les mobiles, c’est quelque part la première fois qu’une technologie numérique s’invite chez quasiment tous les étudiants avant que l’institution ne s’en préoccupe. Cet objet est d’abord privé pour communiquer dans ses réseaux, avant que d’être un vecteur d’apprentissage. Et de fait, ce sont les services informatiques et TICE qui semblent s’en préoccuper avant les enseignants. Avec une contrainte nouvelle pour eux : accepter un parc (pré)existant.

Et pourtant, François Guité nous a montré que ces équipements s’intégraient dans la révolution numérique qui change notre rapport au savoir, et qui permet d’encourager la diversité des approches au travers de modes pédagogiques différents. De plus, le mobile encourage les apprentissages informels.

Quelles sont les éléments apportés dans ces journées ?

  • La proposition de services étendant les services administratifs et d’accueil dans les universités : les bons plans, les menus des restaurants universitaires, les salles de cours … bref la mise à disposition dans les mobiles du système d’information administratif de l’université. Utile, créant du lien, mais qui ne peut être considéré comme un élément d’apprentissage ;
  • la mise en ligne de podcasts, i.e étendre l’accès aux supports de cours a mobilisé beaucoup de services universitaires tant cette option paraissait intéressante. La présentation « Vers un Moodle Mobile » en était un exemple. Nicolas Roland semble pourtant moins positif sur leur accès sur des équipements « vraiment » mobiles, constatant que leur accès reste majoritairement sur ordinateur (certes portables).

Dans ces 2 premiers cas, on est dans la remise en forme de données. Passons à une dimension plus usages pédagogiques :

  • l’iPad semble être l’archétype du terminal pour enseignant. Permettant d’assurer une projection confortable, un meilleur contact avec les étudiants et proposant tous les services nécessaires pour gérer son cours, ses ressources, ses copies … C’est ce que Jean Debaecker a cherché à nous convaincre. Ce qui correspond clairement aux retours de plusieurs collègues qui ont fait le pas ;
  • Le Cape des Mines de Nantes nous a présenté notamment « Parlez vous chinois ? » qui est une app sympathique pour découvrir le chinois. Initialement développée comme support de cours, elle est maintenant disponible sur l’App store d’Apple. À la fois prouesse technique et réussite pédagogique, elle pose la question du positionnement des universités vis à vis du marché, puisque ici nos collègues se placent dans les marché des applis pour tous. Notons également qu’il n’y a pas eu d’étude pour savoir si cette app permettait d’apprendre ou de compléter un apprentissage ;
  • Pour ma part, j’ai produit un témoignage portant sur l’usage de PC portables dans la salle de classe pour proposer des séquences d’apprentissage différentes.  Je me dois d’avouer que le mobile n’est chez moi qu’un objet d’étude, pas un équipement intégré dans ma pédagogie, sauf à considérer un PC portable comme mobile ;
  • Il semble que le lendemain, il y ait eu des sessions avec des exemples d’usages autour de serious games.

Bref, l’université se rend bien compte qu’il y a un enjeu à proposer une offre sur ces équipements, mais n’a pas les éléments de compréhension pour identifier les besoins, ni surtout les opportunités. Lors de la table ronde du premier soir, à la question des usages possibles des mobiles, certains semblaient avoir leur convictions sur les possibles, les souhaitables, la posture de François Guité était inverse affirmant que « la réponse reste à trouver : on n’a pas assez osé – on n’a pas assez expérimenté »

Un autre fait intéressant est que l’on ne cherche pas trop à définir le terme de mobile. Qu’est-ce que le mobile ? Si on fait référence au mobile-learning tel qu’il est envisagé dans la littérature, on se limite à quelque chose qui tient dans sa poche (le titre de ces journées était « fac en poche »). La première question est alors de savoir quelle information peut être mise à disposition pour être exploitable. Michel Diaz, lors de son intervention en table ronde ce mercredi soir, comprenait des vidéos et des évaluations. La seconde question peut être de savoir quelles sont les choses que l’on peut faire avec un tel outil que l’on ne peut pas faire ou difficilement avec un autre outil. Cela couvre la prise de son, de vidéos, de points géolocalisés en visite de sites, pour alimenter un portfolio, pour résoudre une énigme pendant une chasse au trésor ou autre jeu.

Le fait que l’on peut avoir une réponse à une question que l’on se pose au moment où on se la pose est un autre aspect intéressant des outils mobiles. Mais est-ce encore le problème de l’université, d’aborder cette demande informelle ? Cette dimension reste-t-elle fortuite ou se raccroche-t-elle à un processus d’apprentissage qui rentre dans le cadre de l’institution ? On touche là à des questions de la place que doit garder ou prendre l’institution dans la construction des personnes. Pas si facile. De toute façon, la personne n’ira sur les ressources de l’université que si elles sont plus faciles à accéder et plus pertinentes que d’autres sources. Rien ne peut l’obliger.

On touche là de nouveau aux problèmes généraux de la place des TICE et des connaissances disponibles sur Internet (en effet les mobiles sont beaucoup moins « web » que nos navigateurs). On aborde la problématique du mobile, sans avoir revu notre façon d’enseigner. Le mobile ne fait qu’apporter un nouveau coup de boutoir dans l’édifice. Tant que cette dimension n’est pas assumée, elle risque bien de perturber les autres questions.

Faut-il intégrer ou pas la tablette dans ces réflexions, et pourquoi pas le PC portable, avec ou sans écran tactile ? En fait peu importe. Première remarque, nombre d’aspects du mobile s’appliquent à la tablette : accès immédiat à l’information, disponibilité de nouveaux périphériques (photo, son, vidéo, GPS et donc réalité augmentée, nécessité de remise en forme de contenu …). Deuxième remarque, des fonctionnalités s’ajoutent : possibilité de dessiner, d’annoter, de parcourir des listes de contenus avec des lecteurs adaptés (Pulse ou même un google reader). Ce qu’il y a alors d’intéressant, c’est de positionner le mobile comme un élément qui s’intègre dans un système, comme l’ont parfaitement compris les concepteurs d’Evernote, une application de type cahier de texte multiplate-forme, qui tire parti des avantages de chacune d’elles et propose une vue agrégée de vos données. Tous ces équipements se complètent pour former notre espace d’apprentissage. Dernier point, nous sommes dans une phase d’évolution des terminaux. Le PC/clavier/souris tel que nous l’avons ces 25 dernières années semble appeler à voir ses usages se réduire. Pour moi, il reste essentiellement l’équipement pour coder les autres, et pour des usages de conception de même type. Et la variété permettant de s’adapter aux différentes habitudes, de permettre de  personnaliser les usages, il est essentiel de permettre à chaque usager (étudiants, enseignants, chercheurs) de choisir l’équipement qui lui convient.

Considérons pour finir, les différents usages à explorer dans une perspective mobile. Si la mise à disposition d’informations semble assez naturelle pour les universités, malgré les limites qui peuvent surgir, il y a deux pistes d’usages différents qui restent à tester et à valider.

Une première piste se positionne sur les opportunités que l’on peut mettre en place dans la classe pour modifier les pratiques d’apprentissage. Recherche d’information, interaction avec l’enseignant par des questions, des réponses à des sondages, à des problèmes, annotation de diapos, prise de notes, de son, de photo de tableau … les solutions sont nombreuses pour changer le rythme d’un cours et réveiller l’auditoire, surtout si on y intègre une dimension collaborative.

Une seconde piste est d’explorer des séquences en situation. Ce peut-être de :

  • proposer des contenus utilisables dans les temps libres (cas des vendeurs en entreprise dans le projet P-Learnet) ;
  • permettre des visites sur site pour certaines disciplines ;
  • prendre de l’information pendant l’action, ou juste après l’action pour l’exploiter après, seul ou en groupe ;
  • permettre des échanges avec autrui en situation ;
  • accéder à l’information au moment où l’on en a besoin, sous des formes adaptées (visualisations diverses comme la réalité augmentée par exemple) …

Dans tous les cas, il s’agit de lier l’expérience vécue et le savoir, en articulant de manière différente l’action. Beaucoup d’opportunités à permettre, à parcourir, à découvrir. On en est qu’aux balbutiements. Il y a un vaste travail de sensibilisation, de découverte, d’évaluation, de diffusion et de formation à faire.

Est-ce que cela se fera dans le cadre de l’université ? Ou est-on dans un cadre d’apprentissage tout au long de la vie ? Sans doute les deux. Beaucoup de réflexions se font autour de l’évolution de l’apprentissage, de la maîtrise des savoirs, de la construction de connaissance dans le travail, de l’avenir de l’éducation. Un chose est sure, cela va bouger et le mobile n’est qu’une petite variable de l’équation, et l’université devra s’ouvrir pour ne pas risquer de disparaître, et sans doute apprendre à collaborer.

Crédit photo : Mobile Learning Revolution par César Poyatos licence CC-by-nc-sa

Du bon usage de la vidéo de cours

Ou, le podcast comme support pédagogique

La vidéo de cours ou le podcast s’impose dans notre arsenal pédagogique. Mais l’intégration de cet outil technique ne s’improvise pas. Il fait même débat, chacun imaginant « le » bon usage.

Il semble plutôt qu’il y ait plusieurs usages, comme tout support pédagogique, suivant son intégration dans le processus pédagogique, et des contraintes de mise en œuvre. Pour mieux comprendre les choix possibles, passons en revue quelques options.

La durée tout d’abord :

  • Doit-on viser la durée d’un cours (entre 1h et 2h de rang) ? C’est une option que l’on trouve souvent, car elle permet de retransmettre directement un enregistrement d’une séance réelle. Cela peut être acceptable pour quelqu’un qui est réellement intéressé ou obligé de suivre l’exposé en question. Il est par contre plus difficile de prévoir un tel créneau à un emploi du temps, et de rester concentré sur une telle durée ;
  • Les personnes qui veulent rendre un amphi plus actif ou même interactif parlent tous d’une durée de 15′ suivie de 2′ de réflexion (sous forme d’échange ou d’exercice d’application) comme la meilleure durée pour l’apprentissage. Cela correspond à la durée d’une présentation lors de conférences, ou surtout à la durée d’une vidéo TED. Bref, suffisamment long pour développer une idée, suffisamment court pour que l’auditoire puisse suivre jusqu’au bout sans se lasser ;
  • Plus rapide, les vidéos de CommonCraft ou de Salman Khan présentent une notion en moins de 7′. L’attention est alors maximale ;
  • Évidemment, si on veut frapper fort, marquer les esprits, la durée d’une pub peut suffire. Par exemple, si vous n’êtes pas convaincu par les licences Creative Commons, allez voir ceci ;

À retenir, le passage à la vidéo repose le problème du rythme. Il est encore plus difficile d’être attentif devant un écran que dans un cours. Il est donc particulièrement important de changer de rythme, de proposer différents temps, par des exemples, des démonstrations, des pauses, pour conserver l’attention. On peut au contraire se permettre d’augmenter la dynamique grâce à la vidéo, en proposant une vidéo d’expérimentation non réalisable en salle, ou de jouer sur la dynamique de construction d’un schéma ou d’un scénario, comme on pourrait le faire avec un papier sur le coin d’une table (ou d’un tableau).

La place dans le cours

  • une vidéo peut être proposée avant le cours pour permettre aux étudiants de découvrir une notion, une thématique, l’aborder à son rythme. Le cours peut alors devenir un espace de questions réponses pour permettre d’éclairer les zones d’ombre, permettre l’appropriation, l’approfondissement.
  • Elle peut remplacer le cours, être le cours (ou une partie), ce qui permet d’économiser du temps enseignant, mais qui nécessite malgré tout des espaces de remédiation, soit au travers de TD, de forums, …
    • comme exemples de parties de cours, qui peuvent être diffusées de manière pertinente on notera : illustration phénomène, témoignage, écran d’ordinateurs …
  • Elle peut être proposée après le cours, notamment si elle est un enregistrement de celui-ci, pour permettre aux élèves de réécouter des passages mal compris, que ce soit pour des baisses d’attention (règle des 15′ d’attention) ou pour des problèmes de langues (nous avons plus de 40 nationalités sur notre campus). Elle peut également permettre de rattraper un cours. L’idée est ici, soit de tout se repasser, soit de retrouver le passage qui pose problème ;
  • Elle peut servir de également servir de support de présentation à un TP, à une manipulation donnée. C’est le tutorial tel qu’on le voit sur des nombreux sites de services innovants web.

Le Public visé :

  • Si le cours est considéré comme étant de qualité, il peut servir à la terre entière. Il y a en général alors un objectif de publicité de l’établissement. L’enregistrement sera repris, léché. La mise en scène sera importante ;
  • Il peut s’agir d’un enregistrement unique qui servira à chaque fois que le cours sera rejoué. Le public est donc l’ensemble des élèves qui suivront ce cours. C’est le choix qu’ont adopté nos collègues de Télécom Lille. Il est alors possible d’investir en ingénierie pédagogique pour que le cours soit le plus clair possible, pour compenser le manque de répétitions d’un cours traditionnel ;
  • L’enregistrement peut être considéré comme à durée de vie courte (la durée d’une session) pour les élèves suivant cette session. L’investissement à l’enregistrement doit être minimum, et le délai de mise en ligne doit être maitrisé, pour s’intégrer dans le déroulement de la session.

L’enregistrement doit-il se faire avec ou sans public ? C’est sans doute au choix de l’enseignant. Être face à un public permet de dérouler son argumentaire de manière plus naturelle, d’avoir une interaction qui permet de détecter à quel moment il y a un problème de compréhension. De plus, cela permet l’enregistrement d’un cours existant sans passer de temps additionnel.

Sans public, le coté vivant de l’exposé risque d’en pâtir (il est plus difficile de faire une blague à son écran), mais le déroulé de l’exposé peut être mieux maitrisé. La pression est potentiellement moindre pour l’orateur. Rappelons que l’objectif est que la vidéo soit vue, et que le contenu passe. À chacun de trouver son style.

Quel niveau d’équipement pour la prise vidéo ?

  • Le minimum correspond à un enregistrement sur son PC de son écran avec un casque microphone. Cela dit, au niveau technologique actuel, on peut faire des choses très correctes avec cet investissement nul.
    • On peut ajouter une webcam pour mettre une incrustation de l’orateur ;
    • On peut également adjoindre une tablette graphique pour permettre de saisir de manière dynamique schémas et autres équations ;
    • J’imagine, mais je n’ai pas vu faire qu’il doit également être possible d’enregistrer un tableau blanc interactif, puisqu’il s’agit finalement de l’écran du PC ;
  • Un studio d’enregistrement permet de mobiliser un équipement plus professionnel, d’assurer un meilleur éclairage, et éventuellement d’être assisté d’un technicien qui permettra des post traitements ;
  • En salle, on peut également envisager des caméras pour prendre le tableau et l’orateur en mouvement. Mais cela nécessite la présence de caméramans. Deux choix possibles : 1 professionnel, ce qui n’est dans les faits possible que pour des enregistrements de conférences plénières ou d’intervenants de renom, ou par les étudiants eux mêmes, ce qui oblige le caméraman à se concentrer sur le discours pour faire la meilleure saisie possible.

Le son est central dans la vidéo. Un mauvais son peut tout gâcher. Attention au micro, à son positionnement, son réglage. Si vous voulez quelques conseils, consultez nos amis de la pointe de Crozon et leurs guides des Baladocréateurs sonores (merci à @isa2886  pour cette suggestion)

Les usages visés et les écrans de consultation possibles. Là, on est dans un débat difficile. Quels usages imagine-t-on que vont faire les étudiants de ces vidéos. Vont-ils les consulter dans leur chambre, dans les transports en commun, sur un grand ou un petit écran ? À ce niveau, les enseignants et autres ingénieurs pédagogiques projettent et on n’a pas de retour fiable des étudiants.

Et suivant l’écran choisi, le chapitrage, la définition de tags des enregistrements, la capacité de prise de notes sont intéressants ou inutiles. Par exemple, si l’écran est petit et que la vidéo est une vidéo de révision, il faut sans doute privilégier simplement le diaporama, l’étudiant pouvant faire des avances rapides pour trouver le passage qui l’intéresse. Si la liaison est moyenne, la prise de notes synchronisée avec le serveur pourra poser problème …

Bref, si on imagine des usages, si on propose des choses, une co-élaboration des usages entre élèves, enseignants et techniciens reste à construire. Peut être sera-t-il nécessaire de proposer plusieurs sorties possibles pour coller à une certaine variété des usages.

Pour finir, quelques inconvénients à la vidéo :

  • Il est plus difficile de survoler une vidéo qu’un livre avant de rentrer dedans. Le nombre de niveaux de lecture est moindre, et donc on hésite plus à démarrer sa lecture. Pour baisser cette barrière, il y a des aides possibles qu’il faut développer : résumé, présentation critique, recommandations, nuages de tags, chapitrage, …
  • La prise de notes est plus difficile. Comment associer notes avec le passage, et les retrouver finalement ensuite ? Comment conserver ces notes accessibles ?

Et quelques avantages :

  • On peut s’arrêter, revoir, aller à son rythme ;
  • La dynamique possible est plus grande qu’avec un support statique type polycopié ou livre : les schémas peuvent être dynamiques, le ton de l’orateur peut aider à comprendre des subtilités … ;
  • Il est possible d’accéder à des présentations de gens connus, ou particulièrement clairs ! Et d’en discuter ensuite.

L’enjeu est donc bien d’intégrer un deuxième type de support de cours au classique polycopié ou livre de cours : la vidéo de cours. On passe donc d’un duo : cours – support statique à un triptyque : cours – support statique – vidéo. Ce qui permet en passant de varier les modes d’apprentissages.

Ce triptyque s’inscrit bien dans un schéma pédagogique défini par l’enseignant, et qui doit être rendu explicite aux élèves, au travers d’un contrat didactique clairement établi, pour qu’ils en tirent le bénéfice attendu.

Ce sont les éléments que je vois aujourd’hui. En avez vous d’autres à ajouter pour entamer le débat ?

Autres articles récent sur les vidéos sur ce site :

Crédit photographique : Podcast Studio B (Backyard) par Garrick, licence CC-by-nc-sa

Des podcasts en cours : bonnes raisons ? bonnes pratiques !

Un collègue m’a envoyé récemment un lien vers ce billet : 10 raisons d’intégrer le podcast dans vos cours. J’ai mis longtemps à l’ouvrir car les listes de bons trucs qui fleurissent sur le web n’apportent en général pas grand chose. J’avais tort.

Car ce billet, sous couvert de convaincre l’enseignant lambda d’utiliser les podcasts, instille en fait un tas de bonnes pratiques, qui si elles sont adoptés par M ou Mme Lambda l’obligeront à revisiter complètement ces cours. ET en mieux :

  1. Séquences courtes de moins de 15 minutes. Une règle souvent rappelée, rarement appliquée en amphi. Et pourtant les vidéos de TED sont sur un format de 16 minutes, et sont des exemples absolus à suivre ;
  2. Laisser les étudiants apprendre à leur rythme et dans la situation qui leur convient ;
  3. Varier les sources, les approches, en intégrant témoignages, contextes différents … Bienvenue dans le monde de la réutilisation des sources (ne ratez pas le concept de ressources éducatives libres) !
  4. Varier les canaux cérébraux pour faciliter l’apprentissage ;
  5. Développer les cours actifs en privilégiant discussion, travail en groupe, APP …, ce qui encourage le travail collaboratif, et la développe les compétences de communication pour les étudiants ;
  6. Travailler en réseau (collaboratif) avec les collègues, les conseillers pédagogiques. et donc prendre l’habitude de partager ses sources.

C’est malgré tout, à mon avis, une inversion de logique. Ce n’est pas parce que M ou Mme Lambda qu’elle utilisera une technologie numérique qu’elle prendra toutes ces bonnes habitudes.

Ce n’est au contraire que parce que ces bonnes habitudes seront prises que les élèves tireront tous les bénéfices de ce renouvellement. Le pari, c’est qu’à l’occasion du passage au podcast, l’enseignant en profitera pour revisiter ses pratiques. Il faudra pour cela un environnement favorable et une motivation suffisante  qui encourageront l’expérimentation et la prise de risque. Sinon, on va vers une déception supplémentaire.

Dans un sens ou dans l’autre, il faut commencer à bouger pour enclencher une spirale vertueuse.

Lisez cet article, il vous donnera un ensemble de bonnes raisons pour adopter le podcast. ET un ensemble de pratiques qu’il sera utile de s’approprier.

Cédit photo : podcast par  Bent Kure licence CC-by-nc-sa

Sur les ressources vidéos

Quelques points pour compléter mon précédent billet Des vidéos pour réinventer l’éducation.

Pourquoi ce billet ? Parce que nos élèves nous interpellent cette semaine sur le sujet. Nous avions il y a deux ans fait une saisie vidéo d’un certain nombre de cours, mais semble-t-il rien n’a bougé. Un article dans le journal des élèves regrette le manque de vidéo en France en général et chez nous en particulier. Un tweet nous interpelle plus gentiment en mettant la vidéo de Salman Khan en lien. En tout cas, une fois de plus, ce sont nos élèves qui nous font bouger !

Sur la durée. On hésite sur beaucoup de vidéos à les démarrer parce que trop longues, et qu’il est en général impossible de faire un survol rapide pour voir ce qu’on pourrait y trouver. Deux solutions donc : soit des vidéos courtes sur un sujet précis avec un maximum d’impact.

Sur la qualité. J’ai entendu des hésitations à mettre des vidéos en ligne par peur de la qualité. C’est effectivement une contrainte forte pour des enregistrements de conférences que l’on veut diffuser. Il est clair qu’une vidéo comme celles de La minute du chercheur nécessitent un travail important. Par contre, pour un cours le besoin de qualité n’est pas forcément le plus important. Ce que demande l’élève qui veut réviser son cours, c’est un accès rapide (et un bon son).

Par ailleurs, autant Commoncraft que KhanAcademy montrent que l’on peut faire une prise simple, pour autant que l’on privilégie schémas et dynamique. Ces derniers mettent en ligne leurs conseils pour faire ce genre de vidéo. (et nous invitent à traduire leurs vidéos en ligne pour ceux que cela tente, ce sont des ressources éducatives libres et donc réutilisables !).

Sur la réutilisation. Une chose intéressante du discours « Des vidéos pour réinventer l’éducation », c’est qu’il montre que l’on peut retravailler, traduire, réexploiter les vidéos. C’est pourtant un aspect qui m’inquiète jusqu’ici. Une vidéo même publiée sous forme de Ressource Éducative Libre me semblait plus difficile à adapter qu’un texte. Tant mieux si je me trompe.

Sur la culture française. Notre culture reste très écrite, surtout dans les écoles et autres universités. Nous ne maitrisons que trop peu la vidéo, qui parfois nous inquiète (j’avoue que j’ai encore plus de mal à me réécouter qu’à me relire). Nous n’avons pas non plus de schéma pédagogique claire pour une utilisation efficace de cet outil.

Sur la pédagogie. Un couplage livre de cours, banque d’exercices partagée et rappels de notions sous forme de vidéo permettrait de mettre en place des pédagogies plus personnalisées. Et de consacrer le temps de classe à l’appropriation des connaissances, pas à leur présentation, ce qui est à la fois plus noble, plus difficile et sans doute plus troublant pour les enseignants. On passe du tribun à l’accompagnateur. Pour le pratiquer en projet, cela me semble pourtant plus valorisant et plus épanouissant.

Sur les vidéos francophones disponibles. J’ai téléchargé sur mon téléphone Open Vidéo Education, qui est une forme d’UNT vidéo des «cours des meilleurs établissements ». Il reste à peupler. Et à être outillé pour permettre d’y trouver un sujet ou une vidéo précise de manière efficace. Pour l’instant c’est une vitrine, pas un outil de travail. Le modèle Open courseware du MIT n’a pas encore inondé l’hexagone. Bientôt peut-être ?

Crédit photo : Par bre pettishandmade video group – licence CC By-NC

Des vidéos pour réinventer l’éducation

Joli titre. C’est celui du show de Salman Khan à TED. Ce monsieur a produit plus de 2000 vidéos déposées sur Youtube, qui sont des petits cours d’une dizaine de minutes sur une notion mathématique de l’addition jusqu’aux notions les plus avancées. Il propose également un site http://www.khanacademy.org/ permettant de faire des exercices pour apprendre à son rythme. Le tout en licence CC BY-NC-SA.

Dans son discours, il vante les qualités de la vidéo qui permet à chacun d’avancer à son rythme, de réécouter, de retourner vers une notion oubliée …., il montre que ces supports permettent à chacun de découvrir le contenu du cours et que cela peut se faire sans stress en dehors de l’enceinte de la classe. La classe peut devenir ainsi un lieu d’échange (avec l’enseignant et entre pairs ), de travail, de réflexion, d’approfondissement. Dit autrement, on inverse le travail de présentation qui se fait classiquement en classe, et le travail d’exercice qui est généralement pratiqué à la maison. Sa formule, que je trouve excellente, est alors que « la technologie est utilisée pour humaniser la classe » ! Un bien bel objectif.

La suite de son discours est ensuite orientée sur la possibilité de s’exercer aussi longtemps que nécessaire pour que chacun puisse acquérir les notions. Il montre que le rythme dans une classe n’est pas uniforme, et qu’un élève lent au début peut devenir le plus rapide en fin d’apprentissage. Inutile dans un schéma ou chacun peut apprendre à son rythme de synchroniser tous les apprenants. Par contre, on peut tirer parti de l ‘échange entre pairs pour varier les approches.

Il conclut que son modèle est une ébauche de la classe globale. Mettre à disposition de tous des ressources, de manière abondante, et encourager les échanges localement, physiquement (et entre internautes), me paraît effectivement une bonne piste.

L’autre ressource enthousiasmante de la semaine, c’est évidemment le discours de Michel Serres sur « éduquer au XXIème siècle » qui nous montre la mutation des nouvelles générations qui n’est pas due qu’à Internet, mais également à beaucoup d’autres facteurs. Il me semble nénamoins que ces deux exemples vont dans le même sens.

Notons finalement qu’un nouvel espace de discussion et de réflexion sur l’éducation vient d’être ouvert par TED : TED-ED Brain Trust, et qui semble être pris d’assaut. De bonne augure ? En tout cas anglophone (on m’y a suggéré d’utiliser Google Translate si j’avais du mal à m’exprimer)

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