MOOC – un dispositif pédagogique mutagène ?

J’ai été invité ce 26 mai par le Service Inter Universitaire de Pédagogie de l’Université de Toulouse dans le cadre de son cycle de conférences à parler de MOOC. J’ai voulu cette fois ci, après avoir présenté ce qu’est un MOOC, montrer que potentiellement ces dispositifs pouvaient changer notre manière d’enseigner, notre lien avec nos publics, notre manière de délivrer des diplômes, mais également que des nouveaux acteurs de tout type investissaient le champ de la formation. Bref, que les MOOC, ou plus largement le numérique, étaient porteur de mutation dans le système d’enseignement supérieur, d’où le titre. Plus insidieux encore peut-être que l’annonce d’un Tsunami numérique, en tout cas plus interne au système.

À la fois panorama, cette intervention se veut un appel au débat, car il y a un impact clair sur la communauté universitaire, et un appel à créer des MOOC ensemble, évidemment.

Je regrette de ne pas encore bien intégrer les points de vue de George Siemens qui me paraît important à prendre en compte, mais ça viendra.

 

Voici en tout cas le diaporama utilisé :

 

et le résumé proposé :

Après avoir fait la une de médias, les MOOC font maintenant partie du paysage universitaire. À la fois vus comme ouverture à de nouveaux publics, vitrine ou renouvellement de l’offre de cours nous essayerons de mieux cerner ce que peut être un tel dispositif pédagogique. Si l’on peut l’aborder comme un cours, presque classique, nous évoquerons en quoi les MOOC peuvent être un agent dans la mutation de l’enseignement supérieur.

Crédit photo : Virus 1 par Anna Leask licence CC-by-nc-nd

Les MOOC au cœur du tsunami numérique

En ce début d’avril, Emmanuel Davidenkoff nous propose un nouveau livre au titre évocateur « le tsunami numérique ». Il se fait le témoin de nombreux changements en cours, de signaux que le monde numérique investit l’éducation. Cela l’amène à nous annoncer que le passage au numérique de l’école, de l’éducation va amener à une refonte totale des systèmes de formation. Tout comme le numérique a largement bouleversé l’industrie de la musique et du cinéma, du journalisme, de l’information, l’éducation va connaître sa révolution.

Les acteurs sont tous en place et ont déjà démarré : les entreprises de la Silicon Valley qui s’intéressent de très près au sujet, les startups qui cherchent des offres de valeur en rupture, les grandes marques de la formation qui cherchent à étendre leur influence, la demande de la société qui constate que la formation n’est plus en adéquation avec les besoins du XXIème siècle, les utilisateurs (élèves, étudiants, employés, parents, professeurs) qui ne se satisfont plus de la structure actuelle, les institutions qui veulent répondre aux nouveaux besoins, être plus efficaces, et diminuer leurs coûts …

Les MOOC sont au cœur de la démonstration d’Emmanuel Davidenkoff, qui leur consacre un chapitre entier. En effet, si les MOOC sont une réponse institutionnelle à un besoin qui existe depuis longtemps (ce n’est pas de moi, mais je ne retrouve plus la source), ces nouveaux dispositifs posent bien des questions aux institutions (quels cours, quelle place dans les formations, quelles certifications … ). Mais ils débordent largement le cadre de la formation initiale et impactent nombre d’autres missions de la formation (recrutement, harmonisation, formation continue, validation des acquis de l’expérience, université ouverte ou de tous les savoirs, notamment).

Et surtout, ils sont repris, retravaillés, hackés par les entreprises, les professionnels, les amateurs, les curieux. C’est bien au delà du périmètre de la formation initiale qu’on voit aujourd’hui se presser nombre d’entreprises qui cherchent à exploiter cette nouvelle approche de la formation. Les MOOC concentrent l’intérêt de tous et constituent une vraie rupture par rapport aux publics visés, et sur l’impact pressenti dans les formations.

Emmanuel Davidenkoff se concentre sur la difficulté – l’impossibilité ? – qu’a l’institution de se réformer par elle même. Plaidoyer pour que l’innovation devienne possible dans la formation, on comprend à le lire qu’il faudrait d’abord reconstruire la confiance au sein de l’institution, tenir le débat public  et avoir une vision et un courage politique qui n’a pas encore émergé. Il n’ignore pas que la dimension pédagogique prime sur la forme numérique, et montre bien qu’il faut laisser de la liberté aux acteurs dans une démarche d’innovation continue.

Par ce choix néanmoins, il laisse de coté tout le volet de la formation tout au long de la vie qui est pourtant aussi une des grandes promesses du passage au numérique de la formation et de son ouverture. Ce qui laisse de l’espace pour d’autres livres.

Les journalistes aiment bien les faits, et Emmanuel Davidenkoff est un journaliste reconnu de la sphère éducative. Son dernier livre fourmille donc de faits, d’événements, de création de nouvelles startup dans le domaine de la formation. Et c’est à ce titre qu’il nous dresse un impressionnant panorama des « signaux faibles » qui annoncent un « tsunami numérique dans l’éducation ». Son constat est d’ores et déjà connu et partagé outre atlantique, par exemple par la présidente Diana Oblinger de l’association Educause. Mais c’est bien la première fois qu’il est rédigé en français avec force détails et implication sur notre système de formation.

Cette conviction que l’éducation va être réformée est touchée par le numérique est déjà partagée par un certain nombre d’acteurs. Certains l’ont écrit dans des chroniques sans doute trop peu lues. Mais dans certains milieux on raisonne sur cette hypothèse, comme par exemple lors de l’assemblée générale de Pasc@line durant laquelle autour d’une table ronde sur « une approche pragmatique des MOOC », nombre de directeurs d’école échangeaient sur leur conviction que leur structure allait être profondément impactée par cette transformation numérique dans les formations. 

Crédit photo : « Saint Guénolé » par Sigalou licence CC-by-nd

Promouvoir les MOOC – France Université Numérique vue par un breton

J’ai eu la chance d’être invité à un panel à la conférence européenne eMOOCS à Lausanne à un panel « How to support & promote MOOCs ».

Plutôt que de me concentrer sur le processus interne à mon établissement qui est finalement très proche de celui de l’EPFL (Pierre Dillenourg était également du panel) j’ai préféré montrer comment, partant d’une aventure comme #ITyPA, je me suis retrouvé à échanger de plus en plus largement, jusqu’à ce que l’initiative telle que France Université Numérique incluant les premiers créateurs de MOOC en France et fédérant les établissements avait finalement permis d’enclencher une dynamique nationale, créer une communauté active et nous permettre d’envisager d’aller plus loin.

En conclusion, pour promouvoir les MOOC, je crois à l’importance de permettre leur articulation dans les cursus de formation, et de créer des ponts entre des publics différents.

Je retiens que le mot clé de cette présentation semble être « enthousiasme ». Celui des professeurs qui ont fait des MOOC, et sur lequel il faut s’appuyer pour diffuser ces dispositifs.

Dans MOOC, il y a M. M comme Collaboration

Le MOOC (Massive Open Online Course) ou CLOM (Cours en Ligne, Ouvert et Massif) propose une nouvelle modalité d’apprentissage. Si l’idée de mettre en ligne un cours est une pratique comprise, utilisée par de nombreux enseignants, soit parce qu’ils interviennent en ligne, soit parce qu’ils complètent un cours en présentiel par des ressources en ligne. La nouveauté des MOOC, est d’ouvrir non pas l’accès aux ressources, mais bien l’accès au groupe des personnes qui se réunissent à une séquence de cours, et donner ainsi l’accès aux échanges dans et autour du cours. Si l’idée d’ouvrir l’accès à son cours est facile à comprendre, les implications de cette ouverture intriguent plus d’un praticien. Le terme massif est clairement un faux ami, et peut être une source d’incompréhension.

Pour certains M pour Massif rime avec foule. Or la foule est vécue comme anonyme, vaguement hostile. Rien n’est moins vrai. La foule des inscrits à Facebook ne fait pas peur, car les personnes que vous apercevez sont vos ami(e)s, avec qui vous échangez, avec qui vous interagissez. Les autres internautes (pourtant si nombreux qu’ils échappent à toute représentation que l’on peut avoir d’une foule) restent cachés, sauf si vous cherchez à les rencontrer, si vous cherchez à partager sur un sujet qui vous intéresse, et quand ils apparaissent, c’est que vous avez déjà quelque chose en commun.

Dans un MOOC, c’est un peu la même chose, vous rencontrez des connaissances, vous échangez avec d’autres participants autour de sujets d’apprentissage, vous posez des questions ou y répondez, bref vous interagissez, vous collaborez.

Certains enseignants qui découvrent les MOOC s’inquiètent de la perte d’une relation privilégiée possible avec chacun de ses étudiants. Outre le fait que cette relation est certainement un mythe dès que la dimension de la cohorte augmente et nécessite d’utiliser un amphi, c’est plutôt une bonne nouvelle. Le MOOC permet en effet la mise en place d’une entraide au sein des participants. Ceux-ci gagnent une certaine autonomie, certains développent des pratiques d’aide qui leur permet de mieux maîtriser le sujet. Cela a d’ailleurs fasciné plus d’un enseignant de MOOC que de voir que lorsque se posaient des questions de fond, les réponses tombaient plus vite que lui-même aurait été capable de répondre, et pouvaient s’améliorer jusqu’à atteindre ou dépasser son niveau d’exigence. L’enseignant n’est plus l’aide pour chacun mais collabore avec la cohorte des participants pour lui permettre de construire les réponses, n’ayant plus qu’à surveiller (ou à partager la surveillance au sein de l’équipe pédagogique) la qualité des réponses, et éventuellement compléter sur certains points particulièrement difficiles.

Il faut donc comprendre que Massif signifie collaboration. Dans la conception initiale des MOOC issus des grandes universités américaines, c’est un effet de bord, mais c’est bien un des éléments qui font la richesse des MOOC.

Certains l’ont bien compris et cherchent à tirer avantage de ces interactions, en proposant des activités comme par exemple l’évaluation entre pairs, ou même cherchent à susciter ces échanges au travers de mécanismes d’incitation, de ludification, pour susciter les interactions.

Autre nouveauté, cette masse n’est pas uniforme, comme le suggère également le terme, mais bien multiple. Si l’enseignant pense d’abord étudiant, un MOOC attire également bien d’autres publics : futurs étudiants qui cherchent à découvrir un sujet qu’ils n’appréhendent pas complètement, anciens qui en profitent pour voir l’évolution d’un cours qu’ils ont connu par le passé. Mais aussi des professionnels qui ont besoin de se mettre à jour, d’intégrer de nouvelles connaissances pour aborder un nouveau projet, ou simplement des personnes curieuses de découvrir un nouveau domaine, ou passionnées par le sujet.

Le connectivisme, théorie proposée par Siemens et Downes, qui est à l’origine de MOOC très ouverts, ou le contenu du cours émerge des interactions du cours, propose une nouvelle manière d’apprendre avec le réseau basée sur ces échanges. Apprendre est alors une expérience personnelle qui correspond à un parcours des connaissances, qui sont intrinsèquement abondantes sur les réseaux, et à des échanges avec les autres apprenants et les personnes intéressées par le sujet du cours. C’est d’ailleurs dans un cours proposant d’explorer cette nouvelle manière d’apprendre que le terme de MOOC a été proposé par David Cormier. Impressionné par le nombre de participantes (plus de 2000) il a proposé cet acronyme.

Il aurait pu/dû proposer COOC, pour Collaborative Open Online Course, sachant que le terme connectivisme n’était et n’est toujours pas assez partagé pour pouvoir faire écho pour dénommer le phénomène. Un tel cours est ainsi une rencontre entre participants autour d’un sujet, qui se constitue un corpus partagé de connaissances, qui développe ses pratiques propres, et une vision commune émergente. Un tel cours est donc bien constitutif d’une communauté d’apprentissage, on pourrait parler de COOC pour Community Open Online Course.

Au delà de la collaboration entre participants, on voit également se développer d’autres collaborations entre les parties prenantes d’un tel cours.

Ainsi, il est illusoire de vouloir développer un tel cours seul, ne serait-ce que parce qu’il est important d’apporter des éclairages complémentaires sur le sujet, ou que parce que la charge de travail et d’animation est plus importante qu’un cours normal. Il est donc indispensable de constituer une équipe enseignante, ou d’animation pour monter un tel cours. On note également un certain nombre de MOOC qui font l’objet d’une collaboration entre enseignants d’établissements différents. Il est à espérer que cela va contribuer à constituer des communautés d’enseignants. Par ailleurs, cette équipe veillera à développer des modes coopératifs avec les participants pour que la communauté puisse se développer.

De même, le collectif des chercheurs autour des questions des MOOC a bien compris que la meilleure manière pour pouvoir tester une hypothèse, essayer une nouvelle modalité et obtenir des données pertinentes, était de collaborer à la conception même d’un MOOC, en bonne intelligence avec l’équipe pédagogique. Alain Mille parle ici de « Design Oriented Research ».

Ainsi, bien plus que de masse, il faut bien parler de collaboration entre tous les acteurs d’un MOOC : enseignants, animateurs, participants, qu’ils soient étudiants, futurs étudiants ou déjà diplômés, chercheurs, et établissements. Massif est bien ici l’avènement d’un phénomène social dans les cours.  Et c’est en intégrant cette dimension que l’on pourra développer des cours innovants et de qualité.

Crédit photo : Emportée par la foule par Discretos – licence CC-by-NC-ND

Un regard sur les tendances autour de l’apprentissage et du numérique

Lorsque l’on parle de MOOC avec les ingénieurs pédagogiques, les spécialistes du e-learning et autres passionnés d’innovation pédagogique et/ou numérique, nombreux sont ceux qui regrettent que le phénomène MOOC semble faire de l’ombre à d’autres options également intéressantes.

À ce titre, l’édition de rapports plus synthétiques, comme « Innovating pedagogy 2013 » de l’Open University est particulièrement intéressante. Ce rapport a de plus l’avantage d’être annuel et donc de permettre de faire un suivi des tendances principales. Le fait qu’il soit dirigé par Mike Sharples, expert reconnu du domaine ne gâche rien à l’affaire.

Ce rapport reconnaît ainsi l’impact fort des MOOC cette année (et de l’avoir sous estimé l’année dernière, ce qui confirme le sérieux et l’honnêteté intellectuelle des auteurs). Il dénombre en tout 10 innovations.

Certaines me semblent actuellement portées par l’innovation des MOOC, comme les badges pour accréditer l’apprentissage, et les learning analytics (c’est à dire l’analyse des données d’apprentissage), bien que ces innovations puissent impacter d’autres formes pédagogiques.

L’apprentissage par les foules (crowd learning), explique également l’engouement autour des MOOC, mais il est évident qu’il permet d’envisager d’autres modalités d’apprentissage, dont le MOOC est en fait une forme parmi d’autres. Dans ce rapport, on y souligne l’intérêt en termes d’appropriation des apprentissages et d’interactions au travers de systèmes de questions/réponses. Dans les formes les plus participatives de MOOC (ou connectivistes), on pourrait également faire un pont assez direct avec le point de la littératie numérique, qui est liée à cet engagement et aux interactions avec d’autres apprenants.

L’apprentissage par le jeu a évidemment un champ d’action beaucoup plus large. La ludification (délivrance d’objectifs intermédiaires, de récompenses …) trouve sa place dans de nombreux MOOC, mais les auteurs du rapport utilisent comme analogie l’idée de mettre du chocolat autour de brocolis (i.e. L’emballage change, mais pas la manière de conduire l’apprentissage. Il semble encore difficile de parler de jeux massifs qui conduisent à l’apprentissage. Pour cela, un objectif semble être de maitriser la conduite de groupes d’affinités, qui partagent passion et qui peuvent ainsi s’entraider. On est proche ici de la question de l’apprentissage par la foule.

Plus reliés aux questions soulevées lorsque l’on parle de « mobile learning », ce rapport note deux champs d’innovation : l’apprentissage sans couture (« seamless learning ») et le géo-apprentissage , qui permettent d’apprendre au travers de contextes, d’équipements différents, en reliant si nécessaire l’environnement géographique.

La « Maker Culture » qui remet la réalisation d’objets au cœur des apprentissages. Les nouveautés permises par le numériques sont ici le partage, la collaboration entre pairs, l’expérimentation, l’innovation ouverte et sociale. On imagine ici aussi que réel, virtuel et communauté de pairs sont intiment liées pour construire les apprentissages des participants, le tout dans une atmosphère ludique et passionnée, qui donne toute sa place au droit à l’erreur. D’aucuns voient cette culture de la réalisation une manière de promouvoir l’étude des sciences et techniques. Une manière d’aider une telle approche à prendre sa place sera de proposer un MOOC qui permettra une diffusion plus large des méthodes, et des valeurs portées par cette culture, même si ces deux innovations pédagogiques majeures peuvent effectivement évoluer indépendamment.

Dernier axe relevé par ce rapport passionnant et synthétique, l’approche par investigation pour le citoyen. On est ici dans le participatif, le partage de questions citoyenne, bref une vraie ouverture en termes de pédagogie. L’apprentissage tout au long de la vie est évidemment présent tout au long du rapport, il est central dans ce dernier point.

 Crédit photo : Dr.Barry Joe, What is Innovative Pedagogy? par Giulia Forsythe – licence CC-by-nc-sa

Le portail et la plateforme MOOC de France Université Numérique

Ca y est France Université Numérique est lancée, en grande pompe avec trois ministres : la francophonie, le numérique et l’enseignement supérieur. C’est le coktail adéquat pour démarrer un tel programme. En tout cas il a beaucoup été question de MOOC. Une petite vidéo peut vous faire comprendre rapidement les objectifs de ce programme.

Après plusieurs mois de travail de fond, le 2 octobre permet enfin de faire le point sur le lien entre MOOC et France Université Numérique (FUN). Évidemment l’ambition de FUN couvre tous les aspects du numérique au sein de l’enseignement supérieur, mais les MOOC en sont le premier chantier, symboles d’ouverture et d’innovation numérique et pédagogique. Pour les acteurs autour des MOOC, une offre de ce type est aussi très structurante dans l’écosystème qui se met en place. Regardons-y donc de plus près.

Une plateforme et un portail différentiés

FUN a bien compris la différence en installant une plate-forme qui permet d’accueillir des cours, et en proposant un portail qui affiche les MOOC de cette plate-forme et des MOOC hébergés sur d’autres plate-formes. Techniquement, cette plate-forme a fait le choix du logiciel de edX, qui cumule les qualités de logiciel libre, et de communauté active.

Cela permet de rendre visible et de fédérer tous les efforts de mise en ligne de MOOC et cela est une excellente chose. Cela permet par exemple d’afficher dès à présent des MOOC comme ITyPA « Gestion de Projet » ou FOVEA sur l’anatomie, qui ouvrent immédiatement, et de reconnaître les équipes déjà engagées.

Les contenus

22 premiers sujets variés sont proposés à l’ouverture de la plate forme ( sans oublier 3 externes référencés), et ils seront rejoints rapidement par d’autres. Sur ces 22, peu sont provinciaux, mais Télécom Bretagne en pilote 3 pour le compte de l’Institut Mines-Télécom et la région Bretagne : Introduction aux réseaux mobiles, Principes des réseaux de données et Fabrication Numérique.

Rassembler les établissements de l’enseignement supérieur français

Nombre des établissements français ne pouvaient démarrer leur mue sans que le cadre et un signal fort soient donnés (ce que constitue clairement l’initiative FUN). Impossible pour la plupart dans le contexte français de proposer des cours sur des plate-formes privées, et cela aurait été une incroyable occasion manquée si chacun développait son offre sur un hébergement local.

Bien que pionnier sur cette nouvelle forme d’offre de cours en ligne que sont les MOOC, nous (au sens ici de l’Institut Mines-Télécom) militons depuis un an pour une initiative qui regroupe les acteurs de MOOC. Le portail FUN s’est imposé dans le cadre de l’enseignement supérieur. Il est clair que ce cadre est indispensable pour que les universités se mettent en ordre de marche.

Une structure articulée

Le ministère a fait le choix technique de regrouper 3 opérateurs institutionnels pour mettre en place la plate-forme. CINES, Renater et Inria gèrent donc respectivement hébergement, réseau et logiciel pour proposer une plate-forme et un portail.

Pour piloter cette structure technique, deux comités opérationnels, l’un technique pour piloter les choix opérationnels, l’autre sur les contenus et usages, pour organiser l’accompagnement à la conception. Il y a également un comité d’orientation stratégique qui délivre des avis pour l’ensemble de FUN.

Avancer en marchant

Catherine Mongenet, qui pilote ce projet FUN, s’est donnée comme objectif de rendre le dispositif opérationnel au plus tôt. Tout n’est donc pas réglé a priori, mais au contraire les questions sont traitées au fur et à mesure, tout en gardant présents les grandes orientations de ce projet.

La place de la pédagogie

Il y a deux semaines, nous avons eu une première réunion de référents et de correspondants de sites pour lancer une communauté des acteurs universitaires autour des MOOC. Il faudra sans doute un peu de temps pour que celle-ci trouve son rythme, mais les premiers échanges ont été variés, en se basant sur les expérimentations déjà réalisées et ont fait émerger les nombreuses questions que se posent les uns et les autres. En tout cas la pédagogie et l’évolution des enseignants sont au cœur des objectifs de FUN.

De nombreuses questions devant nous

FUN, en nous proposant un cadre national, va nous permettre de nous fédérer et surtout nous permettre de traiter des questions qui ne font sens qu’à ce niveau. J’en ai deux à l’esprit en écrivant ces ligne :

  • Comment développer une offre ? Dans le cadre de FUN, le gouvernement a prévu d’ouvrir des postes ciblés sur le numérique et la pédagogie, et un fond pour des appels à projets de MOOC innovants ;
  • Comment articuler cette initiative avec le reste de la francophonie et l’Europe : le numérique passe facilement les frontières. Il faudra donc voir comment articuler une offre dans un cadre plus large. Nos collègues francophones, et européens eux aussi développent des cours qui intéresseront nos étudiants et le grand public. Comment les rendre les plus accessibles possibles ? La présence de Yamina Benguigui, ministre de la francophonie montre bien que la question fait partie du périmètre.
  • Comment s’articulera cette offre de MOOC avec nos cursus ? Certes ces MOOC sont ouverts à tous. Mais peuvent ils être proposés au sein de cursus universitaires, y compris dans des établissements qui ne sont pas à l’initiative d’un cours donné ? Et comment ?

Bref, nous avons maintenant un cadre pour l’enseignement supérieur. Reste à y accueillir des participants et à leur permettre de mieux apprendre.

MOOC, un objet à identifier

C’est le titre un peu curieux retenu pour le séminaire inter UNR (Université Numérique en Région) de mardi dernier. Mais rassurez-vous il ne s’agissait pas tant de découvrir ce qu’est un MOOC, que plutôt faire le point sur ce qui c’est passé ces derniers mois (avec notamment un premier retour sur le MOOC C2i). Et surtout à l’heure où le projet France Université Numérique doit afficher une première feuille de route, c’était l’occasion de mieux cerner les dimensions du phénomène, de suggérer des pistes, des éléments constitutifs importants aux yeux des intervenants. Nous verrons ce qui en sera retenu. En attendant les vidéos sont sur le site de l’UPMC, notre hôte du jour. La présentation de Patrick Jermann de l’EPFL a été particulièrement claire. Pour ma part, j’y ai été filmé en présentant ces diapos :

Les photos de tempête sont de 2008, année de l’invention de l’acronyme.

Crédit photo : MOOCs and Education crossroads par Street Smart Brazil licence CC-by-nc

Le numérique exige une culture de l’apprentissage

Comprendre les MOOCs selon Sir John Daniel

Sir John Daniel a proposé récemment un article où il fait une revue des différents éléments caractéristiques des MOOCs. La démarche est intéressante car elle fait le pont entre les nombreux articles de blogs ou de journaux qui ont parlé des MOOCs et une rédaction plus académique sur le phénomène. Comme le relève cet article de blog, son plan est assez complet et le style plutôt engagé pour un article qui se veut scientifique. Il traite principalement des xMOOCs, considérant que c’est devenu le phénomène principal dans les MOOCs.

C’est néanmoins une bonne base pour faire le point sur le phénomène. Je pense reprendre plusieurs informations et points de vue dans la perspective de présentations futures sur les MOOCs. Je ne reprend ici que le plan. Je ferai des focus sur les différentes parties dans les prochaines semaines au fur et à mesure du temps libéré, et de l’avancement de mon travail d’analyse. La jolie histoire viendra plus tard.

On pourra reprendre les points principaux, et quelques approfondissements intéressants (ici en vrac)

  • en introduction : le fait que les universités en proposant des MOOC passent du modèle de pénurie dans le monde de la connaissance au monde de l’ouverture (et donc de l’abondance)
  • Qu’est ce que sont les MOOCs ? On retrouve la classification xMOOC contre cMOOCs, mais aussi d’autres types de cours en ligne comme le travail proposé par Academic Partnerships ;
  • Taux de participation et de réussite. Il note que le taux de réussite est de l’ordre de 7% dans les MOOCs des grandes universités. Ainsi le MITT 6.0002x Circuits and electronics a eu 155000 inscriptions venant de 160 pays (US, Inde et Angleterre en tête), 23 000 ont essayé le premier problème, 9000 ont passé la moitié, 7157 ont suivi le cours jusqu’au bout (ce qui est supérieur à l’ensemble de la participation de ce cours au MIT en 40 ans). Il revient sur ce point en fin d’article pour montrer que l’on peut obtenir de meilleurs taux, en améliorant la qualité et en n’étant pas impactés par des phénomènes de popularité qui font que des simples curieux peuvent s’inscrire pour voir ;
  • Tricherie ou travail entre pairs ? C’est une petite anecdote mais qui pose la question de l’alignement entre pédagogie et évaluation : peut-on faire des évaluations automatisées alors que les participants travaillent en commun ;
  • le modèle économique des MOOCs. Il élargit la question en notant que les plate-formes comme Coursera visent des modèles économiques de manière indépendante des universités. La question des partenariats est ouverte ;
  • les plate-formes : on peut retenir 3 sous questions à ce niveau, même si elles ne sont pas aussi claires que cela dans le texte
    • le logiciel. Il pointe le fait que le logiciel Coursera semble propriétaire, et que pour les LMS, l’open source a permis la diffusion de tels logiciels. Il cite également l’initiative de Google Open Course builder. Il semble qu’il n’ait pas identifié le fait que Stanford (avec Class2Go) et le MIT (avec edX) veulent proposer leurs plate formes en open source ;
    • l’hébergement. En soulignant, à la fois la plus grand simplicité par rapport à une plateforme d’université et la nécessité de tenir la charge venant du monde entier, amenant pour nombre d’universités à adopter une structure cloud ;
    • la visibilité. C’est sans doute un des intérêts de Coursera que de pouvoir partager la page d’accueil avec d’autres universités de renom ; je recite ici la piste Academic partnership qui bien que moins visible permet des retours sur investissement plus évidents pour les universités ;
  • MOOC en perspective. En montrant que les pseudo-révolutions ont été nombreuses en éducation, l’auteur relativise le phénomène MOOC. Il note néanmoins que ce phénomène a des chances de durer, d’abord parce qu’il s’appuie sur les « médias de la connaissance » qui permettent de manipuler les symboles mêmes de l’apprentissage (mots, nombres, formules, images …) et permettent la diffusion et le partage de ressources à moindre frais ;
  • la certification, ou non de l’atteinte des objectifs du cours, l’obtention de crédits pour sa réussite. Ce point fait l’objet de plusieurs développement, soulignant les contradictions actuelles d’un système qui se met en place ;
  • La qualité. Parmi les mythes qu’il remet en question, le premier est qu’une université renommée propose les meilleurs cours. Il montre qu’au contraire d’autres initiatives méritent qu’on s’y intéresse ;
  • La pédagogie. Il souligne la pauvreté des premières plate-formes de xMOOC, qui n’ont pas intégré l’expérience pédagogique existante, mais il onsidère qu’elles devraient rapidement s’améliorer du fait de l’ouverture qui permet de capitaliser sur les différentes offres ;
  • L’offre de cours pour permettre de développer l’enseignement supérieur dans les pays en développement sonne à ces oreilles comme une forme de néo-colonialisme. Il considère que les OER (Ressources éducatives libres) contribuent au développement de l’offre universitaire et constituent de vraies voies d’amélioration, mais il semble que cette notion de faire le bien ou d’alimenter les biens communs ne sont que des pseudo désirs louables, pas des raisons pragmatiques.
  • Les possibles. Il évoque l’idée qu’un classement pourrait apparaître obligeant chacun à s’améliorer pour rester dans le jeu. En le basant sur des critères de qualité et de rigueur intellectuelle, cela l’amène à dire que les universités vont devoir se préoccuper de pédagogie et des étudiants comme jamais. Il évoque également l’idée que cela devrait amener à valoriser la dimension enseignement à coté de la dimension recherche dans les carrières des professeurs.

Sur la dimension de développement des carrières d’enseignants, le premier obstacle en France sera sans doute le problème de traduire la participation à un MOOC en Heures Équivalent TD qui sont la base de discussion dans la charge d’un enseignant.

Bref une bonne base. Je rajouterai sans doute une notion de classement des différentes offres de MOOCs, et un élément sur le M (Massive) de MOOC qui me semble-t-il devrait montrer les limites de telles offres.

Crédit photo : The belgian political system par Lounge! licence CC-by-nc

Quelques manières d’aborder le MOOC ITyPA

ITyPA est un cours ouvert en ligne pour utiliser Internet efficacement pour apprendre. Son titre long est « Internet Tout y est Pour Apprendre ». Il démarre le 4 octobre, et les inscriptions resteront ouvertes jusqu’à sa clôture le 13 décembre.

Comme certains l’ont déjà remarqué, il n’y a pas une seule manière de « suivre », de participer à ce cours. Ce sont les participants qui font le cours. Comme nous sommes suffisamment nombreux (plus de 450 à ce jour), il y aura donc plusieurs discussions, plusieurs fils d’apprentissage qui se dérouleront en parallèle.

Nous commençons à avoir une certaine visibilité sur les inscrits, que certains expriment leurs attentes, projettent leurs envies dans ce cours sur différents supports (j’ai noté quelques articles de blog, twitter, des groupes sur linked-in …). Bref certains ont déjà démarré avant la date, et c’est très bien comme ça.

À ce stade, je vois apparaître donc quelques points d’entrée possibles ou exprimés. En voici quelques-uns :

  • premier niveau, la découverte. Comment utiliser les outils existants, comment trouver la bonne information, comment la transformer en connaissance pour moi, et pour d’autres ? C’est le sujet d’ITyPA. Si ces questions vous interpellent, ce cours est fait pour vous. Vous irez sans doute plus loin, car vous découvrirez l’importance et la puissance d’échanger avec d’autres ;
  • deuxième niveau, l’approfondissement. Vous avez l’impression de savoir trouver l’information qui vous est nécessaire, mais soit vous le faites au coup par coup, soit vous n’avez pas dépassé l’usage des moteurs de recherche, soit vous avez conscience que les réseaux sociaux peuvent vous apporter beaucoup mais que vous n’avez pas défini de stratégie pour en tirer le meilleur. Vous tirerez le plus grand profit des différents experts reconnus qui interviendront dans le cours (Jean-Michel Cornu de la Fing, Frédéric Domon de SocialLearning, François Magnan, Sébastien Magro, …) et des échanges avec tous les participants. En tout cas, ce cours est aussi fait pour vous.
  • Autre axe d’entrée, vivre un cours basé sur le connectivisme. Par curiosité, ou parce que votre métier (enseignant, formateur, ingénieur pédagogique, chercheur, …) vous laisse penser que cela peut renouveler vos pratiques. Sachez que le sujet du cours n’a pas été choisi au hasard, mais qu’il constitue bien le fondement d’un tel cours, basé sur l’abondance des ressources, l’échange entre pairs, l’émergence …. Ce cours vous apportera d’autant plus que vous y participerez ;
  • Peut-être venez-vous parce que le mot clé MOOC vous interpelle, ou que vous sentez que ce concept risque d’impacter sur votre travail. Sachez que ce cours est une forme possible de MOOC parmi d’autres. Cela reste néanmoins une bonne opportunité pour démarrer l’échange sur le sujet, comprendre les dynamiques à l’oeuvre, et cela permettra de poser les bases ensemble. Certains voudront sans doute échanger sur la pertinence des modalités retenues. Si vous êtes décideur dans un établissement de l’enseignemnt supérieur, vous voudrez peut être continuer l’échange dans un contexte plus dédié. , tout en gardant un œil sur ITyPA, pour parfaire votre culture sur l’intelligence collective.
  • Si vous êtes simplement curieux, ou volontaire pour démarrer un échange constructif, peut être constitutif d’une communauté de pratiques autour d’« apprendre avec Internet », ce cours vous intéressera sûrement.

Mais sans doute vous aurez d’autres idées, venez en parler avec les autres participants en vous inscrivant dès aujourd’hui.

crédit photo : Profusion of nectar par Max xx – licence CC-by-nc-sa

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