L’ambition de LinkedIn dans le monde de la formation

LinkedIn est LE réseau social professionnel international qui permet à chacun de gérer et publier son CV, ses formations, ses diplômes et ses certificats (notamment obtenus en suivant des formations comme des MOOC), son carnet d’adresse public, son expérience professionnelle, ses productions, mais aussi de recommander ses pairs, d’échanger sur tout sujet, … Il est devenu incontournable d’y figurer dans nombre de domaines. Ainsi, il est inimaginable pour un jeune ingénieur aujourd’hui de ne pas avoir un CV en ligne, et peu courant que celui-ci ne soit pas sur LinkedIn. Pour pouvoir évoluer ceux-ci maintiendront naturellement à jour les informations qui les concernent permettant à LinkedIn de disposer de données précieuses sur le marché professionnel.

Les associations d’anciens de nos écoles ont besoin de maintenir le contact entre les diplômés d’un établissement supérieur. Comme LinkedIn est perçu avec raison comme un réseau social professionnel, il est naturel d’utiliser ce réseau comme vecteur principal des échanges numérique de ces associations (via des groupes, des forums …). J’en connais au moins 2 exemples…

Pour les écoles professionnelles, LinkedIn est d’ailleurs un outil précieux d’informations sur l’évolution des métiers. Il contribue ainsi à permettre aux établissements à définir leurs formations.

LinkedIn devient ainsi un partenaire incontournable des établissements de la filière de l’éducation professionnelle. Il permet aux diplômés de trouver du travail, de rester en contact, d’obtenir des informations sur l’évolution de leurs métiers. Ces impacts positifs permettent à cette entreprise de développer une relation forte avec les professionnels en tant qu’utilisateurs de formations.

Il en profite évidemment pour développer une connaissance fine de l’évolution des métiers, des parcours, des domaines privilégiés des différents établissements et du corps social de leurs anciens. Il est raisonnable de penser que LinkedIn connaît mieux le réseau des anciens, ses aspirations, son mode d’évolution que les établissements d’enseignement eux-mêmes.

Au niveau des MOOC, il n’est pas rare de voir apparaître un groupe LinkedIn pour permettre à la communauté de survivre à la fermeture du cours. LinkedIn est donc quelque part le dépositaire potentiel de ce qui fait la valeur ajoutée des MOOC : leurs communautés qui ne sont pas gérées dans les plate-formes de cours.

Ce qui permet à cette entreprise de développer nombre de services sur lesquels les établissements n’ont pas de contrôle et dont ils peuvent devenir dépendants.

Dit autrement quelle position LinkedIn ambitionne-t-elle par rapport au domaine de la formation ? Être un panneau d’affichage de diplômes et autres certificat doublé d’un simple relais des discussions entre anciens n’est certainement pas à la hauteur d’une des entreprises du numérique. Par contre, devenir le moteur de recommandation des formations semble plus prometteur.

Premier niveau de service, le classement des universités en fonction des métiers rêvés. Celui-ci ne fonctionne pour l’instant que pour 3 pays anglo-saxons (USA, Royaume Uni et Canada), mais on imagine que ce classement pourrait avoir un impact plus important que celui qui établit les hiérarchies entre écoles et qui sont actuellement publiés annuellement dans les journaux. Et on peut s’attendre à le même type de débats que ceux qui ont tourné autour de l’algorithme PageRank de Google.

Le second niveau de service concerne plutôt la formation professionnelle, Graal des établissements d’enseignement du supérieur qui y voient un potentiel de recettes. Il s’agît de la recommandation de formations pour pouvoir évoluer dans sa carrière professionnelle. Un des objectifs de LinkedIn est de pouvoir relier les personnes, les offres d’emploi avec les compétences nécessaires pour les exercer et les formation proposées permettant de les acquérir. LinkedIn pourra ainsi recommander les différentes formations professionnelles proposées aux internautes pour évoluer et obtenir le job de leur rêve.

Quelles seront les formes de formation mises en avant par de telles recommandations ? S’agira-t-il de formations présentielles ou en ligne ? Clairement, les formes plus souples seront sans doute privilégiées. Est ce que ce seront les MOOC proposés par les universités, ceux proposés par les entreprises ? Ou d’autres formes de cours en ligne plus en phase avec les besoins des professionnels en recherche d’évolution de métier ? C’est en tout cas une tendance identifiée de la formation tout au long de la vie, du moins dans sa perspective professionnelle, liée à une évolution constante du marché du travail. Et cela risque de devenir une pression du marché sur les établissements de l’enseignement supérieur qui voudront être présents dans le domaine de la formation professionnelle. Mais les services de formation continue des universités sont-ils prêts face à une évolution de ce type ? Auront-ils l’agilité pour suivre les évolutions à venir, pour aller vers les clients potentiels ? Vu leurs performances actuelles, on peut légitimement en douter.

Dans une telle offre numérique et ouverte, quelles seront les formes donc d’offres de formation qui seront retenues par les utilisateurs et promues par les services des Ressources Humaines ? Rien n’est dit mais il y a clairement une multiplicité de l’offre, dont les MOOC ne sont qu’un exemple.

Ce qui m’importe plus ici est de me poser la question de la concurrence qui existera au niveau de l’offre. Si on peut penser que les établissements de formation continue classique sauront répondre à la demande, il faut sans doute surtout s’intéresser au nouveaux entrants issus du monde numérique, et ils sont nombreux. Citons en simplement deux qui sont particulièrement notables.

  • Le premier est OpenClassrooms, petite entreprise française qui vient de dépasser le million de membres inscrits, et qui a décroché l’accès direct aux demandeurs d’emploi, ce qui devrait lui permettre d’élargir sa base utilisateurs. Quand on voit que dans le même temps le Ministère de l’enseignement supérieur passe un protocole d’accord avec OPCALIM, on peut s’étonner de la différence d’agilité, et s’interroger sur l’évolution opérationnelle des deux offres.
  • Le second est tout simplement LinkedIn, du moins au travers un de ses rachats récents, la plateforme de cours Lynda. LinkedIn ne se positionne donc pas simplement comme outil de recommandation, mais aussi comme offreur de formations. Le couplage des deux services lui donne indéniablement un avantage par rapport aux établissements traditionnels. Et quand on compare les moyens mis en œuvre, 1,5 milliards de dollars pour ce rachat, face aux 12 millions d’euros pour le plan d’investissement d’avenir (PIA) Idefi-N visant à faire évoluer l’offre de formation universitaire en ligne, on peut s’inquiéter de qui a l’initiative sur l’évolution des formations. D’autant que les délais de mise en œuvre du PIA se comptent en années, une année quasi complète pour simplement le processus de sélection…

Clairement, le tsunami numérique prédit par Emmanuel Davidenkoff progresse et concerne également l’enseignement supérieur. LinkedIn vise à être un élément central dans ces bouleversements. Ce n’est pas le seul acteur, mais sa feuille de route est explicite, les moyens disponibles impressionnants, et ce sans questionnement partisan sur la réforme du système.

Crédits photos : My LinkedIn Connections par Michael Korcuska licence CC-by-sa et LinkedIn Centipede Participants in the 2010 ING Bay to Breakers par A Name Like Shields Can Make You Defensive licence CC-by

Recense tes ressources

Dans le cadre de la préparation d’un cours se pose souvent la question de quelles références donner à ses élèves pour leur permettre d’atteindre les objectifs du cours. Si l’enseignant a toute légitimité à proposer la liste qui correspond à son discours, peut-être pourrait-on demander également aux principaux intéressés que sont les étudiants de la compléter.

En effet, on s’aperçoit que parfois nos étudiants trouvent et utilisent d’autres ressources. Il est dommage que les autres participants au cours n’en profitent pas, et que l’enseignant n’ait pas connaissance de ce que ses élèves utilisent. Cette recherche de ressources peut même faire partie de l’enseignement dans le cadre du développement des e-compétences des élèves, comme cela a été mis particulièrement en avant dans le MOOC ITyPA.

Un service qui permettrait aux étudiants de recenser ensemble leurs ressources dans le cadre d’un cours pourrait donc être utile. Si on le dimensionne au niveau global, on pourrait même avoir des bibliothèques de ressources par matières, niveaux, approches, apprécié par leurs utilisateurs.

Autre intérêt, on sait qu’il existe des portails comme les universités numériques, dont on a bien du mal à faire ressortir les meilleures ressources. Ce genre de service pourrait permettre de les faire apparaître. Cela permettrait également de reconnaître certains autres services comme Wikipédia ou le site du zéro, dont on ne se rend pas compte à quel point ils sont utilisés par les étudiants.

À quoi pourrait ressembler un tel service ? L’analogie qui me vient systématiquement à l’esprit est Diigo. L’idée serait ainsi de pouvoir facilement relever l’URL et d’y ajouter une description, et éventuellement quelques annotations sur la ressource. Cela pourrait se faire sous forme d’un petit plugin dans le navigateur sur le modèle de ceux que Diigo propose. Peut être s’agit-il simplement de proposer un plugin spécifique dans un premier temps.

Mais ce n’est pas suffisant, ou pas vraiment le cœur du service. Il faut pouvoir le relier à un cours particulier, et donner un avis sur la ressource (son utilité par rapport à l’apprentissage en cours, sa qualité ressentie, la facilité de compréhension et d’utilisation). Sur cet avis, on peut se poser la question s’il faut détailler les critères ou juste demander une note globale agrégée sous forme d’étoiles pour faciliter le retour de l’utilisateur.

Ainsi, on pourrait avoir une liste des ressources utilisées par les apprenants avec un avis pour un cours donné, et ainsi constituer une liste de ressources partagée.

Mais un tel service serait encore plus intéressant s’il permettait d’agréger les ressources venant de différents cours. Là il s’agit de construire une agrégation qui fasse sens. Elle sera sans doute dynamique et multicritère : discipline, contexte (niveau dans le cours, niveau dans le cursus, discipline principale ou annexe dans un cursus). On pourrait ainsi faire apparaître le catalogue des ressources les plus intéressantes/utilisées, pour un contexte et/ou une discipline donnés.

Différentes approches sont possibles : le cours pourrait déclarer ses propres caractéristiques pour faciliter la saisie des apprenants dans un cours, ceux-ci pourraient proposer leurs propres tags correspondant à ces aspects, avec des suggestions pour contribuer à la classification, une autre approche pour rendre l’indexation plus simple et efficace serait qu’il existe une taxonomie dans l’outil dont l’évolution serait alors contrôlée.

Il faudra également intégrer l’obsolescence, peut être en valorisant les ressources récemment appréciées, sur le modèle du @diigohot que l’on trouve sur twitter.

Voilà un premier jet. Qu’en pensez vous ? À vous de proposer des améliorations, des suggestions, des cas d’usage… Nous avons fait un petit brainstorming dans le cadre d’un TD dans le master HST, TIC et médiations en sciences.

Ce sujet a été proposé comme projet de développement à nos élèves de Télécom Bretagne. Un petit groupe pourra le choisir. On peut donc espérer voir un prototype à l’été. Vos suggestions pourront donc être intégrées dans leurs réflexions.

Ah j’oubliais le plus important ! Quel nom conviendrait à un tel service ?

  • RTR ?
  • RyR pour Rate your Ressource ?

Crédit photo : Fête de la Moisson par DaffyDuke – licence CC-by-nc-sa et tableau blanc pris par l’auteur du blog – licence CC-by.

Internet, Tout y est Pour Apprendre : la preuve par MOOC

Internet, pour se cultiver, pour apprendre, pour le plaisir d’échanger et de confronter ses idées, c’est à cet Internet que nous nous intéressons. On connaît tous le moteur de recherche comme outil pour trouver l’information dont on a besoin. Mais cette recherche n’est que la première étape d’un apprentissage. Comprendre, analyser, valider, confronter, synthétiser sont des actions qui permettent d’aller plus loin et de s’approprier des connaissances.

Internet permet tout cela et même plus. C’est en effet à la fois la plus grande médiathèque du monde, un espace d’écriture, de construction et la possibilité d’échanger avec des personnes de la terre entière.

Oui, Internet, Tout Y est Pour Apprendre (ou ITyPA!). Mais comment s’organiser devant l’abondance des ressources, leur perpétuel renouvellement et la diversité des points de vue ? Comment collaborer avec d’autres personnes ? Comment évoluer et progresser ? C’est autour de telles questions que nous souhaitons échanger dans le cours ITyPA cet automne.

Ce cours sera en ligne et ouvert à tous, et comme c’est l’usage sur Internet, plus nous serons nombreux, plus ce que nous en tirerons sera potentiellement riche. ITyPA, à nous d’en tirer parti. Cette forme de cours porte un nom, en anglais : MOOC pour Massive Online Open Course. Ce nom a été proposé en 2008 dans un cours, le CCK08 (pour Connectivism and Connective Knowledge, i.e. connectivisme et savoir collectif en français), l’adjectif Massive vient du fait qu’un tel cours peut regrouper plusieurs milliers de participants. Popularisé par quelques universités américaines (Stanford et le MIT en tête) il existe maintenant deux formes principales : celle qui copie les cours traditionnels de l’université et celle qui est basé sur l’abondance des ressources et les échanges entre participants, qui est en fait la forme la plus en phase avec la philosophie du Web. Le terme connectivisme a d’ailleurs été proposé pour souligner qu’apprendre sur le web, c’est avant tout créer des connexions, des liens. C’est ainsi une évolution du constructivisme cher aux pédagogues.

une petite vidéo pour illustrer existe, en anglais :

Nous sommes quelques uns à avoir suivi un tel cours ou à avoir été intrigués par ces formes d’apprentissage, et à avoir publié ou relayé l’information. C’est assez naturellement qu’Anne-Céline Grolleau, Christine Vaufrey, Morgan Magnin et moi-même avons convergé sur l’idée de proposer conjointement un tel événement sur le web. Nous étions tentés par l’aventure, mais conscients qu’une telle expédition se monte à plusieurs. Et c’est bien la forme la plus participative qui nous motive.

Le thème et la forme se sont imposés pour plusieurs raisons : nous voulions nous ouvrir à un maximum de participants potentiels, nous ressentons l’existence d’un tel besoin dans nos entourages respectifs, et puis ces compétences sont quelque part un préalable à toute autre forme de MOOC connectiviste.

Comme nous pensons que cette formule est intéressante et encore originale dans le monde francophone, nous avons cherché et réussi à convaincre deux spécialistes en sciences de l’éducation : Annie Jézégou et Paul Bouchard pour nous apporter leur aide tant pendant la préparation que pour l’évaluation de ce cours.

Petit challenge supplémentaire, nous avons aussi décidé d’inviter d’autres partenaires pédagogiques à observer, à participer, pour pouvoir ensuite collaborer à d’autres cours sous cette forme, si cela marche comme nous l’espérons. Un objectif que pourrait se donner cette communauté serait de construire un guide du MooC en français, mais ce n’est qu’une proposition.

Parmi les questions que nous nous posons, c’est de savoir combien de participants pourraient se fédérer atour d’un tel cours.

Nous nous sommes donnés comme objectif de démarrer début octobre, et cela semble rester possible. Si vous souhaitez participer, réservez quelques heures hebdomadaires dans vos plannings de cet automne. Chaque semaine, nous proposerons un témoignage d’une personne ressource et quelques pistes d’approfondissement autour desquelles chacun pourra produire du contenu et échanger avec les autres participants.

Suivez le hashtag #ITyPA sur twitter, ou regardez l’évolution du site du cours : itypa.mooc.fr, ou soyez attentifs aux annonces.

Crédit photo : The MOOC shop par cogdogblog licence CC-by

Ludovia – mobilité et ouverture – un lieu de rencontres

J’y serai ! J’ai libéré ma semaine et je viens de recevoir mes billets !

Et Impatient !

  • Retrouver des gens que j’apprécie, tous actifs et passionnés ;
  • Rencontrer des pointures que je suis avec intérêt depuis longtemps sur la toile ;
  • Profiter de l’ambiance conviviale si bien décrite par les bloggeurs de l’année dernière ;
  • Jouer moi-même ce rôle de bloggeur/observateur, en espérant contribuer à enrichir les débats et à prolonger la réflexion ;
  • Participer aux débats : sur la mobilité, sur les établissements du XXIème siècle qui sont 2 thèmes qui me tiennent à cœur ;

J’ai suivi l’année dernière sur Twitter et sur les blogs cet événement. J’ai donc eu envie de le vivre sur place. Les thèmes proposés ont achevé de me convaincre. J’en ai retenu plusieurs éléments qui me semble en faire un bon endroit de rencontres, et qui complètent ceux que certains ont déjà pu apprécier à QPES. Voici ce que nous laisse entrevoir le programme :

  • un cadre détendu, informel qui encourage les rencontres ;
  • le croisement de tenants du numériques, de chercheurs, d’entreprises et d’institutionnels. A noter que semble-t-il les institutionnels ne se contentent pas d’annoncer les réflexion du ministère et de disparaître juste après et que les entreprises viennent aussi pour écouter ;
  • l’organisation de « barcamps », ou du moins de réunions d’échanges sur un thème. D’après les retours de l’année dernière, au moins un temps d’échange très ouvert.
  • des tables rondes dites interactives, permettant des retours de la salle importants.
  • des ateliers de découverte et « explorcamps » (je croyais que le terme était une marque. Cela dit Mario Asselin est effectivement un « explorateur du web » membre de l’association), qui permettent à chacun de toucher du doigt des usages.

Sur les contenus, traiter de la mobilité me paraît de bon aloi, imaginer l’établissement du XXIème siècle, de la maternelle au supérieur, semble une ambition louable. Cela permettra sans doute d’évoquer les nécessaires évolutions tant sur les objectifs de formation que sur les méthodes pédagogiques.

J’ai un peu plus de mal avec l’item « tablette numérique » où l’on risque de se focaliser sur l’équipement à la mode, en décrivant ce qu’il permet. Après le portable, le livre numérique, et avant le smartphone, il me semble que l’on prend le problème à l’envers. Il serait plus intéressant de partir des besoins, des envies pédagogiques, même si il y a effectivement des allers-retours entre nouvelles opportunités et nouveaux usages. La tablette semble avoir bien des qualités, on la compare au cartable électronique. Est-ce également le cahier numérique, la calculette, l’outil de simulation, de collaboration … qui formera l’outil de travail de l’apprenant du XXIème siècle ? Nous aurons l’occasion d’en reparler. Mais je n’ai pas encore vu une description de l’outil « cartable » qui reste encore sans doute à définir par les enseignants, et aussi par les élèves…

L’autre item sur lequel j’ai des réticences, c’est L’ENT outil de structuration décrété par l’institution. L’enjeu devrait plutôt être l’appropriation par les enseignants, en s’appuyant sur leur liberté pédagogique dans le cadre d’une sensibilisation et d’une formation. Notons en passant que les enseignants mis en valeur ne sont pas en général des simples utilisateurs d’ENT, mais bien des innovateurs pédagogiques qui défrichent d’autres outils.

Je compte bien aborder ces points de questionnement. J’espère sincèrement que des réponses émergeront.

En tout cas, une bien belle fête du numérique en perspective, dont je compte bien pour reprendre la formule de Jean Jouquan revenir avec un nouvel ami, une nouvelle idée et un nouveau projet.

Impatient, vous dis-je !

Et pour ceux qui voudraient découvrir quelques articles de ce blog en lien avec les thématiques de Ludovia de cette année, vous pouvez éventuellement consulter :

Retrouvons nous à Ludovia :

Une vue du web 2.0 pour les collègues : self-marketing

Cet après midi, dans le cadre d’une formation au outils du web2.0 dans mon école, je co-anime une présentation sur le « self-marketing ».

On va voir comment cela se déroule, dans un esprit interactif avec la salle, je reprendrai peut être plus tard ce billet pour faire une synthèse de ce débat (mais cela risque d’attendre un peu, je préfère prévenir).

Les liens principaux que je compte utiliser sont regroupés dans le groupe Diigo de l’école.

Quelques points :

Investir progressivement : savoir ce que l’on veut montrer, comment le faire

Idée globale : mettre en valeur sa production : pour être lu, pour être (re)connu, pour valoriser

    • point de vue professionnel : chercheur mais aussi enseignant ou tout autre
    • point de vue personnel : employabilité

crédits photos :

Session éducation : un 360° autour de l’innovation et l’entreprendre ensemble en formation

Au cœur du forum des usages coopératifs s’est déroulée une session sur l’innovation et l’entreprendre ensemble dans l’éducation. 3 matinées qui ont chacune abordé un aspect différent de la collaboration dans le domaine de la formation : les communautés d’enseignants, la co-production avec les étudiants, la place du collaboratif dans la formation des enseignants. Des échanges nourris, parfois passionnés, toujours riches ont animé ces 3 séances, dont on ne retiendra ici que les éléments principaux.

Des communautés collaboratives existent et prospèrent

C’est le premier point à retenir. Il existe aujourd’hui en France (avec des extensions dans le monde francophone) des communautés de pratiques qui comptent des milliers, voire des dizaines de milliers de participants. Les formes, les outils supports, les objectifs varient, mais on voit que dans tous les cas, ces communautés vivantes évoluent, se reconfigurent, explorent de nouveaux espaces, se cherchent parfois …

Au travers des échanges, en regardant les activités des participants, on peut trouver plusieurs formes :

  • Des communautés d’enseignants disciplinaires et associatives. Sésamath, les Clionautes, le Manège étaient présents, mais d’autres existent : Weblettres, OpenWebEnglish. Un objectif commun est de proposer des outils aux service de pédagogies dans les disciplines. Cette proximité du terrain leur donne une légitimité et une efficacité indéniable.
  • Transversaux, comme Apprendre2.0 qui permet des échanges de différentes natures autour de l’apprendre à apprendre ; ou l’association « Outils-Réseaux » qui propose des formations autour des pratiques coopératives ;
  • Informels, autour d’outils comme Twitter. Beaucoup d’intervenants se connaissent d’abord via cet outil ;
  • institutionnels, permettant de mettre en ligne des contenus validés et d’engager des échanges, ou de proposer des formations collaboratives pour les enseignants au travers du réseau pairform@nce
  • avec les étudiants, comme le réseau Foreigners in Lille ou les Carnets de Paris Descartes, qui mettent enseignants, chercheurs, étudiants sur un pied d’égalité, ou comme le Réseau de e-Porfolios de l’UVSQ qui permet de se construire une identité professionnelle.

Chacune de ces communautés a sa propre histoire, mais on peut constater, au moins pour les associations disciplinaires, voire pour la plupart d’entre elles des préoccupations communes comme :

  • d’assurer leur pérennité.
    • La récolte de fonds, la promotion au travers de produits dérivés pour dégager des moyens a ainsi amené Sésamath a créer des manuels scolaires.
    • L’investissement des bénévoles, et leur remplacement est toujours une difficulté dans les associations.
    • Les changements de politique financière d’outils comme Ning peuvent parfois poser des problèmes de financement.
  • de gérer la cohérence en même temps que de permettre l’évolution se retrouve sous différentes formes dans les différentes associations. Le Manège s’est créé pour permettre une mutualisation des ressources dans le domaine de la gestion. Les Clionautes se préoccupent de maintenir du lien entre différentes formes et outils de collaboration. Sésamath propose un mécanisme de projets associés. Il est clair que ces mouvements évoluent au cours du temps, l’essentiel étant de maintenir une dynamique qui permette l’évolution.
  • de mieux se connaître pour évoluer. Cela passe par des moments forts d’échanges, comme ces matinées au forum des usages coopératifs, mais aussi certains des animateurs de ces communautés sont en thèse pour mener un vrai travail de réflexion sur les mécanismes et les dynamiques sous-jacents.

ou des volontés comme :

  • essaimer les pratiques, qui passe par la proposition de formations, la participation à des conférences, l’édition de documents
  • permettre la réutilisation des documents, des ressources.

En regardant les différentes communautés de pratique, on s’aperçoit qu’il y a des liens entre elles. Il est courant que des personnes soient membres de plusieurs communautés complémentaires. Un regret qui ressort néanmoins de ces matinées, c’est justement que monde institutionnel et autres communautés s’ignorent. L’approche est fondamentalement opposée, dans un cas on part d’une vision hiérarchique et dans l’autre d’une demande de la base, voire sans doute d’un blocage ressenti par la base. Le regret est partagé, mais les différences fondamentales de gouvernance, font qu’il est peu probable de pouvoir envisager un rapprochement sans une remise en question de l’institution.

Si l’on regarde simplement le processus de validation des contenus, on voit la distance qui sépare ces deux mondes. Dans le cadre des associations se met en place un processus basé sur l’échange entre pairs, l’amélioration progressive des contenus ,.. bref un processus tel qu’on en trouve beaucoup sur Internet. Au niveau institutionnel, le processus est guidé par une validation extérieure, qui peut être très long (on a cité 2 ans pour valider une formation dans le cadre de pairform@nce, sans échange constructif) et qui ne permet pas une amélioration progressive, bref un processus hiérarchique qui ne passe pas à l’échelle.

Pour revenir au croisement des réseaux, nous avons noté que des liens existaient mais il n’y a pas de croisement réel de ces réseaux. La faute sans doute au fait que ceux-ci sont encore jeunes. Si la Ligue de l’enseignement est citée comme un exemple, il est noté qu’elle n’est pas très présente dans le monde numérique.

Des métiers qui évoluent …

Nous avons déjà relevé que les personnes qui s’investissent dans l’animation de telles communautés sont en recherche de repères (c’est pour répondre à ces demandes et partager les réponses que l’association outils-réseaux est née), voire rentrent dans une pratique réflexive lourde en démarrant des travaux de recherche.

Mais même si un enseignant participe simplement à ces communautés de pratique, il découvre d’autres types de pratiques : pour préparer ses cours, pour évoluer dans sa compréhension de sa discipline, de la pédagogie qui y est liée, il apprend à maitriser les outils et les usages du numérique, qu’il pourra peut être ensuite envisager d’investir directement auprès des élèves. L’innovation est ici d’investir ces réseaux pour se co-former.

Une constante pour ceux qui s’investissent dans les communautés de pratique est qu’ils développent des capacités à écouter, à respecter l’avis de l’autre, à critiquer et être critiqué. Cela est nécessaire pour créer une culture de coopération, qui consiste également à être opportuniste, discret, bref tout ce que l’on n’apprend pas à l’école, a fortiori si on se destine à être enseignant.

La réflexion pédagogique s’engageant en terrain neutre, on peut alors envisager d’autres pratiques, comme des échanges entre classes, la construction de la réflexion dans la classe, le travail sur d’autres sources de connaissances que celles apportées par l’enseignant…

… et des nouveaux métiers

Pour faire fonctionner une plate-forme qui intègre des productions d’étudiants, la posture a adopté est celle de l’animation : accueillir, susciter, valoriser, organiser … Pour passer à cette nouvelle dimension, il faut permettre l’erreur, ouvrir le champ des possibles, tout en édictant quelques règles simples pour permettre la cohabitation, puis la coopération. L’enjeu est de créer les conditions permettant l’échange pour une co-construction sociale des connaissances.

Cette animation peut être intégrée dans une formation, auquel cas, on voit bien que le rôle de l’enseignant change fondamentalement. Le témoignage de David Cordina sur la manière dont il conçoit l’accompagnement le montre bien.

Mais elle peut aussi être portée/ soutenue/ accompagnée par des animateurs de réseaux, de communautés, métier qui a été identifié par bien des entreprises, mais dont la place n’est pas encore nette dans les communautés éducatives. Le travail de personnes comme Sophie Mahéo, Florence Meichel, Romain Trillard prouve bien l’intérêt de telles postures pour faire fonctionner des communautés au niveau d’un établissement ou d’un réseau transverse.

Quelles formations ?

À ce niveau, l’opposition entre institution et associations semble plus prégnante.

La bonne volonté de personnes appartenant à l’institution est évidente, cherchant à faire avancer les choses. Des expériences de travail en groupe dans les IUFM existent, le réseau pairform@nce vise à développer les pratiques pédagogiques collaboratives. Des ressources sont à disposition (EDUCNET). Mais la lourdeur de l’institution est mal vécue par les participants de la base. L’augmentation de la charge des enseignants, la concurrence entre enseignants qui se profile au travers des réformes sont vécues comme des freins à la collaboration.

Les communautés de pratique non institutionnelles visent à proposer des formations légères, permettant de s’intégrer dans les communautés, elles privilégient la simplification des technologies pour mieux se concentrer sur les usages. La volonté d’essaimer les amène à se concentrer sur le métier d’animateur de réseaux.

En conclusion

Les innovations qui se développent dans la formation sont basées sur le développement de la confiance, la reconnaissance par les pairs, une démarche progressive.

Et si le collaboratif ne permet pas toujours un meilleur résultat dès le début, il semble que sur le long terme cela porte ses fruits. Pour finir avec une idée de Sébastien Hache, la construction de manuels numériques de qualité est le Cheval de Troie pour le collaboratif. En licence libre bien sûr.

Retrouvez également des vidéos de certains intervenants.

Les ressources éducatives se développeront en réseau(x)

Avant Propos

La semaine dernière, j’ai eu la joie de participer aux Journées numériques 2010 de Paris Descartes, qui ont été particulièrement réussies. Prouvant sa réactivité, l’équipe a mis en ligne les vidéos des interventions dès le week-end (Pour ceux que ça amuserait de me regarder à l’œuvre, moi je ne peux pas …). Pour ma part, j’ai déposé mes transparents sur Slideshare :

et l’organisation a proposé de réaliser des actes de ces journées. J’ai donc rédigé (a posteriori) le texte que je prépublie ci-dessous, en remerciant encore les organisateurs de cette manifestation.

Introduction

Un enseignant a un rapport très particulier avec ses ressources pédagogiques qu’il utilise pour ses enseignements. Or, de ce lien résultent des tensions diverses, et qui peuvent soit s’amplifier par une résistance aux phénomènes liés à Internet ou au contraire diminuer en s’appropriant les différentes communautés de pratiques ou réseaux qui coexistent sur le Web.

Résoudre cette problématique est une bonne raison pour un enseignant de commencer à investir l’espace d’Internet et cela de manière beaucoup moins angoissante que face aux élèves en découvrant avec eux des outils.

De manière intéressante, si la découverte de contenu peut se faire par un simple moteur de recherche comme Google ou Exalead, l’accès et la construction des ressources pédagogiques est organisée selon des réseau(x) de diverses natures (institutionnels, disciplinaires, informels,…) ou des communautés de pratiques. Intégrer ce monde des ressources pédagogiques ou éducatives dans son univers propre passe donc par une découverte de ces réseaux.

Par ailleurs, la compréhension de l’organisation de ces réseaux, la manière dont ils se créent, évoluent, permet dessiner des tendances qui pourraient guider l’évolution (ou la révolution) du monde de l’éducation de demain en général et de l’éducation supérieure en particulier.

Si certaines tendances nous viennent d’évolutions naturelles des structures actuelles, certaines sont plus étonnantes et porteuses de réelles innovations. Dans tous les cas, la publication amène à se poser la question de la licence des ressources, et permettre la mise en place d’une réelle dynamique conduit à considérer et en général à adopter des licences qui qualifient les droits d’utilisation de manière plus large que le copyright habituel. Les licences Creative Commons permettent cette souplesse et supportent, voire encouragent un mouvement de ressources éducatives libres, qui au même titre que les licences libres dans le domaine du logiciel, permettent d’envisager une véritable construction collaborative du savoir intégrant les futurs érudits1 que sont nos étudiants.

Quel rapport entre un support de cours et Internet ?

Un cours local face à une base de connaissance globale

Pour beaucoup d’enseignants de l’enseignement supérieur, la construction d’un cours passe par l’élaboration d’une série de supports, que ce soit un diaporama, un polycopié, voire un livre, des exercices ou des documents d’appui comme le plan de cours, le guide de lecture, des grilles d’évaluation, … Appelons les des ressources pédagogiques.

Si la recherche de sources se fait maintenant majoritairement sur Internet, la construction de ces ressources se fait souvent de manière locale pour 3 raisons principales : d’une part une nécessaire adaptation au contexte de formation (niveau, durée, objectifs pédagogiques spécifiques …), la volonté d’originalité de l’enseignant-Chercheur d’autre part et finalement l’appropriation du discours souhaité.

Si par certains aspects, ce travail est nécessaire, il pose quelques problèmes :

  • Comment faire évoluer ces ressources ? Le temps de l’enseignant est limité, il sera donc amené à faire des choix : soit modifier le contenu, ou sa présentation dans un diaporama, ou encore l’organisation du cours. Il sera difficile sur le long terme de maintenir un ensemble cohérent. L’effet actuel est que beaucoup de cours ne proposent plus qu’un diaporama, nécessaire pour la présentation au détriment d’un polycopié nécessaire pour la compréhension du fond et les révisions. Un comble à une époque ou l’on nous parle d’infobésité. Obliger les étudiants à acheter un livre de référence pourrait résoudre en partie ce problème, mais ce n’est pas l’usage en France ;
  • La consultation de ces ressources peut être limitée par des difficultés d’accès. Si un contenu équivalent existe sur Internet, sera consulté celui qui peut être accédé au moindre effort. Dommage qu’une telle quantité de travail ne soit pas valorisée ;
  • De plus, l’abondance des sources externes permet d’intégrer d’autres approches ou points de vue. Si l’on cherche à les rejeter, on rentre dans une négation de l’esprit de curiosité qu’un futur érudit se doit d’avoir. Il vaut mieux considérer ses ressources comme intégrées dans un écosystème qu’isolées du reste du monde et encourager l’analyse critique des jeunes ;
  • De la même manière, certains d’entre nous hésitent à publier des annales d’exercices2 avec leurs corrigés sous prétexte que ceux-ci pourraient être connus les années suivantes. Cela revient à ignorer l’existence de canaux cachés tels que la simple photocopie des séances des années précédentes ou leur équivalent numérique, ce qui de plus introduit des inégalités entre les étudiants. Au contraire, pouvoir considérer des banques globales d’annales permettrait d’assurer une diversité suffisante qui empêcherait les étudiants de s’attacher à des exemples particuliers.

Tous ces éléments poussent à s’intégrer à l’infrastructure dominante de la connaissance qu’est devenue Internet. Pour cela il est intéressant de connaître différentes options qui se dessinent avec un maitre mot : la collaboration.

Cette notion est d’autant plus importante qu’il est clair qu’isolé, l’enseignant, de plus en charge d’une cohorte d’étudiants n’a que peu de degrés de liberté pour se renouveler. La collaboration est bien le moyen de dégager des moyens et de trouver la motivation d’évoluer d’un environnement qui ne fait que se contraindre un peu plus chaque jour.

Des niveaux de collaboration

Don Tapscott and Anthony D. Williams, auteurs du best-seller « Wikinomics », dans lequel ils étudient en quoi l’intelligence collective bouleverse l’économie ont récemment abordé avec la même acuité le problème de l‘université du XXIème siècle3. Si leur constat est très centré sur les universités américaines, on peut partager un certain nombre d’arguments qui poussent à renouveler la pédagogie au sein de l’enseignement supérieur. De manière plus intéressante, il identifient 5 niveaux de collaboration qui permettent de caractériser différents types de collaborations possibles. Ceux-ci sont les suivants :

  1. Mise en ligne de contenus
  2. Collaboration sur les contenus
  3. Co-innovation sur les contenus
  4. Co-création de connaissance
  5. Apprentissage collaboratif global

Ces différents niveaux correspondent à des niveaux d’implications successifs jusqu’à un « Campus Global », que certains appellent de leurs vœux (par exemple par François Taddéi durant la table ronde « Université, engagement social et numérique » pendant les journées numériques 2010). Nos auteurs l’envisagent (niveau 5) comme la possibilité pour les étudiants situés physiquement sur un campus donné de s’inscrire à des UVs distantes dans les universités de leur choix.

Mise en ligne de contenus

Ce premier niveau correspond à la mise à disposition de ressources. Pour les enseignants publiant, l’intérêt est de devenir visible et de se savoir consulté. Pour les étudiants, cela multiplie les ressources, et surtout pour tous, cela permet de savoir comment sont abordées les connaissances, sur quels points les accents sont mis, etc. Cela permet donc une diffusion des meilleurs pratiques, ce qui profite à tous.

Plusieurs réseaux, sites, ou communautés de pratiques permettent cette mise en commun. Au niveau institutionnel, citons le célèbre consortium Open Course Ware, à l’initiative du MIT, faisant figure de pionnier, qui donne accès à des cours de nombreuses universités, et qui est ouvert à de nouvelles inscriptions. Dans le même esprit, les universités numériques thématiques françaises semblent avoir moins diffusé. Plusieurs universités proposent également des portails de contenus, avec plus ou moins de facilités de recherche, comme Savoirs Partagés pour l’Institut Télécom.

De manière moins institutionnelle, des sites de dépôts comme Slideshare constituent des réseaux sociaux en permettant de déposer facilement un diaporama et sont des mines pour trouver des présentations de qualité sur quantité de sujets.

Citons également des sites qui permettent maintenant facilement de publier un ouvrage sans frais initiaux et permettent donc la mise à disposition de supports de type livre. Lulu.com, qui propose par exemple le guide des ressources éducatives libres en anglais ou InLibroVeritas, créateur de la Littérature Équitable et qui héberge les Framabooks.

Collaboration sur les contenus

La collaboration permet d’aller plus loin dans la diffusion des bonnes pratiques en permettant la comparaison des approches, outils et méthodes pédagogiques. Il est possible d’échanger sur ce qui marche, de faire des tests et de rendre compte des résultats et ainsi d’affiner les dispositifs, tout en les adaptant aux différents contextes d’usage.

Au niveau universitaire, des conférences existent qui permettent de faire émerger des nouvelles pratiques dans l’enseignement supérieur comme le colloque « Questions de pédagogie dans l’enseignement supérieur » ou celui de l’AIPU, ou pour les aspects plus numériques les Universités Vivaldi organisées en région par la SDTICE. Mais la formule des conférences ne permet pas l’échange approfondi, des formules plus continues sont nécessaires.

On trouve ainsi du coté du secondaire des communautés de pratique disciplinaires regroupées en association qui permettent une collaboration approfondie entre leurs membres. Citons : Sésamath, Weblettres, les Clionautes, le Manège, Open English Web … qui regroupent des milliers d’enseignants. Malheureusement, il n’y a pas d’équivalent de type réseau social ou communauté de pratique entre les enseignants du supérieur.

D’autres types d’échanges plus informels existent dans des réseaux ouverts tels que Twitter (pour autant que vous ayez identifié des gens avec qui échanger) ou Apprendre2.0, permettent des échanges dynamiques sur tout type de sujet.

L’accès à ces différents réseaux permet d’entrer en contact avec des collègues d’établissements équivalents, ou de la même discipline, ou qui peuvent avoir des préoccupations (qu’elles soient pédagogiques ou numériques) proches. Du point de vue des ressources, l’échange argumenté doit logiquement contribuer à l’amélioration des pratiques et de la présentation des contenus. Du point de vue des enseignants, c’est une réelle opportunité d’échange entre pairs, et s’il se fait sur Internet d’acquérir une aisance d’utilisation des outils numériques sans se retrouver face à des élèves.

Co-innovation

L’étape suivant le partage ou l’échange de pratiques et de contenus liés est la réalisation commune ou collaboratives de ressources éducatives. On parle ici de co-innovation pour signifier que si les connaissances ne sont pas nécessairement nouvelles, c’est le travail de présentation, d’organisation qui est partagé. À ce niveau plusieurs cercles de collaboration peuvent faire sens. Nous en considérerons trois.

Co-innnovation entre enseignants

La collaboration sur la construction entre enseignants permet un travail entre pairs qui doit permettre le débat, la comparaison des expériences, la discussion pour faire émerger le consensus.

Cette construction peut émerger d’une communauté de pratique existante, comme les manuels scolaires proposés par Sésamath. Une communauté peut se construire autour d’un projet précis, une nouvelle société LeLivreScolaire propose ainsi des manuels scolaires adossés à des sites complémentaires construits par une cinquantaine d’enseignants.

Si cette construction entre enseignants n’est pas encore développée, notons que des outils comme les wikis ou des chaines éditoriales collaboratives comme La Poule ou l’œuf, existent et rendent la collaboration possible. Ces outils peuvent être installés sur des serveurs d’établissements mais sont également disponibles sur le web, comme par exemple la Wikiversité pour les wikis ou la forge de InLibroVeritas.

Co-innovation avec les étudiants

Curieusement la construction avec les étudiants semble plus développée en France. Elle peut prendre la forme :

Il s’agit alors d’un travail réalisé avec une motivation accrue de par la visibilité de leur travail et permettant aux élèves d’acquérir une litéracie numérique. Ce dernier point peut même être l’objectif du cours comme le projet WikiPeplum par l’association Plume! (association de doctorants) et Wikimédia France.

Cours ouverts ou la Co-innovation avec le monde

Dans les deux premiers cercles de collaboration, les participants sont connus. D’autres structures de co-innovation plus ouvertes peuvent pourtant exister, y compris au niveau universitaire. Sans parler des constructions de contenus de type prise en main d’outils comme on peut en trouver par exemple avec le réseau Apprendre2.0, des cours ont été proposés sur le web avec des inscriptions ouvertes à tous, par exemple :

L’idée est ici de dépasser les frontières classiques des institutions et de permettre une collaboration d’un groupe d’apprenants de tous horizons, dans les cas présentés plutôt des enseignants sensibles à des évolutions de leur environnement.

D’autres structures permettent d’envisager la construction de cours et de leurs ressources de manière ouverte. Si la Wikiversité a déjà été citée en 3.3.1, Le Mill est une communauté basée sur les résultats d’un projet européen.

Co-création de connaissance

Le niveau 4 correspond à une collaboration étroite au niveau recherche puisque l’on aborde ici la création de connaissance. Pour nos auteurs Don Tapscott et Williams, c’est l’occasion de rappeler le débat sur la réutilisation des données publiques (voir par exemple le groupe de la Fing sur le sujet) dans le contexte universitaire. L’idée est que des données, ici des connaissances produites par des services publics, sont par nature des biens publics, donc des biens communs. Les auteurs abordent la notion de science ouverte ou de science 2.0. On investit donc ici le domaine de la recherche.

On le voit différents niveaux de collaboration peuvent s’envisager entre enseignants, qui peuvent prendre corps au travers de différents types de réseaux, de différentes nature (institutionnels, associatifs, disciplinaires, ouverts, au niveau d’une classe ou nationaux ou mondiaux …) et dont des exemples existent d’ores et déjà. Dans tous ces réseaux se pose la question de la propriété intellectuelle, qui va donc nous intéresser dans la section suivante.

Ressources et licences

Les ressources étant mises à disposition se pose la question de l’usage que leur auteur voudra bien laisser aux futurs utilisateurs au travers de la licence qu’il apposera sur la ressource.

Des ressources collaboratives

Les différents niveaux de collaboration présentés impliquent que les ressources développées puissent être consultées, utilisées en public, modifiées, adaptées à un contexte d’utilisation, construites à partir de différentes autres ressources. Nous avons vu que différents auteurs, y compris des étudiants peut avoir participé à leur élaboration.

L’idée principale lorsque l’on rentre dans ces réseaux est bien d’adhérer à une idée de collaboration pour permettre la diffusion la plus large possible des ressources produites et de ce qui y est contenu. De plus si gérer les références utilisées dans un document est déjà une tâche en soi, la gestion de droits variés sur les documents utilisés peut rapidement tourner au cauchemar, et décourager les meilleures volontés.

Licences Creative Commons pour des ressources collaboratives

Les licences Creative Commons sont clairement les plus indiquées pour ces ressources éducatives. Elles permettent de contrôler différents paramètres de diffusion des ressources :

  • Attribution : le fait de devoir citer (ou non) les auteurs
  • Usage Commercial : le fait que l’on autorise (ou non) l’usage dans un contexte commercial
  • Travaux dérivés : le fait que l’on autorise (ou non) la modification, la réutilisation
  • Partage à l’identique : le fait que l’on impose (ou non) la conservation de la licence
  • Ou « Domaine Public »

Il s’avère à l’usage que toute limitation risque d’être une source de difficultés pour une personne qui souhaite réutiliser un travail publié, ce qui est a priori contraire à l’esprit de la démarche de collaboration. Un article sur Framablog intitulé « Privilégier la licence Creative Commons Paternité (CC BY) dans l’éducation » explique très clairement pourquoi il est intéressant de choisir le contrat de licence le moins limitatif. Pour plus de détails, et pour apposer un contrat à sa ressource, le plus simple est de visiter le site de Creative Commons ou Creative Commons France.

Un impact international

Il est intéressant de constater que ce choix de licence est partagé par un grand nombre d’organismes internationaux qui s’intéressent à la diffusion des connaissances et à l’éducation, et qui ont fait le choix de militer pour des ressources éducatives libres (ou Open Educational Resources). L’Unesco, mais aussi l’OCDE, le Commonwealth sont actifs dans ce mouvement. Des associations comme justement Creative Commons en ont fait leur action centrale. La majorité des initiatives citées dans ce document adhèrent à ce mouvement.

Conclusion

Ce bref panorama des réseaux, dépôts, communautés de pratiques et autres réseaux sociaux abritant des ressources éducatives montrent qu’un enseignant peut aujourd’hui accéder à un grand nombre de ressources pour revisiter son enseignement, mais aussi participer à la diffusion et à l’amélioration des contenus et des connaissances. L’intérêt est d’améliorer globalement l’éducation et de mutualiser les efforts de chacun pour l’usage de tous.

Entrer dans cette dynamique peut impliquer de revoir le métier de l’enseignant, qui de producteur de contenu original passe à une démarche collaborative, qui de formateur dans une classe, un amphi devient auteur sur le web, qui peut-être de transmetteur de savoir peut devenir relais dans un cours ou la construction de l’apprentissage devient collaborative. Pour autant il n’implique pas d’investir forcément plus de temps dans la préparation de ses interventions

La question de la qualité des ressources est importante, l’accessibilité, la recherche, la facilité d’évolution le sont également, et font partie des débats en cours et à venir. Les réponses qui y seront apportées feront partie des facteurs qui assureront la pérennité ou non des nombreuses initiatives actuelles et futures.

Les niveaux de collaboration exposés ici montrent bien les approches différentes des différents réseaux déjà existants. Si ceux-ci peuvent paraître nombreux, force est de constater que la diversité des acteurs et des approches permet sans doute d’assurer un écosystème qui permettra à terme l’amélioration globale de l’éducation, et que cet écosystème est sans doute malgré tout encore embryonnaire. Par ailleurs, à plusieurs niveaux, les exemples sont issus soit du monde anglo-saxon, soit de l’enseignement secondaire, les réseaux qui permettront de faire naître un campus global de l’enseignement supérieur français ou francophone restent sans doute à créer.

1Érudit au sens anglais de scholar

2Nous ne rentrerons pas ici dans le débat sur la pertinence ou non de séries d’exercices pour progresser dans une matière au niveau universitaire. Ce n’est qu’un exemple.

3Innovating the 21st-Century University: It’s Time! EDUCAUSE Review, vol. 45, no. 1 (January/February 2010): 16-29 -Don Tapscott – Anthony D. Williams

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