Réseau social pédagogique : l’intention pédagogique avant tout

Usages du web 2.0 ou un petit bilan  TICE 2010 (2/3)

L’avant dernière session de Tice 2010 nous a permis d’écouter trois témoignages d’utilisation du web2.0 en pédagogie. Le premier concerne le supérieur au travers d’un témoignage des différents usages du blog au sein d’une école d’ingénieurs, la second est porté par Laurence Juin et ses usages autour de Twitter dans un lycée professionnel, et finalement le troisième autour de l’acculturation de professeurs des écoles au web2.0.

Un invariant entre ces trois présentations : tous insistent sur l’organisation pédagogique qui doit porter les usages. Dit autrement, l’idée est que pour qu’un outil soit utilisé, il faut qu’il fasse sens, i.e. qu’il soit indispensable pour réaliser la tâche, ou du moins qu’il la facilite largement.

 

Morgan Magnin (@morgan_it) nous a fait part des nombreux usages de blogs qui ont été développés à Centrale Nantes. On y retrouve tous les usages classiques : blog de projet élèves, de retour d’expérience, de cours, de compte rendus d’élèves, de laboratoire, de présentation d’équipe, de veille, de mise à disposition de logiciel. Il parle aussi des outils d’agrégation qui sont le complément naturel du blog. Il souligne l’intérêt de tels outils pour la motivation, la mise à disposition, l’ouverture, et la possibilité de collaborer avec des extérieurs. Mais derrière chacun de ces blogs, il y a d’abord une intention, un usage prévu et partagé, et ensuite des usages émergents qu’il est essentiel de savoir intégrer.

En conclusion, l’outil n’est pas structurant, il sert juste de support.

 

Laurence Juin, dite aussi @frompennylane, nous parle ensuite de sa classe dans laquelle on utilise un peu twitter pour la prise de notes, grâce aux téléphones mobiles des élèves, d’autres outils pour travailler ensemble (sur lesquels elle n’insiste pas mais on ne peut pas tout dire, s’pas ?). Nouveauté de la rentrée, ses collègues s’y mettent aussi, sous la pression des élèves. Elle nous parle plus longuement :

  • de ses objectifs de cours : écriture du français (synthétiser en 140 caractères et sans faute), éducation au média numérique, construction d’une identité numérique positive

  • de l’appropriation de l’outil par construction d’une charte (dont la formulation est entièrement positive)
  • de la prolongation du contact au delà du temps de classe, au travers de Twitter, dont la qualité principale est ici d’être asynchrone.
  • De l’effet bénéfique pour la construction du groupe classe et pour les plus timides qui trouvent un moyen d’expression qui leur convient.

Ce qui frappe dans ce retour, c’est la cohérence des intentions et des objectifs. Si ceux-ci ont sans doute été construits au fil de l’eau et ont peut être évolués au cours du temps, on sent ici une réflexion qui dégage un cadre réutilisable et une cohérence entre objectifs, modalités et outils technologiques.

Et pour finir, @vpaillas et @pnodenot, nous ont présenté leur approche pour amener des enseignants à utiliser en formation les outils numériques du web 2.0, avec l’espoir d’un transfert dans la salle de classe. En se positionnant sur les outils de veille pour l’enseignant (Twitter + Diigo + Netvibes) , ils permettent de démarrer le travail autour d’usages personnels des enseignants en stage. Ils montrent l’articulation possible des outils, grâce à une intention pédagogique de création de communauté d’apprentissage. La classe devient confrontation entre pairs, les outils s’articulent pour permettre les usages au delà du temps de classe, en privilégiant le partage d’information. Un avantage perçu de ce travail avec les outils du web2.0 est ainsi de pouvoir travailler sur les aspects éthiques de l’Internet autour des usages et non pas au travers de mises en garde.

Ce travail sur des outils pour l’usage amont des enseignants est une première étape tout à fait pertinente pour permettre aux enseignants de s’approprier dans un contexte personnel ces outils.

La limite rencontrée dans cette formation est que le passage à l’usage avec les élèves se fait peu. J’y vois deux raisons :

  • d’une part l’usage de ces outils dans le primaire est relativement peu développé pour différentes raisons (disponibilité de matériel, limites dans l’écriture des enfants, réticences à exposer les enfants à Internet de la part des parents ou des enseignants),
  • mais dans cet exemple, il me semble que le problème est celui du transfert d’une compétence récemment acquise vers un usage pédagogique. La réutilisation des outils proposés dans une classe de primaire n’est pas facile. Si Netvibes peut effectivement être un portail pour la classe, qu’y met-on dedans ? Quelles ressources, quelles activités ? Il me semble que cette seconde étape ne se fait pas non plus simplement sans accompagnement, ou du moins pas tout de suite.

Cela n’enlève en rien l’intérêt de ce témoignage qui montre que l’on peut effectivement amener des enseignants du primaire en école rurale à utiliser des outils qui leur permettent de rompre leur isolement possible.

Ce qui ressort également du passage par le web2.0 plutôt que par les ENT (les Environnements Numériques de Travail), c’est un niveau d’ouverture et une dynamique qui n’ont rien à voir. Pour peu que la structuration pédagogique soit au rendez-vous, la facilité des outils, le sentiment de communauté, l’ouverture à l’extérieur font sens, et permettent aussi bien aux étudiants qu’aux enseignants de dépasser le cadre de la classe.

Dans les questions suite aux présentations, le positionnement relatif d’ENT et de web2.0 du public ont été abordés, mais clairement les réponses étaient difficiles à formuler. Ce sera donc le troisième volet de ce retour de TICE 2010.

 

Petit bilan Tice 2010 (1/3)

Retour de TICE 2010, dans le train, l’heure d’un premier bilan. Quoi de marquant dans ces trois journées ? Des rencontres assurément, de la gastronomie certainement, culturel également puisque nous avons visité deux musées. Mais sur cela nous passerons ici, cela relève de la sphère privée 🙂

Ce que je note ici est purement personnel, et n’engage donc que moi. Cela va tout de même prendre trois billets :

  • celui-ci pour les impressions générales et un petit résumé de 3 présentations que je regrette plus particulièrement d’avoir raté ;

  • un sur les usages du web2 présentés lors d’une session parallèle aux papiers en question ;

  • et finalement un petit éclairage sur les différences entre ENT et web2.0 pour les enseignants, avec quelques points de vue pas trop rabâchés

 

Dans les sessions scientifiques auxquelles j’ai pu assister, j’ai noté des modèles de profils d’utilisateurs, de tuteurs, de portfolios pour permettre un meilleur accompagnement personnalisé des activités. J’ai aussi noté avec plaisir la volonté de permettre l’appropriation des outils par les enseignants et les étudiants/élèves en leur laissant des degrés de liberté, des possibilités d’extension, de personnalisation.

J’ai même entendu un outil mathématique dont le chercheur annonçait fièrement que son outil était développé en collaboration avec Sésamath.

Je retiendrai deux chose de l’intervention de Marcel Lebrun d’aujourd’hui :

  • Pour pouvoir faire avancer les TICE dans l’enseignement, il est d’abord et avant tout indispensable d’acculturer les enseignants aux TIC. La bonne nouvelle de mon point de vue , est que si les appuis perçus pour les TICE restaient stables, la perception des obstacles avait fortement baissé ces 10 dernières années. Or, on sait bien que le frein principal (voir le livre de Jean-Michel Cornu) pour démarrer une activité collaborative est de baisser les barrières d’entrée dans la démarche.
  • Un cours riche qui encourage l’apprentissage des élèves et qui tire parti des technologies comporte généralement plusieurs activités complémentaires qui incitent à apprendre.

Il y avait bien plus de choses dans sa présentation, qui ont déclenché bien des réactions dans l’auditoire, en tout cas bien plus que les autres présentations de ces trois jours, mais c’est mon choix personnel que je vous livre ici. J’aurai pu parler de la proposition de mener des études comparables à celle qu’il nous a proposé dans d’autres établissements.

Coté C2i, une présentation nous fait part de certaines difficultés de la mise en place du C2i enseignants dans les formations de maîtres. Par contre, j’ai eu le droit à la présentation d’un outil tout à fait intéressant pour l’organisation de l’évaluation et de la certification des différents C2i, ainsi qu’une riche discussion sur les libertés laissées aux établissements pour qualifier les différentes compétences du C2iMI (métiers de l’ingénieur).

Moins agréable, le voyage à Metz, 1heure30 en car pour arriver à un amphi dans lequel on nous a enfermé pour écouter des séances plénières sans grand intérêt, voire insupportable quand on nous impose les futurs statuts d’e-OMED.

Je regretterai finalement la place limité du Web 2 dans une telle conférence. Même si on sent quelques frémissements. En plus les organisateurs ont mis les deux seules sessions sur le sujet en parallèle. D’un coté, trois retours d’expérience très riches sur lesquels je vais revenir, et de l’autre coté trois communications que je n’ai pu que lire, mais heureusement les contacts sont établis :

  • un premier article sur l’accompagnement de l’activité et de la réflexivité d’activités de projets à l’aidre des outils du « knowledge management » et du web2.0, « Combiner suivi de l’activité et partage d’expériences en apprentissage par projet pour les acteurs tuteurs et apprenants » dont l’analyse et les outils semblent particulièrement pertinents. Peut-être un support possible pour le suivi de l’activité projet de premier semestre de l’année prochaine…
  • le second présenté par nos amis de Lille, montre comment une orchestration d’activités peut être diffusée sur des outils web2.0

  • le troisième, appelé « Le web 2.0, une plateforme d’e-learning », présenté par Richard Hotte, nous détaille un cours d’informatique proposé entièrement sur le web, sa scénarisation et une première évaluation. L’approche est volontairement ouverte, et intègre principes pédagogiques et outils du web2.0.

Voilà ce que je retiens. Une conférence qui se passe bien, c’est revenir avec un ou deux projets. Contrat rempli.

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