FormIdex : innovation pédagogique et numérique

Du 5 au 7 novembre 2019, l’Idex de Grenoble organisait ses journées autour de la transformation pédagogique. Avec Eric Uyttebrouck, nous nous sommes vus proposer de faire une présentation sur la pédagogie et le numérique. Nous nous sommes attachés à rappeler l’importance du numérique dans l’innovation pédagogique, mais aussi à démontrer l’importance de la diffusion des résultats et d’encourager la collaboration pour permettre la pérennité de ces innovations. Mais au-delà de cette présentation, nous avons été impressionnés par la richesse des réalisations proposées dans le cadre de cet Idex, et par la maturité de certaines propositions. Un simple chiffre permet de prendre conscience de l’étendue de la transformation en cours : 32 % des enseignants chercheurs de Grenoble ont été impliqués dans un projet d’innovation pédagogique en 2019.

Pédagogie, numérique et innovation

Telle était donc la commande qui nous avait été proposée, avec la contrainte de mener une conférence à deux, alors qu’Eric et moi n’avions jamais travaillé ensemble auparavant. Le rapprochement s’est effectivement avéré fructueux. Nous avons donc proposé une présentation en trois temps. La première faisait un rapide état des lieux de ce qui se fait à Grenoble et démontre que la moitié des projets se réclamait explicitement de la pédagogie numérique. La deuxième partie visait à montrer que l’articulation du numérique et de la pédagogie se font selon 3 axes : (i) le numérique comme outil et moyen de renforcement de la pédagogie, (ii) le numérique comme objet d’étude, au-delà des disciplines scientifiques et techniques (iii) le numérique comme soutien à la recherche, au travers des learning analytics. La troisième partie posait la question de la réussite d’un projet au prisme de la pérennisation et de la diffusion. Coopération, partage et ouverture faisaient le lien entre ces parties à la fois comme dimensions du numérique et comme vecteurs de réussite.

Mais au-delà de ce qui a motivé mon voyage, je voudrai partager ici ce que j’ai découvert en allant à Grenoble

Des Idex pour révolutionner les universités

Ces trois journées se sont ouvertes sur une série de présentations autour de l’impact des Idex dans 4 universités françaises. En introduction Jean-Claude Ruano-Borbalan, historien au CNAM nous a fait une fort intéressante présentation tendant à démontrer l’impact de la révolution autour de la société de la connaissance sur l’université. Cet impact s’analyse sur plusieurs dimensions : (i) la place des lieux dédiés (l’université) à la production des connaissances dans une société qui parie sur la production des connaissances de manière globale, (ii) la gestion de la standardisation (au travers de la comparaison par des critères qui se retrouvent notamment dans les classements), (iii) l’utilitarisation des connaissances et la professionnalisation des formations, (iv) le positionnement des universités à la fois d’un point de vue international et dans leur écosystème local, (v) les multiples pressions endogènes et exogènes qui s’appliquent sur les établissements. Un discours souvent foisonnant, mais néanmoins très intéressant. Je retiens qu’il nous conseille la lecture d’un rapport Study on innovation in higher education: final report (mais que je n’ai pas encore feuilleté).

Suite à cette introduction, des représentants de Grenoble, Strasbourg, Paris-Saclay et Sorbonne Université nous ont présenté leur Idex. Je retiens simplement qu’au delà des similarités liées à ce qu’est un Idex, la culture de chacune de ces universités apparaissaient clairement dans les présentations.

La pédagogie active reste un sujet d’actualité.

Si il peut sembler dans les milieux dédiés à l’innovation pédagogique que certains sujets sont connus de tous depuis longtemps, la question de la pédagogie active reste toujours présente dans les discours. Critère possible dans les appels à projets, certes. Mais surtout sujet de la conférence de clôture de ces journées menée de manière magistrale par Christelle Lison. Figure incontournable de ce sujet, comme des approches par compétences, Christelle a clairement le talent pour présenter ces sujets et une influence importante dans le domaine.

Une multitude de projets intéressants

Près de 150 projets déposés en 3 ans, avec une grande diversité tant sur les budgets que sur la nature du projet : aménagement de salles, renouvellement de matériel de TP, développement de ressources, de portails numériques, nouvelles maquettes pédagogiques, plate-formes numérique d’enseignement, ouverture vers d’autres publics, et j’en oublie. Il y en a pour tous les besoins, et c’est également une des grandes richesses de de programme. Si de nombreux temps de rencontres et de visites étaient prévus durant ces trois jours, il n’en reste pas moins qu’il est difficile d’avoir une vision globale sur tout ce qui se passe à Grenoble. Je retiendrai ici, de manière tout à fait partiale, quelques rencontres qui m’ont plus particulièrement interpellé :

  • Sur la pédagogie par projets, les projets « Pairs » mis en place à Phelma en filière de physique impressionnent par leur ambition. Les élèves de M1 réalisent un projet technique pour développer leur compétences. Jusque là, rien d’original. Par contre, ils doivent candidater, avec lettre de motivation en anglais pour intégrer un projet. Et ce sont les élèves de M2 qui sont en position de manager de ce projets qui vont recruter, accompagner et manager ces projets. Il semble bien qu’un vrai travail entre pairs d’années différentes soit mis en place pour réaliser les projets. Pour une première expérimentation de pédagogie par projets, nos collègues de Phelma ont réalisé une belle maquette pédagogique.
  • Sur l’ouverture citoyenne, deux beaux projets semblent tous les deux butter sur la question de la prise en charge dans l’université des actions vers les publics locaux. D’un coté un projet vise à soutenir les collèges et lycée de la région pour s’impliquer dans des concours de robotique, connus pour développer l’envie de faire des études scientifiques. De l’autre « CitizenCampus » vise à développer l’esprit critique des étudiants et l’intelligence collective en ayant comme objectif de débattre et d’organiser des débats publics sur les questions autour de la science et société. Si la faisabilité de telles initiatives relève bien d’un projet d’innovation pédagogique, leur pérennisation pose la question de l’institutionnalisation, soit en soutenant les enseignants en charge, soit plus probablement en développant un service dédié au soutien de ce type d’initiative.
  • Sur la formation au code et aux données, des séminaires et des groupes sont mis en place pour apprendre et échanger sur Grenoble. Par ailleurs un projet Data Challenge fait la promotion de la plateforme Codalab qui permet d’organiser des compétitions qui peuvent servir de base à la formation.
  • Sur la formation des doctorants. Un groupe d’informaticiens a fait un travail de fond sur la science reproductible, et propose notamment un MOOC sur le sujet, mettant en avant l’importance de maîtriser les outils de gestion, de calcul et de développement correspondants. Notons que cette exigence de recherche reproductible prend tout son sens dans une démarche d’open science.

Parmi ces projets, deux plateformes semblent plus particulièrement abouties

  • LabNBook met à disposition des étudiants et élèves des cahiers de laboratoire. Le cahier de laboratoire est en effet l’objet central pour les sciences expérimentales, et cet outil permet donc des privilégier une approche d’investigation. Conçu pour des activités de laboratoire, les étudiants/élèves ont à leur disposition des outils pour définir leur protocole expérimental, collecter et mettre en forme leurs données expérimentales, noter et partager leurs observations, et finalement les rendre disponibles à leur enseignant.e. De leur coté, les enseignant.e.s peuvent mettre à disposition les informations qu’ils estiment utiles, annoter les cahiers qui leur ont été remis. Un nouveau projet « Apaches 2 » doit permettre d’aller plus loin dans les fonctionnalités de la plate forme en renforçant ses capacités collaboratives, au travers d’une boîte à outils basé sur les approches agiles.
    Caseine est une plateforme dérivée de Moodle qui permet de proposer des évaluations automatiques d’exercices de code informatique, ou de recherche opérationnelle notamment. Techniquement, la définition de nouveaux exercices est basée sur la définition d’un énoncé, et de scripts de tests qui permettront d’analyser la réponse (j’ai cru comprendre que cette partie était basée sur un outil existant appelé VPL). Par contre pour réutiliser un exercice existant, il suffit de l’intégrer dans son espace de cours. Cela intéresse les enseignants de lycée qui peuvent ainsi choisir et mettre à disposition de leurs élèves des cours leur permettant d’apprendre à programmer. Notons que pour les étudiants plus avancés, un plugin dans Eclipse (un environnement de développement professionnel) est disponible et permet donc de développer et de tester des exercices dans un environnement avancé.
    Par ailleurs, des fonctionnalités de ludification sont proposées pour permettre aux étudiants à la fois de se donner des objectifs, et pour faire des retours facilement sur la difficulté ressentie des exercices. Dans ce cadre, ceux-ci sont d’ailleurs classés selon des niveaux de difficulté : piste verte, bleue ou rouge. Classement que nous cherchons également à mettre en œuvre dans mon établissement, pour permettre aux étudiants de se positionner.
    Pour finir, il est facile de s’inscrire sur le site pour essayer, notamment si vous aves un compte universitaire.

Dans les deux cas, ces plate-formes proposent des supports pour des pédagogies actives pertinentes dans les disciplines visées. Elle évoluent rapidement, et ont chacune agrégé une communauté d’enseignants motivés. Cette communauté permet notamment le partage de bases d’exercices, ce qui est une vraie valeur ajoutée, mais se posera sans doute rapidement la question de comment faire vivre une telle base d’exercices. Par ailleurs, de nombreuses fonctionnalités restent à être identifiées, développées, testées.

En discutant avec ces porteurs de projets, nous avons constaté une vraie envie de partager et de coopérer avec d’autres personnes. Il reste souvent à trouver les modalités qui permettront de mettre en place des collaborations fructueuses, à Grenoble et au-delà.EEv9NdnXoAAcbJX

Conférence : Nomadisme, mobilité – utiliser les Equipements Numériques pour apprendre

J’ai été invité par l’Université de Brest (dite de Bretagne Occidentale) a faire une présentation sur ce qu’apportent l’usage des mobiles à l’université. La présentation aura lieu en centre ville à l’université Victor Segalen en salle B001 à 14 heures. (Mise à jour 13/02/2013 : vous pouvez retrouver l’enregistrement vidéo en ligne)

En résumé :

L’usage des mobiles rend possible de nouveaux modes d’apprentissages. La mobilité n’est ainsi pas que spatiale, mais ouvre aussi de nombreuses autres dimensions : temporelle, thématique, sociale, informative, technique. Comprendre le champ des possibles de ces nouveaux outils permet de les intégrer dans ses apprentissages pour les étudiants, et dans sa pédagogie pour l’enseignant.

L’immense majorité des étudiants disposent aujourd’hui d’équipements personnels, PC portables, smartphones, voire tablettes qu’ils utilisent au quotidien. La fracture numérique ne se situe plus au niveau du matériel, mais bien au niveau des usages. En permettant à nos étudiants de tirer parti de ces équipements au cœur de nos établissements, nous inversons nombre de logiques d’enseignements qui permettent de renouveler nos pédagogies, de valoriser l’étudiant et de réduire la fracture des usages en leur permettant d’acquérir une littératie numérique indispensable au XXIème siècle.

Au travers d’expérimentations réussies, nous explorerons quelques pistes d’usages au sein d’enseignements ou la participation devient le cœur de la pédagogie.

Pour les curieux et ceux qui ne pourront se joindre à nous voici le diaporama.

Quelle Université Numérique ?

La semaine dernière, j’ai été contacté par la présidente de la CEVPU qui cherchait un intervenant sur l’enseignement en ligne. Demande tardive, mais que je trouve intéressante. C’est finalement assez rare d’être sollicité par des étudiants.

En y réfléchissant, et en préparant (en trop peu de temps je suis un peu débordé) quelques transparents (plutôt en regroupant des diaporamas existants), je suis retombé sur un fil conducteur assez classique mais qui me paraissait faire sens :

  • premier point : les compétences sur lesquelles on met l’accent aujourd’hui, que ce soit dans le contexte professionnel, citoyen ou étudiant, ce sont les compétences informationnelles ou littératie numérique, qui sont finalement un prérequis pour aborder l’innovation (idée que j’ai développée l’année dernière). Ces compétences n’étant malgré tout que peu naturelles pour nos jeunes de la génération Y, il est nécessaire de les intégrer dans nos cursus.
  • Partant de là, on peut regarder ce que fait l’université aujourd’hui. Et de fait, il s’y passe pas mal de choses et au final, le constat est finalement assez flatteur, même si on peut regretter que certains éléments ne vont pas assez loin. L’université donc :
    • A cherché à formaliser ces compétences au travers des divers C2i. Si ceux-ci sont perfectibles, ils ont déjà l’immense qualité de faire bouger les frontières ;
    • A généralisé les accès à des ressources au travers des ENT. Certes ils sont fermés, mais ils permettent de mettre le pied à l’étrier ;
    • multiplie les initiatives : plan Wifi, podcasts, simulations, animations en 3D à Lyon 1, e-portfolio à l’UVSQ, réseau social d’université (les carnets de Paris Descartes), pages d’universités sur Facebook, WebTV, UnivMobile
    • capitalise sur les ressources au travers des universités numériques ;
  • troisième point : les ressources sont en fait un élément stratégique pour les universités (qui sont avant tout des centres de savoirs). Lorsque l’on considère la manière d’aborder la gestion de ces ressources, on ouvre un ensemble de niveaux de coopération, qui permettent d’envisager les manières d’insérer les universités dans les réseaux numériques de la connaissance (pour reprendre la formule de H. Isaac). De pourvoyeur de connaissance, comme c’est envisagé dans les Universités Numériques Thématiques actuelles, on peut glisser vers des collaborations entre enseignants, avec les étudiants, ou vers de la co-innovation, voire de la co-création de contenus (pour plus de détails, j’ai présenté en détails l’idée aux JNUM10). L’étape ultime de ces niveaux de collaboration est sans doute l’avènement de quelque chose qui ressemblera à un campus global, dont les sites universitaires seront les empreintes physiques permettant aux étudiants d’apprendre dans un contexte global, tout en restant localisés dans un environnement propice aux échanges et à une vie sociale physique.

Comme idée pivot d’articulation, je démarre sur l’idée qu’Internet est actuellement polarisé entre deux visions : celle de la diffusion, dont Hadopi est l’instrument légal, et celle de la collaboration, dont le web2.0 est l’outil de diffusion. Cette polarisation se transfère bien à la manière dont on envisage les enseignements : cours magistral ou travail de groupe en projet. Et s’applique encore mieux à la manière dont on envisage l’insertion dans les « réseaux numériques de la connaissance », soit diffuseurs de contenus, soit participant à la construction collaborative de nouveaux savoirs. J’aime à penser que la culture profonde des universités tendrait plutôt vers le second pôle que vers la première vision qui peut être portée momentanément pour démarrer. La résistance la plus importante est peut être du coté des enseignants-chercheurs qui ont peu de raison de se préoccuper de pédagogie.

J’espère que cette ligne pourra faire démarrer le débat.

Par ailleurs, force est de constater que l’Université semble avoir fait le choix d’investir le numérique et d’avancer maintenant assez vite. Et c’est une très bonne nouvelle.

Autre point, cette présentation permet de faire le lien entre le point de vue « littératie numérique » et « ressources éducatives (libres) », ce qui me paraît une bonne chose, même si pour le coup l’Université ne semble pas en avoir pleinement conscience (peut être quelques personnes, mais ça ne se voit pas encore d’un point de vue stratégique).

Pour aller plus loin, quelques références :

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