Des prototypes #Edtech alternatifs

Je voudrai partager avec mes lecteurs les 3 sujets de projets que j’ai proposé a nos étudiants de troisième année de Telecom Bretagne, et que certains m’ont fait la joie de prendre à bras le corps. Tous les trois tournent autour des données d’apprentissage.

On présente souvent la edtech comme un monde de startups qui visent à proposer des services “éducatifs”  et surtout en faisant des profits. Ce n’est a priori pas un modèle exclusif tant les modèles libres ou basés sur les communs devraient être des alternatives à considérer lorsque l’on pense éducation. D’autant que c’est une option particulièrement adaptée dans le contexte de déploiement dans le cadre du service public. Il y a évidemment des conditions pour permettre une diffusion suffisante mais ce n’est pas le sujet de ce billet.

Des sujets autour des données donc, mais sans modèle économique lié à l’exploitation des données. La récolte de données reste néanmoins utile, car il est ainsi possible d’envisager des aides à l’apprenant, en lui proposant un suivi, en lui faisant des retours sur ses apprentissages, voire de proposer une évaluation de son activité. Cela est classique et ouvre des perspectives, mais c’est un point de vue de développement au service du métier de l’enseignant. Il me semble encore plus intéressant de se positionner en considérant ce qui devient possible lorsque l’on permet à l’apprenant de disposer de ses propres données pour lui-même. C’est dans cette perspective de données d’apprentissages inversées que j’ai proposé ces sujets, dans la suite des réflexions déjà développée dans ce blog.

Premier sujet : la mise en place d’un portail de partages de mesures, photos, vidéos collectées par mobile pour résoudre ensemble une question dans une démarche d’investigation. Nous avons fait le choix de traduire nquire-it (si vous voulez contribuer, c’est ici mais d’abord un peu technique). L’accueil de l’équipe qui a développé ce portail en anglais a été très bon, et nous espérons pouvoir le mettre en ligne en français d’ici le printemps. Si vous avez une idée de nom de site, nous accueillons vos suggestions avec intérêt. L’idée est ici que l’apprenant est acteur de sa collecte et de son exploitation. Il y a d’ailleurs plusieurs possibilités d’extensions mais cela ferait l’objet d’un billet entier.

Le deuxième sujet est de proposer une alternative pour la récolte des données d’apprentissage. Le monde du e-learning est en train de proposer des nouveaux standards pour permettre de récolter des données d’apprentissage sur des outils variés et de les regrouper ensuite pour permettre un meilleur suivi. Parmi ceux-ci, le standard xAPI est ouvert et permet de regrouper ces données dans des entrepôts (repository) pour exploitation ultérieure. L’idée est de pouvoir regrouper les données pour un même cours (ou plus). nous inversons ici la logique en proposant de définir un entrepôt dans un espace de données d’apprentissage personnelles, l’apprenant pouvant alors croiser ses expériences venant de différents contextes d’apprentissage. Typiquement, nous regardons ce qu’il est possible de récolter lors de l’utilisation du portail La technologie utilisée en termes de données personnelles est celle proposée par Cozy.

Le troisième sujet s’inscrit logiquement dans l’organisation et l’exploitation des ses expériences pour construire son propre e-portfolio sur Cozy. Il s’agit ici d’un prototype pour démontrer qu’il est possible de regrouper différentes sources, de ses apprentissages (sujet 2), de port folios extérieurs, mais aussi de sources de certifications, comme les openbadges. Plutôt que de déposer ses données sur le site de son établissement de formation, de son université, l’idée est ici aussi de récupérer ses données de ses différents parcours d’apprentissage (et professionnels – travailler c’est aussi apprendre) et de les regrouper dans son espace propre pour en avoir la maîtrise dans une approche de self data. Ces regroupements peuvent alors faire l’objet d’un travail de portfolio et de sa publication.

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On le voit, remettre en question la logique du flot des données en apprentissage permet d’explorer des voies stimulantes. Ces trois projets d’étudiants permettent d’explorer les aspects techniques de certaines réflexions menées sur ce blog. Si ces projets vous interpellent, je peux vous mettre en contact avec mes étudiants. Et si vous êtes patients, ils se sont engagés à publier leurs résultats sous licences libres à la fin de leur projet en mars.

Si vous êtes étudiant ou développeur, n’hésitez pas à prendre contact.

La prochaine étape sera de tester tout ça. Et pourquoi pas dans un MOOC ? 

 

Crédit photo : Digilant: Above and beyond the data (2) par Charls Tsevis licence by-nc-nd

Ingénieurs et à la pointe pour toute la vie

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Le colloque organisé conjointement par le CEFI et l’IESF : « l’ingénieur entrepreneur de sa formation » qui semble particulièrement pertinente. La manière d’aborder l’employabilité de l’ingénieur est ici abordée au travers de la question de l’autoévaluation dans une démarche d’apprentissage tout au long de la vie. Philippe Carré, expert reconnu sur la questions de l’apprenance sera des orateurs de cette journée.

Derrière cette notion d’apprenance, se pose les questions de nouveaux rapports au savoir et de développement de collectifs. La dernière partie de ce colloque parlera de « développement d’une intelligence de l’environnement ». Gageons que la notion d’intelligence collective sera au cœur du discours, tant il est vrai que la construction de son parcours individuel d’un ingénieur se fait en développant une compréhension construite collectivement des enjeux et des besoins.

L’IESF a bien compris que ces enjeux de la Formation Tout au Long de la Vie (FTLV) et ses déclinaisons dans le cadre de la formation professionnelle, deviennent centrale pour la profession. La dimension d’innovation, reprise dans la formule de l’IESF : « Chevilles ouvrières de l’innovation, les scientifiques et ingénieurs jouent un rôle de plus en plus essentiel pour aller de l’innovation vers le marché. », implique bien une évolution permanente. J’avoue découvrir cette organisation, alors que j’avais déjà eu l’occasion d’intervenir au CEFI, c’est mon petit coté provincial, ou peut être trop orienté numérique.

L’IESF travaille par ailleurs sur un livre blanc dans lesquels les aspects de formation sont centraux, selon le cahier blanc préparatoire « Réussir le futur : jouons collectif ». Pour information, ce cahier propose que les écoles développent des campus à l’étranger, dans une perspective de pénétration des marchés. J’aurai envie de réagir sur ce point en proposant des campus qui se développent dans l’univers numérique, pour y affirmer la place de la France, mais c’est sans doute hors sujet.

On y trouve surtout un appel au développement de MOOC dans des domaines pointus, donc des ressources de formation disponibles et adaptées au suivi de l’évolution technologique. Sur ce point il me semble qu’au niveau de l’IMT nous répondons largement présent, avec une vision formation professionnelle intégrée. Notons qu’y sont relevés la dimension essais-erreurs des MOOC considérés comme vecteurs d’innovation, et la nécessité de développer des certifications. Avis donc aux développeurs de MOOC : continuez à innover et proposez des modes de certification. Nous sommes en pleine phase de mutation de la société, y compris (et surtout) dans le domaine de la formation, la dimension d’exploration reste donc centrale.

En développant des MOOC, nous avons identifié différentes questions qui me semblent encore trop implicites dans ce colloque et ce cahier blanc.

D’abord, il y a la question de communauté derrière les apprentissages. Comment encourager les apprentissages au delà du MOOC, comment développer les réflexions pour aller au delà du contenu, et d’imaginer d’autres formations. Il y a là l’opportunité de relier apprentissage, communauté d’expertise, et compréhension des mutations. Entre MOOC et réseaux d’apprenance, il y a des relations à mieux expliciter.

Ensuite, complètement dans le cœur de ce colloque, se pose la question des moyens donnés à l’apprenant pour développer sa capacité à se positionner. L’approche par les services carrières et syndicats professionnels (vu dans les supports de l’Assemblée Générale de l’association) est une piste, mais pour permettre une approche innovante dans ce domaine, il faudra également s’intéresser à des démarches plus ouvertes comme celle de la FING appelée « musette numérique du travailleur ». Cette question de l’ « empowerement » du travailleur en général et de l’ingénieur en particulier dans les réseaux numériques pourrait ainsi devenir centrale dans la maîtrise de son parcours professionnel.

Dans le cahier de l’IESF, on voit d’ailleurs un axe autour de la question de la reconnaissance de l’expertise de l’ingénieur (développer des profils d’ingénieurs chevronné sur le modèle des « chefs scientists américains ») et de la présence des ingénieurs et scientifiques dans le débat public. Il me semble que demander cette reconnaissance à la force publique est une manière dépassée d’aborder la question, ou du moins insuffisante. La culture du numérique s’appuie sur une reconnaissance par l’action. Être ingénieur expert, c’est être capable de valoriser son expertise en la partageant, en participant au débat, en collaborant. Contribuer au débat public, c’est prendre position. Il faut donc développer une culture de l’expression et du travail collaboratif des ingénieurs. Le débat sur les apprentissages et les formations à développer, l’implication dans des rencontres pour valoriser nos métiers sont des éléments de cette prise de parole et de cette co-construction. En développant une communauté ouverte habituée au développement d’une expertise sociale, chaque ingénieur pourrait construire son identité numérique. Parmi ceux qui saisiront cette opportunité émergeront des influenceurs. Ce type de profil existe déjà. Parmi les modèles qui me viennent à l’esprit, je pourrais citer Tristan Nitot, Nicolas Colin ou Claude Terosier. Ce sont des influenceurs qui ont émergé de communautés, qui ont appris à exprimer leurs positions, et qui ont un vrai poids dans le débat national. La communauté des ingénieurs a besoin de s’approprier le cadre numérique. Alors chiche, « jouons collectif ».

Crédit photo : Cool Bird Formation par David Joyce, licence CC-by-sa

 

Que de sujets sur lesquels échanger !

Et si peu de temps pour tout explorer.

Context VII

J’ai perdu l’habitude de commenter, réagir, réfléchir, bref avancer dans le cadre de ce blog, et c’est bien dommage (au moins pour moi).

Et pourtant, j’ai beaucoup de sujets qui m’encombrent les neurones. Le problème, c’est de trouver des créneaux pour un minimum d’approfondissement, de structuration et de mise en forme. Beaucoup de témoignages de blogueurs rapportent que pour assurer une bonne régularité, il faut s’astreindre à réserver un créneau dans son emploi du temps. Et je n’ai pas cette rigueur dans la gestion d’un emploi du temps qui a eu tendance à exploser ces derniers mois.

Alors comme le mois de janvier est le mois des « bonnes » résolutions, on va essayer de s’y remettre. Sur quoi pourrait-on échanger ?

Coté pédagogie, le rapport « Innovating Pedagogy 2015 » de l’Open University est sorti et a une lecture orientée entrées pédagogiques. On y retrouve le sujet des laboratoires pratiques que j’ai un peu exploré pour différentes raisons cette année. Du coté de mes enseignements, pas grand chose de nouveau. Peut être un questionnement sur le comment gérer une séance en pédagogie active quand ni les étudiants ni l’enseignant n’ont vraiment la pêche.

Coté MOOC, il y a la bonne nouvelle de cette tendance de laisser ouvert les cours entre les sessions (mais sur laquelle notre plate-forme française FUN n’a pas encore avancé). Il serait possible de reparler de la place des MOOC (et d’autres formes d’enseignement numériques) dans les cursus de formation.

Mais il y a moyen d’aller plus loin. Si le MOOC revient à ouvrir le cours, jusqu’où pousser cette ouverture ? Vers une définition ouverte des parcours ? Voire vers une définition de ses objectifs personnels dans le cadre d’une communauté ?

Partant dans ce sens, se pose la question de qui contribue à, et comment se construisent ces parcours, ces objectifs. Si on suit la grande tendance actuelle, la question est simplement quelles sont les plate-formes qui pourraient contrôler le marché de la formation. Le pays de cette plate-forme ? Les États-Unis, tant leur avance est avérée, et que la dynamique y est forte autour de l’éducation. Et il y a déjà pas mal de monde sur les rangs : Coursera avec sa communauté autour des MOOC, on a déjà parlé de LinkedIn, Google bien sûr, edX plus universitaire. Bref, laquelle vous conseillera et proposera, votre prochain cours ? Votre projet de vie ? Et quelle place pour les alternatives ?

Dans cette veine, se pose la question de l’uberisation de la formation. Bon, la formule est un peu trop galvaudée, mais tellement lancinante qu’elle mérite une formulation propre. Elle était en tout cas sur beaucoup de lèvres lors des rencontres de la FFFOD à Saint-Brieuc en novembre dernier. C’est un sujet qui mérite un billet approfondi, et documenté.

Dans le cadre de la formation professionnelle, il y a cette question de l’uberisation, mais aussi ce compte personnel d’activité qui se veut au contraire un moyen de redonner de l’autonomie dans les parcours professionnels. Est ce donc cette plate-forme américaine qui guidera les parcours, ou peut-on imaginer une approche permettant des formes d’émancipation ?

La piste que je propose d’approfondir est de combiner l’approche de George Siemens avec celle de la Fing. L’approche de George Siemens (dont j’ai déjà parlé plusieurs fois) consiste à rendre les parcours d’apprentissage visibles pour permettre d’imaginer le développement d’une formation collaborative, sur le modèle de la consommation collaborative (qui a dit uberisation ? Revisitez plutôt ce qu’en dit Michel Bauwens). Du coté de la Fing, c’est de Self-Data dont on parle, et de musette numérique  du travailleur. Bref, faire le lien entre social et développement personnel. Entre comportement émergent et parcours personnel. Entre réseau social et contrôle de ses données personnelles. Entre exploitation de données globales et respect de la vie privée.

Pour emprunter cette piste, il y pour le coup des questions de recherche. Quelles architectures techniques à développer sachant que les technologies pour garantir le contrôle des données personnelles par les utilisateurs (voir par exemple cozy) et la construction de communautés de confiance gagnent en maturité ? Quels modèles pour construire et combiner le partage de connaissances et l’évolution personnelle ?

Au niveau des principes, il y a aussi à affirmer que la formation est un bien commun. Et à revisiter les droits sur les données personnelles d’apprentissage. Des manifestes apparaissent ça et là, mais comment se traduisent-ils dans l’hypothèse d’une plate-forme privée, et dans l’hypothèse ou chacun garde le contrôle sur ses propres données, mais peut être moins sur leurs copies éventuelles ?

Puisque l’on parle recherche, j’ai passé mon année à participer à plusieurs appels à projets. C’est une expérience enrichissante par certains cotés, frustrante par beaucoup d’autres, et qui a eu un grand impact sur mes activités (dont ma production sur ce blog en fait …). Cela mériterait un témoignage, avec un petit détour sur les temporalités, à croiser avec les pratiques plus agiles que l’on essaye de promouvoir …

Quels sont les objectifs de la formation ou du moins la manière de les construire, dans un monde en constante évolution, dans une société où l’emploi pourrait ne plus être un objectif, où l’action pour notre environnement est une nécessité, et où la démocratie semble être à réinventer. En passant, un petit pavé dans la mare dans ce qui est devenu un sujet important dans nos formations, que je pourrai intituler : « Et si le modèle des startups était une forme d’uberisation de l’innovation et des ingénieurs ? »

Si on change tout dans la formation, autant enfoncer le clou :

  • Le numérique a le potentiel de changer les règles du jeu pour l’évaluation et la certification. Cela va beaucoup plus loin que simplement autoriser les ordinateurs à l’examen comme le propose le rapport de la Stranes. Quelle place alors pour les diplômes et la recommandation ?
  • À quoi pourrait ressembler un lieu d’apprentissage, ce qu’on appelle une école, ou une université ? Quelles organisations pour la formation pourraient émerger rapidement ? Lesquelles sont à éviter? Lesquelles sont souhaitables ? Quelles hybridations à privilégier entre entreprises, initiatives sociales, et établissements (publics?) d’enseignement et de recherche ? Quelle nouvelle école créer ?
  • Et comment faire le lien avec les autres : Quelles pistes de réseaux développer ? Le réseau des learning labs va dans le bon sens, quelle pourrait être la prochaine étape ?

Par ailleurs, j’ai la grande chance d’avoir un groupe d’étudiants de Télécom Bretagne qui actuellement font quelques développements autour de la plate-forme nquire-it (déjà évoqué en juillet dernier, cette année, on passe à l’implémentation) qui permet de collecter et partager des données dans des démarches d’investigation, de la gestion de données d’apprentissage personnelles et de portfolio, qui mériteraient d’être partagées.

Bref, oui il y a de quoi écrire. On dépile ? Dans le désordre, suivant l’inspiration évidemment:-)

Crédit photo : Context VII par Manuel W. licence CC-by-nc

Rédigé dans le train Paris-Brest le 12 janvier 2016, de retour de revue de projet.

 

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Le numérique dans une école d’ingénieurs

Je suis invité ce 9 décembre à participer à une table ronde en ouverture d’une journée organisée par PrépaOuest dont le titre évocateur est « Le défi de numérique en CPGE : adopter les outils pédagogiques des grandes écoles. » Question intéressante tant la logique des classes prépas est une logique d’acquisition personnelle, alors que notre logique numérique est une logique d’ouverture et de collaboration.

Pour entamer la discussion, j’ai préparé un petit diaporama qui retrace les grands axes du numérique dans une école comme Télécom Bretagne. Néanmoins avec les autres invités : Nathalie Van de Wiele, Michèle Tillard, Eric Cobast, j’ai l’impression que nous allons encore nous focaliser sur une vue ressources, notamment au travers des MOOC.

Inventer l’éducation supérieure du XXIème siècle

Joli titre. C’est celui de l’axe 4 du récent rapport de la stratégie nationale du supérieur (StraNES) . Cette stratégie a pour ambition de définir des objectifs à 10 ans pour l’enseignement supérieur, et est la conclusion d’un processus sérieux et documenté. S’il touche tous les volets de l’enseignement supérieur, c’est bien ce quatrième axe qui se focalise sur l’éducation proprement dite et qui doit guider l’évolution des enseignements et des cursus. On y trouve sur ce sujet 5 propositions, qui se veulent à la fois ambitieuses et réalisables, parmi les 40 que compte le rapport.

La premier point (ou proposition 16 dans la numérotation du rapport) vise à développer les pédagogies actives, pour proposer 25% d’un cursus sous forme de pédagogie par projet, actives, ou d’apprentissage hors cursus. Dans un cursus de formation d’ingénieurs, c’est un taux largement dépassé, si on considère les différentes activités en pédagogie active et les périodes de stage. Notons néanmoins que pour qu’une telle pédagogie soit effectivement efficace pour les étudiants, il faut un accompagnement de qualité qui repose beaucoup de questions sur la reconnaissance des différentes activités de l’enseignant (et donc les moyens humains correspondants), la formation des enseignants à un autre type de posture (tuteur, accompagnateur, … les définitions sont bien connues mais différemment assimilées suivant les lieux), mais également sur la dynamique d’équipe qui doit être créée et entretenue. En même temps cela ne concerne pas tous les enseignants, il faut donc juste arriver à mobiliser, à motiver une frange du corps enseignant.

Pourquoi pas si on arrive à faire de l’enseignement une activité valorisée du métier de l’enseignant chercheur. Malheureusement, c’est un peu le serpent de mer dans l’enseignement supérieur, le dernier avatar étant le rapport de Claude Bertrand qui n’a pas eu d’impact visible.

La seconde proposition vise à prévoir l’usage systématique du numérique dans la formation et l’évaluation des étudiants. Si l’usage dans la formation est maintenant bien établi, il est intéressant de l’institutionnaliser. L’accès à Internet dans le cadre des examens semble par contre ambitieux, voire en rupture, tant cela oblige à repenser la manière dont on construit l’évaluation.

Là aussi, il y a un cadre à créer mais c’est un très bel objectif. Et pour le coup, j’ai l’impression que nous en sommes tous assez loin. Une question sous-jacente est sans doute la question des moyens de correction qu’il faudra mettre en regard. Autrement dit, pourra-t-on poser des questions qui nécessiteront une réflexion plus approfondie de la part des étudiants sans que l’effort de correction ne soit démultiplié ? Sinon, se posera encore une fois une question de moyens… Bref des beaux débats en perspective, sur la nature des activités d’évaluation, sur la gestion technique de la communication durant les examens (car Internet, ce n’est pas qu’une extraordinaire bibliothèque, c’est aussi un moyen de communication de de co-production), et sur les modes de correction des copies.

La troisième proposition développer les ressources numériques et l’éditorialisation des savoirs, me semble déjà engagée en soi. Elle soulève néanmoins un sous point qui est la question de développer un outil d’aide à la décision des différents acteurs (étudiants, enseignants-chercheurs, administrateurs), permettant de suivre les parcours des étudiants. Le regroupement peut sembler étonnant tant cet outil devrait être un support à la proposition suivante. Espérons qu’il ne s’agit pas de déléguer cette proposition à des services techniques, car il y a des débats citoyens à avoir pour ne pas se faire enfermer dans des choix qui pourraient s’avérer bloquants.

Autour de cet outil, Il y a deux éléments clés : d’une part la gestion des données et l’analyse de celles-ci dans une perspective de big data, et d’autre part la nécessité que ce système soit suffisamment ouvert pour permettre un suivi au delà d’un seul établissement. Deux options sont alors possible : soit l’émergence d’un système centralisé qui risque d’être long à mettre en place et peu souple à l’usage, soit au contraire en profiter pour promouvoir les dynamiques de type self data. Dans ce type de dynamiques, l’individu est maître de ses données, ce qui serait en phase avec la volonté de rendre l’étudiant acteur de sa formation. Une expérimentation en ce sens serait sans doute un premier pas intéressant.

En phase avec la première proposition, la quatrième proposition (ou 19 suivant comment on compte) veut favoriser l’agilité, l’innovation pédagogique et la « culture du Oui », à la fois en reconnaissant à l’étudiant la possibilité d’imaginer un parcours à la carte, et en encourageant l’enseignant à l’expérimentation. J’y vois pour l’étudiant la possibilité de choisir des formations en ligne ou de s’inscrire dans un autre établissement pour y suivre un enseignement qu’il juge plus pertinent. Le numérique joue donc potentiellement un rôle de facilitateur, permettant à l’étudiant de suivre un cours d’une autre université à distance, ou de son université de rattachement (si cette notion fait encore sens) pendant qu’il se déplace sur un site lui permettant de développer un projet dans un contexte favorable.

On est ici dans une rupture équivalente à celle d’autoriser l’utilisation d’internet dans le cadre des examens. Cela semble possible, porteur de potentialités nouvelles, pouvant redéfinir la structure des cursus, mais absolument pas encore envisagé ni par le corps enseignant, ni par l’administration. J’ai même l’impression que cela vient en contradiction avec l’approche majoritaire qui veut pouvoir assurer la formation des étudiants.

La dernière proposition visant à prendre appui sur la recherche pour faire évoluer la pédagogie et les processus d’apprentissage est évidemment citée, et mériterait un article complet sur les raisons d’une telle affirmation, sur la répétition de cet enjeu dans tous les rapports, sur la difficulté de coupler des programmes de recherche et l’encouragement à l’expérimentation, sur la non répétabilité des résultats, sur la question de la diffusion …

Il y a donc 2 avancées potentielles dans ces propositions: l’utilisation d’internet pour les examens et la notion de parcours à la carte. Elles semblent en phase avec la culture du XXIème siècle, et permettent de l’infuser à des points clés de notre système de formation pour pouvoir le faire évoluer dans son entier. Clairement cela ne pourra se faire qu’au travers d’une démarche d’innovation, mais aussi en bousculant les modèles et les structures.

Crédit photo : Free Internet par ToGa Wanderings – licence CC-by

Une expérimentation du Self Educative Data, on y va ?

C’est Frederica Minichiello qui nous le propose au travers d’un excellent article sur Thot Cursus :-) Son interrogation part du cahier de prospective de la Fing sur le Self Data, ce qui est clairement le bon cadre pour penser une responsabilisation des étudiants dans leur gestion de leur devenir.

J’en profite pour remercier Frederica pour ses références (Questionnements sur les outils d’apprentissage personnalisés, Data Quality Campaign, My Data Initiative) autour des questionnements utilisateurs qui permettent de mieux aborder cette dimension utilisateur qui est centrale pour pouvoir faire évoluer les pratiques de gestion des données .

Sinon, je milite également pour une telle expérimentation qui paraît indispensable pour identifier les premiers usages permis par la réappropriation de ce type de données. A priori, c’est bien un dossier de ses apprentissages (intégrant à la fois ses résultats scolaires, mais tout autant ses réalisations et apprentissage dans d’autres contextes). Cela correspond effectivement à un portfolio dans le sens d’une collecte de ses preuves de progression, dont on choisit de publier la partie que l’on considère significative.

Pourquoi pas dans le cadre de la Fing ? C’est peut être une bonne idée. Sur une base de Cozy Cloud, ce serait parfait

Cette semaine, nous avons également vu la publication du rapport de la commission de la Stratégie nationale de l’enseignement supérieur. On y parle de données, de la nécessité de mieux les exploiter pour soutenir une stratégie ambitieuse pour faire avancer l’enseignement supérieur. C’est nouveau dans le débat, et c’est une belle avancée que de le faire apparaître en tant qu’élément stratégique . J’avoue ne pas avoir tout lu, simplement survolé (recherche du mot clé data…). On y trouve l’idée que les données doivent être interopérables, et qu’il faut travailler au sein du W3C pour avancer sur ce sujet, ce qui paraît intéressant, gérer des informations en open data et protéger les données personnelles, développer un système d’information permettant l’aide à la décision pour l’ensemble des acteurs (étudiants, enseignants-chercheurs, administrateurs). Espérons que ce dernier volet pourra s’appuyer sur les résultats du projet ANR Hubble. Par contre, la notion de Self data ne semble pas apparaître pas dans ce rapport, le point de vue semble encore de développer un système d’informations centralisé. La notion d’Open Data n’apparait que pour la publication d’une base d’informations sur les débouchés professionnels, et pour la production de ressources éducatives. Les principes de publications d’autres données ouvertes, sur l’organisation et la conduite de l’université (bref open gouvernement), sur les apprentissages, sur la co-production de contenu sont absentes.

C’est d’autant plus dommage que cette semaine le Conseil National du Numérique a lancé un appel sur la libre diffusion de la culture et des savoirs, et invite à signer une pétition pour soutenir les mesures du projet de loi numérique sur le domaine public informationnel, l’open access des publications scientifiques et le text and data mining.

Ces questions d’ouverture des données devraient apparaitre de manière plus centrale dans une stratégie nationale de l’enseignement supérieur. La réappropriation de ses données par l’étudiant aurait été une vision prospective bienvenue.

En attendant que cette expérimentation soit lancée, on n’oubliez pas de signer l‘appel du Conseil National du Numérique.

Permettre d’apprendre toute la vie pour une meilleure qualité de vie

À chaque fois que je regarde un jeu de transparents de George Siemens, j’apprends plein de choses. Son dernier diaporama « Exploiting emerging technologies to enable quality of life », commenté sur son blog, n’échappe pas à la règle. Son argument central est que l’employabilité n’est pas la seule finalité de l’enseignement supérieur, mais que la qualité de vie est encore plus importante sur le long terme. C’est d’ailleurs un excellent contrepoint à l’analyse de mon billet précédent.

D’abord ses présentations sont basées sur de multiples sources, de données et de citations. On a cette fois-ci des données sur l’évolution des métiers dans un contexte d’automatisation croissante, des données sur l’augmentation des inégalités de salaires, et quelque citations bien senties, notamment celle du président Truman de 1947, qui pourrait être ajoutée au débat français.

Il pose les bases d’un apprentissage perpétuel et de l’évolution des mentalités. Par rapport aux technologies émergentes (Social media, MOOC, communautés de savoir et vêtements intelligents, ambiant, réalité virtuelle, Internet des Objets) il propose au travers d’un excellent schéma les options de répartition du contrôle de ces technologies, entre les personnes, les institutions et les entreprises (diapos 42 pour une approche actuelle et surtout 43 pour une approche plus émancipatrice). La question des données personnelles est un élément clé de l’approche.

Et puis, évidemment ces analyses sont au service d’un questionnement sur l’évolution de l’éducation supérieure. Sa transition est : « Parce que nous changerons souvent de métier et d’intérêt, nous avons besoin d’un système éducatif flexible » – qui devrait inspirer les décideurs de tout poil – suivie de « Il y aura plus d’universités, pas moins, dans le futur » – ce qui est certes un parti pris, mais qui a le mérite de structurer l’évolution de l’enseignement supérieur, et de permettre la prise en compte de finalités de plus long terme pour la société. L’axe des technologies abordées cette fois-ci concernent :

  • un très intéressant exemple de valorisation des acquis de l’expérience (VAE) venant de l’université Deakin en Australie. Nous pensons en France que la VAE est une de nos forces pour valider l’acquisition de compétences professionnelles et de fait il y a de belles histoires de personnes qui ont pu obtenir des diplômes de l’enseignement supérieur par cette démarche. Le défaut de cette démarche est qu’elle est plutôt lourde. DeakinDigital nous propose une forme de VAE numérique qui semble beaucoup plus flexible. Une belle image de marque pour une université qui monte que de valider des crédits pour le monde entier. Là aussi il y a matière à inspiration de reconnaître au mieux les acquis de chacun dans un monde qui évolue sans cesse ;
  • le passage de cours à des missions (des projets) pour une formation avec des buts (purpose learning), au travers d’un slogan de Stanford 2025 : Missions not majors. On n’évaluerait pas seulement les acquis (qui sont disponibles en ligne), mais aussi l’impact au travers des actions des apprenants. Une définition plus ambitieuse et intéressante de la pédagogie par projets, qui devient une pédagogie de projets de vie, et qui met en valeur l’engagement ;

Son discours est donc que vont se développer à la fois une personnalisation de l’apprentissage, tenant en compte la manière d’apprendre et les acquis d’une part et la reconnaissance de parcours individuels, basés sur des intérêts évolutifs d’autre part.

Sa conclusion, nous allons devenir des apprenants perpétuels créatifs, entrepreneurs, auteurs du futur de l’humanité se base donc sur une analyse aiguë des tendances actuelles et sur le développement d’un système d’éducation flexible.

Crédit photo : extrait de Siemens, G., Dawson, S., & Lynch, G. (2014). Improving the Quality and Productivity of the Higher Education Sector – Policy and Strategy for Systems-Level Deployment of Learning Analytics. Canberra, Australia: Office of Learning and Teaching, Australian Government. Licence CC-by-sa. Retrouvé sur blog Learning Services Teams Blog de l’Université d’Edinburgh.

 

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