Quelques clés pour la transition de l’école

Transition, le terme est à la mode, il est utilisé pour décrire les transformations en cours induits par la prise en compte des impacts écologiques, le développement de nouveaux modes énergétiques, les nouveaux modes organisationnels, le numérique. Toute la société est en transition. Et l’école est donc évidemment en transition. Elle intègre de nouvelles pratiques, apprend à jongler avec le numérique, et doit préparer le citoyens de demain à un monde en transitions. Je vous propose ici quelques points de synthèse issus de nombreux échanges durant le forum des usages coopératifs 2016.

Une école au cœur d’un écosystème

Autour de l’école, les acteurs sont nombreux : les services d’appui comme Canope, les associations de médiation culturelle et numériques, les politiques (mairie, conseil général, ministère de la culture …) et j’en oublie. Et bien sûr les enseignants et les parents.

De nouvelles écoles se créent aujourd’hui, souvent pour explorer de nouvelles formes de médiation, comme l’école 42 ou Simplon. Ces écoles cherchent à trouver leur place dans l’écosystème, tout en cultivant leur différence. La question centrale est ici la reconnaissance des compétences acquises, de leur certification.

Tous ne se connaissent pas, certains ont l’impression de ne pas avoir leur place (on a pas mal échangé autour des parents : ceux qui n’osent pas retourner à l’école tout en attendant beaucoup d’elle, ceux qui au contraire sont tellement présents qu’ils en sont insupportables, ceux qui trouvent que les conseils de classe sont des espaces de non-discussion, ceux qui ne répondent pas aux convocations). Mais le besoin d’interagir avec les autres acteurs est bien présent.

Et là où la rencontre a lieu, localement, où un projet est mis en place en respectant chacun, les choses se font bel et bien. De nombreux acteurs en témoignent. Pour les élèves, les changements de cadre, de dimension de groupes, de croisements avec d’autres personnes (autres niveaux, acteurs, mais aussi personnes que les élèves vont pouvoir aider) sont des moments d’épanouissement d’autant plus riches s’ils font le pont entre l’école et son environnement.

Mais on sent bien qu’il faut pour cela qu’il n’y ait pas de prise de pouvoir par l’une des parties. Bref, la culture de la coopération reste à mettre en place, à affirmer, à développer.

Un besoin de s’exprimer autour des freins

De l’amertume parfois, une impression de ne pouvoir avancer face à des murs, les témoignages viennent des tripes, tant il est vrai que certains ont une impression d’impuissance et enragent.

Parmi les éléments qui ressortent, la question des moyens est partagée par tout le monde. L’évaluation (la note, le classement) est largement décriée, et si certains veulent rappeler que les approches par compétences visent à faire disparaître ces sanctions, ils ne peuvent nier que les examens (« Le Bac, point de blocage majeur ! ») bloquent le mouvement.

Les programmes surchargés, s’ils pourraient être intéressants pour cadrer les acquisitions, sont souvent une chape de plomb, en bridant l’initiative, en limitant les possibles.

Des jeunes qui changent

L’intervention en plénière de Laurène Castor était un témoignage vécu de ces changements, qui ont été confirmés dans les discussions qui ont suivi. Ceux-ci disposent d’espaces d’expression. Ils ont besoin de sens. Ils n’hésitent pas à être critiques (Vincent Ribaud racontait cette anecdote que ses étudiants en master discutaient ses énoncés de problème). Bref, la question est comme toujours de les comprendre pour mieux tirer parti de leur énergie pour leur permettre d’avancer, d’apprendre.

Le texte récent de Yves Citton « l’éducation de l’attention à l’âge numérique ubiquitaire » va dans le même sens.

Le monde change et continuera à changer

Difficile pour les participants d’exprimer comment prendre en compte le monde de demain. Les participants ne semblaient pas se sentir concernés par ces questions. Il reste que créativité, apprentissage par projet, apprentissage du code, apprendre à apprendre, sont des éléments intégrés dans les discours, mais dont on a du mal à voir la place dans le faits.

En tout état de cause, il faudra être prêt à affronter l’inconnu, et pour cela la description des jeunes que l’on nous fait semble être la meilleure des réponses, aidons les à devenir eux-même. La vidéo TED d’Emilie Wapnick vous fera comprendre le type de profils qu’il va nous falloir apprendre à reconnaître.

Des valeurs à réaffirmer

Dans les discussions, les questions d’ouverture, de collaboration, de respect (mutuel), d’inclusion, de citoyenneté ont été constamment réaffirmés. Ces valeurs sont de l’avis des présents indispensables pour que le monde de demain soit vivable. Si j’adhère complètement à ces valeurs, je me demande parfois si elles sont globalement partagées dans notre société. La réponse est sans doute encore dans l’action et le partage pour pouvoir leur donner corps.

Imaginer un futur désirable

Pour pouvoir s’extraire de la chape qui semble s’emparer de beaucoup d’entre nous, il est nécessaire de se projeter, d’avoir un but qui nous permette d’avancer. Il faut penser des transitions « favorables ». C’est le pari que nous proposent nombre d’acteurs.

La Fing mène un travail appelé FuturEduc pour imaginer l’École pour tous à l’ère numérique. Et si vous voulez prendre les cartes en main, elle a également développé un jeu des transitions pour animer des ateliers de brainstorming. Vous trouverez notamment un exemple pour l’école dans leur cahier des transitions.

Autre moyen d’échanger sur ces futurs, les forums ouverts. Le labschool network nous invite à participer à de tels forums le 26 novembre prochain dans toute la France (Paris, Brest, …), thème : Quelles transitions dans l’éducation pour faire société ?

Un participant a également fait une proposition qui a donné envie à de nombreux participant : Remixer l’école. Le remix est un événement qui croise des publics variés dans l’idée de recréer les espaces (voir biblioremix ou museomix pour se faire une idée). On y reviendra sans doute. Si ça vous tente, n’hésitez pas c’est une superbe idée à mettre en place.

Donner à voir les pratiques

Les enseignants ont entendu beaucoup de discours sur la nécessité de changement, mais ont besoin de se projeter dans leur quotidien. Pour cela, les témoignages de ceux qui font des petites ou grandes choses dans leur « classe » sont indispensables, parce qu’ils sont incarnés, parce qu’on voit comment le faire chez soi, parce que cela rassure. Et plus ces témoignages viendront de contextes différents, plus nous aurons des éléments pour revoir nos pratiques, et plus nous trouverons quelqu’un de proche, par l’approche ou par la discipline.

Là aussi les valeurs du partage, de l’exemple sont indispensables pour permettre d’avancer (et de passer du prescrit au vécu). Dans le secondaire, des associations comme Sésamaths, les Clionautes, Weblettres, ou des sites comme le café pédagogique permettent en partie ces relais, mais méritent plus de visibilité et de reconnaissance. L’université d’été Ludovia est également un lieu de rencontre remarquable la dernière semaine d’août. Dans le supérieur, un site comme innovation-pédagogique ou des journées de rencontres permettent également d’initier ces dynamiques.

Pour ceux qui seraient allés voir un film comme Demain, rappelez vous des visionnaires vous proposent un futur motivant et des acteurs de terrain vous expliquent comment ils agissent au quotidien. C’est bien aux deux niveaux qu’il convient d’agir.

S’engager pour des expériences vivantes

Que nous disent les enseignants qui nous inspirent ? Qu’ils vont vers leurs élèves/étudiants, et qu’ils veulent partager leur passion. Ils créent des situations de rencontre qui permettent de construire ensemble, dans lesquelles exigence rime avec respect. Ils créent de l’empathie pour susciter de l’appétence qui pourra être transformée en compétence. Créativité, coopération, espace d’échange respectant les valeurs des enseignants ET des apprenants, sont des constantes.

Cela ne se décrète pas. Ces témoignages démontrent souvent que l’erreur fait partie de l’apprentissage, que l’imitation, l’adaptation permettent d’avancer, mais surtout que son engagement peut créer de la dynamique avec les apprenants. En synthèse, que l’appétit vient en marchant, pour peu qu’on le veuille et qu’on soit au clair sur ce qui est vraiment important.

Lors des forums précédents, nous avions aussi vu qu’il était plus facile d’avancer quand on peut échanger. Le numérique permet cela tant pour les élèves, que pour les profs. Le « vrai Web » est plein d’exemples et de personnes avec qui échanger.

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Crédit Image : Les nouveaux apprenants et la transition éducative par Julie Boiveau, licence CC-by-nc

 

PS : je n’ai pas remis ici l’ensemble des débats, autour de la formation des enseignants notamment aux démarches projets, l’éducation aux médias, les études importantes de chercheurs, …. Je n’ai pas cité à nouveau tous les intervenants, si vous êtes un peu curieux, n’hésitez pas à consulter les notes prises pendant les échanges.

L’apprenant acteur principal de son parcours tout au long de sa vie

De différentes manières les questions de l’apprentissage tout au long de la vie, de sa place dans la société, des politiques associées (on pense au CPA), des dynamiques possibles, des outils qui pourraient contribuer à l’émancipation de la personne (voir par exemple le travail d’exploration de la musette du travailleur de la Fing, aussi détaillée par Amandine Brugière : nouvelles formes du travail et de la protection des actifs) traversent le débat.

Nous nous proposons d’organiser un atelier fin janvier pour identifier quelles recherches sont-elles à mener pour mieux comprendre, accompagner et infléchir cette transition ? et pour initier des travaux en commun entre chercheurs de différents horizons.

Cet atelier prend place dans un rendez vous de 3 jours, appelé ORPHEE Rendez-Vous organisé pour identifier les grands challenges et les questions de recherche associées en éducation et e-éducation.

Pour aujourd’hui, nous attendons de votre part vos contributions, sous forme de papiers de positionnement, pour préparer et initier ces journées de débat.

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Crédit photo: Pyrénées par Jean-Paul Droz, licence CC-by-nd

 

Une session/débat sur l’École en transition au forum des usages coopératifs

« École en transition » ! Cet important sujet nous réunira pendant 3 matinées du 5 au 7 juillet 2016 à Brest au forum des usages coopératifs. Nous y parlerons de tout ce qui se fait dans, autour et à coté de l’école pour vivre ces transitions qui transforment notre société.

Je viens de reprendre l’organisation et l’animation de cette « session », un peu au débotté, mais avec plaisir finalement, et surtout plein d’envies :

  • J’ai envie de faire le point avec les participants des actions de chacun qui font sens pour vivre cette transition aux travers de leurs témoignages. Ce sera notre travail commun principal lors de la première matinée.
  • Nous (je dis nous car c’est un souhait partagé par les intervenants du deuxième jour) avons envie de comprendre ce que chacun projette quand on parle de transition de l’école, de comment nous pensons ces transitions dans le cadre de l’école, et comment préparer à ces transitions. Bref de comprendre de quoi on parle quand on parle de transition à l’école.
  • Et puisque le numérique est un vecteur du changement, je compte sur les intervenants de la dernière séance pour nous proposer des actions en cours ou à venir pour évoquer des pistes d’actions, sur lesquelles les participants pourront réagir et qu’ils seront invités à enrichir.

Ainsi la session éducation nous permettra bien de décliner la thématique du forum :

Transition numérique, transition énergétique et écologique, transition numérique, économie collaborative, école en transition, industrie 4.0 c’est toute la société qui se cherche un à venir entre un ancien qui ne fonctionne plus et un futur incertain parsemé de dangers. …

Vous l’avez compris, le terme école du slogan est à comprendre au sens le plus large, et intègre toutes les dimensions de l’éducation. Notre ambition est bien d’éclairer le débat en mettant en avant ce qui va dans le sens d’une école/éducation souhaitable, plus ouverte, plus inclusive et respectueuse de la personne, à même de donner les outils pour aborder les grands enjeux des transitions.

Pour rappel, ce sera pour la session éducation, la quatrième session.

Cette année, nous revisiterons donc ces sujets à la lumière de ces transitions qui impactent tous nos repères et à laquelle l’éducation doit répondre en lien avec la société.

Si vous voulez contribuer à construire cette vision, vous pouvez proposer un témoignage, une contribution, un point de vue sur le site du forum. Vous pouvez m’envoyer un message. Mais surtout vous êtes invité à venir débattre pendant le forum. On compte sur vous !

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Crédit photo : L’escalade du chateau d’eau _ Clement Murin par Marc Blieux licence CC-by-nc-nd

Un cercle d’apprentissage pour échanger dans la vraie vie entre pairs autour d’un MOOC

Très chouette article la semaine dernière d’un étudiant du Master EdTech du CRI de Paris sur les #LearningCircles de la P2PU. L’idée semble-t-il est de proposer et d’animer des séances de cours autour d’un MOOC existant. Ils appellent cela des cercles d’apprentissage. Cela créé du lien, de l’inclusion et rend les apprentissages du MOOC beaucoup plus attractifs.

Cuppa MOOC

La P2PU est une association qui cherche à faciliter l’apprentissage en dehors des murs des institutions. Elle promeut l’apprentissage entre pairs, la communauté et l’ouverture. Elle propose des cours ouverts en ligne, et développe des initiatives toujours intéressantes. L’initiative « Learning Circles » est proposée avec la bibliothèque publique de Chicago. Sur le site de la P2PU, on vous propose de vous inscrire à un cercle existant ou de créer le vôtre. Sympathique. L’initiative peut avoir un vrai impact social.

Et de fait, on en parle depuis la création des MOOC. Lors du premier MOOC francophone, Denis Cristol avait déjà organisé un tel cercle d’apprentissage dans son entourage pour créer une saine émulation et cela a semble-t-il très bien marché. Lors de la seconde édition d’ItyPA, nous relayions systématiquement les groupes, les sites ou les institutions qui proposaient de telles rencontres, qui prenaient différentes formes suivant les cultures locales. C’était complètement bricolé, mais cela a attiré et motivé des publics peu habitués à échanger en ligne.

Cette idée a souvent été suggérée ici et là par quelques pionniers des MOOC , notamment en direction des bibliothèques ou de la ville de Paris, sans grand succès jusqu’ici. La P2PU joint à son site de partage de cercles un mode d’emploi pour le futur facilitateur. C’est clairement un élément qui doit faciliter le développement des telles initiatives.

Si on creuse un peu, l’idée n’est donc pas vraiment nouvelle. Denis Cristol continue à promouvoir et à essaimer de tels cercles à travers la France pour les publics de formateurs tentés par la collaboration. La communauté reste petite mais active, soudée et ouverte. Il cite une chouette association canadienne Percolab. On trouve également une entrée cercles d’apprentissage dans le recueil d’Imagination4People (projet qui cherche à trouver des solutions concrètes contribuant au mieux vivre ensemble), et d’autres entrées, mais qui restent discrètes. Proche de cela, on trouve l’idée de cercles d’études qui semble très développée en Suède, en touchant la moitié de la population. Bref, il y a du potentiel, mais qui n’a pas encore trouvé de débouché profond.

Il semble qu’il manque quelques ingrédients pour que cela émerge par chez nous. Une mise en œuvre concrète qui attire l’attention, un relais par un organisme, une association qui diffuse et puisse être un interlocuteur vers les lieux d’accueils potentiels, et sans doute un habillage qui rende le concept attractif pour tous (par tous je pense d’abord à tous les publics, car l’objectif premier est d’être inclusif). Le terme fablab a bien plu et réconcilier les jeunes avec la bidouille, le bricolage. Cercle d’apprentissage me paraît moins vendeur, il manque un volet com’. Vos suggestions ? On travaille dessus à l’occasion d’un Camp ?
Cet article a été initialement publié sur Medium.

Crédit photo : #edcmooc Cuppa Mooc par S B F Ryan licence CC-by

 

Et si on utilisait Slack en formation

2000px-slack_cmyk-svgSlack est l’outil de collaboration de la génération Twitter et Facebook, utilisée par d’innombrables équipes de startups ou simplement sur un mode agile. Il permet d’échanger facilement dans une équipe et de combiner de nombreux autres outils du web (des google docs, des hangouts, des outils de gestion de projet comme Trello, …, et tout ce qui concerne le développement en commençant par Github…). C’est le couteau suisse de la communication en équipe, d’autant qu’il est multiplate-forme et ce qui ne gâte rien, il est gratuit pour des usages limités mais largement suffisants dans un cadre éducatif.

Inutile de préciser que dans une école d’ingénieurs comme Télécom Bretagne, vous trouverez des groupes qui l’utilisent pour leur projet, des afficionados tant coté étudiants que profs, un espace dédié dans slack créé par on ne sait qui, mais ouvert à tous (de Télécom Bretagne).

Mais au delà d’un fil d’échanges dans un cours, ou de le conseiller pour un projet, la question est de savoir s’il peut servir d’outil pivot dans un cours. D’après l’article « How to use slack for teaching a large university course » la réponse est oui. L’auteur relate que les étudiants échangeaient facilement au travers de cet outil, autour des questions posées dans le cadre du cours. Bel exemple dans lequel la dynamique d’échange va beaucoup plus loin que ce qu’on trouve habituellement. Bon, évidemment il s’agit d’un cours appelé « Outils informatiques pour les Big Data », mais c’est tout de même encourageant.

Dans l’article « Is slack the new lms ? » (un LMS, c’est un environnement numérique d’apprentissage, dont Moodle est le modèle le plus connu), Mathias Elmose va plus loin en affirmant que slack est enfin une plate-forme orienté activité, alors que tous les LMS existants sont d’abord des espaces d’affichage de contenu, et il a sans doute effectivement raison.

Ce qui est intéressant, c’est que cela ressemble furieusement à ce que nous avions fait pour le MOOC ITyPA, en facilitant la mise en place d’outils et en permettant de mieux gérer l’ouverture des échanges vécue comme trop systématique dans un espace complètement ouvert (voir l’article Et si l’ouverture était un frein à l’accès ? écrit à l’époque. Slack semble un outil vraiment flexible pour mettre en place l’espace d’activités global en lien avec l’espace personnel d’apprentissage de chacun. Seul bémol, si c’en est encore un, l’interface en français n’est pas disponible, mais à la limite on pourrait sans doute le contourner.

Quelques petites choses à prévoir donc :

  • créer un espace sur slack pour initier des échanges avec des collègues qui seraient intéressés. (Cela me fait découvrir en créant slack-educ qu’il faut être invité pour entrer dans un tel espace … c’est à savoir)
  • utiliser slack comme outil principal dans un de mes cours (j’essayerai sans doute pour la prochaine saison de mon cours web et médiation culturelle) ;
  • une exploration un peu détaillée des différentes formes d’espace d’activité qu’on pourrait montrer comme base d’exemples ;
  • voir quels développements permettraient d’intégrer Slack avec les outils et environnements d’apprentissage plus classiques, par exemple en développant une interface xAPI.

Pour un peu cela me donnerait envie de refaire un MOOC dans un environnement pareil😉 Quelqu’un a un sujet ?

Sinon, si un étudiant voudrait faire un stage sur ces idées, qu’il n’hésite pas à me contacter.

Pour complément, il y a aussi un témoignage d’utilisation de Slack comme outil de collaboration entre enseignants pour AltSchool.

Web et médiation : de la copie au polycopié collaboratif

J’interviens depuis plusieurs années dans un Master « Métiers de l’éducation et de la formation » à l’UbO dans lequel j’anime des échanges autour du Web et de la médiation culturelle et scientifique. Les échanges sont souvent intéressants, tout événement est source d’inspiration, les cours alternent entre présentations préparées par les étudiants ou par moi-même, études de cas, débats autour de supports disponibles (vidéos, diaporamas …).

D’aucuns trouvent la variété des échanges passionnante mais regrettent un manque de visibilité de la structure. La dernière séance a donc été consacrée à construire ensemble une synthèse du cours, et la conclusion m’a amené à leur demander de rédiger une synthèse en réponse à la question : Quel est l’impact du Web sur la médiation culturelle ? De quelle manière est-elle redéfinie ?” en terme d’évaluation de fin de session.

La diversité et la qualité des rédactions m’ont ravi, et m’a donné envie de construire avec eux une synthèse. Seul problème, ils sont passés à autre chose, et n’ont guère de temps à consacrer à un tel projet. Leur réponse à ma sollicitation a tout de même été en phase avec lla thématique. Ils ont en effet publié collectivement sur un blog leurs copies et libéré leurs contenus (licence CC-by-SA).

Je pourrai laisser en l’état, ou me charger de construire la synthèse. Je compte néanmoins laisser l’opportunité à ceux qui le voudront de venir me corriger, me compléter, et permettre les futurs étudiants de ce cours d’augmenter ce contenu. Reste donc à trouver un espace collaboratif pour la construction et la mise à disposition de ce contenu.

Premier réflexe, Wikilivres est a priori le site fait pour cela. Mais ce site n’a pas pris la dimension qu’il mérite, et l’édition d’un wiki n’est pas devenue une pratique courante. Cela reste malgré tout un excellent support à la publication libre et surtout collaborative.

Sinon, on parle beaucoup de Draftquest, mais c’est plus qu’un système de publication. Il intègre un accompagnement à l’écriture et ne vise pas la collaboration. C’est une belle initiative, mais qui ne convient pas ici. Il y a aussi Booktype en auto-hébergement (merci au crdp d’Amiens pour son travail de veille, ou en ligne (il y aussi booktype.pro qui semble être le même site revisité) ou Omnibook. Le résultat semble bien plus pro, mais nécessite plus d’organisation. Reste également google docs, pour démarrer « entre nous ». J’hésite encore.

En tout cas, cela m’amuse bien de réutiliser des documents initialement prévus pour évaluation finale (et lecture unique par le « prof ») pour construire un document qui aura un usage plus pérenne. Cela me renvoie à un wiki de cours que j’utilisais il y a quelques années dans une logique d’écriture collaborative. J’y ajouterai sans doute cette autre référence sur les humanités numériques vue dernièrement : les humanités numérique et l’école – parcours de lecture.

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Crédit photo : 23 novembre 2012. Les jeunes ont la parole. Dispositifs de médiation au Musée du Louvre. Par Sylvia Fredriksson licence CC-by

J’ai aussi aimé Le cabinet de curiosité de demain par La Fabulerie

 

Examen numérique, quelles adaptations

 

La question de l’utilisation du numérique à l’examen est d’actualité. Le rapport de la stratégie nationale de l’enseignement supérieur l’a mis dans sa feuille de route. Les plates-formes de MOOC développent des systèmes de certification en ligne (voir celui de FUN), et des premières expérimentations (Protocole expérimental de télésurveillance d’épreuves à l’Université de Caen et celles autour du Système Informatisé Distribué d’Évaluation en Santé (SIDES) ). Comme toute nouvelle numérisation, nous naviguons entre la reproduction de l’existant et la transformation des pratiques. Quels sont les enjeux, les opportunités, les risques liés à l’examen numérique?

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Une fois de plus, c’est le mouvement des MOOC qui a fait bouger les choses. Permettre à tout participant de passer un examen à distance est à la fois un enjeu d’ouverture en permettant à de nouvelles personnes de valider leur savoir et un enjeu économique puisque la certification est vue comme un (voire le seul) modèle économique viable. Ce besoin s’élargit d’ailleurs à toute formation en ligne, et si les modèles de validation (certification, badges, …) peuvent être variés, les besoins de garantir que la personne évaluée respecte bien la consigne, et qu’elle est bien celle qui revendique la réussite et ne se fait pas aider, obligent à développer un protocole complexe. Cette complexité vient à la fois de la nécessité d’isoler et de surveiller à distance et d’isoler le candidat. On est dans la dimension de reproduction de l’existant, dans l’espace privé du candidat. Les seules solutions proposées actuellement sont de développer un contrôle d’un PC par un surveillant humain à distance.

La numérisation du processus d’examen est un second axe qui intéresse les structures organisationnelles. C’est l’axe d’étude des deux expérimentations citées ci-dessus. Les enjeux sont notablement différents. Pour l’Université de Caen, c’est un discours proche des MOOC (promotion des formations à distance et meilleures conditions de réussite des étudiants), et aussi économique (emplois possibles et limitation d’utilisation de centres d’examens). Dans le cadre de la santé, il y a une volonté d’améliorer le concours (ce n’est pas un examen, une meilleure discrimination des candidats et une meilleure égalité dans la préparation sont recherchées). La nécessité de déployer le concours à un niveau national en salle, tout en restant très proche des modalités existantes, rend le processus technique remarquablement complexe.

Un impact non négligeable de ce type de dispositif est de permettre une évaluation automatisée. L’évaluation est en effet un coût (notamment quand il s’agit de payer des correcteurs pour les concours), une source de discrimination (on sait la variabilité entre relecteurs dès que l’on sort des QCM), et une charge pour les enseignants (nombre d’entre eux considèrent que c’est la partie la plus ingrate de leur métier). Si un retour formatif est souhaitable pendant l’apprentissage, il n’existe pas au moment de l’examen.

Dans les exemples vu ici, nous avons vu principalement émergé une volonté de reproduire des examens, ou concours existants, en maintenant au maximum les conditions existantes, ce qui conduit à des dispositifs complexes et qui n’exploitent pas de nouvelles opportunités permises par le numérique. Dans le rapport de la Stranes, il s’agit pourtant d’”autoriser l’accès à Internet dans le cadre des examens”. Autrement dit de se poser la question de faire évoluer les modalités des examens.

Le passage de QCM en ligne est en effet une limitation forte des possibilités du numérique, une simple feuille à cocher. L’usage de l’ordinateur tout au long de l’apprentissage est pourtant beaucoup plus développé.

Le concours des médecins est ainsi basé sur l’obligation de savoir par coeur tout ce qui leur a été enseigné. Cela se comprend pour des raisons d’efficacité dans le diagnostic et la conduite des soins. Mais pour autant, il faut laisser la place à l’oubli, qui est humain y compris lors d’un concours, et surtout à la capacité de déclencher une recherche lorsque la pathologie dérive de ce qui était connu au moment du cours. J’avoue que j’ai apprécié lorsque lors d’une visite d’un pédiatre, un collègue est passé poser une question et qu’il lui a conseillé d’aller chercher sur les forums spécialisés. De toutes façons, un candidat qui ferait des recherches inutiles serait vite pénalisé dans un tel concours.

En informatique par exemple, nous demandons à nos étudiants de travailler en équipe, de collaborer et d’aider ses pairs, de réutiliser l’existant, de consulter les forums et autres aides en ligne, suivant le domaine applicatif de maîtriser des environnements de simulation d’être efficaces dans l’utilisation des outils de développement, … et nous devrions évaluer cela uniquement au travers d’une feuille de papier blanche ou de son équivalent numérisé ? L’enjeu est bien d’imaginer des nouvelles modalités qui prennent en compte ces dimensions. L’environnement technique à imaginer est sans doute différent. Il importe en tout cas de conserver le poste, voire l’environnement d’apprentissage, de travail dont a disposé l’étudiant pendant sa formation pour qu’objectifs, apprentissage  et évaluation soient alignés (Voir Biggs et l’alignement constructiviste), même si la réponse in fine est simplement de cocher une case.

Cela permettrait de développer des formes d’examens plus riches, et peut être de revenir vers des mises en situations comme peuvent l’être des examens en atelier, la réalisation de performance (sport, musique, théâtre,…), les jeux de rôle utilisés en recrutement ou lors de simulations en santé.

L’évaluation entre pairs est un des éléments qui permet de prendre en compte certaines dimensions, mais on perd alors la dimension d’examen. Notons en passant que cette forme d’évaluation est un manière élégante de retourner la problématique de l’évaluation et des retours formatifs en élément intégré dans le processus de formation et qui l’enrichit (en incitant les apprenants à aller plus loin qu’une simple réponse à une question, en développant de surcroît un processus d’analyse).

Différentes pistes s’offrent à nous.

Peut-on développer une solution qui permette d’évaluer une équipe, une classe … sur une durée d’examen en permettant à chacun de démontrer sa capacité à apporter au collectif et à répondre au problème posé ?

Plutôt que de développer une solution unique d’examen à distance qui oblige le candidat à disposer d’un lieu isolé pour une durée suffisante, à une heure imposée (est ce le cas pour une famille nombreuse vivant dans un petit appartement par exemple), ne pourrait-on pas imaginer d’équiper et aménager des tiers-lieux qui deviendraient centres banalisés d’examens numériques, avec des modalités enrichies. Ces tiers lieux (par exemple les bibliothèques) deviennent déjà des lieux d’accueil physiques pour les apprenants à distance, il ont donc vocation à les accompagner jusqu’à la phase ultime de l’apprentissage.

Ou est-ce que l’examen est une notion dépassée dans un contexte numérique ? Le principe de rompre l’unité de temps et d’action (sinon de lieu) est en effet un des fondements d’Internet. L’évaluation continue, la recommandation sont des alternatives à l’examen.

On y perdrait le rite de passage, l’objectif final qui mobilise nombre d’étudiants. Les deux approches sont donc sans doute amenées à cohabiter en tant que parcours différents. Pourquoi ne pas proposer les deux options ? C’est également une des richesses d’Internet que de proposer l’abondance.

 

NB : votre avis, ou vos exemples sont évidemment les bienvenus

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