Et si on proposait des apprentissages à réaliser dans la nature avec son smartphone

« Est ce que les oiseaux sont gênés par le bruit ? », « identifiez les nuages », « enregistrez la lumière du soleil, pourrez vous détecter le solstice d’hiver ? », « quelle est la vitesse d’un ascenseur ? Lequel va le plus vite ? », « comment mesurer la hauteur d’un immeuble ? » : voici quelques unes des missions qui sont proposées sur le site nquire-it. La plupart vont utiliser les smartphones des participants et leur permettre de partager leur données sur le site pour une exploitation commune, par exemple dans la salle de classe. Il s’agit ici d’encourager les démarches d’investigation, et permettre de faire des mesures physiques en situation.

Eh oui, votre smartphone peut servir à faire des mesures, à les partager pour mieux les analyser et donc à apprendre, ensemble dans votre communauté. On n’a encore que trop peu utilisé ce formidable vecteur d’apprentissage qui permet de renouveler nombre de TP en salles de classe, et qui encourage de nouveaux protocoles d’expérimentation plus riches, et de renouer entre quotidien, recherche et science.

Seul bémol pour nos collégiens, ce site est anglais, et n’a pas encore de miroir en français. Ce n’est pas étonnant car la communauté de chercheurs autour du « mobile learning » est beaucoup plus dynamique de l’autre coté de la Manche. D’autres initiatives sont également en développement, comme weSpot ou Go-Lab. Ce dernier propose également un portail d’investigations, mais prposer sa propre mission y semble plus complexe à ce stade.

Mais si cela tente quelques personnes de gérer la traduction, je participerai avec plaisir, notamment en coordonnant la partie technique. Quelqu’un est tenté ?

Crédit photo : Making observations in the field. Indiana Dunes National Park BioBlitz par EOL licence CC-by

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Il n’y a pas que les MOOC qui soient massifs en formation

Si les MOOC ont fait le buzz ces trois dernières années, mettant l’accent sur l’ouverture et le développement numérique autant de l’enseignement supérieur que de la formation continue, il est important de réaliser que d’autres types de dispositifs se développent avec ce coté « massif » du numérique.

L’adjectif massif rend compte de deux dimensions. D’une part, il y a la dimension liée à un grand nombre de participants. Ces grands nombres permettent de mettre en place des analyse de données d’apprentissage, des learning analytics comme disent nos amis anglophones. On est dans le domaine du big Data. D’autre part, la dimension sociale, l’exploitation de l’effet web qui augmente l’expérience collective partagée en même temps que les utilisateurs en développent les usages, créé une dynamique nouvelle dans les apprentissages en ligne. Nos amis anglais appellent cela Massive open social learning. Cette seconde dimension est clairement un axe de recherche à encourager dans le cadre de l’analyse des données d’apprentissage.

Dans le cadre du projet d’observatoire pour la construction et le partage de processus d’analyse de données massives d’apprentissage Hubble, nous avons cherché à identifier des cas d’usages variés autour de ces questions. On y trouve une variété importante de dispositifs qui combinent potentiellement nombre et apprentissage social :

  • les MOOC bien sûr avec une dimension transmissive (issue des fameux xMOOC, transcription numérique de cours traditionnels) et une dimension plus sociale (voire de construction de connaissance collective et émergente issue de l’analyse des ressources du Web pour les cMOOC, dits connectivistes) ;
  • Les cours et les évaluations en médecine, sur lesquels on est plus sur de l’individuel en grand nombre ;
  • Les concours comme le concours Castor sont des sources de données intéressantes à analyser et qui avec 228 324 candidats en 2014 rentrent sans discussion dans cette catégorie de massif ;
  • Les jeux sérieux qui peuvent combiner individuel, groupes, et des questions de motivation ;
  • Les démarches d’investigation géolocalisées sont vues comme un axe potentiel intéressant par de nombreux acteurs, que ce soit comme investigation citoyenne (voir nQuire-it) ou dans une perspective de valorisation de patrimoine, avec des extensions de transmedia ou de jeu (sérieux) en réalité alternée (voir travaux de Edwige Lelièvre).

Il y a aussi ces sites qui ne sont pas vraiment des MOOC qui permettent d’apprendre des notions variées et de réaliser des exercices d’application qui permettent de s’entraîner, et d’échanger au travers de forums. Parmi les plus connus citons ces deux exemples traduits en français par Bibliothèques Sans Frontières sont :

  • Khan Academy qui a d’ailleurs développé des tableaux de bord intéressants pour les apprenants ;
  • Codecademy, qui est une alternative aux MOOC trop linéaires d’apprentissage de langages.

Merci de m’aider à compléter cette liste. Quels sont les dispositifs massifs d’aujourd’hui ou de demain pour apprendre (ensemble) ?

 

Autre question en passant : êtes vous plutôt pour « analyse des données d’apprentissage » ou « analyse de données d’apprentissage » comme traduction de « learning analytics » ? la proposition de Wikipédia « analyse de l’apprentissage » me paraît clairement erronée.

Education For The Masses

Crédit photo : Education For The Masses par Pete Birkinshaw – licence CC-by

Réseaux apprenants ou Apprentissage social ?

Steve Hargadon a mis en ligne dernièrement un papier titré « Educational Networking: The Important Role Web 2.0 Will Play in Education » et justifie dans son introduction de ne pas utiliser la terminologie « Social learning », qu’il jugeait connoté négativement. J’avoue que cela m’a questionné, et au final je continue à préférer la deuxième expression.

Steve, donc, considère que les réseaux sociaux sont connotés négativement, notamment pour les problèmes de réputation et d’activités dangereuses qui inquiéteraient les parents. Il les renomme casinos (lieux dangereux ou au mieux où l’on perd son temps). Des réseaux sociaux, on garde donc le terme réseaux auquel il ajoute le qualificatif éducatifs. Florence Meichel (animatrice du réseau Apprendre2.0) m’a rappelé dans un tweet qu’elle utilisait effectivement la terminologie de réseaux apprenants.

Le problème c’est que pour moi le terme réseaux s’apparente soit à une technologie (Ethernet, Internet), soit à un groupe d’influence (mon réseau), soit à une globalité (le réseau) et que les termes éducatifs ou apprenants polarisent trop la notion d’apprentissage. Educatif parce qu’il sous-tend un contexte formel, apprenants parce qu’il semble considérer qu’il n’y a que des apprenants.

Or, le concept de social learning est plus large que cela. Il englobe les notions d’apprentissage formel et informel, avec des temps et des situations élargis. Et si chacun à son tour apprend, apprend à apprendre, ou réflechit à ses modalités d’apprentissage, cela se déroule dans un contexte où les rôles varient, évoluent au cours du temps, et ou la construction se déroule dans des relations variées.

Il n’y a pas que des apprenants, mais aussi des donneurs d’informations, des guides, des accompagnateurs …, bref des rôles variés et variables que l’on appelait autrefois enseignant. Ce rôle est maintenant partagé, éclaté, mais ces fonctions sociales sont nécessaires à l’entretien d’une dynamique d’apprentissage.

De plus, pour moi le terme social renvoie vers l’échange, le lien, la participation, bref tout ce qui fait de l’apprentissage social une traduction plus acceptable pour l’expression anglaise « social learning ».

Juste un mot encore, j’ai par contre bien aimé la réflexion de Steve Hargadon sur le fait que les réseaux sociaux pourraient bien être enfin l’application informatique qui justifie pleinement l’usage de l’ordinateur dans la classe, au même titre que le traitement de textes et le tableur ont  entrainé la diffusion massive des ordinateurs dans les bureaux. Et ce parce qu’elle entraine un changement profond des pratiques !

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