Des prototypes #Edtech alternatifs

Je voudrai partager avec mes lecteurs les 3 sujets de projets que j’ai proposé a nos étudiants de troisième année de Telecom Bretagne, et que certains m’ont fait la joie de prendre à bras le corps. Tous les trois tournent autour des données d’apprentissage.

On présente souvent la edtech comme un monde de startups qui visent à proposer des services “éducatifs”  et surtout en faisant des profits. Ce n’est a priori pas un modèle exclusif tant les modèles libres ou basés sur les communs devraient être des alternatives à considérer lorsque l’on pense éducation. D’autant que c’est une option particulièrement adaptée dans le contexte de déploiement dans le cadre du service public. Il y a évidemment des conditions pour permettre une diffusion suffisante mais ce n’est pas le sujet de ce billet.

Des sujets autour des données donc, mais sans modèle économique lié à l’exploitation des données. La récolte de données reste néanmoins utile, car il est ainsi possible d’envisager des aides à l’apprenant, en lui proposant un suivi, en lui faisant des retours sur ses apprentissages, voire de proposer une évaluation de son activité. Cela est classique et ouvre des perspectives, mais c’est un point de vue de développement au service du métier de l’enseignant. Il me semble encore plus intéressant de se positionner en considérant ce qui devient possible lorsque l’on permet à l’apprenant de disposer de ses propres données pour lui-même. C’est dans cette perspective de données d’apprentissages inversées que j’ai proposé ces sujets, dans la suite des réflexions déjà développée dans ce blog.

Premier sujet : la mise en place d’un portail de partages de mesures, photos, vidéos collectées par mobile pour résoudre ensemble une question dans une démarche d’investigation. Nous avons fait le choix de traduire nquire-it (si vous voulez contribuer, c’est ici mais d’abord un peu technique). L’accueil de l’équipe qui a développé ce portail en anglais a été très bon, et nous espérons pouvoir le mettre en ligne en français d’ici le printemps. Si vous avez une idée de nom de site, nous accueillons vos suggestions avec intérêt. L’idée est ici que l’apprenant est acteur de sa collecte et de son exploitation. Il y a d’ailleurs plusieurs possibilités d’extensions mais cela ferait l’objet d’un billet entier.

Le deuxième sujet est de proposer une alternative pour la récolte des données d’apprentissage. Le monde du e-learning est en train de proposer des nouveaux standards pour permettre de récolter des données d’apprentissage sur des outils variés et de les regrouper ensuite pour permettre un meilleur suivi. Parmi ceux-ci, le standard xAPI est ouvert et permet de regrouper ces données dans des entrepôts (repository) pour exploitation ultérieure. L’idée est de pouvoir regrouper les données pour un même cours (ou plus). nous inversons ici la logique en proposant de définir un entrepôt dans un espace de données d’apprentissage personnelles, l’apprenant pouvant alors croiser ses expériences venant de différents contextes d’apprentissage. Typiquement, nous regardons ce qu’il est possible de récolter lors de l’utilisation du portail La technologie utilisée en termes de données personnelles est celle proposée par Cozy.

Le troisième sujet s’inscrit logiquement dans l’organisation et l’exploitation des ses expériences pour construire son propre e-portfolio sur Cozy. Il s’agit ici d’un prototype pour démontrer qu’il est possible de regrouper différentes sources, de ses apprentissages (sujet 2), de port folios extérieurs, mais aussi de sources de certifications, comme les openbadges. Plutôt que de déposer ses données sur le site de son établissement de formation, de son université, l’idée est ici aussi de récupérer ses données de ses différents parcours d’apprentissage (et professionnels – travailler c’est aussi apprendre) et de les regrouper dans son espace propre pour en avoir la maîtrise dans une approche de self data. Ces regroupements peuvent alors faire l’objet d’un travail de portfolio et de sa publication.

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On le voit, remettre en question la logique du flot des données en apprentissage permet d’explorer des voies stimulantes. Ces trois projets d’étudiants permettent d’explorer les aspects techniques de certaines réflexions menées sur ce blog. Si ces projets vous interpellent, je peux vous mettre en contact avec mes étudiants. Et si vous êtes patients, ils se sont engagés à publier leurs résultats sous licences libres à la fin de leur projet en mars.

Si vous êtes étudiant ou développeur, n’hésitez pas à prendre contact.

La prochaine étape sera de tester tout ça. Et pourquoi pas dans un MOOC ? 

 

Crédit photo : Digilant: Above and beyond the data (2) par Charls Tsevis licence by-nc-nd

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Plate-formes de MOOCs, déjà la seconde génération

Certains découvrent à peine le phénomène MOOC (si nécessaire lire un résumé de l’année américaine 2012) mais aux États Unis on en est déjà à la saison 2.

Au niveau des plate-formes/startups, Novoed met en avant collaboration, travail en groupes, entre pairs pour améliorer les taux de poursuite dans les MOOCs. Si certains MOOCs l’ont déjà pratiqué (par exemple Learning Creative Learning ou Designing a New Learning Environment), il s’agit bien ici de l’intégrer à part entière dans la plate-forme proposée par cette nouvelle startup issue de Stanford, et d’en faire sa valeur ajoutée.

Au niveau des activités, ici aussi une nouveauté intéressante : Introductory Physics I with Laboratory nous propose d’exploiter les vidéos de notre téléphone pour faire des TP avec des données issues de notre propre environnement. Après l’environnement Python de Udacity, l’éditeur de circuits électriques de edX, on voit poindre une dimension « mobile learning »/BYOD/AVAN qu’il conviendra de suivre.

Coté Europe, si les portails institutionnels ne sont pas encore satisfaisants, signalons deux initiatives originales :

  • La commission ‘européenne a lancé une initiative Academic Cube, qui, si elle n’est pas très MOOC, a par contre le mérite de proposer une vision systémique pour une adéquation entre marché de l’emploi et formation en ligne dans le domaine du numérique ;
  • Dans une démarche très startup, iversity, plate-forme qui nous vient de Berlin, a lancé un concours pour supporter la production de 10 cours et propose aux internautes de contribuer au choix des heureux gagnants parmi les 200 et quelques candidats. Bien vu pour l’entreprise pour identifier les meilleurs cours, et espérons le pour créer une saine émulation ;

Plateformes, prise en compte de la dynamique de groupes et de pairs, élargissement des activités proposées aux participants, ouverture vers la formation tout au long de la vie, crowdsourcing, les acteurs des MOOCs intègrent une à une les dimensions de l’âge de la multitude.

Crédit photo : 703. L’éducation suffit-elle ? par un singe qui parle – licence CC-by-nc-sa

Conférence : Nomadisme, mobilité – utiliser les Equipements Numériques pour apprendre

J’ai été invité par l’Université de Brest (dite de Bretagne Occidentale) a faire une présentation sur ce qu’apportent l’usage des mobiles à l’université. La présentation aura lieu en centre ville à l’université Victor Segalen en salle B001 à 14 heures. (Mise à jour 13/02/2013 : vous pouvez retrouver l’enregistrement vidéo en ligne)

En résumé :

L’usage des mobiles rend possible de nouveaux modes d’apprentissages. La mobilité n’est ainsi pas que spatiale, mais ouvre aussi de nombreuses autres dimensions : temporelle, thématique, sociale, informative, technique. Comprendre le champ des possibles de ces nouveaux outils permet de les intégrer dans ses apprentissages pour les étudiants, et dans sa pédagogie pour l’enseignant.

L’immense majorité des étudiants disposent aujourd’hui d’équipements personnels, PC portables, smartphones, voire tablettes qu’ils utilisent au quotidien. La fracture numérique ne se situe plus au niveau du matériel, mais bien au niveau des usages. En permettant à nos étudiants de tirer parti de ces équipements au cœur de nos établissements, nous inversons nombre de logiques d’enseignements qui permettent de renouveler nos pédagogies, de valoriser l’étudiant et de réduire la fracture des usages en leur permettant d’acquérir une littératie numérique indispensable au XXIème siècle.

Au travers d’expérimentations réussies, nous explorerons quelques pistes d’usages au sein d’enseignements ou la participation devient le cœur de la pédagogie.

Pour les curieux et ceux qui ne pourront se joindre à nous voici le diaporama.

Voilà pourquoi il faut laisser nos élèves venir avec leurs appareils en classe

Désolé cette vidéo est en anglais. Si vous le comprenez, n’hésitez pas à y consacrer quelques minutes. C’est bien fait, ludique, et surtout tous les arguments y sont pour encourager nos écoles à adopter le BYOD (« Bring Your Own Device »).

Sinon, il ne vous reste plus qu’à adopter la traduction française AVAN pour « Apportez Vos Appareils Numériques »et à vous rabattre sur quelques liens en français :

Il en a été également question dans les couloirs de l’université de Paris-Descartes lors du jnum12.

Que faut-il de plus pour convaincre les établissements ? Traduire cette vidéo en français ? Faire une étude financière ? Ou d’impact sur les apprentissages ?

Ou encore changer la logique des apprentissages ? Certains  prédisent ce changement et lui ont déjà trouvé un acronyme en anglais  : le BYOL – Bring Your Own Learning,

En conclusion, Marc-André Lalande nous pose la bonne question, qui est de savoir non pas si, mais quand passerons-nous aux technologies numériques à l’école.  Ce qui a bien été relevé ici :

PS : merci à Anne-Céline Grolleau, aussi connue sous le pseudonyme de @ActionsFLE pour le lien vers la vidéo et son scoop-it.

Marc-André Lalande

Bloom pour classer les outils

Twitter est un outil de recommandation magnifique. On y découvre des perles des personnes que l’on suit. Bien entendu on en rate plein. Cela s’appelle l’abondance des ressources. De temps en temps on tombe sur une perle. La dernière me vient d’Alexandre Riopel ( #FF donc:-) )

Et on tombe sur une page de Kathy Schrock proposant d’associer des outils à des verbes de la taxonomie de Bloom.

  • La première chose intéressante est le visuel proposé qui ravive quelque peu les couleurs de notre chère vieille taxonomie de Bloom (quand je dis vieille, on est quand même sur la dernière version, celle qui a été revisitée par Krathwohl) ;
  • la seconde est qu’il y a un visuel pour chaque famille d’outil : web2.0, android, google, ipad … le seul clan oublié est celui des outils hébergés ;
  • cela me donne du grain à moudre pour poursuivre mon petit travail de fond qui est d’identifier des triplets (outils, objectif pédagogique, exemples de bonnes pratiques associées) que j’avais entamé dans cet article : Caractériser les apprentissages sur le web2.0, cette page sur la taxonomie de Bloom pourra également y contribuer ;
  • et finalement, cela m’a permis de découvrir ce site que je ne connaissais pas : le « Kathy Schrock’s Guide to Everything ». Le prénom m’interpelle toujours, mais surtout c’est une mine de liens organisée qui mérite sans doute que l’on y plonge.

Crédit photo : Kathy Schrock licence CC-by-nc-nd

Fac en poche – État des lieux du mobile-learning à l’université

C’était le thème des dernières journées numériques de l’université de Paris-Descartes. Qu’en retenir ? N’ayant pu assister qu’à la première journée, le point de vue sera sans doute partiel, mais j’espère éclairant.

Il faut d’abord rappeler que concernant les mobiles, c’est quelque part la première fois qu’une technologie numérique s’invite chez quasiment tous les étudiants avant que l’institution ne s’en préoccupe. Cet objet est d’abord privé pour communiquer dans ses réseaux, avant que d’être un vecteur d’apprentissage. Et de fait, ce sont les services informatiques et TICE qui semblent s’en préoccuper avant les enseignants. Avec une contrainte nouvelle pour eux : accepter un parc (pré)existant.

Et pourtant, François Guité nous a montré que ces équipements s’intégraient dans la révolution numérique qui change notre rapport au savoir, et qui permet d’encourager la diversité des approches au travers de modes pédagogiques différents. De plus, le mobile encourage les apprentissages informels.

Quelles sont les éléments apportés dans ces journées ?

  • La proposition de services étendant les services administratifs et d’accueil dans les universités : les bons plans, les menus des restaurants universitaires, les salles de cours … bref la mise à disposition dans les mobiles du système d’information administratif de l’université. Utile, créant du lien, mais qui ne peut être considéré comme un élément d’apprentissage ;
  • la mise en ligne de podcasts, i.e étendre l’accès aux supports de cours a mobilisé beaucoup de services universitaires tant cette option paraissait intéressante. La présentation « Vers un Moodle Mobile » en était un exemple. Nicolas Roland semble pourtant moins positif sur leur accès sur des équipements « vraiment » mobiles, constatant que leur accès reste majoritairement sur ordinateur (certes portables).

Dans ces 2 premiers cas, on est dans la remise en forme de données. Passons à une dimension plus usages pédagogiques :

  • l’iPad semble être l’archétype du terminal pour enseignant. Permettant d’assurer une projection confortable, un meilleur contact avec les étudiants et proposant tous les services nécessaires pour gérer son cours, ses ressources, ses copies … C’est ce que Jean Debaecker a cherché à nous convaincre. Ce qui correspond clairement aux retours de plusieurs collègues qui ont fait le pas ;
  • Le Cape des Mines de Nantes nous a présenté notamment « Parlez vous chinois ? » qui est une app sympathique pour découvrir le chinois. Initialement développée comme support de cours, elle est maintenant disponible sur l’App store d’Apple. À la fois prouesse technique et réussite pédagogique, elle pose la question du positionnement des universités vis à vis du marché, puisque ici nos collègues se placent dans les marché des applis pour tous. Notons également qu’il n’y a pas eu d’étude pour savoir si cette app permettait d’apprendre ou de compléter un apprentissage ;
  • Pour ma part, j’ai produit un témoignage portant sur l’usage de PC portables dans la salle de classe pour proposer des séquences d’apprentissage différentes.  Je me dois d’avouer que le mobile n’est chez moi qu’un objet d’étude, pas un équipement intégré dans ma pédagogie, sauf à considérer un PC portable comme mobile ;
  • Il semble que le lendemain, il y ait eu des sessions avec des exemples d’usages autour de serious games.

Bref, l’université se rend bien compte qu’il y a un enjeu à proposer une offre sur ces équipements, mais n’a pas les éléments de compréhension pour identifier les besoins, ni surtout les opportunités. Lors de la table ronde du premier soir, à la question des usages possibles des mobiles, certains semblaient avoir leur convictions sur les possibles, les souhaitables, la posture de François Guité était inverse affirmant que « la réponse reste à trouver : on n’a pas assez osé – on n’a pas assez expérimenté »

Un autre fait intéressant est que l’on ne cherche pas trop à définir le terme de mobile. Qu’est-ce que le mobile ? Si on fait référence au mobile-learning tel qu’il est envisagé dans la littérature, on se limite à quelque chose qui tient dans sa poche (le titre de ces journées était « fac en poche »). La première question est alors de savoir quelle information peut être mise à disposition pour être exploitable. Michel Diaz, lors de son intervention en table ronde ce mercredi soir, comprenait des vidéos et des évaluations. La seconde question peut être de savoir quelles sont les choses que l’on peut faire avec un tel outil que l’on ne peut pas faire ou difficilement avec un autre outil. Cela couvre la prise de son, de vidéos, de points géolocalisés en visite de sites, pour alimenter un portfolio, pour résoudre une énigme pendant une chasse au trésor ou autre jeu.

Le fait que l’on peut avoir une réponse à une question que l’on se pose au moment où on se la pose est un autre aspect intéressant des outils mobiles. Mais est-ce encore le problème de l’université, d’aborder cette demande informelle ? Cette dimension reste-t-elle fortuite ou se raccroche-t-elle à un processus d’apprentissage qui rentre dans le cadre de l’institution ? On touche là à des questions de la place que doit garder ou prendre l’institution dans la construction des personnes. Pas si facile. De toute façon, la personne n’ira sur les ressources de l’université que si elles sont plus faciles à accéder et plus pertinentes que d’autres sources. Rien ne peut l’obliger.

On touche là de nouveau aux problèmes généraux de la place des TICE et des connaissances disponibles sur Internet (en effet les mobiles sont beaucoup moins « web » que nos navigateurs). On aborde la problématique du mobile, sans avoir revu notre façon d’enseigner. Le mobile ne fait qu’apporter un nouveau coup de boutoir dans l’édifice. Tant que cette dimension n’est pas assumée, elle risque bien de perturber les autres questions.

Faut-il intégrer ou pas la tablette dans ces réflexions, et pourquoi pas le PC portable, avec ou sans écran tactile ? En fait peu importe. Première remarque, nombre d’aspects du mobile s’appliquent à la tablette : accès immédiat à l’information, disponibilité de nouveaux périphériques (photo, son, vidéo, GPS et donc réalité augmentée, nécessité de remise en forme de contenu …). Deuxième remarque, des fonctionnalités s’ajoutent : possibilité de dessiner, d’annoter, de parcourir des listes de contenus avec des lecteurs adaptés (Pulse ou même un google reader). Ce qu’il y a alors d’intéressant, c’est de positionner le mobile comme un élément qui s’intègre dans un système, comme l’ont parfaitement compris les concepteurs d’Evernote, une application de type cahier de texte multiplate-forme, qui tire parti des avantages de chacune d’elles et propose une vue agrégée de vos données. Tous ces équipements se complètent pour former notre espace d’apprentissage. Dernier point, nous sommes dans une phase d’évolution des terminaux. Le PC/clavier/souris tel que nous l’avons ces 25 dernières années semble appeler à voir ses usages se réduire. Pour moi, il reste essentiellement l’équipement pour coder les autres, et pour des usages de conception de même type. Et la variété permettant de s’adapter aux différentes habitudes, de permettre de  personnaliser les usages, il est essentiel de permettre à chaque usager (étudiants, enseignants, chercheurs) de choisir l’équipement qui lui convient.

Considérons pour finir, les différents usages à explorer dans une perspective mobile. Si la mise à disposition d’informations semble assez naturelle pour les universités, malgré les limites qui peuvent surgir, il y a deux pistes d’usages différents qui restent à tester et à valider.

Une première piste se positionne sur les opportunités que l’on peut mettre en place dans la classe pour modifier les pratiques d’apprentissage. Recherche d’information, interaction avec l’enseignant par des questions, des réponses à des sondages, à des problèmes, annotation de diapos, prise de notes, de son, de photo de tableau … les solutions sont nombreuses pour changer le rythme d’un cours et réveiller l’auditoire, surtout si on y intègre une dimension collaborative.

Une seconde piste est d’explorer des séquences en situation. Ce peut-être de :

  • proposer des contenus utilisables dans les temps libres (cas des vendeurs en entreprise dans le projet P-Learnet) ;
  • permettre des visites sur site pour certaines disciplines ;
  • prendre de l’information pendant l’action, ou juste après l’action pour l’exploiter après, seul ou en groupe ;
  • permettre des échanges avec autrui en situation ;
  • accéder à l’information au moment où l’on en a besoin, sous des formes adaptées (visualisations diverses comme la réalité augmentée par exemple) …

Dans tous les cas, il s’agit de lier l’expérience vécue et le savoir, en articulant de manière différente l’action. Beaucoup d’opportunités à permettre, à parcourir, à découvrir. On en est qu’aux balbutiements. Il y a un vaste travail de sensibilisation, de découverte, d’évaluation, de diffusion et de formation à faire.

Est-ce que cela se fera dans le cadre de l’université ? Ou est-on dans un cadre d’apprentissage tout au long de la vie ? Sans doute les deux. Beaucoup de réflexions se font autour de l’évolution de l’apprentissage, de la maîtrise des savoirs, de la construction de connaissance dans le travail, de l’avenir de l’éducation. Un chose est sure, cela va bouger et le mobile n’est qu’une petite variable de l’équation, et l’université devra s’ouvrir pour ne pas risquer de disparaître, et sans doute apprendre à collaborer.

Crédit photo : Mobile Learning Revolution par César Poyatos licence CC-by-nc-sa

Equipements à l’école. Et si on jouait à l’AVAN ?

Depuis l’avènement du Web, beaucoup plus de services sont disponibles au grand public que ce que l’on peut trouver dans les entreprises. Seules les stations très techniques, équipées de logiciels spécialisés (simulation, …) restent inaccessibles au grand public. Par contre, toutes les fonctionnalités promues par le web sont en retard au sein de l’entreprise : accès et recherche de l’information, outils collaboratifs, apprentissage … Connaissez vous Charlène traduit par Isabelle Drémeau traduit parfaitement cette inversion, en montrant les limitations que cela entraîne. Cette tendance s’est encore amplifiée avec les équipements mobiles, l’accès à ces services devenant possible partout, tout le temps, dans toutes les situations.

Il y a donc un mouvement de fond, venant des personnels les plus mobiles pour disposer dans le cadre de leur travail du même type d’outils que ceux qui leurs sont accessibles de manière privée, et cela pour être plus efficaces. Poussant à bout cette logique, certains proposent d’utiliser leurs propres équipements pour travailler AVOP : Apportez Vos Outils Personnels ! Les principes AVOP sont simples :

  • On fait confiance aux utilisateurs pour choisir les outils qui correspondent le mieux à leurs attentes ;
  • Ils utilisent les mêmes outils dans leurs activités professionnelles et personnelles ;
  • Les outils sont achetés, assurés et maintenus par les collaborateurs ;
  • L’entreprise participe au financement de ces outils ;

Comme condition de réussite, il semble que cela doit être basé sur le le volontariat. Il semble que cela fasse partie des éléments qui peuvent séduire les digital natives. Les freins principaux concernent la sécurité des données, et les équipements dédiés (stations de travail), mais de fait ces contraintes peuvent s’intégrer dans une telle démarche, sauf cas extrêmes.

Dans le cadre de l’école, il serait tout à fait possible/souhaitable/urgent d’adopter le même principe. Cela correspond même aux deux premières des  12 tendances de l’année selon Mindshift.

Premier intérêt, l’élève pourrait utiliser ce qu’il connaît et découvrir comment utiliser ces outils pour apprendre, chercher des informations, développer sa curiosité …. et de comprendre la diversité de ces outils qui ne sont pas limités au jeu ou à la communication entre proches. Ceci pourrait être un vrai facteur de réduction de la fracture numérique des usages.

Deuxième intérêt, cela déplace le positionnement de l’équipement numérique dans la classe. Il n’est plus cantonné dans des salles dédiées (dans lesquelles on se déplace pour faire de l’informatique), au bureau de l’enseignant (avec son TBI accroché) ou au fond de la classe (pour une recherche complémentaire, comme si c’était le dictionnaire de la classe). Il se retrouve sous la main de chaque élève. Ce n’est plus l’équipement magique, que le conseil général ou régional a pu acheter exceptionnellement, mais bien un équipement qui suivra l’élève chez lui et durant sa scolarité.

Troisième intérêt, cela permet de suivre l’évolution des équipements de manière plus naturelle. l’équipement devenant mobile, il est d’ailleurs de plus en plus illusoire de penser que l’école les fournira. Nombre d’établissements en restent au PC fixe ou cherchent des câbles de sécurité pour les PC portables.

Quatrième intérêt, cela donne de l’autonomie, de la responsabilité à chaque élève. Cela pose Une question de confiance avant tout, comme le décrit Jacques Cool.

Question économique, cela permet des économies en réduisant notamment la maintenance. Ce qui permet de mieux concentrer les investissements dans les équipements purement techniques liés aux domaines disciplinaires qui le nécessite. Coté élèves, le nombre de personnes disposant d’équipement suffisant ne cesse d’augmenter. Leur laisser venir en classe avec devrait contribuer à les réconcilier avec l’école. Plutôt que de s’interdire cette posture, tant que tout le monde ne pourra disposer d’un équipement, posons nous plutôt les questions de comment résoudre les problèmes qui pourraient se poser :

  • A partir de quel âge est-il raisonnable d’inciter les élèves à venir avec de tels équipements ? Sans doute pas en crèche, ni en maternelle. À l’âge où l’on demande la calculette ? Avant ?
  • Doit-on commencer par le supérieur, puis le généraliser, ou au contraire démarrer par une classe d’âge et les laisser avancer dans leur scolarité ;
  • Comment préparer les enseignants pour qu’ils puissent tirer parti d’une telle opportunité ? Sachant que le volontariat s’applique aussi aux enseignants, qui ont toute liberté pédagogique pour proposer des activités s’appuyant sur cette opportunité, ou pour proposer d’autres activités ne nécessitant pas l’utilisation d’équipements numériques ;
  • Comment aider ceux qui pourraient avoir des difficultés financières ? Par prêt d’un équipement ? Par une aide financière ? En tout cas, cela ne reviendrait pas plus cher que les politiques actuelles ?
  • Dernier point, quel type d’équipement quels usages pourraient faire l’objet d’une telle démarche ?

Notons en passant que les enseignants eux mêmes se sont équipés, sans aide de l’état, que l’on considère normal qu’ils accèdent à l’outil informatique chez eux (en témoigne les courriels officiels qui leurs sont adressés). Mais, il ne semble pas qu’il soit dans les mœurs qu’ils puissent amener leurs équipements, avec leurs configurations à l’école. Et pourtant je me sentirai mal à l’aise si je ne pouvais faire cela dans mon école d’ingénieurs.

Comment pourrait-on appeler cette démarche ? Aux États-Unis, cela s’appelle BYOD pour Bring your Own Device. Vous pouvez lire l’article de Jacques Cool pour en comprendre le jeu de mot.

Un court échange sur twitter nous permet de proposer AVAN : Apportez Votre Appareil Numérique. Formulation positive, qui ne préjuge pas de la nature de l’équipement.

Et chiche si on faisait confiance à nos jeunes, et qu’on allait de l’AVAN ?

crédit photo : Connected, Connected  Korea par zachbardon – licence CC-by-nc

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